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The Coral Sea, c’est le projet de l’auteur/chanteur/compositeur californien Rey Villalobos. Son nouvel elpee, « Golden Planet Sky », paraîtra ce 20 janvier 2023. Certaines de ses chansons ont servi de B.O. pour les séries télévisées américaines, et notamment…

La frayeur de Bärlin

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Julien Doré
Julien Doré

Boy Harsher

The Runner (original soundtrack)

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Depuis Savannah (Géorgie, USA), le duo Boy Harsher –autrefois connu sous le patronyme de Teen Dreamz– s’est forgé une identité très forte. Augustus Mullet et Jae Matthews naviguent clairement dans les eaux sombres d’une synth-pop aux accents ‘dark’. Influencé par les 80’s, et tout particulièrement par DAF, mais aussi par le cinéma en général, il n’est pas surprenant qu’il produise une B.O. après 3 albums très bien reçus par la critique.

« The Runner », c’est le titre d’un court métrage d’épouvante réalisé par le tandem et le nom d’un synthétiseur modulaire aux sonorités proches de celles du drone, créé par la marque Moffenzeef.

Entre gore et thriller, ce film noir est abordé dans l’esprit d’Asia Argento, de John Carpenter et pourquoi pas de David Lynch. Huit titres sombres et atmosphériques mais mélodiques cadrant à merveille avec l’ambiance glaçante des images…

Une immersion au sein d’un univers aussi passionnant qu’angoissant...

 

Death Bells

Between here and everywhere

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Death Bells, c’est avant tout un duo réunissant Will Canning et Remy Vesselis, deux Australiens (NDR : ils sont issus de Sydney) qui se sont établis à Los Angeles à la recherche de l’inspiration. C’est d’ailleurs cette cité californienne qui leur a servi de muse pour composer les 9 plages de leur troisième opus, « Between here and everywhere ».

Pour enregistrer cet LP, le tandem a reçu le concours de quelques collaborateurs aux claviers, cordes, ivoires et chœurs.

Mais le plus étonnant procède du style pratiqué par cette formation, une forme de post punk probablement inspiré de Joy Division, The Murder Capital et Interpol. Parfois, le résultat peut paraître parodique, mais il tient parfaitement la route. Et puis la voix de Will est moins fragile que celle de Ian Curtis. Encore que sur « Last days », elle évoque davantage Grian Chatten (Fontaines DC), l’insouciance sarcastique se substituant à l’intensité sauvage.

Sur les 9 pistes, deux dépassent les 4 minutes pour un total de 35’. Deux valses quand même : « A better resolution », puis le titre maître. D’abord lente, la plage prend progressivement son envol et s’enrichit même de chœurs dramatiques.

Suivant les déclarations de Will et Remy, « Eternity street » serait né d’une obsession pour « The light » de Love & Rockets. Mais on en retiendra surtout les subtils arrangements de cordes et de synthés injectés par Laena Myers-Ionita et Jeff Fribourg, en fin de parcours.

Christian Death

Evil becomes rule

Écrit par

Fondé en 1979 par Rozz Williams, Christian Death vient de graver son 17ème elpee. Et il s’intitule « Evil Becomes Rule ». Mais l’histoire de cette formation est très complexe, puisqu’à une certaine époque, suite à des dissensions au sein du groupe, il existait deux versions de Christian Death. Soit une drivée par Rozz Williams (NDR : devenue Christian Death featuring Rozz Williams, après décision judiciaire) et l’autre par Valor Kand. C’est celle de ce dernier qui nous propose donc son nouvel opus. Rozz, lui est décédé en 1998, après avoir notamment sévi chez Shadow Project en compagnie d’Eva O et participé au projet indus Premature Ejaculation.

Réduit à l’état de trio, le band californien nous prouve, sur cet album, qu’il n’a pas perdu la pêche. En effet, non seulement cet LP libère une belle énergie, mais surtout, il s’ouvre à de nouveaux horizons sonores, perspectives qu’on avait rarement décelées sur les essais précédents. Et tout particulièrement le recours à des gammes plutôt exotiques, d’alternate tunings à la guitare et de rythmes originaux qui créent une ambiance menaçante et mystérieuse collant parfaitement à la musique du combo, une musique qui oscille du goth rock au gothic metal, en passant par le post punk et le death rock.

