L’aventure de YMNK…

« Aventure », le nouveau single de YMNK fusionne l’extravagance du ‘stadium rock’ et le ‘banger’ techno pop. Sur une rythmique house, un thème de ‘guitar hero’ nous emmène explorer des univers électriques aux couleurs saturées. Avec ses sons de lasers…

logo_musiczine

The Names à plein volume…

Issus de l'emblématique label Factory, aux côtés de Joy Division, New Order, A Certain Ratio, Durutti Column et Happy Mondays, The Names a consolidé sa place dans l'histoire de la musique. « Volume », c’est le titre du nouvel Ep de The Names. Il réunit quatre…

Trouver des articles

Suivez-nous !

Facebook Instagram Myspace Myspace

Fil de navigation

concours_200

Se connecter

Nos partenaires

Nos partenaires

Dernier concert - festival

Jane's Addiction - 04/06/...
DRAHLA

Pukkelpop 2005 : jeudi 18 août

Écrit par

Cette année, le Pukkelpop célébrait sa 20ème édition. Conviés à cet anniversaire, nous avons soufflé les bougies en compagnie de Chokri Mahassine, le grand manitou de ce rassemblement alternatif. Car en Belgique, son Pukkelpop est une référence, un mythe, une institution aventurière vouée à la découverte et aux grandes révélations. Etabli au cœur du Limbourg, la manifestation colporte la bonne nouvelle aux oreilles des festivaliers depuis ses débuts: The Jesus And Mary Chain, Wire, Faith No More, Nirvana, Pixies, Sonic Youth, Beastie Boys, Nick Cave, Iggy Pop, Afghan Whigs, Cypress Hill, Neil Young, Pearl Jam, etc. L'énumération demeure sans fin. L'évènement se poste aux premiers rangs de l'avant-garde. Et puis, le Pukkelpop s'inscrit également comme le premier festival du Royaume à intégrer un 'Dance Hall' sur son territoire. Cela peu sembler anodin. Mais en 1994, la musique électronique harnachait les traits du danger, de l'inconnu. Qui, à l'époque, aurait osé édifier un dôme à la gloire de la transe hystérique des boucles mécaniques ? Une fois encore, le Pukkelpop sera un précurseur et de nombreux festivals belges et européens entreront dans la 'dance'. Ainsi, Aphex Twin, Underworld et Tekton Motor inaugureront l'initiative. Alors, la deuxième décennie allait-elle être fatale à notre réunion récréative préférée ? Avant même de pénétrer sur la plaine de Kiewit, nous jetons un dernier regard sur l'affiche placardée sur l'enceinte clôturée. Et là, le doute n'est plus autorisé : le Pukkelpop a encore de beaux jours devant lui…

Jeudi 18 Août 2005

Le soleil brille de mille feux, les premiers pèlerins foulent la verte prairie limbourgeoise et cherchent une place aux abords de la Main Stage. Là-bas, The Subways amorce la bataille des outsiders au titre très convoité de 'confidence visionnaire' de l'année. Mais le combat livré par le trio britannique est inégal. Dès l'entame du concert, la sono part en couille et les valves distordues de Billy s'entrecoupent d'absences sonores crépitantes. C'est dommage… The Subways n'est pas jugé à sa juste valeur. Peu importe, le groupe reste solidaire et ne galvaude pas son organisation élémentaire : guitare, basse et batterie partent ainsi en quête de sensations fortes et luttent inlassablement contre les salves ravageuses de la régie. « I Want To Hear What You Have Got To Say » apporte la preuve que ces jeunots aiment le bruit et les mélodies efficaces. Pour le reste, inutile d'emprunter quatre chemins pour l'écrire : le point fort de The Subways, c'est Charlotte, la jolie bassiste. Elle bondit, chante et hurle comme une pestiférée. Les ourlets de sa robe virevoltent et Dieu sait que ce spectacle vaut tous les détours du monde Techniquement, la performance laisse à désirer mais les Anglais laisse entrevoir une énergie juvénile rédemptrice sur les singles « Rock & Roll Queen » et « Oh Yeah », réussites radiophoniques en mode binaire.

Sous le Dance Hall, Ladytron s'applique à faire monter le thermomètre. La foule ne s'embrase pas encore, la fièvre viendra plus tard…

De retour au pied de la grande scène, on assiste à l'émergence de Kaiser Chiefs. Annulés en dernière minute à Werchter, ces pensionnaires de Leeds ont crânement joué le coup (franc) au Pukkelpop. A elle seule, l'arrivée de Ricky Wilson devait susciter la confusion dans la fosse. Le chanteur débarque en compagnie de deux béquilles et d'une jambe dans le plâtre… Mais l'habit ne fait pas le moine : dès le coup d'envoi, Kaiser Chiefs rue dans les brancards, catapulte les béquilles aux cieux et décharge les hits de son premier album. Malgré sa jambe invalide, Ricky Wilson sautille comme un kangourou en tournée avec Faithless. La hype a beau faire, ces cinq petits truffions cultivent habilement l'art du rock'n'roll et des choses simples. Ce n'est pas subtil pour une livre sterling mais la lubie de Kaiser Chiefs réside dans la volonté de séduire les foules, d'offrir des refrains 'sur-mesure' à reprendre comme un seul homme. Un peu comme des soiffards supportant leur équipe préférée lors d'une énième finale dans le stade mythique (actuellement en démolition) de Wembley. Le concert est jubilatoire. Kaiser Chiefs est en train de s'imposer comme le plus grand groupe 'onomatopéen' de l'histoire du rock. 'Na Na Na', 'La La La', 'Oh Oh Oh', etc., la liste est longue. Le son est parfait, les cinq garçons en bonne santé et bien décidés à conquérir le monde par la grâce de leurs intrépides singeries !

Après ce bon moment, l'heure est au spleen baudelairien, les lueurs sombres de la musique des Editors pointent le bout de la guitare sous la Marquee. Le groupe de Birmingham, annoncé comme le nouveau messie du rock anglais, n'impressionne pas ou plutôt n'étonne pas. Editors, c'est du Interpol revu et dégradé. Pour sa défense, le quatuor peut avancer ses influences : Joy Division, Echo and The Bunnymen et toute la clique new wave enfantée par la Prude Albion aux premières heures des années 80. A la différence d'Interpol, les Editors sont Anglais et reprennent à leur compte un héritage patriotique. Mais qu'on se le dise : le patrimoine anglo-saxon s'épanouit bien mieux au cœur de la Grosse Pomme ! Surtout, ne pas s'attarder en ces lieux…

Et privilégier la vie de ‘château’ : une bâtisse qui sied particulièrement bien aux échappées aériennes de Styrofoam. Arne Van Petegem (à na pas confondre avec Peter, son homonyme cycliste !) défend les ritournelles de « Nothing's Lost », son dernier album en date. Escorté de ses acolytes, l'homme tapisse la voûte du chapiteau d'habiles superpositions sonores. La musique de Styrofoam nous saisit à la gorge alors que la chaleur ambiante achève de nous étouffer. Même le mercure d'un thermomètre ne s'adapterait guère à tel chaudron ! Derniers applaudissements, dernières sueurs : à l'extérieur, l'air frais demeure l'unique sauveur…

Les échos médiatiques d'outre-Manche nous guident alors vers le Club où se tient le concert de The Magic Numbers. A première vue, ça fait peur : deux garçons, deux filles sapés comme des cow-boys fringants nous délivrent une vision post-folk apocalyptique. En 'gros', l'arrêt sur image brosse le portrait des membres d'ABBA en version rurale et folklorique. Mais une fois que nos quatre spécimens se mettent à jouer, la terre s'arrête de tourner. Que peut-on espérer de la pop aujourd'hui ? La réponse à cette question se chiffre en féerie : The Magic Numbers. Cette formation menée par le chant jovial et hypersensible de Romeo Stodart s'installe d'emblée comme le futur simple de la pop flower-power. A la basse, sa sœur Michelle Stodart porte très haut les couleurs familiales. Et le moins que l'on puisse dire c'est qu''elle est forte celle-là'! Derrière sa batterie, Sean Ganon impulse la rythmique tel un Stillwater échappé du casting d'Almost Famous. Sa frangine à lui se nomme Angela et donne de la voix sur toutes les perles mélodiques du combo biparental. Quatre musiciens, deux familles et un grand moment de musique pour cette nouvelle édition du Pukkelpop. Des tubes, comme s'il en pleuvait : « Mornings Eleven », « Forever Lost », « Love Me Like You », « Don't Give Up The Fight » (sur ce titre, les inflexions vocales de Romeo flirtent avec les intonations de Curtis Mayfield). Ce jeudi, le seul défaut des Magic Numbers, c'est la durée de leur performance : décidément trop courte…

A quelques mètres du Club, The Roots amorce son set sur la Mainstage. Le concert est très attendu. Pourtant, la fraîcheur communicative de ces nouveaux princes du hip-hop tombe rapidement dans une soupe démonstrative que n'aurait pas renié Carlos Santana. Un solo par ici, un par là, un petit à gauche, un petit à droite et comme si la tartine n'était pas encore assez beurrée, on s'en retape une couche. Sur ce coup-là, la déception nous envahit.

La solution, c'est l'exode. Partir loin, très loin : à l'autre bout du site où se tient Soulwax Nite Versions, une curiosité expérimentale. Pour l'occasion, les Fucking Dewaele Brothers nous reviennent en compagnie de leur dernier disque (« Any Minute Now ») mais n'interprètent que le squelette électro de ce dernier. A l'autopsie, l'opération tient du miracle : pitoyable dans sa version rock, c'est un Soulwax énergique, vivifiant et dansant qui nous tient en haleine. Bref, on se demande toujours comment les bastards-Dewaele en sont arrivés au rock ! Dans son prochain volet, le dictionnaire des synonymes doit en tenir compte : électronique et Dewaele, même combat…

A l'antithèse des frangins électro-belges, The Hives carbure en mode binaire. Le rock'n'roll demeure le seul et unique leitmotiv de ces cinq dandys costumés. En noir et blanc, c'est plus revivaliste. Le grand show commence sous la houlette de l'acrobate en chef : Howlin'Pelle Almqvist. Le gaillard harangue la foule de ses déclarations nombrilistes. Le sosie de Jim Carrey tire la langue quand il ne s'amuse pas de sa dernière grimace. Jeune et doué, ce type s'en fout… Pour lui, seul l'entertainment importe. Les lignes de basse du Dr Matt Destruction tabassent les fracas de batterie de l'élégant Chris Dangerous. Face au public, les deux guitaristes s'en donnent à cœur joie : Nicolaus Arson dégaine et tire ses riffs à bout portant alors que Vigilante Carlstroem maintient la mesure. 'Vous aimez les Hives ! Et vous ne pouvez rien y faire, c'est comme ça…', ironise Howlin'Pelle Almqvist. Dans la fosse, une partie du public le siffle, l'autre l'acclame. Au 21ème siècle, The Hives revêt encore une dimension subversive et mystérieuse. Vrai ou faux, ce groupe dérange. Blanc ou noir, The Hives intrigue. Leurs tubes sont des billes supersoniques catapultées dans l'urgence et la concision : « Walk idiot walk », « Two-Timing Touch and Broken Bones », « Main Offender », « Hate To Say I Told You So ». La musique des Hives est aussi simple et rapide que le montage d'un meuble Ikea. En moins d'une heure, les Hives ont démontré leur savoir-faire : Almqvist effleure sa main d'un dernier bécot en direction de ses fans chéris, c'est terminé.

Après une telle performance, les déguisements de rockers des new-yorkais de Bravery paraissent bien pâles. Chez eux, les poses tuent le naturel. Les compos transpirent la redite et l'attitude passe par le braquage de la garde-robe de l'histoire du rock. On peine à y croire...

On se frotte les yeux, on se rince le gosier et on suit le flux migratoire qui mène les festivaliers aux alentours de la grande scène. La sensation de l'année dernière est de retour en Belgique. Et cette fois, tout le monde semble au courant. C'est donc la grande foule à l'entame du concert de Franz Ferdinand. Les quatre aristocrates de la banlieue de Glasgow se plantent sur le devant de la scène. Droit comme un lampadaire, Nick McCarthy enfourche sa guitare. A la batterie, Paul Thomson a (enfin) décidé de se raser la moustache. Pour sa part, Bob Hardy tapote toujours sa basse comme n'importe quel autre morceau de bois qu'on lui aurait glissé entre les doigts. Et puis, que serait Franz Ferdinand sans Alex Kapranos ? Le chanteur charismatique de la formation écossaise est le seul à connaître le secret pour faire danser les filles. Tant mieux, elles n'attendent plus que ça… L'entrée en matière est triomphale. Les quatre garçons demeurent les têtes d'affiches incontestées de la journée. Et cela se sent. Alors, ils vont droit au but, larguent tous les singles du premier album : « Take Me Out », « The Dark of the Matinee », « Jacqueline », « 40 ft ». Les chansons du quatuor suscitent l'enthousiasme des spectateurs. Néanmoins, l'ambiance retombe dès que Kapranos et ses copains s'attaquent aux nouveaux morceaux. Alors là, interrogation : le public belge deviendrait-il mou du genou ? Pourquoi faut-il toujours appréhender les titres comme autant de tubes radiophoniques ? La fête ne peut-elle être insouciante et spontanée ? Vraisemblablement pas sur cette grande scène, pas ce soir. La Franz Mania veut son disque et attend impatiemment le mois d'octobre pour célébrer l'avènement de la nouvelle cuvée. A ce moment-là et seulement à ce moment-là, les fans apprendront les paroles par cœur : pas avant. Pour l'heure, se bouger le popotin sur les extraordinaires avant-premières 'franz ferdinniennes' semble prohibé. Le dernier simple « Do You Want To » chatouille les ondes radios. L'observation accrédite l'affirmation : le moindre hit amuse la galerie. Pour le reste, il convient de rester stoïque, de ne pas broncher : attendre le coup d'envoi du NME et la diffusion en 'heavy rotation' de MTV. Qu'importe, Franz Ferdinand a fait du bon boulot. Le groupe boute le feu, lance un bouquet final et repart le point levé : « This Fire is Out of Control… ».

