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Bernard Dagnies

Bernard Dagnies

Girls Against Boys et Interpol partageaient donc l'affiche de l'Aéronef ce mardi 12 novembre. Si à l'origine, Interpol devait se produire en première partie, c'est avec beaucoup de sagesse que les rôles ont été inversés, cette dernière formation rencontrant déjà, nonobstant une moins grande expérience, davantage de succès Outre-Quiévrain. Faut dire que leur dernier album " Turn on the bright eyes " a réveillé, au fond des âmes, le spectre de Ian Curtis et de Joy Division. Et la cold wave fait apparemment encore recette en France. Maintenant, il est vrai que sans être particulièrement novateur, cet opus véhicule de bonnes vibrations. Ne connaissant pas suffisamment Girls Against Boys, je ne me risquerai donc pas à réaliser une review sur leur prestation. Grégory s'en est chargé lors de leur passage à l'AB de Bruxelles.

Eclairé par un light show à dominante rouge, la plupart les musiciens d'Interpol montent sur scène, sapés dans des costards à la fois, seyants, étroits et élégants. Seul le basiste Carlos, a opté pour un look dandy new wave. Même le claviériste qui les accompagne pour la tournée, tout vêtu de noir, se fond dans l'ensemble. Faut croire que les démarrages des concerts sont pour l'instant laborieux, puisqu'il a fallu cinq ou six chansons avant que la formation new-yorkaise ne parvienne à sortir du carcan de son album. Même le riff de guitare, destiné à ouvrir chaque refrain, manquait singulièrement de pêche. Mais progressivement toutes ces imperfections se sont dissipées, pour faire place à un véritable envoûtement. Pourtant, si la belle frimousse du chanteur (Paul Banks), attire tous les regards des filles, pendant que Daniel Kessler et Carlos D semblent plongés dans leur trip, le métronome du set n'est autre que le drummer Sam Fogarino. Son jeu tribal tout en souplesse et en dextérité permet aux autres musiciens de se libérer. Tout au long de ce concert, les fantômes de Chameleons, de Joy Division et même des Smiths vont me traverser l'esprit ; mais sans jamais me communiquer le vague à l'âme. Au contraire! D'autant plus que les musiciens, qui clôturaient leur tournée dans la métropole, étaient de très bonne humeur. Avec deux rappels à la clef, ponctués d'une distribution généreuse de sticks de drums assurée par Sam, on pouvait retourner chez soi l'âme en paix, sans même penser à Ian Curtis. Et pour cause, le public venait de succomber au charme d'une étoile qui vient à peine de naître…

lundi, 05 novembre 2018 15:57

Un conte de fées...

La Maison de la Culture de Tournai était pleine comme un œuf pour accueillir le spectacle qu'An Pierlé avait dû reporter trois semaines plus tôt, pour cause de vilaine bronchite. En première partie, le tout jeune Sioen, flanqué pour la circonstance du violoniste Renaud Ghilbert, a laissé une belle impression. Sioen est Gantois, joue du piano et chante dans la langue de Shakespeare. Il a fréquenté le conservatoire, au cours de sa tendre enfance. Cela s'entend. Mais ce bagage classique, il le met au service de chansons délibérément pop. Des chansons pop, qu'il chante d'un timbre un peu rocailleux, proche d'un Stef Kamil Carlens (ex dEus, Zita Swoon). Par contre, sa manière de plaquer ses accords de piano en les couplant avec ses inflexions vocales me font penser à Peter Hammil. Une technique qu'il utilise régulièrement. Sioen injecte énormément de sensibilité dans ses chansons, des chansons contagieuses, nonobstant un style austère et des compositions qui tirent parfois en longueur. Pourtant, a contrario de son premier album, il est ici accompagné d'un violoniste. Beaucoup trop discret à mon goût, il ne s'est véritablement libéré que lors de l'avant dernier titre du set. Et ce qui me semblait latent a alors éclaté au grand jour : Renaud Ghilbert a eu une formation jazz et est un fervent admirateur de Django Reinhardt. Mais pourquoi a-t-il attendu si longtemps pour exprimer tout art ? La réponse est simple: un plâtre à l'avant-bras handicapait ses mouvements. Ce qui n'a pas empêché le duo de décrocher un rappel. Pour conclure, s'il est indéniable que Sioen est un talent en herbe à l'état pur, il aurait tout intérêt à s'entourer d'un véritable groupe (NDR : et pourquoi pas un quatuor à cordes ?), pour rendre sa solution sonore plus fluide, plus accessible. Et en particulier sur les planches. Ce qui n'enlève rien, je le répète, à ses mérites…

An Pierlé monte sur les planches, seule, et s'assied derrière son piano sur une grande balle de plastique transparent, siège sur lequel elle rebondit comme un enfant sur un fauteuil moelleux. Très souriante, elle ouvre un thermos pour remplir un grand bol de tisane fumante (NDR : serait-ce une potion de Merlin ?) et en avale une bonne rasade. Un geste qu'elle va reproduire régulièrement, au cours de la soirée Elle s'excuse tout d'abord de n'avoir pu jouer trois semaines plus tôt, dans la même salle, suite à ses problèmes de santé. Elle parle tantôt en néerlandais, tantôt en français, souvent en mélangent les deux, parfois même en Allemand. Une véritable polyglotte, puisqu'elle chante en anglais. Mais surtout, elle fait preuve de beaucoup d'humour. Pourtant, il plane un certain mystère sur ses chansons, un peu comme si on entrait dans un conte de fées. Elle entame son set par " Mud flow ". Limitée à la voix et au piano, cette composition est extraite de son premier album. Et An y montre déjà toute l'étendue de son registre vocal. Qui définitivement me fait penser à celui de Kristin Hersh. Et c'est un compliment ! Passé cette entrée en matière, An fait entrer ses musiciens. Un drummer (Diederick De Kock), un violoncelliste/bassiste (Klaas Delvaux) et son ami et guitariste, Koen Gysen. Et les chansons tantôt romantiques, tantôt terribles, commencent à défiler. Passant de la pop au rock, de la ballade à la musique de chambre, avec une facilité déconcertante. Et pour point d'orgue, " Nobody's fault ", qu'elle chante en duo avec Koen. Bouleversant ! Soudain, An sort de sa réserve et empoigne un accordéon, le temps d'un morceau très enlevé. Puis retourne derrière son piano pour entamer un pot pourri classique totalement désopilant. Elle a beaucoup de charisme et fait reprendre en chœur les " Wouh ! wouh ! " de son " Sing song sally ". A l'issue de cette interprétation, ce même public en remettait encore une couche. Et pour clore le spectacle, la formation s'est lancée dans un morceau de noisy rock, le guitariste puisant joyeusement dans le feedback. Deux rappels, et le public était totalement conquis par sa prestation. Pour preuve, les nombreux albums qu'elle est parvenue à vendre, à l'issue du spectacle, jusque tard dans la nuit. An Pierlé participera aux prochains festivals d'été. Ne la manquez sous aucun prétexte !

 

Suivant sa (bonne ?) mauvaise habitude Ian Brown est monté sur les planches avec un retard plus que certain. M'enfin, il n'était quand même que 9h10, lorsqu'il a entamé son set. Faut dire que pendant les 40 minutes d'attente (NDR : il n'y avait pas de supporting act), il a fallu se farcir des vieux disques de Genesis, qu'on entend plus que chez Marc Isaye. Une chose est sûre, le band de Brown dispose d'un matos d'enfer qui occupe toute la scène de l'Orangerie. Enfin, le combo arrive. Ian salue la foule. Il est vêtu de son anorak baggy. Un vêtement qu'il ôtera après deux chansons pour arborer un superbe t-shirt à l'effigie de Beethoven. Mais ce qui frappe tout d'abord, ce sont ses musiciens. D'abord le percussionniste, que Ian surnomme Mr Goldfinger. Probablement un Indien ou un Pakistanais. Enrubanné, vêtu d'une longue robe blanche, on le croirait sorti tout droit du film " La lampe d'Aladin ". Et ce qui ne gâte rien, il est vraiment brillant tout en virevoltant au beau milieu d'une panoplie impressionnante de percus. Le guitariste, ensuite. Il porte à la main droite des bagues, sur lesquelles des lasers ont été adaptés. Et comme sa guitare clignote comme un sapin de Noël, il incarne un light show à lui tout seul. Le drummer joue constamment un écouteur hi-fi sur les oreilles, tandis que le claviériste supervise le tout d'un portable high tech. Plus sobre, mais terriblement efficace, le bassiste donne l'assise du groove, même si sur le morceau d'ouverture, il joue d'un clavier miniature. Ian Brown n'a pas une voix exceptionnelle, mais c'est un showman charismatique; et il peut compter aujourd'hui sur un groupe particulièrement solide. Son caractère a beaucoup changé. Il accorde des autographes entre les morceaux, se laisse photographier, sourit (parfois) et remercie le public. Il offre même un t-shirt à une admiratrice qui s'était approché de la scène. En outre, il parvient à adapter son timbre vocal à la musique, par la technique de la réverbération. Le concert commence sur un mid tempo, passe ensuite au dub, avant de nous entraîner dans la house mancunienne. A partir de cet instant la fièvre commence à monter et la magie house à produire ses effets. Le public ne peut plus rester en place et se met à danser, comme s'il commençait à entrer en transe. Les percus vous envahissent. Le groove est irrésistible. De temps à autre Ian imite l'attitude d'un adepte du bodybuilding, à laquelle le public répond par les mêmes gestes. Mais alors que nous étions prêts à vivre un des meilleurs moments de l'année 2002, la formation s'est retirée. Juste le temps de saluer et nada ! 50 minutes, pas de rappel, nonobstant les clameurs du public. Frustrant ! Un peu comme si on nous avait enlevé le dessert de la bouche. M'enfin, il est vrai que cette attitude était déjà celle des Stone Roses. Faut croire que Ian veut entretenir un certain mythe…

lundi, 05 novembre 2018 15:54

Un talent en herbe à l'état pur...

