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Indie Roots 2006 : Centro-Matic + Willard Grant Conspiracy + Clearlake + JohnRoderick + Sleepingdog

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Soirée consacrée aux groupes roots et americana, ce mardi 16 mai, à l'Ancienne Belgique de Bruxelles. Encore que ce mini festival se soit achevé par la formation de britrock Clearlake et qu'il ait été entamé par Sleepindog, le nouveau projet électrofolk minimaliste de Chantal Acda. Un regret, le manque de public qui au plus fort de l'événement, n'a jamais dépassé les 400 âmes.  

Jolie, sexy, Chantal Acda entame donc le spectacle à l'AB Club. Devant le podium, une partie du public est assise sur le sol ; il y a même une dessinatrice qui exécute quelques croquis de la chanteuse. Derrière la scène, un écran reçoit des projections d'images arty ou de la Flandre maritime : plage, sous-bois, etc., le plus souvent parcourus par des chiens. Des chiens heureux de courir dans la nature. Ce qui explique le nom du projet. Chantal possède une très belle voix, claire, cristalline, qui peut évoquer Joan Baez. Une voix qui colle parfaitement à ses compos atmosphériques, vibrantes, visionnaires, carillonnantes, dont on retiendra surtout « Times », « Wheelchair » ou « Blue flower » Elle s'accompagne tantôt à la guitare sèche, au vibraphone ou a piano. Pour la circonstance, elle a reçu le concours d'une collaboratrice. Préposée aux bruitages elle s'essaie de temps à autre au xylophone. Elle semble peu à l'aise ; et ses interventions n'apportent pas grand-chose à la musique de Sleeping Dog. A la limite, les McIntosh disposés sur la scène frappent davantage l'imagination. Et franchement, elle aurait pu s'abstenir. Ce qui n'empêchera pas Chantal de séduire un public apparemment conquis d'avance. Issu du nord du pays, c'est une certitude. Ses explications entre chaque titre, formulées exclusivement en néerlandais, en sont la plus belle démonstration. Maintenant, si elle souhaite vraiment passer la frontière (et pas seulement linguistique), elle aurait peut-être intérêt à avoir aussi recours à la langue de Shakespeare ou de Molière. En prenant exemple sur An Pierlé. D'autant plus que Chantal possède suffisamment de talent pour attaquer la scène internationale. A suivre, donc, et de très près.

Le Willard Grant Conspiracy est venu sous sa forme la plus épurée. Il y a bien Robert Fisher, le leader, mais il n'est flanqué que du bassiste Eric Van Loo et du guitariste Jason Victor. Ce dernier militant habituellement au sein du Miracle 3 de Steve Wynn. Robert accompagne d'ailleurs la tournée de l'ex Dream Syndicate. Un Wynn qui va d'ailleurs monter sur scène lors du dernier morceau de leur prestation, « Flying low ». Uniquement aux backing vocaux. Un set remarquable mais beaucoup trop court. A peine une demi-heure ! Pourtant, en peu de temps, le trio (NDR : donc une basse et deux sèches !) est parvenu à conjuguer talent et émotion. De son timbre de baryton, Robert nous envoûte de ses mélodies hymniques, tout en grattant ses six cordes. De temps à autre, il souffle dans un harmonica monté sur un rack. Jason joue en picking, alors qu'Eric donne du relief aux compos. « The trials of Harrison Hayes », « The ghost of the girl in the well » et une majorité de titres issus de son dernier opus, « Let it roll » vont ainsi défiler. Trop rapidement. Et on est resté sur sa faim…

John Roderick, le leader de Long Winters, se produit en solitaire. Mais franchement uniquement accompagné de sa guitare électrique, il remplit tout l'espace sonore. Certains lui reprocheront peut-être de réaccorder sa râpe entre les morceaux. Mais chaque fois, c'est pour sortir une vanne. Et comme il parle l'anglais à la perfection, on partage avec lui cette bonne humeur contagieuse. Il possède en outre, une voix sinusoïdale, oscillations vocales qui flirtent avec les accords plaqués mais très intenses qu'il administre à sa guitare. En fin de set, il abandonne son manche pour aller s'asseoir derrière le piano qui est resté sur scène après le set de Chantal. Et il s'y montre encore plus convainquant, récoltant d'ailleurs un rappel…

La dernière fois que j'avais assisté à un set de Centro-Matic, c'était en 2001. A l'AB, également. Il y a bien eu le projet South San Gabriel qui était à l'affiche du Pukkelpop, en 2003 ; mais je n'avais plus assisté à un concert du quatuor texan depuis 5 ans. Hormis le multi-instrumentiste Scott Danborn, les autres musiciens ont changé de physionomie. Will Johnson ne porte plus de lunettes, mais des lentilles. Mark Hedman, le bassiste, n'a plus du tout cette silhouette filiforme qui le caractérisait ; et en se laissant pousser les cheveux, Matt Pence, le drummer et ingénieur du son, ressemble de plus en plus à John Anthony Helliwell, le saxophoniste de Supertramp, lorsqu'il était jeune. Nonobstant le début de set quelque peu perturbé par une balance défectueuse, on sent que le quatuor de Denton est en forme. Scott se multiplie aux claviers, à la guitare ou au violon. Mais la sauce a du mal à prendre. Lorsque soudain, Scott décide de reprendre la basse à son compte et refile la six cordes à Mark. A partir de cet instant, la prestation va prendre une toute autre dimension. On entre alors dans un univers électrique, intense, tour à tour garage, 'crazyhorsien' ou même réminiscent du Paisley Underground. Et au cœur de cette débauche d'énergie rock'n rollesque, pourtant pavée de mélodies contagieuses, la voix de Will, dont les inflexions se font très proches de Paul Young, en deviennent bouleversantes. Le public est ravi et réclame un rappel que le quatuor lui accordera à travers une chanson écrite en 1997, une compo au cours de laquelle Will a abandonné sa guitare et affiche une attitude théâtrale qu'on ne lui connaissait pas. Il se met même à siffloter. Etonnant !

Désolé, mais franchement, après avoir lu toute une série d'articles consacrés à Clearlake, je me suis demandé si ce soir, j'étais en présence du même groupe. Apparemment oui, même si la moitié du line up a changé depuis deux ans. D'abord, le claviériste et membre fondagteur, Sam Hewitt, a tiré sa révérence ; et puis le drummer James Butcher a été remplacé par Toby May. Reste donc le bassiste, David Woodward, et l'autre membre fondateur, le guitariste/chanteur Jason Pegg. Surprise, car à l'origine, la formation insulaire concoctait une musique qui puisait essentiellement son inspiration chez Vandergraaf Generator, Talk Talk et la soul 'motownesqu'e. Alors oubliez tout ce que je viens de vous raconter, car aujourd'hui Clearlake pratique une sorte de funk blanc directement inspiré par Gang of Four. Encore que les mélodies rappellent plutôt Radiohead. Le claviériste a d'ailleurs été remplacé par un deuxième guitariste. Qui assure les backing vocaux. Et lorsqu'il conjugue sa voix avec celle de Jason, le résultat est digne des Posies. Les guitares claquent, déchirent, crépitent, se muent en véritables déflagrations électriques. Le son est puissant. Mais, Toby May parvient à canaliser toute cette énergie à l'aide de son drumming à la fois solide qu'efficace. Une caractéristique visuelle ? La taille des musiciens. Particulièrement minces, ils doivent tous approcher le mètre nonante. Et dans leurs costards, ces Britanniques sont vraiment élégants. Euh, il fait froid là-haut ?

Les Ardentes 2006 : vendredi 7 juillet

« Liège ». C'est le titre d'un des morceaux de Para One, sur son album « Epiphanie ». Pas étonnant dès lors qu'en ouverture des Ardentes, on retrouve les joyeux drilles de TTC, fans de la Cité Ardente et de son atmosphère toxique. Nous sommes aux bords de la Meuse, coincés entre un énorme hangar technoïde et les arbres d'un parc (l'Astrid) qui nous rappelle le Cactus. Une longue allée dédiée aux plaisirs de la gastronomie festivalière s'étale entre ces deux lieux de concerts et, surtout, de DJ-sets. On se croirait presque à l'heure du midi, lorsqu'on attend dans la file du buffet. Mais non : il est 20h00, et Liège s'éveille. La foule hétéroclite se balade gentiment en consommant des bières.

Quand TTC débarque sur scène pour y mettre le souk, l'ambiance n'est donc pas très ardente : après le quart d'heure de digestion réglementaire, le sang finit quand même par monter à la tête, et l'on crie 'Bouge ton gros cul, pute, fais-le rebondir !', en souriant bêtement. Les tubes s'enchaînent, l'ambiance est à son comble pendant « Catalogue » et les inévitables « Girlfriend » et « Dans le Club », traînés en longueur pour faire durer le plaisir. Surtout celui des trois rappeurs, qui ne se lassent décidément pas de l'accueil du public belge, toujours fort amical. Les TTC sont des stars à Tox City, et pour remercier leurs (jeunes) fans (en pull-over Etnies) de montrer tant leur amour du beat 'ben fé', ils offrent un nouveau titre, « Paris, Paris », changé en… « Liège, Liège » pour l'occasion, et un bon vieil a capella de « Leguman », le tube qui les a fait connaître. Aucune compo, par contre, de « Ceci n'est pas un disque », mais pas mal de freestyle de CuiziCuiz, le 'pimp' façon Gloubiboulga, alias Cuizinier, « laisse-lui donc te dire ASS », etc., qui s'émancipe avantageusement depuis la sortie de ses deux « street tape », « Pour les filles, vol. 1 & 2 ». Au menu de l'intermède, « Saute sur ma musique », « J'aime bouger ça » (un bootleg démentiel d'« I Like 2 Move It »), « Va t'asseoir », et bien d'autres fantaisies machistes et tape-à-l'œil. Mais on est là pour rire.

Rien de surprenant à ce que les deux Allemands de Modeselektor succèdent à nos b-boys mi-thugs mi-nerds, puisqu'ils sont à l'origine de « Dancingbox », cette tuerie électro 'featuring'… TTC (et que Thom Yorke himself adore). C'est un tube, que les deux pensionnaires de Bpitch Control n'oublieront pas de faire péter, avec Teki Latex traînant dans les parages.

Une bonne mise en jambes avant l'ouragan Sven Väth, qui n'a rien perdu de sa verve BPM : on se croirait presque à la Love Parade de Berlin il y a dix ans, le million de personnes et le soleil en moins (il fait noir, et il bruine).

Après, tout est question d'énergie et d'endurance face aux invectives EBM de Blackstrobe. On dirait de plus en plus du Front 242 remixé par Fischerspooner. Parti l'Ivan Smagghe, ne reste plus qu'Arnaud Rebotini, sa mine patibulaire de Des Esseintes indus, deux trois hits underground, tout au plus.

Heureusement, dans le hall 'Minimal', il y a Reinhard Voigt, de l'écurie Kompakt. L'espace est un peu exigu et la chaleur quasi insoutenable, mais le beat moite et pesant de l'Allemand (un de plus) fait du bien aux neurones, cramoisis par la rythmique soutenue qui les tenaille depuis déjà 5 heures.

Tenir, il faut tenir jusqu'à Oxia, le pote à The Hacker (l'excellent « Domino », sur Kompakt justement). Il faut tenir… ten… Oufti, il est déjà 6h00 ! Il faut rentrer chez soi et reconstruire sa flore intestinale. La vie de clubber ? Demandez donc à votre pharmacien.

 

Pukkelpop 2006 : samedi 19 août

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Dernier jour. Déjà. Sniff. On souhaiterait que ce festival exceptionnel dure éternellement mais comme le veut l'adage : 'toutes les bonnes choses ont une fin…' Saloperie d'adage…

13h. Nick Oliveri et son Mondo Generator prennent d'assaut la Main Stage. En grande forme, l'ex-Queens of the Stone Age hurle au micro ses dernières compos, issues de l'EP « III » ainsi que des titres de son ancienne formation. Rien de transcendant… Ce qui ne sera pas le cas de Midlake, énième bonne surprise de cette édition du Pukkelpop. « The Trials of Van Occupanther » est une petite merveille scénique. Comme quoi, y a pas des ploucs au Texas. On en oublie même la Joan. Celle qui se prend pour une 'fliquette', en s'égosillant au Club. On s'était pourtant promis d'aller lui faire un petit coucou… Tant pis !