Mais c'est sous la Marquee que la situation risque de devenir incontrôlable. Vingt-trois zigotos affublés d'une toge, outillés de divers instruments ou de super pouvoirs vocaux viennent d'envahir les lieux pour le plus grand bonheur de centaines d'adeptes. The Polyphonic Spree ou l'histoire vraie d'une chorale rock. Originaire de Dallas, la troupe est représentée par la figure mythique de son chef d'orchestre : Tim DeLaughter. Cet ex-Tripping Daisy ('sensation' grunge du milieu des années 90) est parvenu à ériger une fanfare congréganiste centrée sur une pop psychédélique ancrée au cœur des sixties. Le projet est ambitieux. Ils ressemblent à des hippies 'cryogénisés' mais le ridicule ne les tue pas. Au contraire, la robe au vent, les musiciens de Polyphonic Spree nous offrent un spectacle mémorable, une accolade d'harmonie, de cabrioles et surtout des chansons d'une classe imparable. Les instruments (guitares, trompette, flûte, violon, trombone, moog, orgue, basse, percussions, theremin, trompette) s'entrecroisent et se complètent doucement sans jamais sombrer dans l'ennui. Au contraire, The Polyphonic Spree constitue une des principales usines de constructions d'hymnes (à la joie ?) collectifs. « Soldier Girl » explose : c'est la folie. Comme des moines, les membres de la chorale prêchent la pop moderne et s'élancent dans d'inavouables chorégraphies. Plus tôt, « It's The Sun » s'était chargé de retourner les projecteurs vers les véritables protagonistes de cette première journée de festival. C'est miraculeusement déjanté : en cours de route, l'électron libre de la chorale, accessoirement délégué aux tambours, décide d'escalader l'armature du podium jusqu'à son sommet (avec son tambour !). A chaque seconde, ce numéro d'équilibriste improvisé frôle la catastrophe. Ce garçon est frappadingue, complètement déboussolé. En bas, le reste de la secte perpétue le délire communautaire. La grande messe s'achève sous une salve d'applaudissements, de l'eau bénite pour les disciples de cette compagnie hors du commun. Après cette vision angélique, le corps divague, les membres tremblent et les pensées s'égarent. Il faut se ravitailler…

Une fois les esprits revenus, les yeux s'ouvrent sur les décibels de Basement Jaxx. Derrière leur console, Simon Ratcliffe et Felix Buxton poussent les manettes à gogo. Devant, Lisa Kekaula (The BellRays) répond à nouveau présent. C'est foufou, ondulatoire et renversant comme la tectonique des plaques, un peu à l'image de « The Singles », dernier best-of en date.

Bon, c'est bien beau tout cela mais il y a d'autres chats à fouetter. Ou plutôt d'autres lapins ! Forcément : ce n'est pas tous les jours qu'on rencontre un chanteur agacé de ne pas posséder deux belles et longues oreilles. Mais pour Adam Green, tout se passe dans une zone obscure du cortex. Dès lors, se penser lapin suffit amplement pour se sentir lapin. Du coup, sur scène, la canaille new-yorkaise interprète « Bunny Ranch » en compagnie d'une jolie spectatrice, spécialement invitée sur le fronton pour se trémousser comme…une lapine ! C'est coquin et très mignon. La blague vire même au petit jeu de séduction. Au terme du morceau, Adam Green se ramasse un râteau de la lapine et un crépitement d'applaudissement du public. Dans tous les cas : c'est largement mérité ! L'adage disait : 'femme qui sourit à moitié dans son lit'. Et bien visiblement, ça ne fonctionne pas chez les lapins ! Adam Green était le prince de l'anti-folk. Désormais, il se présente comme le seul et unique militant du 'guignolo-cabaret-folk'.

Sous le Dance Hall, les gogos dancers du jeudi soir s'en donnent à cœur joie. Les Norvégiens de Röyksopp alimentent la foule de leurs rythmes digitaux. Postés devant une sorte de cabine de téléportation, les membres de Röyksopp égrènent leur répertoire avec une ferveur nordique des plus chaleureuses.

Et puis, c'est l'heure du flash spatio-temporel. The Prodigy vient, en effet, d'envahir la grande scène du festival. Ce groupe, fondé par le DJ Liam Howlett, est sorti de ses caves londoniennes au début des années 90 dans un fracas de riffs et de beats. Mais en 2005, la musique de The Prodigy se déverse dans les égouts et se vidange comme autant de mauvais souvenirs d'une époque révolue. Dans ces conditions que pouvait-on espérer des Anglais ? Plus grand-chose… Et pourtant, dans un dernier sursaut de bravoure, Keith Flint et Maxim Reality, les deux agitateurs maison, carburent une fois encore aux amphétamines. La grosse artillerie décante la plaine et électrocute les fans du siècle dernier. « Smack My Bitch Up », « Spitfire », « Breathe », « Girls » et « Firestarter », entre autres, suffisent à relancer toute une décennie « techno-punkoïdée ». Liam Howlett et les siens appartiendront bientôt à l'histoire. Mais ce soir, les turbulents londoniens ont célébré dignement cette 20ème édition du Pukkelpop.

Un dernier passage par le Château nous permet de constater que l'association des boucles électroniques à la soul Motown est foutrement originale. Il fallait y penser, Jamie Lidell l'a fait ! Cet ex-Super Collider ravive la folie du funk dans un méli-mélo de beats robotiques et de chaudes irruptions vocales. La journée touche à sa fin. Et déjà, demain nous appartient…

 

The Big Pop Circus Festival 2005

Écrit par

Associer le cirque et la musique lors d'un festival n'est pas une idée neuve. L'une ou l'autre tentative a même déjà vu le jour. Mais elle n'a jamais récolté le succès escompté. Ce projet ambitieux mérite cependant qu'on s'y attarde ; mais pour le réussir, il faudra une bonne dose de persévérance. Et puis peut-être la participation de l'un ou l'autre groupe local susceptible d'entraîner ses aficionados. C'est en tout cas la conclusion que l'on peut titrer de cette première édition du Big Pop Circus Festival, dont la parfaite organisation méritait davantage que les 4 à 500 personnes qui ont assisté aux concerts de ce samedi 17 septembre (NDR : pour votre information, la journée du dimanche était exclusivement consacrée au cirque) : un superbe chapiteau, une acoustique impeccable, de la petite restauration et des prestations particulièrement convaincantes de tous les groupes à l'affiche ; sans oublier les interventions très remarquées des artistes du cirque Malter ( NDR : un bémol : l'absence de bière blanche !) En outre, la position de Molenbaix (NDR : entre le Mont Saint Aubert et le Mont de l'Enclus) permet à cet événement de briguer le statut de festival transfrontalier en attirant aussi bien le public flamand, wallon que du Nord de la France.

C'est avec plus d'une heure de retard que Willy Willy & The Voodoo Band entame les hostilités. Motif : trop peu de monde (NDR : le public arrivera peu à peu au cours de l'après-midi pour atteindre 400 à 500 âmes vers 20 heures). Et se produire devant une cinquantaine de spectateurs n'est pas forcément excitant. Pourtant, la formation flamande n'a pas failli à sa réputation. Ex Scabs et Arbeid Adelt, Willy Lambregt (NDR : il est également surnommé le Keith Richards du rock belge !) est maintenant soutenu par Pip Vreede (ex Red Zebra, ex Wolfbanes) à la guitare rythmique, Paul Brusseel (ex Mudgang et Revelaires) à la batterie et Marnix Catsyn (ex Soapstone, Revelaires) à la basse. Et leur white trash rock'n'roll implique de plus en plus de compos personnelles. A l'instar de son dernier opus, « Hellzapoppin ». Blues, rock'n roll et boogie constitueront l'essentiel d'un set fort solide, à défaut d'être original.

De La Vega (NDR : nom inspiré du célèbre feuilleton de Walt Disney, Zorro) est issu de Gand. Si le noyau de base implique le guitariste (NDR : sa six cordes est d'un vert étincelant !) JP Debrabander, le bassiste Ben Van De Velde et le drummer (NDR : sur les planches il garde presque constamment le casque sur les oreilles) David Van Belleghem, l'arrivée de la chanteuse Lize Accoe a donné une toute autre dimension à la formation. Elle possède une voix exceptionnelle, sorte d'hybride entre Dani Klein (Vaya Con Dios) et Geike Arnaert (Hooverphonic). Un timbre qui sied parfaitement à leur musique, fruit d'un mélange de dub, rock, soul, funk, (nu) jazz et hip hop. Sur scène le line up est enrichi d'une section de cuivres (deux trompettes et un saxophone), ainsi que d'un percussionniste. Et tout ce petit monde nous plonge dans une atmosphère envoûtante, sorte de trip hop survitaminée. Un set au cours duquel se manifesteront des dompteurs de boas et une très jeune contorsionniste. En fin de parcours, Lize s'aventurera même dans la boule infernale, au sein de laquelle virevoltent deux motards. Impressionnant ! Tout comme le set de De La Vega, d'ailleurs. Avec Absynthe Minded, cette formation constitue probablement deux des plus beaux espoirs du nord de la Belgique.

La naissance de Chilly Pom Pom Pee remonte déjà à 1994. A l'époque, la formation liégeoise se produisait sous la forme d'un quintet. Depuis 2002, suite au départ d'un des guitaristes, elle est donc réduite à la formule du quatuor (NDR : très mathématique tout ça !). Ces fanas de bon vieux rock'n'roll jouent la musique qu'ils aiment sans se prendre la tête et sans détour. Parmi leurs références, on citera les Rolling Stones et les White Stripes. Mais aussi le Clash. Ils rendent d'ailleurs un hommage à Joe Strummer à travers leur chanson « The missing drive ». Leur rock teinté de funk, de reggae et de punk passe en tout cas plutôt bien la rampe sur scène ; même s'il faut avouer qu'il lui manque encore de ce petit quelque chose pour faire la différence. Encore que l'intervention de l'artiste préposée aux cerceaux a donné une dimension assez particulière au show. Costard/cravate, Christophe Loyen se démène comme un beau diable, pendant que Didier Masson et Pierre Lorphèvre, respectivement guitariste et bassiste, triturent leur râpe avec fièvre et passion. Parfois, Chritophe sort un harmonica de sa poche pour insuffler un zeste de blues dans les compos. Apparemment friand de covers, CPPP nous réservera une superbe interprétation du « Debaser » des Pixies et puis en rappel leur cover incontournable du « My generation » des Who.

C'est sous la forme d'un quatuor que Mud Flow monte sur les planches. Un guitariste supplémentaire est donc venu rejoindre le line up du combo depuis le début de l'année. Enfin, du moins pour les prestations live. Auteur d'un remarquable quatrième opus, début de l'année dernière (« A life on standby »), la formation a acquis une maturité scénique étonnante. Sans oublier d'y ajouter un sens de l'esthétisme particulièrement raffiné. Le tout tapissé de projections assurées par le frère de Vincent. Tout au long de leur set, l'émotion et la sensibilité des mélodies sont très palpables. Entrecoupée de passages tendres, intimistes, l'électricité coule à flots comme à la plus belle période de la noisy (NDR : pensez à Ride !). Et la voix bien timbrée de Vincent accentue cette impression de mélancolie tour à tour douce ou  furieuse. Derrière le backing group assure. Charly Decroix aux drums d'abord (NDR : probablement un des meilleurs de sa génération ! Pas pour rien qu'il a remplacé au pied levé celui de Girls In Hawaii, l'an dernier). Et puis Blazz, dont les accès de basse mélodique font merveille dans ce contexte sonore. « The sense of 'me' », « Tribal dance », « Five against six »  et bien sûr le single « Today » constituent les points d'orgue du set. Mais Vincent (NDR : manquerait-il de charisme ?) trouve le public un peu trop amorphe à son goût, abandonne sa guitare et rejoint la foule pour tenter de la réveiller. C'est à cet instant qu'elle se rend alors seulement compte de la qualité du show. Et pour clore le spectacle, le crescendo de « New Eve » nous entraîne progressivement dans un tourbillon dantesque, digne du meilleur Mogwai… Epatant !

Jérôme Mardaga monte sur scène. A sa gauche, son bassiste Sacha Symons prend place sur un siège. A sa droite, Thomas Jungblut - un personnage atypique et plutôt de petite taille – se réserve les drums, installés de profil par rapport au public. C'est son éternel petit groupe de merde. Derrière le trio on aperçoit des machines, un clavier et autres gadgets électroniques. Jérôme est armé d'une guitare électrique. Et il ne s'en séparera que trop rarement. Son set est puissant. Il interprète ses inévitables « Tous les gens que j'aime vont mourir un jour », « Ma femme me trompe », « Moi je voudrais », « J'ai peur des Américains », et autres extraits de ses deux albums (« Un monde sans moi » et « 12h33 ») en ponctuant ses compos d'interventions pince-sans-rire dont il est coutumier (NDR : Avant d'attaquer « Je voudrais », il compare même les Diables Rouges actuels à des tapettes, plus soucieux de leur voiture de sport que de l'honneur de leur nation, sous les vivats du public). Bref, il sait mettre de l'ambiance. Malheureusement, il faut attendre trois bons quarts d'heure avant de changer de registre. Il chante alors en solo « J'ai les mains qui tremblent », dans un style qui peut rappeler Jean-Louis Aubert. Emouvant ! La présentation de ses musiciens et de son staff technique est originale. A travers un conte moderne, il les propose à feu Jimi Hendrix. Mais ce soir, Jérôme a bouffé du métal et n'est avare ni d'énergie, ni d'électricité. En fin de parcours, alors que les motos recommencent à vrombir dans la boule infernale, il s'écrie : 'On aime Motorhead' ! Au bout du compte, j'aurais davantage apprécié que Jéronimo nous propose un set plus nuancé. En incluant un zeste d'acoustique, par exemple. Attention, le show était très bien ficelé, très efficace même, mais d'une efficacité monocorde.