La Maison de la Culture de Tournai était pleine comme un œuf pour accueillir le spectacle qu'An Pierlé avait dû reporter trois semaines plus tôt, pour cause de vilaine bronchite. En première partie, le tout jeune Sioen, flanqué pour la circonstance du violoniste Renaud Ghilbert, a laissé une belle impression. Sioen est Gantois, joue du piano et chante dans la langue de Shakespeare. Il a fréquenté le conservatoire, au cours de sa tendre enfance. Cela s'entend. Mais ce bagage classique, il le met au service de chansons délibérément pop. Des chansons pop, qu'il chante d'un timbre un peu rocailleux, proche d'un Stef Kamil Carlens (ex dEus, Zita Swoon). Par contre, sa manière de plaquer ses accords de piano en les couplant avec ses inflexions vocales me font penser à Peter Hammil. Une technique qu'il utilise régulièrement. Sioen injecte énormément de sensibilité dans ses chansons, des chansons contagieuses, nonobstant un style austère et des compositions qui tirent parfois en longueur. Pourtant, a contrario de son premier album, il est ici accompagné d'un violoniste. Beaucoup trop discret à mon goût, il ne s'est véritablement libéré que lors de l'avant dernier titre du set. Et ce qui me semblait latent a alors éclaté au grand jour : Renaud Ghilbert a eu une formation jazz et est un fervent admirateur de Django Reinhardt. Mais pourquoi a-t-il attendu si longtemps pour exprimer tout art ? La réponse est simple: un plâtre à l'avant-bras handicapait ses mouvements. Ce qui n'a pas empêché le duo de décrocher un rappel. Pour conclure, s'il est indéniable que Sioen est un talent en herbe à l'état pur, il aurait tout intérêt à s'entourer d'un véritable groupe (NDR : et pourquoi pas un quatuor à cordes ?), pour rendre sa solution sonore plus fluide, plus accessible. Et en particulier sur les planches. Ce qui n'enlève rien, je le répète, à ses mérites…

An Pierlé monte sur les planches, seule, et s'assied derrière son piano sur une grande balle de plastique transparent, siège sur lequel elle rebondit comme un enfant sur un fauteuil moelleux. Très souriante, elle ouvre un thermos pour remplir un grand bol de tisane fumante (NDR : serait-ce une potion de Merlin ?) et en avale une bonne rasade. Un geste qu'elle va reproduire régulièrement, au cours de la soirée Elle s'excuse tout d'abord de n'avoir pu jouer trois semaines plus tôt, dans la même salle, suite à ses problèmes de santé. Elle parle tantôt en néerlandais, tantôt en français, souvent en mélangent les deux, parfois même en Allemand. Une véritable polyglotte, puisqu'elle chante en anglais. Mais surtout, elle fait preuve de beaucoup d'humour. Pourtant, il plane un certain mystère sur ses chansons, un peu comme si on entrait dans un conte de fées. Elle entame son set par " Mud flow ". Limitée à la voix et au piano, cette composition est extraite de son premier album. Et An y montre déjà toute l'étendue de son registre vocal. Qui définitivement me fait penser à celui de Kristin Hersh. Et c'est un compliment ! Passé cette entrée en matière, An fait entrer ses musiciens. Un drummer (Diederick De Kock), un violoncelliste/bassiste (Klaas Delvaux) et son ami et guitariste, Koen Gysen. Et les chansons tantôt romantiques, tantôt terribles, commencent à défiler. Passant de la pop au rock, de la ballade à la musique de chambre, avec une facilité déconcertante. Et pour point d'orgue, " Nobody's fault ", qu'elle chante en duo avec Koen. Bouleversant ! Soudain, An sort de sa réserve et empoigne un accordéon, le temps d'un morceau très enlevé. Puis retourne derrière son piano pour entamer un pot pourri classique totalement désopilant. Elle a beaucoup de charisme et fait reprendre en chœur les " Wouh ! wouh ! " de son " Sing song sally ". A l'issue de cette interprétation, ce même public en remettait encore une couche. Et pour clore le spectacle, la formation s'est lancée dans un morceau de noisy rock, le guitariste puisant joyeusement dans le feedback. Deux rappels, et le public était totalement conquis par sa prestation. Pour preuve, les nombreux albums qu'elle est parvenue à vendre, à l'issue du spectacle, jusque tard dans la nuit. An Pierlé participera aux prochains festivals d'été. Ne la manquez sous aucun prétexte !

 

dimanche, 04 novembre 2018 10:38

Le reflet d'un bonheur fugace, mais intense...

Il y avait longtemps que je n'avais plus vu autant de monde à Forest National. Si mes souvenirs sont exacts, c'était lors d'un concert de Depeche Mode. En 1997. Celui des britanniques Coldplay était bien évidemment sold out. Même le poulailler était plus que copieusement garni. Malheureusement, je n'ai pu assister qu'à la fin du set accordé par le supporting act, en l'occurrence Idlewild. Un retard provoqué par les travaux, les embouteillages et le temps nécessaire pour trouver une place de parking...

Mais venons-en à Coldplay. Première constatation, le light show est tout bonnement remarquable. Plusieurs écrans restituent, tant au dessus que derrière le groupe, les prestations individuelles des musiciens. Tantôt en couleurs, tantôt en noir et blanc. A l'instar de ce que U2 avait utilisé lors de son 'Elevation tour'. Sans oublier les stroboscopes et les lasers. Lors du rappel, un de ceux-ci va même projeter un ciel jaune virtuel, où les nuages circulent, juste au-dessus du public. Magique !

Ah oui, et le concert alors ? Somptueux, tout simplement ! Pourtant, après quelques morceaux, j'ai eu un peu peur, que la formation se contente de reproduire méthodiquement les plages de ses deux albums. Un peu comme le groupe l'avait fait lors de son dernier passage à l'AB. Une impression qui a duré 20 bonnes minutes. Et puis Coldplay s'est totalement libéré. Alternant chansons issues de ses deux opus, Chris Martin passe du piano à la guitare sèche ou électrique, comme si c'était déjà un vieux briscard. Assis derrière les ivoires, il ne tient pas en place. Debout, il saute d'un côté à l'autre de la scène. Aussi lorsque l'intensité électrique jaillit, c'est toute l'assistance qui s'enflamme. Et je pense tout particulièrement à cette interprétation flamboyante de « One I Love », issue du single « In my place », qui m'a rappelé les meilleurs moments de House Of Love. Faut dire que Jon Buckland, le guitariste, y met la gomme. Chris s'excuse de ne pas trop bien parler dans la langue de Molière. Mais il le fait avec une telle candeur, qu'on en tombe sous le charme. Sa voix est bourrée de feeling et correspond parfaitement au profil romantique de ses chansons. Mais, il a pris de la bouteille et tourne le micro vers le public pour le laisser reprendre en chœur ses plus belles mélodies. Des moments d'émotion indescriptibles pour les aficionados. Et n'oublions pas pour autant le travail de Guy Berryman à la basse et de Will Champion aux drums, une redoutable section rythmique décidée à ne laisser déraper le concert que si elle le contrôle. Une bonne heure trente-cinq plus tard, y compris le rappel, on pouvait lire sur le visage des spectateurs le reflet d'un bonheur fugace, mais intense. Comme quoi le rock ça peut rendre encore heureux.

Après un tel set, je me suis juste posé une question : celle de savoir si le groupe avait encore l'intention de grandir et risquer de perdre sa spontanéité juvénile, ou alors de conserver sa dimension humaine. Je n'ai pas la réponse, mais j'ai toujours en mémoire des (mauvais) exemples de groupes, qui au sommet de leur art, ont oublié qu'il fallait aussi se renouveler. Pensez à Simple Minds. Et même à Radiohead, qui à une certaine époque, a failli tomber dans le piège. Croisons les doigts pour que l'histoire ne soit pas un éternel recommencement.

 

lundi, 05 novembre 2018 17:48

Le serpent et le loup...

Il aura donc fallu attendre presqu'une année pour voir sortir le premier véritable album d'Experimental Tropic Blues Band. Pourtant, Dirty Wolf (alias Psycho Tiger) et Boogie Snake prévoyaient sa parution vers le mois de mai. Apparemment, les événements ne se sont pas déroulés comme ils l'imaginaient. Vous le constaterez vous-même à la lecture de cet entretien que les deux chanteurs/guitaristes avaient accordée lors de la dernière édition du festival d'Hiver Rock. Une interview au cours de laquelle, on ne pouvait, non plus, passer sous silence les différents projets parallèles menés par les différents membres de l'E.T.B.B.

Quand on parle de l'Experimental Tropic Blues Band, on évoque d'abord ses prestations 'live'. C'est sur les planches qu'il a bâti sa réputation. Peut-on affirmer que c'est l'endroit qui vous motive le plus ? Le moteur du groupe en quelque sorte ?

