Ce n’est pas la fin pour Caesaria…

Thomas, Louis et Théo ont tissé leurs liens dès l'enfance, autant sur la pelouse du club de foot qu’autour du son. C’est la scène qui devient leur terrain de jeu favori, et ça se voit : leurs ‘live’ électrisent les corps et marquent les cerveaux au fer rouge.…

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Une lune de nacre éclaire And Also The Trees…

« Mother-of-pearl moon », le nouvel elpee d’And Also The Trees, paraîtra ce 23 février 2024. Nés d'une série d'improvisations à la guitare électrique, de Justin Jones avant et après l'aube, pendant un mois de solitude en 2020, les morceaux se sont ensuite…

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Shaka Ponk - 14/03/2024

Hollywood P$$$ Stars

Hollywood, ses pornodollars et ses étoiles?

Redboy de My Little Cheap Dictaphone a la bougeotte : à peine a-t-on eu le temps de se familiariser avec « Music Drama » que le bonhomme nous revient déjà avec un nouveau groupe, plus rock, plus tendu, plus noisy, plus –core (sans parler de son troisième projet : Zythum…). Difficile pour l'instant de dire s'il s'agit d'une récréation juvénile pour notre ami liégeois… En tout cas s'il s'amuse, il le fait de fort belle manière : sur scène, ça déménage, le son est incisif, les compos bien troussées, la rage à peine contrôlée. Hollywood P$$$ Stars pourrait bien ainsi devenir le nouveau fleuron d'une scène rock wallonne de plus plus décomplexée (Elvis' Ghettoblaster, Austin Lace, Mud Flow, Girls In Hawaii, Nietzsche,…). Après avoir empoché le premier prix du Concours Circuit, le nouveau gang de Redboy (Eric à la basse, Anthony à la guitare et au chant, Benoît à la batterie) devrait donc refaire parler de lui dans les prochains mois, une fois ce premier EP (fort attendu) dans les bacs, prévu pour très bientôt (voir www.collectifjauneorange.net, dont le but est de promouvoir les musiciens liégeois « de manière indépendante et artisanale »).

Dommage qu'après telle révélation, les deux jumelles canadiennes Tegan & Sara soient venues gâcher la fête. Imaginez une sorte de couple siamois braillant un folk-rock poussif en singeant Melissa Etheridge : affreux.

Heureusement, les quatre Canadiens de Hot Hot Heat ne tarderont pas, après cet interlude regrettable, de bouter le feu à la Rotonde, avec leur punk-new wave né sur les cendres encore chaudes d'XTC, de Gang of Four et de Cure circa « Three Imaginary Boys ». Après quelques maxis confidentiels (dont l'excellent « Knock Knock Knock » produit par Chris Walla de Death Cab for Cutie), ces quatre jeunes teigneux au look hilare (le chanteur ressemble à un jeune Bruce Springsteen déjanté, et le guitariste au Nick Cave de Birthday Party) nous reviennent avec un premier album festif, « Make up the Breakdown ». Au programme : guitares funky, synthés acidulés et beats timbrés, comme si Robert Smith (cette voix !) s'était mis à jouer du Specials sur fond d'Elvis Costello. Dansant et énergique, le rock juteux d'Hot Hot Heat emballe dès les premières notes. Steve Bays chante avec conviction, la langue pendante et le buste collé à son synthé, en remuant tel un beau diable qui aurait des fourmis dans les jambes, et du poil à gratter dans le slip. « No, Not Now », « Get In or Get Out » et surtout « Bandages » (interdit aux USA durant la guerre parce qu'il parle de… pansements) se savourent avec délectation : de mémoire, on n'avait plus entendu de tubes pop-funk si convaincants depuis Weezer et The Rapture. Ces gars-là sont Hot, y a pas à dire…

Elvis’ Ghettoblaster

Gros son crade et rampant au service d'un rock burné et cocasse...

