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Shaka Ponk - 14/03/2024
Manu Chao - Bau-huis

The Big HatBand

Plus d une corde à sa guitare...

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Performeurs wallons, animateurs écossais, les nouveaux éphèbes du rock belge se situent très mal sur les cartographies sonores du pays. Alors, ils prônent la réforme. Sans remettre en cause les institutions, The Big HatBand fait sa révolution. Persuadé que le rock'n'roll peut changer les vies, ces quatre ' Boys In The Band' accélèrent la cadence et se lancent sur un chemin électrique, orageux. Un itinéraire dangereux, parcouru de quelques spectres tutélaires (The Libertines, The Ramones, The Jam) et d'insatiables revenants (Buzzcocks, Wire). Alors, ce nouveau Gang Of Four changera-t-il la donne ? Rien n'est moins sûr. Mais la guitare est dans leur camp...

Si vous nous racontiez votre rencontre ainsi que l'histoire internationale du groupe ? 

A l'origine, Diego (guitare) et moi (Arnaud : chant, guitare) fréquentions la même école secondaire. A Nivelles. Fatalement nous sommes rencontrés ? Nous étions alors âgés de 16 ans. Nous avons commencé à jouer en duo, sans aucune prétention. Puis, un ami nous a rejoint pour se charger de batterie. (NDR : aujourd'hui, c'est Andrew Bolton qui se réserve les fûts) ; et, enfin, Edgar (chant, guitare) est venu compléter le line up. En février 2003, on nous a proposé un premier concert. L'idée ne nous avait pas encore effleuré l'esprit... néanmoins, cette proposition nous a motivés. Les concerts se sont alors enchaînés et nous nous sommes inscrits à des concours. En général, nous avions de bons échos de nos prestations. Après avoir remporté le prix de la Province de Namur lors du 'Fields Rock Festival', nous avons eu la chance d'enregistrer notre première démo. Voilà où nous en sommes aujourd'hui.

Quelle sera la prochaine étape ?

La suite logique de nos aventures nous mènera sans doute à enregistrer un album. Mais pour l'instant, l'heure est au maxi. C'est déjà une certitude : il sera enregistré cet été. En principe, les choses devraient bouger puisque, aujourd'hui, certaines personnalités influentes du paysage musical nous accordent un peu d'attention.

Avez-vous l'impression que le groupe vient de s'ouvrir les portes d'une autre dimension, accédant ainsi à une nouvelle étape dans sa jeune histoire ? 

De toute façon, ce n'est pas ce qui était prévu au départ. Et vous savez pourquoi ? Parce que rien n'était planifié ! Parfois, nous organisions des répétitions, mais nous ne pensions jamais jouer en concert face à un public. Les choses se sont précipitées et, de concerts en concours, nous avons progressé. Pourtant, The Big HatBand n'a pas été programmé. Arnaud (chant, guitare) et Edgar (chant, basse) ne se connaissaient même pas avant la première répétition ! 

Il est relativement difficile de rapprocher The Big HatBand d'un autre groupe de la scène belge. Vous êtes obnubilés par les guitares punk estampillées 1977-1979. Pensez-vous changer votre guitare d'épaule?

Certainement pas ! Nous voulons être le premier groupe en Belgique à percer avec cette musique. Maintenant, on espère qu'une évolution pourra s'opérer et que The Big HatBand sera à la base de ce changement. Showstar, Girls In Hawaï, Flexa Lyndo... on en a marre de cette vague ! The Big HatBand propose autre chose, une alternative. Nous aimerions aussi profiter du peu de moyens mis en place en Communauté française pour nous mettre en évidence. A ce titre, des expériences comme la Fête de la Musique ou le Concours Circuit représentent énormément : nous avons tout à prouver ! 

Vous êtes francophones. Mais lorsque vous vous exprimez en anglais, vous ne rencontrez aucun problème d'accent. Quel est votre secret ? 

Notre secret, il s'appelle Edgar ! Il est Ecossais mais vit à Bruxelles depuis sept ans. Ce qui est drôle, c'est qu'Andrew, notre batteur, est aussi Ecossais. Nous sommes donc le premier groupe belgo-écossais de Belgique. Nous ne rencontrons pas les problèmes d'accent que peuvent éprouver d'autres groupes. Et pour tout dire, nous sommes davantage ancrés dans la culture anglo-saxonne. 

Pour vous, le rock'n'roll est-il un mode de vie ? 

On ne joue pas avec les clichés... Même si, d'un point de vue vestimentaire, on rejette les shorts ! Pour nous, les fringues participent indéniablement à l'imagerie rock. On revendique une certaine classe... ce qui ne veut pas dire qu'on s'habille mieux que les autres ! Pour être rock'n'roll, il suffit d'en jouer, de s'amuser. 

Qui se charge des compositions dans le groupe ? 

C'est Edgar qui gère cet aspect là des choses. Il compose toutes les parties instrumentales. Son frère – qui ne fait pas partie du groupe – se charge d'écrire les textes des chansons... 

Que pensez-vous d'Internet comme vecteur de diffusion musicale ? 

Nous essayons d'être le plus présent possible sur la toile. Aujourd'hui, Internet participe activement à l'évolution du bouche à oreille. Nous allons donc tout mettre en œuvre pour être davantage visible sur Internet. La mise à disposition de notre musique ne nous dérange pas. En règle générale, nous sommes même plutôt favorables au téléchargement. Il nous arrive souvent d'acheter des disques après avoir entendu un artiste via Internet. A partir de ce moment-là, on ne voit pas en quoi cette pratique peut nuire aux artistes téléchargés. Au contraire : on écoute leur chanson sur le web, on va voir les concerts et, généralement, on achète le disque ! De notre point de vue, Internet constitue un incroyable moyen de diffusion. Nous allons développer notre page sur www.myspace.com/thebighatband. Pour construire notre site officiel, nous envisageons l'engagement d'un webmaster. 

Que pensez-vous de l'implication de la presse belge dans la carrière des jeunes groupes issus de la Communauté française ? 

Nous avons joué au Botanique en première partie des Kooks. Et, lors des dernières Nuits du Botanique, nous étions à la même affiche que les Babyshambles de Pete Doherty. Lors de ces deux concerts, l'accueil du public était génial et ce, sans aucune médiatisation. On trouve regrettable qu'un journaliste du Soir se lance sur les traces de Pete Doherty pendant toute une journée sans nous accorder la moindre ligne dans son article. Nous étions une des découvertes belges de ce festival ? Nous sommes issus de la Communauté française. Alors, pourquoi ne pas parler du concert ? Pour notre part, on a vraiment l'impression que la presse belge délaisse complètement son rock national. Elle préfère aller voir ailleurs, ce qu'elle possède déjà à portée d'oreille. Et à mon avis, c'est une erreur. 

 

 

Ariane Moffatt

Dérèglement des machines intérieures

Écrit par

A 27 ans et déjà une belle carrière dans son Québec natal, Ariane Moffatt nous importe enfin ses états d'âmes et ses bidouillages éclectiques. Figure de proue d'un nouveau genre, le R'n'G, autrement dit le Rhythm'n'Grunge, elle apporte dans ses valises « Le cœur dans la tête », un album qui rappellera à l'ordre tous ceux qui pensaient jusqu'ici que la scène québécoise se limitait aux gens qui hurlent sans avoir grand chose à raconter.

Quel est ton parcours et comment en es-tu arrivée à avoir « le cœur dans la tête » ?

J'ai commencé à chanter au lycée. J'avais un prof super stimulant et stimulé qui nous a poussébs à faire des comédies musicales et la première fois que j'ai chanté, j'ai tout de suite senti l'électricité qui me donnait l'envie de reproduire cet effet. J'ai étudié en chant-jazz et en musique à l'université. J'ai aussi toujours été attirée par les claviers. Quand j'étais petite j'avais un bébé-clavier qui devenait de plus en plus gros à chaque anniversaire ; ce qui explique le côté électronique et expérimentation des albums. Parallèlement, j'ai commencé à écrire mes chansons vers l'age de 16 ans. J'ai joué du clavier et été choriste pour des artistes au Québec. C'est un peu ainsi que j'ai fait mon chemin, jusqu'à ce que le premier album, « Aquanaute » sorte en 2001. Le deuxième est paru en novembre au Québec et le 15 mai en Europe.

On sent énormément d'influences dans ton album. Quels sont les genres musicaux qui t'inspirent le plus ?

Le death metal, c'est celui que j'aime moins ; sinon, je suis ouverte à tous les styles, pourvu que ce soit bien senti et que cela grove. J'aime ce qui est vrai, ce qui vient du cœur, du reggae au trip-hop en passant par le hip-hop, le folk-roots ou les musiques du monde. Je pense que c'est cela qu'on entend dans ma musique : le désir de fusionner plein de choses. J'ai essayé de faire quelque chose de nouveau avec ça. « Le cœur dans la tête » est très éclectique, il va dans tous les sens ; mais ça fait partie de moi de vouloir explorer toutes sortes de choses. Peut-être qu'un jour je me rangerais dans un style particulier mais j'aime pouvoir toucher à différents genres.

Tu as travaillé entre autres avec Marc Déry, Daniel Bélanger ou encore M. Quelle est l'expérience qui t'as le plus marquée ?

Celui qui a été pour moi le déclencheur, c'est Daniel Bélanger au Québec. Dans la francophonie, cet artiste est un secret trop bien gardé. D'ailleurs sur mon album je reprends un de ses titres : « Imparfait ». Il m'a fait confiance dès le début en m'engageant dans son groupe comme claviériste alors que je n'avais pas vraiment beaucoup d'expérience en échantillonnage ou en programmation. Je me suis retrouvée dans le bain et devais donc me débrouiller. Il m'a ensuite permis de faire ses premières parties avec mon propre matériel, ce qui m'a permis de rencontrer le public et de préparer le terrain pour mes albums. Il a été extrêmement influent et c'est une rencontre qui s'est transformée aujourd'hui en grande amitié.

Il a fallu 3 ou 4 ans à l'album « Aquanaute » pour débarquer en Europe et seulement 6 mois pour le dernier. N'est-ce pas un peu frustrant que ça prenne autant de temps ou même de devoir assurer la promo de deux albums en même temps ?