Dirty Wolf : Effectivement, c'est sur la scène qu'on s'exprime le mieux. Pour l'instant, nous sommes en studio pour terminer notre album. En fait, on s'est rendu compte que lors de l'enregistrement de nos deux précédents disques, nous n'étions pas parvenus à y communiquer ce feeling 'live'. C'est ce qu'on va essayer de faire sur cd. Mais c'est très difficile à concrétiser…

Lorsque vous êtes sur les planches, Dirty Wolf baragouine en anglais entre les morceaux. Est-ce le reflet d'un l'attitude ?

D.W. : Ouais, c'est l'attitude ! Parfois, j'ai du mal à parler en français. Surtout quand on joue une musique comme la nôtre. Tu m'imagines balancer : 'Allez les gars' ou 'Est-ce que vous voulez du sale rock ?'. C'est ridicule… 'Come on' ou 'Do you wanna dirty rock', ce n'est pas pareil ! Maintenant, je ne sais pas trop pourquoi, mais on a toujours fait ainsi. Cependant, lors de certains concerts, je parle quand même dans ma langue natale. Notamment, lorsqu'il se produit un événement assez marrant. Finalement, j'aime bien les groupes qui parlent en anglais. Ca me dépayse un peu. Même si je parle très mal l'anglais. Surtout moi…

Lors de vos sets, il arrive régulièrement que vous vous laissez porter par le public. Lors de l'édition du festival de Dour 2005, je pense que c'était Boogie Snake.

Boogie Snake : (s'adressant à Dirty Wolf) Oui, mais tu l'as fait aussi !

D.W. : Ouais, ouais…

Pas trop les boules, quand même ?

B.S. : Il y avait tellement de monde, qu'il n'était pas possible de tomber. Et de se casser quelque chose.

D.W. : Il aime ça, hein !

B.S. : J'adore le snake diving !

Sais-tu que dans le passé, Peter Gabriel était coutumier du fait ?

B.S. : Non ! Je pensais plutôt à Iggy Pop ou des gens comme lui.

D.W. : C'est vraiment une sensation étrange.

B.S. : Physique.

D.W. Etrange aussi, car c'est incroyable de voler au-dessus de la foule. Tu vois leurs têtes de près. Et cette situation te communique une énergie incroyable.

B.S. : Alors qu'ils prennent des godasses dans la tronche.

D.W. : Ou alors, ils te tirent le froc. Ou encore tu finis par tomber…

Et des tas de filles crient à poils ?

D.W. : Non, là alors, je suis trop fatigué (rires)

Pour jouer une musique comme la vôtre, il faut adorer le blues et le rock'n roll. Mais qu'est ce qui vous a poussé à fonder un groupe semblable ?

B. S. : Notre admiration pour des artistes comme Elvis, Bo Diddley, Bob Log, John Spencer, etc.

D.W. : Les Cramps…

B.S. : R.L. Burnside, Skip James, Blind Willie Johnson, Otis Rush, et puis toute l'écurie du label Fat Possum…

Ce qui explique pourquoi on vous décrit parfois comme les héritiers naturels des Cramps et du Jon Spencer Blues Explosion ?

D.W. : Surtout des Cramps ! (rires)

A l'instar de la bande à Lux Interior et de Poison Ivy, votre répertoire inclut des reprises (NDR : le premier elpee des Cramps était exclusivement constitué de covers). N'envisagez-vous pas, dans le futur, l'enregistrement d'un album exclusivement consacré à ce type d'exercice ?

B.S. : Non, je ne le pense pas. Ce type de projet pose trop de problèmes de droits d'auteurs. Et on ne sait pas trop comment s'y prendre pour aborder le sujet. Enfin, il faut aussi en payer un certain prix…

D.W. : Pour l'instant, on joue sur scène, une version du « Garbage man » des Cramps (NDR : elle est sur le nouvel album !). Une autre de Bo Diddley et aussi d'Alan Vega.

B.S. : D'André Williams également (rires)

Vu le style musical pratiqué, ne craignez-vous pas que dans un futur plus ou moins proche, vous aurez rapidement fait le tour du sujet ?

B.S. : A premier abord, cette musique paraît, assez limitée. Mais en vérité, elle offre bien plus d'alternatives qu'il n'y paraît. Dans l'univers du rock, il y a toujours moyen d'emprunter une direction différente.

D.W. : La question ne se pose même pas, car on joue de la musique pour se faire plaisir et on a envie de continuer pour cette même raison. Qu'on soit seul, à deux, à trois ou à quatre, on continuera à faire du Tropic. Et tant pis si ça ne marche plus. J'espère simplement que j'aurais toujours la force de continuer… J'en ai même la quasi-certitude. Mon avis peut paraître prétentieux, mais j'ai trop la flamme pour m'arrêter. Et je pense que mon acolyte blond partage mon opinion.

Revendiquez-vous d'autres legs ?

D.W. : Bien sûr, nous ne sommes pas seulement influencés par le blues et le rock'n roll. Nous apprécions également la musique très dure, directe. Celle où on sent que les musiciens mettent leurs tripes sur la table. Un don de soi. Et que l'on ressent au plus profond de soi-même.

B.S. : J'apprécie aussi la musique country. Pour l'instant j'écoute beaucoup Johnny Cash.

Arbitrairement, je vais considérer l'E.T.B.B. comme groupe fédérateur au sein d'une multitude de projets auxquels vous participez. Colonel Bastard, c'est un projet solo imaginé par Psycho Tiger ?

D.W. : (d'une voix caverneuse) Dirty Wolf…

Seasick implique Boogie Snake ?

D.W. : Il ne s'appelle pas Boogie Snake dans Seasick, mais JJ.

Et enfin il y a Two Star Hotel au sein duquel militent le guitariste et le bassiste de Seasick. C'est tout ?

D.W. : A peu près. Ce n'est déjà pas si mal non ? Ah oui, il y a aussi l'Electric Ladies Blues, un ensemble auquel participe la copine de Boogie Snake.

Je suppose que vous multipliez les projets pour élargir votre horizon musical ?

D.W. : Nous ne souhaitons pas élargir notre horizon musical, mais on a trop d'énergie à dépenser. Trop d'idées. Alors pourquoi se limiter à un seul projet ?

B.S. : Il n'est pas possible de se contenter d'un seul projet. Nous écrivons trop de chansons. Et puis, nous ne pouvons concevoir de ne se concentrer que sur un style de musique. Nous avons besoin d'autre chose. De ressentir d'autres vibrations.

D.W. : En vérité, ce n'est pas l'E.T.B.B. qui est fédérateur, mais Seasick. C'est notre premier groupe. Nous participons à son aventure depuis 11 ans.

B.S. : Quatorze ans !

C'est ce groupe qui a emporté le Concours-Circuit dans la catégorie métal, en 2004 ? Un résultat plutôt étonnant, non ?

D.W. : Ce prix a provoqué un véritable scandale !

B.S. : J'ai vu des gens pleurer de dépit, parce qu'on avait décroché la palme (rires). Enfin, plus exactement parce que leur groupe préféré n'avait rien gagné. Pitoyable !

A propos de Seasick, j'ai lu qu'ils reconnaissaient pour influences majeures la physique nucléaire et les expériences sur le conditionnent du cerveau humain par Milgram et Hasch. (fou rire général). Vous assumez ?

B.S. : Il fallait bien écrire quelque chose, non ?

D.W. : Ce n'est pas vrai ! C'est parce que Jean-Jacques et Ben sont influencés par tout ce qui se rapporte à l'univers gothique et romantique (rires) : Clyde Barker, les films de série B ou d'horreur, etc. Et je crois que ce sont ces caractéristiques qui sont reflétées chez Seasick. Vraiment ! C'est la raison pour laquelle on écrit des textes semblables. J'ai également lu qu'on écoutait Seasick comme on regarde un film de David Lynch. Et c'est une bonne comparaison. Parce que la musique est très violente et directe. Surtout dans la manière de la donner. Personnellement, j'estime qu'elle est plus punk que metal.

B.S. : C'est sans doute la raison pour laquelle nous avions été versés dans la catégorie métal, lors du Concours-Circuit.

D.W. : C'est dans la manière d'exprimer la musique.

B.S. : Qui libère une énergie parfois dure à encaisser…

On dit de Colonel Bastard qu'il pratique du karaoké-rock-théâtral au sein duquel il n'y a pas de réelle ligne conductrice, mais une improvisation constante…

D.W. : Du karaoké'n roll. Très exactement ! Non, attention, je tiens à mettre les points sur les 'i' (rires). Je reconnais que c'est assez improvisé. Pas les paroles, ni la musique. En fait, je glisse un cd dans le lecteur et je chante dessus. Il n'y a pas de groupe pour m'accompagner. J'apporte quand même mon propre compact disc. L'impro, c'est la mise en scène. Il faut imaginer que je suis seul sur scène. Je dois me donner à fond sur la musique, même si elle est 'nazze'. Sur de l'électro, par exemple. Or, je déteste l'électro. Enfin, il n'y a pas que de l'électro. Donc, je chante sur un support sonore. Qui importe peu, finalement. Je fais en quelque sorte du théâtre en musique. Dès que je monte sur scène, je cherche des endroits où je vais pouvoir me jeter. Où je vais pouvoir faire des trucs. Je ne prévois pas ce que je vais accomplir. Faut que ce soit du 'live' ! Et tant pis si je me casse la gueule ou si je me pète des doigts. C'est ainsi. Ces risques font partie du show… (il souffle)

L'album de Two Star Hotel est paru chez Sounds Of Subterrania! Et sa distribution a été confiée à Sonic RendezVous. Curieux non ?