Cependant, elle opère également quelques incursions dans la pop, à l’instar de « Blood Moon », morceau au cours duquel la manière de traiter la guitare et le refrain lorgnent carrément vers Muse. Et puis de « Beautiful », dont l’intro est assuré par un quatuor à cordes et qui se nourrit généreusement d’électro. On a même droit à un mix entre éléments électriques et sonorités acoustiques, presque celtiques, sur « Who Am I, Part 1 ».

La production et les arrangements sont soignés (orchestrations et ajout de certaines percussions) et les titres s’enchaînent naturellement.

Coup de cœur pour « Abraxas We Are » qui s’ouvre sur un excellent duo vocal tout en donnant l’impression d’être en présence de deux personnalités en conflit. De quoi accentuer le côté maléfique du climat de ce long playing.

Un excellent album je vous recommence vivement tant pour ses compos ‘outside the box’ que pour les morceaux plus traditionnels !

Delvon Lamarr

Cold as weiss

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Delvon Lamarr Organ Trio

Le Delvon Lamarr Organ Trio est issu de Seattle, un combo qui pratique un soul/funk, parfois teinté de jazz, dans l’esprit de Booker T. & The M.G.’s, des Meters ou de Jimmy Smith. Delvon Lamarr en est le leader et il se consacre à l’orgue Hammond B3, vous vous en doutez. C’est ce son chaud, vibrant, puissant, groovy et vintage, hérité en ligne droite des labels Motown et Stax, qui inonde cette musique instrumentale à laquelle participe, quand même, un drummer (NDR : lui est le seul blanc et il s’appelle Weiss !) et un guitariste. Cependant, ces deux musicos jouent bien davantage que le rôle de seconds couteaux. En fait, ce sont eux qui apportent les moments de respiration à cette expression sonore très en vogue au cours des sixties. 

« Cold as weiss » constitue le troisième elpee du band et recèle pas mal de reprises, dont le « Pull your pants up » des J.B.’s, les très funk « I wanna be where your are » de Leon Ware et Arthur Ross ainsi que « Keep on keepin’ on » de Curtis Mayfield.

Deux plages s’écartent quelque peu de l’ensemble. Tout d’abord le blues « Big TT’s blues » puis « Uncertainty », un slow crapuleux ou nightclubbien (NDR : biffez la mention inutile, selon que vous affichiez 1, 2 ou 3 x 20 ans).

Black Cat Biscuit

The way it is

Écrit par

Black Cat Biscuit est une formation issue du Nord de la Belgique impliquant le chanteur/guitariste (rythmique) ‘Yasser’ Arnauts, le bassiste/contrebassiste Patrick ‘P. Daddy’ Indestege, l’autre sixcordiste (soliste) Raffe Claes, l’harmoniciste Mark ‘Mr. Mighty’ Sepanski et le drummer Jeff ‘Junior’ Gijbels.

Ce quintet avait remporté le ‘Belgian Blues Challenge’, en 2018, et décroché la 4ème place lors de l’‘European Challenge’, en 2019. Son inspiration, il la puise dans un éventail particulièrement large de blues (Texas, shuffle, swamp, boogie, jump, etc.), mais également dans le jazz et le funk.

Lorsque les lignes de contrebasse entrent dans la danse, les compos libèrent un maximum de swing. Mais quand l’harmo se déchaine, il déchire littéralement tout sur son passage. Comme sur « Mean is just an average », un boogie à la Canned Heat au cours duquel la voix de ‘Yasser’ se révèle paradoxalement déclamatoire. En général, les plages sont allègres voire bien rythmées. Et puis, à la slide, Bart laisse gémir ses cordes, comme si elles allaient y passer. A l’instar du fiévreux « Heart is burning ».

Terry Allen

Smokin the dummy

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Terry Allen & Panhandle Mystery Band

Terry Allen fêtera ses 80 balais en mai de l’an prochain. Ce chanteur, compositeur, peintre, sculpteur et artiste conceptuel est considéré comme une référence dans l’univers de l’alt-country. Surtout à travers ses deux premiers elpees, « Juarez » (1975) et « Lubbock (On Everything » (1979). De nombreux artistes ou groupes ont interprété ses chansons, et notamment David Byrne, Lucinda Williams, Ricky Nelson ou encore Little Feat.