Disons que « Aquanaute » est sorti en Europe de manière très lente parce que c'était un critère important pour moi que de ne pas être identifié par cet album, parce qu'il y a trop longtemps qu'il est sorti. Le fait de pouvoir sortir aussi vite « Le cœur dans la tête » synchronise un peu plus la promo avec le Québec. En concert, j'opère juste un mélange des deux albums.

C'est comme recommencer à zéro...

C'est sûr. On est dans un nouveau territoire, un nouvel environnement, et le public est différent. Peut-être un peu plus spécialisé dans ce que je réalise. J'espère attirer un public qui corresponde à ce que j'essaie de créer, entre la pop et les trucs un peu plus expérimentaux. J'aime l'idée de ne rien prendre pour acquis et d'avoir la possibilité de recommencer mais, cette fois, avec tout ce que j'ai appris, toute l'expérience que j'ai acquise au Québec. Je suis surtout dans une optique d'expérience de vie. Même si j'ai signé chez une major, je suis pas du genre 'je suis là pour conquérir'. Mon optique est beaucoup plus humaine. Elle me permet de vivre également des rencontres professionnelles extraordinaires...

Avant, la France se contentait d'importer des artistes canadiens 'à voix' et depuis l'émergence de la 'nouvelle vague', illustrée par des artistes comme Cali, Benabar, Camille, etc. on voit enfin des artistes qui ont des choses à dire. Ton succès, tu préférerais le mettre sur le compte de cette nouvelle scène ou tout simplement sur ton duo avec M ?

C'est vrai que le rapport Europe-Québec s'est tissé sur cette scène-là. Quand j'étais plus jeune, j'avais un peu peur, pour percer en France, de devoir passer par le corridor des chanteuses de comédies musicales ou de la variété. C'est pas ce que je voulais. J'écoutais déjà M à l'époque et je voulais appartenir à ce courant là. M fait partie d'une famille de gens qui ont leurs convictions, qui font leurs trucs sans concession et fonctionnent sans gros rouages commerciaux. C'est un courant qui communique de mieux en mieux.

Y'a-t-il aujourd'hui des artistes que tu ne supportes plus d'entendre et, à contrario, quels sont ceux que tu écoutes le plus en ce moment ?

J'aime beaucoup cette nouvelle chanson, de Philippe Katerine à Keren Ann en passant par Camille ou Mathieu Boogaerts. Ce sont tous des gens qui m'inspirent par leur folie. Ils provoquent et savent ce qu'ils veulent. J'aime leur audace. Par contre, je suis pas très fan de la variété construite sur un moule, étudiée pour cartonner.

Un disque culte ?

« Little Earthquakes » de Tori Amos.

« Will You Follow Me » est une chanson en VF dont le titre est en anglais. Un disque d'Ariane Moffatt entièrement en anglais, est-ce possible ?

Oui. Je pense que ce franglais fait partie de ma personnalité. De mon quotidien. Au Québec, on est entre les deux et j'ai cette manie-là de mélanger les deux langues. Je le fais un peu dans mes chansons et j'ai déjà quelques textes en anglais ; mais je laisse mûrir l'idée...

Dans ton single « Montréal », on te sent heureuse d'y retourner. Qu'est ce qui te manque le plus quand tu n'y es pas ?

En fait j'ai choisi Montréal comme j'aurais pu choisir n'importe quelle ville où tu te sens à la maison. Ce qui est fun c'est de ramener ce que tu as puisé ailleurs puis de le mettre dans ton petit nid. Cette chanson-là parle autant du désir de rentrer à Montréal que de la joie d'être partie.

Tu es l'instigatrice du R'n'G. Quels sont les ingrédients pour être un bon artiste R'n'G ?

C'est une façon de définir ce jeu de contraste entre le côté groove ou dub et le côté guitares un peu plus acérées, un peu plus grunge. C'est le mélange entre ces deux pôles-là. Un peu black'n'white.

Y'a-t-il d'autres artistes que tu considère comme R'n'G ?

Y'a des bouts du dernier album de Cake (NDR : « Pressure Chief ») qui vont dans ce sens-là. Ca m'a donné envie d'aller dans cette direction.

Dans la chanson éponyme de ton nouvel album, tu dis 'j'ai des vices cachés'. On peut savoir lesquels ?

(Rires) C'est une question piège, ça ! Au moment où je l'ai écrit, je ne les connaissais pas vraiment. Je les ressentais. C'est un petit dérèglement des machines intérieures. C'est très vaste... 

 

 

Radio 4

Retour aux sources

Écrit par

Dehors, le temps est des plus maussades. A l'abri sous les serres du Botanique, Anthony Roman, leader de Radio 4, a l'air en phase avec la météo. Sympathique mais peu bavard, il  présente  "Enemies Like This", le quatrième ouvrage des New-yorkais, qui marque un retour aux sonorités groovy originelles du quintet. 

Nouveau label, nouveau guitariste, nouveau producteur… C'est un nouveau départ pour le groupe ? 

D'une certaine façon, oui. Ca fait toujours du bien de recommencer avec l'esprit frais. 

On retrouve Jagz Kooner à la production cette fois-ci ; qu'est-ce qu'il a apporté de neuf au son de Radio 4 ? 

Il a abordé le disque également avec un esprit frais. Son approche l'était tout autant. Il aimait la façon dont le groupe jouait et dégageait une énergie plutôt positive. Le déclic a été immédiat. 

Sa démarche était-elle fort différente du fameux duo DFA (NDR : qui a produit « Gotham ! ») ?  

Assez. Les membres de DFA sont beaucoup moins conventionnels, ils ont une approche différente pour chacune de leurs productions. Jagz est un de leurs amis ; et, à vrai dire, il a un peu le même état d'esprit qu'eux mais pas la même façon de travailler… 

Comment s'est passée la rencontre avec Dave Milone, le nouveau guitariste ? 

Je le connais depuis des années. Il faisait partie de Computer Cougar, un groupe new-yorkais que j'aimais beaucoup, surtout pour sa manière de jouer de la guitare. C'était très pop-punk. 

Qu'est ce qui s'est passé avec le précédent, Tommy Williams ? 

On allait juste dans des directions opposées, rien de plus… 

Le succès de « Dance To The Underground » a-t-il eu un impact positif sur le groupe ou est-ce que, du coup, vous avez ressenti plus de pression de la part des critiques ? 

Les deux. La réaction du public a été très positive mais il y a toujours un moment où tu aimerais que le public réagisse positivement à d'autres de tes chansons. Au bout du compte, de toute manière, on tente d'écrire des chansons aussi bonnes que possible. L'important c'est qu'elles soient naturelles. 

On lit dans la bio du groupe que « Stealing Of A Nation » avait souffert de trop de calculs et d'ambition. Tu penses vraiment que c'était le cas ? 

Ouais ! Je n'ai pas du tout aimé le produit final, à part quelques chansons que je trouve mieux que d'autres. Le groupe a assez mal assuré sur l'enregistrement des chansons et la production ne correspondait pas vraiment à ce qu'on fait. 

D'où un retour vers le son de « Gotham ! »… 

Ouais ! Ca ressemble beaucoup plus à ce qu'on fait d'habitude. Le résultat est beaucoup plus naturel que sur « Stealing Of A Nation ».

Qui sonnait beaucoup plus éléctro… 

Effectivement. On voulait essayer quelque chose de différent mais ça n'a pas débouché sur le résultat que l'on espérait. « Enemies Like This » est beaucoup plus vrai et fidèle au son du groupe. 

L'album s'appelle donc « Enemies Like This ». Qui sont ces ennemis ? 

Ces ennemis peuvent être n'importe qui. Ils peuvent être des gens proches de toi, du genre famille et amis ou même le gouvernement. En gros, la plage-titre parle de gens qui sont supposés être de ton côté mais qui finissent par te trahir, d'une manière ou d'une autre. 

C'est un événement que tu as vécu ?

Non, c'est vraiment général. La chanson ne parle pas d'une personne en particulier. 

Les messages de Radio 4 sont assez politiques. Quels sont les événements ou sujets qui ont influencé l'écriture de l'album ? 

Il s'agit surtout de notre frustration vis-à-vis de la corruption qui gangrène le business en général aux Etats-Unis. Ce qui a pour conséquence que le fossé entre riches et pauvres ne fait que s'élargir. La classe moyenne s'en sort difficilement et là-bas, soit tu es riche, soit tu n'es rien. 

Le désastre de l'ouragan Katrina et ses conséquences ont-ils renforcé cette optique des choses ? 

C'est un bon exemple. La Nouvelle-Orléans n'est pas une ville riche et est habitée majoritairement par des afro-américains. C'était comme si le gouvernement n'en avait rien à foutre. Mais quand un événement négatif se déroule dans un haut lieu financier comme New York, là, ils sont vachement plus rapides. Par contre après Katrina, les jours ont défilé mais le peuple ne voyait rien arriver… 

Tu es de l'avis de Kanye West qui a prétendu lors d'une émission télé que le gouvernement n'a pas réagi assez vite parce les habitants de la Nouvelle-Orléans sont essentiellement afro-américains ? 

Dans un certain sens, oui... 

Avant de faire partie de Radio 4, quelles étaient tes influences musicales principales ? 

J'écoutais beaucoup de musique underground du genre Fugazi et The Replacements. J'aimais aussi les Clash, évidemment, et un peu de reggae et de punk. Du côté commercial, c'était plutôt les Rolling Stones et des trucs de ce genre… 

Ta chanson préférée de cet album ? 

« Everything's In Question » pour son groove assez Dance-hall. Il y a aussi « All In Control » et « Grass Is Greener ». Bref, j'ai tendance a aimer ce qui est un peu moins traditionnel dans le son de Radio 4. 

Et ton album préféré de Radio 4 ? 

Le dernier et « Gotham ! » pour diverses raisons. Je n'écoute pas souvent « Gotham ! » ; mais quand c'est le cas j'ai tendance à me dire que c'était plutôt bon. Quant à « Enemies Like This », je suis assez fier de son contenu.

Et le temps belge, comment trouves-tu ? 