B.S. : Il faut savoir qu'Al et Ben Plastic ont fondé un groupe qui a connu un certain succès au cours des années 80 : Hiatus. En Allemagne. Et dans le milieu 'crustcore'. La formation a même accompli une tournée mondiale. Jusqu'aux States. Et apparemment, ils ont conservé leurs contacts avec l'Allemagne. Notamment de cette époque. Ce qui explique pourquoi ils se sont retrouvés sur ce label.

On dit de Two Star Hotel, qu'il pratique du Plastic avant-rock ? Une explication ?

D.W. : Je pense qu'ils seraient plus aptes à répondre à ces questions. Parce qu'on risque de raconter des conneries…

Vous relevez du Collectif Jaune Orange. Etes-vous simplement groupe membre ou êtes-vous impliqués dans le conseil d'Administration ?

D.W. : Tout le monde a son mot à dire dans Jaune Orange. Les gens imaginent que c'est un gros bazar. Mais ce n'est pas du tout le cas. C'est une structure très familiale. Il n'y a qu'une ou deux personnes vraiment responsables. Finalement, cette association n'existe que par hasard. Et tous les gens qui en dépendent s'entendent bien. Tout roule parfaitement…

Qu'est-ce que vous a apporté ce collectif ?

D.W. : Enormément. Et d'ailleurs, on commence seulement à en recueillir les fruits. Parce que le collectif prend une ampleur de plus en plus importante et jouit de plus en plus d'une excellente notoriété. Les gens prennent, aujourd'hui, au sérieux, Jaune Orange.

Et Girls In Hawaii y est sans doute, un peu pour quelque chose ?

D.W. : C'est Jaune Orange qui a découvert Girls In Hawaii. Depuis, il a pris une toute autre dimension…

Que devient l'harmoniciste Lord Bernardo ? Il avait notamment participé à l'enregistrement du mini album « Dynamite Boogie ».

D.W. : On le voit de moins en moins. En fait, il a son propre groupe : Stinky Lou & Goon Mat, en compagnie duquel il tourne beaucoup, sans compter ses collaborations diverses. Mais pour nous, c'est plus un ami qu'un musicien. Il vient parfois encore nous rejoindre, mais quand il est libre. C'est-à-dire très épisodiquement…

Vous êtes actuellement en studio. Peut-on lever un coin du voile qui recouvre les sessions d'enregistrement ? Y a-t-il des invités ?

D.W. : John Roo est notre ingénieur du son. C'est un bosseur. En outre on partage la même philosophie en matière de musique. Et c'est devenu un pote. D'ailleurs, on ne peut pas travailler en compagnie de gens avec lesquels on ne s'entend pas. Et pour l'instant on ne travaille qu'avec des amis. Les sessions d'enregistrement se déroulent à Waimes… On n'a invité personne. Rien que nous trois et l'ingénieur du son. On a même emporté nos tartines.

B.S. : Et quelques bouteilles de whiskey…

Et pour la musique ?

D.W. : C'est du rock'n roll. Maintenant, il est difficile d'en dire davantage tant que tout n'est pas terminé. Notamment les parties vocales et le mixing. Mais on y est presque. On a voulu prendre une nouvelle direction, même s'il recèle beaucoup de boogie. Et puis il est très puissant, plus puissant que tout ce qu'on a enregistré jusqu'à présent.

Et la date de sortie de cet opus ?

D.W. : Il part au mastering le 27 avril, donc 3 semaines plus tard, il devrait être dans les bacs. Si tout va bien. Et pour ton info, il s'intitule « Gangrene blues » (rires). Parce que nous considérons que nous somme quelque part la gangrène du blues. (NDR : en définitive, il s'appelle « Hellelujah »)

(La suite de l'interview nous propulse le 26 janvier 2007. Juste pour obtenir quelques éclaircissements relatifs à l'entretien que vous venez de lire. Dirty Wolf nous répond par téléphone.) L'album devait sortir en mai 2006. Il compte huit mois de retard. Vous avez rencontré des contretemps majeurs ?

D.W. : Non, pas vraiment. En fait, ce retard est dû à la confection de la pochette. Tout simplement.

Lors de notre rencontre, vous m'aviez répondu, que lors des sessions d'enregistrement, vous n'aviez reçu le concours d'aucun invité. Ce qui est loin d'être le cas, puisque Arno est venu apporter son concours à l'harmonica, sur deux de vos chansons (« Twice blues » et « Dry whisky »).

D.W. : A cette époque, ta question nous avait pris de court. En fait, nous avions eu l'accord verbal d'Arno pour qu'il vienne jouer de l'harmonica sur l'une ou l'autre de nos chansons. Mais il n'était pas encore passé en studio. Et on s'est dit, merde alors, comment as-tu fait pour savoir ce que personne ne savait ? Et pour ne pas que l'affaire capote, on a préféré tout nier en bloc. On aurait eu l'air malin s'il avait décliné l'invitation. Pour le reste tu peux savoir que Lio qui joue au sein d'Electric Ladies Blues et dans Le Prince Harry nous accompagne au piano sur deux titres. Je te le signale, car on va bientôt parler de ces groupes. Et en bien !

Quoique responsable d'un premier album de bonne facture (« G »), paru au printemps dernier, Malibu Stacy est avant tout un groupe de scène. Depuis leur victoire au 'Concours Circuit' en 2004, les Visétois n'arrêtent d'ailleurs pas de tourner. Et si vous ne les avez jamais vus en 'live', c'est que vous n'assistez jamais au moindre festival ! Ou alors que vous êtes collés devant votre téléviseur du matin au soir. C'est d'ailleurs à l'issue de leur prestation à Dour que la formation nous a accordé cette interview. En l'occurrence le chanteur David et le bassiste Paulie. Très à l'aise pour parler de tout, même au second degré… sauf de musique. Jugez plutôt par vous-mêmes…

Leur premier opus a donc été enregistré à Bologne sous la houlette de Francesco Donadello (Yuppie Flu). Une expérience humaine qui aurait pu être intéressante. Apparemment ce ne fut pas le cas. Paulie s'explique : « En fait Francesco passait la plupart de son temps à regarder la TV ou à manger des pizzas. Ah oui ; et aussi à régler des pédales durant des heures. Pendant ce temps là, on attendait. Hormis ces quelques détails, il travaille plutôt bien. » David nuance : « Il fait quand même correctement son boulot ? » Paulie reprend déjà le crachoir : « Il est surtout lent ! Mais il y a pire : Matteo (NDR : Agostinelli), le superviseur ! Lui n'en avait strictement rien à branler des sessions. Il passait son temps à accorder des guitares. On doit l'avoir crédité dans les remerciements spéciaux ou quelque chose du style. Ceci dit, Francesco est plutôt compétent. Mais il ne fait pas grand-chose… » Maintenant, le plus important est de savoir si le groupe est satisfait du résultat. Paulie embraie : « Au départ, nous n'étions pas trop satisfaits. Mais en écoutant des disques d'Elvis Presley, on en a conclu qu'on avait fait le bon choix au niveau du son. On s'est même reproché de copier le King ! Plus sérieusement, on voulait un son un peu sourd comme dans les années 50 ou 60. Et finalement, je pense que l'objectif est atteint... » Après l'Italie, la formation s'est envolée aux States. A Los Angeles, très exactement. Pour y tourner le clip de ‘LosAngeles’. Et manifestement, on ne peut pas dire que le voyage leur a laissé un souvenir touristique impérissable. Paulie est néanmoins satisfait de ce périple : « A L.A., j'ai battu mon record de burgers ingurgités. J'en ai avalé quatre de suite. Avec des frites ! Mais cette expédition reste pour moi un excellent souvenir ! Surtout que ces aliments étaient excellents. La viande était bien grillée… » David enchaîne : « Effectivement, leurs burgers sont délicieux. Mais la bière n'est pas terrible… » Paulie confesse : « Mais notre meilleure aventure nous est arrivée le dernier soir. A l'hôtel. En fait, on s'est retrouvé dans une maison de passe. Du côté de Venice Beach. On l'avait aussi bien cherché. Bref, il y avait plein de putes. Et des miroirs partout. Et on s'est bien rincé l'œil (NDR : les yeux ?). Mais le problème c'est qu'on y a dormi. Un peu gênant, quand on voit tous les mecs qui entraînent les prostituées dans les chambres. Non, mais tu imagines te glisser dans un lit en te demandant s'il n'y a pas des traces visqueuses sur les draps. Beuurk ! On partait donc lendemain et on s'est mis à boire comme des porcs. Et on ne s'est réveillé que lorsque les taxis sont arrivés. Si bien que lorsqu'on a repris l'avion, on était complètement déchirés… » Oui, mais ils étaient quand même partis en Californie pour y tourner un clip ? Paulie acquiesce : « Tout à fait ». Et David confirme : « Oui mais on s'y rendait en toute décontraction ! Un peu comme si on prenait des vacances. » Paulie argumente : « En fait on disposait d'un budget qui nous a permis de partir là-bas. Dans une ville où nous rêvions nous rendre. Bien sûr, il y a eu le tournage de la vidéo. Mais l'important, c'est qu'on s'est bien amusés et qu'on a bien rigolé. La seule contrariété vécue a été causée par le décalage horaire… »