Enregistré à Lubbock, sa ville natale, « Smokin the dummy » est paru en 1980. Pour la circonstance, Terry avait reçu le concours d’un backing group baptisé Panhandle Mystery Band, au sein duquel figuraient, notamment, l’harmoniciste Joe Ely et les frères Maines.

L’elpee s’ouvre par « The heart of California », une compo qui rend hommage à feu Lowell George, décédé en 1979, le leader de Little Feat, formation dont le spectre plane sur la plupart des morceaux.

Fondamentalement country, la musique de Terry Allen se teinte, suivant les pistes, de folk, cajun, tex-mex, blues, boogie, rock, jazz, funk et on en passe. Outre la guitare, le piano et l’harmo, l’instrumentation se nourrit également de violon, de mandoline, de violoncelle, de pedal steel, de dobro, de banjo, d’accordéon, de percus, de cuivres (dont du tuba sur « Cocaine cowboy » et « Red bird ») et la liste est loin d‘être exhaustive.

De l’album on épinglera encore « Whatever happened to Jesus (and Maybeline) ? », qui se mue en reprise de Chuck Berry à mi-parcours. « The night cafe » et ses changements de rythme, voguant entre blues et ballade country. L’exubérant « Roll truck roll » et enfin « The Lubbock tornado (I don’t know) » au cours duquel Terry se transforme en prédicateur, dans un climat de gospel gothique.

Banks

Une véritable machine à tubes…

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Ce soir, la file est beaucoup moins longue que la veille, pour le concert d’Aurora. Mais l’ouverture des portes accuse une bonne demi-heure de retard. En outre, il faudra encore attendre 10 minutes à l’extérieur de la grande salle (NDR : en mode ‘Ballroom’) pour permettre à Maeve, le supporting act, d’achever son soundcheck. Et on a l’impression que les oreilles vont passer deux sales quarts d’heure avant le concert de Banks.

Originaire de Los Angeles, Jillian Rose Banks, mieux connue sous le nom de Banks, a connu une ascension fulgurante, dès 2013, en mettant en ligne une série de titres énigmatiques. Depuis elle a gravé 5 albums, dont le dernier, « Serpentina », est paru en avril dernier ; une œuvre qui aborde les thèmes de la métamorphose et de la renaissance, tout en se profilant comme le début d’une nouvelle ère pour cette artiste ! C’est la première date de sa nouvelle tournée européenne. La machine à hits va dérouler le tapis rouge pour une soirée destinée au dancefloor.

Maeve assure le supporting act et grimpe sur le podium à 20h15. Vêtue d’une sorte de cuissardes blanches en tissu, nouées sur des baskets, et d’une petite jupette brune comme celle que portait les guerriers romains, elle occupe tout l’espace scénique pour se déhancher. Il y a bien un batteur et un claviériste pour la soutenir, mais l’expression sonore abuse des infrabasses particulièrement agressives et néfastes pour les tympans….

A 21h10, Banks débarque sur les planches en compagnie de deux danseuses toutes de noir vêtues et le visage voilé. Mais également d’un claviériste et d’un batteur. Elle est chaussée de pompes noires aux semelles hyper compensées et vêtue de rouge : pantalon à pattes d’eph’, gants et corset en dentelles. Une estrade à 4 niveaux est placée à droite juste devant le drummer, estrade sur laquelle évolueront les trois filles.

Le concert s’ouvre par deux extraits du dernier elpee. Tout d’abord le r’n’b bien rythmé « Misunderstood ». Puis « Meteorite », un autre brûlot. Des stroboscopes mitraillent les artistes dans leurs chorégraphies bien rôdées à l’américaine. En écoutant le chant particulièrement déformé de Banks sous une production électronique lourde et qui pilonne, on se demande quand même si sa voix est capable d’une telle performance. Apparemment, oui ! Elle est très travaillée et quoique vocodée, sa tessiture est ample. En outre, les interventions sur cette voix sont du plus bel effet.

La gestuelle de l'auteure-compositrice-interprète évoque Janelle Monáe voire Beyoncé. Ses mains triturent constamment le micro. Les trois filles se contorsionnent en permanence, y compris Jillian, malgré une grave fracture de la colonne vertébrale, en 2019. Parfois on a l’impression que ses danseuses sont les extensions de ses bras. Le drummer se sert aussi bien de pads électroniques que de toms et de cymbales. Sa frappe s’avère métronomique, mais particulièrement technique. Et le préposé aux synthés et aux beats électro participe activement et brillamment à l’élaboration de l’expression sonore.