Pour ceux qui aiment le rock'n'roll, celui qui sent les aisselles et le sexe, mêlé à l'odeur âcre du whisky, le Botanique avait encore une fois tout prévu. D'abord avec Elvis Ghettoblaster, un groupe de jeunes Bruxellois à la carrière déjà chaotique : un album éponyme sorti sur Magnet, des concerts furibards dans les pires bouges de Wallonie (du cercle sciences-éco de l'ULB au Cabaret Voltaire de Huy), et surtout ce gros son, crade et rampant, prêt à vous bondir dessus tel un lion en cage affamé après des années de vaches maigres. Parce que ça fait plus de cinq ans que ça dure, Elvis Ghettoblaster a donc décidé de mettre, en 2003, les bouchées doubles : avec quelques nouveaux morceaux déjà rodés sur scène et cet album sympathique enfin dans les bacs, ils seraient prêts à en découdre. Et montrer de quel bois ils se chauffent. Ca commence fort avec quelques morceaux rock bien trempés dans le blues le plus coriace, tendance Screamin' Jay Hawkins. Le chanteur, un peu timide devant cette assemblée " à qui on ne la fait pas ", hésite entre le cirque façon JSBX et les poses concentrées, tête baissée sur ce micro qu'il tient avec dédain, pendant que derrière, des images stroboscopiques défilent à un rythme effréné. Romero, Herzog, Bill Viola, Berkeley, Antonioni, Twin Peaks : apparemment, le gars qui a fait ce montage vidéo s'y connaît en cinéma bis. On y voit aussi le zizi du chanteur, et même des gros nichons (Russ Meyer), comme un hommage badin à l'univers grossièrement hormonal du type qui leur succède, le Rémi Bricka du rock'n'roll branque, Bob Log III. Dommage qu'à la moitié de leur concert habité, la sauce soit un peu retombée : plus du tout sur la même longueur d'onde, les quatre zozos (secondés par Fabrice Detry, leader d'Austin Lace) ont alors perdu de leur puissance de feu, emmêlant leurs guitares et leurs voix dans un capharnaüm dilaté. Du tricotage très vite oublié dès le retour, sur la fin, d'un rock burné et cocasse (entre les Butthole Surfers! et Pavement), avec même de l'harmonica et des samples en renfort. Un groupe à suivre ! En concert aux Fêtes de la Musique de Woluwé le 22 juin, au parc George Henri.

On ne présente plus Bob Log III, ce bluesman de bazar au costume ridicule, qui chante des inepties cachées sous un casque d'aviateur, en tapant sur une grosse caisse d'un pied lourd et mécanique. On ne vous parlera pas de ses chansons, puisqu'elles se ressemblent toutes. De toute manière, on n'a pas les albums… Bob Log, c'est un peu comme une attraction foraine : on achète un ticket pour rire, mais pas l'abonnement annuel. C'est drôle une fois, et encore… Alors, pensez donc, l'écouter à la maison… Il paraît que Tom Waits adore. Et que l'hurluberlu est " big in Japan ". Pas étonnant quand on sait le goût nippon pour les crétineries binaires, genre Guitar Wolf et Zeni Geva. Comme annoncé au premier paragraphe, le " one man band " le plus lourdingue de la planète ne pense qu'aux nichons : il estime par exemple qu'une chanson sonne mieux si elle est accompagnée d'un " battement mammaire ", le fameux " tits clapping " (" It is much nicer and softer sound than a hand clap ". Et d'ajouter, goguenard : " But Please, do not imagine the sound of a man's balls clapping together ! This is not a good sound ! "). Evidemment, tradition oblige, il n'oubliera pas de faire monter deux filles sur scène pour son fameux " I want your shit on my leg ", pelotage en règle d'une double paire de fesses consentantes et hilares. Bob Log III nous aura bien fait rire ! Au moins cinq minutes. Quand il insiste encore pour qu'une demoiselle vienne tremper ses seins dans son whisky (le " Boob Scotch "), on trouve ça juste con. D'ailleurs, ce sera peine perdue : on n'est pas au Japon. Et d'abord comment fait-il avec les Japonaises, pas vraiment réputées pour avoir de grosses poitrines ? Blaireau, va…

 

Black Rebel Motorcycle Club

Pas dans son trip...