En final, Pillow s'est acquitté de sa prestation avec énormément d'application. On sent que l'expérience de la scène les rend plus sûrs d'eux, même si inévitablement la prestation de Guillaume, le guitariste soliste, se détache du lot. Il est cependant regrettable que le batteur continue de drummer dans un registre aussi indolent, alors que le post rock de Pillow mériterait davantage d'explosivité percussive

 

Festival du Hibou : Girls in Hawaii + Sharko

Écrit par

Première édition de ce festival organisé par les scouts de Kraainem dans un de leurs locaux patronaux. Un certain nombre de groupes étaient à l'affiche, mais je n'ai pu assister qu'aux deux derniers concerts (NDR : eh oui, j'appartiens à  cette catégorie de gens qui travaillent le week-end). Et j'ai malheureusement manqué le set de Skaira dont on m'a dit le plus grand bien. Je me dois d'abord de vous décrire l'ambiance que je résumerai par les paroles d'une chanson de Nietzsche: 'Les adolescents, je hais les adolescents'. Une grosse partie du public avait beaucoup trop forcé sur les substances illicites et il faut avouer que c'était vraiment le bazar dans la salle.

Venons en au concert. Girls in Hawaii pour commencer. J'avoue : ils pourraient chanter « Tata yoyo » en version trash métal que je serais subjuguée. Pourquoi? Ils ont un talent fou. J'ai assisté à quatre de leurs sets, au cours des derniers mois. Et aucun concert n'était semblable. Que ce soit face à 50 personnes dans une salle perdue au fin fond des Flandres (Hoogstraeten) ou devant 1500 personnes à l'AB. Ils se renouvellent, explorent, détonnent. Et explosent. Un vrai bol d'air frais. Ce soir, ils nous ont gratifié, d'entrée de jeu, d'une nouvelle chanson. Qui s'inscrit dans la  lignée de ce qu'ils ont fait jusqu'à ce jour. Et leur bassiste s'est jeté dans la foule (NDR : l'influence d'Enhancer??) lors du morceau instrumental qui l'envoie généralement dans les coulisses. Sublime !

Sharko clôturait l'affiche. J'aime bien sur disque. J'aime bien en concert. J'aime bien David, le chanteur, qui a l'air déprimé au dernier degré, mais reprend toujours confiance en lui sur scène. Mais il nous sert toujours les mêmes trucs, les mêmes 'hehoooo' pendant les mêmes titres. Désolant, car il a un réel talent. Et puis surtout, ses chansons sont vraiment intenses. Surtout celles de son deuxième album. Et je pense tout particulièrement à « I get down ». Dans un futur porche, vous pourrez facilement vérifier ces propos, car Sharko accomplira une tournée des ducasses au cours du printemps.

 

Rock Werchter 2004 : dimanche 4 juillet

Après trois jours de bourlingue festivalière, les genoux fatiguent mais le cœur y est toujours, d'autant que pour la première fois à Werchter est programmé un groupe wallon : un événement en soi, qui confirme une fois pour toutes la bonne santé de la scène francophone. Il y a quelques mois, on pariait sur la venue de Girls In Hawaii à Werchter (cfr review concert AB). C'est chose faite. Certes, Venus est déjà passé par ici, mais c'était en remplacement de dernière minute… Les Girls étaient donc attendus de pied ferme, et pas seulement par les francophones de Werchter (plus nombreux semble-t-il que d'habitude) : il y avait des flamands sous la tente, preuve que le snobisme du Nord n'est qu'une invention de critiques rock en mal de scoops communautaires (votre serviteur en premier…). Ca roule donc plutôt bien pour Girls In Hawaii : à l'affiche de la plupart des gros festivals européens de cet été (des Eurockéennes à Benicassim), le groupe hennuyer est bien parti pour ravir le trône à… Venus du « groupe wallon le mieux exporté » de ces dernières années. Après Danko Jones et ses pétards rock furibards (un bon réveil matin), les Brainois se devaient d'assurer : ça commence fort par « Short Song For A Short Mind ». L'ambiance est bon enfant, les applaudissements nourris. Il faut dire que les Girls écument les salles depuis maintenant plus d'un an, ce qu'il faut de temps à un jeune groupe pour parfaire ses sets et éviter toute maladresse. A dire vrai, chaque concert des Girls In Hawaii se révèle à chaque fois de mieux en mieux. Ici, le groupe surprend par sa maîtrise et sa force de frappe. Oui, les Girls In Hawaii n'ont plus rien du groupe timide qu'on a pu voir l'année dernière à Dour… « Time To Forgive The Winter », « Found In The Ground », « Catwalk »,… Le groupe est soudé, le son excellent. Lors du dernier titre, le fameux « Flavor » et ses montées de guitares à la God Machine, le public se lâche pour de bon, et le groupe avec. Devenu au fil de leurs concerts le morceau le plus attendu par les fans, « Flavor » impressionne par sa puissance métronomique… A tel point qu'au moment du dernier accord plaqué par le groupe, la tente exulte. Et c'est parti pour un rappel, dans la plus pure tradition Girls In Hawaii : l'instrumental stoner-surf ( ?) dont le titre nous échappe (un inédit), qui finit de nous mettre sur les rotules. Un grand concert mené de main de maître. Les Girls In Hawaii ont la grande classe (NDLR : pas pour rien que Musiczine leur avait consacré une interview l'année dernière !), et leur musique est savoureuse.

Après telle claque, autant reprendre ses esprits en comatant aux abords de la tente : ça vaut mieux qu'aller fureter du côté de la Main Stage, où les affreux Zornik gueulent leur rock anal à la Muse.

Tant qu'à faire, autant rester pour le Gantois Sioen, même si son folk-rock brechtien plein d'emphase est loin de nous ravir les oreilles. Assis derrière son petit piano, Sioen hulule ses complaintes théâtrales en oubliant que le « less is more » vaut souvent mieux que toute débauche démonstrative. « See You Naked », « Cruisin' », « Wild Wild West » : des hits en Flandre, mais rien de bien subtil. On a déjà comparé Sioen à Stef Kamil Carlens : c'est une grossière erreur (cfr review Dour 2003). Sioen ne vaut pas telle éloge. D'un romantisme grossier, ses chansons boursouflées sonnent comme la bande-son parfaite d'un mauvais film avec Meg Ryan (pléonasme).

Après ces deux heures d'ennui profond, il était temps que Roy Paci nous réveille. Trompettiste au sein du Radio Bemba Soundsystem de Manu Chao, le Sicilien et sa bande de joyeux drilles (Aretuska) n'auront eu aucun mal à faire danser un public éreinté par les jérémiades de Starsailor. Leur cocktail détonnant de ska, de rythmes latino et de saynètes à la « Canto di Malavita » valaient assurément le détour : au début plutôt calme, le public se lâcha rapidement, pour laisser exploser sa joie dès le milieu du concert. Roy Paci et son groupe avait cette année la lourde tâche d'être le groupe « world » de l'affiche (une constante à Werchter, parce qu'il faut bien contenter tout le monde) : contrat pleinement rempli, avec ce concert du feu de dieu.

En face, c'était au tour de Lamb de réchauffer l'ambiance après Starsailor et ses grosses montées d'urticaire. Ce n'est un secret pour personne : Louise Rhodes et Andy Barlow aiment le public belge, qui le lui rend bien. Pour la quatrième fois à Werchter, le duo britannique n'avait donc plus grand chose à prouver : un bon prétexte pour se lâcher en proposant un set un peu différent des sempiternels best of de festivals. C'est par « Soft Mistake », étrange instrumental psyché-bobo tiré de l'album « Fear of Four », que Lamb débute son concert. Une belle introduction, sans la chanteuse, qui n'apparaît que pour le morceau suivant (« Gold »), dans une robe ravissante à la Dries Van Noten.

Mais déjà de l'autre côté s'affairent les bidouilleurs post rock de Tortoise… Un choix de programmation assez curieux quand on connaît le souci rassembleur du festival de Werchter. C'est que le rock instrumental de ces Américains n'est pas vraiment taillé pour la masse : oscillant sans cesse entre une certaine idée du free jazz et de la musique minimaliste (Steve Reich en tête), Tortoise passe souvent pour le groupe intello par excellence. Pas le genre de la maison Werchter, mais en fin de compte pourquoi s'en plaindre ? Même si le public était clairsemé (mais les spectateurs présents plus qu'attentifs), Tortoise aura livré un set formidable de précision et de profondeur, avec comme climax les fantastiques « Ten-Day Interval » et « I Set My Face To The Hillside » (de « TNT »). Et puis voir Douglas McCombs et John McEntire se livrer face-à-face à des combats de batterie ou de vibraphones, il n'y a rien à dire : ça le fait.

Voir PJ Harvey en concert s'avère toujours un grand moment : après son passage au Pukkelpop l'année dernière, l'Anglaise remet les couverts à Werchter, avec cette fois un nouvel album sous les bras, le brut et racé « Uh Huh Her ». Revenue à un son plus carré et dépouillé à la « Dry », PJ Harvey débute son concert par « The Life And Death of Mr. Bad Mouth », le titre d'ouverture de son septième album. Le son est ramassé, la belle rugit derrière son micro, vêtue d'une robe jaune vintage et d'escarpins rose flash. Après « The Whores Hustle And The Hustlers Whore », le nouveau single « The Letter » et l'irascible « Dress » (de « Dry »), la chanteuse qui jusque là semblait distraite, se détend et lâche la purée : c'est « EVOL », puis « A Perfect Day Elise », avant les splendides « Down By The Water » et « Meet Ze Monsta », de « To Bring You My Love » (son meilleur album, le plus velouté, le plus charmeur). PJ incarne l'essence même du rock au féminin : sans cesse sur le fil du rasoir, d'une puissance pleine de grâce, son répertoire ne souffre d'aucune baisse de tension. En toute fin, « Taut » (de « Dancehall at Louse Point ») et « Big Exit » achèvent l'audience de leurs refrains félins. Encore une fois, PJ Harvey fit mouche. On n'aurait pas craché sur une demi-heure de plus.

Et puis ce fût les Pixies. Le concert le plus attendu de ce festival de Werchter. De l'année. Plus de dix ans qu'on attendait ce moment : pour toute une génération, les Pixies sont le groupe qui inventa Nirvana, le grunge (etc.), en redorant le blason d'un rock qui, fin des années 80, excitait autant l'auditeur lambda qu'un plat de nouilles resté trop longtemps au réfrigérateur. Avec eux, il faisait bon de réécouter des guitares, ces fameux trois accords qui suffisent parfois pour fonder un groupe. Et quel groupe, ces Pixies ! Leur carrière aussi courte et fulgurante qu'une étoile filante aura marqué bien des esprits, de Mudhoney aux Strokes. Autant dire que les voir fouler une scène, dix ans après leur split, relevait pour beaucoup du pur fantasme à la Nick Hornby. Les Pixies ! Il y a un an à peine, Frank Black niait encore vigoureusement toute possibilité de reformer son groupe fétiche. « Plutôt avoir un cancer des testicules » (gasp), ironisait-il… Et pourtant les voilà, au grand complet : si Kim Deal a pris du poids, son jeu de basse minimaliste reste spectaculaire. Joey Santiago, lunettes noires, cheveux rares, reste imperturbable, décochant ses riffs malins l'air stoïque. David Lovering martèle ses fûts avec vigueur. Frank Black toise la foule du haut de sa bedaine, les yeux légèrement soulignés au Rimmel. En une grosse heure, le groupe balance 20 morceaux, 20 tubes (ou presque), sans fioritures ni blabla. Le son est excellent ; l'interprétation, parfaite, bien qu'évitant toute prise de risques. Qualité cds, bref 20 chansons reproduites à l'identique, comme sur disque. Mais faut-il s'en plaindre, quand on est face au groupe le plus influent des années 90, une véritable machine à tubes ? « Bone Machine », « Broken Face », « Monkey Gone To Heaven », « U-Mass », « Velouria », « Wave Of Mutilation », « No. 13 Baby », « Debaser », « Tame », « Gigantic », « Caribou », « Isla de Encanta », Here Comes Your Man », « Vamos »,… N'en jetons plus : quand les tubes ainsi s'enchaînent, c'est presque trop beau pour être vrai. Et pourtant… Kim Deal a l'air contente, souriant sans cesse face à un Frank Black imposant, qui sait l'émotion que sa musique dégage. Aux premiers rangs, on se bouscule, on reprend à tue-tête « Where Is My Mind ? » et ses « Ouh ouuuuuh » magiques. Serrés sur 20 mètres carrés à droite de la scène, les Pixies sont l'objet de tous les regards et de toutes les oreilles, et c'est bien normal : devant nous, on assiste en direct à l'une des reformations les plus spectaculaires de ces dernières années. Peu importe qu'elle soit sans doute la conséquence de préoccupations financières, du moment qu'elle ne sente pas l'arnaque (cfr The Doors, Sex Pistols). Vivement leur retour en salle !

La soirée, pourtant, ne fait que commencer, avec sous la Pyramide, les excellents N.E.R.D., bref les Neptunes (Pharell Williams et Chad Hugo, celui-ci ayant déclaré forfait pour la tournée) en plus de Shay Haley. Les Neptunes sont la paire de producteurs la plus courtisée du rap/r'n'b business, de Snoop Dogg à Justin Timberlake. On leur doit quantité de hits certifiés platine. A côté de ce boulot alimentaire, ils ont aussi leur groupe, la rencontre entre Sly Stone, Cheap Trick, James Brown et les Beatles… Rien de très hip hop, même si on y retrouve clairement cette dimension urbaine et saccadée qui remplit leur compte en banque. Entouré par un vrai groupe (Spymob), Pharell et Shay haranguent d'entrée de jeu le public venu en masse : « Brain Fly Run » et « Backseat Love » donnent le ton – rock et funky, malgré quelques problèmes de micro. L'ambiance est survoltée, les spectateurs répondant au quart de tour aux invectives des deux Américains. La machine est lancée : « Provider », repris en chœur, « Maybe », « Breakout », « Rockstar ». Le groupe est balèze. Mais c'est lors de leur single « She Wants To Move » et de « Lapdance » que la tente vraiment succombe. Gros délire, beau souvenir. Le plancher craque sous les pieds des milliers de fans qui sautent en l'air à la demande de Williams. « Say N.E.R.D., Hell Shit ! ! ! », scande le rappeur, avant de tirer sa révérence sous un déluge d'applaudissements. Très très fort.