Les cieux s'étaient retenus trop longtemps. La musique des Eagles Of Death Metal ne devait pas être à leur goût. Car c'est lors de leur concert qu'ils ont choisi d'ouvrir les vannes. Pourtant, leur set n'était du tout désagréable. On s'était même permis de chanter à tue-tête « I Only Want You », « Speaking In Tongues » et « I Want You So Hard (Boy's Bad News) », en essayant désespérément d'esquiver les gouttes. En vain.

Le club s'est donc improvisé abri de fortune pour de nombreux festivaliers mais notre présence était surtout motivée par le prochain et très attendu concert de ce chapiteau : les subjectivement merveilleux Cursive. Ces derniers figurent parmi ces groupes qui balancent toute la sauce en 40 minutes. En outre, ils n'ont pas besoin d'en remettre une couche pour conquérir le plus récalcitrant des publics. Le groupe dispense ses meilleurs morceaux d'une traite, avant de se retirer sagement, quittant les spectateurs, pour la majorité heureux et satisfaits. 'Que du bonheur !', comme ils disent…

Et du bonheur, il n'a pas fini d'en pleuvoir. Ca tombe bien, le ciel est à nouveau au beau fixe. Etape suivante : s'installer sous le Marquee et ne pas en bouger avant l'arrivée des dieux du jour. Non, pas Daft Punk. Les vrais dieux du jour : !!! (!). Excité comme une puce, le public attend sa décharge d'electro-funk orgasmique. Ils débarquent sur scène. Déjà, c'est la folie. Partout, sous le chapiteau, on danse et on sautille. Les sourires sont sur toutes les lèvres. Les nouveaux messies, dans une forme olympienne (comme d'habitude), enchaînent les rouleaux compresseurs. Une version survitaminée de « Pardon My Freedom », un « Intensify » encore plus intense que le titre ne l'indique, un tout nouveau tout beau « Sweet Thing » (ou un truc du genre) et un « Dear Can » en apothéose. Plus jouissif qu'une partie de jambes en l'air. D'ailleurs nos guiboles en tremblent encore. Vivement leur retour.

Pas grand-chose à se mettre sous la dent après cette intervention divine. On en oublierait presque le passage de Panic! At The Disco sur la Skate Stage. Pratiquant de l'emo-pop, le nouveau genre qu'il est cool de détester, la formation était venue présenter l'album « A Fever That You Can't Sweat Out ». Un disque que d'aucuns (n'est-ce pas Massimo ?) auront carrément taxé de 'début de la fin de la musique'. Ceux-ci n'ont manifestement pas écouté Fall Out Boy. Cependant, on n'attendait pas grand-chose du combo qui a effectivement rempli son 'contrat-fadeur' sur scène. Si certains (oui, oui, j'avoue) apprécient l'un ou l'autre morceau sur disque, ce live misérable aura balayé leurs dernières illusions. Allez, on s'en refait un petit dernier ? Ok : cheminement mental d'un festivalier appréciant Panic! At The Disco et souhaitant les voir malgré l'avertissement de ses potes :

1/ Il prend leur défense avant de se rendre à la Skate Stage : 'Mais qu'est ce que vous leur reprochez, bordel ???'

2/ Il observe religieusement le début du concert. Quelle chance, ils jouent d'abord sa chanson préférée. 'Mais qu'est ce qu'ils leur reprochent, bordel ???' répète-t-il ?

3/ Après celle-ci, ses jambes commencent à devenir lourdes. Ses paupières davantage.

4/ Il se dit 'Bon. Il n'y a pas grand chose qui se passe...'

5/ Quelques morceaux plus tard, il s'en va déçu. Il est surtout écoeuré de donner raison à ses potes. Une véritable remise en question de ses goûts musicaux s'impose, de toute urgence.

Et Arctic Monkeys ? Ils se défendent pas mal les petits, là-haut, sur la Main Stage. Pourtant, il est bien plus agréable de les voir se produire dans une petite salle. Ici, les compos n'ont pas l'effet escompté et le résultat est d'une platitude à se jeter sous un train. On leur préférera donc le set electro tonitruant de Justice sous la Boiler Room qui, vu le brio du duo, portait son nom à merveille.

Paraît qu'il pleut à nouveau. Pas grave, on est à l'abri sous le Marquee, prêt à recevoir Karen O et sa paire masculine. A l'arrivée, petite déception. Décidément pas très couillus en live, les Yeah Yeah Yeahs nous refont le coup de leur show au Botanique. Alternant un peu trop souvent chansons pêchues et moments plus calmes, on ne sait pas trop sur quel pied danser. La formation a la mauvaise habitude de faire grimper la tension pour la relâcher immédiatement après. Pas très judicieux.

Tant pis, on finira leur set au Club, du côté des Hot Chip. Et bon dieu, quelle merveilleuse idée ! Habituellement fadasses en live, le combo a prouvé qu'il ne faut jamais se fier aux apparences. C'est effectivement devant un public réduit qu'il donne le meilleur de lui-même. A commencer par la démonstration de son capital dansant sur le single « Over & Over ». Une tuerie ! L'euphorie est à son paroxysme lorsque le groupe enchaîne par « No Fit State » (et ses vocalises à la Chris Martin (!)). Comment ça, déjà fini ? Aaargh, Karen O, je te hais. Tant pis. De toutes manières rendez-vous est pris le 1er octobre à la Rotonde du Botanique, en comité encore plus réduit ! Tous en chœur : 'Who said party ?'

L'abus d'alcool nuit à la santé. Et à la mémoire. Par conséquent, tout ce qu'on pourrait vous rapporter des prestations de Broken Social Scene et de Erol Alkan serait monté de toutes pièces.

Place enfin au second et dernier gros dossier de cette édition. La foule attend impatiemment les deux hommes aux combinaisons de robots. Le retard s'accumule. La tension est palpable. Soudain, la pyramide de lumière déployée à l'arrière de la scène s'éclaire. Les basses sont littéralement crachées hors des baffles. « Robot Rock » fait son effet. L'intégralité de la foule se laisse aller. De l'avant scène jusqu'au fond de la plaine, personne ne résiste. Sur le podium, tout ce que l'on distingue de Daft Punk, ce sont deux ombres postées devant un light show époustouflant et derrière une gigantesque table de mixage. Etrangement, on a comme un doute sur l'utilité de cette dernière. Les titres s'enchaînent à une vitesse déconcertante. La foule est dans un état second et ne se doute à aucun instant du leurre. Petite devinette : Guy-Manuel de Homen Christo et Thomas Banglater participent à un festival. Guy-Manuel s'écroule à terre, mort bourré. Qui reste-t-il ? L'imposture n'aura cependant rien retiré à l'excellence du show. De « Da Funk » à « Aerodynamic » en passant par le Para One Remix de « Prime Time Of Your Life », le (faux) duo a transformé la plaine de Kiewit en gigantesque Daft Club. Jubilatoire.

Et voilà. Trois jours de pur plaisir inoubliable touchent à leur fin. La larme à l'œil, on démonte la tente avant de se mettre en route vers la gare. Dernier regard en arrière puis retour à la réalité. L'horrible réalité. L'affreuse et sordide réalité…

 

Pukkelpop 2006 : Vendredi 18 août

Après une première journée sans répit, on reprend nos esprits. Mais à voir ce qui nous attend, on n'est pas encore sorti de l'auberge... (R.S.)

A peine endormi qu'il faut y retourner. Pas de temps à perdre. Archie Bronson Outfit ouvre le bal à 11h30. Ouf ! Le ciel est toujours aussi clément que la veille. On court donc vers la Marquee en maudissant le mec de la tente de droite et ses ronflements incessants. Sans oublier les deux pipelettes de celle de gauche (mais non, Max et Nico, je ne parle pas de vous. Quoique…) Archie Bronson Outfit ou le repas le plus important de la journée. Une bonne dose de « Cherry Lips », un délicieux bol de « Dead Funny » et quelques gouttes de « Dart For My Sweetheart ». Vous reprendrez bien du « Derdang Derdang » ? Pour notre part, ce ne serait pas de refus.

Requinqués, un large sourire aux lèvres, on attend impatiemment l'arrivée au Club de Psapp. Avez-vous déjà vu un chat attraper une pelote de laine, se mettre à tricoter des pulls et des chaussettes ? Faites donc écouter « The Only Thing I Ever Wanted » à votre petit chaton, vous allez halluciner... Grands gamins dans l'âme, Galia Durant et Carim Classmann s'amusent à faire de la musique amusante à l'aide d'instruments amusants. Là, je viens de griller l'intro de l'interview à paraître sur Musiczine ! (NDR : évidemment, ceci n'est pas de l'autopromo...) La scène prend des allures de cours de récré : dans un joyeux bordel organisé, la formation présente quelques titres de ses deux albums. Malheureusement, le temps est compté. Et 35 minutes plus tard Psapp et leurs 'sock pupetts' se retirent sur un chat-leureux « Everybody Wants To Be a Cat », tiré d'un film de Disney dont vous devinerez assez facilement le titre…

Toujours sous Club démarre quelques instants plus tard le show très attendu des anachronismes ambulants, The Pipettes. Gwyneth, Biquette et Roquette... euh... Gweno, Becky et Rose sont trois charmantes demoiselles se prenant pour les Chordettes ou les Ronettes. Ou presque. Leur accoutrement et leurs pas de danse se mariant parfaitement à la saveur désuète de leurs compositions, on ne peut s'empêcher de sourire et de danser comme des tapettes sur « Your Kisses Are Wasted On Me » ou « Pull Shapes ». Comme dirait l'idole des jeune(tte)s, 'on a tous quelque chose en nous de sixties' (ou un truc du genre)... On peut le dire : les Pipettes, c'est chouette (ça, c'est de la rime, dit-il, presque fier de lui) !

Chers lecteurs, si l'un d'entre-vous peut entrer en contact avec l'un ou l'autre membre de White Rose Movement, auriez-vous l'obligeance de lui ordonner de ramener illico les fesses de sa troupe dans notre petite contrée ? Comprenez : un aller-retour au camping peut être fatal. Vous vous dites d'abord que vous allez simplement chercher rapidement telle ou telle babiole sous la tente. Mais vous finissez par vous installer pour manger un bout, sans prendre garde au temps. Et là, c'est la catastrophe. Aucun You Say Party ! We Say Die ! ne pourra vous venir en aide... Vous avez bel et bien manqué un concert que vous vouliez absolument voir… Dammit !

On vous le disait déjà dans la review du jeudi, la moustache, c'est vachement hype. Si, en plus, vous faites de l'electro qui déchire, là, vous êtes indéniablement une icône. Ce n'est pas Jesse Keefe qui dira le contraire. Après avoir mis la clef sous la porte de Death from Above 1979 (le con), l'homme se consacre aujourd'hui entièrement à son projet MSTRKRFT (répétez après moi : Maaaaasteeeeer Kraaaaaft). Et il n'a pas tort, le salopiaud, parce que c'est tout aussi bon. En DJ set sous la Dance Hall, le duo a entremêlé sans relâche pendant deux heures les tueries remixées de Daft Punk, Annie et autres Juan McLean. C'était tellement bon que certains ont fini par ignorer la prestation de Carl Barat et ses potes. Oui, à ce point ! On en bave encore.

Ta-Dah ! Finalement Jake Shears a tout faux lorsqu'il chante « I Don't Feel Like Dancin' ». On pensait lui donner raison vu la programmation du show des Scissor Sisters sur la Main Stage. Même pas ! Que ce soit sur une petite ou une grande scène, le groupe parvient à foutre le feu. Sans faire le moindre effort. Il faut dire qu'avec des scuds comme « Filthy/Gorgeous », « Take Your Mama », « Comfortably Numb » ou les extraits du prochain album, ils n'ont aucun souci à se faire. Who said party ?