Seule date prévue dans notre pays pour les BRMC, qu'on avait vus trois fois l'année dernière, dont à l'AB Club pour un concert mémorable, tout en puissance et déliquescence psychédéliques. On attendait donc beaucoup de nos rebelles préférés en motocyclette, surtout que leur deuxième album, « Take Them On, On Your Own », confirme tout le bien qu'on pense d'eux. Pas de bol : ce concert fût décevant. Les raisons : l'heure tardive (23h), pas de première partie pour se mettre dans le bain, un light show et un son pourris – une torture pour les yeux et les oreilles. La setlist, pourtant, était parfaite : « Six Barrel Shotgun », « Stop », « US Government », « Spread Your Love » d'entrée, ça fait mal. Puis « Love Burns », « We're All In Love » et bien d'autres, malheureusement noyés dans un déluge d'overdubs qui finirent par annihiler toute tentative d'abandon sensoriel. D'habitude, les BRMC jouent à fond la carte de l'ambiance – fumigènes, obscurité, son tournoyant qui prend aux tripes. Cette fois, c'était pompon, d'autant plus que le public était lui aussi d'une raideur agaçante (beaucoup de m'as-tu-vu n'ayant guère d'affection pour le rock'n'roll, mais puisque c'est « aware »…). Rien n'y fera, même pas un « Whatever Happened To My Rock'n'Roll » incendiaire, pourtant un des meilleurs tubes « garage » de ces deux dernières années. Il faut dire que cette lumière blanche éclairant la salle entière, toutes les trente secondes, avaient de quoi refroidir le plus endurci des fans : sans cette frontière indispensable entre le public et le groupe (la salle en général plongée dans l'obscurité pour concentrer l'attention du public sur la scène), il devenait bien difficile de ne pas regarder les trois rockeurs comme un groupe en show case, jamais vraiment dans leur trip, et nous avec. Pas cool.

Arab Strap

En voie de guérison...

On l'a déjà dit : Arab Strap n'est plus ce duo de vils alcooliques chantant d'une voix morne de tristes histoires de cul sur fond de folk malade et renfrogné. Depuis peu, Arab Strap écrit des chansons avec des violons (l'album « Monday at the Hug & Pint ») et reprend AC/DC. Sur scène, Malcolm Middleton et Aidan Moffat sont entourés de tout un groupe, avec même une fille dedans, qui joue au violoncelle. D'accord, on n'est pas encore chez Belle and Sebastian : même si les airs se font plus enjoués, Arab Strap parle toujours de trucs plus ou moins glauques, et le chant traîne encore un peu la patte. Il y en a qui préfère. Nous pas. Avant, se taper Arab Strap en concert faisait partie de ces expériences à ne pas trop réitérer sous peine de se tirer une balle. Maintenant, ça passe. Grâce à des titres comme « The Shy Retirer », « Fucking Little Bastards » ou ces reprises pétaradantes, avec Moffat et Middleton se prenant pour les frères Young. L'ambiance de ce concert était donc plutôt bonne, et le public content de voir que ses idoles savent aussi rire et raconter des blagues (voire imiter Justin Timberlake). Espérons qu'à l'avenir ils ne touchent plus le fond et ne nous reviennent avec un album pas drôle, parce qu'alors ça sera sans nous. Les concerts, c'est quand même fait pour passer une bonne soirée, même s'il y aura toujours des masochistes à crier au génie quand un artiste vous met face à votre propre merde, en live ou sur disque. D'accord, ça peut être utile, mais pas un samedi soir, avant d'aller danser et draguer des filles.

 

 

 

 

Vive La Fête

Lune de miel...

Soirée branchée au Vooruit dédiée au couple le plus sexy de la scène belge : Els Pynoo et Danny Mommens, alias Vive La Fête. Une célébration haute en couleurs pour fêter comme il se doit la sortie de leur troisième album, « Nuit Blanche », un concentré gratiné d'électro-kitsch (« kitsch-pop », selon leurs propres dires) et de new wave curesque, « very fashion indeed ». Le gratin de la populace « aware » de Flandre dans la salle (de Tom Barman à Michel Gaubert de chez Colete, tous deux en DJ sets avant et après le concert) s'était donné rendez-vous pour venir applaudir les deux tourtereaux, en forme olympique. Tenue velcro pour Els, « made in Kortrijk », et maquillage 80's pour Danny le Rouge : le look « Vive La Fête » se veut « tendance »… Comme celui du public, bigarré : coupes iroquoises, badges has been et regards « m'as-tu-vu ». Une « Nuit Blanche », donc : prévus à minuit, Vive La Fête aura un peu de retard…