Justement à propos de budget, Malibu Stacy a failli ne pas signer chez Bang ! Ce qui méritait une explication. C'est toujours Paulie qui s'explique. « Après avoir sorti l'Ep, Pias nous a contacté pour nous proposer un contrat. En fait, nous n'avions alors pas encore signé chez Bang ! Mais Bang ! nous a rappelé que nous avions enregistré l'Ep chez eux et qu'il n'était pas question d'aller voir ailleurs. On a alors discuté ; et ils ont doublé le budget. On a finalement opté pour le label qui avait effectué la meilleure proposition. Nous souhaitions nous engager auprès de la firme susceptible de mettre le plus de moyens à notre disposition. Nous ne voulions pas gamberger, mais bien avancer. Faire ce que nous avions envie de faire. » David se défend : « Nous avons appliqué une technique rencontrée dans les soumissions d'entreprise. Quand tu envisages de remplacer ta toiture, tu contactes plusieurs entrepreneurs. Et puis tu choisis celui qui te semble le plus intéressant en matière de qualité/prix. On a fait pareil ! »

L'ancien bassiste, Jean-Christophe a cédé sa place à l'ex-claviériste Paulie. Et ce dernier a refilé les claviers à un nouveau venu, Jérôme (présent tout au long de l'interview, mais muet). Mais qu'est devenu Jean-Christophe ? Paulie clarifie : « Il est toujours avec nous. Mais il est devenu notre tourneur. Il a changé de fonction. Et il n'en rate pas une pour nous tancer. Quand on joue, il est derrière la table de mixage. Si j'ai le malheur de louper une note à la basse, il se tord de rire. Et ça me fait chier. Ca me perturbe. Et j'ai alors besoin d'une demi-heure pour me reconcentrer. » Pourquoi a-t-il choisi la basse, alors ? Il se justifie : « Je ne suis pas bassiste, mais guitariste. Et chez Malibu Stacy, au départ, on m'a confié les claviers. Mais lorsque Jean-Christophe a cessé de jouer au sein du groupe, j'ai voulu reprendre la basse, parce que les claviers me faisaient super chier (rires). Je déteste cet instrument. Et Jérôme a pris le relais. J'ai en quelque sorte sauté sur l'occasion pour passer à autre chose. C'est quand même plus marrant de tenir quelque dans la main que de taper sur un truc posé sur un pied. » Le phénomène des chaises musicales, quoi ! « Exactement ! Chaque membre du groupe essaie de monter en grade. Et mon prochain objectif sera le chant… (rires). Il faudra que je porte des lunettes. Arbore un look différent. Sans oublier de laisser pousser une mèche de cheveux sur le côté…  Non c'est pour rigoler. Ca ne marchera pas… »  Et chanter en anglais aussi bien que David. Mais pourquoi chanter dans la langue de Shakespeare, lorsqu'on est francophone ? David réplique : « Chez moi, c'est totalement naturel. A cause de la musique que j'écoutais quand j'étais très jeune. Et puis parce que c'est l'expression qui colle le mieux à la musique pop/rock qu'on pratique. En outre, j'ai vécu un moment en Ecosse et j'aime parler cette langue. »  

Le jeu de scène de David est impressionnant. Il bondit parfois sur les planches comme un chat. Et manifeste une expression corporelle digne des plus grands showmen. Pourtant, il n'a jamais fait ni de théâtre, ni de gymnastique ou exercé une quelconque activité sportive. Il confirme : « Non, jamais. C'est naturel. Mais je ne pense pas que je sois vraiment souple. Disons que j'ai plutôt de la détente. En fait je ne suis pas du tout souple (NDR : il se lève et parvient difficilement à mettre le bout des doigts au sol, les jambes tendues. Dans le même temps, Paulie y pose la paume des mains, sans la moindre difficulté). Paulie se met à frimer : « Ma copine me reproche souvent de ne pas être assez souple au lit. Mais d'y être quand même performant (NDR : vantard !). Pourtant, tu vois, je réussis plutôt bien les exercices de souplesse. En fait, lorsque je fréquentais l'école secondaire, j'ai remporté un prix de souplesse lors du concours de fin d'année. Non, non, je ne déconne pas ! Mais il est vrai que je ne suis pas parvenu à battre le record établi par un ancien élève, dix ans plus tôt. » Pour l'expression théâtrale, David manifeste toujours la même modestie : « Non, non, je n'ai jamais fait de théâtre. Sur scène je ne fais vraiment pas attention à ce que je fais. Ni ne réfléchis à prendre l'une ou l'autre pose… » Qui peuvent néanmoins faire penser à Jarvis Cocker ou à Morrissey… David admet : « J'aime beaucoup la musique des Smiths, même si Morrissey se fait vieux ; et bien sûr de Pulp. Mais mon attitude sur scène n'a strictement rien à voir avec mes goûts musicaux. D'ailleurs, j'aime beaucoup la musique britannique en général… » Evidemment Paulie n'a pas manqué l'occasion d'en rajouter une couche : « J'ai suivi des cours à l'Académie. Et un jour, un type m'a demandé si j'aimais la poésie, etc.  Je pensais qu'il voulait me draguer. En fait, il souhaitait que je rejoigne leur troupe de théâtre. Parce qu'elle ne recelait pas assez de mecs. Ou si tu préfères, il y avait trop de filles à son goût. C'est ce que je voulais dire… »

Sans quoi pour leurs goûts musicaux, difficile de leur tirer les vers du nez. Le Fisher Z de John Watts ? Connaissent pas ! La fin de l'histoire de Weezer ? Un événement peu important, puisque les dernières années vécues par le groupe américain n'étaient quand même plus très convaincantes. Et Paulie d'ajouter : « La plupart des journalistes nous parlent de Weezer comme si c'était une influence majeure. Mais on n'a jamais essayé de s'en inspirer. En fait, on a tous écouté le premier album de cette formation. Qu'on appréciait beaucoup. Par la suite, on n'a plus jamais beaucoup accroché à leur musique. »

Pour votre info, sachez que ce n'est pas le Collectif Jaune Orange qui les a boostés à leurs débuts. Ils ont rejoint l'équipe après le concours. Ce qu'ils ne regrettent pas, parce qu'ils trouvent que les gens qui l'animent sont très chouettes. Et Paulie d'insister : « Finalement, je pense que le Collectif bénéficie aujourd'hui de notre statut ». La jolie fille peu habillée qui figure de dos sur la pochette est un mannequin. Ce qui coupe les ailes au canard selon lequel ce serait une copine des membres du groupe. Ces derniers ne sont pas davantage des fans des Simpsons auxquels ils ont quand même emprunté le nom de la poupée de Lisa. Ils estimaient simplement que le patronyme sonnait bien… Par contre, ils ont bien piqué le célèbre 'Hey you, what's that sound ? Everybody look what's going down', immortalisé par les Rhymes Digitales, pour le reproduire lors de la fin de leur chanson 'Feck'. On imagine donc que le groupe a dû payer des droits d'auteur pour utiliser cette phrase… Paulie rectifie : « Ces paroles ne sont pas des Rhymes Digitales, mais de Buffalo Sprinfield. En fait, au départ, c'est également ce qu'on pensait. Puis, on s'est rendu compte de notre méprise. Et finalement ce n'est pas plus mal, car chez Buffalo Springfield, ils sont presque tous morts. Il ne reste plus que Neil Young. Et à mon avis, il s'en tape complètement de cette reproduction (rires). Notre label nous l'a quand même fait remarquer et aurait souhaité qu'on l'expurge. Or c'est cette version là qui passe le mieux et qui fait en quelque sorte l'originalité de la chanson. Donc on a décidé de la garder. Et jusqu'à présent, on n'a pas rencontré de problèmes… »

mercredi, 13 décembre 2006 04:00

Une histoire de famille...

Danielson, c'est avant tout Daniel Smith. Un personnage autour duquel gravite toute la famille : frères, sœurs, épouse, belles-sœurs et amis (très proches) ; quoique lors de l'enregistrement de leur dernier album, « Ships », la palette d'invités s'est considérablement agrandie. Une bonne vingtaine de collaborateurs ont ainsi participé à la confection de cet opus, et notamment des membres de Deerhof ainsi que Sufjan Stevens. Un disque remarquable mais trop peu médiatisé pour s'extraire de la zone crépusculaire de l'underground. Le septième de Daniel, si on tient compte de celui de Br. Danielson. Un opus solo ! Tout un concept qui méritait quand même des explications. Surtout lorsqu'on sait que l'intéressé ne cache pas ses convictions religieuses, sans pour autant, a contrario de David Eugene Edwards, chercher à convertir son prochain à sa doctrine personnelle. Les nouveaux sympathisants n'ont donc pas dû se farcir des cours de catéchisme…