The Spinto Band (ou The Spino Ban pour les intimes) se présentent telle une bande de joyeux drilles. Egalement une des (nombreuses) bonnes surprises de ce festival, malgré un problème technique privant momentanément le Club de son. Mais rien de grave : la formation improvise quelques petites danses. Histoire de distraire son public avant que le jus inonde à nouveau les câbles d'alimentation. D'une présence scénique impressionnante, les six rejetons ont fait valoir leur dextérité, démontrant qu'ils sont loin d'être une bande d'amateurs. Puis, nous sommes privé de Blur et de Pulp depuis tellement longtemps… Et comme Weezer est mort, on ne leur dira qu'une chose : Nice and nicely done !

Faut pas se leurrer. Si Jack White ne faisait pas partie de The Raconteurs, le groupe n'aurait jamais intégré la programmation sur la Main Stage. Au Club, tout au plus. Cette reconnaissance est néanmoins méritée car, sans Brendan Benson et les ex-Greenhornes, Jake White, en solo, n'aurait peut-être pas obtenu sa place sur le grand podium. Au Marquee, tout au plus. Ce sont donc des entités complémentaires et de sacrés musiciens qui se sont produit devant un public emballé, reprenant en chœur « Steady As She Goes ». Rien d'exceptionnel mais un show assez entraînant.

Ah Ah Ah, la bonne blague ! Paraît que les mecs de Keane ont reporté leur tournée américaine. Prétexte : Tom Chaplin, le leader de la formation, doit entrer en cure de désintox vu son léger penchant pour les drogues et l'alcool. Comme quoi, il ne faut pas se fier aux têtes d'innocents. Sans vouloir être mesquin, à voir leur show laborieux, on le comprend. Faut bien un petit remontant de temps en temps pour assurer comme il le fait, sans avoir les paupières lourdes. Il a donc du mérite, le petit gars.

'Que tous ceux qui ont affirmé que TV On The Radio n'était pas leur tasse de thé ferment leur grande gueule', dit-il en se faisant tout petit. La baffe. Que dis-je ? Le poing dans la tronche ! Cheminement mental d'un festivalier peu convaincu par TV On The Radio (version courte) :

1/ Il se dit 'Putain, c'est nul'.

2/ Au bout de trois chansons, il s'emporte : 'Bon, j'me casse, vais voir Ministry'.

3/ Un confrère mieux avisé (merci à lui), lui ordonne de rester. Comme il n'est pas trop difficile, le garçon, il obéit.

4/ Quatrième morceau : la révélation.

5/ Plus tard, pendant l'orgasmique « Staring At The Sun », il se souvient : 'Quelle honte, j'ai failli partir !' et remet véritablement en question ses goûts musicaux.

Maintenant, en voilà un qui réfléchira à deux fois avant de dire des conneries.

Bizarrement, après le set splendide de TV On The Radio, plus rien n'a de goût. Devant Massive Attack, on s'emmerde ferme. Devant Dave Clarke, on se fait chier grave. Devant Roni Size, on s'endort carrément (après avoir tenté de danser un chouïa... Quand même !). Conclusion : retour au camping pour une nuit de sommeil bien méritée. Et si le mec d'à côté ronfle encore, ce sera sa dernière nuit sur terre.

R.S.

 

Pour la deuxième journée les choix alternatifs se sont, davantage encore, révélés cornéliens ; car se n'est pas en deux qu'il aurait fallu se couper, mais en quatre… (B.D.)

Fondé en 1995, The Dears ne compte plus en son sein qu'un seul membre originel : Murray Lightburn. Normal, puisqu'il compose, chante et joue de la guitare. On devrait même dire des guitares, puisqu'il en change à chaque morceau. Quoique noir de peau, Murray possède une voix dont le timbre nonchalant évoque tantôt Morrissey, Damon Albarn ou encore David Bowie. Il interprète des chansons mélancoliques dans un style presque britrock. Etonnant pour un groupe canadien dont le line up implique également une excellente section rythmique, mais souffre du concours d'un deuxième guitariste plutôt limité (NDR : c'est le pote à Murray !) et de deux claviéristes/choristes en guise de tapisserie. En particulier la très jolie et sexy Valerie Jodoin-Keaton. Elle participe généreusement aux harmonies vocales, certes ; mais on se demande quand même si son clavier est branché. Par contre, Natalia Yanchak est un peu moins effacée. Elle partage même un duo pour « The death of all romance », en compagnie de Murray et s'investit davantage dans les chœurs. Elle assure le minimum syndical. Mais pas de stress pour elle cependant. En effet, dans le civil, elle est également l'épouse du leader. Le plus étonnant, c'est que ces Dears soient parvenus à accorder un set d'honnête facture. Et dans ces conditions, c'est une performance !

Les Baby Shambles ayant fait faux bond pour la énième fois, les aficionados des défunts Libertines attendaient les Dirty Pretty Things avec une impatience décuplée. Le concert des Dears n'était pas encore terminé que ces fanatiques commençaient déjà à bousculer les spectateurs des premiers rangs pour se réserver une place de choix au pied du podium. Cinquante minutes avant le début des hostilités ! N'importe quoi... Surtout que la bande à Barât était complètement pétée. Pas à la dope, mais à l'alcool. Imaginez donc un groupe qui d'ordinaire pratique une musique parfaitement crade, au son sale, déglingué et vintage, soit dans un état plus qu'imparfait. Je vous laisse le soin d'en tirer les conclusions. Parce qu'après trois morceaux, on ne se faisait plus d'illusions, on s'est tiré, sans attendre les conclusions…

A force d'entendre dire du bien des Dresden Dolls, il semblait judicieux d'aller voir leur spectacle. Il sont deux : la chanteuse/pianiste, Amanda Palmer, et le drummer - circonstanciellement guitariste et vocaliste - Brian Viglione. Issus de Boston, ils pratiquent une sorte de cabaret punk brechtien. Ceci expliquant leur look. Elle, culotte en dentelles, porte-jarretelles et bas rayés. Lui, chapeau melon et figure peinte en blanc. En montant sur les planches, ils jettent des fleurs au public. Et puis se lancent dans un répertoire oscillant entre ballades fiévreuses et rock gothique. Lui joue de la batterie à la manière de Bill Ward du mythique Black Sabbath. Elle, ne tient pas en place derrière son clavier. Assise sur un banc souple, qu'elle enjambe régulièrement, elle caresse un instant ses ivoires avant de les marteler comme une possédée. En chantant d'une voix dont le timbre oscille entre Marlen Dietrich, Lene Lovitch et Siouxsie Sioux. L'énergie dispensée par les Dresden Dolls est inouïe. Au beau milieu de leur show, Brian - armé d'une sèche - et Amanda - rien qu'au micro - interprètent leur incontournable reprise d'« Amsterdam » de Brel. Si sur disque, et en particulier sur leur dernier album, « Yes, Virginia », leur musique manque de punch ; en 'live', le duo est franchement impressionnant. Un grand moment du festival !

En 1995, les Frames s'étaient produits au festival Cactus de Bruges. Et il faut reconnaître que leur prestation n'avait guère convaincu. Depuis, la formation irlandaise semble avoir mieux équilibré sa setlist. On entend le violoniste. Excellent par ailleurs. Les mélodies sont contagieuses. Le public reprend très souvent les refrains en choeur. Et Glen Hansard, le chanteur compositeur, semble d'excellente humeur, plaisantant même régulièrement avec son public. Chassez le naturel, il revient au galop : en fin de parcours, les Frames sont retombés dans leurs travers, diluant les morceaux dans une monotonie suscitant rapidement l'ennui. Une fin en queue de poisson (NDR : évidemment pour des Irlandais !)

Afghan Whigs n'est plus, vive Twilight Singers. Cependant, il n'y a guère de différence entre les deux formations, puisque c'est toujours Greg Dulli qui s'y réserve le chant, la guitare, épisodiquement le piano et, surtout, la composition. Mais si la voix râpeuse, écorchée, dramatique de Greg continue d'abraser ses chansons rock-rythm'n blues-soul, son répertoire actuel n'a plus l'intensité d'un « Fountain And Fairfax » de « When We Two Parted » ou encore d'un « Gentlemen », issus de l'album du même nom. Sans oublier « Going To Town », voire « I'm Your Slave ». Sauf lors de ses reprises, exercice de style au cours duquel il continue d'exceller. Les premiers titres du set sont plutôt inconsistants. En outre, le guitariste finit par agacer, empruntant systématiquement les riffs cosmiques immortalisés par David Gilmour dans « Echoes ». Et puis soudain, Mark Lanegan débarque. Le temps de deux morceaux, la magie commence à opérer ses charmes. Grâce, entre autres, à son baryton profond et charismatique, capable d'envoûter une foule entière. Et lorsqu'il se retire, le public continue de suivre le show des Twilight Singers, espérant secrètement qu'il revienne. Mais il n'est jamais réapparu… Au fait, le prochain concert de Lanegan, c'est pour quand ?

Quelques mots quand même de la scène Wablief ? réservée aux formations du nord du pays sur laquelle se produisait la formation la plus sous-estimée de Flandre : Perverted. A l'origine baptisée Perverted by Desire, elle a réduit son patronyme, lorsque deux des membres fondateurs ont abandonné le projet. Depuis, le groupe continue son petit bonhomme de chemin. Aujourd'hui, on peut d'ailleurs parler davantage d'un projet que d'un groupe, puisque lors de l'enregistrement de son dernier album « Rope skipping for flies », Genius U, chanteur, guitariste et compositeur, a fait appel à une multitude de collaborateurs pour aboutir à un opus âpre, complexe, éclectique. Valsant du post industriel au funk blanc, en passant par la world, le reggae ou le psychédélisme. Sur scène la solution sonore est aussi expérimentale. Pour la circonstance, il a même invité quelques vocalistes, dont une chanteuse, qui, tour à tour, viennent donner de la voix…

Ministry ? Ben, on n'a vu que la fin. Pour les mêmes raisons invoquées quelques lignes plus haut par Redouane. Les dix dernières minutes. Après la claque que nous avait assénée TV On The Radio. Avant de reprendre la route. Juste pour nous convaincre d'avoir fait le bon choix. Et manifestement, c'était un bon choix.

B.D.

 

Pukkelpop 2006 : Jeudi 17 août

‘Des perturbations sont à prévoir sur l'ensemble du pays’... Et mon cul, c'est du poulet ? Craignant la drache nationale, les festivaliers sont arrivés encombrés de vestes d'hiver, de parkas et autres parapluies, sur la plaine de Kiewit. Personne n'avait prévu que les dieux aussi étaient des festivaliers mélomanes. C'est donc sous un ciel très rarement capricieux, voire exceptionnellement clément, que les milliers de 'Pukkelpoppeurs' (qui a dit poppers ?) ont pu profiter de trois journées tout aussi exceptionnelles. (R.S.)

Les seules véritables perturbations sont arrivées là où on les attendait. En effet, après avoir chamboulé la programmation et l'ordre de passage sur la Main Stage, la prestation des Babyshambles a d'abord été reportée à 00h30 au Marquee pour être, sans surprise, annulée quelques heures plus tard. Ce sacré Pete aurait eu des problèmes de passeport. ‘Et mon cul, c'est du poulet ?’, redit-il d'un air incrédule.

Les affreux Animal Alpha ayant été déplacés sur la Main Stage, c'est My Latest Novel qui ouvre les festivités de ce paradis indie. A peine sommes-nous arrivés sous le chapiteau que « Sister Sneaker Sister Soul » nous enveloppe dans un voile de bien-être. Déjà, on pressent que cette édition s'annonce hors normes. Les membres de My Latest Novel prouvent sur scène que leur formation ne constitue pas qu'une vulgaire et énième copie de The Arcade Fire. Par ailleurs, les organisateurs ont eu l'excellente idée de faire suivre My Latest Novel par les Guillemots. Combinaison parfaite. Ces derniers ont su imposer leur pop indie à un public très nombreux, étonnement motivé, reprenant même en chœur les singles « Train To Brazil », « We're Here » ou « Made Up Love Song #43 ». Un set tout aussi bon que celui livré, en mars dernier, à l'ABClub, en première partie de We Are Scientists. Par contre, ceux-ci, qui jouaient également sous la Marquee quelques heures plus tard, n'ont pas été aussi convaincants... La faute à notre ami moustachu (c'est vachement hype la moustache), Chris Cain, qui n'a pas été aussi loquace et drôle que la dernière fois. Alors quoi ? Pas assez de bière en backstage ? « You Say Party ! » dit-elle. Ce à quoi on rétorque « We Say Die, Bitch ! », un large sourire moqueur aux lèvres. You Say party ! We Say Die ! fait partie de ces formations indispensables lors de manifestations comme le Pukkelpop, permettant au public de vaquer tranquillement à d'autres occupations plus intéressantes : se nourrir, dormir, faire un tour aux chiottes ou, encore, préparer son stock de cigarettes améliorées. Ils permettent également, sans devoir opérer de choix douloureux, d'aller observer ce qui se passe sur d'autres scènes. Celle de la Dance Hall, par exemple, où le belge Jerboa fait danser la foule sur ses beats calibrés, entre hip-hop et trip-hop. On ne peut donc que remercier You Say Party ! We Say Die ! d'être aussi inconsistant.