Banks interagit peu avec le public. Sauf avant d’attaquer « Gimme ». Histoire de remettre les pendules à l’heure, elle s’autorise alors une déclaration digne d'un discours politique pour expliquer où elle se situait dans sa féminité : ‘Le moment est venu pour toutes les femmes d'exiger ce qu'elles veulent…’

Mais on retiendra surtout que Banks est une véritable machine à tubes. D’ailleurs, en rappel, « Beggin For Thread » va mettre tout le monde sur les rotules…

(Voir aussi notre section photos ici)

Setlist : « Misunderstood », « Meteorite », « Gemini Feed », « Fuck With Myself », « Better », « Waiting Game », « The Devil », « Skinnydipped », « Drowning », « Someone New », « Brain », « Gimme », « Deadend », « Holding Back »

Rappel : « Beggin for Thread »

And Also The Trees

La musique m'inspire des pensées, des visions et des émotions et j'essaie de les intégrer dans la musique... sans la gâcher (SHJ).

Écrit par

Le quinzième album d’And Also The Trees, "The Bone Carver", sortira ce 9 septembre 2022. Il fait suite à "Born into the waves", paru en 2016. Pour la première fois, le bassiste Grant Gordon et le clarinettiste Colin Ozanne ont rejoint le line up afin de participer aux sessions d’enregistrement. Une œuvre au climat davantage cinématographique, Simon Huw Jones y livre ses observations dans un langage très souvent comparable à des commentaires cinématographiques en ‘off’, alors que la musique, en général composée par son frère, Justin, semble produire un souffle qui nous vient des pays de l’Est. Simon a accordé une interview à Musiczine et il apporte un éclairage sur la nature de cet opus…

Musiczine - Trois longues années ont été nécessaires pour réaliser "The bone carver", le nouvel album. C'était pendant la pandémie. Comment avez-vous procédé pour organiser les sessions ? Ensemble en studio ou par fichiers e-mail ?

Simon Huw Jones - Effectivement, la pandémie a ralenti le déroulement des opérations et les a rendues plus compliquées, mais les autres musiciens ont pu se réunir et travailler à partir d’enregistrements de mes parties vocales. Ensuite, je les ai remodelés au sein d’une vieille grange aménagée dans le Herefordshire, en compagnie de Justin qui enregistrait et me conseillait.

M - "The seven skies" est imprimé sur le tempo d'une valse et "The book burners" sur celui d'un tango. Vous aviez utilisé la valse dans le passé, mais, jamais le tango. Etait-ce inconscient ?

SHJ - La racine de toute notre musique procède de la guitare de Justin... Je ne suis pas sûr de ce qui se produit dans sa tête quand il crée, mais je suis sûr que c'est très instinctif et spontané ; donc je doute qu'il se soit mis à écrire un tango. 

M - La musique d'ATTT adopte parfois des envolées symphoniques, comme sur "Another town, another face". Elle libère toujours une tension dramatique et théâtrale, mais elle embrasse de plus en plus une dimension cinématographique. Sur ce nouvel opus, on pense à "Last of the Larkspurs", mais aussi à "Beyond action and reaction" et à certains passages de "Across the divide". Un climat qui évoque parfois la B.O. du film "Docteur Jivago". Est-ce une bonne analyse ?

SHJ - Justin s'est certainement laissé guider par un souffle qui émanait d'Europe de l'Est, dès le début. En fait, le titre provisoire de la chanson, qui s'intitule maintenant "The girl who walks the city", était "This is Siberia" ; donc je peux admettre que ‘Doctor Zhivago’ n'est pas loin. Justin devrait écrire des musiques de films, je l'ai toujours pensé.

M - Qui est Gaëlle Kreens ?

SHJ - C'est une poétesse française, qui n’a encore rien publié officiellement, je crois ; et bien que je ne sois pas un grand lecteur de poésie, j'aime beaucoup sa plume. Elle m'envoie de temps à autre des recueils de ses poèmes, mais également des enregistrements au cours desquels elle les lit –ce que j'adore– surtout quand elle les déclame en anglais. Elle en a rédigé un court intitulé ‘To be at the Heart of the World Without Being its Centre’ (Trad : être au cœur du monde sans en être le centre) au sein duquel figurent les vers ‘In a bed of leaves - in a bed of flowers - in a bed of sand’ (Trad : dans un lit de feuilles - dans un lit de fleurs - dans un lit de sable) ... et ainsi de suite... que j'avais en tête lorsque je me concentrais sur les parties vocales de "In a bed in Yugoslavia" et qui sont incluses dans la chanson. Je lui avais donc demandé si elle me permettait de reprendre cette idée pour un morceau consacré aux arbres et elle était heureuse qu’on s’en serve. Elle apprécie notre musique depuis longtemps. J’invite le public à s’intéresser à sa production, à la lire et à vraiment l’écouter. Je pense qu'elle est géniale.

