Barnabé Mons rend hommage à un chat… sauvage…

Chanteur-batteur dès l’âge de treize ans, le Lillois Barnabé Mons a transité par la bagatelle de neuf formations, avant de se lancer en solitaire, soit après 28 ans de carrière. « Bunker Superstars », son premier elpee, est paru ce 2 juin 2023. Et il vient…

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Un Pycholove pour soigner Hoboken Division…

Issu de Nancy, Hoboken publiera son troisième long playing, « Psycholove », ce 14 février 2024. Cette formation est parvenue à teinté son garage/blues/rock râpeux, glacial, furieux et authentique de psychédélisme. En attendant, cette sortie, le groupe a…

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Lokerse Feesten 2005 : The Cure (+ Mercury Rev + Cranes)

Aller à un concert de Cure, c'est comme tremper ses doigts gelés dans un vieux bénitier : on le fait seulement parce qu'on y croit – c'est ça, être fan, comme dirait Obispo. Et les fans de Cure sont légion : ils ont même un patronyme à eux, ce qui se fait très rare. Des curistes, donc : souvent de grandes filles qui se donnent l'air blafardes, ou des garçons trop vieux pour mourir jeunes, coincés dans les eighties depuis leur premier choc 'Pornography-que'. Voilà des gens pourtant normaux, qui travaillent et qui dorment, mais qui deviennent un peu foufous dès qu'on leur parle de Bob, de Baudelaire et de Camus… Le romantisme façon fin de siècle, les chemises à jabot et le Rimmel planqué dans le frigo : il y a des tics à respecter pour être un vrai curiste. Certains se piqueraient même les fesses à coup de cortisone, pour ressembler à leur idole quinquagénaire, bouffi par la déprime et la défonce. C'est clair : les curistes préfèrent le Cure pas drôle, celui de la trilogie Seventeen Seconds-Faith-Pornography.

 

On n'est pas là pour rire, et quand les Cranes débutent leur set tout le monde regarde déjà sa montre : plus que deux heures à écumer des bières, en attendant que Bob ramène sa fraise de vieux goth à la Barry Lyndon. Les Cranes, donc : un air de shoegazing à côté de ses pompes, et quelques tubes pour plaire aux fans – s'il en reste.

Mercury Rev ? On l'avait oublié, mais ce groupe a pondu de bons disques, d'abord psychédéliques et bien barrés (pléonasme), ensuite plus orchestraux mais pas moins addictifs. Le dernier, par contre, est d'un ennui profond, comme si le Rev s'affadissait au fil des ans à force de chercher la petite bête. A part quelques pépites extraites de « All Is Dream » et de « Deserter's Song » (l'album de la consécration), rien de ce live ne valait qu'on se tienne l'entrejambes en criant de bonheur. Mercury Rev, déjà de l'histoire ancienne ? Ca fait 15 ans que ça dure, donc oui.

'Et les Cure ?', rétorqueront les sceptiques ? Ils se font vieux et s'accrochent, mais leur musique, elle, demeure étonnamment vivace. Il suffit d'écouter la radio pour s'en convaincre : Interpol, The Killers, VHS or Beta, The Rapture, Placebo, voire les Deftones et Blink 182 (si si)… Ils ont sans doute écouté Cure en pleine montée d'acné, comme tout ado en manque de repères. Une chance : Roger O' Donnell n'est plus de la partie, donc point de synthé chez les Cure 2005. Perry Bamonte lui aussi s'est barré : c'est Porl Thompson qui le remplace, et c'est une deuxième bonne nouvelle. Son doigté légendaire illuminera ce live, même s'il n'a plus de crinière. A 4 au lieu de 5, les Cure se voient donc obligés de resserrer les vis. Finies donc les ambiances synthétiques cheap : la guitare redevient souveraine, les curistes brament en crêpant leurs vieilles mèches. « Open », en ouverture, donne le ton : électrique, forcément. Pendant plus de deux heures, Bob et sa bande revisiteront avec panache une belle partie de leur répertoire le plus glacé, avec en ligne de mire trois albums mirifiques : « Wish », « Seventeen Seconds » et « The Head on the Door »… Du dernier, produit par le méchant Ross Robinson (Limp Bizkit, Slipknot, At The Drive-In, The Blood Brothers,…), les Anglais joueront trois titres, pied au plancher et la tête dans le guidon. Heureusement, « Shake Dog Shake » remettra vite les vieilles pendules à l'heure : grand morceau, qui plus est rare en live. « At Night », « M », « Play For Today » (et sa partie de synthés reprise cette fois par le public), « The Blood », « Push », « A Night Like This », « Never Enough », « End », « A Strange Day »,… Les fans auraient eu tort de ne pas sauter de joie ! D'autant qu'en rappel, c'est "A Forest", "Why Can't I Be You", "Let's Go To Bed" et "Boy's Don't Cry" que les Cure balancent sans crier gare. Il s'agissait sans doute d'un des meilleurs concerts belges de Cure, depuis 10 ans… Et rien ne prévoit une baisse de régime de leur part : après la réédition « Deluxe » de la trilogie et du premier album, voilà que Robert vient d'annoncer un album pour avril 2006 ! Mais quand s'arrêteront-ils ? Jaméééé, et c'est ça qui est terrible.            

 

Rock Werchter 2005 : dimanche 3 juillet

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En ce dernier jour de fête, les choses sérieuses commencent tard, très tard. Il est 17h00 et nos Fucking Dewaele Brothers entre en scène sans leur combinaison magique de 2 Many Dj's. Aujourd'hui, les organisateurs les ont invités sous l'enseigne Soulwax. En règle générale, un peu de changement ne fait de tort à personne. Mais là, on peut dire qu'ils nous ont fait grande peine. On les créditera bien volontiers du son le plus déplorable de Rock Werchter 2005. Et pourtant, on pouvait s'attendre à monts et merveilles… Il faudra s'en faire une raison: Soulwax n'est décidément pas un groupe de festival.

A l'autre bout du site, ce sont les Eagles Of Death Metal qui triturent leurs guitares. Sans Tim Vanhamel et Josh Homme aux commandes, la recette manque de saveur. Le projet reste planté là comme une carotte en plein désert. Seul rescapé de l'équipée sauvage, Jesse 'The Devil' Hughes défend ardemment son projet. Malgré tout le mal qu'il se donne, on se rend compte que la nouvelle mouture des Eagles tient difficilement la route. Le tout est joué à l'emporte pièce et manque cruellement de puissance de frappe. La sentence est lourde de conséquences: à revoir ou à saborder.

La pérégrination vient de commencer. Venus des quatre coins du site, les fans de Queens Of The Stone Age transitent vers une même destination: la Main Stage. Tout le monde veut se rapprocher de la grande carcasse de Josh Homme, leader unique de la formation ricaine. Sous le soleil, la chaleur est accablante, presque insupportable. Cette ambiance sied pourtant bien aux Queens qui entament leur set par le torride "Go With The Flow". La nouvelle brigade du général Homme assure sa part du boulot. "Medication", "If Only", "Everybody Knows That You Are Insane" et "Sky Is Falling" claquent dans l'air comme des myriades d'explosifs hypnotiques. C'est du psychédélisme pour Stoners dépressifs, une vraie musique de junkie. Le géant et toujours là, campé aux avants postes des réjouissances. Dans les mains de Josh Homme, une guitare semble bien frêle. Heureusement que le grand gaillard n'a pas encore inauguré la défenestration de grattes… L'idée pourrait causer de sacrés dégâts. Les accords de "Little Sister" retentissent enfin. Le moment est attendu et ça s'entend. La foule vibre, se bouscule et lève le poing en direction de la scène. C'est un pur instant de rock'n roll dirigé et orchestré par Josh, l'homme qui aime qu'un plan se déroule sans accroc. Plus tard, "Tangled Up In Plaid" se perd dans un enchevêtrement de guitares. C'est insensé, compliqué et éclairé. On sent la fin du concert ; mais toujours aucune trace de la folie douce d'antan. Terminé le Dave frappadingue à la batterie, disparu le nudiste à la barbichette, terminé l'insolente ode à la came: pas de "Feel Good Hit Of The Summer" cet été. Certes, la version 2005 des Queens Of The Stone Age vaut le détour. Oui, Josh Homme est une putain de rock star. Pourtant, il manque la plue-value frénétique: le barjot Nick Oliveri et sa basse. Car ce soir, il fallait être un perfide comédien pour camoufler cette insoutenable carence. Admettons le une bonne fois pour toute: l'autre siphonné du caillou nous manque.

Une fois encore, Dave Grohl est à Werchter. Et quand ce n'est pas en compagnie des Queens Of The Stone Age, c'est derrière le micro de ses Foo Fighters. Dave, c'est un guitariste recyclé, un chanteur étrange et une honnête personnalité. Son principal atout: il a le sens du spectacle. Après, peu importe qu'il braille comme un poulet sans tête, qu'il remplace la fin de ses paroles par des onomatopées étranglées en pleine voltige. On s'en tape. Pour lui, là n'est pas l'essentiel. L'objectif affiché des Foo Fighters: amuser la galerie. Et sur cette observation sociologique de haute volée, on peut une nouvelle fois les féliciter: ils n'ont pas loupé le coche. "All My Life", "Everlong", "Learn To Fly", "My Hero", The One" et tous leurs brûlots énervés trouveront toujours une place de choix dans nos cœurs. Mais le temps est maintenant à la quiétude du songwriting de Tom McRrae. Venu en compagnie d'Olli Cunningham (au piano) et d'Oli Kraus (au violoncelle), le Britannique doit forcer pour se faire entendre. La lutte à scène interposée qui l'oppose aux Foo Fighters tourne rapidement à l'avantage des cris tourmentés de Dave Grohl.

Combat déloyal, artiste jovial: Tom McRae ne semble pas rancunier. Les Foo Fighters en fond sonore, le bel Anglais se présente sur scène tel un poète désœuvré et malheureux. Les compositions du bonhomme renforcent ce sentiment de disgrâce. "Hawaïï", "Hummingbird", "Bloodless" et "Bubblegum" se présentent comme autant de complaintes euphorisantes, écrites pour traverser l'histoire. Le violoncelle confère une douce profondeur aux chansons de son auteur. L'inventaire de son talent s'achève lentement par un "Fools" dépouillé et sensible. La messe est dite.

Ne reste plus qu'à porter un rapide mouvement de l'œil en direction de la Main Stage pour assister au bouquet final offert par R.E.M. aux spectateurs. Peter Buck et Michael Stipe forment toujours la paire. L'un cajole sa guitare, l'autre prend soin de son public. Certains groupes sont insubmersibles. R.E.M fait partie intégrante de ce contingent d'irréductibles rockers. Les Athéniens en connaissent un bout et les fans connaissent leurs tubes: le deal est équitable. "What's The Frequency Kenneth?", "Leaving New York", "Everybody Hurts", "Losing My Religion", "The Great Beyond" ou encore "Man On The Moon" enflamment les derniers instants de cette edition 2005 aussi convenue que réussie. Finalement, qui d'autre que Michael Stipe peut se targuer de conclure un festival dans une débauche de magnificence ? Question difficile, n'est-il pas ? Bah, la réponse attendra bien l'année prochaine…

 

 

 

Rock Werchter 2005 : samedi 2 juillet

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La journée débute sur les chapeaux de roues. Et un effroyable dilemme nous attend sur le site: les vétérans vitaminés de Therapy ? ou la nébuleuse rock And You Will Know Us By The Trail Of Dead ? Notre choix se tourne vers ces derniers. Trail Of Dead, pour les intimes, tape un sacré tintamarre sous les voûtes de la Pyramid Marquee. Devant un parterre dégarni, les Texans se montrent inspirés. Les musiciens pratiquent une sorte de chaise musicale grandeur nature. Chez eux, tout le monde tourne et tricote un nouvel instrument. Une guitare troquée contre une batterie par ici, une basse échangée contre une guitare par là et un micro terrorisé par des chanteurs intérimaires finissent par convaincre de l'originalité de la formation. L'acte se conclu par "Ounce Of Prevention" dans une tourmente de riffs virevoltants et diablement efficaces.