Les Anglais de Gomez ont ouvert leur set par un « Get Miles » des plus psychédéliques. Pourtant, ils ne laisseront pas un souvenir impérissable à leur auditoire. Partagé entre les morceaux de « How We Operate » et du futur « Best Of », le concert souffre de quelques moments de flottement, conférant à l'ensemble une dimension plutôt soporifique. Pareil du côté du Club, où The Dead 60s enchaînait statiquement les titres de son album éponyme. On saluera néanmoins la conviction et les tentatives de Matt McManamon, chanteur et guitariste de la formation, pour faire bouger un public tout aussi statique. But atteint par la grâce du single « Riot Radio ». Ici, l'assistance se permettra quelques (re)bondissements.

Par contre, pas de chance pour les Infadels. Malgré sa motivation évidente et une set list à peu de choses près similaire à celle de Dour, la formation n'est pas arrivée à reproduire les mêmes vibrations festives que lors de ce dernier concert. Dommage. Ensuite, sous la Marquee Orson nous refait le coup de You Say Party ! We say Die ! Ça tombe bien, on avait faim.

Premier choix cornélien à opérer. The Magic Numbers ou The Knife ? Le duo familial étant déjà venu plusieurs fois en Belgique (et sera certainement de retour durant la saison prochaine), on opte pour les Suédois dont les apparitions live restent beaucoup plus rares. Un choix bien judicieux !

The Knife, c'est la fin de l'innocence. Entre la sortie de « Deep Cuts » et celle de « Silent Shout », Mickey n'est plus qu'un vulgaire rat d'égout, Cendrillon s'est rebellée avant de s'ouvrir les veines, Blanche-Neige est morte d'une MST et la petite sirène, junkie finie, n'est plus que l'ombre d'elle-même. Les coeurs ont cessé de battre. Derrière un voile aussi sombre que le set qu'ils entament, les deux silhouettes masquées envoûtent la foule en enchaînant les perturbants « The Captain » et « We Share Our Mother's Health », précédés par un « Pass This On » quasi-méconnaissable, si ce n'était pour son gimmick. Un jeu de lumières et un visuel ahurissants sont déployés sur scène. On retiendra plus particulièrement le bouleversant « Marble House » et l'apparition de l'énorme visage en 3D d'un Jay Jay Johansson interprétant mélancoliquement le titre en compagnie de Karen Dreijer Andersson. The Knife a probablement offert au public, venu les applaudir, l'un des sets les plus authentiques et troublants du festival.

Evidemment, avec une mise en scène pareille, on ne s'attendait pas à voir débarquer José Gonzàles pour pousser la chansonnette sur « Heart Beats ». Par contre, le jeune homme ayant joué plus tôt dans l'après-midi, il aurait été inconcevable qu'il n'apparaisse pas aux côtés de Zero 7 puisqu'il prête sa voix à quelques titres de « The Garden ». Bon, évidemment, le mot 'inconcevable' est un peu fort. Après tout, les Deftones ont bien joué deux fois avant Tool à Werchter, sans que Maynard James Keenan ne se joigne à eux… Les cons. Au moins, Zero 7 sait ce qui plaît à son public et ne joue pas les avares. C'est donc en compagnie de José Gonzàles mais également de l'indispensable Sia Furler, réincarnation scénique de Roisin Murphy, que le duo balance un set reposant à souhait. C'est d'ailleurs les paupières lourdes qu'on se dirige ensuite vers la Marquee.

Cheminement mental d'un festivalier peu convaincu par My Morning Jacket mais qui décide d'aller les voir étant donné l'annulation du concert de Regina Spektor :

1/ Il regarde de travers les fans du groupe en se posant des questions sur leurs goûts musicaux.

2/ Il se dit 'j'irais bien voir Dr. Lektroluv' mais tombe sur une connaissance et n'a pas le temps de s'échapper avant que le concert démarre.

3/ Il observe le début du concert, toujours peu convaincu.

4/ Il se dit ensuite que c'est musicalement bien foutu, si on passe outre la voix de Jim James.

5/ Avant qu'il ne s'en rende compte, il applaudit le second morceau.

6/ Il commence à regretter d'avoir fixé un rendez-vous pendant le concert.

7/ Il reçoit l'appel en absence fatidique qui lui ordonne de se rendre au lieu de rendez-vous.

8/ Il regarde en arrière, triste de ne pouvoir en profiter jusqu'au bout.

9/ Il commence à se poser des questions sur ses propres goûts musicaux.

10/ Il pense ne plus jamais faire d'erreurs de ce genre mais remettra le couvert dès le lendemain avec TV On The Radio. Le con.

Beck, a.k.a. Master Of Puppets ou Puppetmasta pour les intimes, commence fort en balançant d'entrée de jeu ses gros tubes, « Loser » et « Devil's Haircut ». Accompagné de marionnettes à l'effigie de chaque membre de son groupe, Beck a l'air un peu fatigué. Ce n'est d'ailleurs pas lui qui aura rendu le show intéressant. Le concert sera donc porté à bout de bras par les musiciens et, à bout de ficelles, par les marionnettes ! Se sont enchaînés « Black Tambourine », « Clap Hands », « E-Pro » ou encore de nouveaux morceaux comme « Cell Phone's Dead », extrait de « The Information », nouvel album, à paraître le 3 octobre. Au terme de la performance, une impression se dégage : si Beck avait été seul sur scène, on se serait fait chier grave...

Cette première journée s'est ensuite clôturée par l'un des deux gros dossiers de cette édition. Avant même que le groupe n'entre sur scène, tout le monde sait que le set de Radiohead sera parfait. C'est bien ça le problème de la bande à Thom Yorke. Ils pourraient faire de la merde qu'on serait persuadé que c'est de l'or en barre. Aucun défaut, aucune faille. « Everything In Its Right Place », comme ils disent. De plus, ils contentent tout le monde (sauf les fans de « Pablo Honey », mais on s'en fout) en offrant une playlist tirée à quatre épingles. « Paranoïd Android », « Idiotheque », « The National Anthem », « Fake Plastic Trees », « There There », « No Suprises », « Lucky », un « Karma Police » repris par l'ensemble du public, « Exit Music (For A Film) »… En 1h50, les légendes ont enchaîné les morceaux, dont 3 nouveaux, tout en sobriété, sans le moindre effort. On en ressort satisfait, tout en espérant que, lors de leur prochaine visite, un bon petit problème technique les oblige à improviser. Encore que, même là, ils parviendront à ne pas se planter !

R.S.

 

Lors d'un festival, il faut opérer des choix. Surtout lorsque des groupes ou des artistes se produisent au même moment sur des scènes différentes. Bien évidemment, cette remarque s'applique à cette nouvelle édition du Pukkelpop. Par esprit de contradiction ou pour une question de goût, des choix alternatifs ont dû être opérés. Il semblait donc utile de consacrer quelques lignes à ces prestations fort intéressantes... (B.D.)

Dont trois ont été accordées au club. Tout d'abord, celle des Veils. Une formation menée par Finn Andrew, le fils de Barry Andrews, ex-claviériste des mythiques XTC. Depuis son passage aux Nuits du Botanique, en septembre 2004, Finn a viré tous les musiciens de son groupe. Et a engagé une très très jolie bassiste, Sophia Burn (NDR : d'après notre collègue Jean-Claude Mondo, les filles optent davantage pour cet instrument, parce que son manche est plus long...) ainsi qu'un claviériste, Liam Gerrard. Pour partir en tournée, il s'est également adjoint les services d'un batteur et d'un guitariste. Finn se réservant également une six cordes ainsi que le chant. Et quelle voix ! Une voix dont le timbre évoque tour à tour feus David McComb ou Jeff Buckey. Lors de ses morceaux les plus bluesy, on ne peut s'empêcher de penser aux Triffids, au regretté Californien, voire à Tom Waits. En particulier sur des titres comme « Jesus for the jugular », « Pan » ou encore « Nux vomica », titre maître d'un deuxième opus, dont la sortie est prévue pour mi-septembre. Des morceaux empreints d'une telle intensité, que certaines admiratrices, postées au premier rang, en avaient les larmes aux yeux. Afin de détendre l'atmosphère, les Veils interprètent également des ballades plus pop. Comme le single « Advice for young mother to be » dont vous avez sans doute déjà pu voir le clip ou encore « One night on earth ». Bref, le set aurait pu être marqué du sceau d'une pierre blanche si le second guitariste avait donné davantage de variation dans son jeu. Mais pas la peine de bouder notre plaisir, puisque ce concert s'est quand même avéré de bonne facture. Une chose est sûre, les Veils sont à revoir. Mais en salle. Au Botanique, où leur concert est annoncé pour le 9 octobre prochain.

Sur disque, les Delays font un peu pâle figure. Pas que leur musique soit médiocre ; mais elle manque singulièrement de punch, s'adressant principalement aux jeunes adolescentes branchées (?) sur les hit-parades. Pas pour rien que leur single « Valentine » soit passé sur le défunt « Top of the Pops ». Nous avons donc été agréablement surpris par la prestation du quatuor de Southampton. Leurs mélodies soyeuses, contagieuses, hymniques, sont découpées par une électricité aussi croustillante que chez les Posies. La basse est hypnotique. Le jeu de batterie souple. Et Aaron Gilbert, le claviériste, met l'ambiance (NDR : on lui reprochera, peut-être, son look 'Boys Band'). Son frère, Greg, se démène à la guitare tout en chantant d'un timbre susceptible de rugir un instant et d'emprunter un falsetto 'cocteautwinesque' le suivant. Etonnant ! Dommage que le combo ne parvienne pas à reproduire la même solution sonore sur support. On lui consacrerait davantage d'intérêt...

Mew est un quintet danois jouissant d'une excellente réputation dans son pays. En 2003, le Danish Music Critics Award Show lui a d'ailleurs décerné les titres d'album et de groupe de l'année. Il compte aujourd'hui quatre elpees à son actif. Sur le podium, la disposition de la formation est plutôt étonnante, puisque le drummer joue en front de scène, sur la gauche et de profil. Tout au long du set, des vidéos sont projetées sur un écran placé derrière la formation. Des images mystérieuses, parfois sordides, au cours desquelles on peut voir des personnages mi-humains, mi-animaux, jouant du violon, des créatures fœtales flottantes ou encore des poupées pleurant des larmes ensanglantées. On se croirait presque dans un conte de Grimm. Toute cette ambiance sied parfaitement à cette musique atmosphérique, majestueuse, complexe, parfois spectrale, presque prog qu'on pourrait situer à la croisée des chemins de Yes, Sigur Ros et Mercury Rev. Mais en préservant un sens mélodique pop contagieux. Avec pour fil conducteur la voix fragile, éthérée, angélique de Jonas Bjerre, à laquelle répondent de superbe contre-voix. Le lendemain du concert, des compos comme « Chinaberry tree », « Why are you looking grave ? » ou encore « The Zookeeper's boy » trottaient encore dans nos têtes. Qui a dit baba cool ?

Enfin, il serait injuste de ne pas féliciter les musiciens de Snow Patrol, dont le matériel était bloqué à l'aéroport d'Heathrow et qui ont décidé d'accorder un set acoustique d'une demi-heure à l'aide d'instruments empruntés. Démontrant ainsi qu'ils n'étaient pas seulement un autre groupe de britpop ou une machine à tubes. Il faut avouer que lors de cet exercice, ils se sont montrés très convaincants...