Avant que ne débute le concert de Air, un petit détour du côté de la Main Stage avec Placebo, têtes d'affiche malgré eux (Bowie absent pour cause de nerf coincé) : pour ce qu'on en a vu, Brian Molko et ses deux compères avaient l'air d'être en bonne forme… Ce qui est bien, c'est qu'ils ont joué en toute fin « Nancy Boy », sans doute leur meilleur morceau, pourtant de moins en moins joué sur scène. Que Placebo passe après les Pixies, c'est néanmoins incompréhensible : heureusement ils n'ont pas repris « Where Is My Mind ? », qu'ils ont maintenant l'habitude de jouer en clôture de leurs concerts. Faut pas pousser bobonne, surtout quand elle a la carrure de Frank Black. 

Après tant d'émotions, rien ne vaut un petit concert de Air, le meilleur moyen pour reprendre des forces et se détendre les nerfs. Nicolas Godin et Jean-Benoît Dunckel l'ont bien compris, en interprétant cette fois leurs titres les plus sereins et reposants. Accompagnés de Sébastien Tellier aux claviers et d'un batteur taiseux, le duo versaillais occupe le devant de la scène dans une atmosphère décontractée. Chantant tour à tour de leur accent français si « romantic » les titres de leur dernier album (« Venus », « Alpha Beta Gaga », « Cherry Blossom Girl », « Run », « Another Day »), les deux Français n'ont aucune peine à captiver un public qui accueille leur musique vaporeuse comme un cadeau du ciel. Une pommade pour les muscles. Un transat pour le cœur. De « 10.000 Hz Legend », Air n'a retenu que « People In The City », dans une version elle aussi plus cotonneuse. Mais rien ne vaut encore la chaleur diaphane de « Talisman » et de « La Femme d'Argent », avec en bonus les deux tubes « Kelly Watch The Stars » et « Sexy Boy ». Sans aucun doute l'un des concerts les plus régénérant de tout le festival, sans doute parce qu'en raison de sa dimension « chill out », il arrivait à point.

A point pour repartir de plus belle en compagnie des 2 Many DJ's, en remplacement de Bowie : certes, il ne s'agit pas d'une tête d'affiche équivalente. Les rumeurs annonçaient la venue éventuelle de stars comme Morrissey, les RHCP, Alice Cooper ou encore les Strokes. A la place, des DJ's, pour la plus grande fiesta en plein air qu'est connue la Belgique : 65.000 personnes dansant en rythme sur Alter Ego, Tiga, Donna Summer, Blur, les White Stripes, Primal Scream, Vitalic,... Et sur Bowie (« Rebel, Rebel » pour lancer les festivités, avec une petite animation pastiche sur les deux grands écrans, représentant un Bowie mal en point). Plus électro que d'habitude, les frères Dewaele auront rempli leur contrat avec succès, même si on aurait préféré Bowie ET les 2 Many DJ's. Une chose est sûre : c'était la bamboula sur la plaine de Werchter, autrement dit ce n'était pas une mauvaise idée d'inviter nos deux rois du bootleg. Il paraît d'ailleurs que Bowie les adore. On espère qu'après sa convalescence, il nous reviendra en pleine forme… Et réservera sa place pour l'édition 2005.

 

Rock Werchter 2004 : samedi 3 juillet

Écrit par

The Rasmus : un ensemble finnois qui est parvenu à faire son trou sur la scène internationale, lors de la sortie de « Dead letters ». En 'live', son pop rock mélodique n'est guère surprenant et souffre de la médiocrité du chant Ylönen. Sans intérêt !

Bart Vincent et Does de Wolf ont donc réalisé leur rêve : jouer à Werchter ! Une récompense que le Thou gantois a bien mérité après avoir consacré plusieurs années à la création musicale. Ils ont interprété une majorité de compos issues de leur dernier album, « I like girls in Russia ». Et en particulier « I won't go to Nashville », « Roam » ainsi que « Breakin' up the heart of a girl », chanson pour laquelle ils ont reçu le concours du violoniste de Das Pop, Reinhard Vanbergen. Entre pop énigmatique et rock puissant, qu'épice agréablement un chant versatile, leur set a été reçu 5 sur 5 ! 

Drivé par Marco Roelofs, De Heideroosjes roulent leur bosse depuis 15 ans. Et on s'en est rendu compte tout de suite. Un set impeccable ! Leur mélange de punk rock mélodieux et de hardcore est secoué par de nombreux changements de tempo. Issus de la plume de Roelofs, les lyrics opèrent une critique de la société contemporaine. Une formation à l'attitude punk, mais douée d'une vision à long terme. Moment d'émotion lorsque leur roadie est monté sur scène. Victime d'un grave accident de voiture, accident qui s'est produit lors d'une tournée, il est à nouveau sur pied. Le public lui a réservé un accueil chaleureux. De Heideroosjes ont puisé dans leur large répertoire. Depuis « Ik wil niks » à « We're all fucked up » en passant par « Iedereen is gek behalve » et « Dick Advocaat », une chanson écrite pour fustiger la folie engendrée par le football chez les Néerlandais, lors de la coupe d'Europe au Portugal, et « Time is ticking away ». De leur dernier opus, « Sinema », on a eu droit à « Spacegoat revolution » et « Damclub hooligan ». Le public des Heideroosjes est très fidèle. Il est sans cesse invité à chanter, faire des rondes, lever le poing, etc. Un des meilleurs moments constitue assurément l'hommage à Urbanus, auquel le groupe doit le patronyme De Heideroosjes. Un terme issu d'une de ses conférences. Urbanus et De Heideroosjes avaient même chanté dans une version fullspeed « (Marie-Louisje aan de) Kodazuur ». Un set sympathique, amusant et qui mérite le respect. Une chose est sûre on venait de vivre un des meilleurs moments de cet après-midi.

Drivé par le duo Canning/Drew, le collectif Broken Social Scene vient de sortir son deuxième elpee en Europe (« You forgot it in people »), un disque commis voici déjà un an et demi. Mais en 'live', le spectacle est impressionnant. Broken Social Scene est un large collectif : une moyenne de quatre guitaristes, une section de souffleurs, un organiste et j'en passe. Toute une armada qui soutient une voix féminine. Les guitares entretiennent un certain climat où se mêlent de rock, psychédélisme et americana, un climat visionnaire, énigmatique, intense, fiévreux, opérant l'un ou l'autre détour vers la dance et le jazz, tout en adressant l'un ou l'autre clin d'œil à Badly Drawn Boy, à Wilco ou encore à Godspeed. Solidement construites, les chansons peuvent également évoluer sur un mode uptempo. De quoi permettre aux guitaristes de se libérer (NDR : les mauvaises langues diront de s'égarer). Impressionnant ! Un ensemble à suivre et surtout à revoir dans les circuits des clubs…

Daan Stuyven est un personnage particulièrement créatif. On a déjà pu le constater au sein de Dead Man Ray, mais en solo, le mélange capricieux de pop et d'électronica est particulièrement brillant. Et ses opus éponymes en sont la plus belle illustration. Tout de blanc vêtu, Daan entame son set par « Housewife », une compo dynamique dont la fusion d'électronique et de percussions, balayée de ses riffs de guitare, entraîne instantanément un mouvement de danse au sein de la foule. Et son timbre vocal rauque accentue le pouvoir d'expression de ses chansons. Notamment sur des compos comme « Victory » ou « Eternity ». Nous aurons encore le loisir de reparler de Daan, au cours des prochaines semaines, puisqu'il participe aux festivals d'été…

Lors du Pinkpop, j'avais eu l'occasion d'assister au set spectaculaire de Black Eyed Peas, un collectif américain responsable d'une musique à la croisée des chemins du hip hop, du r&b et de la pop. L'ombre de Faithless y avait même plané. Paru l'an dernier, leur dernier opus « Elephunk » leur a permis de percer en Europe. La barre était donc placée très haut, avant qu'ils ne montent sur les planches. Après un départ raggamuffin', invitant le public à lever les mains en l'air, le groupe a enchaîné par ses classiques : « Hey mama », « Let's get retarded » et « Shut up ». Sur scène, le groupe bouge beaucoup. Dans la plaine, le public aussi. Les vocaux plein d'âme flattent les tympans. Les danses du ventre de Miss Fergie nous en mettent plein la vue. Mais le collectif ne trouve pas l'équilibre et manque de conviction. En outre la musique est trop brouillonne, et l'étincelle ne jaillira jamais. Le set est d'ailleurs écourté, n'épinglant pour seul rappel que « Where is the love ». On espère mieux pour la prochaine fois !

Responsable d'un excellent premier elpee, Franz Ferdinand est parvenu à conquérir le public de sa musique très électrique. Un pop/rock pétillant, contagieux, dynamique, frais, dansant, bondissant, parfois réminiscent des eighties, aux mélodies simples mais terriblement efficaces et captivantes. La formule guitare/basse/batterie tient bien la route, mais ce sont les riffs de guitare qui se chargent d'entretenir l'adrénaline. Leurs deux singles, « Take me out » et « Matinée » ont chauffé l'ambiance. Et des compos telles que « Jacqueline », « Tell me tonight » et « Michael » ont libéré une intensité phénoménale. Le quartet écossais en a profité pour dispenser quelques nouvelles chansons dont un « Love destroy » vivement acclamé. Le groupe était fort ému par la réaction de la foule. Le guitariste Mc Carthy a hérité quelque chose de son compatriote Burchill, à l'époque où il sévissait chez Simple Minds. Lui et Kapranos, le chanteur, n'hésitent pas à accomplir quelques pas de danse pour dynamiser leur set. Un set court, puissant, tempétueux et surtout étourdissant.

Issue de Devon, en Angleterre, Joss Stone a sorti un premier opus remarquable, au printemps dernier : « The soul sessions ». Une jeune chanteuse de 17 ans, dont le timbre proche d'Aretha Franklin, soutient une soul/pop américaine chargée d'émotion et de vécu. Et elle a de très jolis yeux, ce qui ne gâche rien. Epaulée par deux backing vocalists, elle a touché le public de son set à la fois bouleversant et sensuel. Depuis un « Chokin' kind », à la sensibilité à fleur de peau, au groovy « Super duper love ». Stone a impliqué le public dans ses chansons, en les laissant parfois reprendre les refrains. Si l'ambiance procurée par « Victim of a foolish heart » et « Dirty man » était surchauffée, celle produite lors de la cover du « Fell in love with a boy » a littéralement déclenché un effet de serre. La sortie d'un nouvel elpee est prévu pour septembre. Il devrait ne contenir que des compositions issues de sa plume. En guise de prélude, des titres comme « Jet lag » et « You had me » sont très prometteurs. Une prestation qu'elle a achevée par « Some kind of wonderful ». Impressionnant !

L'an dernier, Moloko avait emballé le public d'une prestation cinq étoiles, sous la tente 'Pyramid'. Ce qui lui a valu, cette année, de se produire sur la scène principale. Mais pour cette édition, la chance leur a tourné le dos. Le matos électronique de Brydon a lâché pendant l'interprétation de « Sing it back » ; ce qui a obligé la chanteuse, Roisin Murphy, de se produire en acoustique. Le set avait bien débuté par « Familiar feeling », une compo joliment tissée dans le funk disco freaky et dansant, et enrichie de petites touches électroniques. Un début encourageant confirmé par « Fun for me » de « Do you like my tight sweeter ? » et « The time is now », deux fragments qui atteignaient la bonne température. Des moments très agréables que Murphy colorait de son timbre. « Where is the what if… » n'avait cependant pas sa place et ne suscita que l'ennui. Heureusement, « Pure pleasure seeker » et « Forever more » remettaient quelque peu les pendules à l'heure, mais sans jamais atteindre le niveau de l'année dernière, lorsque Moloko s'était produit dans le 'Pyramid'. En outre, les problèmes techniques ont entraîné une fin de set en mode mineur. Moloko nous doit une revanche. Peut-être l'année prochaine, si on lui accorde une nouvelle chance. Il le mériterait.

Sophia, c'est avant tout Robin Propper-Sheppard. Une formation très appréciée en Belgique. Sous la tente 'Pyramid', l'ambiance était étrangement austère. Faut dire que la puissance du son émise par Muse, qui se produisait alors sur le podium principal, avait de quoi perturber. Une situation d'autant plus dérangeante que Sophia a entamé son spectacle par deux compos plutôt calmes issues de son remarquable premier opus paru en 1996, « Fixed water » : « So slow » et « Are you hapy now ». Un moment au climat particulièrement captivant. Les accords de guitare pincés ainsi que la voix mélancolique et chaleureuse de Propper-Sheppard ont littéralement transporté les chansons, enrichies d'une instrumentation luxuriante. Et dans le même registre, « Swept back » et « Oh my love » du récent elpee « People are like seasons » ont maintenu cette impression. Joliment construits, « Every day » et le nouveau single « Holidays are nice » m'ont paru plus consistants. Sophia s'y est aventuré dans les beats électroniques. Mais ce sont « The river song » et « If a change is gonna come » qui se sont révélés les plus percutants. A cet instant, Sophia en est revenu à une sonorité plus tendue, plus aventureuse, plus sombre, presque noisy, comme à l'époque de God Machine, le précédent groupe de Robin. Quelle apothéose !