La suite de nos péripéties est moins drôle. Le charme annoncé de Rilo Kiley laisse franchement à désirer. C'est doux et gentil. Mais la pop a déjà connu escapade plus folle…

L'entreprise dégénère rapidement et l'exode vers la Main Stage de Daan devient inexorable. Quel beau crooner que ce Daan ! Costume blanc, lunettes noires, l'homme est raffiné et ça se sent. On ne peut pas en dire autant de ses sbires. Aux claviers, une sorte de mascotte Haribo (c'est beau la vie?) modelée pour l'Eurovision balance sa frange peroxydée comme une langouste exotique. Ce garçon n'a aucune classe, c'est une parodie incarnée. Derrière lui, deux potiches: une bombe sexuelle à la batterie et une jolie créature à la basse. Pour ouvrir la danse, Daan dispose de "Housewife", tube infaillible. Le public à majorité néerlandophone en redemande. Daan l'entend et adresse "Eternity" pour assouvir la pulsion populaire qui envahit peu à peu la plaine de Werchter. L'élégant monsieur ne se pose pas de question: il fume, il boit, s'assied et se couche en coquet de bon aloi. A ses côtés, la troupe de variété qui lui fait office de groupe a pauvre allure. On a beau apprécier les performances de Daan sur disques, il faut bien admettre que le visuel scénique suscite l'incompréhension. La vue d'ensemble reste inconsistante et pas bien méchante. Daan ne montre jamais les dents et même "Victory", son hit, s'encroûte précipitamment dans une gestuelle ringarde digne du 'bébête show'.

Sur ce, on s'éloigne du naufrage et on rejoint les rives de la Pyramid Marquee où Murray Lightburn et les siens dispensent le romantisme exacerbé de The Dears. Chaleureux et réconfortants sur disque, sur scène, les Canadiens chavirent dans une démesure émotionnelle. C'est pompier et larmoyant. Et même le fulgurant "Lost In The Plot" ne modifie guère l'attitude outrancière de ce tragique épisode. Ne reste plus qu'à patienter avant l'avènement pressenti des Londoniens de Bloc Party. 17h20: l'agonie surfaite de The Dears touche à sa fin. Il est temps de se positionner pour assister au concert tendance de la journée.

La silhouette athlétique de Kele Okereke surgit et ses compagnons d'aventure le suivent de près. Du post-punk ? De la cold-wave ? Peu importe, Bloc Party détache les étiquettes et déracine la hache de guerre. "Like Eating Glass" entame la croisade sensible de nos gays lurons. Foudroyant et radical, le message de Bloc Party est belliqueux. Et la bataille ne fait que commencer. Tout sourire, Okereke repart à la charge et expulse "Positive Tension" de l'amplificateur. Une hystérie générale s'empare du parterre public dès les premières notes de "Banquet". Les Anglais assurent le spectacle. Plus rudes et déchirées que sur les enregistrements de Paul Epworth (The Rakes, The Futurheads), les chansons du groupe passent comme une lettre au déchiqueteur électrique. Les pogos sont de plus en plus violents, les titres de Bloc Party de plus en plus incendiaires. Ces garçons se dégourdissent à tout va. Kele torture sa Telecaster. Sans relâche, il empoigne son manche et griffe ses cordes. Le concert s'apaise dans la fournaise de "This Modern Love". Shoegazer invétéré, Russel Lissack, le deuxième guitariste, n'abandonne pas une seconde ses chaussures du regard. Elles doivent beaucoup lui plaire car il assure parfaitement la rythmique du groupe. Bloc Party dispose indéniablement d'une nouvelle notoriété. La formation a grandi et l'image restrictive du groupe hype à la mode n'est plus tendance. Bloc Party a défini son identité. Ne lui reste plus qu'à forcer le respect !

Après l'invasion britannique, on retrouve le Blanc Bleu Belge. Rien à dire, les nationaux de Millionaire sont devenus de sacré poids lourds dans notre paysage musical. La bande de Tim Vanhamel ouvre le "Champagne" en début de prestation. C'est pétillant, mature et intense. Dès l'instant d'après, Millionaire débouche "Love Is A Sickness", titre issu de sa cuvée "Paradisiac". Les petits Belges déboulent et sortent le gros son. Plus tard, "Come With You" produit son effet et Tim se tortille comme un poisson hors de l'eau. La formation a gagné en puissance ce qu'elle a perdu de son funk original. Qui s'en plaindra ?

Après un deuxième album particulièrement réussi, Interpol était considéré par de nombreux observateurs comme une des principales têtes d'affiche de cette édition 2005. Les New-Yorkais étaient attendus au tournant. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que le groupe a fait sensation. Le regard défiant un ennemi imaginaire, Paul Banks affronte d'emblée son auditoire. D'une voix grave et sombre, il psalmodie les premiers mots de "Next Exit". L'entame du concert fait du bien là où ça fait mal. Interpol discerne le point sensible de la nature humaine, touche l'auditeur au plus profond de sa grâce. Aristocrates mélancoliques d'un rock ténébreux, les quatre musiciens enfoncent directement le clou en cognant un mirifique "Slow Hands" dans la tronche épatée de milliers de fans transis. Banks allume une cigarette, brave la foule d'une œillade démoniaque et étale son indiscutable charisme au grand jour. "Say Hello To The Angels", chante-t-il entre deux bouffées de tabac. La suite était écrite: "Evil" rencontre une ferveur populaire énorme, incommensurable. A quelques mètres du chanteur, un type récite religieusement les mots professés par l'homme en noir. L'hystérie collective revêt le costume d'Interpol. Le concert approche le paroxysme, monte vers les étoiles et soudain, c'est l'accident. D'irrémédiables problèmes sonores viennent gâcher l'instant. La basse de Carlos D. se retire en coulisse et s'efforce de maintenir ses lignes inquiétantes. Mais l'inquiétude se mue en un accablant constat d'impuissance et le concert s'achève prématurément. L'épilogue nous laisse un goût indéfinissable en travers de la gorge, étrange mélange d'excitation, de surprise et de tristesse.

Mais c'est connu un bon festivalier ne baisse jamais les bras (et dispose généralement de bonnes jambes)! Une course olympique nous conduit ainsi aux alentours de la Main Stage où Nine Inch Nails s'acharne sur la fin de "Closer". La puissance vocale de Trent Reznor est bouleversante. On se met à regretter le doublon entre Interpol et Nine Inch Nails. Et comme pour renforcer cette optique, le bon vieux Trent nous agresse d'un "Hurt" d'une rare violence. Le concert s'achève en force par "Head Like a Hole".

Pour nous, la journée pouvait s'arrêter là, mais pas pour Rammstein. Les Allemands constituent la tête d'affiche proclamée du Rock Werchter 2005. Les t-shirts tamponnés à l'effigie du groupe post-industriel s'amoncellent en nombre aux abords de la Main Stage: ça va péter! Et de fait, les pensionnaires de Berlin-Est boutent les feux d'artifices à la moindre incartade. L'artillerie lourde est en train de chauffer la plaine comme une colonie de Panzers décampant sous les bombardements alliés. Et pourtant rien à faire, la musique de Rammstein est stéréotypée à mort. Les protagonistes de ce grand cirque jouent d'ailleurs sur un physique martial à en perdre les pédales. Et nous, pauvres belettes paranoïaques, on s'interroge sur l'engouement général qui tourne autours de ces zozos. Ces gars véhiculent une imagerie ultra nationaliste et totalitaire. On a beau savoir que c'est du pipeau, ça fout quand même les boules. Quand est-ce qu'on rentre au camping ?

 

Rock Werchter 2005 : vendredi 1er juillet

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En principe, après la pluie vient le beau temps. Ce deuxième jour de festival commence pourtant sous les pâles apparitions d'un soleil dissimulé sous d'épaisses ondées nuageuses. Il fait un peu froid, un peu gris et ce n'est certainement pas la programmation du début de journée qui nous réchauffera. Simple Plan, De La Vega, Kt Tunstall, Sioen et Jimmy Eat World se partagent le bas de l'affiche. Globalement, l'apéro est indigeste. N'est-on pas en droit d'attendre une réception plus alléchante de la part d'une manifestation du standing de Rock Werchter ? La question est posée et l'intérêt de cette édition 2005 ne se trouvait visiblement pas là. Néanmoins, une toute bonne surprise est à mettre à l'actif des organisateurs: la venue du couple théâtral The Dresden Dolls.

L'étrange duo, composé d'Amanda Palmer (piano et chant) et de Brian Viglione (batterie), en impose. Les curieux qui ont fait le déplacement ne s'y sont pas trompés. Ce concert est sans nul doute LA révélation de l'année. C'est la naissance du 'Rock Réaliste de l'Illusion', un théâtre musical épique secrètement fantasmé par Berthold Brecht. Hypnotique et attrayant, le concert mélange rock'n roll et lyrisme, émotion et sophistication. Venu tout droit de Boston, The Dresden Dolls étale son  bagage culturel sous les yeux et les oreilles d'inquisiteurs ébahis. Deux reprises, en particulier, forcent le respect: "War Pigs" de Black Sabbath et surtout, l'inattendue et irréprochable interprétation d'"Amsterdam" de Jacques Brel. La performance est millimétrée. La batterie de Brian semble répondre aux notes dispensées par le piano d'Amanda. Il est 16h45, le duo se retire sous les encouragements d'un public ébloui.

La place est torride, prête pour l'arrivée d'un autre duo: The Kills. De l'autre côté, sur la Main Stage, Shirley Manson et Butch Vig tentent vainement de réanimer Garbage, leur projet boursouflé. Sous la Pyramid Marquee, The Kills a d'autres guitares à fouetter. VV alias Alison Mosshart et Hotel alias Jamie Hince attaquent d'emblée leur dernier album par "Now Wow", titre éponyme et ravageur. Ils repassent ensuite sur "Keep On Your Mean Side" par l'entremise d'un "Cat Claw" hargneux. Planquée sous sa tignasse rebelle, VV est nerveuse, tendue, totalement insoumise aux attaques répétées des décharges électriques de son compagnon. Lui, le beau ténébreux, la regarde comme si c'était la dernière fois. Au fond, une rythmique, impulsée par une boîte à rythmes, astreint le chant alterné des tourtereaux à une rigueur de métronome. Le rock'n'roll des Kills consacre sa source d'inspiration, le Velvet Underground. Sur scène, "Good Ones", le dernier simple est rêche et sauvage. Le concert file à toute vitesse et rien ne perturbe la liesse de ces deux-là. "Fried My Little Brains" retentit dans nos tympans comme le morceau le plus corrosif de ce court instant passé en leur compagnie. Les riffs de The Kills s'estompent vers 18h15 dans une ultime reprise de Captain Beefheart, "Dropout Boogie".

Tranquillement, nous quittons la tente pour rendre une visite aux ancêtres du Velvet Revolver. Scott Weiland (ex-Stone Temple Pilots) et les pensionnés de Guns N' Roses se sont emparés de la scène principale pour un show redouté. Nos craintes sont confirmées d'entrée de jeux par papy Slash et ses potes cocaïnés. Grossis et déguisés en rock stars, ces adeptes de soli dégoulinants et de clichés affligeants singent honteusement leur prestigieux patrimoine. Les poses puent le Jack Daniel's périmé, la voix de Scott Weiland se mue en kalachnikov et flingue les malheureux observateurs postés aux premiers rangs de la débâcle. Les compères essaient de sauver la mise en balaçant " It's So Easy", "Mr. Brownstone" et "Sex Type Thing", trois classiques de feu Stone Temple Pilots. Mais rien n'y fait. C'est carrément naze: le mot est lâché. Et heureusement pour leurs poires rabougries par ces décennies de défonce que personne ne vend de cacahouètes sur la plaine… Allez hop, à l'hospice !