B.D.

Dour Festival 2005 : dimanche 17 juillet

Écrit par

Formation gantoise, Absynthe Minded compte déjà deux opus à son actif ; et son dernier, « New day », avait été choisi comme album de la semaine, il y a deux bons mois. Un quintette dont la musique oscille de la pop au cabaret en passant par le jazz, la prog, le folk, le blues, le funk, la salsa et j'en passe. Une formation qui peut compter sur deux excellents instrumentistes : le contrebassiste Sergej Van Bauwel et puis surtout le violoniste Renaud Ghilbert (NDR : ce dernier accompagnait Sioen à ses débuts). Sans oublier, bien sûr, le chanteur/compositeur/guitariste Bert Ostyn. Bert possède une très belle voix, dont le timbre mélancolique, chaleureux, évoque le plus souvent un certain Mark Olivier Everett (Eels). Et sur les planches, la section rythmique ainsi que le claviériste (NDR : il dispose d'un hammond !) apportent leur pierre à l'édifice sonore. Lorsqu'Absynthe Minded interprète des chansons semi acoustiques, Bert préfère s'asseoir sur un tabouret de bar et s'accompagner à la guitare sèche. Pour les plus électriques il abandonne son siège et change de râpe en conséquence. Sergej valse régulièrement avec sa contrebasse. Renaud joue parfois de son violon comme une guitare. Ce disciple de Django Rheinhardt est également capable d'apporter une coloration tsigane voire baroque aux compositions. Et en fin de set, le drummer démontre qu'il n'et pas un manchot. Leur prestation empreinte de joie de vivre fait plaisir à voir. Et surtout à écouter. Surtout à cause de ce swing qui sent bon les années 30…

Non seulement David Gedge a remonté Wedding Present en 2004, mais il a commis un nouvel album (« Take fountain ») ; et dans la foulée est parti en tournée. En compagnie de son fidèle guitariste Simon Cleave ; et puis de la bassiste Terry de Castro ainsi que du drummer Kari Paavola. On ne peut pas dire que 'La petite maison dans la prairie' affichait complet pour accueillir le set de ce quatuor mythique (NDR : il ne faut pas oublier que la formation a décroché la bagatelle de 40 hit singles en Grande-Bretagne, entre 1986 et 1996 ; et qu'en outre elle figurait parmi les groupes les plus prisés par feu John Peel). Mais le public averti ne voulait pas manquer leur prestation (NDR : et tant pis pour les autres !). Véritable sosie de Robert Conrad (NDR : acteur principal de la série « Les Mystères de l'Ouest »), David Gedge n'a rien perdu de son phrasé de guitare caractéristique. Gratté, rapide et chatoyant, il alimente une instantanéité pop rafraîchissante. Et on comprend mieux pourquoi Simon Cleave est devenu son complément idéal aux six cordes. Un personnage qui dispose d'une panoplie de grattes assez impressionnante. Plus esthétiques les unes que les autres. Mais il joue avec une telle conviction, qu'il parviendra en en maculer deux de son sang. Terry chante sur une des chansons les plus mélancoliques : « Perfect blue » ; et ma foi, elle a une très jolie voix. David présente de temps à autre ses compos. Parfois dans la langue de Molière. En épinglant même, au passage, une toute nouvelle. Bref, à travers son set captivant, sculpté dans la noisy mélodique, Wedding Present est parvenu à nous démonter qu'il avait encore plus que des beaux restes. Et avant d'interpréter son dernier morceau absolument dantesque, Gedge a anticipé toute réaction de mécontentement, en expliquant que W.P. n'accordait jamais de rappel. N'empêche, quel régal !

Mauvaise nouvelle les Liars ne sont pas encore arrivés. On craint même qu'ils ne déclarent forfait. En fin de matinée, ild étaient encore à New York, et allaient prendre l'avion. Mais pour arriver à destination en temps utile, il aurait fallu les parachuter. En fait, il faut croire qu'ils n'avaient pas du tout envie de se produire à Dour. Des Liars quoi…

Aussi, le Babylon Circus a accepté d'avancer son heure de passage. En se retrouvant du même coup sur la scène principale. A 18h15. Et ils ont répondu à toutes les attentes, même si leur set était pratiquement identique à celui qu'ils avaient accordé, la semaine précédente, au Cactus de Bruges. D'ailleurs ceux qui les ont découverts ont largement pris leur pied.

Le hip hop, ce n'est pas trop mon truc. Mais dans le style, Sole est vraiment un trio pas comme les autres. Trois blancs. Un batteur au drumming riche, presque free jazz. Un guitariste qui se concentre exclusivement sur ses envolées atmosphériques, voire psychédéliques. Et un vocaliste qui rappe son monologue confessionnel ou ses jérémiades anti-impérialistes avec une grande habileté, en variant les flows et les cadences. Le tout balayé de samples, boucles et autres beats de circonstance. J'ai donc vu. Entendu. Et puis je suis parti.

Histoire d'aller jeter un coup d'œil au show de Desmond Dekker. Il ne faut pas oublier que Desmond Dekker est né en 1941 (NDR : ou en 43, suivant les bios). Et qu'il a appris à Bob Marley ses premiers accords de guitare. On le connaît surtout pour ses tubes "Israelites", « A it mek », "007 (Shanty Town)" et la cover de Jimmy Cliff, "You Can Get It If You Really Want". Des compos qui, remontent quand même à la fin des sixties. Rocksteady engagé, Desmond Dekker, possède une voix bien timbrée qu'il met au service du reggae, mais également du ska. Malgré une tentative de come-back opérée au début des eighties, il avait pratiquement disparu de la circulation. Et, sa présence à Dour avait de quoi surprendre. Béret d'aviateur vissé sur la tête, il affiche une présence qui contraste avec son âge. D'ailleurs, les aficionados du Jamaïcain ont eu l'agréable surprise d'assister à un set à la fois solide et bien équilibré. Que demande le peuple ?

De Jon Spencer Blues Explosion à Blues Explosion, il n'y a qu'un pas. Que Jon Spencer a franchi lors de l'enregistrement de son septième album. Ce qui ne change pas grand-chose à la musique du trio. Ni à la formule : deux guitares et une batterie. Et sur la scène, on retrouve inévitablement la même énergie et la même excitation rock'n rollienne. Ce blues à forte libido et cette attitude punk très marquée. Sans oublier ces breaks qui vous plongent littéralement dans le vide. Jon continue de nous asséner ses 'Blues Explosion' militaires. Un changement : l'absence du theremin. Les cheveux coupés courts, Jon bondit, se contorsionne, regarde son micro d'un air lubrique et s'agite comme s'il avait un saumon vivant dans son pantalon (NDR : de cuir !). A gauche de la scène, Judah Bauer (NDR : il chante quand même une compo) aligne imperturbablement ses riffs de guitare lorsqu'il ne les conjugue pas avec ceux - explosifs – de Jon, pendant que Russel Simmins martèle sauvagement ses fûts. A chaque concert, on a même l'impression qu'ils jouent comme si c'était leur première apparition sur les planches. Et en quittant la scène, Jon soulève son ampli avant de le laisser retomber sur le baffle…

Les Levellers avaient inversé l'ordre de passage avec Madrugada. 15 ans plus tôt, le folk punk celtique des Levellers apportait un vent de fraîcheur à la scène musicale pop/rock. Et en 'live', la formation mettait le feu partout où elle passait. Aujourd'hui, leur musique a mal vieilli. Les instrumentistes sont toujours aussi talentueux, et en particulier le violoniste Jon Sevink. Mais la flamme s'est éteinte. Tout comme l'inspiration d'ailleurs.

A l'instar de leur set accordé la semaine dernière au Cactus de Bruges, Madrugada s'est montré à la hauteur sa réputation. Et on leur accordera nos félicitations pour le respect qu'ils manifestent vis-à-vis du public, car pour venir jouer à Dour (NDR : 10 jours plus tôt une annulation était dans l'air) ils ont effectué un voyage de 12 heures. Chapeau ! Maintenant, le tracklist étant sensiblement identique à celui proposé dans la Venise du Nord, il ne m'a pas semblé judicieux de m'étaler davantage sur leur prestation. D'autant plus qu'il a fallu quitter les lieux une bonne vingtaine de minutes avant la fin du set pour ne pas manquer une des têtes d'affiche du festival : Killing Joke.

Assister à un concert de Killing Joke, c'est un peu comme assister à une cérémonie. A un rituel. Personnage central, leader charismatique voir shamanique, chanteur à la voix cassée, rauque, inquiétante, lyrique, capable de jaillir comme un cri de rage, Jaz Coleman monte sur scène vêtu d'une salopette bleue. S'il n'avait le visage peinturluré comme un guerrier africain, on penserait qu'il travaille dans un charbonnage. Une impression corroborée par les autres musiciens qui se sont noirci le visage. Des fantômes qui hantaient les puits désaffectés de la région de Dour seraient-ils remontés à la surface ? Image surréaliste amplifiée par la machine à feu qui exécute sa ronde infernale. Un contexte qui va donner une coloration toute particulière au set puissant et dévastateur de Killing Joke. Cause à effet, mais les sonorités du clavier n'ont jamais été aussi post industrielles. La guitare de Geordie Walker concasse, se tord, persécute, abrase, pendant que la section rythmique muscle le tout lorsqu'elle ne joue pas au rouleau compresseur. Faut dire que la basse de Youth est un groove à elle seule ! Tribale et hypnotique, la musique de Killing Joke est noire, dérangeante, primitive et intense : elle sort du ventre. Et Jazz fait son show. Il tremble de tout son être, fustige le public, l'exhorte à entrer en communion avec lui. Ses yeux vous transpercent littéralement. Devant le public pogote frénétiquement. Jazz est heureux de voir leur réaction. Il remercie l'assistance et se retire. Il est minuit trente : le temps est passé trop vite…

Dour Festival 2005 : vendredi 15 juillet

On ne peut pas vraiment dire que les tronches du trio Experimental Tropic Blues Band (NDR : tant qu'ils y étaient, ils auraient pu trouver nom encore plus long !) soient à l'image de leur musique. Il est même assez incroyable que des aussi jeunes gars (NDR : les filles ajouteraient certainement et beaux) pratiquent une musique aussi 'fieftiesante'. Et avec autant d'aplomb. Leur psycho boogie naturellement inspiré du Blues Explosion et des Cramps est, à l'instar du titre de leur dernier EP, de la dynamite. Sur les planches, Psycho Tiger, Boogie Snake et Devil Inferno alignent leur compos à une cadence infernale. Et le public flambe ! Psycho Tiger s'autorise même une séance de stage diving sur le ventre au milieu de la foule (NDR : bravo pour le roadie qui est parvenu à dérouler le fil du micro) alors que Boogie Snake est parvenu à cadencer le morceau final du set à l'aide de la fiche de sa guitare.

La longue tournée opérée par Frédéric Sioen passait donc par Dour. Pour la circonstance, le jeune Gantois a embarqué un backing group constitué d'un guitariste, d'un bassiste, d'un drummer et d'un violoniste. Frédéric se réservant les parties vocales et le piano ; piano qu'il délaisse parfois pour se consacrer exclusivement au chant. Et de son son timbre légèrement rocailleux, il parvient à faire passer des émotions très fortes. Le set va aligner compos issues de ses deux albums, à travers une musique qui mêle allègrement pop, rock, classique, jazz, prog et parfois même flamenco ou funk blanc. Etonnant qu'un garçon aussi talentueux passe si peu sur les ondes francophones.