Le Novastar de Joost Zweegers est devenu un véritable groupe. Un quintette. Qui met bien à l'avant plan le piano de Zweegers. Sur disque Novastar se révèle plutôt paisible, humble, ambiant. Live, il devient énergique, musclé, acharné même, laissant une large part à l'intensité des compos. Zweegers se démène souvent tel un possédé. Il dégage un énorme charisme. Il a surtout interprété des compositions issues de son deuxième opus, « Another lonely soul ». Si le set s'est ouvert par « Lend me love », « Never back down » constitue le point d'orgue de sa prestation. Le vocaux sont clairs et convaincants. Le talent de Zweegers au piano soutenu par la puissance de la guitare a enchanté l'assemblée. Le groupe a bien sûr interprété « Rome », mais c'est « Wrong », un extrait de son opus éponyme qui sera le second point culminant. Pour interpréter « When the lights go down on the broken hearted » et « Don't ever let it get you down », Zweggers actionnait régulièrement le couvercle de son clavier pour s'en servir comme percussion. Il aura fallu attendre 4 ans pour voir la sortie d'un nouvel album de Novastar, mais le résultat est probant ; d'autant plus que sur scène sa transposition est impeccable. En guise de rappel, Novastar a accordé « This is the road to nowhere ». A cet instant, l'ambiance était à son paroxysme. Un moment d'émotion intense traversé par les accords du piano de Zweegers. Et puis « The best is yet to come », repris en chœur par le public…

Responsable d'un nouvel opus (« Baptism »), on se demandait bien ce que Lenny Kravitz allait nous réserver. S'il entame les hostilités par le solide titre « Where are we running », son concert sera essentiellement constitué de compositions issues de son ancien répertoire : « Mama said », « Always on the run », « It ain't over till it's over » et « Fields of joy ». Si d'un côté on y retrouve la puissance de son rock conjugué au passé, Lenny a eu la mauvaise idée de s'égarer dans des soli ennuyeux. Même la batterie et le sax sont tombés dans le piège. Sous cette forme, « Fear » en est devenu pénible. La cover d'« American woman » du Guess Who va lui permettre de remonter à la surface. Et « Fly away » ainsi que « Are you gonna go my way » de le remettre à flots. Sans oublier le bis, consacré traditionnellement au contagieux « Let love rule ». Si le show peut être crédité de bonne facture, il faut reconnaître qu'on n'y a rien découvert de bien neuf ; en outre, les soli inutiles ont donné l'impression que l'artiste était en panne d'inspiration. Are you gonna gonna go the way of Lenny ? Jusqu'à un certain point, oui ! Mais il serait temps qu'il prenne une nouvelle direction. C'est un message que la plupart des fans lui adressent. Puisse-t-il l'entendre !

Magnus est le projet musical de CJ Bolland et de Tom Barman. Pour ce DJ set, les deux compères avaient invité sur scène, la chanteuse/danseuse Zohra. Le duo a interprété quelques morceaux issus de leur elpee, « The body gave you everything » ; et en particulier « French movies » et « Summer's here ». L'accent a été mis sur la fête : des technobeats pompant la trance, l'électro et une bonne dose d'expérimentation. Barman dansait, bondissait, assistait régulièrement CJ Bollard et parfois chantait. « Drop the pressure » de Mylo à même mis le souk !

(Traduction Suzanne, adaptation Bernard Dagnies)

 

Rock Werchter 2004 : vendredi 2 juillet

C'est de loin qu'on entend les Lostprophets et leur punk-métal d'école gardienne : rien de très excitant, si ce n'est une reprise du « Reptilia » des Strokes, preuve que chez ces jeunes fous, tout n'est pas perdu. De toute façon pendant tout le concert il aura plu des cordes : le genre de météo qui en festival peut s'avérer des plus pénibles.

Heureusement, le temps s'éclaircit à l'arrivée sur scène des Black Rebel Motorcycle Club, sans doute un peu groggy de jouer si tôt et en pleine lumière (et d'avoir appris la mort de Brando). Il est clair que leur rock crépusculaire et dilaté s'écoute mieux dans un petit club enfumé, mais la Mainstage de Werchter ne semble pas les décontenancer outre mesure : en débutant leur set par « Ha Ha High Babe », le trio (lunettes et perfecto noirs) prouve qu'en toutes conditions son répertoire frappe là où ça fait mal. En plein bide, tel un uppercut décoché par Jack LaMotta, qui terrasse l'auditeur de ses reverbs à la Jesus & Mary Chain. Et le set est racé, sans fioritures ni baisse de régime : « Spread Your Love », « Six Barrel Shotgun », « Stop », « Love Burns », « US Government », « Heart And Soul », et bien sûr « What Ever Happened To My Rock'n'Roll », sous une pluie battante dès les premiers accords, comme si le ciel avait attendu leur tube famélique pour nous tomber sur la tête. De fait, il s'agissait d'un grand moment de rock'n'roll, l'eau fouettant les visages des fans transis sous leur capuche : « I gave my heart to a simple cause / I give my soul to a new religion »… Si ça c'est pas rock'n'roll, alors on ne sait pas très bien…

Parce qu'on a beau dire, question rock qui tâche, les Von Bondies n'assurent pas autant que les Rebelles Noirs du Club de Motocyclette (ou les Motocyclettes du Club Noir des Rebelles ?) : à vrai dire on connaît mieux ce quatuor de Detroit parce que son leader, Jason Stollsteiner, s'est fait refaire la façade il y a quelques mois par un certain Jack White… Qui était le producteur de leur premier album, et aussi un ami (plus maintenant). Autant d'ingrédients réunis pour faire des Von Bondies un groupe de fashion victim (ou plutôt de revival victim), mais un groupe de fashion victim qui n'arrive pas à la cheville des White Stripes ou encore des Dirtbombs. A en juger par l'ambiance (triste), on ne devait pas être les seuls à penser la même chose : à part sur « C'mon C'mon », aucun débordement juvénile ne fût à signaler. Peut-être faut-il mettre ce manque d'entrain sur le compte de la fatigue : c'est qu'à les voir, The Von Bondies n'avaient pas l'air d'être en grande forme. Allez, on ose : The Von Bondies, c'est un peu « les voies de garage du garage-punk » (rires).

Pour voir du vrai rock'n'roll, avec tout ce que ça réserve de clichés à la « Spinal Tap », en fin de compte il n'y a pas mieux qu'un bon petit concert de Monster Magnet. C'est bien simple : Dave Wyndorf est le Monsieur Loyal du stoner-rock. Chez lui, pas de pose : ce type est rock'n'roll, « for real ». Exemple : dès le premier titre (« The Right Stuff », une cover d'Hawkwind), Dave Wyndorf fracasse sa guitare. Pas à la fin : au début. Rock'n'roll. Sur « Third Alternative », une ballade porno-rock qui ferait passer Marilyn Manson pour un prude, Dave Wyndorf susurre, grogne, vocifère, suçote, chuinte, claque la langue, s'accroupit devant la foule et la regarde dans les yeux, la main dans le froc. Rock'n'roll. Et puis « Dopes To Infinity », « Space Lord », « Powertrip », c'est du sacré rock'n'roll. D'une puissance inaltérable. D'une ascendance jouissive. Montée, climax, descente. Comme en pleins ébats sexuels. Rock and roll. Dans le jargon américain d'époque, littéralement « baiser ». Monster Magnet baise les guitares, fait jouir le rock, titille les zones érogènes du psychédélisme. Juste avant les Sugababes et Nelly Furtado, rien ne vaut un bon petit coup de « va-et-vient », comme dirait Alex d'Orange Mécanique. « Mecs à nique ». Rock'n'roll.

Et les Belges dans tout ça ? Chaque année, un groupe (flamand) fait la différence, en général sous la Pyramide. L'année dernière, c'était Janez Detd, dont le concert était solide (l'ambiance, fantastique). Cette année, c'était Arsenal. Fort d'un bel album d'électro-world sorti il y a un an (« Oyebo Soul »), Hendrik Willemyns et John Roan ont depuis lors écumé les festivals (même la Boutik Rock) et ainsi eu tout le temps nécessaire pour roder sur scène leurs jolies chansons chaloupées. Dès le début, l'ambiance est décontractée, pour petit à petit s'échauffer jusqu'au titre de clôture, l'éblouissant « How Come ? ». Entre-temps, le public aura dansé sur « Longee » et ses rythmes tropicaux, jumpé sur l'excellent « Mr. Doorman » (le tube de l'été 2003, ici rallongé de cinq bonnes minutes, pour faire durer notre plaisir, et le leur), découvert un nouveau titre (« I'm Cummin », avec en guest Gabriel Rios, dans le style de Bran Van 3000), applaudi à tout rompre avant, pendant et après le concert. Il s'agissait sans aucun doute d'un des live les plus festifs et chaleureux de tout le festival. Et au milieu de tous ces groupes de rock/metal à l'affiche du vendredi, d'un véritable vent de fraîcheur, qui fît du bien aux oreilles et aux zygomatiques.

Les zygomatiques, parlons-en avec The Darkness. Au départ, on croyait à une bonne blague : le retour du heavy-glam eighties, façon Motley Crüe, assaisonné d'une pincée de Queen. Du rock moustache (voir le bassiste, du nom de Frankie Poullain – ça ne s'invente pas), osant l'exubérance poil à gratter, les « air guitar » en collant rose pailleté, tétons à l'air et cheveux long au vent. Sur disque, cela donne des hymnes pompiers parfaits pour les stades, des ballades collantes dignes d'un mauvais trip FM : c'est drôle, mais en live, de visu, ce genre de pantalonnade « rock'n'roll » donne la chair de poule en nous renvoyant à nos propres doutes (lisez : hontes). « Comment ai-je pu acheter ce disque ? », s'inquiète le spectateur devant le collant fuchsia de Justin Hawkins. Devant lui, la matérialisation douteuse de ses péchés pas très mignons : quatre types tricotant leurs guitares en prenant la pose, l'un d'entre eux chantant de sa voix de falsetto des trucs pas net sur les femmes et l'amour de mâle en rut. Rétro à gogo, et pourtant ça fonctionne… L'angoisse, c'est que The Darkness lance un nouveau revival, des plus kitsch : l'année prochaine, on se baladera peut-être en jean serrant, et on aura l'air con. On dansera dans les bals sur « I Believe In A Thing Called Love » et « Growing On Me », on réécoutera nos vieux Slade, on fera l'amour en feulant comme un élan (« Get Your Hand Off My Woman »). Les Darkness révèlent au grand jour nos pires obsessions, et quelque part c'est pour ça qu'on les aime. Tiens, vous saviez que Justin Hawkins s'était fait piercer le pénis ?

Décidément, les fans de gros riffs en auront eu pour leur argent en cette journée maussade : après The Darkness, Korn, les rois du nu-metal, les idoles de toute une génération biberonnée au metal et au rap. Attendus de pied ferme par une horde de fan en culotte courte, Jonathan Davis et ses chevaliers de l'Apocalypse lanceront leur machine de guerre avec « Right Now », et pendant plus d'une heure ne relâcheront jamais la pression, à l'image des énormes « Here To Stay », « Falling Away From Me » et « Freak On A Leash ». Pendant « Blind », les pogos vont bon train, les coudes se perdent : on repère un blessé évacué en vitesse, l'arcade sourcilière ouverte. Plus tard, des milliers de puceaux reprennent en cœur « A.D.I.D.A.S. » (traduction : « All Day I Dream About Sex ») : mieux qu'un court d'éducation sexuelle, Korn sait parler aux garçons et aux filles… Pour une fois, le son est correct, sauf à la fin, lors du dernier titre (« Y'All Want A Single »). Il se pourrait bien que ce concert soit le meilleur de Korn sur nos terres depuis des lustres : ramassé, incisif, varié (un best of). De grands moments : « Shoots And Ladders », au dernier couplet duquel le groupe enchaîne sur le « One » de Metallica, la reprise réussie (et décoiffante) du « Another Brick In The Wall » de Pink Floyd, et un « Faget » survolté. En un peu plus d'une heure, Korn a confirmé à l'aise son statut de groupe metal le plus influent des années 90/00 : balèze, du début à la fin.

On ne peut pas en dire autant de Metallica, dont les trop réguliers passages chez nous commencent sérieusement à lasser. Il y a quinze ans déjà qu'on parle de Metallica comme le « groupe de heavy metal le plus important de ces 25 dernières années ». Cette réputation de baroudeurs trash n'a jamais été remise en cause, et ça commence à bien faire : depuis quinze ans, pas mal d'eau a coulé sous les ponts, et Metallica a sorti pas mal de daubes. Son dernier album en date, « St Anger », annonçait en grandes pompes le retour du groupe au trash des origines, celui de « Master of Puppets » : à le réécouter, on entend surtout le son de casserole de la batterie de Lars Ulrich, et surtout on s'ennuie pendant ces titres à rallonge, qui auraient gagné à être réduits de moitié. Metallica se repose sur ses lauriers, pensant qu'il n'a plus rien à prouver à personne, sauf que depuis le « Black Album » sont apparues des choses bien plus excitantes au rayon metal de nos disquaires préférés. La preuve, c'est que Metallica recentre maintenant les sets de ses concerts sur la période pré-Black Album, occultant par là la moitié de sa carrière (et de « St Anger », seuls « Frantic » et le titre éponyme sont joués). Au menu, donc : « The Four Horsemen », « Sad But True », « Creeping Death », « Battery », « Master… », « One », « Seek and Destroy », etc. De la grosse barbaque de barbare, un vrai supplice. « Gimme a M, Gimme a E, Gimme a R, Gimme a D, Gimme a E ! ! ! »

Après tant de violence et de haine, un peu d'électro (pas trop tôt) ne pouvait que passer comme une lettre à la poste : dommage que ce soit avec T. Raumschmiere, parce qu'il faut bien avouer que l'électropunk pouet pouet de ces quatre Allemands sent plus la bière que la sueur du dance-floor. Sur scène, un guitariste, un bassiste et un batteur, parfois tous ensemble aux machines, parfois au chant, bref un fameux bordel, dans une ambiance crade et glauque comme dans un squat de Berlin. Le problème chez T. Raumschmiere est le manque évident de mélodies qui tabassent : en vérité c'était aussi excitant qu'un plat de choucroute pas cuite un soir d'Oberbayern (blurp). Mais heureusement pour ces bidouilleurs en tablier blanc, il y a LE hit : « Monstertruckdriver », dont le beat festif et couillon sera hurlé en chœur par un public alors en folie (et rejoué en rappel). « Monstertruckdriver », c'est un peu le « Seven Nation Army » de l'electro caca pipi. Efficace et addictif, même si dans un an ce sera autre chose, et ainsi de suite. Allez, les bras en l'aiiiiiiiiiir ! ! ! ! ! !