Le point fort du vendredi repose presque entièrement sur la venue de Green Day. Voilà un groupe qui vaut tous les déplacements du monde: plus de quinze ans de carrière dans le rétro et pas une ride en perspective ! Emmené par Billie Joe Armstrong, le trio carbure aux tubes. En 1994, le groupe ramasse le pactole en sortant l'indémodable "Dookie". Dix ans plus tard, c'est au tour de "American Idiot" de se tailler la part du lion. L'événement est donc attendu par des adolescents de tous âges en manque de sensations fortes en cette fin de journée. Et là, pas la peine de faire un dessin, le seul et unique groupe de punk-pop tient la dragée haute à tous ses concurrents. Devant la scène, c'est l'effervescence. L'attente devient longue et chacun cherche la bouffée d'air rédemptrice avant la bataille. Tout à coup, Tré Cool se pose derrière ses fûts, Mike Dirnt enfourche sa basse. Et là, c'est l'explosion: Billie Joe Armstrong déboule et arrache un "American Idiot" des cordes de sa Gibson. Une folie furieuse et tourmentée envahit alors l'assemblée. Le chanteur de Green Day court comme le successeur humanisé du lapin Duracell, il galope, trébuche et fonce vers son micro. Tout de noir vêtu, Billie Joe arbore une sympathique cravate rouge et une étoile communiste au revers de sa chemise. Nouveau disque, nouvelle chanson: "Jesus Of Suburbia" entraîne à nouveau la foule dans un tourbillon de magnitude 7 sur l'échelle de Werchter. La suite se décline en singles: "Holiday", "Knowledge" et l'inoxydable "Basket Case" se chargent de passer les troupes en revue. Le sens de l'entertainment s'incarne parfaitement dans l'idéologie du groupe. Sur "King For A Day", Billie Joe invite un fan surexcité à asperger ses congénères au pistolet à eau. On s'amuse, on s'éclate. On sue, on pue. Et en définitive, c'est génial. Le groupe de Berkeley interpelle le public à intervalles réguliers, histoire de vérifier qu'il subsiste encore quelques survivants à l'étage d'en bas. Pour certains, ce jour de fête était également un jour de gloire. Au beau milieu du concert, Green Day se fait remplacer au pied levé par trois énergumènes piochés au hasard de l'assistance. Une jeune batteuse foutrement douée, un guitariste bouleversé de se retrouver en compagnie de ses idoles et un bassiste simplet, coaché par un Mike Dirnt désabusé viennent assurer la rythmique du groupe. La chanson s'achève dans des accolades et des remerciements. Charitable rocker, Billie Joe offre sa guitare à son éphémère remplaçant. Aux dernières nouvelles, ce dernier dort debout en chantant les huit albums de Green Day et vient juste de se faire interner pour démence en compagnie de sa guitare. La formation américaine tire alors à boulets rouges sur George W. Bush, son 'adorable président' et enchaîne par "Minority". Le divertissement touche à son apogée lorsque nos facétieux enragés s'attaquent à une reprise surdosée de Queen, "Cause yes: We Are The Champion my friend !". Green Day repart, fier du boulot accompli. Mais les fans ne l'entendent pas de cette oreille. Devant un public en transe, Billie Joe revient en solo pour un (désormais) traditionnel "Good Riddance ("Time Of Your Life"). Bref, une bonne journée tient parfois à peu de chose.

Pour se remettre de toutes ces émotions, il ne reste qu'à faire un choix: les multirécidivistes Faithless ou Armand Van Helden. Pour finir, Van Helden sera la dernière attraction de ce 1er juillet. Une journée qui s'achève par un dj-set convenu (Blondie, Ram Jam, The White Stripes ou encore Felix Da Housecat passent ainsi dans l'escarcelle électronique du bonhomme) mais agréable. Néanmoins, on regrettera l'usage abusif de 'compacts discs' tout au long de ce 'poussage de disques' en règle. Toute personne susceptible de nous renseigner sur la disparition des vinyles peut nous contacter dès à présent.

 

Cactus 2005 : dimanche 10 juillet

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La troisième et dernière journée du sympathique festival brugeois débute par un temps splendide qui ne laisse augurer que le meilleur. Les Américains du Youngblood Brass Band et leur jazz teinté de hip hop se chargent d'ouvrir les hostilités. Un MC/batteur au style proche de Zack De La Rocha se charge de communiquer avec le public tandis que la large section cuivres (deux trombones, deux trompettes, un sax, un tuba) produit un son chaud et puissant rehaussé par une rythmique des plus efficaces. Le son (excellent) aide à faire passer un peu mieux les quelques improvisations jazzifiantes qui déforcent un peu le propos de cette formation originale.

Backstage, on aperçoit un vénérable Congolais d'une soixantaine d'années qui attend patiemment que les Youngblood aient enlevé leur matériel de la scène. C'est un des membres de Konono n°1, formation de Kinshasa qui va faire entrer le Minnewaterpark dans une autre dimension. Deux percussionnistes, un batteur (une caisse claire et une cymbale) et trois joueurs de caisses équipées de languettes métalliques amplifiées par des haut-parleurs de gare produisent une sorte de techno préhistorique galvanisée par les chants d'une chanteuse/danseuse et d'un chanteur qui exécute des chorégraphies étranges au moyen de deux tambourins et de son sifflet. Les énormes lignes de basses, les solos en distorsion et le groove produits par les musiciens impassibles (qui changent d'instrument lorsqu'ils commencent à s'ennuyer) vont enchanter, sans peine, l'assemblée qui réservera une belle séance d'applaudissement à un des concerts les plus étranges et radicaux auquel il nous ait été donné d'assister depuis longtemps.

Le concert de Wunmi, chanteuse/danseuse anglo-nigérienne, s'ouvre par une entrée fantomatique de cette dernière. Emballée de la tête aux pieds d'une tunique funèbre, elle exécute une danse sur un morceau de soul psychédélique exécuté par les musiciens hors pair (mention spéciale au guitariste et au batteur) qui composent son groupe. Après un début difficile, la chanteuse (NDR : elle a fait ses premiers pas chez Soul II Soul) fait monter la sauce. Lentement mais sûrement. Le show bascule progressivement dans une séance d'afro-beat fiévreuse qui se termine par la reprise du « Zombie » de Fela Kuti.

Lorsque le tour de Gabriel Rios arrive, on aperçoit des jeunes filles qui se ruent fébrilement vers la scène. Le temps de comprendre et il est déjà trop tard. Impossible de sortir des backstages, la foule est trop compacte et déjà en délire… C'est donc un peu en biais par rapport à la scène que nous sommes obligés de suivre le concert du Portoricain installé à Gand… Même s'il n'a pas encore franchi la frontière linguistique, Gabriel Rios a déjà écoulé en Flandre plus de 20 000 exemplaires de « Ghostboy », son premier album solo réalisé en compagnie de Jo Bogaert (Technotronic). Face à un public acquis à sa cause, le chanteur guitariste aligne des morceaux énergiques où le rock, les rythmes latins et des pointes d'électro se mélangent sans complexes. En espagnol et anglais dans le texte, l'homme nous réserve quelques très bons morceaux ; en outre, il est parvenu à s'entourer d'excellents musiciens, dont le guitariste des non moins excellents Fifty Foot Combo, qui ressemble à une version mexicaine de notre ami Christian Clavier. A côté de la scène, on aperçoit Balo (ancien MC de Starflam) qui s'apprête à aller balancer quelques unes de ces rimes acérées sur une des dernières chansons du set, au cours duquel on pourra aussi entendre une reprise iconoclaste du « Bad Card » de Bob Marley.

Lorsque Transglobal Underground arrive sur scène, on peut de nouveau arpenter la plaine, car le groupe anglais attire un peu moins les foules. Un batteur, une joueuse de sitar, un Mc/percussionniste et un claviériste qui ressemble à un des membres des Village People alignent leurs morceaux efficaces rehaussés par les rimes très rastafari et enflammées de leur chanteur. Leur mélange de dub, musique indienne et drum and bass manque malgré tout un peu d'âme et on s'ennuie quand même un peu… La faute peut-être à un usage un peu trop intensif de bandes sur lesquelles les musiciens jouent un peu mécaniquement et sans feeling.

Après un 'longuissime' et laborieux soundcheck, les quinze musiciens qui forment le nouveau groupe de Lauryn Hill commencent à balancer la sauce. Le set démarre fort par « That Thing », un des hits de son premier album, repris en chœur par la foule. Mais le son est mauvais. Heureusement, il s'améliore par la suite ; et la chanteuse américaine alterne les hits des Fugees, les nouveaux morceaux et les chansons issues de ces deux premiers albums solo. Les intervalles entre les morceaux sont longs. Lauryn Hill ne semble pas péter la forme et on a quelquefois l'impression qu'elle va se mettre à pleurer sur scène ; surtout lorsqu'elle joue ses très belles chansons à la guitare sèche. Coincées entre hip hop old school et les influences ragga, les nouvelles compos laissent cependant espérer la sortie d'un nouvel album assez intéressant. Le concert se termine assez vite, handicapé par les problèmes techniques et un groupe pas tout à fait en place. Lauryn Hill quitte la scène, les gens patientent encore un bon quart d'heure, en espérant un rappel qui n'arrivera jamais, tandis que les musiciens de la chanteuse exécutent derrière la scène une étrange chorégraphie avant de quitter les lieux. Une danse pour la pluie ? On espère que non...

 

Cactus 2005 : samedi 9 juillet

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Désolé pour ce que les Pays-Bas considèrent leur meilleur groupe live et l'avant-garde du mouvement 'électro-fusion', mais je n'ai pu assister au set de Zuco 103. Pourtant, il paraît que leur mélange de mélodies brésiliennes, de drum'n'bass, de triphop, de r&b, de jazz et d'afrobeats réussit à faire bouger les plus coincés, voire les plus encroûtés. Pas d'empêcher les retardataires d'arriver à l'heure. Mea culpa !

Etonnant de voir une formation française se produire lors d'un festival organisé au nord de la Belgique. Et d'y récolter un beau succès. Son nom : Babylon Circus ! Issu de Lyon, ce collectif – ils sont dix – pratique un mélange de ska, de reggae, de musette (NDR : les Négresses Vertes ?), de jazz, de dub, de punk et de musique de l'Est (NDR : pensez au film « Underground » d'Emir Kusturica) sur fond de théâtre et d'engagement sociopolitique (NDR : le pastiche du JT en est une des plus belles illustrations). Un drummer, un claviériste, 4 cuivres, un bassiste, un chanteur/guitariste et deux vocalistes spécifiques. Qui s'expriment parfois dans la langue de Shakespeare, mais le plus souvent dans celle de Molière. Ca bouge dans tous les sens, c'est festif. Le courant passe parfaitement avec le public. Auquel ils leur racontent être tenu d'écourter leur set, parce qu'il doivent se produire le lendemain dans le sud de la France. S'excusent. Exécutent une dernière compo d'une trentaine de secondes et se taillent. Sous les sifflets et les huées. Avant de revenir en fanfare. Et de démentir. Pour terminer sur les chapeaux de roues. Enfin presque puisqu'ils achèveront leur set par un exercice de style a cappella. Ovation ! Et plongée dans le public de plusieurs musiciens qui rejoignent alors la fanfare locale.

Bien que reformé depuis l'an 2000, on ne peut pas dire que les Presidents Of United States Of America aient défrayé la chronique. Ils ont pourtant commis depuis deux albums : « Freaked out and small » et « Love Everybody ». Mais ils sont totalement passés inaperçus. Faute de hit, probablement. Car les P.O.U.S.O.A. sont surtout notoires pour leurs tubes : « Kitty », « Peaches », « Lump », « Zero fighting » etc. ; ou encore leur version du « Video kill the radio star » des Bugles. Et c'est d'ailleurs par ce titre que, le trio ouvre son set. Set et fête riment chez les Presidents, une fête teintée d'humour et d'excentricité. Chris Ballew, Dave Dederer et Jason Finn multiplient les frasques (NDR : lorsque Jason frappe ses baguettes sur les planches, en se promenant à quatre pattes, on est au bord du délire) pour le plus grand plaisir de la foule. Sans pour autant oublier de soigner leur prestation, ponctuée des inévitables tubes. Adressant même un clin d'œil aux Beatles du tout début des sixties, à MC5 (la cover de « Kick out the jam ») et même à Gloria Gaynor, en rappel, pour le célèbre « I will survive ». Rien que leur présence méritait le déplacement !

