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Je milite pour le retour du slow ! Spécial

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Il jongle avec les mots pour chasser les maux en y enfonçant cette pointe de second degré qui le caractérise. Lui, c’est le Noiseur.

Derrière ce pseudo, se cache Simon Campocasso. Un idéaliste à la mélancolie douce et au verbe acéré. Il navigue entre l’eau et le feu. Et si Le Noiseur était un poète écorché vif ?

La musique constitue pour lui une échappatoire dans laquelle il s’enfermera alors qu’il fête à peine ses 16 ans.

Depuis, lorsqu’il ne chante pas, il chuchote. D’un grain de voix qui n’est pas sans rappeler Biolay. On entre immédiatement dans le vif du sujet…

Simon, tu possèdes un grain de voix proche de celui de Biolay. Elle a quelque chose à fois d’envoûtant et de nonchalant, tout en en recelant cette touche de pudeur. On a l’impression que, parfois, tu chuchotes plus que tu ne chantes. Le Noiseur est-il un artiste dans la douceur ?

Sur le premier album, je n’assumais pas totalement ma voix. Effectivement, je chuchotais. Ici par contre, je suis plus à l’aise tant avec ma voix que le chant. Je suis moins dans le chuchotement. En tout cas, j’essaie de m’en détacher. C’est un ressenti personnel que d’autres ne partagent peut-être pas. C’est un disque qui reste dans la douceur, oui. Mais, je suis plus généreux dans l’interprétation.

« Le Noiseur » est le pseudo utilisé par ta mère car enfant tu étais turbulent. L’image que tu reflètes aujourd’hui semble en tout cas très éloignée, voire totalement opposée de celle que tu incarnais. Au fond, devenir artiste et monter sur les planches est en soi une démarche schizophrène.

Effectivement, enfant j’étais assez turbulent. Je me suis assagi depuis lors. Simon Campocasso (NDR : son nom à l’état civil) était plus difficile à prononcer, j’ai donc conservé ce pseudonyme. Tu as raison, dans la démarche artistique, il y a quelque chose de schizophrénique. J’ai l’impression que lorsque je suis sur scène, je suis celui que je ne parviens pas à être dans la vie. Par exemple, au sein d’une assemblée, je ne suis pas celui qui va monopoliser la parole ou qui va raconter de longues anecdotes. Sur scène, j’aime parler avec le public, car je sais qu’il va m’écouter.

« Du bout des lèvres », ton premier elpee, était largement autocentré. « Musique de Chambre » se signale par cette ouverture au prochain. Quelle est la genèse de ce processus ?

Le premier album était intimiste. Ensuite, je me suis retrouvé seul à composer des chansons. Cette période de solitude m’a incité à s’ouvrir aux autres. La période Covid a accéléré le mouvement. Le second est ainsi plus fédérateur que le précédent. Je voulais que mes chansons puissent s’exporter en ‘live’. Ce qui explique pourquoi elles sont donc plus généreuses et ouvertes aux autres.

Tes textes véhiculent des messages puissants, mais pour les faire passer, tu as recours au ‘second degré’. Pourquoi ?

Ce second album m’a permis de mettre plus de distance dans l’écriture des chansons. Il est conçu comme je le suis. En y révélant, à la fois, un côté mélancolique et un côté amuseur. Ces deux pôles cohabitent parfaitement. Le second degré permet aussi d’exprimer des opinions plus profondes et de sensibiliser davantage les gens.

Chanter la mélancolie est quasi un passage obligé chez la plupart des artistes. Qu’en est-il du bonheur ? Il se vit plus qu’il ne se chante ?

C’est ce que je pensais au début. Finalement, il est tout aussi intéressant d’écrire des chansons tristes que plus légères. A titre d’exemple, « Summer Slow » ou « Stone de toi » se réfèrent à ces instants de bonheur. Ces compos permettent d’apporter ce petit côté ‘feel good’ sur scène.

Après « Musique de chambre », une plage qui figurait sur ton premier Ep, tu as composé « Musique de stade », un morceau qui figure sur ton dernier long playing. Mais si tu souhaites leur donner une suite, quel titre comptes-tu choisir ?

C’est difficile d’aller au-delà. Ici, je suis dans le dernier vote des Victoires de la Musique. Alors je dirais simplement « Musique des Victoires de Musique ».

« Relax », titre éponyme, aborde le regard qu’on peut porter sur les années d’adolescence lorsqu’on vieillit. Qui étais-tu ? Qui rêvais-tu de devenir ?

Enfant, je voulais faire de la musique. Mais, c’est vers mes 16 ans que l’envie d’écrire des chansons et de monter sur scène s’est enfin révélée. Après le BAC, j’ai fréquenté deux universités où j’ai suivi des cours consacrés à la musique. La première m’a permis d’appréhender de manière approfondie la théorie. La seconde était davantage axée sur celles réservées au cinéma. Je n’avais pas d’autre envie. Mes parents se sont parfois inquiétés, je dois bien l’avouer. Mon parcours a finalement démontré que je ne m’étais pas trompé.

Dans « Jimi Hendrix », tu abordes le thème de la mort. Quel est ton rapport au temps qui passe ?