Ca fait deux jours qu'on est ici et il est vrai que le temps est assez bizarre depuis notre arrivée !

 

Kaiser Chiefs

Etre comparés, c'est être reconnus...

Écrit par

Kaiser Chiefs est à l'affiche du prochain festival Rock Werchter. Une fameuse reconnaissance pour une formation qui, à ses débuts, a éprouvé toutes les peines du monde pour décrocher un contrat auprès d'un label.  Depuis, le quintet de Leeds cumule les distinctions. Et pas seulement à cause de leur tube « I predict a riot » ; mais surtout, parce qu'en février dernier, il a été primé en recevant 3 récompenses aux Brit Awards. Mais revenons à leurs débuts. Qui remontent à 2003 (NDR : le groupe existait déjà depuis 1997, mais sous le patronyme de Parva). Il leur a fallu une bonne année avant qu'ils ne signent chez le label indépendant B-Unique en Angleterre, puis décrochent un contrat chez Universal pour le reste du monde. Lors de son dernier passage à l'Aéronef de Lille, Nick 'Peanut' Baines, le claviériste, nous a parlé de ces moments difficiles au cours desquels le groupe n'a jamais baissé les bras…

« Malgré cette épreuve, nous avons toujours eu confiance en nous. Nous n'avons jamais eu l'idée de tout arrêter. Nous étions déterminés. D'autant plus que notre entente a toujours été idéale. Parce que cela prend déjà du temps de monter un groupe. Il est vrai, qu'il est très dur de se sentir ignoré par les maisons de disques et de ne pas bénéficier d'un contrat. Mais finalement, cette épreuve a renforcé notre caractère. Tu sais notre parcours a connu des hauts et des bas ; on apprécie d'autant plus aujourd'hui, là où on est arrivé. »

Pour mettre en forme leur premier album, 'Employment', le groupe a fait appel à deux producteurs. Ce qui méritait une explication. « Ce disque a été enregistré en 2004. Au mois d'octobre et de novembre. Nous avions travaillé en compagnie de Steve Harris pour la confection de quelques B-sides, dans le passé. Et nous avions l'intention de retravailler avec lui. Mais son emploi du temps était beaucoup trop chargé et il lui était matériellement impossible de bosser pour tout un album. Il a quand même accepté de se charger de 6 chansons. Il a sa façon bien à lui de traiter le son ; et on peut immédiatement le déceler à première écoute. Stephen Street embrasse une approche différente. Il s'est occupé des autres titres. Mais l'essentiel est que l'ensemble soit en harmonie. Et finalement le résultat est à la hauteur de nos espérances… »

Sur ce disque on retrouve l'inévitable hit ‘I predict a riot’, une compo dont les lyrics sont assez inhabituels dans le chef ( !?!?) de Kaiser Chiefs, puisqu'elle recèle un commentaire à caractère social. Nick s'explique : « Effectivement. Le texte parle des sorties du vendredi et du samedi soir. En fait les gens travaillent du lundi au vendredi. Tu vois le topo : métro-boulot-dodo. Et le week-end, ils boivent démesurément. C'est Nick, le drummer, qui a écrit ce texte. Autrefois, il bossait comme DJ dans un club indé. Et lorsqu'il rentrait chez lui, il croisait des tas de gens bourrés au milieu de la route. Des filles qui marchaient sur la route en tenant leurs chaussures à la main. Pas un très beau tableau ! Et il voyait le même cinéma chaque semaine. Il a donc eu l'idée d'en écrire une chanson en parlant de cette population portée sur la boisson et qui se comporte de manière irresponsable et puérile. Ce n'est pas vraiment un commentaire social, mais le fruit d'une observation quotidienne. Nous abordons d'autres thèmes dans nos chansons. Celui de la télévision, par exemple… » Nick est en effet le principal compositeur. Mais aussi le drummer. Concilier ces deux fonctions semble quand même difficile. Ce qui méritait une explication. « Ce n'est pas un problème. Car en plus de la batterie, il joue de la guitare et du piano. En outre, il chante très bien. Lorsque nous avons travaillé sur les compos de l'album, il débarquait quotidiennement avec une idée, un refrain ou des lyrics. On ne concrétisait pas systématiquement ses idées, mais elles servaient le plus souvent de base à la confection d'une chanson. De son côté, le bassiste amenait également ses idées. Et puis on en discutait tous ensemble pour les ramener à un projet de groupe, pas individuel. Mais le plus souvent, Nick esquissait le squelette de la chanson ; et nous on y mettait la peau… » Deux compos de cet opus, ‘Born to be a dancer’ et ‘Everyday I love you less and less’ parlent de leurs ex girlfriends. A croire que les musiciens écrivent une chanson chaque fois qu'une de leurs relations amoureuses s'achève… « Je pense qu'alors nous pourrions sortir au moins dix albums en deux temps trois mouvements (rires). Plus sérieusement ce sont des histoires que nous racontons. Seules ces deux plages traitent de rupture. Maintenant, il est possible que nous écrivions d'autres chansons sur le sujet. Finalement, il est assez sympa que certaines personnes puissent deviner qu'elles concernent nos ex-copines. Tout le monde rencontre, un jour ou l'autre, des  difficultés avec son ou sa partenaire. Et il est assez facile d'écrire quelque chose à partir de son vécu… »

Certains médias on taxé la musique pratiquée par Kaiser Chiefs de britpop. Nick s'en défend : « La britpop, c'était il y a dix ans. Et aujourd'hui cette réflexion a une définition péjorative. Celle de donner l'impression d'imiter quelqu'un ou quelque chose. En fait, notre musique est britannique. Nuance ! Bien sûr il existe quelque chose de commun  à cette musique ; et en particulier cet esprit de narration et puis le fait que l'on ne se prenne pas trop au sérieux. Des groupes ou des artistes tels que les Kinks, les Beatles, Dexy's Midnight Runnners, Bowie, Blur ou Pulp symbolisent parfaitement cet état d'esprit. Mais aujourd'hui, la musique a évolué… » Blur est d'ailleurs un groupe que les musiciens de Kaiser Chiefs apprécient tout particulièrement. Leur ex-guitariste, Graham Coxon, a même participé à  l'enregistrement de leur album. Pas à la gratte, mais sur une moto. Pour y donner quelques coups de gaz. « Nous sommes effectivement de grands admirateurs de Blur. En fait, lors de sessions d'enregistrement, nous n'avions pas rencontré grand monde. Et surtout pas de grosses pointures. Stephen Street qui a produit un elpee solo de Graham – nous a confessé que Coxon était alors en studio. On a donc pensé lui demander de jouer de la guitare ou de chanter sur une de nos chansons. Puis, on a opté pour le son produit par le démarreur d'une voiture. Mais le résultat n'était guère concluant. Enfin, on s'est décidé de mettre sur bande le bruit d'une moto qui se met en marche. Pas trop difficile puisque c'est le mode de déplacement de Coxon dans Londres. Nous avons d'abord essayé de recueillir le son à travers un GSM. Sans davantage de résultat probant. Puis, nous sommes finalement sortis du studio avec un long câble d'enregistrement. C'est l'aspect amusant des sessions d'enregistrement. Mais cette rencontre nous a permis d'opérer une tournée au Royaume-Uni en première partie de Coxon. En avril 2005. »

Les membres de Kaiser Chiefs apprécient tout particulièrement les Specials et Madness. Pourtant, on ne peut pas dire que leur musique soit fondamentalement marquée par le ska. « C'est parce qu'il y a de l'énergie dans leur musique. Lorsqu'on écoute leurs chansons, on ne peut s'empêcher de battre le rythme, de danser. Et puis, nous apprécions leur manière de s'habiller. Sur scène, ils sont toujours en costard/cravate. J'aime également être bien habillé quand je monte sur les planches. Leur son est très british. Je ne connais aucun autre groupe en Europe ou aux States capable de sonner comme eux. Leurs lyrics son très narratifs. Un peu comme nous. Ils traitent de filles ou de sujets aussi futiles que la perte d'une chaussure. Des sujets simples mis au service d'une musique entraînante. Sur scène, ils prennent leur pied. Et comme eux, nous sommes heureux lorsque le public bouge. C'est ce qui nous rapproche de Madness… » Les refrains des chansons de Kaiser Chiefs peuvent parfois évoquer les Bay City Rollers. C'est en tout cas ce qu'une bonne partie de la presse insulaire rapporte… « Possible, mais ce n'est pas intentionnel. C'est le fruit du hasard. Même si beaucoup de monde nous le rappelle. A une certaine époque, on  nous comparait à XTC. Tous les avis sont dans la nature. En fait, nous pratiquons notre propre musique, mais ces parallèles ne nous dérangent pas. En fait, c'est même une forme de reconnaissance. C'est la seule chose qu'on pourrait retirer de cette situation. Pas pour le reste. Si on considère que la reconnaissance doit passer par la comparaison, c'est qu'on a de l'estime pour nous… »

Merci à Vincent Devos

 

Archie Bronson Outfit

Wild Wild Quest

Écrit par

Ils sont trois. Mais aujourd'hui, le triptyque se passera de Dorian, resté à la maison. Sur la capitale, il pleut des cordes. Un temps typiquement belge. Typiquement anglais aussi. Pour cette sortie bruxelloise, les Londoniens Sam Windett (voix, guitare) et Mark Cleveland (batterie) sont comme à la maison : entre une bière fraîche et une pluie glaciale. La barbe touffue et le poil soyeux, les deux musiciens semblent encore mal réveillés. Mais bien assez pour nous évoquer les dernières aventures d'Archie Bronson Outfit, leur groupe. Auteurs d'un deuxième album (« Derdang Derdang ») foudroyant, les Anglais se montrent pourtant modestes quand il s'agit de défendre leur empire…

Parlez-nous de votre rencontre, de vos premiers pas musicaux ?

Mark : Nous sommes des amis d'enfance. Nous nous sommes rencontrés à l'école. Bref, on peut dire que nous avons grandi ensemble. A l'origine, nous habitions un patelin paumé. Près de Bath, dans l'ouest de l'Angleterre. Pour situer, ce n'est pas très loin de Bristol. Après l'école, on se faisait un peu chier. Alors, on s'est tourné vers la musique, en fondant ce groupe, juste avant de partir pour Londres et entrer à l'Université. Notre nom ? Vous connaissez Buffalo Bill ? Archie Bronson Outfit est à chercher de ce côté. Dans les plaines sauvages du « Wild West ». Nous aimons cet univers : sauvage…

Et « Derdang, Derdang » ? Est-ce un album de cow-boys ?