Comme le déclarait Fabrice, Austin Lace gagne deux heures chaque année. Peut-être que d'ici deux ans, la formation nivelloise sera la tête d'affiche. C'est tout le mal qu'on lui souhaite. Son sens inné de la mélodie contagieuse et le soin tout particulier apporté aux harmonies vocales sont leurs principaux atouts. Des harmonies vocales purifiées par le falsetto suave de Fabrice. Il leur reste sans doute à trouver une image ; quelque chose qui leur permette de passer à l'échelon supérieur. Car comme d'habitude, leurs chansons ensoleillées font mouche. Enzo, le claviériste, va même rejoindre épisodiquement les autres musiciens, au devant de la scène, pour y jouer de la guitare sèche. Une version plus alanguie et davantage élaborée de « Wax » et un « Kill the bee » explosif seront les points culminants d'une prestation très appréciée. Et en particulier par la cohorte de fans que la formation avait déplacée. En finale, Fabrice va même inviter une vingtaine de filles (NDR : que des filles, insistera Fabrice) pour improviser quelques pas de danse et faire la fête sur « Say goodbye ».

Devendra Banhart, c'est l'artiste qui monte. Gradué de l'institut des Arts de San Francisco, ce Californien est aussi doué en peinture, en poésie qu'en musique. Découvert par Michael Gira (NDR : ex Swans et fondateur du label Young Gods), Banhart compte déjà 3 albums à son actif. Mais c'est surtout sur les planches qu'il défraie la chronique. Capable du pire (NDR : sa prestation imbibée d'alcool, accordée au Grand Mix de Tourcoing), mais le plus souvent du meilleur, il affiche un look de hippie circa 1968 (NDR : Grégory pensait même qu'il était la réincarnation du Christ). Et les 3 autres gratteurs qui l'accompagnent auraient pu également naître à la même époque, l'un d'entre eux portant même une superbe tunique indienne. Ce quartet de barbus vient s'asseoir sur le devant de la scène, passant allègrement de la guitare acoustique à l'électrique. Ils chantent aussi tous les quatre, même si le plus souvent Devendra assure le lead vocal. Une superbe voix dont les inflexions me rappellent parfois Jeff Buckley. Derrière le drummer a mis une barbe postiche bleue et porte des lunettes orange. Histoire de rester dans le ton. Tout au long de ce set, le groupe va interpréter un répertoire taillé dans le folk légèrement teinté de psychédélisme. Quittant leur siège au beau milieu de la prestation. C'est le moment que va choisir Devendra pour se consacrer exclusivement au chant. Torse nu, pantalon de velours mauve, il arpente la scène sur toute la largeur. Puis vers la fin du set, invite un artiste en herbe à venir chanter sa propre création. Lui permettant même d'emprunter la guitare d'un des membres du groupe. Et le garçon qui s'y risque s'en tire même plutôt bien. A brûle pourpoint, il ne fallait pas avoir froid aux yeux. Et avant de prendre congé de l'audience, Devendra accordera la plus belle citation du festival : « Merci, chevaliers du soleil »… Un grand moment !

Ayant sévi ou sévissant encore chez Faith No More, Mr. Bungle, Tomahawk, Dillinger Escape Pla, X-Ecutioners, et j'en passe, Mike Patton drive une des formations les plus énigmatiques de la scène underground : Fantômas. Avant que le groupe ne monte sur scène, on assiste à l'érection d'une véritable cage en acier destinée à monter la batterie et ses accessoires. Impressionnant ! Trois grosses caisses, une multitude de toms, une trentaine de cymbales de tout calibre et des percussions en tous genres y entreront. Et en live, le drummer s'y réfugie. Comme dans une cage. Ne laissant apparaître ses mains que pour tourner les pages de sa partition. Bref, un spectacle à lui tout seul ! Et pourtant, il paraît qu'il s'agit d'un remplaçant. Adossés à leurs amplis, le guitariste Buzz Osborne (NDR : imaginez la tête de Robert Smith dans dix ans) et le bassiste Trevor Dunn sculptent les sonorités de leurs décharges électriques. Et puis il y a, bien sûr, Patton. Des yeux perçants, effrayants, fantomatiques. Un claviériste, bidouilleur et surtout un chanteur capable d'inflexions de fou furieux. Mais il est surtout le chef d'orchestre. Canalisant les élucubrations sonores les plus démentielles. Ses sources d'inspiration ? Multiples ! Au hasard, je citerai Pierre Henry, Wagner, Boris Karl-Off, John Zorn, Slayer, Sinatra (NDR : et je vous invite à compléter la liste). En outre, il utilise tout ce qui lui tombe sous la main pour le mettre au service de son esprit créatif : l'orgue de Barbarie et la sirène d'alarme, par exemple. Quelque part, il me fait penser à feu Frank Zappa. Alors, Fantômas serait-il les Mothers Of Inventions du XXIème siècle ? Je suis incapable de répondre à cette question ? Ni même de dire si j'ai apprécié ou non le set. Une chose est sûre, il m'a déboussolé.

B.D.

 

Sébastien a pris le relais en soirée :

Le soleil ne désemplit pas et la foule non plus ! Pour la première fois dans l'histoire du festival, le 'sold out' est décrété en cours de journée ; et il n'est plus possible de se procurer de  ticket combi 4 jours. Hormis les fans de métal/hardcore qui pouvaient se contenter de rester devant la Last Arena, il faudra à nouveau surfer d'une scène à l'autre pour être dans les bons coups. Dommage de manquer Lofofora, Tahiti 80, Austin Lace, Walls of Jericho, Cult of Luna ou plus tard en soirée Fantômas, mais il faut bien faire des choix.

Et le premier de la soirée allait s'avérer gagnant : quoi de mieux qu'un bon groupe de folk dans le Dance Hall pour se remettre en jambes ? Le Bucovina Club Orkestar est annoncé comme un des groupes montants de la world music. Difficile d'étiqueter le mix énergétique livré par les protagonistes sur scène : imaginez une rencontre au sommet balkanique au cours de laquelle des fanfares yougoslaves, ukrainiennes et roumaines se réuniraient. Ajoutez-y une pincée 'gipsy' et vous ne serez pas loin du compte. Derrière ce cocktail harmonieux, on retrouve un Allemand, Stefan Hantel dit Shantel. Une chose est sûre, avant la prestation d'Etienne de Crecy et d'Alex Gopher (NDR : dans un autre genre), le Bucovina Club Orkestar n'a pas eu son pareil pour faire bouger la foule ; et il a fort à parier qu'on parlera encore d'eux dans un futur proche...

Autre groupe d'origine yougoslave (slovène plus exactement), mais autre style pour Laibach, programmé sur la scène principale. Et le passage d'une scène à l'autre nécessite à nouveau une certaine ouverture d'esprit : on passe d'un folk débordant de cuivres et d'énergie à un métal/indus plutôt froid et morose, même s'il s'avère captivant. Nonobstant 20 années de parcours, les occasions de voir les Laibach en 'live' sont plutôt rares. Le début du show évoque Rammstein, les feux d'artifices en moins, mais deux jolies percussionnistes fringuées à la 'Tomb raider' en plus. Assez vite, le grand public - dont la connaissance du genre musical se limite à Metallica ou Marylin Manson - commence à s'ennuyer. Ce qui peut se comprendre ; car certaines compos tirent en longueur. En outre, la langue de Goethe n'est vraiment pas faite pour alléger la solution sonore. Finalement, seuls les véritables amateurs du genre tiendront la distance.

Si les médias ne peuvent s'empêcher de faire référence à Sneaker Pimps, lorsqu'ils évoquent I am X, il faut admettre que depuis son départ, il a pris un virage à 180°. Il a donc définitivement coupé le cordon ombilical avec les autres membres du groupe. D'ailleurs, le show de ce soir n'a plus rien à voir avec celui de son défunt groupe. Des tendances électro, il reste un fil conducteur ; mais ce fil prend sa source dans la new-wave des années 80, que Chris Corner dose avec une énergie propre à I am X. Aux côtés de Chris Corner, au look déjanté et presque androgyne, on retrouve un groupe solide, tonique, qui nous balance un spectacle épatant, sémillant. Pas surprenant d'ailleurs que la 'Petite maison dans la prairie', bien loin du décorum habituel de la famille Ingalls, s'est rapidement animée.

Malheureusement le temps presse, impossible de voir l'intégralité du show. Après avoir manqué le retour de Fantômas, je ne voulais pas louper les Project Pitchfork. Au sein des survivants de la vague électro-goth, ces Allemands figurent parmi les meilleurs. Il y a plus de 15 ans qu'ils militent dans l'underground ; se produisant dans des endroits fermés comme le Steeple à Waregem ou le Cactus de Bruges. Pourtant, ils avaient eu l'occasion de brasser un public plus large en 1997. Lors de l'édition fort sombre du Dour Festival, aux côtés d'autres références du genre comme Sisters Of Mercy ou Das Ich. Mais cette année, pour les fans moins nombreux de gothic/new-wave/indus, l'ambiance est loin de cette mémorable journée de 97 où la plaine de la machine à feu était envahie de 'corbeaux' (NDR : dixit Ponpon, qui ne semble pas spécialement les apprécier ; et traduisez plutôt par 'sosies de Robert Smith' ou aficionados en tenues vampiriques ou sataniques, des expressions bien moins péjoratives). La Popbitch tent n'est remplie qu'à moitié mais les absents auront tort. Et pas seulement parce que leurs tenues de scène sont plus sobres. Confirmant l'impression laissée par leur récent album « Kaskade », bien moins ténébreux que leur précédent « Inferno ». Le groupe teuton donne toujours l'impression de vider ses tripes sur scène ; mais paradoxalement, il le fait en manifestant une sympathie et une joie de vivre assez étonnantes (NDR : il y aura une flopée de paradoxes à Dour !), compte tenu de leurs compos obscures. En outre, les beats et les percussions entretiennent un tempo hypnotique qui incite les premiers rangs à remuer allègrement. Ceux qui les ont ratés pourront toutefois se rattraper lors de leur prochain passage le 1er octobre en salle à Malines, le nouveau temple gothique.

A Dour, il y a à boire et à manger, et sous le même chapiteau j'ai failli frôler l'indigestion (NDR : et si vous me permettez l'expression, c'était à gerber !). Après avoir accordé une prestation en demi-teinte lors de l'édition 97, Anne Clark nous a infligé une parodie de concert. Les mots sont même difficiles à trouver pour qualifier la médiocrité du spectacle. Elle n'a même pas pris la peine d'engager des musiciens, se contentant  de la présence de deux DJs foireux. Ce n'est plus Anne Clark, mais Desireless opérant son come-back dans une émission de variété du samedi soir. Tenue négligée, jeu de scène inexistant (elle reste souvent les bras croisés !), elle se contente d'aligner ses tubes des 80's qui nous trottent encore en tête : « Our Darkness » ou « Sleeper in Metropolis » (NDR : elle aurait d'ailleurs mieux fait d'aller se coucher). Et là aussi un nouveau paradoxe (NDR : on vous l'avait dit !) : alors que la prestation est en toute objectivité insignifiante, il y a 3 fois plus de monde que pour Project Pitchfork. En l'absence de véritables têtes d'affiche à ce festival, le grand public, en quête de noms connus, semble s'être massé et apprécier le show d'Anne Clark. A ne rien y comprendre…

Heureusement, tous les revenants ne ratent pas leur retour : celui d'Anthrax sera plutôt gagnant ! A l'instar d'Iron Maiden, de Slayer ou autre Megadeth, Anthrax est souvent cité comme groupe de référence en matière de hard rock, tendance heavy/métal. Victime de changements de line up tumultueux, il a connu le creux de la vague début 2000. A cette époque, leur patronyme faisait d'ailleurs davantage penser aux envois contaminés par une poudre chimique, transmis par des terroristes, qu'à leur formation. Mais Anthrax avait annoncé la couleur. D'abord, parce qu'on retrouvait la formation sous sa forme originelle. Et bien sûr, Joey Belladonna aux commandes. On pouvait donc s'attendre à en prendre plein la figure. Et, Anthrax – qui vient littéralement de renaître de ses cendres - n'a pas failli à sa réputation : la voix aiguë de Joey, leurs jeans moulants, les cheveux longs bouclés et le trash des guitaristes nous ont replongés dans l'univers du bon vieux hard. Joey, en véritable frontman routinier de la scène, n'a pas son pareil pour exciter la foule. Maintenant, il faut rester réaliste. Un chapiteau aurait suffit pour satisfaire le public branché sur le métal. Pas la scène principale. D'ailleurs, en soirée, mais sur la Last Arena, Hawkwind n'a attiré que quelques centaines d'irréductibles. Faut croire que le métal psychédélique de ces autres vétérans ne fait plus recette.