Els et Danny sont entourés d'un nouveau groupe : exit Jules de Borgher et Piet Jorens, les nouveaux comparses se veulent plus anonymes, quoique peinturlurés comme Danny, « à l'apache » (les yeux barrés d'une grosse ligne bordeaux). Peu d'anciens morceaux, puisqu'il s'agit d'une sorte de show-case : seuls « Tokyo » et un « Je suis malade » à rallonge auront été joués à l'emporte-pièce, comme si l'ancien Vive La Fête n'était qu'un vieux souvenir… Plus que jamais, le groupe se réduit aux deux amoureux, dont les regards complices ne laissent d'ailleurs aucun doute quant à la passion qui les unit. Malgré les poses, malgré les paillettes, ces deux-là savent rester sincères, envers eux-mêmes et envers le public. Les remerciements se veulent chaleureux, et l'ambiance bon enfant. Tout l'album sera passé en revue, avec quelques points forts : un « Touche pas » d'anthologie à la sauce hip hop (avec un invité rapper), deux reprises magiques (« Banana Split » et « I Feel Love », celle-ci susurrée pendant plus d'un quart d'heure (celui de la gloire) par des volontaires dans la salle, à qui Danny prêtait chaleureusement le micro), sans oublier ce « Maquillage » déjà connu des aficionados du groupe… Deux bides, cependant : les problèmes du micro d'Els à la moitié du concert, et ce jam déplacé de Danny avec Luc Devos de Gorki, en toute fin de prestation… Qu'à cela ne tienne, Els et Danny auront prouvé, une fois de plus, qu'ils savent mettre le feu ailleurs que sur les catwalks de Karl Lagerfeld, et « en français dans le texte », dames en heren !

Benjamin Biolay

Une certaine idée de la variété française...

Le temps est maussade, on aurait préféré rester chez soi, blotti dans une couverture chaude à boire un bon thé. Mais il est vendredi soir, et Benjamin Biolay donne un concert à l'Ancienne Belgique. On aime bien Benjamin, qu'on a découvert à la télé, aux Victoires de la Musique… Il y chantait « Los Angeles » (enfin c'est fort probable), d'un ton emprunté qui nous rappelait Gainsbourg jeune. D'ailleurs, Benjamin fume aussi, et ses textes brillent d'une patine agréable, un rien bourgeoise. Sa musique, c'est un peu le charme discret de la bourgeoisie : marié à Chiara Mastroianni, Benjamin a donc pour belle-mère Catherine Deneuve. La Belle de Nuit, ici, c'était bien sûr Chiara, au chœur de presque toutes les chansons de son nouvel album, « Négatif ». Dans la pénombre, elle a les yeux qui tombent, comme si la vue d'un public si proche la liquéfiait. Benjamin, lui, est tranquille. Il chante et tire à ses clopes avec élégance, comme un dandy bohème qui aurait ses entrées dans le cercle très fermé des stars internationales du cinéma français. On parie qu'il mange tous les dimanches chez Depardieu, un gros poulet à la broche avec des frites. Benjamin est un peu seul dans la chanson française. Ni proche des Dominique A, Miossec et de toute la nouvelle génération rock fromage, ni proche des enfoirés foireux de la variétoche, Ben est dans son trip, Hollywood, Kennedy, Monroe. Los Angeles, toujours, les palmiers, les « privés », les producteurs véreux, les road movies, le rêve américain regardé par des millions de gens moyens sur leur télé couleur. Ben a sans doute rêvé d'être du clan Kennedy, comme Schwarzenegger. Chiara, c'est déjà pas mal. Sur scène, ils sont côte à côte, mais Benjamin reste zen. La musique avant tout. Il exhorte le public à encore l'applaudir. Il aime Bruxelles. Ses musiciens semblent eux aussi sortir d'un film de Robert Altman ou de Coppola : Ben devrait faire une BO ou même un film. Parce qu'il a la gueule, et la musique. Tendance Kyle McLachlan. Twin Peaks. Toujours le même trip. De « Rose Kennedy », il n'aura retenu que quatre chansons : « Novembre toute l'année » en clôture, « Les cerfs volants » en premier rappel, « Les roses et les promesses », et bien sûr « Los Angeles », dans une version dépouillée et cool, comme lui. Du nouvel album, beaucoup de titres, presque tout : « Billy Bob a toujours raison », l'amusant « Chaise à Tokyo », « Des lendemains qui chantent », le bouillonnant « Négatif », ainsi qu'une chanson inédite et la reprise d'un titre de Valérie Lagrange (« Fleuve Congo »), dont il a composé partiellement le dernier album. C'était bien. De bons musiciens. Une Chiara timide piquant de sa féminité trouble les titres de son Ben de mari. Et un Biolay en grande forme, généreux, parfois rigolard, mais avant tout, classe. Un concert agréable et joli, qui nous réconcilie avec « une certaine idée de la variété française ».