Depuis qu'il a remporté la médaille d'argent au Humo Rock Rally de 2000, Admiral Freebee s'est forgé une solide réputation dans le nord du pays. Mais Admiral Freebee, c'est avant tout le chanteur/compositeur/multi-instrumentiste (NDR : il joue le plus souvent de la guitare, mais aussi du piano, de la trompette ou de l'harmonica) Tom Van Laere. Admiral Freebee est avant tout un groupe de rock. Qui puise essentiellement son inspiration dans les seventies ; et en particulier chez Van Morrison, les Faces, les Stones et Bob Dylan. En outre, Tom possède une voix écorchée, rauque (rock ?) qui sied parfaitement à ce style musical. Et puis un look d'époque : un large bandeau rouge dans les cheveux et une barbe qui lui mange le visage. Soutenu par un backing group particulièrement solide, Admiral Freebee va alterner titres puissants, électriques et ballades chargées d'émotion (NDR : qu'il interprète alors le plus souvent au piano). Des chansons hymniques que le public reprend même parfois en chœur. En fin de set, Tom se prend même pour Hendrix en jouant de sa six cordes avec les dents. Et puis nous réserve sa compo la plus élaborée « Get out of town », qui débute très doucement avant de se métalliser, puis d'éclater dans une véritable orgie d'électricité. Recueillant un très gros succès auprès du public, Admiral Freebee accordera sans peine le rappel réclamé. Personnellement ce set m'a quand même laissé perplexe. Une excellente prestation sans doute. Mais un peu trop revivaliste, sans aucun doute. Enfin, des goûts et des couleurs….

Pour effectuer sa nouvelle tournée, Will Oldham, alias Bonnie 'Prince' Billy, Palace Brothers, Palace Music ou encore Palace, a eu la bonne idée de s'entourer d'un groupe. Parmi lequel on remarquera la présence du guitariste Matt Sweeney ; un ex Chavez récemment impliqué chez le défunt Zwan de Billy Corgan. Et puis une claviériste (NDR : qui passe son temps disponible à fumer des clopes ou à prendre des photos) et un très jeune drummer. Bref une formule électrique qui dans ses meilleurs moments peut atteindre l'intensité d'un Neil Young ou baigner dans un climat atmosphérique digne de l'album incontournable de David Crosby, « If I could only remember my name ». Instrumentalement, le quatuor est plus qu'au point. Et en particulier la conjugaison des guitares opérée entre Matt et Will. Scéniquement, Will (NDR : casquette yankee vissée sut la tête et barbe en broussaille) se complait dans son monde. Régulièrement dos au public, il prend son pied sans se soucier de la réaction du public, auquel il n'adresse la parole qu'après 45 bonnes minutes. Pour dire merci. De temps à autre, lors d'un changement de tempo, il exécute un petit pas de danse, comme s'il était content de vivre cet instant de bonheur intérieur. Qu'il ne partagera jamais au cours de son set. Dommage…

Je n'avais pas conservé un souvenir impérissable du dernier passage d'Asian Dub Foundation, en première partie du concert de Radiohead à Forest National. Mais il faut leur reconnaître une intégrité intellectuelle qui mérite le respect. Depuis 2000, la formation est passée de l'engagement sociopolitique au militantisme. Un militantisme qui transparaît à travers les lyrics des deux MC's dont le rap acharné parvient à exciter la foule. Et même à la faire danser. Sur une musique qui mêle allègrement drum'n'bass, hip hop, (dub)reggae, funk, ethno et beats. Lors de leur set, l'accent a surtout été porté sur les compos du dernier album « Tank ». Mais les meilleurs moments de leur prestation se sont paradoxalement produits lors de leurs envolées instrumentales. Libérant alors une atmosphère plutôt étrange, au sein de laquelle les percus et les sonorités indiennes étaient davantage mises en évidence. Fidèle à la tradition, Asian Dub Foundation a clôturé son set par « Rebel warrior », issu de son tout premier opus, « Fact & fiction ».

 

Cactus 2005 : vendredi 8 juillet

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Le Cactus attire de plus en plus de monde. Pour preuve, la journée du dimanche consacrée essentiellement à la world était sold out. Faut dire que le cadre du Minnewaterpark est absolument superbe. Canaux et espaces verts balisent ce festival encore très familial. Des enfants (NDR : pour lesquels de multiples activités ont été organisées), des parents et des grands-parents côtoient les festivaliers dans la plus grande convivialité. Et puis une seule scène. Ce qui permet de souffler une petite demi-heure entre chaque set…

Vendredi 8 juillet

Il revenait à Dieffenbach d'ouvrir la 24ème édition du festival. Le peu de temps consacré à leur set m'a quand même permis de découvrir une formation qui accorde un très grand soin à ses harmonies vocales. Pensez aux Byrds. Sur une musique élégante, à la fois pop et psychédélique, largement influencée par la fin des 60's et le début des 70's ; mais revisitée par un très fort courant post rock. Etonnant, lorsqu'on sait que les deux premiers elpees accordaient une large part à l'électronique. Et apparemment, le troisième et dernier opus (NDR : « Set and drift ») de ce quintet danois confirme la nouvelle orientation. Un groupe à suivre, c'est une certitude…

La Scandinavie était à l'honneur, puisque après des Danois, l'affiche nous proposait des Norvégiens : Madrugada. Pas des inconnus, puisqu'ils se sont déjà produits à plusieurs reprises en Belgique et notamment lors d'une précédente édition du Cactus. Et puis la formation compte déjà 4 albums à son actif, dont le dernier, « The deep end », est paru voici quelques semaines. Pour accomplir sa tournée, le trio de base (Sivert Hoyen au chant, Robert Buras à la guitare et Frode Jacobsen à la basse) a engagé un drummer et un claviériste/guitariste. Grand, la boule à zéro, vêtu d'un gilet particulièrement seyant, Sivert dégage beaucoup de charisme. Gestes amples, arpentant toute la largeur de la scène, il entre facilement en communion avec son public. Et puis il pose littéralement son baryton profond sur les chansons généreusement électrifiées par Bob. Les cheveux en pétard, à la Rob Tyner (MC5), Robert torture sa râpe comme un vieux briscard qui aurait vécu le mouvement West Coast la fin des sixties. Ce qui n'empêche pas l'ensemble de couler de source avec une intensité blanche digne de Leather Nun (NDR : le groupe a interprété plusieurs anciennes compos), de s'enfoncer dans une mélancolie ténébreuse digne des Bad Seeds, ou encore d'épouser une forme plus allègre comme sur les hispanisant « Hard to come back » et « Stories from the streets » ainsi que le REMesque « The kids are on high street ». Et puis ponctuellement, Sivert empoigne une guitare sèche pour s'embarquer dans l'une ou l'autre ballade hymnique empreinte de tendresse. Un chouette moment !

Fondé au tout début des 90's, les Frames comptent déjà 5 albums à leur actif. Une formation irlandaise souvent comparée à dEUS. Pas étonnant, d'ailleurs, qu'ils aient déjà travaillé en compagnie de Tom Barman. Drivée par le chanteur compositeur Glen Hansard, elle peut compter sur la présence d'un excellent violoniste, un certain Colm Mac An Iomaire. Malheureusement sur scène, ce violon n'est pas suffisamment mis en évidence. Glen (NDR : les cheveux et la barbe roux carotte !), possède une très belle voix et les autres instrumentistes semblent connaître leur sujet. Pourtant le set ne décolle que trop rarement. Les quelques moments d'intensité à se mettre dans l'oreille sont rapidement dilués dans une monotonie qui suscite rapidement l'ennui. Parfois en n'entend pratiquement plus rien. Et les spectateurs en profitent pour tailler une bavette avec leur voisin ou pour aller chercher quelque rafraîchissement…

En perte de vitesse depuis quelques années (NDR : un « best of » en 2002 et un « Loco » complètement ringard en 2003), les Fun Lovin´ Criminals jouissent encore – heureusement – d'une excellente réputation de groupe 'live'. Comme d'hab., le groupe affiche un look très 30's. Même qu'ils auraient pu jouer dans la série 'Les Incorruptibles'. Il n'y manque qu'Eliot Ness ! Vêtu d'un costard (sans cravate!) digne d'un mafioso, Huey Morgan n'a rien perdu de sa dextérité à la guitare. Coiffé d'un doulos et arborant des bretelles certifiées d'époque, Mackie allie souplesse et frénésie aux drums. Quant à Fast, il continue d'assumer sobrement son rôle, partagé entre basse, clavier et trompette. Malheureusement la voix de Huey passe très mal. A croire qu'il fume 3 paquets de clopes par jour. Pourtant leur mélange de funk, de hip hop, de jazz nightclubien, de rock, de Chicago blues, de gangsta rap et de soul ne manque pas de charme. Et en particulier l'hommage à Barry White, « Love unlimited ». Empreintes de sensualité et de fun et bercées de rythmes chaloupés voire latinos, les compos restent agréable à écouter. Outre « Korean bodega », « Scooby snacks », « Where the bums go », « Come find yourself » et « 10th street », le trio va même nous réserver quatre compos issues de leur nouvel elpee « Livin In The City » (NDR : sortie prévue ce 25 juillet !) : « The preacher », « That ain't right », « Is ya allright » et le single « Mi Corazon ». Mais on a l'impression que le groupe n'a pas le feu sacré. Cessant sa prestation dix minutes avant la fin prévue de son set. Pour y revenir lors d'un pseudo rappel au cours duquel ils joueront leur hymne « Fun Lovin' Criminals »…

 

Pukkelpop 2005 : samedi 20 août

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En ce dernier jour de fête, les palabres commencent sous les tonnelles du Club où s'égosille sereinement le chanteur de Dead Fly Bukowsky. Entre psychédélisme abrupt et punk souffreteux, le spectacle offert par le quatuor anglo-saxon dépasse de (très) loin les bribes sonores déposées sur « Land of The Rough », leur premier album.

Sur la Main Stage, Danko Jones triture sa guitare, consulte dignement la foule du coin de son 'indévissable' rictus. Les déflagrations sonores sont violentes : à la croisée des riffs d'Angus Young (AC/DC) et de ceux de Ron Asheton (The Stooges). Rock'n'roll ?

Sous la Marquee, l'héritage de The Jesus And Mary Chain est de nouveau remis sur la sellette par The Raveonettes. Deux voix : celle de Sune Rose Wagner et celle de Sharin Foo. Les descentes vocales du couple se perdent dans une marée hyper distordue de rage contenue. Le nouveau disque de ces Danois de la banlieue de Copenhague vient à peine de paraître. Et déjà, de virtuels hits potentiels viennent nous chatouiller les tympans. Le concert n'est pas mauvais. Mais on sent le groupe incertain, à la recherche de nouveaux automatismes.