 

 

 

Rock Werchter 2004 : jeudi 1er juillet

Si ça continue, dans dix ans il faudra prévoir quinze jours de vacances pour aller à Werchter : depuis quelques années le festival d'Herman Schueremans pratique une surenchère qui coûte non seulement au portefeuille mais aussi à nos pauvres rotules rôties par le soleil. Quatre jours, soixante groupes, 300.000 personnes : des chiffres mirobolants qui confirment en tout cas la bonne santé du festival rock le plus important de notre plat pays. « Donnez-leur du pain et des jeux », disait César. A Werchter c'est pareil, sauf qu'on parle de musique. Qui oserait cracher dans la soupe ? Et pourtant, malgré quelques têtes d'affiche solides (The Cure, Placebo, Air, Pixies), cette nouvelle édition du festival flamand n'aura pas toujours rempli avec honneur son cahier des charges : annulation de Bowie (et, dans une moindre mesure, de Youngblood Brass Band), tarifs exorbitants (3€ pour un cornet de frites pas cuites, 15€ le camping, parfois sans commodités !), programmation parfois suffisante (Moloko, Franti, Metallica, Lamb,… Vus et re(-re)vus sur la plaine de Leuven). Il y a fort à parier qu'à moyen terme ne seront plus invités que d'énormes stars du music business, sponsorisés par ClearChannel, écrasant de leur poids médiatique les groupes indie et les songwriters qui pourtant méritent eux aussi une place sous notre soleil… Heureusement, on n'en est pas encore là, même si l'orage gronde (« Participez à la réélection de Bush : allez à Werchter », pouvait-on lire sur des affiches placardées dans les rues de Bruxelles – une manière de stigmatiser la mainmise de ClearChannel sur le réseau du booking en Belgique… Clearchannel étant la société d'affichage qui, cerise sur le gâteau, finance la campagne électorale de Bush).

Heureusement, il y aura toujours des artistes engagés qui refuseront de jouer le jeu des multinationales, en condamnant ces viles synergies politico-commerciales : ce n'est d'ailleurs peut-être pas un hasard si Michael Franti eut l'honneur d'ouvrir les festivités, lui qui se bat chaque jour pour transmettre son message de paix, d'amour et de tolérance. Et ça n'a rien d'opportuniste, ni de chiqué : l'Américain n'a jamais cessé de combattre les injustices, à travers ses chansons d'un optimisme joyeux. Cette naïveté pourrait sembler, aux yeux de certains, d'une pitoyable niaiserie : au contraire, c'est chanté avec tellement d'allant qu'on ne peut qu'applaudir en signe d'approbation. Et danser, parce que Franti, en plus d'être un des artistes américains les plus soucieux du monde qui l'entoure, se révèle à chacun de ses concerts un « entertainer » né, qui prend le public à parti sans lui bourrer le crâne. « Rock The Nation » en ouverture, suivi de « What I Be », « Pray For Grace » ou encore « Sometimes » mettent ainsi les pendules de Werchter à l'heure… Autrement dit c'est la fête qui commence, mais ce n'est pas une raison pour oublier qu'autour de nous des cow-boys s'amusent à pourrir notre existence.

Comme le temps, d'ailleurs, en ce début de mois de juillet : pendant tout l'après-midi, de gros nuages auront failli menacer notre bonne humeur, en plus des barbecues saucisses. Chance : la pluie n'aura pas gâché notre week-end, ou presque. De toute façon, sous la pyramide où jouent The Bees, il fait chaud et sec. De quoi se délasser à l'écoute de ces comptines country-psyché-folk d'un autre âge (les sixties), jouées par six Anglais débonnaires qui jonglent avec les références (en vrac : les Beatles, The Byrds et la northern soul). « Free The Bees », leur deuxième album, vient de sortir. On pense à The Coral coincés dans une faille temporelle, qui loucheraient vers l'Amérique d'Easy Rider et de la Beat Generation : dommage que le public, venu par curiosité à défaut de connaître leur répertoire, soit resté de marbre face à ces excentriques de la cause post-hippie. On en reparlera sans doute, mais pour l'instant il est encore trop tôt…

Question timing, The Rapture arrivent par contre à temps, voire un peu tard : leur tube disco-punk « House Of Jealous Lovers » tourne en boucle sur nos platines depuis déjà deux ans. Pour leur quatrième passage sur nos plates bandes (après le Culture Club, le Bota et le Pukkelpop), ces Américains avaient donc intérêt à prouver une fois pour toutes qu'ils sont bien les dignes descendants de Liquid Liquid et A Certain Ratio, bref d'une certaine idée du punk revu à la sauce dance. Las : malgré un début fracassant (« Out Of The Races And Onto The Tracks »), le groupe aura eu bien de la peine à convaincre. A part lors du triptyque « Olio-The Coming of Spring-Echoes », où enfin l'on vit le public se réveiller et danser les bras levés, Luke Jenner et ses potes n'auront pas réussi à retourner la tente à l'aide de leur punk-funk pourtant diablement jouissif. En cause l'insupportable « Open Up Your Heart » en plein milieu du set, un slow visqueux et geignard qui eut pour fâcheuse conséquence d'endormir tous nos nerfs. Même leur tube gigantesque (« House Of… », donc) en final aura laissé un goût de trop peu : noyé dans les reverbs, il perdit toute sa vigueur et sa force de frappe. Résultat : alors qu'on attendait ce moment avec une impatience non feinte, on resta sur notre faim. Ce concert aurait dû être un grand moment. Ce fût juste un bon moment. La nuance fait mal quand on se rend compte combien de délires on s'est pris en dansant sur The Rapture en club et ailleurs…

On en regretterait presque d'avoir raté Sean Paul affichant ses airs de faux Jamaïcain boosté par MTV. Et on aurait peut-être bien ri. On aurait dansé sur « Gimme The Light », « Baby Boy » (sans Beyonce), « Get Busy » et « Like Glue » en remuant du bassin  comme ses danseuses en tenue légère. On aurait peut-être eu une érection en matant leur derrière. On aurait même chanté, voire fumé un gros spliff (quoique, celui-là on le réserve pour le concert de Cypress Hill). On n'aurait pas acheté l'album (faut pas déconner non plus), mais on se serait bien amusé.

Idem pour Pink, sauf que là on l'a vue (de loin quand même). Pour certains, Pink est un peu l'anti-Britney Spears (elle n'est pas mince, pas jolie, pas Lolita, pas si bête, pas si pop bubblegum) : à la limite, dire qu'on aime Pink, ce n'est même pas une honte. Ses tubes faussement rebelles, faussement rock, s'avèrent efficaces en plein zapping : ça ne mange pas de pain, même s'il faut bien admettre que « God Is A DJ » (rien à voir avec Faithless), par exemple, est une chanson très conne. Quoi d'autre à signaler ? Une cover de « What's Up » des Four Non Blondes (Linda Perry a produit le dernier album de Pink), et les tubes, « Trouble », « Just Like A Pill », « Let's Get This Party Started »… Les venues de Sean Paul et de Pink à Werchter annoncent quand même des lendemains festivaliers qui déchantent : certes Werchter se veut de plus en plus le festival de tous les publics, capable de répondre aux desiderata de la masse sans cesse grandissante (record cette année : complet en trois semaines !), mais de là à se fourvoyer dans la programmation de stars FM… Si ça continue, dans deux ans les NKOTB reformés se disputeront la tête d'affiche avec Ricky Martin (vision d'horreur, mais qui sait ? Avril Lavigne est bien persuadée de jouer du rock'n'roll…).

Les choses rentrent dans l'ordre à 22h20 lors de l'entrée sur scène de Robert Smith et de ses sbires vêtus de noir. Tandis que retentissent sur la plaine les notes réfrigérées de « Plainsong », la silhouette pâteuse du leader de The Cure se faufile tel un fantôme sous l'écran qui la domine, son visage strié de fulgurances phosphorescentes à mesure que les fans du premier rang le mitraillent de leur flash. Pas de doute : c'est bel et bien Robert, ses vieilles baskets pourries, ses trois couches de Rimmel, son sourire figé, ses gestes lents, sa voix spectrale. Simon Gallup est couché sur sa basse, lui soutirant de longues plaintes électriques de ses bras ballants. Roger O'Donnell reste statique derrière ses synthés, le sourire en coin, tel une figure de cire de chez Mme Tussaud. Perry Bamonte est en retrait, concentré. Jason Cooper martèle ses fûts avec bonne grâce. A cinq, ils ont plutôt la classe. D'autant qu'aujourd'hui ils sont cités comme influence par The Rapture (la voix), Hot Hot Heat, Interpol, Mogwai,… Alors qu'il y a cinq ans encore on ne donnait pas cher de leur peau (fort abîmée par l'abus de talc et de maquillage gothique). Avec un nouvel album sous les bras (sobrement baptisée « The Cure », comme un nouveau départ), The Cure est de retour. Et sonne plus incisif que jamais. En outre, son nouvel album a été produit par Ross Robinson (Korn, Limp Bizkit, At The Drive-In, Slipknot). Pendant l'heure et demie de concert, cinq nouveaux titres seront interprétés : « Before Three » (sans doute le morceau le plus faible de l'album, et le plus pop), le single « The End Of The World », le furieux « Alt.end », et en toute fin « The Promise » (et sa montée de sève pesante et puissante) ainsi que « Going Nowhere » (calme, donc peu propice comme rappel). Sinon, pas moins de six titres de « Disintegration » (« Plainsong », « Fascination Street », « Pictures of You », « Lullaby », « Lovesong » et « Disintegration »), et ces autres classiques que sont « A Night Like This », « In Between Days » (ici dans une version des plus kitsch, la faute à Roger et à ses synthés Bontempi), « Just Like Heaven », l'énorme « From The Edge Of The Deep Green Sea » ou encore « One Hundred Years » (terrible) et « Strange Day » de « Pornography ». Il semble que depuis la tournée « Trilogy », The Cure privilégie lors de ses concerts les ambiances noirâtres et dépressives, à l'embonpoint mélancolique parfois pelant, mais en fin de compte d'une belle cohérence chromatique. Pour ce concert Robert Smith aura même surpris le blasé par son étonnante rage, et ses quatre compères par leur violence de jeu. Oui, The Cure est de retour, et ça va faire mal.

Assister à un concert de Cypress Hill, ça peut aussi faire mal. Aux sinus et à la gorge, à force d'inhaler de la fumée qui fait rire. D'autant que d'entrée de jeu, les rois de la fumette attaquent par « Insane In The Brain » : « Are you feeling insane over here ? », vilipendent B-Real et Sen Dog sous une pyramide pleine comme un œuf et chaude comme la braise. Le beat est costaud, l'ambiance est survoltée. Déjà l'année passée, Cypress Hill avait mis le feu à Werchter, juste avant les fils à papa de Coldplay. Avec leur mélange de hip hop corsé comme un blunt, de rock primaire et de rythmes mexicanos, Cypress Hill est sans doute le groupe de rap le plus apprécié par les rockeurs (l'énorme « Rock Superstar » en final)… et par les fumeurs de ganja. Parce que Cypress Hill, c'est d'abord ça : un trip de b-boys stoned 24h/24, une ode à « Marie Jeanne », un cours en accéléré du parfait petit planteur d'herbe (« Dr. Greenthumb »). B-Real paradait d'ailleurs avec un fameux joint lors des tubes pro-fumette « I Wanna Get High » et « Hit From The Bong » : 30 cm de long au bas mot, et pas rempli de salsepareille. A chaque tirée, le rappeur en perdait presque sa voix (comme s'il avait sniffé de l'hélium) : mais comment font-ils pour passer les frontières ? « I Like to smoke weed », ironise-t-il en tenant son calumet au-dessus du public : c'est très bien, mais faut-il pour autant en faire son fond de commerce ?

De l'autre côté, Basement Jaxx évite toute prise de tête en balançant hargneusement sa house explosive : en ouverture, Lisa Kekaula des Bellrays déploie ses talents monstrueux de vocaliste sur « Good Luck », puis c'est « Right Here's The Spot », « Red Alert », « Romeo »… Que des tubes festifs à se faire péter les guiboles, ponctués en finale par l'excellent « Jump & Shout » et son refrain ragga bien boombastic : Basement Jaxx, c'est de la bombe, bébé ! (et il était temps qu'on se trémousse un peu – l'électro pourrait d'ailleurs être la grande perdante de l'affiche de cette année : peu de BPMs au programme, et c'est bien dommage).

 

Cactus 2004 : samedi 10 juillet

C'est familial, le Cactus Festival : on y vient davantage pour l'ambiance et la verdure que pour la musique, tant on se sent bien dans cet havre de paix coupé du reste du monde. Le centre de Bruges n'est pourtant pas loin… Mais une fois passé le joli pont qui sépare le Minnewaterpark de la circulation urbaine, c'est comme un petit paradis qui s'ouvre à nous. Au milieu des arbres qui donnent au lieu cette tranquillité bon enfant, 15.000 personnes se promènent tranquillement. Beaucoup de poussettes, des clowns, un couple d'hommes kangourous, un contorsionniste, des hamacs pour ceux qui aiment se la couler douce,… Y a pas à dire : au Cactus Festival il fait bon vivre, et puis ça nous change de la grosse artillerie werchterienne.