 

 

Joe Jackson

Retour aux sources...

Écrit par

Mary Lee's Corvette se résume à un duo. Une formule originale, puisqu'elle est partagée entre un bassiste et une chanteuse/guitariste (NDR : dans le registre acoustique !). Mary Lee possède une superbe voix, une voix cristalline dont le timbre me fait parfois penser à Joan Baez ; mais ses chansons manquent cruellement de relief. Et ni les efforts produits par son bassiste pour dynamiser la solution sonore, ni les interventions épisodiques de Mary à l'harmonica, ne parviendront à y changer quelque chose. Ce n'est qu'en fin de set, lorsqu'elle élèvera le tempo, qu'on se rendra compte du réel potentiel dont elle dispose, pour s'extraire du folk traditionnel. Et qu'elle exploite trop rarement…

Dans la foulée de la sortie de son nouvel album, « Vomume IV »,  Joe Jacskon est donc parti en tournée. En compagnie, bien sûr, des musiciens qui ont participé à l'enregistrement de cet opus ; et non des moindres, puisqu'il s'agit de ceux qui l'entouraient à ses débuts, soit Gary Sanford à la guitare, Dave Houghton aux drums et son fidèle bassiste Grahm Maby. Un périple qui transitait par l'Aéronef de Lille. Vêtu d'une redingote noire, Joe monte sur les planches flanqué de ses potes. Et avant d'entamer son set, il les présente. En français. Tout au long de la soirée, il fera l'impossible pour s'exprimer dans la langue de Voltaire, et en particulier pour introduire ses chansons. En n'oubliant pas d'y injecter une bonne dose d'humour… Le concert démarre sur les chapeaux de roue. « One more time », « Take it like a man : awkward age », « Fools in love », « Fairy dust », etc. Groove, funk et new wave font ici bon ménage. Showman, Joe donne de l'effet dans sa voix, tout simplement en variant la distance qui le sépare de son micro. Lorsqu'il s'assied derrière ses ivoires, c'est pour nous délivrer quelques chansons romantiques, dont un « Is she really » que le public reprend en chœur. Les sonorités dont il est capable de sortir de son instrument portable sont bourrées de feeling. Alors, j'imagine que lorsqu'il joue derrière un piano à queue, elles doivent vous transpercer. Les musiciens se sont effacés, pour laisser Joe interpréter quelques titres plus intimistes, plus minimalistes ; et ne particulier un « Steppin' out » de toute beauté. Pour le retour du groupe, on entre dans le monde de la New Orleans avec « Dirty Martini ». Joe en profite pour jouer du flugelhorn. Il embraie par « Thugs'r'us' », un titre ska issu de son dernier album ; et l'ambiance monte d'un ton. Qu'amplifie le funk blanc « Sunday papers », à la finale échevelée. Joe a maintenant ôté sa veste et clôture son spectacle par quelques titres plus enlevés encore, permettant même à ses musiciens de se libérer. Moment choisi par l'artiste pour s'éclipser, sans avoir oublié de prendre congé du public. Après dix minutes d'applaudissements, le groupe réapparaît. Graham Maby est passé au chant pour « Diff'rent for girls » ; mais Joe met la cerise sur le gâteau : il empoigne les maracas et nous accorde son célèbre « Beat crazy » et une version très punk d'« I'm a man ». Quelle soirée !