Laissons donc du temps aux Raveonettes et tournons nous vers la grande scène où se tient le concert de LCD Soundsystem. Il est 14 h 35. James Murphy et la bande du joyeux bruit envahissent la place. Dans la fosse, les admirateurs de boules à facettes s'interrogent : pourquoi faire jouer le LCD Soundsystem à cette heure si matinale ? James Murphy, lui-même, semble à peine tombé du lit. D'ailleurs, il ressemble à un gros nounours (Teddy Bear Murphy ?). Alors, pourquoi ne pas avoir préféré un chapiteau aux derniers sursauts de la nuit ? La réponse demeure énigmatique. Peu importe, le groupe installe une atmosphère nocturne, échafaudée dans une tanière d'Acid House, de post-punk, de rock garage et de pop psychédélique. La mixture mise au point par James Murphy défie les lois de l'évidence. Et comme pour renforcer cette sensation surréaliste, le groupe électrogène implose à l'entame du deuxième morceau. C'est la guerre ! Sur scène, la concentration vire à l'incompréhension. Pourtant, le public désire son concert et le laisse entendre. Après cinq longues et douloureuses minutes d'attentes, l'électricité fait à nouveau son apparition. Cet épisode a (légèrement) chauffé le public. Mais la voix de James Murphy s'égare et se perd peu à peu dans l'air. Pour l'occasion, le tube « Losing My Edge » se mue en « Losing My Voice ». « I was there… », soutient le chanteur: nous aussi. La boîte à tubes nous sort le grand jeu : « Daft Punk Is Playing At My House », « Too Much Love », « Movement » ou le mythique « Yeah » s'infiltrent dans les cavités pour ne plus jamais en sortir. A l'issue de ce set imparable, nous soulignerons l'inexplicable apathie collective des spectateurs, inconscients juvéniles placés aux premières loges de l'histoire.

Ensuite, la programmation du jour tombe dans un inextricable vortex, trou noir d'excitation. Ainsi, ce ne sont pas les Canadiens de Hot Hot Heat et leur dégaine hyper maniérée qui vont nous pousser à la débauche. C'est bien simple : l'année dernière, ces garçons disposaient d'une paire d'avantages. D'une part, un honorable premier album (« Make Up The Breakdown ») et d'autre part, un facétieux guitariste, le gentil Dante De Coro. En 2005, Hot Hot Heat a viré son meilleur élément et a signé un disque rachitique, pauvre en énergie, réchauffé sur la flamme d'un briquet usager. Autrement dit, il est temps de prendre ses jambes à son coup, un paquet de frites dans les mains et courir vite. Oui, mais dans quel direction ?

Pour se diriger, on suit le regard des mateurs de jupons, obnubilés par la vision de la belle Heather Nova. Certes, l'Américaine n'est plus toute jeune mais sa beauté ne prend pas une ride… Pour ce qui est de sa musique, force est de reconnaître que c'est de pire en pire. Son joli timbre cristallin d'antan laisse aujourd'hui entrevoir les stridences d'un âge adulte, sage et horriblement ennuyeux.

L'impasse artistique touche à son terme lors de l'apparition des quatre trublions de Sons and Daughters sur les planches du Club. Nos Ecossais en connaissent un pan sur la musique et ne se privent pas de le chanter. David, Scott, Adele et Ailidh vouent un véritable culte à Johnny Cash sur un fond de culture rock écossais: Arab Strap et Orange Juice en tête. Le concert impressionne les curieux, étonne les connaisseurs. C'est un fait, en quelques mois, Sons and Daughters a irrésistiblement progressé et trouvé le passage secret menant vers les cimes des charts. Un concert de très bonne tenue malgré certaines dérives vocales d'Adele dans ces périlleux duos qui font le charme du groupe.

La suite des ébats sera dansante et forcément électronique. Sous le Dance-Hall, la tension monte d'un cran : tout le monde attend Vitalic comme le nouveau messie de la scène électro. Les premiers beats retentissent et le peuple converge à l'unisson vers la transe extatique, le climax collectif. D'un seul homme la foule bondit, danse et se déhanche. Vitalic est en train d'asseoir sa popularité. « My friend Dario », « No Fun », « U and I » résonnent sous les bâches en plastique. Les corps se déplacent et se surpassent pour fêter dignement cette grande messe vaudou. Seul sur scène, le Français redore le blason 'French Touch' et en rajoute une couche, très personnelle celle-là. Ce set restera comme l'un des meilleurs de cette 20ème édition du Pukelpop : un instant inoubliable (trop court) où chacun vit un moment intense comme le dernier des bonheurs. A la fin des hostilités, les muscles relâchés et caoutchouteux divaguent à travers les détritus jonchant la verte prairie.

Dans un dernier effort, on atteint les portes du Château où Whitey règne en maître. Ce dandy chapeauté se la joue désinvolte, désintéressé. L'homme affiche un charisme à tout va. Caché sous son couvre-chef de mafieux, le garçon fume sa cigarette d'un air faussement absent. Sa musique valait pourtant le déplacement : électro-pop chamboulée de blues et de riffs hyper rock'n'roll, mélange hybride, surprenant et sincèrement interprété par un artiste à découvrir sur album de toute urgence…

Sur la grande scène, c'est le grand retour des néo-métaleux de Korn. Jonathan Davies n'a pas beaucoup changé, un peu grossi tout au plus. Amputé d'un membre suite à l'appel mystique de Dieu, Korn se débrouille avec un seul bourreau des six cordes. Et là, on se demande franchement pourquoi les Américains s'efforçaient de combiner deux guitares. Le son est puissant, féroce, dangereux comme aux premiers jours de l'aventure. Pour sa part, Korn revisite efficacement son répertoire et se fend d'une reprise vivifiante de « The Wall ». C'est une bonne surprise mais le meilleur reste à venir.

Sous le Club, très exactement, où se préparent les agitateurs de !!!. La musique de ces zigotos est indescriptible : elle n'appartient pas aux règles fondamentales des classements hiérarchiques du dictionnaire du rock. Le groupe malaxe les genres et arpente les époques pour se diriger vers le futur, un avenir utopique où le rock et l'électro seront les Adam et Eve d'autrefois. !!! construit les bases d'une nouvelle humanité musicale. Leur concert est soufflant, haletant. Les yeux ne savent plus où donner de la tête, les oreilles restent bouches bées et le cerveau déconnecte, gambade dans des contrées spatio-vasculaires hallucinatoires, divinatoires. Tout à coup, le chanteur sonne le glas de la performance et rappelle la foule à l'ordre : 'regardez derrière vous, c'est Nick Cave ! Ne le ratez pas, ce qu'il fait est vraiment excellent'. A la surprise générale, le concert du grand Nick a déjà commencé…

Un dernier regard en direction des émeutiers de !!! et les écrans géants placés de chaque côté de la Main Stage nous hypnotisent irrémédiablement vers l'objectif ultime. Nick Cave s'impose comme la tête d'affiche incontestable de cette édition en forme de gâteau d'anniversaire. Comme pour le Pukkelpop, les années se suivent et Nick Cave conserve, lui aussi, toute sa splendeur. Le grand mince aux chaussures noires alimente principalement son concert des meilleurs passages d'« Abattoir Blues », son dernier disque. Le moment vaut le déplacement. Pour beaucoup, cette rencontre avec Nick Cave était une première. Elle restera inoubliable. Espérons que ce ne sera pas la dernière… Le public en redemande mais rien n'y fait : les feux d'artifices crépitent déjà dans le ciel comme un dernier au revoir.

 

Pukkelpop 2005 : vendredi 19 août

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Tout au long du trajet qui mène à Hasselt, nous avons traversé une multitude d'orages. Plus violents les uns que les autres. A un tel point, qu'on se demandait si le festival n'allait pas connaître une situation semblable à 2003, lorsque les campeurs durent plier armes et bagages, tant il était tombé de précipitations. Le site avait même été transformé en véritable cloaque. En arrivant à Kiewit, on s'est quand même rendu compte qu'il avait plu. Mais dans des proportions raisonnables. Ce qui ne nous empêchait pas de craindre le pire. Car les ondées ont commencé à se manifester. Pour heureusement cesser vers 13 heures. A partir de ce moment, le temps est demeuré menaçant, ne distillant que quelques gouttes voire une averse de brève durée. Finalement, le soleil fera de timides apparitions, préservant ainsi une affiche vraiment exceptionnelle. A croire qu'il existe un microclimat dans cette région, car tout au long de cette journée le reste de la Belgique aura les pieds dans la flotte tant il est tombé des hallebardes. Et connaîtra même des inondations ! Auxquelles nous assisterons sur le chemin du retour, vers 3h30 du matin…

Mauvaise nouvelle, Baby Shambles a déclaré forfait. Une demi surprise, car Doherty continue de filer du mauvais coton. Pas pour rien que les Libertines ont décidé de se passer de ses services. Et même de son talent.

Résultat des courses, le set de The Coral est retardé à 13h05. Tout en avalant un sandwiche, on entend au loin la musique d'un groupe qui ressemble à celle du Clash. Elle vient du club. Au sein duquel se produit Infadels. Une belle occasion pour découvrir cette formation londonienne pratiquement inconnue en Europe. De petite taille, tout de noir vêtu et la boule à zéro, le chanteur harangue la foule d'une voix au timbre fort proche de Joe Stummer. Look années 30 (le chapeau !), le guitariste arpente tout le long de la scène. Et hormis le drummer (NDR : ce serait le fils de Bill Brudford, un personnage qui a notamment milité chez Genesis, King Crimson et Yes) les autres sont aussi agités. En particulier, le claviériste/bidouilleur qui frappe sur une cymbale comme un malade. A la croisée des chemins de Radio 4, de Midnight Runners et de The Rapture, leur cocktail de punk, de funk, de soul, de garage, d'électro et de hip hop devient rapidement épileptique tout en libérant un groove irrésistible. Leur set est, en outre, très précis, ce qui ne gâche rien. Une chose est sûre, ces Infadels devrait facilement fidéliser ( ?!?!?) un public qui aime danser et faire la fête. C'est en tout cas un groupe à suivre…

Décontractés, souriants, les membres de The Coral montent sur la main stage ; mais on a l'impression qu'ils ne sont pas très motivés. L'heure de programmation y est sans doute pour quelque chose ; mais de là à se comporter en touristes… Constituée d'une majorité de chansons issues de leur deuxième album voire du troisième, la première partie de leur show va confirmer ce sentiment de détachement et de quiétude propice à une bonne sieste. Leur mélange de rythm'n blues et de country y contribue largement. Et c'est au moment où on a failli s'endormir que le groupe s'est enfin décidé à en revenir à son style garage/psyché. On aura droit ainsi à « Simon Diamond », « Waiting for the heartaches », Don't think you are the first » (NDR : au cours duquel le claviériste souffle dans un drôle de mélodica), « The operator » (NDR : le clin d'œil à « Astronomy domine » du Floyd circa Barrett), une nouvelle compo au cours de laquelle le guitariste va se servir d'un archet et en finale le décapant « Arabian sand » (NDR : mais si peu pour la circonstance). Et 35 minutes plus tard, la formation liverpuldienne tirait sa révérence…

Bien que né en 1996, Good Charlotte n'a guère évolué. Si sur disque, son post grunge peut encore séduire les très jeunes, sur les planches c'est la guerre ! Surpuissant, le son bombarde les tympans. Aux abris : les marines nettoient une poche de résistance dans un quartier chaud de Bagdad. Et les intégristes ripostent. On ne demande qu'une seule chose : un cessez-le-feu ! Il arrivera 40 minutes plus tard. Une boucherie !

Une puissance du son que Death From Above 1979 parvient à maîtriser à la perfection. Responsable d'un excellent nouvel opus («  You´re a Woman, I´m A Machine »), le duo canadien pratique une forme de drum'n' bass sculptée dans le métal, le punk ou le blues. Sébastien Grainger chante et joue de la batterie pendant que son compère, Jesse Keeler, se réserve la basse (souvent) et les synthés (parfois). Mais en permanence distordue par les pédales, la basse est utilisée comme une six cordes. Maintenant, il faut reconnaître que les festivaliers qui n'avaient pas eu l'occasion d'écouter (NDR : et surtout de réécouter) le double album avant d'assister à leur set, ont dû éprouver de grosses difficultés pour apprécier leur concert.