M - A propos de "Beyond action and reaction", avez-vous l'intention d'emmener l'auditeur dans le monde de la physique et au-delà de la troisième loi du mouvement de Newton en 1687 ? C’est peut-être une extrapolation, mais "The seven skies" (Trad : les sept cieux) se réfère au Quora islamique qui évoque la force gravitationnelle. And Also The Trees aborderait-il l’univers de la physique, sur cet opus ?

SHJ - Si vous décelez ces thèmes dans ces chansons, c'est merveilleux. L'un des plus grands plaisirs d'écrire des textes est de voir les diverses portes qu'ils peuvent ouvrir pour différentes personnes et que souvent, je n'avais même pas imaginées…

M - La clarinette semble plus présente sur ce nouvel elpee. Est-ce juste une impression ou l’évidence ? Est-ce parce que Colin s’est vraiment impliqué dans la composition de la musique ? Et on a l’impression que tous les autres musiciens sont aussi concernés. Enfin, je suppose...

SHJ - Colin et sa clarinette apportent du sang neuf à And Also The Trees. Pour quelques titres, sa contribution a totalement changé la perception qu’on s’en faisait dans leur forme initiale. C'était excitant. Dans le futur, on espère pouvoir continuer à travailler avec lui sur de nouvelles compos...

C'est un multi-instrumentiste donc il sera intéressant de voir quelles autres sonorités il peut apporter. C'est aussi notre premier album sur lequel Grant Gordon joue de la basse. Colin et lui ont communiqué une nouvelle couleur à la musique d’AATT.

M - "Le sculpteur d'os", c’est le titre du long playing et d’une de ses plages. Ce personnage existe-t-il ? L'avez-vous rencontré ou s'agit-il d'une fable ?

SHJ - J'ai créé le personnage du sculpteur d'os. L'idée a germé dans mon esprit et a commencé à prendre forme lorsque j’ai parlé à une amie des netsuke japonais (petites sculptures d'animaux ou de personnages utilisées pour être suspendues à la ceinture d'un kimono mais aussi fourrées dans les poches... et que l’on manipule comme des perles de souci). Elle m'a raconté qu'elle possédait une petite figurine en os mais qu'elle n'aimait pas son aspect, comme si c’était un mauvais présage. J'ai suggéré qu'elle la jette dans la rivière... et elle m’a écouté. Cette situation m’a fait penser aux objets de ce genre qui ont leur propre histoire, surtout ceux en ivoire ou en os.

M - Dans "Last of the larkspurs", vous évoquez l'impressionniste Camille Pissaro. Il avait déclaré qu'il fallait peindre ce que l'on ressent et non ce que l'on voit. Puis Alberto Giaconnetti, qui a été influencé par le cubisme et le surréalisme, mais aussi par les questions philosophiques. Il a été peintre avant de devenir sculpteur et est considéré comme un postimpressionniste. Mais il est suisse, le pays où vous résidez régulièrement. Pourquoi vous référez-vous à ces artistes ?

SHJ - Dans mes efforts pour comprendre l’origine et le contenu de cette chanson, j'ai eu besoin de creuser profondément dans les paroles et j'ai fini par écrire une histoire courte ou une novella sur "The Larkspurs", et qui ils étaient. Ensuite, pour ramener le tout dans le format d'une chanson, j'ai dû laisser la plupart des messages non-dits ou non chantés, tout en essayant d'en garder l'esprit. C'est un équilibre qui fonctionne dans mon écriture et je ne peux qu'espérer qu'il soit suffisant –et pas trop– pour l'auditeur. Les artistes que je mentionne ont été choisis au hasard (bien que j'aime beaucoup les deux).

M - Qui est Blake Kathryn ? L'artiste surréaliste ou la chanteuse de Miranda Sex Garden ? Elle n’est pas décédée en 2015 ?