John Cale

Comme le bon vin, John vieillit bien...

Pour la clôture de sa saison, l'Ancienne Belgique accueillait John Cale, épicentre d'une soirée exceptionnelle durant laquelle lectures, vidéos et film mettaient en scène l'ex-Velvet Underground, avant un concert divin qui marqua le grand retour du musicien sur le devant de la scène. Malgré un accoutrement plutôt indigne de la part de notre dandy touche-à-tout (un training pantacourt, des baskets pourries et une vieille chemise), le spectacle fût d'une intensité rare, beau mélange de nouveaux morceaux et de grands classiques, la plupart du temps remis au goût du jour.

D'entrée, Cale attaque avec trois nouvelles compositions, augurant du meilleur (un album est prévu pour septembre, et l'EP " 5 Tracks " vient de sortir) : " Over Her Head ", " Lament " et " Waiting For Blonde " impressionnent par leur structure mélodique (sophistiquée mais évidente). Retour en arrière avec les fameux " Do Not Go Gently Into That Good Night " et " The Endless Pain of Fortune " (de " Paris 1919 "), séparés par un quatrième inédit, " Verses " (de " 5 Tracks "), avant un " Venus In Furs " de toute beauté. Voir jouer un classique du Velvet par un de ses membres fondateurs procure toujours un bonheur insatiable : le violon électrique n'a rien perdu de sa verve, et déchire le silence (religieux) de ses stridences aujourd'hui rentrées dans l'histoire. Emotion. " Set Me Free " et " Things (You Do In Denver When You're Dead) " (du film du même nom) détendent l'atmosphère après telle plongée en arrière, dans ce passé sulfureux qui marqua toute une génération (et même plusieurs) d'apprentis musiciens et d'amateurs de pop music. Mais les surprises n'étaient pas terminées : aux premières notes de " Fear Is A Man's Best Friend ", le public exulte, et Cale sourit. Sa version de " Fear " se montrera pourtant bien différente de celle de l'album, Cale s'épargnant les cris du refrain en les remplaçant par de légères digressions pianistiques. " E is Missing ", autre inédit, fit un peu retomber la sauce (malgré sa bonne tenue), avant une dernière demi-heure rock'n'roll de haut vol, avec un Cale au devant de la scène, la Gibson blanche en bandoulière et le regard droit et enflammé : " Model Beirut Recital ", " Gun " et " Pablo Picasso ", avant un premier rappel et cet " Heartbreak Hotel " d'une intensité remarquable. John Cale vieillit bien, comme le bon vin.

Le public, conquis, en redemande : John Cale revient, seul, et interprète avec grâce un " Wilderness Approaching " de toute beauté. Qu'il rocke, qu'il expérimente ou qu'il roucoule, John Cale surprend par sa justesse de ton et son goût de l'aventure. Bref, il en jette toujours, sans forcer le trait. Vivement l'album !

Miam Monster Miam

A vous couper l'appétit...

Benjamin Schoos est un petit marrant, même si sa musique, elle, n'est pas drôle (« Forgotten Ladies », son nouvel album). Un soupçon de Venus et de Don Corleone (l'abat-jour et le fauteuil, la gomina et la grosse caboche), un zeste de Ry Cooder et de Tindersticks (le trio en backing band – Jacques Stotzem, André Klenes, Phil Corthouts – et l'air emprunté de Miam), un léger parfum de belgitude (l'accent liégeois, le surréalisme des paroles – trois mots, à toutes les sauces, love despair sadness) : circulez, y a rien (de neuf) à voir ! ! ! Benjamin, en plus, est aussi à l'aise sur scène qu'un éléphant dans un magasin de porcelaine : une blague belge, une blague belge, une blague belge ! Eh bien non, pas de blague… même si ce concert de Miam Monster Miam en fût une. Les musiciens, eux, étaient parfaits. Dommage que Benjamin n'a pas la classe d'un Stuart Staples, et qu'il ferait mieux de chanter en français. « When I was a ninja », pop-song idiote dédicacée à Bruce Lee, clôturera ce concert raté, même si livré avec plein de bons sentiments. Miam Miam Miam ! ? Non : pas glop.