J’ai perdu ma mère lorsque j’écrivais ces chansons. J’ai dû faire face au deuil. Cet évènement a complètement bouleversé mon rapport au temps et a impacté forcément l’écriture des compos. Cela se ressent. Il y a désormais ce facteur d’urgence. J’en parle dans « Jimi Hendrix ». J’ai effectivement peur de ne pas pouvoir concrétiser mes projets et notamment à travers des albums. Cette chanson constitue un appel à la vie. En évoquant ces morts du club des 27 et d’autres qui sont décédés si jeunes, je voulais rendre hommage à la vie et ce rapport au temps qui a changé.

S’il te restait 24 heures à vivre, que ferais-tu ?

Je les passerais avec les gens qui me sont les plus chers, c’est certain.

Parlons un peu de « Summer Slow 88 » qui relate une rencontre durant un slow. Pratique souvent jugée comme ‘has been’ par de nombreux jeunes. En ce qui te concerne, j’ai bien compris que tu étais plutôt vieille école. La meilleure manière d’emballer pour toi ?

Je milite pour le retour du slow.  C’est une pratique qui favorise les rencontres, surtout pour les personnes timides. Elle permet de se rapprocher et de discuter. Il faut vraiment revenir au slow.

Le clip de cette chanson a été tourné lors d’un véritable thé dansant. Une manière de t’imprégner de la vie des gens et de leur milieu ?

J’ai tourné plusieurs clips sur ce même principe. Perso, il s’agissait d’aller à la rencontre de personnes et d’observer le milieu dans lequel elles évoluent. Cette méthode permet aussi d’atteindre des résultats plutôt inattendus et surprenants. Les retours ont été assez positifs tant en ce qui concerne les équipes de tournage que des figurants lambda qui ont participé aux clips. Nous en retirons de jolis souvenirs. A titre anecdotique, j’ai gardé le contact avec certains d’entre eux. Cette aventure demeure une belle expérience.

Le rapport au numérique est abordé dans « Week-end à Rome 2.0. ». Le téléphone est devenu aujourd’hui un outil dont nous sommes devenus dépendants. Internet en est également un autre qui a été créé par l’homme sans qu’il ne puisse plus le maîtriser. Etait-ce mieux avant ?

Je ne sais pas. Il y avait des choses intéressantes avant, c’est certain. Aujourd’hui, la technologie permet de réaliser des trucs géniaux. En ce qui me concerne, elle a facilité mon rapport à la musique. Je dispose d’un petit studio chez moi. Tu peux le mettre dans une valise et te rendre où tu veux. Pratique qui était rendue impossible il y a encore quelques années. Je suis content de vivre dans cette époque. En revanche, je reste convaincu que le téléphone et toutes les applications périphériques (Facebook, Instagram, etc.) doivent rendre difficile la vie des adolescents. Je dirais que, de ce point de vue, c’était mieux avant.

Les réseaux sociaux permettent pourtant des rencontres plus faciles et plus rapides que le slow dont on parlait tantôt…

C’est sûr que pour draguer, c’est mieux aujourd’hui (rires).

« Aston Morphine » rend hommage à Françoise Sagan. Un personnage plein de contradictions. Correspond-t-elle à ton image ?

Elle était contradictoire sous certains aspects effectivement. J’aime les voitures et la vitesse. Les points communs que l’on partage m’ont en effet inspiré. Son amour pour le jeu était inconditionnel. Sa vie était uniquement tournée vers le plaisir finalement. C’était une artiste, elle écrivait. Une personnalité très référentielle. Le postulat de départ n’était pas de consacrer une chanson à Françoise Sagan. En fait, elle a traversé mon esprit et a fini par guider toute la composition.

Ce disque a été conçu après le premier confinement. Cette crise sanitaire a été catastrophique pour le monde de la musique. Elle a littéralement castré les artistes de l’univers de la scène. Comment as-tu vécu cette période en tant qu’homme et artiste ?

J’ai trouvé cette crise amusante au début parce que nous étions tous confrontés à la même situation. Nous étions tous enfermés, devant nos PC ou sur Instagram. Un artiste avait beaucoup de réaction lorsqu’il postait quelque chose sur la toile. On avait du temps. J’ai créé quelques vidéos marrantes. J’ai été sollicité par les médias pour leur offrir du contenu. Par la suite, la situation est devenue pesante et compliquée parce qu’elle s’installait dans le temps. Jusqu’à aujourd’hui encore. Au début, cette situation était inédite et on pouvait encore en retirer quelque chose. Aujourd’hui, tout cela est terminé.

L’esthétique est omniprésente tant dans les clips que les photos de presse. Son et visuel, même combat ?

Je ne me pose pas ces questions en ces termes. Les clips m’intéressent, oui. Je m’implique dans tout ce que j’accomplis et j’y mets beaucoup d’énergie. Je n’accorde pas plus d’importance au clip qu’à la musique. J’essaie de réaliser un travail cohérent. Les vidéos constituent un moyen supplémentaire de s’amuser, de réfléchir, d’emmener le projet ailleurs, d’aller plus loin, sans en oublier le plaisir que cette activité procure.

(Interview réalisée par visioconférence le 1er décembre 2021)


 

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