Les Posies s'étaient officiellement séparés en 1998, mais John Auer et Ken Stringfellow ont décidé de reformer le groupe en engageant une nouvelle section rythmique ; et puis ont enregistré un nouvel album : « Every kind of light ». Avant de repartir en tournée. Ils n'ont plus vingt ans. Le visage émacié, les yeux exorbités, Ken semble subir davantage le poids des ans et des excès en tous genres. Mais musicalement, ils ont toujours la pêche ! La power pop  musclée, électrique, héritée en ligne droite des Byrds et de Big Star est toujours aussi rafraîchissante. Alimentée par les guitares du tandem de base et soulignées par leurs harmonies vocales soignées, limpides, leur set est énergique. Le son puissant, excellent. Tour à tour John et Ken se réservent le lead vocal, interprétant ainsi leurs propres chansons. Pour la plupart issues de leur dernier opus ; même si le combo de Seattle n'oubliera pas d'y inclure quelques classiques comme « Solar sister » ou « Dream all day ». A l'issue de leur prestation la formation s'est quand même offerte un rafraîchissement. En l'occurrence une bonne rasade de whiskey, qu'ils ont bue à la santé du public…

Depuis le temps que la presse française parle des prestations 'live' de The National en termes élogieux, je souhaitais voir ce que cette formation américaine (New-yorkaise d'adoption, elle est originaire de Cincinnati, dans l'Ohio) avait dans le ventre. Pas pour les albums, bien sûr, puisqu'à l'instar du tout dernier (« Alligator »), ils sont tout bonnement remarquables. Surprise, Padma Newsome, violoniste/claviériste et membre semi permanent du combo n'est pas de la partie. Le line up est donc réduit aux frères Dessner (Aaron aux guitares et basse, Bryce à la guitare), aux frangins Devendorf (Scott aux guitares et basse, Bryan – pieds nus ! -à la batterie) ainsi qu'au chanteur Matt Berninger. Il y a bien deux choristes qui participent au premier titre, mais passé cette entrée en matière, on entre véritablement dans le vif du sujet. Sans le concours de Padma, la musique de The National prend une coloration beaucoup plus tonique, plus électrique. Mais une électricité chargée d'émotion très palpable. Qu'accentue d'abord les frères Dessner, capables de jouer de leurs six cordes sans onglet ! Que canalise la section rythmique à la fois solide, souple et efficace. Et que magnifie le baryton profond de Matt. L'intensité des compos, tour à tour intimistes, tragiques, ou impétueuses atteint même son paroxysme lorsqu'il hurle comme un désespéré. A cet instant, on a l'impression qu'il est hanté par l'âme de Ian Curtis. Emouvant ! Pourtant, le quintet peut également évoluer dans un registre plus nonchalant, empreint d'une grande mélancolie. C'est à cet instant qu'on se rend compte du rôle du drummer, dont le jeu très riche et original (NDR : lors d'un morceau, il recouvre les peaux d'étoffe, pour rendre les sonorités sourdes) s'apparente parfois à celui d'un jazzman. Un grand moment du festival ! (NDR : voir également l'interview)

Pour occuper la scène principale à 18 heures, Zornik doit jouir d'une grande popularité en Flandre. Et vu l'accueil que lui a réservé le public, c'est manifeste. Notamment après avoir interprété ses deux singles « Goodbye » et « Believe in me ». Un accueil mérité, même s'il faut avouer que le trio ne sait pas encore trop s'il doit marcher sur les traces de Muse ou de K's Choice. Koen Buyse en est le chanteur/guitariste. Une très belle voix ! Mais, franchement son look (un hybride entre Matthew Bellamy et Brian Molko) prête quand même à sourire. Cause à effet, Phil Vinall (dEUS et Placebo) a produit leur dernier album, un disque masterisé aux studios Abbey Road. Excusez du peu ! Suffirait que le groupe parvienne à trouver sa propre identité, et il pourrait s'exporter assez facilement. C'est tout le mal qu'on lui souhaite.

L'ex drummer de Smashing Pumpkins a donc monté son propre groupe : le Jimmy Chamberlin Complex. Un patronyme très bien choisi. A cause de la complexité de leur musique. On se croirait même revenu à l'époque du jazz rock de Chick Corea, voire du Soft Machine de Mike Ratlege et de Hugh Hopper. Faut dire aussi que Jimmy est avant tout un batteur de jazz ; et qu'il n'est venu au rock que lorsqu'il a rejoint le groupe de Billy Corgan. La prestation des différents instrumentistes a beau être époustouflante de virtuosité, le public a beaucoup de mal à vibrer à l'écoute d'un style musical tombé en désuétude depuis plus de 30 ans…

Stéphane (NDR : notre spécialiste en métal) avait tellement dit du bien de Nightwish, que je me suis décidé à aller jeter un œil au set de ce groupe finnois. Avant qu'il ne monte sur les planches, une bande sonore majestueuse, 'wagnerienne', envahit toute la plaine. Probablement un enregistrement de l'orchestre classique Academy's of St Martin's in the Field, auquel le groupe a fait appel pour l'enregistrement de leur dernier elpee « Once », en 2004 (NDR : pour votre information, sachez que Howard Shore, le compositeur de la bande originale du film « Le Seigneur des anneaux » a également reçu le concours de cet ensemble symphonique). Puis un à un les membres du groupe pénètrent sur le podium en saluant la foule. Il faut cependant attendre quelques minutes pour voir arriver la chanteuse Tarja Turunen. Très belle fille au demeurant ; dont la chevelure de jais retombe sur une longue robe noire recouverte d'un voile jaune. Jaune comme le micro et son pied de microphone. (NDR : qui a parlé de string jaune ?) Elle possède, en outre, une très belle voix. Une voix de sirène, opératique qui domine une musique qui mélange métal, classique, prog et gothique. Dans le style, c'est même bien fichu ; et le public conquis semble apprécier le spectacle. Malheureusement les riffs âcres du guitariste rayent constamment les jolies mélodies et au bout de dix minutes, je préfère m'éclipser…

Le Marquee était plein à craquer pour accueillir la nouvelle coqueluche britannique : The Futureheads. Un quatuor issu de Sunderland responsable d'un premier album surprenant. Un opus éponyme dont les compos évoquent tantôt Gang Of Four, The Jam ou encore XTC. Dans un style déchiré entre post punk, new wave et funk blanc. Le tout raffiné par de superbes harmonies vocales. Car les quatre musiciens chantent en jouant le plus souvent sur la diversité de leurs organes vocaux. Energique, effréné, dévastateur et pourtant hyper mélodique, le set enchante les aficionados mais déconcerte le public peu averti. Les compos défilent à une allure vertigineuse, le combo épinglant la plupart des plages de leur dernier elpee ; et en particulier leur fameuse interprétation a cappella de « Danger of the water » , « Decent days and nights » caractérisé par son riff irrésistible emprunté au « My sharona » de Knack et puis une version absolument mémorable du « Decent days and nights » de Kate Bush, au cours de laquelle le groupe va faire participer le public aux canons à travers une répartition mathématique des 'ooh ooh ooh'. Impressionnant ! Et le deuxième highlight du festival …

Brian Warner cultive la polémique et la provocation. Pourtant, lorsqu'on analyse attentivement ses propos ou ses textes, ils ne sont pas aussi simplistes qu'une certaine presse veut bien nous faire croire. Suffit d'ailleurs d'écouter ses propos dans le film « Bowling at Columbine » pour en être convaincu. Et puis, il ne faut pas oublier qu'il draine une cohorte de fans assez impressionnante. Fallait d'ailleurs voir cette plaine de Kiewit envahie par ces filles et ces garçons qui se maquillent, se coiffent ou s'habillent comme leur idole. Maintenant, il ne faut pas se bercer d'illusions : Brian fait intégralement partie du star system (NDR : pas pour rien qu'il est actionnaire d'une des plus grosses boîtes de crèmes glacées aux States). Aussi, c'est sans le moindre préjugé et avec beaucoup de curiosité que je suis allé voir le spectacle de Marilyn Manson. Une énorme mise en scène accueille la troupe de musiciens dont les maquillages et les vêtements sont plus excentriques et morbides les uns que les autres : des tableaux différents servent de cadre, un écran géant balance des mots issus de ses chansons ; et puis il y a cette potence à laquelle se balance un clavier. Rigolo ! Ce qui l'est moins, c'est qu'on n'entend pratiquement pas le guitariste. Que le son est pourri. La voix de Brian n'est déjà pas terrible, mais elle est régulièrement abrasée par des craquements (NDR : sinistres ?) ; un peu comme lorsqu'on écoute un vieux vinyle rayé. Brian monte sur des échasses. Peut-être pour mieux voir le public, car nous on ne voit rien. En fait, il n'y a pas grand-chose à voir. Et surtout à écouter. Pour nous le spectacle de Grand Guignol se termine à cet instant. N'en déplaise aux aficionados de Marilyn Manson. Un désastre !

Auteur d'une prestation cinq étoiles lors de son passage au Cirque Royal de Bruxelles, dans le cadre des Nuits Botanique, Arcade Fire constituait manifestement une des attractions majeures de la journée. Win Butler, Régine Chassagne, Richard Reed Parry, William Butler, Tim Kingsbury, Sarah Neufeld et Jeremy Gara ont de nouveau reçu le concours du violoniste Owen Pallett (Final Fantasy) pour accomplir cette nouvelle tournée. Hormis Sarah et Owen, qui se consacrent exclusivement à leur archet, tous les autres musiciens changent régulièrement d'instrument. Ce qui confère une coloration très diversifiée à leur solution sonore. Dès les premières notes de l'inévitable « Wake up », on sent déjà un degré d'intensité particulièrement élevé. Win, le leader se tient bien au centre de la scène. Look d'employé de banque (la plupart des hommes de la formation sont vêtus de la sorte), il joue le plus souvent de la guitare. Et assure un des deux lead vocals. D'un timbre qui rappelle David Byrne (Talking Heads). Régine se réserve d'abord les claviers. Puis au fil du set, l'accordéon, le xylophone, l'accordéon et même les drums. Jolie brunette, fluette, une fleur dans les cheveux, elle ressemble à une hawaïenne. Et puis elle dispose d'une voix très fine, aiguë, rappelant tantôt Kate Bush, tantôt Björk. Grand, cheveux bouclés, portant des lunettes, Richard Parry a le visage d'un étudiant de la fac ; c'est aussi un des deux clowns de service. Mais également un musicien talentueux. Il joue de la guitare, des percussions (NDR : il tape sur tout ce qu'il a sous la main, même sur des casques de moto), une contrebasse insolite et des claviers. Will Butler (le frère de Win) est plutôt pince sans rire. Râblé, imprévisible, un peu fêlé, il jette un froid dans le public, lorsqu'en fin de concert, il monte sur les armatures du chapiteau, avec une cymbale et son pied, à plus de 6 mètres de hauteur. Mais il est également excellent musicien. Bassiste, guitariste, il est capable de jouer du xylophone à l'envers. Et puis c'est un percussionniste aussi furieux qu'habile. Tous les musiciens assurent les backing vocaux. Et lorsque les sept voix sont à l'unisson, c'est impressionnant. Surtout lorsque le public les accompagne. Tout au long de leur set, le combo canadien va aligner la plupart des titres de son album « Funeral » : « Tunnels », « Laika », « Power cut », « Haiti », « Rebellion » ainsi que de son Ep. Et lorsque Régine interprète « In the backseat », sans doute en pensant à la disparition récente de ses proches, une larme commence à perler sur son beau visage. Emouvant ! Puis la machine se remet en route. Nonobstant, une multitude de cordes de guitares brisées et quelques petits soucis techniques, l'intensité finit par atteindre son paroxysme. Gorgées de crescendos qui finissent par s'écraser, leurs minis symphonies peuvent adopter des rythmes de new wave dansants, goûter à la simplicité folk ou à la grandeur opératique ; le tout avec une agression cathartique et une tendresse délicate. Et une nouvelle claque ! La troisième de la journée…