Le véritable succès de foule de la journée (et sans doute du festival) reviendra à Vive la fête ! Pourtant, le groupe tourne beaucoup en Belgique, et occupe rarement le haut de l'affiche. Sur disque, on a plutôt tendance à se lasser rapidement de leurs compositions simplistes. Les lyrics quelque peu lubriques ('ne soit pas jaloux…', 'laisse-moi te toucher…') ne cassent pas des briques. Sur scène, la boîte à rythmes minimaliste fait vraiment le minimum ; et les mélodies sans grand relief ne volent pas plus haut que le « Da da da » des Trio. Alors comment expliquer que cet assemblage de bouts de ficelle déclenche un tel enthousiasme et surtout attire autant de monde ? Certes, il y a les tenues affriolantes d'Else Pynoo (NDR : elle avait opté pour un minishort et un débardeur qui avait du mal à tenir sur ses épaules). Il y a aussi le déjanté Danny Mommens (ex-dEUS) à la guitare. Faut-il aussi voir en Vive la fête ! un groupe passe-partout voir fédérateur ? Leur style simpliste mais raffiné et surtout voluptueux est en mesure de séduire un large public potentiel, aussi bien wallon que flamand ; ce qui n'est pas toujours le cas d'autres groupes belges (NDR : ainsi, Zornik ou Sttellla n'ont pas le même succès au Sud ou au Nord du pays). Toujours est-il qu'il fallait se faufiler pour approcher la Red Frequency Stage et que Vive la Fête était déjà un des plus grands 'highlights' du festival.

 

S.L.

Dour Festival 2005 : jeudi 14 juillet

Pour couvrir entièrement la 17ème édition du festival du festival de Dour (NDR : la 14ème en ce qui me concerne), il aurait fallu se couper en quatre. Même à trois ! Une manifestation dont le succès est manifestement croissant, puisqu'en arrivant vers 19 heures ce jeudi soir, les bouchons commençaient à se former pour accéder aux parkings ; et on annonçait déjà plus de 25.000 personnes (pulvérisant ainsi tous les records de fréquentation pour un jeudi !), alors que 7.000 campeurs avaient déjà planté leurs installations la veille. 200 groupes étalés sur 6 scènes et 4 jours : il sera de nouveau délicat de tout voir. Par exemple, il faudrait être présent dès 15h30 vendredi pour apprécier Tahiti 80 ou Lofofora, et rester éveillé jusque 3h du mat' pour ne pas rater les revenants de Neon Judgement ! Et dès ce jeudi, certains choix s'avèrent cornéliens : il fallait choisir entre le rock électro noisy/pop des M83, pointés à 19h45 (NDR : ils avaient effectué naguère un passage remarqué sur la Plaine de la machine à feu) et les autres Français qui montent : Luke, programmés à 20 heures. (SL)

Une chaleur torride et moite plombait déjà le Marquee lorsque les Nashville Pussy montent sur les planches. Et face à leur déferlante de rock'n roll, le public en est ressorti comme s'il venait de séjourner dans un sauna. Chez les Nashville Pussy on en a autant pour les yeux que pour les oreilles. Pour les yeux à cause des deux filles. Pantalons de cuir moulants. Poitrine généreuse bien mise en évidence dans son soutien noir échancré pour la guitariste. Body très court pour la bassiste. A côté d'elles, le chanteur/guitariste Blaine Cartwright passe pour un vétéran. Pourtant, c'est bien le mari de Ruyter Suys, la préposée à la six cordes solo. Et c'est elle qui assume l'essentiel du spectacle. D'abord, parce que sur sa râpe électrique, elle sait y faire. En véritable osmose avec son instrument, elle se contorsionne, virevolte, s'agenouille, secoue sa longue crinière blonde et bouclée dans tous les sens et termine même le set en montant sur un des pylônes du chapiteau. Pour y briser ses cordes sur l'armature. Et si le reste du groupe manifeste moins d'excentricité, il reste au diapason. Mais qu'est ce qui peut agiter ainsi ce quatuor basé à Atlanta ? Tout simplement leur rock sudiste. Un rock empreint de sexe, d'humour et d'énergie. Un rock pour lequel les Nashville Pussy donnent tout ce qu'ils ont dans les tripes. Et puis prennent congé de l'assistance, tout en nage (NDR : et nous aussi !).  

Isis, c'est le groupe d'Aaron Turner, le boss du label très alternatif Hydrahead (NDR : Converge, Pelican, vous connaissez ?). Une formation issue de Boston responsable d'une forme de post rock aux accents très métalliques. Et il faut reconnaître que dans le style, elle (NDR : la formation !) ne se débrouille pas trop mal. Pourtant, les fans de la première heure leur reprochent d'être devenus trop accessibles. De commencer à s'adresser à un public plus large. Personnellement, j'estime que leur musique est simplement devenue plus mélodique. Tout au long de leur set on a l'impression qu'Isis développe des paysages soniques, impressionnistes, paysages traversés tour à tour par la tempête, la dissonance, l'harmonie, les hurlements (NDR : extra-terrestres ?), le gothisme, l'ambient, la frénésie, la quiétude, et j'en passe. Avec une vibration sombre et parfois apocalyptique. Incluant même imperceptiblement changements de tons et de rythmes. Au centre de la scène Aaron arrache les notes de ses six cordes ; avec une telle ferveur que parfois, on a l'impression qu'elles sont occupées de pleurer…

B.D.

Arrivé trop tard pour contempler (NDR : il n'existe pas d'autres termes pour qualifier sa plastique) la guitariste des Nashville Pussy, que j'avais eu l'occasion de voir à 3 reprises (Bernard vous en parle toutefois ci-dessus), une petite mise en jambes s'imposait chez le duo franco-finlandais The Penelopes. L'atmosphère électro-punk créée par ces derniers embrase le public entassé sous le grand chapiteau central baptisé 'Dance hall', qui mérite déjà bien son nom vu les nombreux spectateurs qui emboîtent le pas. Déchaîné derrière sa boîte à rythmes (NDR : il a un look rappelant Robert Palmer !) le claviériste balance une déferlante de rythmes énergétiques, hérités en ligne droite de la new wave du début des eighties. Un scénario qui sied parfaitement au chanteur black, qui n'est pas sans rappeler un certain Maxim MC de Prodigy.

Autre chapiteau, autre style, la 'Popbitch tent' accueillait dans une ambiance tour à tour planante et énergique, les M83, dont la prestation allait confirmer les échos unanimement élogieux de leur dernier passage à Dour. Sur disque, les Français ne sont pas des plus abordables ni même des plus faciles à écouter : peu de paroles, morceaux tirés en longueur sur leurs albums « Dead cities, red seas and lost ghost s» et le plus récent « Before the dawn heals us ». A la fois sûrs d'eux mais en même temps sympas et décontractés, ils livrent un show net et sans bavure, qui n'est pas sans rappeler les groupes de la grande époque noisy comme Swervedriver, My Bloody Valentine ou Slowdive. Laissant quand même transparaître en filigrane, des affinités avec un certain Yo La Tengo. Tour à tout intimistes ou électriques, les compos de M83 nous entraînent crescendo dans un flux sonore torrentueux, propice aux passions les plus déchaînées. Le chanteur abandonne son synthé en plein milieu de certains morceaux pour empoigner sa guitare et balancer une flopée de riffs qui font monter l'ambiance. Le public applaudit à tout rompre et contribue à créer un climat propice à l'osmose parfaite : M83 est sans conteste la première grande claque de ce festival. Les absents qui ont préféré Luke ont eu tort !

Effectivement, un petit passage vers la grande scène plonge le festivalier dans un tout autre contexte. Un public plus ado est venu pour Luke, qui complétait l'affiche de Dour après une annulation. Bien que démarrant en force, le concert s'essouffle rapidement. Il faut dire que si leur discographie (NDR : « La vie presque » et « La tête en arrière ») reste agréable à l'écoute, à l'inverse des M83 elle n'est pas encore suffisamment étoffée pour tenir l'heure de prestation qui lui est attribuée. Et quand le leader Thomas Boulard parle d''Une reprise d'un groupe sans lequel nous ne serions pas là', on pense immédiatement à Noir Désir, tant les similitudes avec les Bordelais sont criardes. Raté ! C'est dans le répertoire de la Mano Negra que Luke va puiser un « Pas assez de toi » ; pas trop massacré heureusement, mais suffisamment éloigné de la version originale. Une prestation sans éclat qui ne restera pas dans les annales du festival.

Il est déjà 21h30 et on aurait aimé applaudir Hollywood P$$$ Stars qui, à l'instar des autres artistes belges à l'affiche, récolteront un franc succès. Les HPS n'ont vraiment pas oublié leur premier passage à Dour, et ils n'hésitent pas y faire allusion, on les verra sans doute encore avec plaisir une autre fois car comme bien d'autres groupes, ils semblent fidèles à l'esprit du Dour Festival. Une autre fois car le chapiteau 'Marquee' est trop étroit pour accueillir une foule de fans impressionnante. Et malgré l'heure avancée, il fait toujours aussi étouffant à l'intérieur. Après quelques titres nous déclarons donc forfait pour le reste de la soirée, histoire de garder ses forces pour les jours à venir qui promettent d'être chargés….

S.L

Rock Werchter 2005 : jeudi 30 juin

Écrit par

Cette année encore, le festival Rock Werchter affichait complet. Plus de 280 000 spectateurs se sont donc pressés devant les portes du plus grand événement du genre en Belgique. Herman Schueremans, l'instigateur de ce rendez-vous annuel, peut se frotter les mains: les placards 'soldout' deviennent coutumiers de ses immenses portails. Certains noms de l'affiche aussi…

Jeudi 30 juin 2005

Chaque année, c'est la même rengaine: "Rock Werchter est devenu trop imposant, écrasant et impitoyable pour nos portefeuilles". Peut-être. N'empêche, cette année encore, c'est le même constat: nous sommes parmi les premiers à déballer nos maisons en tissus et courir à toutes jambes le kilomètre symbolique qui nous sépare des portes du bonheur: l'entrée du Rock Werchter 2005. Une fois passé de l'autre côté des immenses clôtures publicitaires, le premier (et pas le dernier) choix cornélien de la journée se pose: The Bravery ou Saul Williams ? Dans notre petite caboche, ce duel psychologique vire à l'avantage du poète Saul Williams. Le magicien noir inaugure les spotlights de la Pyramid Marquee en compagnie d'un dj arborant une belle coupe afro sur la tête. De son côté, Saul Williams a laissé tomber ses rastas pour une tignasse commode et sans fioriture, un peu à l'image de son set. Ici, rien n'est laissé au hasard. Saul déverse son discours en calquant ses mots sur des beats syncopés. Tel un prêcheur fou, il harangue la foule massée à ses pieds. Le roi du 'spoken words' exige une justice nouvelle, exhorte un fifrelin d'harmonie entre les peuples et semble se faire comprendre. Les applaudissements nourris témoignent de l'attention de son auditoire. Le début du concert demeure incantatoire. Puis, Saul Williams lâche "Black Stacey", hymne libérateur et engagé. Le pied du micro serré entre les doigts, il poursuit sa lutte, sa prophétie. Improbable croisement entre Martin Luther King et Malcolm X, cette insatiable panthère noire se met définitivement le public en poche le temps d'une superbe "List Of Demands". Cette sommation dansante marque le triomphe de l'artiste en territoire européen. La performance de Saul Williams s'achève prématurément dans l'allégeance de "Our Father". Le besoin urgent de rafraîchir les mécaniques se fait alors sentir. A Werchter, la rasade de bière vaut son pesant d'or mais elle s'avère nécessaire pour éviter toute fringale dans la terrible ascension qui nous mène vers le haut de l'affiche.