M. : L'intitulé de notre album signifie plusieurs choses. A première vue, cela ressemble à un non-sens. Et puis, c'est aussi une onomatopée, un enchaînement syllabiques qui résonne. Ecoute : « Derdang, Derdang » ! Encore : « Derdang, Derdang » ! C'est la batterie et la guitare. Et puis, si vous séparez les mots, on retrouve 'Der' de 'Derivative' et 'Dang' de 'Damnation'. Et si on enlève le 'D' du milieu, l'assemblage ressemble à 'Deranged'. En gros, cela ressemble à beaucoup de choses et, en même temps, à rien de vraiment précis. C'est un titre d'album dadaïste en quelque sorte.

Vous êtes signés chez Domino Records, la maison mère de Sons and Daughters, Franz Ferdinand, The Kills et autres Arctic Monkeys. Ne craignez vous pas que ces groupes ne vous fassent de l'ombre ?

Sam : Pour notre part, on trouve que c'est intéressant de se retrouver sur cette structure. C'est bon d'être sur ce label. Et tu sais pourquoi ? Parce qu'il est bon ! Nous avons eu l'occasion de rencontrer tous les groupes que tu mentionnes et de faire des concerts avec eux. C'est une chose fabuleuse que d'être assimilé à ces formations. Ils sont sensationnels. Par contre, je pense que le succès que connaît actuellement les Arctic Monkeys est un peu différent. C'est quelque chose d'énorme, un truc difficile à évaluer. Pour l'instant, nous sommes plus discrets. Pour le moment…

Comment êtes-vous atterris chez Domino ?

M. : Nous avons signé chez Domino suite à notre rencontre avec Laurence Bell, le patron de Domino Records. L'histoire de cette rencontre est assez chouette. Elle s'est produite près de chez nous. Un soir, on se baladait avec l'idée d'aller boire un verre. Au cours de cette promenade, on est passé devant un pub. A l'intérieur, c'était la fête. Le propriétaire du pub célébrait son anniversaire. A ce moment précis, nous ne savions pas encore que ce type était un copain de Laurence. Nous lui avons demandé si nous pouvions jouer quelques chansons pour son anniversaire. Le gars s'est montré vachement enthousiaste. Nous avons donc installé notre matériel et joué quelques chansons dans une ambiance délétère de fin de soirée. Après le concert, un mec est venu nous trouver pour parler du groupe, de nos ambitions, etc. Quelques semaines plus tard, le même gars revenait nous voir lors d'un de nos concerts. Ce jour-là, il s'est présenté : « Laurence Bell, Domino Records. Seriez-vous intéressés de signer chez Domino ? ». Tu m'étonnes ! Là, nous avons conclu un contrat pour trois albums…

Quelle est, selon vous, la principale différence entre « Fur » et « Derdang Derdang » ?

M. : Nous percevons une évolution entre ces deux albums. Mais nous n'avons pas cherché consciemment à la provoquer. Durant les six mois qui ont précédé l'enregistrement de « Derdang Derdang », j'ai commencé à écrire les chansons à la maison, à écouter pas mal de nouvelles choses, des musiques très différentes. Avec du recul, je perçois ce processus comme un mécanisme organique. Faust, Son House, des vieux groupes psychédéliques suédois, The Gun Club, etc. La gestation de ces découvertes a fait partie intégrante du processus de composition de « Derdang Derdang ». Cependant, je ne pense pas que nous ayons changé notre identité au pied de ces découvertes musicales. Tout simplement, elles ont fait partie de notre processus d'écriture.

Dans "Dead Funny", vous chantez: 'I'm a disco dancer and I wanna dance for you'. Est-ce ironique ou êtes vous réellement des gogo dancers cachés ?

M. : Nous aimons beaucoup danser. Mais dans cette chanson, il y a effectivement une grande part d'ironie. C'est parti d'une blague sur l'aspect sexuel de la chose. Mais bon, je ne prétends pas être un 'disco dancer'…

Sur « Derdang Derdang », une de vos chansons est intitulée Modern Lovers. Est-ce un clin d'œil au groupe de Jonathan Richman ?

M. : Pas vraiment. Toujours est-il que nous sommes de grands admirateurs des Modern Lovers. Pourtant, aucun titre de notre album ne se rapproche de l'univers des Modern Lovers. Notre chanson parle de la manière dont deux personnes s'engagent sur le chemin de l'amour. Mais qu'importe… Ce n'est en aucun cas une référence à Jonathan Richman et son groupe !

Peu importe vos références, vos préférences. Attardons nous sur vos connaissances musicales… le temps d'un petit blind test :

Devendra Banhart : « I Feel Just Like A Child » - Crippel Crow (2005)

M. : Quelle magnifique production ! Le son est génial, luxuriant… Mais c'est quoi ? Devendra Banhart ? J'en ai beaucoup entendu parler. Sincèrement, je n'avais jamais pris la peine d'écouter. On dirait de la musique de hippie. Mais faut reconnaître que ça sonne vachement bien…

S. : Moi non plus, je n'avais jamais entendu ça auparavant. Ben, ce n'est pas mon truc… Peut-être que cela nécessite plusieurs écoutes. Certains artistes me demandent davantage de temps pour pénétrer leur univers…

M. : N'empêche que le son est fabuleux. Même si ce type semble être un putain de hippie. Et que je déteste les hippies !

The Gun Club : « Sex Beat » - Fire Of Love (1981)

M. : Sans hésitation, c'est le Gun Club ! Nous adulons ce groupe. Cependant, « Fire Of Love » n'est pas mon album préféré. Je trouve que sur « Death Party » les intonations de Jeffrey Lee Pierce sont encore plus tranchantes. Sinon, sur « Fire Of Love », ma chanson favorite reste « Ghost On The Highway » : un putain de classique !

The Eighties Matchbox B-Line Disaster : « Psychosis Safari » - Hörse of the Dög (2002)

M. : Mhhhhmm, c'est bon…

S. : Le son déchire vraiment. Eighties Matchbox ?

M. : Je n'avais jamais entendu cette chanson. Mais il paraît que ces types sont des bêtes. Ils viennent de Brighton. Merde, faut que j'achète ce disque !

The Hives : « Two-Timing Touch And Broken Bones » - Tyrannosaurus Hives (2004)

M. : On dirait Iggy Pop. Mais ce n'est pas Iggy Pop…

S. : Evidemment ! Je sais, c'est… Putain, je l'ai sur le bout de la langue… Ce sont les Detroit Cobras ? Euh non,…

M. : Ce sont les Hives ! Cette chanson figure sur leur dernier album. J'ai le premier, « Barely Legal ». Personnellement, je n'oserai pas me déguiser comme un pingouin. Mais impossible de leur jeter la pierre : ces mecs ont l'air trop cool ! Tu peux dire ou écrire ce que tu veux. Mais ces types ont un sacré style vestimentaire… Quand ce disque est sorti, la presse les a balancé sur le compte du 'retour du rock'. Je n'apprécie pas ce mouvement. C'est beaucoup de rififi pour pas grand-chose. Cela dit, j'adore les White Stripes. Ces deux-là sont capables de pondre des chansons phénoménales, des tubes qui défient les lois du commerce. Si on se retrouve si bien dans la musique de Jack et Meg White, c'est peut-être parce que nous partageons certaines références communes : le blues et quelques albums mythiques…

Daft Punk : « Rock'n'Roll » - « Homework » (1996)

M. : Je trouve ça naze… Quand j'avais 16 ans ou 17 ans… Bref, quand j'étais plus jeune, j'écoutais parfois ce genre de trucs. Mais les goûts évoluent et je ne me retrouve plus vraiment à travers la musique électronique.

S. : Moi j'aime bien leur vidéo avec les dessins animés. Cette histoire hallucinée guidée par une trame de Manga japonais. C'était une bonne idée.

Wire : « Three Girl Rhumba » - Pink Flag (1978)

M. : Tata ta poum, tata ta poum… C'est Wire !

S. : Sur scène, on reprend parfois cette chanson…

M. : C'est d'ailleurs un des titres que nous avons joué le jour où nous avons rencontré Laurence Bell. En gros, c'est une porte d'entrée vers Domino…

LCD Soundsystem : « Tribulations » - LCD Soundsystem (2005)

M. : J'avais pensé reconnaître la voix. Mais, en fait, je ne vois pas de qui il s'agit… LCD Soundsystem ? C'est donc ça ! Je connaissais de nom. Ce sont des Américains, non ? Ce gars produit The Rapture. Là, je trouve que c'est un bon groupe…

Coldplay : « Yellow » - Parachutes (2000)

S. et M. : Coldplay !

M. : Je ne voudrais pas me justifier de reconnaître cette chanson aussi vite mais elle passe partout et tout le temps. En Angleterre, ils sont un peu comme Robbie Williams : partout ! C'est vraiment trop propre… Aujourd'hui, ils sont même parvenu à créer une vague de suiveurs. Je pense notamment à cet insupportable James Blunt. Toute cette musique nous paraît insignifiante.

The Stooges : « T.V. Eye » - Fun House (1970)

M. : Ah oui, nous sommes des fans inconditionnels ! J'ai vu Iggy et ses Stooges l'été dernier à l'occasion du Reading Festival. Ils étaient incroyables. Et, quand on y pense, leur influence sur la musique est énorme.

S. : On doit bien avouer qu'on est plus branchés sur des vieux trucs, genre Stooges, Wire ou Gun Club. Nous aimons également écouter de nouveaux groupes. Mais pas tous : seulement les meilleurs…

M. : Aujourd'hui, en Angleterre, si on veut écouter de la bonne musique, il faut absolument écouter Part Chimp ! Et il ne faudra jamais oublier Clinic. Et de garder un œil sur un nouveau groupe londonien excellent : Vincent Vincent And the Vilains.