Après un concert si « délicieux » (dixit plein de gens venus en bus de la cité ardente), Nicolai Dunger (Suède), la vraie tête d'affiche de ce concert, n'aura bien sûr pas trop retenu l'attention. Pas de chance pour lui : c'était pas son show-case. « Va voir à Seraing si j'y suis ! ». Pourtant, son americana composée à quatre mains avec Will Oldham (excusez du peu) valait bien qu'on s'y attarde. Du sax, de la flûte, des guitares rugissantes, et surtout cette voix, râleuse et raclante, comme rôdée à l'alcool et au vieux tabac. Un Dunger vaut mieux que deux Miam tu l'auras, comme on dit. Pour les fans d'alternative country… Pas nombreux dans la salle, il allait sans dire.

Jane Birkin

Un parfum d'Orient...

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Le concert que Jane Birkin accordait à la Maison de la Culture de Tournai, ce samedi 15 février, était bien sûr sold out depuis quelques jours. Pourtant, le public partagé entre jeunes et surtout moins jeunes était prévenu : à l'instar de son denier album (« Arabesque » (Kachalou/EMI), l'Anglaise préférée des Français allait revisiter les compositions de Gainsbourg à la sauce orientale. Et pour y parvenir, elle s'appuie sur une solide formation constituée de Fred Maggi au piano, d'Aziz Boularoug aux percussions, d'Amel Riahi au luth et de Djamel Beneylles au violon. Egalement responsable des orchestrations, ce dernier est également le leader du groupe algérien Djam & Fam et un collaborateur régulier de Jacques Higelin, Khaled ou encore Florent Pagny.

Jane monte sur scène vêtue de noir, pantalon et top (NDR : mais avec manches longues). Elle est vraiment belle et toujours aussi frêle. Et arbore un sourire jusqu'aux oreilles. Pas de trace de l'orchestre, mais simplement de son pianiste. Elle entame son répertoire par de nouvelles chansons, de cette voix fluette, sans grand registre, mais tellement chargée de grâce et d'émotion ; des chansons qu'elle a écrites et puis une compo de Zazie. Toutes sur ce mode minimaliste. On n'échappe évidemment pas au poème de Prévert, « Les feuilles mortes ». Histoire de faire la transition et de faire place à son orchestre. L'éclairage passe à l'orange, et on entre dans le monde oriental. Enfin, tantôt à coloration algérienne, andalouse, un peu gitane ou même sud américaine pour « Couleur café ». Jane aligne ses classiques : « Elisa », etc. Elle est ravie et parle entre chaque interprétation, autant qu'elle ne chante. Puis échange un remarquable duo avec le chanteur Moumen, avant de disparaître pour laisser la formation jouer l'instrumental « She left her ». Lorsqu'elle revient, c'est vêtue d'une longue robe rouge et chanter le très évocateur « Les dessous chics ». Jane est toujours aussi hantée par l'esprit de Serge Gainsbourg. Elle parle toujours autant de lui. Même sur scène. Moment d'émotion intense, lorsqu'elle récite un poème du fils de son frère, décédé suite à un accident de circulation, en compagnie de tout son groupe. Le temps semble passer à une vitesse folle. Pour « Les clefs du paradis », Jane se met à danser. Ce qui n'est pas nécessairement une réussite. M'enfin le rythme on l'a ou on ne l'a pas dans le sang. Et en plus pour une Anglaise… Elle remercie plusieurs fois ses musiciens (NDR : qu'elle embrasse affectueusement, à plusieurs reprises, tout au long du set), ses collaborateurs, les éclairagistes, le public… presque les nuages… Mais c'est dit avec une telle sincérité qu'on ne peut que craquer. Elle félicite la Belgique pour sa position dans la question de l'Irak. Et puis, c'est le moment de « Comment te dire adieu ». La salle est debout ! Les applaudissements nourris la décident à remonter sur scène, pour interpréter deux derniers titres, dont « La javanaise » a cappella, au cours duquel le public l'accompagne. Rideau. L'homme à la tête de chou aurait été très fier de Jane…