« Je ne me considère pas comme un guide spirituel. Ma foi est plutôt le reflet d'un examen de conscience individuel. Je compte autant d'amis croyants que de personnes ne partageant pas nécessairement mes convictions religieuses. Ce n'est pas un problème. Sais-tu que l'essence même des relations est une vérité spirituelle ? C'est ce qui fait tourner le monde. Qui permet aux êtres humains de vivre ensemble sur cette terre… » Donc à l'avenir, il faudra s'attendre à la reconduction de la formule élargie du groupe. Daniel s'explique : « Pour pouvoir écrire un album consacré aux relations humaines, il n'y a rien de tel que d'inviter de nouveaux amis. Et donc, c'est une nouvelle manière de se situer au sein d'un groupe. De partager des idées différentes. D'emprunter une nouvelle direction. D'essayer de concocter un disque qui tient la route. Ce n'est pas une idée révolutionnaire, cependant. Car ce n'est pas la première fois que j'adopte cette formule. Dès le début, je l'ai appliquée. J'écris des chansons et puis j'invite du monde pour participer à leur interprétation (NDR : vieux pote, Sufjan Stevens a ainsi coopéré à l'enregistrement de ' Ships'. Mais il est vrai que, de son côté, Daniel a joué de la basse et produit un album de Stevens). On va essayer de poursuivre dans cette voie ; et qui sait si lors du prochain album, nous ne compterons pas 35 invités. Réunir les frères, les sœurs, les anciens et les nouveaux amis : c'est cela le concept Danielson… » Dont le cœur demeure néanmoins la famille. Mais n'est-il pas plus difficile de travailler en compagnie de ses proches ? Même s'ils sont différents, des problèmes doivent également surgir ? Comment les résoudre lorsqu'un de ses membres ne partage pas le même avis ? La réponse fuse : « Je prends les choses en main. Et je lui demande de se calmer… (rires) C'est une bonne question ! Mes parents ont eu 5 enfants. Aucun d'entre eux n'a jamais envisagé entreprendre une carrière musicale. Moi bien. Ils jouent quand ça les arrange. Pour l'instant David tourne avec nous. Aucun d'entre eux ne compose sa propre musique. Une des mes deux sœurs est styliste dans l'univers de la mode. Elle y fait carrière. En fait, chacun a un job et personne ne vit de la musique. Je suis moi-même charpentier. Mais, il est vrai que ce n'est pas toujours facile. J'écris les chansons. Je joue de la guitare et chante. Je leur enseigne ces chansons et ils amènent leur touche personnelle. Mais il leur arrive de ne pas apprécier ce que je leur soumets. C'est humain. Ils sont là pour m'aider. On ne doit plus se battre ensemble comme lorsque nous étions gosses. Nous avons eu notre dose. Et aujourd'hui tu peux leur dire ce que tu penses. C'est un gain de temps. Alors que pour tes nouveaux amis, tu dois bien souvent ravaler ta salive… »

Un film vient d'être tourné au sujet de la famille Danielson. Intitulé "Danielson: a Family Movie (or, Make a Joyful Noise Here)", il traite de la créativité au sein d'une communauté partagée entre amis et famille. Daniel s'explique : « C'est un documentaire réalisé par JL Aronson. Il nous a approchés il y a plus ou moins 7 ans. Il travaillait dans un club à New York où on jouait beaucoup. Il était fasciné par notre groupe, et en particulier parce que étions une famille. Parce que nous abordions des sujets spirituels. Parce que nous jouions une musique étrange. A cette époque la scène indie était occupée de reprendre du poil de la bête. En outre, les parents et les enfants venaient assister à nos spectacles. Et il lorsqu'il m'a exposé son projet, j'ai tout d'abord refusé, car j'estimais que notre aventure était privée. Après en avoir longuement discuté, il a fini par nous convaincre. Même si à l'origine, nous lui faisions confiance du bout des lèvres. Au début l'expérience était même angoissante. Puis au fil du temps et des années, il est devenu un ami. Il a travaillé dur pour terminer son œuvre ; et finalement, c'est un honneur d'y avoir participé. Ce n'est d'ailleurs pas seulement un film au sujet de la musique, mais aussi de la créativité dans la famille. C'est un documentaire qui est susceptible d'intéresser les gens qui cherchent à comprendre ce qu'il y a derrière la musique. »

Daniel est un grand admirateur de Bob Dylan. Mais qu'est-ce qu'il aime chez le Zim ? « Tout d'abord ses textes. Puis l'individu. Personne n'est jamais parvenu à le classer dans un genre musical précis. Même au cours des années 60, lorsqu'il véhiculait des messages politiques. Ses compos ont toujours été personnelles, originales. Je respecte ce qu'il fait, ce qu'il a toujours fait, même si j'aime moins certains de ses disques. En fait, c'est la culture pop qui s'est alignée sur lui, et pas l'inverse. C'est un narrateur, un poète, un caractère fascinant. Chez la plupart des artistes, il est rarement difficile de discerner leurs pensées. Par contre, Dylan, je me demande toujours ce qu'il a derrière la tête. Il est devenu célèbre alors qu'il était encore très jeune. On peut dès lors facilement imaginer ce que ce statut a pu lui imposer comme contraintes… » Smith admire aussi beaucoup Daniel Johnston, auquel il a rendu hommage lors d'un 'tribute' intitulé 'I Killed the Monster'. Et si Johnston l'appelle pour bosser avec lui, il le rejoint sans l'ombre d'une hésitation… Smith puise ses influences majeures dans les seventies et la fin des sixties. Et il a l'honnêteté de le reconnaître. « Marc Bolan (NDR : la voix !), Syd Barrett, Can, Bowie, Roxy Music, Brian Eno, Soft Machine et surtout Robert Wyatt. J'apprécie tout particulièrement le concept du voyage (NDR : spirituel ?) dans la musique. Cette perspective d'écrire lorsque l'inspiration survient. Car si tu ne la concrétises pas de suite, tu risques fort de perdre le fil de tes idées… J'aime expérimenter la structure d'une chanson. Combiner des instruments qui ne se côtoient pas habituellement. C'est précisément ce qui m'intéresse… »  

Les références religieuses et bibliques, on y arrive ! Déjà que 'Ships' constitue le septième album (NDR : 'Ship' se traduit par bateau). Une allusion à peine voilée à l'arche de Noé. C'est également la troisième partie de la trilogie consacrée au navire Danielson. Les studios de Danielson s'appellent Jerusalem. En 'live', les musiciens du groupe se déguisent parfois en docteurs et les filles (souvent) en infirmières (NDR : on suppose que c'est pour soigner nos âmes). Et puis, les lyrics sont truffés de références bibliques. A croire ( ?!?!?) que ce sont ses seules sources d'inspiration. Celles de la famille également. Mais comment réagiront-ils le jour où ils hériteront d'un fils prodigue ? (NDR : la question déclenche un énorme éclat de rires.) « La Bible est riche en imageries diverses ; mais surtout est une source de vérité, d'émerveillement, de mystère ainsi que de beauté. Bob Dylan est, par exemple très influencé par la Bible. C'est la nourriture de la vie. Les paroles émanent des moments du quotidien. Mon intérêt dans la passion est de regarder constamment les petits événements de l'existence ; et ce bref regard en arrière me permet de déceler le surnaturel dans ces moments privilégiés. Vous passez parfois à côté de certaines petites choses. Je ne suis pas doué pour les reconnaître au moment-même. Mais je tente de m'améliorer. En tentant de les déceler. Et ensuite je m'inspire de ces instants pour écrire des chansons. Ces petites choses, ces petits instants, sont la manifestation de la présence de Dieu. Tu ne les a pas vus, mais pourtant, ils existent. C'est ma quête spirituelle. C'est vivant, parfois dangereux, mais il faut continuer dans cette direction. Je ne cherche pas nécessairement de l'imagerie publique, mais j'exprime ce que je ressens au travers de ces moments, de ces expériences, avec le regard de la Bible. Un exemple : j'éteins la TV ou la radio qui diffuse les nouvelles pour lire ces Ecritures. En fait, les actualités ne m'intéressent que de très loin… » Coïncidence, mais le jour de l'interview, Danielson partageait l'affiche avec Wovenhand, dont le leader, David Eugene Edwards, est réputé pour son intransigeance en matière de philosophie religieuse. Mais manifestement les deux personnages s'apprécient. « David, c'est comme un frère spirituel. C'est un excellent ami (NDR : encore !) Un artiste fabuleux. On aime se retrouver ensemble. Le fait de tourner en Europe, à la même époque, est un hasard heureux. Il est sur mon propre label, aux States (NDR : New Jerusalem). Il utilise des images fortes pour comparer nos philosophies : les ténèbres et la lumière, le sucré et le salé… » 

Daniel clame qu'il n'est pas un artiste solo. Qu'il a besoin des autres. Ce qui ne l'a pas empêché d'enregistrer un disque en solitaire et puis de se produire, lors de son dernier périple sur le Vieux Continent, seul sur scène. Où il s'était même déguisé en arbre. « L'arbre est parti à la retraite. C'est du passé ! Aujourd'hui nous en sommes au thème de la communauté, de la couleur bleue, des arômes. Cette mise en scène nécessitait beaucoup de travail. Maintenant, il n'est pas exclu que le thème revienne dans le futur… Même lorsque je suis en solo, ma femme est au moins présente. Elle chante aussi. C'est vrai : pas lorsque je suis venu en Europe, la dernière fois. En fait, au fond de moi-même il y a une part flemmarde qui ne souhaite pas la présence des autres. Et puis l'autre, que je considère comme une élévation de l'âme, parce que tu la vis en compagnie d'autres personnes. C'est une situation que je dois admettre (rires)… »

Merci à Vincent Devos.

mardi, 25 avril 2006 05:00

Fans des sixties...

Une formation française qui chante en anglais, ce n'est pas fréquent. Mais en plus, qui pratique une musique directement inspirée par les sixties, relève tout à fait de l'insolite. C'est pourtant le style au sein duquel évoluent les Hush Puppies, un quintet établi à Paris dont les 4/5 du line up sont originaires de Perpignan. Faut dire que leur aventure a commencé dans la capitale du Roussillon sous la forme des Likyds. Elle se serait terminée fin des eighties, début des nineties. Au sein d'une scène dite 'garage'. C'est le boulot qui les a séparés. Puis les a réunis en Ile de France. A l'issue de leur set accordé lors du festival d'Hiver Rock, à Tournai, le combo au grand complet (Olivier, Guillaume, Franck, Wilfried et Cyrille) nous a accordé cette interview dans un climat fort sympathique, même si parfois à la limite de la cacophonie ; tout le monde ayant un peu son avis personnel sur les différentes questions. Ambiance!