SHJ - C'est son mari Nick Marsh (Flesh for Lulu) qui est mort.

J'avais besoin d'un nom alors j'ai mis la main sur un livre et le premier que j’ai vu était celui ‘Katherine’ (Mansfield en l'occurrence) et il me plaisait. Par une étrange coïncidence, c'était celui du personnage central dans les trois romans suivants que j'ai lus. Et le Blake auquel je me réfère, c’est William Blake, car le mouvement des personnages des chansons dans la musique m'a rappelé ses peintures… 

M - "The Books burners" est une chanson qui fait inéluctablement penser au 10 mai 1933, lorsque les livres des plus grandes figures intellectuelles germanophones du XXème siècle ont été brûlés sur ordre des nazis. Maintenant, je me trompe peut-être de sujet…

SHJ - Je pourrais donner une réponse très longue et probablement ennuyeuse à cette question, mais je te résume l’explication : j'ai conservé le titre provisoire que Justin avait choisi pour ce morceau. Il me plaisait. J'avais vécu avec pendant quelques années et bien qu'il ne fasse pas partie des paroles, le titre et la notion de brûleurs de livres ont toujours été présents pour moi dans leur histoire... soit un événement passé, soit un futur possible, soit même une métaphore. Quels livres étaient brûlés et pourquoi ? Nous ne le savons pas. Nous ignorons même si ce sont eux les brûleurs de livres. J'ai gardé le titre comme un chemin qui pourrait être suivi ou ignoré par l'auditeur ou par nous, les interprètes. Je ne sais pas comment cela va se passer ou si c'était une bonne idée ou non. Nous verrons bien.

M - Est-ce que "In a bed in Yugoslavia" est une chanson qui a été composée avant 1991 ou est-ce simplement une histoire chargée de symboles qui s'est déroulée avant cette guerre des Balkans ?

SHJ - il provient d'un autre titre composé par Justin. Les paroles sont ouvertes à l'interprétation mais l'essentiel de la chanson parle d'un lieu et du temps qui passe. Au milieu de cet endroit, il y a une chambre, un lit et une femme. Je suppose qu’on aurait pu choisir n'importe quel autre lieu, car ils changent constamment, mais à l'origine il s’intitulait "Yugoslavia 1918", cet endroit est devenu "Yugoslavia". Je ne voulais pas y mêler les guerres, la politique ou la religion. Elles existent dans nos esprits, de toute façon ; et j'y ai pensé très fort pendant longtemps et beaucoup écrit à ce sujet. Mais, en fin de compte, mon rôle est de rédiger et de chanter des mots, sans gâcher la musique principalement, et bien sûr je suis heureux si ces interprétations la complètent... ou suscitent un intérêt ou une profondeur supplémentaire. Cependant, tout tourne autour de la musique. Les paroles ne devraient pas être trop importantes. Mais je suppose qu'elles sont très importantes pour moi et quand on me pose des questions à leur sujet, je dois fournir quelques commentaires... mais pas trop. Après coup, je pourrais ajouter que lorsque je me suis concentré sur le lieu de la chanson, la terre où se trouve ce lit, cette chambre, ce bâtiment... il m'est apparu que la terre ne se soucie pas de la religion, de la couleur ou des sentiments de ses habitants. Elle ne se soucie pas de savoir s'ils vont ou viennent. En fait, elle ne se soucie pas des gens. Il y a des moments dans la chanson où la femme représente cette terre, puis elle incarne des femmes, puis des gens et enfin elle est juste une femme seule… dans le paysage.

Comme vous le savez maintenant, je ne suis pas vraiment un intellectuel et loin d'être un universitaire. La musique m'inspire des pensées, des visions et des émotions et j'essaie de les intégrer dans la musique... comme je l'ai dit... sans la gâcher.

M - Aujourd'hui, dans la musique, on parle de plus en plus d'image. Le groupe n’a-t-il pas l’intention de tourner un clip vidéo pour illustrer une plage de ce nouvel album ?

SHJ - Nous avons travaillé sur un clip pour la chanson dont on vient de parler. En général, je n’aime pas les vidéos rock ; mais nous sommes occupés d'en réaliser une. Quand je regarde celles des années 80, je suis choqué de voir à quel point elles sont lamentables malgré (ou peut-être à cause de) l'énorme quantité d'argent qui a été dépensée pour les réaliser... même les artistes que j'aimais ont tourné des vidéos très embarrassantes pour des chansons que j’appréciais...