Stuart A. Staples

Repartir, comme à quarante

A force d'attendre la lune, les Tindersticks ont mis pour l'instant leur carrière en veilleuse… L'occasion pour leur chanteur Stuart A. Staples de se lancer à corps perdu dans de nouvelles aventures, cette fois en solitaire à la poursuite de ses propres démons. Alors qu'il fête cette année son quarantième anniversaire, le crooner à la voix si suave s'interroge quant à son existence. Que laissera-t-il derrière lui pour rebondir de plus belle, après quinze ans (déjà) de sursauts musicaux ? Si ces fans le savent (quelques disques superbes, une trace indélébile au pays des mélodies altières), Staples, lui, préfère encore douter. C'est ainsi qu'on avance, et notre Anglais l'a bien compris. 

Deux albums solos en un peu plus d'un an… Faut-il l'interpréter comme une parenthèse en attendant un nouveau Tindersticks ?

J'ai juste besoin d'air en ce moment, surtout depuis la tournée qui a suivi la sortie de « Waiting for the Moon »… Dès qu'on avait une petite pause j'en profitais d'ailleurs pour bosser dans mon propre studio, pour enregistrer les idées qui me trottaient dans la tête. C'était important pour moi d'expérimenter davantage, au niveau des textures… D'approcher la musique de manière différente, selon différents angles, tout en recentrant mon écriture sur le songwriting. Il y a deux ans, je savais déjà que je sortirai un album solo, voire deux.

Cette idée de te lancer dans une carrière solo, c'est un vieux rêve ?

J'ai toujours composé des chansons de mon côté, mais le groupe passait en premier. Aujourd'hui j'éprouve vraiment le besoin d'appréhender ce qui m'entoure de manière différente… J'espère qu'on retrouvera l'envie de composer ensemble, mais pour y parvenir il faut qu'on le désire de manière collective. Je pense que nous sommes arrivés à un point où la routine s'est installée, et c'est devenu de plus en plus… (il hésite). Ce n'est pas que je n'éprouve plus de satisfaction en compagnie des Tindersticks, mais je pense qu'on a peut-être perdu cette étincelle qui nous maintenait en vie…

Comment les autres membres du groupe considèrent-ils tes escapades en solo ? Les voient-ils d'un mauvais œil ou sont-ils contents pour toi ?

Je pense que nous sommes arrivés à un point où chacun se doit d'accepter le fait que tu puisses avoir envie de faire autre chose. Et c'est valable pour tout le monde : David (Boulter, claviériste du groupe) compose aussi de son côté, tout comme Dickon (Hinchliffe), qui écrit pas mal pour le cinéma. Nous avons tous besoin d'aller voir ailleurs.

Te sens-tu à l'étroit au sein des Tindersticks ?

Il ne s'agit pas de ça… C'est juste qu'au cours des dernières années je me suis souvent posé la question de savoir si je faisais de mon mieux chez les Tindersticks, et la réponse était non. Je n'avais donc pas le choix : il fallait que je reste sincère avec moi-même… Mais ce choix n'a rien à voir avec les personnalités de chacun : je continue à voir les autres, à discuter avec eux du futur de Tindersticks. Ce n'est pas fini, que tout le monde se rassure !

D'une certaine manière, ces deux albums solos représentent donc pour toi une période de transition ?

Oui, c'est clair, même s'ils incarnent déjà le passé, puisqu'ils ont été enregistrés il y a plus de six mois, et composés il y a plus de temps encore… Je ne sais pas très bien pour l'instant vers où je vais et ce que je vais faire, mais ça me convient.»

As-tu bossé sur cet album de manière différente que pour le premier ?

Oui, l'approche était différente. Pour cet album, tout est parti des mots. Il y a longtemps que je n'avais plus travaillé ainsi, mais tout ici est basé sur l'écriture, les textes. « Lucky Dog… », c'était davantage une affaire d'expérimentation, de tâtonnement : il fallait que je trouve une nouvelle manière d'exister, en dehors des Tindersticks…

Tu parles de mots… La littérature t'inspire-t-elle, par exemple ?

Non, et d'ailleurs je n'écris jamais rien sur papier. Tout est dans ma tête… Et il y a toujours une mélodie qui accompagne ces idées. L'inspiration, elle vient du fait que je pense être arrivé à une période de ma vie où j'ai besoin de changement. Quelque chose a changé, je le sens… C'est de ça dont parle l'album : de ce combat intérieur. J'ai envie de ce changement, mais en suis-je vraiment capable ? Tu sais que ce changement en vaut la peine, mais pour cela tu dois laisser plein de choses derrière toi, d'où le titre de l'album. C'est la raison pour laquelle quand j'ai commencé à écrire, je ne pouvais plus m'arrêter : il fallait que ça sorte. Ce sentiment, je ne l'avais plus ressenti depuis le deuxième Tindersticks !

Ne s'agirait-il pas de la fameuse crise de la quarantaine ?

Peut-être bien, oui… On peut l'interpréter comme une envie de se positionner différemment, par rapport à toute cette routine qui au fil des années s'installe dans ta vie, et qui t'empêche d'appréhender sereinement l'avenir… Et je n'aime pas ce sentiment ! J'ai besoin de trouver de nouvelles façons de penser, de réfléchir, de comprendre ce qui m'entoure. C'est de là que sont nées ces nouvelles chansons.

On sentait en effet, en écoutant les deux derniers Tindersticks, que tu éprouvais certaines difficultés à te réinventer en tant que songwriter…

Sans doute, et ces deux albums-ci ont été également difficiles à écrire… Mais pour celui-ci je suis arrivé à un point où je me sens vraiment exister musicalement. J'ai composé chaque chanson sur une guitare acoustique. Ce qui s'est révélé le plus dur, c'était de traduire en musique ce qui me trottait dans la tête, mais je pense y être arrivé, même s'il m'a fallu beaucoup de temps pour trouver les arrangements que je désirais leur coller.

As-tu reçu de l'aide pour traduire tes pensées en musique, au niveau de l'orchestration par exemple ?

Oui. Terry Edwards m'a donné un coup de main pour les cuivres, et Lucy Wilkins pour les cordes. Je les connais depuis longtemps (il s'agit en effet de deux fidèles collaborateurs des Tindersticks) : ils sont toujours très patients, et ils savent mieux que personne comment traduire mes désirs en musique. On bosse à trois en discutant beaucoup : c'est comme une conversation, en somme.

Tu parles de musique 'dans ta tête', d'existentialisme musical,… Y penses-tu sans cesse, 24h/24, comme si c'était ton oxygène ?

Elle se manifeste à moi par vagues obsessionnelles. Pour l'instant je n'ai pas trop envie d'y penser, parce que ça demande beaucoup d'investissement et de souffrance… Et en ce moment je suis content de laisser les choses se faire, de rêver. Parce que dès que je bosse sur un disque, j'y pense tout le temps, et ce n'est pas bon pour ma vie de famille.

Quand tu chantes 'I keep the path under my feet/Cos I know it's the only one' (« There is a path »), c'est dans ce sens-là : la famille, à savoir la seule chose qui finalement en vaille la peine ?

Oui, c'est une chanson très romantique, qui parle du fait qu'il faut préserver sa famille, ses proches. C'est le plus important.

L'amour… a toujours été ta principale source d'inspiration, non ?

(sourire) : Comme pour tout le monde, non ? Je ne pense pas que ce soit quelque chose d'étrange à ressentir… C'est ce qui nous donne envie de vivre ! (rires)  

Parce que tu chantes surtout les sentiments amoureux, et ce depuis tes débuts chez les Tindersticks… Pourrais-tu écrire des chansons sur autre chose ?

Je ne choisis pas les sujets qui m'inspirent, ce sont eux qui me choisissent. C'est ça l'inspiration, peu importe ce que cela signifie. Si l'amour est un sujet de « Leaving Songs », il y en d'autres, et surtout celui de laisser certaines choses derrière soi pour rester libre. Pareil concernant les albums des Tindersticks, même si en les réécoutant j'y trouve aussi beaucoup de regrets et de ressentiment… A l'époque je n'aurais sans doute pas été capable de le déceler, mais avec le recul je comprends mieux ce qui nous poussait à écrire.

En regardant dans le rétroviseur, y a-t-il quelque chose que tu voudrais changer à ta carrière ?

Non, parce que chaque événement correspond à un moment précis de ton existence, à des émotions que tu captures à un instant précis. Si le temps permet d'y poser un regard critique, tu ne peux rien y changer…

Est-ce facile pour toi de réécouter tes anciens disques ?

Non, mais c'est arrivé il n'y a pas longtemps : ma femme avait retrouvé des vieilles cassettes des deux premiers albums des Tindersticks, qu'elle a passées dans la voiture. Je les ai écoutées en entier, et je me suis dit : « Ok, maintenant je pige ce qui s'est passé.

As-tu éprouvé du plaisir en les réentendant ?

Oui… Ces deux premiers albums reflètent une époque où tout allait parfaitement bien… Pendant deux/trois ans c'était comme si on flottait, comme si la musique jaillissait de nous sans heurts, en toute liberté, sans prise de tête ni batailles d'ego. C'était un sentiment merveilleux, et c'est pourquoi ils sonnent de façon si spéciale…

Peux-tu nous en dire plus sur tes duos avec Lhasa et Maria McKee ?

Pour « This road is long » j'ai cherché pendant des mois quelqu'un qui pouvait la chanter comme je le désirais, c'était vraiment problématique… Puis un jour, alors que je me promenais dans les rayons d'un disquaire, je suis tombé sur un album de Maria McKee, et d'un coup j'ai su que j'avais trouvé la personne qu'il me fallait. En réécoutant sa musique, sa voix, tout s'est mis en place immédiatement, et c'est alors que je lui ai envoyé une maquette de la chanson. Elle m'a répondu directement, m'écrivant qu'elle adorait ce titre et qu'elle acceptait de chanter dessus. C'était comme un cadeau tombé du ciel !

D'où te vient cet amour pour les duos ?

J'ai toujours aimé cette formule. Elle se prête bien à ma manière d'écrire… Parce que j'aime bien écrire en partant d'un autre point de vue que le mien, comme si d'une certaine manière j'étais en conversation avec moi-même.