L'étape suivante nous conduit ainsi devant la Main Stage. Les connaisseurs le savent: ils ont un rendez-vous urgent avec l'histoire. Car ce n'est un mystère pour personne, les apparitions de New Order se font rares, très rares. Pour sa part, la Belgique n'avait plus connu de concert de New Order depuis 1985. Dix longues années de supplices balayées en ce jour de grâce. Il est 19h20, le quatuor investit les lieux. Sans la moindre hésitation, Bernard Summer gratte ses cordes et laisse s'échapper le fabuleux riff de "Crystal". A la basse, tel un vieux pirate abandonné par son équipage en pleine mer, Peter Hook vague d'un côté à l'autre de la scène. Dans la fosse, les gens sautillent gaiement et applaudissent chaudement cette impeccable entrée en matière. Heureux de l'accueil, Bernard Summer tente une bouffonnerie anglo-saxonne incompréhensible et repart de plus belle. Derrière ses claviers, Phill Cunningham paraît extrêmement concentré alors que la batterie de Stephen Morris ralentit quelque peu le tempo sur "Regret" et "Love Vigilantes". Curieusement, c'est "Krafty", leur nouveau single, qui relance la machine de guerre. Les spectateurs chantent à l'unisson, frappent dans les mains et entreprennent des danses saugrenues, folles et déstructurées. C'est le moment choisit par New Order pour vénérer le passé post-punk qui lui pend toujours autour du cou. Car depuis le suicide de Ian Curtis en 1980, le mythe Joy Division transpire encore. L'interprétation de "Transmission" amorce le voyage dans le temps. Il est somptueux, nostalgique à souhait. De nombreux fans sont aux anges. New Order le sent et en profite pour placer une frêle compo du dernier album, "Waiting For The Siren's Call". Quelques titres plus tard, c'est l'événement attendu par de nombreux festivaliers qui résonne sur la plaine de Werchter: "Love Will Tear Us Apart", deuxième hommage aux galaxies dépressives de Joy Division. Le titre recueille sans mal la bénédiction populaire qu'il mérite. Mais le meilleur est à venir. Puisque l'apothéose de ce concert repose incontestablement sur les quelques notes synthétiques du tubesque "Blue Monday" qui clôture de main de maître le come-back de New Order.

Pas de temps à perdre. Roisin Murphy, l'égérie de Moloko, s'épanouit en solo sous la Pyramid Marquee. Accoutrée de longs gants et d'un cotillon scintillant, la belle ne dénaturerait guère dans le décor du Moulin Rouge de Baz Luhrman. Régalant les aficionados de Moloko de son irréprochable jeu de scène, Roisin Murphy séduit et conquit un public nouveau. Mêlant son répertoire traditionnel de jazz et de funk, la dame danse et se déhanche, s'abaisse, se relève et se balance. Insaisissable, indomptable, Roisin Murphy dispose d'une voix puissante et d'un charisme à couper le souffle. Des chansons de la trempe de "Ruby Blue" conduisent notre charmante accompagnatrice vers les marches d'une gloire amplement justifiée en ce premier jour de festival.

A l'autre bout du site, les écrans géants projettent une nouvelle aventure de Snoop Dogg: histoire de cul, de drogues et de coups de flingue. Sur ce, le grand black débarque, substances illicites à sa gauche, micro profilé à sa droite. Il regarde une main puis l'autre, hésite et opte finalement pour la gauche. Aspiration maximale, expiration. Le Snoop s'éclipse sous un nuage de fumée. Face à lui, c'est du délire. La température ambiante vient d'augmenter d'une vingtaine de degrés: le public est chaud, chaud, chaud. Le chaman du sexe descend fièrement de la Côte Ouest et s'exalte. 'What's my fucking name?' interpelle le gourou du phallus. "SNOOP DOGG !!!", réplique le harem. Là-dessus, pas de doute: l'assistance connaît son patronyme. Ce type est une star, véritable étendard du gansta rap américain. Adulé ou détesté, force est de reconnaître que l'homme détient une certaine aura et un évident sex-appeal. Pendant près d'une heure, Snoop Dogg tient son public en haleine, enchaîne ses tubes en or qui brille: "Lodi Dodi", "The Next Episode", "Who Am I (What's My Name) ?" ou le bouillonnant "Drop It Like It's Hot". Malgré les sombres nuages qui planent au-dessus des têtes, chacun est bien heureux de trouver une place dans ce gigantesque baisodrome champêtre. En fait, "Signs", le duo ramolli en compagnie du sample de Justin Timberlake, restera le seul point blanc de l'époustouflante exhibition livrée par ce nouvel empereur de la culture Noire américaine.

La nuit recouvre la plaine depuis quelques temps déjà. Pourtant, dans le ciel, les coups de tonnerre se multiplient et viennent illuminer les lieux. Les premières gouttes font leur apparition. De plus en plus grosses, elles transforment rapidement toute surface praticable en une aire marécageuse ondoyante. C'est Woodstock en plein Brabant flamand. Ici et là, des festivaliers délurés plongent dans des marres aux canards improvisées, piscine précaire pour public délétère. Peu importe, le show se poursuit. D'ailleurs, l'orage n'effraie pas Tom Rowlands et Ed Simons, la paire acidulée des Chemical Brothers. Le duo branché de Manchester s'empare de la Main Stage et démarre son set en force: "Hey Boy Hey Girl" pour l'ouverture de la danse (aquatique). Abrités sous les devantures des baraques à frites surpeuplées en ces temps pluvieux, les indécis se jettent à l'eau pour la grande carmagnole électronique du jeudi soir. L'instant est hallucinatoire, irréel et puissant. Les clubbers ignorent la pluie et rebondissent en chœur dans la gadoue. Cette fois, c'est une certitude: les absents ont toujours tort. Car même si les Chemical Brothers semblent disposer d'un abonnement éternel pour le Rock Werchter, il fallait vraiment être couillon pour manquer ce concert-là ! Comme pour donner raison aux irréductibles gogo-dancers, "Galvanize" anéantit soudainement cette pluie incessante. Les frères chimiques auraient-ils appuyé sur le bouton? Ce détail n'est pas raconté dans la chanson mais la légende retiendra certainement la coïncidence. Pour le reste, "Believe" est une implacable bobinette électronique, taillée pour les foules. Les Chemical le savent et ne se privent pas de répandre la bonne nouvelle. Et en parlant de bonne nouvelle: 'les Chemical Brothers seront à l'affiche du Rock Werchter 2006'. Alors, info ou intox ?

 

D Hiver Rock 2005 : samedi 12 février

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Il ne m'a pas été possible d'assister aux prestations d'Occy Altiga, d'Adolina et de Kofeee ; et pour cause, durant leur set, je recueillais les propos des musiciens de Bacon Caravan Creek, que vous retrouverez à travers une interview dans Musiczine, la semaine prochaine.

Quatuor anversois, In-Kata pratique une sorte de post rock dans la lignée d'Explosion In the Sky, voire de Mogwai. Musicalement, le groupe est particulièrement au point. Vocalement, c'est plutôt la cata ( ?!?!?), même lorsqu'il essaient de chanter tous les quatre. Conclusion : soit ils engagent un chanteur, soit ils arrêtent de chanter.

Pi Project est un nouveau projet au sein duquel on retrouve Pierre Surquin. Qui a mis provisoirement sa carrière solo en veilleuse pour se faire plaisir en jouant du rock. Pas du rock climatique comme il pratiquait à ses débuts en cherchant le chaînon manquant entre Wheat et Red House Painters, mais du gros rock bien basique, un peu daté, à la fois hymnique et gothique qui cherche un compromis entre Midnight Oil et Bauhaus. Une formation dont le line up réunit deux guitaristes, un bassiste, un drummer, un claviériste et un chanteur. Qui possède un superbe timbre, soit dit en passant. D'excellentes individualités ne font cependant pas la meilleure équipe. A l'instar du sporting d'Anderlecht dans le domaine du football, si vous voyez ce que je veux dire. D'autant plus que le chanteur n'est pas toujours en phase avec les autres musiciens. Et ce n'est pas « Man told me », véritable hit en puissance, qui me fera changer d'avis. Il n'y a  pourtant aucune raison de jeter le bébé avec l'eau du bain. Leur single deux titres (« After the atom ») est quand même d'excellente facture. Mais le sextuor doit maintenant privilégier la cohésion. C'est sans doute une question de rodage (NDR : ou d'entraînement si vous préférez le langage sportif !)

Malibu Stacy est le vainqueur du dernier Concours-Circuit. Et après avoir assisté à leur set, on comprend mieux pourquoi. En fait, si Ghinzu fut le point d'orgue du festival, Malibu Stacy et Bacon Caravan Creek en sont les révélations. Pour un aussi jeune groupe, Malibu Stacy affiche une cohésion particulièrement étonnante. Mais si leur pop rafraîchissante, allègre et contagieuse, rappelle quelque part Weezer, le chanteur donne une coloration nettement plus britpop à l'ensemble. Véritable showman, il me rappelle même un certain Jarvis Cocker (Pulp). Longiligne, petites lunettes, il se contorsionne avec sensualité et une élégance rare autour de son pied de micro. En outre, il possède une fameuse voix. A mon avis, on reparlera bientôt de Malibu Stacy. Et en bien !

Autre révélation de la soirée, Bacon Caravan Creek a enregistré son premier elpee (« Behind a wish »), fin de l'année dernière. Un disque qui figurait d'ailleurs dans mon top 5 des albums belges. Et leur mélange d'ambient et de pop/rock mélodique prend une toute autre dimension sur les planches. Tout au long de leur set, on est envoûtés par leur solution sonore. Tous les regards sont pourtant braqués sur Nicolas, qui chante (NDR : avec énormément de talent) derrière son pupitre à samples. Presque cold, la basse de Vincent donne le groove, pendant que Jonathan dispense ses accès d'électricité avec une grande sobriété, mais surtout une rare efficacité. Derrière ses drums ou la deuxième machine à samples, Xavier coordonne toute la souplesse des tempos. En y réfléchissant bien, nous sommes alors aux confins de l'univers de Radiohead circa « Kid A » ou encore « Hail to the thief ». Epatant !

Toujours sous le charme de Bacon Caravan Creek et de Malibu Stacy, j'ai rencontré pas mal de difficultés à entrer dans le set de Steels. Et pourtant, ce quintette issu de la région de Dour excelle dans son post rock qui doit autant à Godspeed You Black Emperor qu'à Mogwai. Les compos peuvent ainsi passer du plus atmosphérique au plus fulgurant, sans pour autant perdre le fil de leur coulée continue. Notez bien : le chanteur ne s'appelle pas Tom, mais bien Benjamin. Egalement derrière son pupitre à samples (NDR : aujourd'hui, ça fait tendance !), il possède un timbre capable de passer du falsetto au baryton. Et leur dernière composition m'a furieusement fait penser à « The end » des Doors. Même la manière de chanter de Tom me rappelait un certain Morrison. A revoir, c'est une certitude !

Hulk doit faire un véritable tabac au Pays-Bas. Un trio composé d'excellents instrumentistes qui pratique un blues rock (NDR : ou un rock blues, si vous préférez) que j'écoutais volontiers au cours des seventies. Encore que dans le genre, personne n'est encore parvenu à égaler le défunt et légendaire Rory Gallagher. Le chanteur possède d'ailleurs un look (NDR : les rouflaquettes !) proche du célèbre Irlandais. Si dans le style, le groupe a fait un véritable malheur, il faut avouer qu'en 2005, leur musique fait plutôt passéiste. Un avis que ne partage pas les post-trentenaires (quadragénaires ?) qui estiment avoir pris une véritable claque. M'enfin, tous les goûts sont dans la nature. (Voir également la chronique de leur album "Party time")

Il revenait à Pillow de clôturer le festival. Un quintette qui pratique une musique exclusivement  instrumentale dominée par les guitares (NDR : parfois trois !). Une sorte de concentré de post rock (NDR : encore !) qui puise son inspiration chez Explosions In The Sky, A Silver Mt. Zion ou encore Mogwai. Concentré parce que les périodes de méditation sonore ont été éliminées, pour laisser place à des morceaux qui ne s'éternisent pas inutilement. Mais si les guitares dominent le sujet, le synthé habille les compositions, pendant que la basse donne un ton plutôt cold au climat sonore. Une très belle prestation nonobstant le bris de lanière du soliste, qui a dû jouer assis pratiquement tout le set.

Une belle réussite pour ce D'Hiver Rock dont on attend impatiemment la quatrième édition l'année prochaine.