La scène 'garage' de Perpignan! Vous en aviez déjà entendu parler? Outre-quiévrain, les scènes pop/rock qui sont parvenues a faire parler d'elles provenaient de la face Atlantique : Bordeaux, Nantes, Rennes ou Angers, en particulier. Et pas du côté de la Méditerranée. Inévitablement il y a de la réaction : « C'est peut-être l'image qui est donnée de l'extérieur, mais ce n'est pas vrai. Des villes comme Montpellier, Nice, Toulouse, Marseille et bien sûr Perpignan ont connu des scènes très actives. Metal Urbain vient de Montpellier! Les Kryptons de Marseille. Les Playboys de Nice. Chez nous, nous privilégions davantage l'aspect british de la musique. Côté Atlantique, c'était plutôt le metal ou le rock typiquement français. Bien sûr Perpignan ne comptait pas 25 groupes, mais peut-être 5 ou 6. 10 au maximum. Et il pratiquait du garage sixties ou du r&b. Ou encore du british beat. Il est exact qu'aucun d'entre eux n'a acquis de notoriété internationale. Mais nous bénéficions d'infrastructures et d'associations qui organisaient des concerts forts intéressants. Des artistes ou des groupes comme les Prisonners ou James Taylor se sont ainsi produits chez nous. Et pourtant, ils n'étaient connus qu'en Angleterre. Et dans les milieux mod… » Ce qui justifie finalement, pourquoi ils chantent en anglais. Mais les formations françaises qui chantent dans la langue de Shakespeare font rarement recette dans l'Hexagone. Par contre un groupe comme Tahiti s'exporte plutôt bien. Les Hush Puppies ne risquent-ils pas d'être confrontés à un dilemme, dans un avenir plus ou moins proche : soit marcher sur les traces des Thugs, de Dominic Sonic ou autre Little Bob Story, et devenir une des valeurs sûres de l'underground chez eux. Ou alors, à l'instar de la bande à Xavier Boyer, viser spécifiquement le marché étranger, tout en risquant de se voir snober dans son pays natal. Le groupe est dans l'expectative : « Si on peut réaliser les deux challenges, ce serait l'idéal. Avoir le beurre, l'argent du beurre et la crémière. On a envie de dépasser le stade de l'underground. Même si je sais qu'en France, ce choix est quasi impossible à réaliser. C'est la raison pour laquelle on essaie de s'exporter. Qu'on vient en Belgique. On rêve aussi de se rendre au Japon. Ce serait parfait si on pouvait avoir le même parcours que Tahiti 80. Mais nous ne sommes pas fermés à la France… »

On pourrait parler des sixties en compagnie des membres des Hush Puppies jusqu'au bout de la nuit. Mais sont-ils davantage influencés par ce qu'ils aiment ou par ce qu'ils écoutent ? « Les deux. C'est vrai qu'on est surtout influencés par ce qu'on aime. Mais pas seulement. On est quand même forcés de se taper ce que les autres écoutent. Dans le camion par exemple. Et puis, on est curieux de découvrir ce qui existe aujourd'hui. Et d'en faire notre propre évaluation. On n'est pas vraiment fermé à un style musical en particulier, même si on est davantage branchés sur des groupes basiques comme ceux nés au cours des sixties. Mais à partir de cette racine, on développe quelque chose de neuf, d'intéressant, de manière à faire sonner différemment ce qu'on entendait à cette époque là. C'est ce qui est le plus difficile… » Et lorsque le groupe entre en studio, emporte-t-il ses disques des Seeds, de Countfive, de Chocolate Watchband, des Flamin' Groovies, des Small Faces, des Doors ou encore les premiers elpees du Who ; question de les écouter, bien sûr, mais surtout de se plonger dans une certaine ambiance ? « Dans notre ipod, en fait, parce que les disques prendraient trop de place. Les albums de référence de ces groupes, on les connaît par cœur. Donc on évite de les emporter en studio, parce qu’on n’a pas envie de faire du copier/coller. Ce n'est pas notre objectif. » Question rituelle : comment ont-ils découverts ces groupes d'une autre époque ? En fait l'un avait un ami plus âgé qui leur a révélé l'existence des Seeds. Puis l'a incité à acheter les compiles des Peebles. Ce sera le déclic. Les parents d'un autre écoutaient les Beatles et les Rolling Stones à la maison. Il trouvait leurs goûts géniaux, mais a commencé à vouloir aller au-delà de ces classiques. Ce sera le début de véritables découvertes. Enfin un troisième avait un frère qui était déjà branché sur la musique sixties. Inutile donc de s'étonner de cet engouement pour la même musique. Au fil du temps, leur culture musicale est donc devenue collective. Un aveu : « Aujourd'hui on n'écoute plus tellement de musique issue des sixties. Plutôt des artistes britanniques contemporains. Dont les Dandy Warhols. » Par contre, la scène house mancunienne de la fin des eighties, et en particulier des groupes comme les Stone Roses, les Charlatans ou les Happy Mondays, n'est pas trop la tasse de thé de nos interlocuteurs. « On préfère largement ce qui existait avant. Joy Division, les Buzzcocks. Ce mouvement était excessif. Il y a bien eu l'une ou l'autre aventure plus marquante, mais il est très difficile d'en faire le tri. Par contre cette période ne nous a guère influencés. Et même pas du tout. Les sixties et à la limite le début des seventies nous ont davantage imprégnés que la musique des années 80… » Parmi les artistes français, Gainsbourg est un personnage qui a toujours fasciné les membres des Hush Puppies. Pour certains, c'est toute sa carrière musicale. Pour d'autres, leur passion s'est estompée lorsqu'il s'est mis au reggae. Un sujet qui a créé un véritable débat interne. Une conclusion ? « Une grande perte. A l'instar de Nino Ferrer ou de Polnareff ; mais lui n'est pas encore mort, ce sont de tous grands compositeurs… »

Maintenant, il faut bien penser que depuis leur exode, le soleil doit leur manquer. La réponse fuse. « T'as vu la peau qu'on a ? (NDR : l'un d'entre eux exhibe ses bras en retroussant ses manches). Regarde ! Je suis blanc comme un cachet d'aspirine (rires). Evidemment que ça nous manque. Le problème c'est qu'on ne peut avoir le beurre et l'argent du beurre. Même la crémière, puisqu'elle vit à Paris ! » (rires) Oui, mais leurs fans de la première heure, et en particulier ceux des Lykids ? Sont-ils devenus forcément des aficionados des Hush Puppies ? C'est confirmé : « Bien sûr ! Les fans et les femmes aussi. Même si ce n'est plus tout à fait le même groupe et les mêmes personnes. Enfin, nous sommes encore quatre sur cinq. Mais on a repris notre cheminement, à peu près à l'endroit où nous nous étions arrêtés chez les Lykids. Nous avions commencé à développer un projet à partir de ce qu'on aimait. Nous avions même commencé à tâter de l'électro. Et puis tout s'est arrêté. Mais quand on a recommencé, on avait vachement l'envie de développer à nouveau ces idées. Tout en mélangeant différents courants musicaux. » La musique des Hush Pupies serait à connotation sexuelle. Réaction : « Tu as écouté les paroles de la chanson 'Pale Blue Eyes' ? De toute façon on est des mecs. On joue pour les filles. Tu as vu combien il y en avait ce soir ? Le rock'n roll a toujours une connotation sensuelle, sexuelle. Pourquoi s'habille-t-on de cuir, à ton avis ? »

Le groupe a déclaré récemment que dans le futur, il donnerait une dimension davantage électro à sa musique. La signature chez Diamond Traxx n'y est-elle pas pour quelque chose ? La réponse fuse : « Non, pas du tout. Ce n'est pas parce qu'on apprécie également la musique électronique, qu'on est fermé à d'autres styles. Nous sommes cinq personnes qui partageons différentes influences. Diamond Traxx est étranger à cette histoire. En fait, la signature sur ce label est un pur hasard. Et puis, quoique fondamentalement électro, ce label commence à s'ouvrir à d'autres horizons. Après nous, Benjamin Diamond a signé Nelson, un nouveau groupe qui joue du rock. En fait, cet ensemble jouait à l'origine de l'électro, mais son denier album est pop. Et le prochain sera également de la même veine… »

Les Hush Puppies ont bâti leur réputation sur les planches. En jouant notamment dans la plupart des clubs branchés de Paris : La Scène, Glaz'Art, La Guingette, Le House Of Live ; et puis en faisant un véritable tabac lors des Transmusicales de Rennes. Une chose est sûre, le 'live' les transcende. (NDR : un vacarme infernal gronde dans le sous-sol. La porte de la loge s'ouvre brusquement et un homme du feu vocifère qu'il est interdit de fumer. Apparemment les détecteurs d'incendie se sont déclenchés…) Retour à un calme très relatif : « Pour nous, il est important de se retrouver ensemble. D'accorder des concerts. De toutes manières c'est le but de la musique. C'est aussi notre vie. Ces concerts nous ont permis de dénicher un manager, de signer auprès d'un label. D'arriver là où on est… On a d'abord commencé par jouer en public. Au bar du coin. Puis dans un plus grand bar. Puis on s'est mis à répéter. Donc notre philosophie a toujours été dictée par le concept 'live'. C'est la raison pour laquelle la scène est devenue notre terrain de prédilection… Un vrai groupe de rock'n roll se crée en direct. Rarement en studio. Le phénomène inverse existe, mais ceux qui choisissent ce chemin alternatif éprouvent les pires difficultés pour s'en sortir. » Lorsqu'on parle de groupe de scène, je ne peux m'empêcher de penser aux Fleshtones, le summum dans cet exercice. Chez les Hush Puppies, la réaction est plutôt mitigée. Olivier ne les connaît qu'à travers des notes bombardées dans son agenda scolaire par un pote. Un autre les apprécie, sans plus. Mais pas trop sur disque. Un troisième les considère comme une légende qui a marqué les nineties de son empreinte. A mon avis, ils n'ont jamais eu l'occasion d'assister à un de leurs sets live…

vendredi, 16 juin 2006 05:00

Etre comparés, c'est être reconnus...