Pourrais-tu envisager un jour un duo avec un autre chanteur ?

(du tac au tac) : Oui, bien sûr. J'y ai souvent pensé, mais je n'ai pas encore trouvé la personne qui pourrait s'y prêter…

Si tu pouvais en choisir un, là…

Probablement Louis Armstrong, mais ça va être difficile ! De toute façon c'est la chanson qui détermine mon choix, pas l'interprète. C'est comme si tu devais absolument trouver la voix qui va avec, et pas une autre.

Showstar

Un point c'est tout!

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Après trois ans d´absence, Showstar revient sous un nouveau line up et nous livre un nouvel album intitulé « . » (prononcez 'dot'). Le premier elpee, « We are ready » nous avait révélé l´énorme potentiel de leur son pop-rock. « . » confirme le talent du groupe hutois, qui continue brillamment sur sa lancée. A l´occasion de sa sortie, Musiczine a rencontré Christophe Danthinnes, sympathique chanteur et leader du groupe…

Votre nouvel album s´intitule « dot », c´est-à-dire 'point'. Pourquoi avoir choisi ce titre ?

Pour vous embêter…

Oui, mais encore…

Au début, c´était un détail graphique. On bossait sur le nouveau logo du groupe et ce point est sorti de notre imagination. Et quand on a commencé à chercher un titre pour l´album, on s´est dit qu´on avait la solution ! Il signifie tellement de choses et pas grand-chose à la fois…

Ce point est également au centre de votre nouveau site Internet…

Oui. Sur le site, mais aussi sur scène. Il y a un rappel de ce point ou plutôt de ce cube.

Vous aviez déclaré que l'enregistrement de votre précédent album « We are ready » avait été difficile. Avez-vous mieux vécu les sessions de « dot » ?

Le jour et la nuit ! Ici, les conditions étaient presque optimales parce qu´on a pris notre temps avec notre producteur (NDR : Gareth Parton, un personnage dont la carte de visite mentionne des collaborations, entre autres, pour Placebo, The Killers, the Pipettes…). Il est tout à fait charmant. Au niveau humain, l'expérience s´est donc extrêmement bien déroulée. Par rapport au premier enregistrement, on a vraiment pris du plaisir en studio.

Comment est née cette collaboration avec Gareth Parton ?

Par hasard… Au début, on ne cherchait pas vraiment de producteur. Mais le label a mis à notre disposition un budget pour cette tache. On a donc commencé à sonder. On ne voulait pas un nom pour un nom, mais quelqu´un qui tirerait le groupe vers le haut, amènerait un plus. On lui a envoyé nos démos et il a aimé.

Quel est le processus d'écriture de vos morceaux ? Qui fait quoi ?

L'idée de départ émane souvent d'un des deux guitaristes. Il apporte une mélodie de base. Et puis, les morceaux se construisent en les jouant au fur et à mesure. Les mélodies-chants et les textes viennent par après. C'est un peu différent du premier album quand une personne amenait 75% de la chanson.

Vous travaillez donc plus en équipe…

Oui. Il faut dire que l´équipe a changé.

Aujourd´hui, vous êtes cinq. J´imagine qu´il doit parfois y avoir des tensions entre vous…

Comme dans toute vie en groupe et en communauté. C´est ce qui en fait la difficulté et son charme. Il est important que chacun puisse amener ce qu'il représente. Dans la vie de tous les jours, ce n´est effectivement pas évident. Il y a parfois des tensions, c´est logique ! Mais je pense qu'elles permettent de faire avancer les choses aussi. Le plus intéressant, c´est qu'en prenant le temps de concocter ce disque, on a également pris le temps de se découvrir un peu plus.

J´ai été étonnée par la durée de l'album : 35 minutes. C'est assez court, non ?

Oui, mais il ne comporte que dix titres, c´est donc normal. En fait, au départ, sur toutes les chansons écrites, on en avait gardé une quinzaine. Mais on a décidé de ne sélectionner que les meilleures, de ne pas en laisser une pour 'faire nombre'. Il reste les dix chansons dont nous sommes convaincus à 100%.

Le premier morceau extrait de votre album « Mad about your sister » a été 'Fresh' sur Pure fm bien avant la sortie du cd. Que pensez-vous de cet engouement ?

Il faut remettre les choses à leur place. Il est vrai que pour un groupe comme nous, responsable d'un rock dit 'alternatif', Pure fm est la radio de référence. Maintenant, comme tout le monde le sait, ce n´est pas la radio la plus écoutée en Wallonie et à Bruxelles. Mais, bien évidemment, au niveau du public, ce soutien est très important. Il faut dire qu´à l'époque, Radio 21 nous avait déjà aidés. Pure fm continue. On leur a transmis l'album, ils ont accroché, tant mieux !

Les paroles de « Monster=you » et « Special gun » sont assez percutantes. Qui vous a inspiré celles-ci ?

La vie en général…

Pas une personne en particulier ?

Si une personne doit se sentir visée par ces textes, elle se reconnaîtra…

Un des morceaux de l´album parle de votre ami Dan ? Qui est-il ?

Ou qui sont-ils ? Il y en a peut-être plusieurs… Difficile de livrer les clés d´un morceau, surtout celui-là qui dégage une atmosphère très particulière, tranche avec ce qu´on avait l´habitude de faire. En fait, quand on commencé à écrire de nouvelles chansons, on a systématiquement enlevé celles qui ressemblaient trop à ce qu´on avait déjà proposé et on a essayé de prendre des voies susceptibles de surprendre. Au final, je pense que ce sont les morceaux les plus réussis. Ils sont très représentatifs du son particulier, de l'ambiance particulière souhaitée par Showstar aujourd'hui… Ils ne ressemblent à aucune chanson d'un autre groupe ! Mais, pour en revenir à ta question, ce titre parle de quelqu´un ou de plusieurs personnes en particulier. Il joue plus sur la fibre des choses vécues, des émotions, des rencontres.

Avez-vous l´impression que cet album est un renouvellement de Showstar ?

C´est un renouvellement et une continuité à la fois. Il recèle toujours des morceaux qui vont dans le même sens que le premier album, avec des guitares pop, et d´autres qui essaient de toucher d´autres rivages.

Au niveau du chant, sur certains morceaux, je trouve que ta voix se rapproche de celle de Liam Gallagher ou de Billy Corgan. Ces deux personnes ou plutôt les groupes dont ils sont leaders font-ils partie des influences de Showstar ?

En tout cas, ils en ont fait partie vu qu´ils datent des années 90 et que c´est l´époque où on prenait tous tout ce qui venait en musique. En fait, les exemples sont bien choisis parce qu´ils représentent les deux côtés de l´Atlantique. On nous a souvent reproché d´être trop 'anglais', mais nous avons aussi beaucoup d´influences issues des Etats-Unis. The Smashing Pumpkins est un exemple mais il y a aussi The Pixies, Nada Surf, Weezer… Quant au timbre de voix, je ne me force pas dans un sens ou dans un autre, je chante comme je peux !

Depuis le 30 août, vous avez accordé quelques concerts. Vous avez donc testé les morceaux de « dot » sur scène. Comment a réagi le public?

Jusqu´à présent, tout s´est très bien passé. Je pense que l´effet exercé par le public ou qu'il va exprimer en écoutant l'album se répercute aussi sur scène. La plupart des gens nous ont témoigné leur surprise, leur étonnement… mais dans le bon sens ! Ils ne s´attendaient pas spécialement à ce résultat. Mais nous avons travaillé dans ce sens, en amenant un plus sur scène ; notamment au niveau de l'aspect visuel. De l´attitude également. On apporte davantage que dans le passé !

Après la sortie de votre premier album, vous aviez donné énormément de concerts, en particulier lors des festivals. Ensuite, vous ne vous êtes plus produits sur scène pendant 3 ans. Ne vous a-t-elle pas manquée? 

Si. Mais c´est un choix délibéré. On a décidé de tout arrêter, de respirer un peu, et de laisser respirer le public également. Je peux comprendre que lorsque les mêmes groupes sont à l'affiche de tous les festivals, des concerts organisés dans n´importe quelle ville, le public est au bord de l'asphyxie. Ce choix était donc judicieux aussi bien pour lui que pour nous. D´un autre côté, il y a un danger lorsqu'on ne donne plus signe de vie pendant trois ans. L´eau coule sous vite les ponts et on risque fort de nous oublier. Mais comme aujourd´hui on propose quelque chose de différent et de surprenant, on n´a plus les repères précédents. Notamment lorsqu'on interprète les anciennes chansons. D'ailleurs, on ne les joue même plus.

Quel est votre meilleur souvenir scénique ?

En fait, on se souvient toujours des plus mauvais concerts! Mais ce n´est pas très intéressant. En réalité, les meilleurs souvenirs sont liés, non pas à un endroit ou au nom prestigieux de la salle, mais au public. Parfois, des choses se produisent, un lien virtuel se crée entre les gens et le groupe. Et lorsque le concert s´arrête, on se dit 'c´est déjà fini' ! Ce phénomène s´est produit plusieurs fois mais je serais incapable de te donner les dates ou les lieux exacts.

Y a-t-il un artiste musical en compagnie duquel vous rêveriez de travailler ?

Il faudrait que les autres membres du groupe soient présents pour répondre à cette question. Pour ma part, John Lennon.

Ca va être difficile…

C´est pour ça que je le dis, c´est moins casse-gueule (rires) !

En ce moment, on parle énormément du rock belge. On a un peu l´impression qu'il est devenu un phénomène de mode. L'estimez-vous plutôt positif ou plutôt négatif ?

Le danger des phénomènes de mode, c´est qu'ils disparaissent rapidement. Maintenant, nous n´avons pas l´impression d'appartenir à un phénomène. Il est clair que l´engouement manifesté par le public lors des concerts est plus conséquent aujourd'hui. Mais j´ai un peu l´impression que c´est de l´autocélébration. Vu de l´extérieur, on ne peut parler de phénomène de mode. Nous avons enregistré à Londres. Ce qui fait tout de suite réfléchir, remet les pieds sur terre. On se dit 'quel effet de mode' ?