M - D'où vient l'image de la pochette de l'album ?

SHJ - C'est une photo que j'ai immortalisée lorsque je vivais à Berne dans les années 90. J'ai suivi une formation et j'ai travaillé comme photographe après avoir quitté l'école. J'utilise encore mon vieux Nikon et des pellicules.

M - Où en sont vos projets solos ?

SHJ - Mon groupe 'November' avec Bernard Trontin de 'The Young Gods' marche bien. Un multi-instrumentiste du nom d'Arnaud Sponar (Goodbye Ivan) nous a rejoint pour le travail en live... il est exceptionnellement bon tant créativement que techniquement et les concerts que nous avons accordés nous ont apporté énormément de satisfaction. Il serait intéressant de réaliser un album tous les trois.

M - Ce sujet n’a pas été abordé lors deux premières interviews, mais certains médias sous-entendent que la musique d’And Also The Trees aurait été influencée par The Doors, Love et le Velvet Underground.

SHJ - Je parle pour Justin et moi-même. Nous aimons beaucoup ces groupes, oui, et peut-être qu'en les écoutant, ils ont, d'une certaine manière, influencé notre musique de façon subliminale... mais on pourrait dire la même chose d'autres formations. Nous ne nous sommes jamais délibérément inspirés d'un autre groupe ; mais il me semble que par la seule proximité d’autres bands ou artistes, certaines de leurs caractéristiques peuvent déteindre sur vous sans que vous vous en rendiez compte. Un exemple extrême serait le suivant : on m’a comparé à Scott Walker et, de façon encore plus surprenante, à Jacques Brel, ce qui, dans les deux cas, est un compliment trop exagéré pour que je l'accepte sérieusement, mais ce sont deux chanteurs que j'ai admirés et probablement écoutés plus que quiconque... donc, sans le savoir, j'ai pu puiser quelque chose chez eux... même si ce n'est qu'un léger mouvement, une attitude ou une tournure de phrase… 

And Also The Trees présentera son nouvel album le 15 septembre au Botanique, Bruxelles (BE) et le 28 octobre au Paard, La Haye (NL).

 

 

 

Aurora

Une poupée magique venue du grand nord…

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Ce soir, à l’AB, trois chanteuses norvégiennes y sont programmées. En supporting acts, Sei Selina et Thea Wang ; et en tête d’affiche, Aurora. Devant la salle, la file est très longue, elle s’arrête au milieu de la rue longeant l’hôtel de Ville et donnant accès à la Grand-Place, derrière le célèbre Hôtel Amigo. Heureusement, elle va se résorber en 10 bonnes minutes. Le concert est sold out depuis 2 ans.

Le concert d’Aurora a été reporté à deux reprises, suite à la pandémie. Elle est venue défendre son dernier elpee, « The Gods We Can Touch », paru en janvier dernier. Une véritable perle ! Votre serviteur l’écoute en boucle. Un opus bien plus sensuel et enjoué que son précédent, « A Different Kind Of Human »

N’hésitant pas à utiliser son art pour porter son engagement envers une société égalitaire et respectueuse de l’environnement, Aurora est une artiste moderne d’une maturité étonnante.

Le décor est déjà prêt pour Aurora. Mais place à Thea Wang, qui finalement bénéficie du cadre déjà planté. La scène est ainsi divisée en 4 vagues ondulantes blanches derrière lesquelles s’installent les musicos. Un énorme disque blanc, rétroéclairé, s’érige au milieu du podium.

La musique de Thea baigne au sein d’une forme d’électro-soul-folk séduisante, le plus souvent paisible, mais très susceptible de s’autoriser des envolées percutantes. Sur les planches, elle est soutenue par un claviériste/guitariste. Plutôt jolie, elle se révèle douée aussi bien au dobro électrique qu’à la gratte semi-acoustique. Douce et profonde, sa voix est remarquable. C’est grâce à son single, « Word On The Street », qu’elle est parvenue à sortir de l’anonymat. Et elle ne va pas se priver de l’inclure dans sa setlist. Ecoutée attentivement par l’auditoire, elle est longuement et chaleureusement applaudie, à l’issue de sa prestation.  