Pendant ce temps, le dance hall faisait le plein pour accueillir Goldfrapp. Un bassiste, un drummer et deux choristes/danseuses accompagnent le couple Gregory/Alison. Alliant discrétion et efficacité Will Grégory se charge des synthés, boîtes à rythmes et autres arrangements technologiques. Mais c'est toujours Alison qui focalise tous les regards. Très jolie, de petite taille (NDR : pas plus d'1m60 !), blonde, vêtue d'un tailleur de type Chanel et coiffée d'un superbe chapeau, elle affiche un côté rétro, cabaret, dans l'esprit de Marlène Dietrich. Vocalement, c'est tout à fait différent, puisque son timbre velouté, tendre, sensuel, campe un hybride entre Debbie Harry et Madonna. Leur électro pop avant-gardiste n'empêche en tous cas pas le public de danser. Et vu la qualité du set, il a pu joindre le plaisir des yeux et des oreilles… parfois dans un état de transe…

Je tiens à féliciter les organisateurs du Pukkelpop pour avoir choisi de placer les Pixies en tête d'affiche et non pas M.M. Pourtant, vu la différence de statut accordé par MTV à ces deux groupes, l'inverse aurait pu se produire. Et j'imagine les pressions qui ont dû être exercées pour infléchir leur position. Mais en privilégiant la qualité sur la notoriété, ce festival continue de respecter une ligne de conduite, préserve son image de marque et rend un hommage à un des groupes les plus importants des 20 dernières années. Mais venons-en au show. Les Pixies ont vieilli. Joe Santiago, le guitariste et David Lovering (NDR : affublé de lunettes il ressemble à Walter Meeuws !) n'ont plus un poil sur le caillou. Kim Deal – cigarette au bec, et regard dans les étoiles -  a le look d'une ménagère américaine occupée de préparer une pizza. Il ne lui manque que le tablier ! Finalement, seul Charles Thompson n'a pas top changé. Reformé l'an dernier, le combo s'était produit dans le cadre du festival Werchter. Et on ne peut pas dire que leur prestation fut transcendante. Faut croire qu'à force de tourner, le quatuor a retrouvé ses sensations, car les Pixies ont accordé un des meilleurs sets de leur existence en Belgique. L'osmose entre les musiciens est intacte. La voix de Francis est toujours aussi abrasive et perçante qu'en 1988. Celle de Kim aussi sensuelle. Et sa basse percutante et groovy. Mais la bonne surprise procède de Joe Santiago, dont les six cordes sont aussi tranchantes qu'au début des eighties. Au programme: « Where is my mind », "Here comes your man", « Bone machine », « Monkey gone to heaven », « Vamos », « Debaser », "Caribou », etc. Et puis quelques flips sides de singles. Un seul rappel : « Gigantic ». Pourtant, on sentait Black enclin à poursuivre le set (NDR : dans le passé et en particulier lors de ses expérimentations post Pixies, il pouvait jouer pendant plus de deux heures) ; mais Kim lui a fait comprendre que jouer 1h30, c'était suffisant. N'empêche, on venait de recevoir une claque de plus !

Quelques mots quand même d'Apocalyptica qui jouait au même moment que Maxïmo Park. Constitué exclusivement de violoncellistes, le quintet finlandais semble autant attiré par Richard Wagner que par le métal. Spécialiste, dans le passé, de reprises de Metallica, le groupe s'est enfin décidé à intégrer ses compos personnelles dans son répertoire. Au sein d'un univers scénique glauque, tapissé de crucifix lumineux, le set dégage une énergie incroyable, presque sauvage. Une sensation accentuée par les instrumentistes qui se lèvent chacun leur tour de leur cercueil, sur lequel ils sont adossés… 

Et à une heure du mat, Maxïmo Park faisait irruption au club sous un tonnerre d'applaudissements. Le public est chaud, très chaud ; et dans le premiers rangs, ça pogote ferme. Le groupe de Newcastle aligne les compos de son premier opus dont les inévitables « Graffiti », « Postcard of a painting », et puis les singles « The coast is always changing », « The night I lost my head » ou encore « Apply some pressure. Deux nouveaux morceaux également. Paul Smith, le chanteur, en rajoute une couche, se tord dans tous les sens, et ponctue la plupart des compos d'un jump explosif. Entre chaque titre, il remercie le public et boit une lampée d'eau, reposant la bouteille sur le sol sans baisser la tête, pour ne pas froisser sa chevelure gominée. L'expression qui se lit sur son visage trahit toutes les émotions qu'il essaie de faire passer. Depuis la colère à la peur, en passant par la passion et l'euphorie. Une forme d'art dramatique qu'il veut communiquer au public sur un ton théâtral. Typiquement britannique, la musique opère une sorte de fusion de l'âge d'or des eighties : depuis Wire à Gang Of Four, en passant par XTC, les Smiths et Jam. Dans un style convulsif, parsemé de brisures de rythme ou même de breaks. A gauche de la scène, look à la Graham Coxon (ex Blur), Duncan Lloyd - le guitariste - allie efficacité et sobriété. Tout comme la section rythmique d'ailleurs. Par contre, le claviériste, semble dans un état second. Non seulement, il imite les gestes d'un robot, mais emporté par son délire, il recule imprudemment au fond de la scène, percute un retour de scène, et se retrouve les quatre fers en l'air. Sans trop de mal, heureusement. Une heure plus tard, le quintet se retire. Le public est ravi, mais aussi assommé par la puissance du son. Cinq claques dans la même journée, c'est plutôt rare lors d'un festival…

 

Pukkelpop 2005 : jeudi 18 août

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Cette année, le Pukkelpop célébrait sa 20ème édition. Conviés à cet anniversaire, nous avons soufflé les bougies en compagnie de Chokri Mahassine, le grand manitou de ce rassemblement alternatif. Car en Belgique, son Pukkelpop est une référence, un mythe, une institution aventurière vouée à la découverte et aux grandes révélations. Etabli au cœur du Limbourg, la manifestation colporte la bonne nouvelle aux oreilles des festivaliers depuis ses débuts: The Jesus And Mary Chain, Wire, Faith No More, Nirvana, Pixies, Sonic Youth, Beastie Boys, Nick Cave, Iggy Pop, Afghan Whigs, Cypress Hill, Neil Young, Pearl Jam, etc. L'énumération demeure sans fin. L'évènement se poste aux premiers rangs de l'avant-garde. Et puis, le Pukkelpop s'inscrit également comme le premier festival du Royaume à intégrer un 'Dance Hall' sur son territoire. Cela peu sembler anodin. Mais en 1994, la musique électronique harnachait les traits du danger, de l'inconnu. Qui, à l'époque, aurait osé édifier un dôme à la gloire de la transe hystérique des boucles mécaniques ? Une fois encore, le Pukkelpop sera un précurseur et de nombreux festivals belges et européens entreront dans la 'dance'. Ainsi, Aphex Twin, Underworld et Tekton Motor inaugureront l'initiative. Alors, la deuxième décennie allait-elle être fatale à notre réunion récréative préférée ? Avant même de pénétrer sur la plaine de Kiewit, nous jetons un dernier regard sur l'affiche placardée sur l'enceinte clôturée. Et là, le doute n'est plus autorisé : le Pukkelpop a encore de beaux jours devant lui…

Jeudi 18 Août 2005

Le soleil brille de mille feux, les premiers pèlerins foulent la verte prairie limbourgeoise et cherchent une place aux abords de la Main Stage. Là-bas, The Subways amorce la bataille des outsiders au titre très convoité de 'confidence visionnaire' de l'année. Mais le combat livré par le trio britannique est inégal. Dès l'entame du concert, la sono part en couille et les valves distordues de Billy s'entrecoupent d'absences sonores crépitantes. C'est dommage… The Subways n'est pas jugé à sa juste valeur. Peu importe, le groupe reste solidaire et ne galvaude pas son organisation élémentaire : guitare, basse et batterie partent ainsi en quête de sensations fortes et luttent inlassablement contre les salves ravageuses de la régie. « I Want To Hear What You Have Got To Say » apporte la preuve que ces jeunots aiment le bruit et les mélodies efficaces. Pour le reste, inutile d'emprunter quatre chemins pour l'écrire : le point fort de The Subways, c'est Charlotte, la jolie bassiste. Elle bondit, chante et hurle comme une pestiférée. Les ourlets de sa robe virevoltent et Dieu sait que ce spectacle vaut tous les détours du monde Techniquement, la performance laisse à désirer mais les Anglais laisse entrevoir une énergie juvénile rédemptrice sur les singles « Rock & Roll Queen » et « Oh Yeah », réussites radiophoniques en mode binaire.

Sous le Dance Hall, Ladytron s'applique à faire monter le thermomètre. La foule ne s'embrase pas encore, la fièvre viendra plus tard…

De retour au pied de la grande scène, on assiste à l'émergence de Kaiser Chiefs. Annulés en dernière minute à Werchter, ces pensionnaires de Leeds ont crânement joué le coup (franc) au Pukkelpop. A elle seule, l'arrivée de Ricky Wilson devait susciter la confusion dans la fosse. Le chanteur débarque en compagnie de deux béquilles et d'une jambe dans le plâtre… Mais l'habit ne fait pas le moine : dès le coup d'envoi, Kaiser Chiefs rue dans les brancards, catapulte les béquilles aux cieux et décharge les hits de son premier album. Malgré sa jambe invalide, Ricky Wilson sautille comme un kangourou en tournée avec Faithless. La hype a beau faire, ces cinq petits truffions cultivent habilement l'art du rock'n'roll et des choses simples. Ce n'est pas subtil pour une livre sterling mais la lubie de Kaiser Chiefs réside dans la volonté de séduire les foules, d'offrir des refrains 'sur-mesure' à reprendre comme un seul homme. Un peu comme des soiffards supportant leur équipe préférée lors d'une énième finale dans le stade mythique (actuellement en démolition) de Wembley. Le concert est jubilatoire. Kaiser Chiefs est en train de s'imposer comme le plus grand groupe 'onomatopéen' de l'histoire du rock. 'Na Na Na', 'La La La', 'Oh Oh Oh', etc., la liste est longue. Le son est parfait, les cinq garçons en bonne santé et bien décidés à conquérir le monde par la grâce de leurs intrépides singeries !

Après ce bon moment, l'heure est au spleen baudelairien, les lueurs sombres de la musique des Editors pointent le bout de la guitare sous la Marquee. Le groupe de Birmingham, annoncé comme le nouveau messie du rock anglais, n'impressionne pas ou plutôt n'étonne pas. Editors, c'est du Interpol revu et dégradé. Pour sa défense, le quatuor peut avancer ses influences : Joy Division, Echo and The Bunnymen et toute la clique new wave enfantée par la Prude Albion aux premières heures des années 80. A la différence d'Interpol, les Editors sont Anglais et reprennent à leur compte un héritage patriotique. Mais qu'on se le dise : le patrimoine anglo-saxon s'épanouit bien mieux au cœur de la Grosse Pomme ! Surtout, ne pas s'attarder en ces lieux…

Et privilégier la vie de ‘château’ : une bâtisse qui sied particulièrement bien aux échappées aériennes de Styrofoam. Arne Van Petegem (à na pas confondre avec Peter, son homonyme cycliste !) défend les ritournelles de « Nothing's Lost », son dernier album en date. Escorté de ses acolytes, l'homme tapisse la voûte du chapiteau d'habiles superpositions sonores. La musique de Styrofoam nous saisit à la gorge alors que la chaleur ambiante achève de nous étouffer. Même le mercure d'un thermomètre ne s'adapterait guère à tel chaudron ! Derniers applaudissements, dernières sueurs : à l'extérieur, l'air frais demeure l'unique sauveur…

Les échos médiatiques d'outre-Manche nous guident alors vers le Club où se tient le concert de The Magic Numbers. A première vue, ça fait peur : deux garçons, deux filles sapés comme des cow-boys fringants nous délivrent une vision post-folk apocalyptique. En 'gros', l'arrêt sur image brosse le portrait des membres d'ABBA en version rurale et folklorique. Mais une fois que nos quatre spécimens se mettent à jouer, la terre s'arrête de tourner. Que peut-on espérer de la pop aujourd'hui ? La réponse à cette question se chiffre en féerie : The Magic Numbers. Cette formation menée par le chant jovial et hypersensible de Romeo Stodart s'installe d'emblée comme le futur simple de la pop flower-power. A la basse, sa sœur Michelle Stodart porte très haut les couleurs familiales. Et le moins que l'on puisse dire c'est qu''elle est forte celle-là'! Derrière sa batterie, Sean Ganon impulse la rythmique tel un Stillwater échappé du casting d'Almost Famous. Sa frangine à lui se nomme Angela et donne de la voix sur toutes les perles mélodiques du combo biparental. Quatre musiciens, deux familles et un grand moment de musique pour cette nouvelle édition du Pukkelpop. Des tubes, comme s'il en pleuvait : « Mornings Eleven », « Forever Lost », « Love Me Like You », « Don't Give Up The Fight » (sur ce titre, les inflexions vocales de Romeo flirtent avec les intonations de Curtis Mayfield). Ce jeudi, le seul défaut des Magic Numbers, c'est la durée de leur performance : décidément trop courte…

A quelques mètres du Club, The Roots amorce son set sur la Mainstage. Le concert est très attendu. Pourtant, la fraîcheur communicative de ces nouveaux princes du hip-hop tombe rapidement dans une soupe démonstrative que n'aurait pas renié Carlos Santana. Un solo par ici, un par là, un petit à gauche, un petit à droite et comme si la tartine n'était pas encore assez beurrée, on s'en retape une couche. Sur ce coup-là, la déception nous envahit.