Mais on peut quand même parler d´un effet de mode au niveau de la Wallonie…

Moi, je n´aime pas trop parler de 'rock belge'. On y englobe des choses tellement différentes. Déjà, le rock belge et le rock anglophone sont totalement différents. J´ai l'impression qu´on mélange tout et que l´on fait feu de tout bois. Nous, on n´a pas envie d'entendre, à l'étranger, le gens se dire en nous entendant : 'tiens, le nouveau groupe belge' ! On se fout de savoir si on vient de Durbuy, Bruxelles ou Charleroi. Tant que les gens apprécient. C´est pourquoi on essaie de rester en retrait par rapport à cette conjoncture.

Rêvez-vous d'une carrière internationale ?

Comme beaucoup de gens le savent, il est très difficile de vivre de la musique en Belgique. Ce n´est pas un reproche, c´est à cause de la taille du pays. Donc, la seule survie pour un groupe est de sortir de nos frontières. Il est donc nécessaire de dénicher des licences en France, en Allemagne, en Hollande, en Angleterre, en Espagne ou en Suisse. A partir de ce moment-là, on peut éventuellement envisager de vivre de notre art. Il ne faut pas toujours se plaindre, mais essayer de faire ce qu´on aime à fond et tant mieux si ça marche. Evidemment, on rêve d´aller jouer un peu partout. Quand on a 14 ans et qu´on voit les grands groupes de rock, on rêve de marcher sur leurs traces...

Et avez-vous des projets à l´étranger ?

On a transmis l´album tout azimuts et on a enregistré des retours assez positifs. Mais les réactions sont très lentes. Nous avons décroché un contact en France, un en Angleterre, un en Allemagne. On verra pour la suite…

Le clip de « Leave me alone », un des titres de votre précédent album, était une vraie réussite. En avez-vous d'autres en préparation ?

Dans notre tête, oui ! Maintenant, c´est une question d´argent. Cela va dépendre de beaucoup de choses. De nos sorties à l´étranger justement. Un clip, c´est bien mais si c´est uniquement pour le placer sur notre site Internet, je ne vois pas vraiment l'intérêt. Il faut un rapport entre l´investissement et ce que ça apporte en retour.

Quels sont vos projets pour les prochains mois ?

Concerts, concerts, concerts… et rencontrer des gens !

Asyl

Petits Cauchemars entre amis

Écrit par

Oui, bien sûr, le jeu de mot est très facile mais manifestement, le groupe français Asyl, dont le premier véritable album (« Petits cauchemars entre amis ») sort le 12 mai, mérite une attention certaine. Pas que ce groupe soit terriblement révolutionnaire, mais au moins il est vrai, sincère, ouvert et ses références sortent de l'ordinaire aseptisé d'aujourd'hui. Vous leur parlez 'influences' et ils vous citent un tas de noms, des Sex Pistols à Berurier Noir, en passant par Das Ich, Strychnine, Taxi Girl, les Stranglers, Bauhaus, Joy Division ou encore Fugazi ainsi que la vague hard core new-yorkaise en général. Bref, ces quatre jeunes gars originaires de La Rochelle ont le rock – le vrai et au sens large! - dans la peau et ils le revendiquent! Nicolas Freidline, le guitariste, s'est fait le porte-parole de la formation

Nous sommes avant tout de vrais fans de musique. C'est pour ça qu'on est là et qu'on joue déjà ensemble depuis plus de dix ans. Quant on a commencé, en 95, on avait quatorze - quinze ans. En 97, le groupe était au complet et recensait les musiciens actuels. Depuis, on a tout vécu ensemble, par passion. On a toujours écouté beaucoup de musique et de tout. Mais il est clair qu'un groupe comme Nirvana a été une grande influence, tout comme les Pistols, la scène punk française, les sorties du label Sub Pop. Aujourd'hui, on a notre personnalité, mais on ne peut nier avoir été marqués par plein de groupes... 

Vous avez tourné pour une vingtaine de dates en compagnie des Stranglers. Un bon souvenir, probablement … 

On adore ce groupe en plus. Nous avons eu un très bon contact avec Jean-Jacques Burnel. On a aussi tourné en compagnie des Buzzcocks ; un vrai groupe mythique à nos yeux. Pour nous, côtoyer ces gens là valait plus que jouer avant Blink 182, qui sont pourtant plus actuels. 

Comme la majorité des groupes rock, vous avez écumé les bars et les petits festivals avant de prendre une dimension supérieure. Grâce à votre premier cd auto-produit, sorti il y a quatre ans ? 

Certainement, oui. Il nous a bien servi de carte de visite. On a pu jouer dans des festivals plus importants, rencontrer des gens qui nous ont aidés, signer sur un label (Because, distribué par Warner), en 2004, après avoir arrêté nos études pour nous consacrer uniquement à la musique. On a dû vivre, à cette époque, du RMI (revenu minimum d'insertion) ; mais on connaissait clairement quel était le but de notre vie. On a sorti un EP l'an dernier et puis ce fut l'enregistrement de l'album, à Londres sous la houlette d'Andy Gill.

Qui est le guitariste de Gang of Four et a produit des gens comme Killing Joke, les Red Hot, Jesus Lizard ou Boss Hog, pas mal… 

On a été super contents de bosser en sa compagnie. Surtout que c'est lui qui nous a contactés. En fait, il était intéressé de nous produire. La collaboration a été bonne, car la vision d'Andy est proche de la nôtre. 

Actuellement, vous tournez avec Indochine. On sait que Nicolas (Sirkis) apprécie donner un coup de pouce à des jeunes groupes, comme Daisy Box il y a peu… 

Au départ, on était potes avec sa femme, qui a accroché à notre musique. Par la suite, lui aussi est venu nous voir et a bien aimé ce qu'on faisait. Mais sa relation entre nous n'a rien de 'paternaliste' ; c'est uniquement de l'amitié. 

Vous semblez aimer les titres d'albums à consonance un brin énigmatique. Votre cd autoproduit s'intitulait « Maquillage, Substance et Modernité » ; l'EP paru l'an dernier, « Hiroshima Mis à Mort », et l'album qui vient de sortir « Petits Cauchemars Entre Amis ». Ces mots là ne sont pas associés par hasard… 

Non, c'est évident. « Petits cauchemars » est un clin d'œil au film « Petit Meurtre entre amis » (de Danny Boyle, le réalisateur de « Trainspotting »). C'est aussi un titre qui figure sur notre tout premier cd et qui correspond bien, selon nous, à certains textes du nouveau. On y parle de serial killer, d'amour pervers, ce genre de sujets qui ont inspiré Mathieu (Lescop, le chanteur). Mais je reconnais qu'on aime assez jouer avec les mots. 

Avec les références, aussi. Trois titres du nouveau cd sont intitulés « Zeppelin », « Pierres brûlantes » et « Generation ». Difficile de ne pas penser à Led Zep, aux Stones et aux Who… 

On revendique complètement notre culture rock et ces groupes là en font forcément partie, également. Mais nous ne sommes pas non plus braqués sur le passé. Notre démarche est quand même tout à fait contemporaine. 

Après votre tout récent passage à Liège, vous comptez revenir bientôt en Belgique pour y jouer ? Lors de l'un ou l'autre festival ? 

On ne demande pas mieux. On jouera partout là où on nous demandera de venir.  On apprécie être confrontés à un public qui nous découvre. Il y a six mois, on s'est produit à Prague et cela c'est super bien déroulé. Les gens avaient l'air contents ! Donc avis aux promoteurs, appelez nous ! 

Votre prochain projet ? 

On retourne bientôt à Londres pour enregistrer une version anglaise de « Je Sais (Tout de Vous) ».  Une nouvelle étape, peut être…

Tomàn

Un train d'enfer

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Drôle d'histoire : quatre garçons se rencontrent dans un train. Ils sympathisent, refont le monde et énumèrent leurs goûts musicaux. Pendant ce temps, la locomotive file à toute allure, traversant les paysages, chevauchant villes et prairies. A ce moment-là, les quatre garçons ne le savent pas encore, mais leurs échappées sonores seront à l'image de cette rencontre : spontanée, diversifiée et tortueuse. Généralement associé à la grande famille du post-rock, Tomàn n'adhère pourtant à aucun cadre réel. Sa musique s'égare dans des strates atmosphériques allant de la musique contemporaine à l'avant-garde. Un morceau de Tomàn ressemble à une commode. Chaque tiroir recèle son lot d'ingénieuses mélodies. A l'arrivée en gare, tous les tiroirs sont ouverts. Inutile de ranger.

Du côté francophone de la frontière linguistique, le public ne connaît pas encore Tomàn. Pouvez-vous retracer l'histoire du groupe, ses premiers pas dans la musique ? 

Deux d'entre nous (Bram et Wouter) se sont rencontrés à l'Université de Gand. Lode est le frère de Wouter. Pour compléter le quatuor, il ne manque que Jens. Nous l'avons rencontré dans le train. Nous parlions de musique. Jens est arrivé et a rejoint notre discussion. Il nous parlait de Joy Division, de la musique alternative. Cette rencontre nous a permis de parfaire notre éducation musicale. Jens nous a vraiment ouvert les yeux... Grâce à lui, Tomàn a évolué.

Votre musique est souvent comparée aux groupes de post-rock 'intelligents'. Nous pensons notamment aux Ecossais de Mogwai, aux Américains d'Explosions In The Sky ou encore, aux Canadiens de Godspeed You! Black Emperor. Qu'en pensez-vous ?

Ces groupes sont certainement des influences. Cependant, nous essayons d'échapper à ces comparaisons. A nos yeux, le post-rock est aujourd'hui coincé dans une impasse. Le genre n'évolue plus. Et, dans quelques années, il sera peut-être amené à disparaître. Tomàn souhaite découvrir de nouveaux horizons, esquisser des perspectives d'évolution. D'ailleurs, notre dernier album (« Perhaps We Should Have Smoked The Salmon First ») est moins rentre-dedans que le précédent (« Catching A Grizzly Bear, Lesson One »). Désormais, nos compositions sont plus fouillées, gagnant ainsi en profondeur et en mélancolie. Notre objectif, c'est de grandir.

Quel est le mode de fonctionnement privilégié par Tomàn ?