Pas la peine donc de se presser aux premiers rangs dès Monsoon : le public n'est pas venu ici pour se taper des crampes aux jambes et se faire compresser le thorax sur les barrières Nadar. Cool… Comme le folk-rock de ces Bruxellois déjantés : en jarretelles, Delphine Gardin assure au chant, même si l'on zieute avant tout ses jolies cuisses. Elle joue aussi dans la comédie musicale « Jésus Christ Superstar », à Villers-La-Ville… Mais ici, pas de jérémiades à la Michel Berger : c'est du bon rock, qui sent le souffre et le stupre, un set renforcé par la présence de Luc Van Lieshout, le trompettiste de Tuxedomoon.

Le soleil pointe enfin (il a draché la veille) à l'arrivée sur scène des Soledad Brothers, trio garage de Detroit (pléonasme) qui connaît par cœur son petit MC5 illustré : rythmique incendiaire, guitares mal huilées et chant écorché… Il y a du blues dans les riffs de ces jeunes gens, mais rien de bien neuf (forcément), si ce n'est ce saxophone pétaradant sur certains titres (comme… les Stooges). Les Soledad Brothers n'ont donc rien inventé, mais leur blues rock crasseux débouche les oreilles… A défaut d'autre chose. Il n'empêche que c'est le genre de groupe typique du Cactus Festival : roots juste ce qu'il faut, susceptible de plaire autant au jeune fan de garage qu'aux vieux briscards de la cause « Nuggets »… Cela dit, on n'aurait pas craché sur un bon petit My Morning Jacket : dommage qu'ils aient annulé leur tournée cet été.

Le Cactus, c'est aussi une certaine idée de la world : un petit côté Oxfam pour bobos en sandalettes, qui aiment remuer leur bassin sur des beats gentiment chaloupés. Proche en cela du festival Couleur Café, le Cactus accueille ainsi chaque année son lot de rastamen ; et pour la circonstance les Anglais de Steel Pulse. Actifs depuis 1978 et leur fameux « Handsworth Revolution », ces types de Birmingham ont toujours brillé par leur militantisme, en témoigne le titre « Uncle George »… Un hommage au Black Panther George Jackson, emprisonné à vie depuis 1971. Mais force est de constater qu'en live, David Hinds et ses sbires manquent de pêche : la voix du leader est noyée dans les overdubs, et la sauce ne prend pas. Trop de fumette ? Beuh… Steel Pulse manque de swing (zut, plus aucun hamac de libre).

Mieux valait manger une bonne glace en attendant les excellents Pinback, qui sortent à la rentrée leur troisième album. Difficile de décrire la musique de ces Américains : mélange de country-rock sophistiqué à la Wilco et d'indie à tiroirs (à double fond), elle échappe à tout étiquetage, telle une anguille qui nous filerait sans cesse entre les doigts. Mais peu importe : de nombreux fans étaient présents pour saluer leurs idoles, d'autant qu'ils se font rares en nos contrées. Pinback est sans doute un des secrets les mieux gardés de l'alternatif lo-fi : ses deux chanteurs semblent peut-être de drôles de bonhommes, mais ils s'avèrent diablement bons quand il s'agit d'empoigner leurs guitares. Bonne ambiance lors des interprétations de « Tripoli » et « Loro » (du premier album), puis « Offline P.K. », « XIY » et « Penelope » (de « Blue Screen Life ») achèveront de nous convaincre : vivement ce nouvel album, que l'indéniable talent de ces orfèvres pop-rock soit confirmé pour de bon.

'C'était pas Keziah Jones qui devait jouer à cette heure-ci ?', s'interrogeait plus tôt un spectateur voisin pendant le concert foireux de Steel Pulse. Explication : le Nigérien aurait raté son avion… Il arrivera finalement en retard de deux bonnes heures, s'excusant gentiment avant d'empoigner sa guitare et de balancer son fameux 'blufunk', 'un mélange de funk et de blues', selon l'intéressé. A peine cinq ou six chansons, c'est peu (« Kpfuca », « Femiliarise », « Rhythm Is Love », « Emily », « Neptune ») : Keziah Jones se justifiera plusieurs fois, prétextant qu'il 'doit absolument partir'. Sans doute était-il attendu ailleurs, pour un autre concert… L'incroyable, c'est qu'il aura réussi à captiver la foule en moins d'une demie heure, grâce à son ébouriffant jeu de guitare, hérité des bluesmen d'Amérique et d'Afrique (Ali Farka Touré en tête). S'il était arrivé à l'heure, sans doute que son concert aurait marqué davantage notre mémoire. Dommage, cet homme est un sacré musicien, qui dégage une aura stupéfiante à l'aide de trois fois rien (sept cordes = guitare + voix).

Beaucoup moins excitant : la prestation d'Heather Nova. Ses minauderies post-ado sont toujours aussi fadasses : un vrai supplice d'1h30 (!), qui nous aura presque donné envie d'aller dormir dans ces foutus hamacs (toujours pas libres). Il y a dix ans pourtant, Heather Nova incarnait le renouveau d'un songwriting féminin à l'ancienne (Suzanne Vega, Joni Mitchell, Carole King), plein de jolies mélodies et de refrains rêveurs. Mais aujourd'hui, ces tubes qu'étaient « Island », « London Rain » ou encore « Truth And Bone » font juste l'effet d'un puissant somnifère. Triste et plat comme un jour de pluie à la mer, ce concert de la belle était celui de trop. La prochaine fois, on n'oubliera pas notre oreiller.

Heureusement qu'après cette heure et demie de perdue à compter les moutons, il y avait le grand, le seul, l'unique Elvis Costello. Après Patti Smith la veille, le Cactus Festival accueillait donc un des plus grands songwriters de ces trente dernières années. Nonante minutes de grâce ininterrompue, en toute humilité : seulement accompagné de Steve Nieve au piano, Elvis Costello aura interprété 19 chansons de son imposant répertoire, dont la moitié de tubes : « Accidents Will Happen », « Red Shoes », « Veronica », « Every Day I Write The Book », « Shipbuilding », Oliver's Army », et surtout les splendides « I Want You » et « Pump It Up », dans une ambiance de communion survoltée. Costello sort bientôt deux (!) nouveaux albums, « Il Songo » et « The Delivery Man », dont il a joué ici quelques extraits… Qui augurent du meilleur. On dit souvent que l'amour donne des ailes : depuis sa romance avec la chanteuse de jazz Diana Krall, Elvis Costello semble en pleine forme (écoutez son dernier album, « North », il est d'un classicisme apaisant). Le meilleur concert du jour, assurément… Mais de la part d'un si grand musicien, ça n'avait rien d'étonnant : la classe, qu'on vous dit. De retour l'année prochaine flanqué des Attractions ? On peut toujours rêver.

 

Cactus 2004 : vendredi 9 juillet

Écrit par

Le festival Cactus en est déjà à sa 23ème édition. Et il se déroule dans un cadre de verdure tout à fait remarquable : le Minnewaterpark de Bruges. L'équipe de Musiczine y était présente. Johan les deux premiers jours (voir reviews sur le site ne néerlandais), Bernard le vendredi et Grégory le samedi. Non seulement le cadre est remarquable, mais le personnel qui y travaille est aussi accueillant que sympathique. Une seule ombre au tableau : la pluie ! Surtout le vendredi. Deux averses qui n'ont pourtant pas refroidi un public multi générationnel particulièrement enthousiaste.

Vendredi 9 juillet

Auteur d'un superbe deuxième album (« Det er mig der holder traeerne sammen », chroniqué en ces pages), Under Byen (NDR : voir également interview) était invité à ouvrir la manifestation. Pas une mince affaire, puisque la première drache s'est abattue juste avant que la formation danoise ne monte sur les planches. J'avais eu l'occasion d'assister à une petite demi-heure du set, lors de leur passage au Grand Mix de Tourcoing en mai dernier. Et nonobstant des problèmes de balance liés à un test checking opéré dans la précipitation (!!!!), j'avais ressenti chez eux la flamme d'un futur super groupe. Toutes les conditions étaient donc réunies pour montrer ce qu'ils avaient dans le ventre. Et franchement on n'a pas été déçus. Les musiciens sont bien en place. La section rythmique et le pianiste/claviériste posent la trame. La violoncelliste y brode des accents graves. Le violoniste des accents aigus. Et leur trip hop tour à tour atmosphérique, symphonique ou cinématique peut atteindre une intensité phénoménale. Surtout lorsque ce violoniste joue de la scie. Avec un archet. A cet instant, il flirte avec le psychédélisme 'hendrixien'. Sans la moindre guitare. Une sensation accentuée par la performance du percussionniste. Effacé au début, il devient impressionnant au cours du concert, apportant même une impulsion 'wagnerienne' à l'expression sonore. A charge d'Henriette de canaliser les émotions. De sa voix éthérée, sensuelle, 'bjorkienne', tour à tour intimiste ou impétueuse. La formation en profite pour épingler l'un ou l'autre titre de son nouvel opus (NDR : dont la sortie est prévue pour la fin de l'année), et puis se retire après 50 bonnes minutes, le devoir accompli… alors que les premières gouttes de pluie recommencent à tomber…

Déjà que la musique de Macy Gray ne me botte pas trop, mais comme au cours des vingt premières minutes de son set, il tombait des hallebardes, j'ai préféré rester à l'abri. Mais que d'eau ! Ah oui, le concert ! Macy possède une superbe voix. Un hybride un peu écorché entre Lisa Kekaula (Bellrays) et Tina Turner. Beaucoup de présence sur scène, des musiciens balèzes, quatre filles dont deux claviéristes et deux choristes. Mais le mélange de soul, de pop, de r&b, de hip hop, de funk et de jazz, que la formation pratique, m'est assez insupportable. Désolé, mais j'ai pris davantage de plaisir en avalant un excellent sandwiche et une (NDR : peut-être deux, ou même trois) blanches de Bruges. Après tout ce qui venait de verser, je n'allais quand même pas me mettre à l'eau.

A 57 balais, Patti Smith n'a jamais été aussi en forme. Pour preuve, son dernier album « Trampin' », dont la critique est unanimement élogieuse (NDR : voir également en ces pages). Et puis à cause de la prestation qu'elle a accordée ce vendredi soir. Un set qu'elle entame par le titre maître de son dernier opus. Au piano. Et sa voix est déjà impressionnante de précision et d'émotion. Puis la machine se met en marche. Faut dire que derrière elle, le backing group assume. Un backing group au sein duquel on retrouve les fidèles Jay Dee Daugherty (aux drums) et Lenny Kaye (à la guitare). Un line up complété par un bassiste et un claviériste qui se mue épisodiquement en guitariste. Et lorsque Patti empoigne également une six cordes, on se croirait alors en plein trip crazyhorsien, ryhtme tribal à l'appui. Faut dire que l'essentiel de sa prestation va libérer une intensité électrique phénoménale (NDR : il ne manquait plus que Neil Young pour faire une jam !). Une bonne partie du répertoire de son dernier elpee est interprété, avec pour point d'orgue un « Ghandi » proche de l'envoûtement. C'est d'ailleurs une longue ovation qui va ponctuer l'interprétation époustouflante de ce qui risque de devenir un nouveau classique. Classiques qui n'ont d'ailleurs pas été oubliés. Et notamment « Horses », « Dancing barefoot », « Because the night », sans oublier l'hymnique « People have the power ». Patti en profite alors pour faire passer ses messages de paix et de solidarité dans le monde, en particulier pour les enfants. Elle n'a pas changé ! Sur scène elle se démène, dialogue avec la foule ou la harangue comme une prêtresse. Parfois elle avale une lampée d'eau, qu'elle recrache sur les premiers rangs du public (NDR : je l'avais dit, faut pas boire de l'eau quand il a plu ; elle aurait dû commander une blanche de Bruges…) Et en rappel, nous accorde un « Gloria » dévastateur, avant de se retirer. Une claque !

 

 

 

Pukkelpop 2004 : samedi 21 août

Grande nouveauté cette année au Pukkelpop, et petite fierté communautaire : non pas un, mais deux groupes wallons à l'affiche ! A commencer par Ghinzu, dont le « twist from Brussels » aura diverti un club bondé, sans doute conquis d'avance (des francophones ?). Trente-cinq minutes, c'est juste assez pour le rock déjanté de ces cinq Bruxellois : au-delà, John Stargasm et ses sbires ont souvent tendance à lorgner dangereusement vers le progressif (riffs interminables et synthés adipeux). Set concis et parfait, plein de tubes (« Do You Read Me », « Blow ») et d'ambiance… Le meilleur de Ghinzu depuis… Depuis ?

Au Château, la nouvelle signature du label électro Warp : Gravenhurst, alias Nick Talbot… un songwriter folk entre Nick Drake, Codeine et Third Eyed Foundation (il vient de Bristol). Warp se diversifie, et c'est tant mieux… Surtout que « Flashlight Seasons », le deuxième album de ce jeune folk-singer, est une splendeur. En live, c'est plus noisy : comme si Nick Talbot voulait prouver qu'il en a aussi dans la culotte… Et parce qu'en festival il sait qu'il vaut mieux brancher les guitares plutôt qu'espérer le calme monacal. Recueillement, concentration, hypnose : même durant ces flashes shoegazing, le public est captivé. Un bon concert, et une découverte de plus !

Girls In Hawaii, par contre, on connaît. Sur le bout des doigts même, pour les avoir vus déjà dix fois en l'espace de quelques mois. Pourquoi dès lors s'obstiner à chaque fois les revoir ? Parce qu'ils s'améliorent de set en set, même si ceux-ci sont espacés de trois semaines. Encore une fois donc, ils nous ont épatés. Qu'il existe des gens qui les snobent parce qu'ils ont trop (?) de succès relève de la pure idiotie. Girls In Hawaii le méritent. Certes, ils n'étaient pas initialement au programme (ils remplacent Oi Va Voi), mais qu'importe : à l'affiche de tous les festivals d'été (de Belgique et d'ailleurs), ils sont occupés de devenir le groupe wallon le plus populaire de ces dix dernières années. Petite fierté (mais de là à huer le journaliste qui les présente en flamand…), grand concert (« The Fog » : déjà un classique). Comme d'hab', mais en mieux. Jusqu'au prochain. Mais où s'arrêteront-ils ?