Petite interruption pour permettre le changement de matos et Sei Selina grimpe sur l’estrade. Elle est épaulée par un drummer et un claviériste, mais bien qu’annoncée r’n’b, la musique dispensée sera essentiellement électro. Généreux, le light show se focalise sur Sei. Le grand disque est en repos. Mais pas l’artiste qui va littéralement mettre le feu… se signalant ainsi comme une fameuse entertainer…

Charismatique, Aurora Aksnes, aka Aurora, débarque sur podium, pieds nus, le visage diaphane et vêtue d'une robe blanche vintage qui pourrait provenir de la garde-robe de Madame de Maintenon. Elle lève les bras pour accueillir l’ensemble de son auditoire. Mais revenons au décor. Sur les planches un grand orbe campe au beau milieu de l’estrade. L'orbe reproduit un coucher de soleil ainsi que des vagues et des nuages encadrés de chaque côté. Une scénographie minimaliste mais efficace.

Aurora va nous proposer de larges extraits de son dernier elpee, « The Gods We Can Touch. Elle ouvre le set en douceur par « The Forbidden Fruits of Eden », avant que les percussions deviennent entêtantes. A l’instar de Florence & The Machine ou de Björk, elle semble habitée par sa musique.  

Cette poupée magique mêle habilement le folklore norvégien et les sonorités électroniques tout en prenant soin du sens mélodique afin d’embrasser une gamme d'émotions à vous flanquer des frissons partout. Sa pop alternative, lumineuse et mystérieuse libère une force étonnante. Alternant doux murmures, vocaux cristallins ou puissants, elle crée un monde tour à tour enchanteur et inquiétant.  Il suffit parfois de fermer les yeux et de s’imaginer au cœur des fjords… Pourtant, interactive, elle n’hésite pas à plaisanter avec un public acquis à sa cause.

Elle interprète « Everything Matters », mais sans Pomme. Elle se mue alors en chef d’orchestre, rappelant la grâce de Tori Amos.

Elle n’en oublie pas son nouveau single, « Cure For Me », un morceau étonnant, étrangement disco, voire funkysant. Et puis, « Runaway », un titre qui suscite la réflexion, parce qu’il aborde le thème des thérapies de conversion pour les homosexuel.les.

La fin du set est acoustique et notamment la dernière chanson « Giving In To The Love ». Mais également le rappel. Si l’orbe change régulièrement de couleur il met magnifiquement en exergue la silhouette d’Aurora tout au long de « Exist For Love », compo au cours de laquelle elle place l’amour du côté spirituel, et dans un français impeccable…  

Un concert de toute beauté ! Votre serviteur est resté subjugué par les étoiles qui brillent dans ses yeux.

Son univers est à découvrir absolument…

(Voir aussi notre section photos ici)

Setlist : « The Forbidden Fruits of Eden », « Heathens », « Blood in the Wine », « Everything Matters » sans Pomme, « Churchyard », « Warrior », « Cure for Me », « Daydreamer », « The River », « Infections of a Different Kind », « A Different Kind of Human », « A Dangerous Thing », « Runaway », « The Seed », « Queendom », « Running With the Wolves », « Giving In To The Love ».

Rappel : « Exist for Love » (acoustique), « Murder Song (5, 4, 3, 2, 1) »

(Organisation : Live Nation et Ancienne Belgique)

 

Vincent Delerm

L'attrape-cœurs (single)

Écrit par

A travers ce single, Vincent Delerm revient sur son expérience de scène, de vie.

Il s’interroge sur le sens de sa démarche artistique sous la forme d’une mise en abyme dans le roman l’‘Attrape-cœurs’, signé par l'Américain J. D. Salinger et publié le 16 juillet 1951. C'est un récit formulé à la première personne relatant trois jours dans la vie d'un adolescent, Holden Caulfield en l’occurrence, lors de son errance solitaire à travers la ville de New York.

Dans son beau clip (à découvrir ici), Vincent traverse un pont, tel le célèbre ouvrage d’art américain ; les images retraçant sa vie artistique en incrustation.

De sa voix nonchalante et typique, il dresse un bilan de 20 ans de carrière et raconte une histoire d’amour adolescente de manière douce.

Sa musique agréable, aux arrangements délicats, nous plonge au sein d’une ambiance légère, sucrée, qui nous fait du bien.

L'histoire est touchante de sincérité.

Elle s’achève par la lecture du roman par l’artiste. La boucle est bouclée.

https://methodechanson.com/

 

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