Le 'Do It Yourself'! Nous concevons notre musique de façon très artisanale. Nous sommes des perfectionnistes, nous cherchons à tout réaliser de nos propres mains. Cela ne présente que des avantages. Aussi, c'est Wouter qui a produit notre dernier album. La mise en place du site Internet est une conception maison. Nous concevons également nos affiches, nos t-shirts et trouvons des dates de concert.

Vos albums sont signés chez Zeal Records. Concrètement, que vous apporte cette structure ?

Une liberté totale ! Cette structure nous apporte aussi énormément de visibilité, grâce à un super travail de promotion. En fait, nous ne pouvions pas rêver mieux. Le label rencontre parfaitement notre mode de fonctionnement. Dans la mesure où notre travail est très artisanal, Zeal Records nous apporte l'encadrement dont nous avons besoin.

Votre premier album s'intitulait « Catching A Grizzly Bear, Lesson One ». Dans les notes du livret qui accompagnent votre nouveau disque, on trouve encore des anecdotes sur les grizzlys. D'où vous vient cette passion pour les ours ?

Le grizzly est gros et fort. En même temps, il s'agit d'un animal tellement vulnérable... Notre deuxième album fait référence au saumon, la nourriture favorite du grizzly. On retrouve donc un lien entre nos deux albums. En fait, nous n'étions pas enchantés par la qualité sonore de « Catching A Grizzly Bear, Lesson One », notre premier. C'est pour cette raison qu'on retrouve « Perhaps » dans l'intitulé de notre nouveau disque. Il s'agit d'un clin d'œil, d'une référence au précédent. En filigrane, on retrouve une interrogation : 'peut-être' aurions-nous dû le concevoir autrement ? Le saumon aurait dû venir avant son prédateur ! Le son de notre premier opus n'était pas satisfaisant... A nos yeux, ce deuxième essai est le premier véritablement abouti. En ce sens, les titres des deux s'inscrivent dans une certaine logique. Les nouvelles chansons ont été enregistrées dans un studio et Wouter s'est occupé du mixage. Cette fois, nous sommes vraiment satisfaits ! On ne rejette pas du tout notre premier, très bon d'ailleurs.

Du coup, dans le livret du nouvel album, vous étalez quelques amusantes anecdotes sur les différentes sortes de saumon. Doit-on y chercher une signification ?

Ces petites présentations animalières ont une signification pour nous. Mais nous préférons que le public se forge sa propre conception des choses. Chacun est libre d'interpréter nos petits saumons ! Pour la prochaine fois, on pense déjà aux albatros... (Rires)

Autre curiosité du livret : vos noms apparaissent par ordre de taille. Les musiciens de Tomàn apparaissent ainsi du plus grand au plus petit. Pourquoi ?

C'était une blague du moment... Nous sommes incapables de dire qui, de nous tous, est le plus important dans le groupe. Tomàn est un quatuor où chacun participe pleinement à l'aventure ! 

Le nouvel album vient juste de sortir. Comment le public réagit-il à l'écoute des nouvelles chansons ?

L'accueil du public est formidable ! Dans un premier temps, nous avons décidé de presser mille exemplaires de « Perhaps We Should Have Smoked The Salmon First ». Mais après trois semaines, il ne restait plus un seul disque de ce premier pressage... En moins d'un mois, c'est assez incroyable... Bientôt l'Ultratop ? (Rires)

Sur « Perhaps We Should Have Smoked The Salmon First », Tomàn ne change pas ses bonnes habitudes. Chaque morceau recèle d'une multitude d'astuces mélodiques. ? Quel est l'apport de chacun dans ce processus créatif ?

En réalité, nous sommes incapables de composer une chanson au sens restrictif du terme. Chez Tomàn, chacun pose sa pierre à l'édifice. L'un vient avec une mélodie, l'autre impose un rythme et, petit à petit, le morceau se construit. Nous enregistrons nos prises, les écoutons attentivement. Ensuite, nous conservons uniquement le meilleur, l'essentiel.  

Vos nouvelles compositions sont plus posées. Cette fois, votre univers gagne en profondeur et en mélancolie. Sur le disque, la batterie se veut plus discrète que par le passé. Est-ce une démarche volontaire de votre part ? 

Nous éprouvons énormément de plaisir à jouer une musique mélancolique. Encore une fois, nous voulions évoluer, grandir. Mais tous les ajustements que l'on peut entendre sur le nouvel album sont opérés de manière inconsciente. Tomàn doit encore mûrir. Et cela passe par une évolution de notre univers musical.

Minerale

Bain de jouvence

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Le nom de Minerale flotte dans l'air depuis quelques années. Dès lors, les rumeurs s'épanchaient comme l'eau coule sous les ponts. D'ici ou d'ailleurs, tout a été entendu. Certains évoquaient de lointains échos empruntés au Pink Floyd, d'autres parlaient davantage de Pavement. Aujourd'hui, les choses se précisent. « Shrines », le premier album de la formation bruxelloise, laisse entrevoir ses harmonies étincelantes. D'emblée, les chansons s'imposent, l'évidence mélodique s'applique. Aucun doute : Minerale, ça coule de source...

Flash-back. Pouvez-vous revenir sur votre rencontre, vos premiers concerts et sur tous ces moments qui ont jalonné votre carrière ?

Notre premier concert officiel s'est déroulé à la Rotonde du Botanique. C'était en 2004. Avant cette première date, nous avions passé de longues et palpitantes années à jouer entre nous. On s'appelait tous les dimanches, on répétait. Comme ça, juste pour nous amuser. Un jour, on s'est rendu compte qu'on tenait de très bonnes choses. Nous avons donc décidé de souder les électrons fédérateurs de bonnes idées et de lancer Minerale. Après avoir enregistré deux démos, nous avons été sollicités pour jouer de nombreux concerts. Après une participation au Concours Circuit (lauréat du prix du public), le public a eu l'occasion de nous applaudir au Verdur Rock, en première partie d'Archive, au festival de Dour ou, encore, au Canada, où nous avons déjà eu la chance de jouer.

Pourquoi l'album sort-il seulement aujourd'hui ? Vu le nombre d'années d'expérience et le curriculum vitae, certaines formations se seraient empressées d'enregistrer un album. Mais pas vous...

Nous bossons sur notre album depuis moins d'un an. Nous sommes entrés en studio en janvier 2006. Depuis, nous n'étions pas apparus sur scène. C'était un choix délibéré. Nous voulions vraiment mettre toute notre énergie dans la réalisation de cet album. Nous y avons travaillé sept jours sur sept. Nous ne voulions en aucun cas nous griller en sortant un album de piètre facture. Le but était de produire un album à écouter de A à Z, un disque à écouter comme on parcourt un roman. Toutes les chansons de notre album se tiennent grâce à la mise en place d'un univers cohérent, puissant.

Aujourd'hui, « Shrines », votre premier album, est dans les bacs. Pourquoi avoir choisi le nom d'une de vos chansons comme intitulé du disque ?

A l'origine, on ne voulait pas de titre pour notre album. Finalement, notre choix s'est porté sur « Shrines ». Il s'explique surtout par le sens de ce mot. « Shrines » signifie mausolées, voire recueils de choses anciennes. Et puis, au lieu d'inventer un titre sortant de nulle part, nous avons opté pour le titre d'une de nos chansons. On se retrouvait bien à travers la signification de ce mot. En effet, nous jouons ensemble depuis plus de quatre ans. Et ce titre prend tout son sens quand on sait que nos chansons ont été rassemblées au fil des années. De ce point de vue, notre disque est donc bien une sorte de mausolée.

Avant la sortie officielle de l'album, le single « Eyes Eyes » tournait déjà en radio. Quelle était votre réaction en attendant votre morceau pour la première fois sur les ondes ?

Parfois, c'est encore un sentiment absurde. Le plus fou, c'était d'entendre ce morceau à des moments inattendus. On se disait : 'C'est nous qui passons à la radio là ?' C'est un peu absurde. D'un autre côté, grâce à ces passages en radio, quand nous jouons « Eyes Eyes » en concert, les gens chantent le refrain. Nous ne connaissions pas cet engouement avant de passer sur les ondes. On adore ça : c'est une sensation super jouissive !

Vos chansons franchissent sans mal la frontière linguistique de notre pays. Aussi, le titre « Millionaire » est-il diffusé sur les radios néerlandophones. Considérez-vous cette popularité comme un accomplissement ?

Un accomplissement, en quelque sorte... En fait, nous avons la chance de disposer d'un management néerlandophone. Nous cherchons vraiment à gommer les barrières linguistiques. Elles n'ont pas de sens ! Nous sommes Bruxellois et Belges avant tout. Nous allons tout faire pour jouer des dates en Flandre. Nos chansons passent en radio côté néerlandophone. Tant mieux ! Cette situation va permettre à certaines personnes de comprendre que les limitations territoriales n'ont pas de raison d'être. Notre album ne sonne pas bruxellois ou francophone. Notre musique se veut internationale. En résonnant de la sorte, il n'y a aucune raison pour que notre disque ne marche pas en Flandre.

Votre album s'ouvre au son d'un coup de tonnerre et d'une averse fracassante. Doit-on y trouver un message, une métaphore ?

On est Belge ou on ne l'est pas ! (Rires) Nous vivons en Belgique : il y pleut nonante pourcent du temps. Quand on joue de la musique, neuf fois sur dix, c'est sous la pluie. La première chanson s'intitule « In The Water ». La pluie et l'orage illustrent très bien ses paroles. La fin du morceau rappelle d'ailleurs le « Riders On The Storm » des Doors. Mais ce n'est en aucun cas un clin d'œil au groupe de Jim Morrison...

Vous êtes signés sur le label 62 TV. Sur votre album, la chanson « Razor Blade » lorgne même du côté de Girls In Hawaïï. S'agit-il d'un label de rêve pour Minerale ?

Nous adorons Girls In Hawaïï. Et il est certain que la ligne du refrain de « Razor Blade » évoque quelque peu l'univers des Girls In Hawaïï. Nous voulions vraiment rejoindre l'écurie 62 TV. Inconsciemment, cette envie s'explique très certainement par la présence des Girls In Hawaïï sur le label.