Déjà présents l'année dernière, The Kills sont de retour pour notre plus grand bonheur. Un couple (VV et Hotel), une guitare (voire deux), une boîte à rythmes, et du rock'n'roll comme on l'aime : crade, puissant, féroce, sans compromis. Ca vous rappelle quelque chose ? Les White Stripes, en tête d'affiche de ce dernier jour de festival. Sauf qu'avec les Kills, c'est encore plus bestial. L'électricité entre VV et Hotel, Bonnie and Clyde du nouveau millénaire, se ressent à chaque riff décoché, et de la tête aux pieds. Pas d'esbroufe à la Jack White, ni de panoplie blanc-rouge comme label déposé : ici c'est noir de chez noir, sans aucunes afféteries. A priori c'était le même concert qu'il y a un an (un ou deux nouveaux titres en bonus), sauf que le couple semblait encore plus fusionnel, et VV moins timide, de plus en plus carnassière. On les adore : ils sont le rock d'aujourd'hui, et meilleurs en live que leurs cousins de Detroit.

Et c'est parti pour presque sept heures de rock non stop : après The Kills, les stars de 2004, Franz Ferdinand. Groupe, disque, single de l'année : quelques mois seulement après la sortie de leur premier disque, les Anglais cartonnent partout dans le monde. A Werchter, ils avaient livré le meilleur concert du festival, dans une ambiance de feu. Autant dire qu'on n'allait pas rater leur retour, ici au Pukkelpop. Las : pendant plus d'un quart d'heure, la sauce ne prend pas. En cause : le son (approximatif) et le public (mou). Il aura fallu patienter jusqu'aux premières notes libératrices de « Take Me Out » pour qu'enfin la plaine de Kiewit s'enflamme et chante à tue-tête. « Matinee », « Michael », « Darts of Pleasure » (et tout le reste, puisque ces jeunes gens ne pondent que des tubes) : grosse fiesta, mais moins qu'à Werchter. Vivement qu'ils passent en salle !

Après l'intermède Graham Coxon (l'ex-Blur chante comme un cave mais trousse de bonnes mélodies), le groupe que tout le monde attendait (au tournant) : Soulwax, dont la dernière prestation scénique sur nos terres remonte à 2000 (Werchter)… Et pour cause : depuis lors, les frères Dewaele, alias les 2 Many DJ's, sont devenus les rois du bootleg, et leurs DJ sets des classiques de festivals (encore ce soir), qui se monnaient très cher. Pas étonnant dès lors que le successeur à « Much Against Everyone's Advice » se soit tellement fait attendre… Et c'est avec un certain stress que les deux frères déboulent sur scène, suivi de leurs musiciens (Soulwax, c'est d'abord les Dewaele). « We will play mostly new songs. I hope you'll like it ». Nous voilà prévenus, d'autant que les premières critiques de leur nouvel album, « Any Minute Now », sont loin d'être dithyrambiques (« Hang the DJ's », peut-on lire dans le dernier Q, 5/10 dans le NME, 1/5 étoiles dans le Mojo,… : c'est pas gagné pour Soulwax à l'étranger, malgré le succès des 2 Many DJ's). Le set débute sur un beat : c'est « E-Talking », un trip sous acide qui prouve bien qu'à force de mixer de tout depuis quatre ans, les frères Dewaele se devaient d'offrir du neuf au sein de leur groupe… Sauf qu'à force de fréquenter James Murphy, Trevor Jackson (la pochette) et tout ce petit monde branché de l'elektroklash mondiale, ils en ont oublié d'écrire de vraies chansons. « YYY/NNN », « Dance 2 Slow », « Miserable Girl », c'est d'abord  du gros son : la forme prend le pas sur le fond. Impression confirmée au moment des vieux tubes (« Much Against… », « Conversation Intercom », « Too Many DJ's »… en final, forcément), à côté desquels ces nouveaux titres manquent cruellement de consistance. Ils avaient de quoi stresser, puisqu'ils viennent de rater leur come-back, devant un public qui tout le long se sera ennuyé, en essayant de faire paraître le contraire.

Un bon McLusky, et heureusement ça repart : « Lightsabre Cocksucking Blues » d'entrée, ça fait d'ailleurs très mal. Une heure de rock noisy explosif, sans cesse sur le fil du rasoir, d'une violence rare : aux premiers rangs c'est la folie, pogos à gogo. McLusky est sans aucun doute l'un des meilleurs groupes rock de ces dernières années. Des Pixies en plus colériques, du Shellac en plus concis et incisif. Une heure leur suffit pour balancer presque la moitié de tout leur répertoire (surtout « Do Dallas » et leur petit dernier, « The Difference Between Me And You Is That I'm Not On Fire »). Andy Falkous, au chant et à la guitare, gueule les dents serrées, tandis que derrière lui Jack Egglestone, l'air mauvais, martèle ses fûts sans ménagement. Jon Chaple, lui, a tout l'air d'un malade mental. C'était le concert le plus défoulant de tout ce festival (avec celui des Dillinger Escape Plan), et le meilleur de McLusky sur nos terres, rien que pour l'ambiance.

Après une telle claque, le gangsta rap de pacotille du copain à Eminem faisait bien pâle figure (sans jeu de mot xénophobe) : 50 Cent, c'est du show à l'américaine, sponsorisé par MTV, en play-back (le rappeur pose son flow paresseux sur la version enregistrée de ses titres !), et dont le seul but est de ramener du blé à la maison. Derrière 50 Cent, une banderole « G Unit », son label : Lloyd Banks, son petit protégé, est même de la fête, pour chanter son single et nous exhorter à l'acheter. Encore une fois le rap amerloque s'est foutu de notre gueule, et par là fait de l'ombre à de vrais artistes pour qui le hip hop n'est pas qu'une affaire de tiroir-caisse. « P.I.M.P. » ? Tu l'as dit, bouffi…

Est-ce que Wayne Kramer, l'une des légendes encore vivantes du garage rock des seventies, se la pète, lui ? Et pourtant son MC5 a changé l'histoire. Comme il y a deux ans en invitant les Stooges (sans Iggy), le Pukkelpop accueillait donc cette année d'autres rockeurs émérites : Kramer (guitare), Dennis « Machine  Gun » Thompson (batterie) et à la basse Michael Davis (Fred « Sonic » Smith et Rob Tyner étant morts). Mark Arm de Mudhoney et Johnny Walker des Soledad Brothers se chargeant de les accompagner au chant. Et à la deuxième guitare, Nick Royale des Hellacopters. Du beau monde, pour célébrer en grandes pompes les beaux restes de ce MC5 (MC3 ?), et balancer des titres comme « Shakin' Street », « Kick Out The Jams » ou « Call Me Animal ». Bien interprété, sans bavures, comme à l'époque : c'est sans doute pour ça qu'on n'osera pas trop dire du mal de ces quinquagénaires. Ils font ce qu'ils peuvent, et ils le font bien. Trop bien sans doute… Comme un juke-box.

Ce que pourrait devenir (à court, moyen, long terme ?) les White Stripes, qui en gros se voient bombardés tête d'affiche sur base d'un riff, un seul, aussi fantastique soit-il, celui de « Seven Nation Army ». Un riff tellement puissant et fédérateur qu'il est devenu l'hymne de toute une génération : le riff qui tue, et qui sans doute tuera le couple de Detroit. Parce que les dizaines de milliers de personnes amassées devant la Main Stage en cette fin de Pukkelpop n'attendaient finalement qu'une seule chose : ce riff. Le reste, elles s'en tapent. « Jolene » (Dolly Parton), « I Just Don't Know What To Do With Myself », « Hotel Yorba », « Dead Leaves and the Dirty Ground » sont en gros les seuls autres tubes que Jack et Meg auront joué pendant plus d'une heure. Une heure de soundcheck, Jack White triturant sa guitare comme un vieux bluesman possédé par le diable… Et Meg tapant nonchalamment sur ses fûts, toujours en retard ou en avance (il paraît que c'est ce qui fait son charme). Constatation : qu'ils jouent devant 300 ou 60.000 personnes, les White Stripes restent intègres. Il n'empêche que le public aura très rarement marqué son enthousiasme… Rappel : « Seven Nation Army ». Le peuple exulte. Quel meilleur tube planétaire pour clôturer un festival ? De là à dire que ça suffit, c'est une autre paire de manches. Rouges ou noires ? Peu importe : la musique, ce n'est pas qu'un riff et des couleurs binaires. Et ça, peu de gens ce soir semblaient l'avoir compris.

G.E.

 

Lors de la sortie d'« Efflorescence », premier album d'Oceansize, nous avions le sentiment profond que Manchester, berceau du baggy (NDR ; n'oublions pas les Happy Mondays !) et de la britpop (NDR : pensez à Oasis !), venait d'enfanter un quintette atypique mais à l'immense potentiel. Leur éblouissante prestation dans un club, malheureusement moins rempli qu'à l'habitude, a conforté cette impression. Exploitant à merveille la brutalité du métal, les vertiges du psychédélisme, l'intelligence de la musique progressive, la complexité du rock baroque et les caresses de la noisypop, le quintette a conquis en moins d'une heure l'esprit des inconditionnels de Muse, My Bloody Valentine et Sigur Ros. Et ceux de Jane's Addiction voire de King Crimson également. Résultat ? Un rappel dûment mérité mais difficilement accordé par les organisateurs du festival. Reste au chanteur androgyne et très charismatique Mark Vennart à convaincre ses compagnons de penser à leur look. A revoir absolument en salle !

J.D.

 

Le club était plein comme un oeuf pour accueillir le set de Blanche, une formation issue de Detroit dont tout le monde parle, mais que personne (ou presque) ne connaît. Et pourquoi faire un tel tabac, alors que leur premier album vient juste de sortir ? Parce que Jack White des White Stripes en dit le plus grand bien. Bien sûr Dan et Tracee Miller ainsi que Jack ont joué dans le même groupe, Goober & The Peas, et sont demeurés très amis. Jack a même participé à l'enregistrement de « If we can't trust the doctors ». En outre ce dernier a repris une de leurs chansons, « Whos's to say », qui figure sur la flip side du single « I don't know what to do with myself ». Enfin, les critiques des concerts accordés par la formation sont tout bonnement dithyrambiques. Bref, on allait voir ce qu'on allait voir ! Première constatation : les musiciens ont un look pas possible. Dans un style rétro qui ne manque pas d'élégance. Un peu comme s'ils étaient sortis d'un film tourné dans les années 30. Et puis Tracee, la chanteuse, est très jolie. Ses longs cheveux roux tombent sur une robe noire, corsetée de blanc, généreusement décolletée. Une taille de guêpe, un visage angélique : un régal pour les yeux ! (NDR : j'ai dit les yeux, hein !). Bon, faudrait quand même penser à parler musique. Et là, surprise ! Alors que l'album est relativement paisible, sur scène le groupe a une pêche d'enfer. Sa country alternative crache les flammes de l'enfer. Costard noir, cheveux noirs, lunettes noires, le regard sombre, le joueur de banjo assume comme un vieux briscard. Episodiquement, il troque son instrument contre une sorte de harpe portable. A la pedal steel, Feeny ne se contente pas d'étaler toute sa virtuosité, il libère un feeling qui sort littéralement de ses tripes. Parfois, il empoigne un mélodica pour donner plus de coloration aux compos. Derrière les fûts : une drummeuse. De très petite taille. Probablement une indienne. Extrêmement timide, elle se révèle d'une redoutable efficacité. Si les yeux sont souvent braqués sur Tracee, qui se charge de la basse et des backing vocals, Dan Miller incarne vraiment le personnage central du combo. Les filles le disent beau gosse. Ce n'est pas le sosie de Hugh Grant (acteur principal du film mythique « 3 mariages et un enterrement), mais presque. Doué d'une superbe voix, nasillarde, dans un registre proche de Stan Ridgway, il affiche des mimiques très théâtrales et manie l'humour corrosif avec un aplomb hors du commun. 'Faut il faire confiance aux docteurs', nous balance-t-il ? Ou invite le public à taper du pied sur la cover du Gun Club, « Jack on fire ». En fin de concert, Feeny empoigne le micro pour échanger un duo avec Dan. Les deux personnages gesticulent, déambulent dans tous les sens, sous les regards hilares des autres membres du groupe. On frise le délire. Et le public se prend au jeu, accordant une ovation phénoménale à la prestation de Blanche. Rarissime à cette heure au club, le groupe accordera un rappel, Dan et Tracee se retrouvant alors, le temps d'une chanson, dans la peau de Lee Hazlewood et de Nancy Sinatra. Epatant ! Et un grand moment du Pukkelpop 2004…

Le dernier album d'Archive ne casse pas des briques. Mais leurs dernières prestations accordées en 'live' avaient reçu d'excellents échos. Notamment, lorsqu'ils se sont produits lors des dernières Nuits du Bota. Il faut croire, qu'à cette époque, ils étaient encore sous le charme de leur presque excellent opus « You all look the same to me », parce que leur set n'a pas vraiment convaincu. Pourtant, les premiers morceaux auguraient les plus belles espérances. Leurs trois premiers titres naviguant au sein d'une trip hop cosmique particulièrement intense. Malheureusement, la suite s'est égarée dans une forme de prog pompant généreusement les clichés les plus éculés du Pink Floyd circa « The final cut », voire du Barclay James Harvest  lorsque Stewart Wolstenholme avait tiré sa révérence. Suffit pas de disposer d'un matos impressionnant pour faire la différence ! Et puis, faudrait peut-être mettre des maracas dans les mains d'un des trois claviéristes. Plutôt que de les agiter (ses mains !) inutilement, il pourrait peut-être apporter une note un peu plus percussive. Une grosse déception !

B.D.

 

On les a ratés (et c'est bien dommage) : Seelenluft, Buck 65, Luciano, Lambchop, LCD Soundsystem, The Bronx, Mike Patton & Rahzel, Felix da Housecat, Miss Kittin, Plaid, Boo !, Arsenal.  (G.E.)