La solution, c'est l'exode. Partir loin, très loin : à l'autre bout du site où se tient Soulwax Nite Versions, une curiosité expérimentale. Pour l'occasion, les Fucking Dewaele Brothers nous reviennent en compagnie de leur dernier disque (« Any Minute Now ») mais n'interprètent que le squelette électro de ce dernier. A l'autopsie, l'opération tient du miracle : pitoyable dans sa version rock, c'est un Soulwax énergique, vivifiant et dansant qui nous tient en haleine. Bref, on se demande toujours comment les bastards-Dewaele en sont arrivés au rock ! Dans son prochain volet, le dictionnaire des synonymes doit en tenir compte : électronique et Dewaele, même combat…

A l'antithèse des frangins électro-belges, The Hives carbure en mode binaire. Le rock'n'roll demeure le seul et unique leitmotiv de ces cinq dandys costumés. En noir et blanc, c'est plus revivaliste. Le grand show commence sous la houlette de l'acrobate en chef : Howlin'Pelle Almqvist. Le gaillard harangue la foule de ses déclarations nombrilistes. Le sosie de Jim Carrey tire la langue quand il ne s'amuse pas de sa dernière grimace. Jeune et doué, ce type s'en fout… Pour lui, seul l'entertainment importe. Les lignes de basse du Dr Matt Destruction tabassent les fracas de batterie de l'élégant Chris Dangerous. Face au public, les deux guitaristes s'en donnent à cœur joie : Nicolaus Arson dégaine et tire ses riffs à bout portant alors que Vigilante Carlstroem maintient la mesure. 'Vous aimez les Hives ! Et vous ne pouvez rien y faire, c'est comme ça…', ironise Howlin'Pelle Almqvist. Dans la fosse, une partie du public le siffle, l'autre l'acclame. Au 21ème siècle, The Hives revêt encore une dimension subversive et mystérieuse. Vrai ou faux, ce groupe dérange. Blanc ou noir, The Hives intrigue. Leurs tubes sont des billes supersoniques catapultées dans l'urgence et la concision : « Walk idiot walk », « Two-Timing Touch and Broken Bones », « Main Offender », « Hate To Say I Told You So ». La musique des Hives est aussi simple et rapide que le montage d'un meuble Ikea. En moins d'une heure, les Hives ont démontré leur savoir-faire : Almqvist effleure sa main d'un dernier bécot en direction de ses fans chéris, c'est terminé.

Après une telle performance, les déguisements de rockers des new-yorkais de Bravery paraissent bien pâles. Chez eux, les poses tuent le naturel. Les compos transpirent la redite et l'attitude passe par le braquage de la garde-robe de l'histoire du rock. On peine à y croire...

On se frotte les yeux, on se rince le gosier et on suit le flux migratoire qui mène les festivaliers aux alentours de la grande scène. La sensation de l'année dernière est de retour en Belgique. Et cette fois, tout le monde semble au courant. C'est donc la grande foule à l'entame du concert de Franz Ferdinand. Les quatre aristocrates de la banlieue de Glasgow se plantent sur le devant de la scène. Droit comme un lampadaire, Nick McCarthy enfourche sa guitare. A la batterie, Paul Thomson a (enfin) décidé de se raser la moustache. Pour sa part, Bob Hardy tapote toujours sa basse comme n'importe quel autre morceau de bois qu'on lui aurait glissé entre les doigts. Et puis, que serait Franz Ferdinand sans Alex Kapranos ? Le chanteur charismatique de la formation écossaise est le seul à connaître le secret pour faire danser les filles. Tant mieux, elles n'attendent plus que ça… L'entrée en matière est triomphale. Les quatre garçons demeurent les têtes d'affiches incontestées de la journée. Et cela se sent. Alors, ils vont droit au but, larguent tous les singles du premier album : « Take Me Out », « The Dark of the Matinee », « Jacqueline », « 40 ft ». Les chansons du quatuor suscitent l'enthousiasme des spectateurs. Néanmoins, l'ambiance retombe dès que Kapranos et ses copains s'attaquent aux nouveaux morceaux. Alors là, interrogation : le public belge deviendrait-il mou du genou ? Pourquoi faut-il toujours appréhender les titres comme autant de tubes radiophoniques ? La fête ne peut-elle être insouciante et spontanée ? Vraisemblablement pas sur cette grande scène, pas ce soir. La Franz Mania veut son disque et attend impatiemment le mois d'octobre pour célébrer l'avènement de la nouvelle cuvée. A ce moment-là et seulement à ce moment-là, les fans apprendront les paroles par cœur : pas avant. Pour l'heure, se bouger le popotin sur les extraordinaires avant-premières 'franz ferdinniennes' semble prohibé. Le dernier simple « Do You Want To » chatouille les ondes radios. L'observation accrédite l'affirmation : le moindre hit amuse la galerie. Pour le reste, il convient de rester stoïque, de ne pas broncher : attendre le coup d'envoi du NME et la diffusion en 'heavy rotation' de MTV. Qu'importe, Franz Ferdinand a fait du bon boulot. Le groupe boute le feu, lance un bouquet final et repart le point levé : « This Fire is Out of Control… ».

Mais c'est sous la Marquee que la situation risque de devenir incontrôlable. Vingt-trois zigotos affublés d'une toge, outillés de divers instruments ou de super pouvoirs vocaux viennent d'envahir les lieux pour le plus grand bonheur de centaines d'adeptes. The Polyphonic Spree ou l'histoire vraie d'une chorale rock. Originaire de Dallas, la troupe est représentée par la figure mythique de son chef d'orchestre : Tim DeLaughter. Cet ex-Tripping Daisy ('sensation' grunge du milieu des années 90) est parvenu à ériger une fanfare congréganiste centrée sur une pop psychédélique ancrée au cœur des sixties. Le projet est ambitieux. Ils ressemblent à des hippies 'cryogénisés' mais le ridicule ne les tue pas. Au contraire, la robe au vent, les musiciens de Polyphonic Spree nous offrent un spectacle mémorable, une accolade d'harmonie, de cabrioles et surtout des chansons d'une classe imparable. Les instruments (guitares, trompette, flûte, violon, trombone, moog, orgue, basse, percussions, theremin, trompette) s'entrecroisent et se complètent doucement sans jamais sombrer dans l'ennui. Au contraire, The Polyphonic Spree constitue une des principales usines de constructions d'hymnes (à la joie ?) collectifs. « Soldier Girl » explose : c'est la folie. Comme des moines, les membres de la chorale prêchent la pop moderne et s'élancent dans d'inavouables chorégraphies. Plus tôt, « It's The Sun » s'était chargé de retourner les projecteurs vers les véritables protagonistes de cette première journée de festival. C'est miraculeusement déjanté : en cours de route, l'électron libre de la chorale, accessoirement délégué aux tambours, décide d'escalader l'armature du podium jusqu'à son sommet (avec son tambour !). A chaque seconde, ce numéro d'équilibriste improvisé frôle la catastrophe. Ce garçon est frappadingue, complètement déboussolé. En bas, le reste de la secte perpétue le délire communautaire. La grande messe s'achève sous une salve d'applaudissements, de l'eau bénite pour les disciples de cette compagnie hors du commun. Après cette vision angélique, le corps divague, les membres tremblent et les pensées s'égarent. Il faut se ravitailler…

Une fois les esprits revenus, les yeux s'ouvrent sur les décibels de Basement Jaxx. Derrière leur console, Simon Ratcliffe et Felix Buxton poussent les manettes à gogo. Devant, Lisa Kekaula (The BellRays) répond à nouveau présent. C'est foufou, ondulatoire et renversant comme la tectonique des plaques, un peu à l'image de « The Singles », dernier best-of en date.

Bon, c'est bien beau tout cela mais il y a d'autres chats à fouetter. Ou plutôt d'autres lapins ! Forcément : ce n'est pas tous les jours qu'on rencontre un chanteur agacé de ne pas posséder deux belles et longues oreilles. Mais pour Adam Green, tout se passe dans une zone obscure du cortex. Dès lors, se penser lapin suffit amplement pour se sentir lapin. Du coup, sur scène, la canaille new-yorkaise interprète « Bunny Ranch » en compagnie d'une jolie spectatrice, spécialement invitée sur le fronton pour se trémousser comme…une lapine ! C'est coquin et très mignon. La blague vire même au petit jeu de séduction. Au terme du morceau, Adam Green se ramasse un râteau de la lapine et un crépitement d'applaudissement du public. Dans tous les cas : c'est largement mérité ! L'adage disait : 'femme qui sourit à moitié dans son lit'. Et bien visiblement, ça ne fonctionne pas chez les lapins ! Adam Green était le prince de l'anti-folk. Désormais, il se présente comme le seul et unique militant du 'guignolo-cabaret-folk'.

Sous le Dance Hall, les gogos dancers du jeudi soir s'en donnent à cœur joie. Les Norvégiens de Röyksopp alimentent la foule de leurs rythmes digitaux. Postés devant une sorte de cabine de téléportation, les membres de Röyksopp égrènent leur répertoire avec une ferveur nordique des plus chaleureuses.

Et puis, c'est l'heure du flash spatio-temporel. The Prodigy vient, en effet, d'envahir la grande scène du festival. Ce groupe, fondé par le DJ Liam Howlett, est sorti de ses caves londoniennes au début des années 90 dans un fracas de riffs et de beats. Mais en 2005, la musique de The Prodigy se déverse dans les égouts et se vidange comme autant de mauvais souvenirs d'une époque révolue. Dans ces conditions que pouvait-on espérer des Anglais ? Plus grand-chose… Et pourtant, dans un dernier sursaut de bravoure, Keith Flint et Maxim Reality, les deux agitateurs maison, carburent une fois encore aux amphétamines. La grosse artillerie décante la plaine et électrocute les fans du siècle dernier. « Smack My Bitch Up », « Spitfire », « Breathe », « Girls » et « Firestarter », entre autres, suffisent à relancer toute une décennie « techno-punkoïdée ». Liam Howlett et les siens appartiendront bientôt à l'histoire. Mais ce soir, les turbulents londoniens ont célébré dignement cette 20ème édition du Pukkelpop.

Un dernier passage par le Château nous permet de constater que l'association des boucles électroniques à la soul Motown est foutrement originale. Il fallait y penser, Jamie Lidell l'a fait ! Cet ex-Super Collider ravive la folie du funk dans un méli-mélo de beats robotiques et de chaudes irruptions vocales. La journée touche à sa fin. Et déjà, demain nous appartient…