Kaiser Chiefs est à l'affiche du prochain festival Rock Werchter. Une fameuse reconnaissance pour une formation qui, à ses débuts, a éprouvé toutes les peines du monde pour décrocher un contrat auprès d'un label.  Depuis, le quintet de Leeds cumule les distinctions. Et pas seulement à cause de leur tube « I predict a riot » ; mais surtout, parce qu'en février dernier, il a été primé en recevant 3 récompenses aux Brit Awards. Mais revenons à leurs débuts. Qui remontent à 2003 (NDR : le groupe existait déjà depuis 1997, mais sous le patronyme de Parva). Il leur a fallu une bonne année avant qu'ils ne signent chez le label indépendant B-Unique en Angleterre, puis décrochent un contrat chez Universal pour le reste du monde. Lors de son dernier passage à l'Aéronef de Lille, Nick 'Peanut' Baines, le claviériste, nous a parlé de ces moments difficiles au cours desquels le groupe n'a jamais baissé les bras…

« Malgré cette épreuve, nous avons toujours eu confiance en nous. Nous n'avons jamais eu l'idée de tout arrêter. Nous étions déterminés. D'autant plus que notre entente a toujours été idéale. Parce que cela prend déjà du temps de monter un groupe. Il est vrai, qu'il est très dur de se sentir ignoré par les maisons de disques et de ne pas bénéficier d'un contrat. Mais finalement, cette épreuve a renforcé notre caractère. Tu sais notre parcours a connu des hauts et des bas ; on apprécie d'autant plus aujourd'hui, là où on est arrivé. »

Pour mettre en forme leur premier album, 'Employment', le groupe a fait appel à deux producteurs. Ce qui méritait une explication. « Ce disque a été enregistré en 2004. Au mois d'octobre et de novembre. Nous avions travaillé en compagnie de Steve Harris pour la confection de quelques B-sides, dans le passé. Et nous avions l'intention de retravailler avec lui. Mais son emploi du temps était beaucoup trop chargé et il lui était matériellement impossible de bosser pour tout un album. Il a quand même accepté de se charger de 6 chansons. Il a sa façon bien à lui de traiter le son ; et on peut immédiatement le déceler à première écoute. Stephen Street embrasse une approche différente. Il s'est occupé des autres titres. Mais l'essentiel est que l'ensemble soit en harmonie. Et finalement le résultat est à la hauteur de nos espérances… »

Sur ce disque on retrouve l'inévitable hit ‘I predict a riot’, une compo dont les lyrics sont assez inhabituels dans le chef ( !?!?) de Kaiser Chiefs, puisqu'elle recèle un commentaire à caractère social. Nick s'explique : « Effectivement. Le texte parle des sorties du vendredi et du samedi soir. En fait les gens travaillent du lundi au vendredi. Tu vois le topo : métro-boulot-dodo. Et le week-end, ils boivent démesurément. C'est Nick, le drummer, qui a écrit ce texte. Autrefois, il bossait comme DJ dans un club indé. Et lorsqu'il rentrait chez lui, il croisait des tas de gens bourrés au milieu de la route. Des filles qui marchaient sur la route en tenant leurs chaussures à la main. Pas un très beau tableau ! Et il voyait le même cinéma chaque semaine. Il a donc eu l'idée d'en écrire une chanson en parlant de cette population portée sur la boisson et qui se comporte de manière irresponsable et puérile. Ce n'est pas vraiment un commentaire social, mais le fruit d'une observation quotidienne. Nous abordons d'autres thèmes dans nos chansons. Celui de la télévision, par exemple… » Nick est en effet le principal compositeur. Mais aussi le drummer. Concilier ces deux fonctions semble quand même difficile. Ce qui méritait une explication. « Ce n'est pas un problème. Car en plus de la batterie, il joue de la guitare et du piano. En outre, il chante très bien. Lorsque nous avons travaillé sur les compos de l'album, il débarquait quotidiennement avec une idée, un refrain ou des lyrics. On ne concrétisait pas systématiquement ses idées, mais elles servaient le plus souvent de base à la confection d'une chanson. De son côté, le bassiste amenait également ses idées. Et puis on en discutait tous ensemble pour les ramener à un projet de groupe, pas individuel. Mais le plus souvent, Nick esquissait le squelette de la chanson ; et nous on y mettait la peau… » Deux compos de cet opus, ‘Born to be a dancer’ et ‘Everyday I love you less and less’ parlent de leurs ex girlfriends. A croire que les musiciens écrivent une chanson chaque fois qu'une de leurs relations amoureuses s'achève… « Je pense qu'alors nous pourrions sortir au moins dix albums en deux temps trois mouvements (rires). Plus sérieusement ce sont des histoires que nous racontons. Seules ces deux plages traitent de rupture. Maintenant, il est possible que nous écrivions d'autres chansons sur le sujet. Finalement, il est assez sympa que certaines personnes puissent deviner qu'elles concernent nos ex-copines. Tout le monde rencontre, un jour ou l'autre, des  difficultés avec son ou sa partenaire. Et il est assez facile d'écrire quelque chose à partir de son vécu… »

Certains médias on taxé la musique pratiquée par Kaiser Chiefs de britpop. Nick s'en défend : « La britpop, c'était il y a dix ans. Et aujourd'hui cette réflexion a une définition péjorative. Celle de donner l'impression d'imiter quelqu'un ou quelque chose. En fait, notre musique est britannique. Nuance ! Bien sûr il existe quelque chose de commun  à cette musique ; et en particulier cet esprit de narration et puis le fait que l'on ne se prenne pas trop au sérieux. Des groupes ou des artistes tels que les Kinks, les Beatles, Dexy's Midnight Runnners, Bowie, Blur ou Pulp symbolisent parfaitement cet état d'esprit. Mais aujourd'hui, la musique a évolué… » Blur est d'ailleurs un groupe que les musiciens de Kaiser Chiefs apprécient tout particulièrement. Leur ex-guitariste, Graham Coxon, a même participé à  l'enregistrement de leur album. Pas à la gratte, mais sur une moto. Pour y donner quelques coups de gaz. « Nous sommes effectivement de grands admirateurs de Blur. En fait, lors de sessions d'enregistrement, nous n'avions pas rencontré grand monde. Et surtout pas de grosses pointures. Stephen Street qui a produit un elpee solo de Graham – nous a confessé que Coxon était alors en studio. On a donc pensé lui demander de jouer de la guitare ou de chanter sur une de nos chansons. Puis, on a opté pour le son produit par le démarreur d'une voiture. Mais le résultat n'était guère concluant. Enfin, on s'est décidé de mettre sur bande le bruit d'une moto qui se met en marche. Pas trop difficile puisque c'est le mode de déplacement de Coxon dans Londres. Nous avons d'abord essayé de recueillir le son à travers un GSM. Sans davantage de résultat probant. Puis, nous sommes finalement sortis du studio avec un long câble d'enregistrement. C'est l'aspect amusant des sessions d'enregistrement. Mais cette rencontre nous a permis d'opérer une tournée au Royaume-Uni en première partie de Coxon. En avril 2005. »

Les membres de Kaiser Chiefs apprécient tout particulièrement les Specials et Madness. Pourtant, on ne peut pas dire que leur musique soit fondamentalement marquée par le ska. « C'est parce qu'il y a de l'énergie dans leur musique. Lorsqu'on écoute leurs chansons, on ne peut s'empêcher de battre le rythme, de danser. Et puis, nous apprécions leur manière de s'habiller. Sur scène, ils sont toujours en costard/cravate. J'aime également être bien habillé quand je monte sur les planches. Leur son est très british. Je ne connais aucun autre groupe en Europe ou aux States capable de sonner comme eux. Leurs lyrics son très narratifs. Un peu comme nous. Ils traitent de filles ou de sujets aussi futiles que la perte d'une chaussure. Des sujets simples mis au service d'une musique entraînante. Sur scène, ils prennent leur pied. Et comme eux, nous sommes heureux lorsque le public bouge. C'est ce qui nous rapproche de Madness… » Les refrains des chansons de Kaiser Chiefs peuvent parfois évoquer les Bay City Rollers. C'est en tout cas ce qu'une bonne partie de la presse insulaire rapporte… « Possible, mais ce n'est pas intentionnel. C'est le fruit du hasard. Même si beaucoup de monde nous le rappelle. A une certaine époque, on  nous comparait à XTC. Tous les avis sont dans la nature. En fait, nous pratiquons notre propre musique, mais ces parallèles ne nous dérangent pas. En fait, c'est même une forme de reconnaissance. C'est la seule chose qu'on pourrait retirer de cette situation. Pas pour le reste. Si on considère que la reconnaissance doit passer par la comparaison, c'est qu'on a de l'estime pour nous… »

Merci à Vincent Devos