Les textes candides mais positifs de Sea Girls…

Ce quatuor londonien –composé de Henry Camamile (chant, guitare), Rory Young (guitare), Andrew Dawson (basse) et Oli Khan (batterie)– s'impose par sa franchise rafraîchissante, ses mélodies accrocheuses et des paroles candides et positives. En outre, Sea…

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Franz Ferdinand

Pour nous, le Rock n Roll c est de la Pop !

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En mai 2002, un petit groupe issu de la banlieue de Glasgow choisit le salon d'une copine pour y interpréter ses premiers morceaux, jouer un concert initial historique, point de départ d'une formidable ascension. Epoustouflante et foudroyante, la musique de nos quatre Ecossais aurait comblé à elle seule notre année 2004. D'ailleurs, leurs noms placarderont bientôt les pages du dictionnaire du rock, imprimés entre Aretha Franklin et Free. Mais à ce jour, ils sont là. Alex Kapranos, Bob Hardy, Nicholas McCarthy et Paul Thomson demeurent la meilleure preuve de notre humanité, notre présent. En 2004, mes amis, nous y étions. Franz Ferdinand était tout. Tout sauf le mirage, l'illusion d'avoir croisé, ici bas, l'avenir du rock'n'roll. Pour fêter dignement Noël, la maison de disque (Domino) de notre quatuor bien coiffé se propose de rééditer l'album fédérateur, premier couperet responsable du changement de statut soudain de Franz Ferdinand. En bonus, un deuxième disque agrémenté de trois nouvelles chansons et de deux introspections musicales. Cinq titres imparables, tirés à quatre épingles, prêts à décoincer l'embourgeoisement généralisé de notre jeunesse. Bref, à l'image de tous les projectiles de pop balancés par le groupe en 2004. Le temps d'une entrevue de début d'année, Alexander - le charismatique chanteur/guitariste de la formation - et Bob - le bassiste à la sympathique allure de môme joufflu - nous confiaient leurs premières impressions. Sensations.

Vous semblez vous connaître depuis toujours. Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Alexander : Nous sommes originaires de Glasgow. A l'origine, nous étions tous potes ! Enfin, non (rires) : pas tous ! Pour Nick (Nicholas McCarthy) le cas est un peu particulier. Nous l'avions rencontré lors d'une soirée…

Bob : Ce soir là, Alexander venait d'acheter une bouteille de vodka. Une espèce d'imbécile (Nick) s'est pointée et lui a piqué notre précieux breuvage…

A. : Evidemment, nous nous sommes battus. Pourtant, à la fin de la soirée, nous étions devenus les meilleurs amis du monde ! (NDR : aaahh l'alcool…) Au cours de cette fête bibitive, je lui avais demandé s'il savait jouer de la batterie. Le plus naturellement du monde, Nick m'avait assuré qu'il était très bon batteur. En réalité, il ne savait pas en jouer, c'était une véritable catastrophe. Le pire batteur de l'histoire du rock (rires) Aujourd'hui, c'est Paul qui se charge de frapper sur la batterie de Franz Ferdinand. Comme vous le savez, Nick chante et joue de la guitare !

Une question que tout le monde se pose : 'Que signifie Franz Ferdinand ?'

B. : Avant même de former officiellement le groupe, nous avions toujours rêvé d'un nom de groupe profond, débordant de significations. Bon, pour la petite histoire : nous étions affalés dans le fauteuil, devant la télé, occupés de regarder une course hippique. Dans cette course, un des chevaux s'appelait 'l'Archiduc'. C'est à partir de ce moment que nous avons réellement commencé à parler de Franz Ferdinand…

A. : C'est vrai ! D'abord, ce nom sonnait bien. Ensuite, d'un point de vue historique, la mort de ce personnage a véritablement changé la face du monde. Pour nous, c'était tout trouvé !

A vos débuts, que pensiez-vous des incessantes comparaisons aux Strokes ?

A. : Rien à foutre ! Nous aimons bien ce groupe…Ces gars là font vraiment de très chouette chansons…

B. : Mais notre musique sonne vraiment différemment ! Ce qu'ils font, c'est une chose. Mais nous, nous ne jouons pas cette musique parce que nous aimons les Strokes ! Quand, nous feuilletons toutes ces comparaisons dans la presse, nous ne sommes ni flattés ni énervés,… On s'en balance complètement !

A. : Le plus amusant, c'est lorsqu'on nous compare avec des groupes dont nous n'avions jamais spécialement écouté les disques comme Gang Of Four ou XTC. Comment pourrions-nous copier leur musique sans les connaître ? Pour nous cette situation ne durera pas… Quand un groupe débarque, je pense sincèrement que les gens ont besoin de toutes ces comparaisons. Bientôt le public parlera simplement de Franz Ferdinand !

Depuis trois ans, une 'nouvelle vague Rock'n'Roll' déferle sur la planète. Vous sentez-vous concernés par cette tendance ?

A. : Sur cette question, il convient de se pencher sur l'histoire de la musique. Dans les années 60, il y avait beaucoup de chanteurs et de formations merdiques. Puis les Beatles sont arrivés. Il s'agissait une révolution musicale. Une multitude de groupes formidables sont apparus dans leur sillage. Ensuite, nous avons eu droit à une période un peu plus vide jusqu'à l'arrivée des Sex Pistols et du punk en général. De même, à la fin des années 80, nous entendions de la variété sur toutes les ondes. Subitement des gars de Manchester et de Seattle sont arrivés, porteurs d'un nouvel idéal. Nous assistions aux premiers pas du grunge, aux balbutiements d'un genre nouveau. La musique fonctionne ainsi ! Par accumulation de vagues. Parfois, elles sont très intéressantes, parfois pas du tout…

B. : Nous venons de la scène alternative mais nous aimons énormément la musique pop. Notre souhait le plus cher est de faire de la pop et non de la musique manufacturée. Sérieusement, je pense que Blondie, les Stooges, les Ramones ou le Velvet Underground, c'est de la pop ! Mais une pop très intelligente, celle qui su conserver son côté indépendant. Pour nous, le Rock'n'Roll c'est de la Pop !

Quelle est votre définition de la musique Pop ?

A. : C'est très simple : la pop est une musique sur laquelle tu peux danser. Un refrain que tu chantonnes, un rythme pour ton quotidien. En réalité, le problème vient du fait que les médias collent une étiquette 'pop' sur beaucoup de choses, souvent inintéressantes. Les Strokes, les White Stripes, ce sont là des groupes qui jouent de l'excellente musique pop. Pour moi, c'est le genre de Pop à privilégier…

Quelles sont vos influences majeures ?

B. : Elles sont nombreuses. Mais nous pouvons très certainement citer Roxy Music, Sparks, The Smiths, The Buzzcocks ou encore The Clash…

Connaissez-vous des chanteurs ou des groupes belges ?

A. : Oh,… (hésitations) Oui (enchanté) : Plastic Bertrand et son super 'Ca Plane Pour Moi' (NDR : prononcé dans la langue de Shakespeare, c'est quelque chose…) et Jacques Brel ! Je ne vois que ces deux là… Mais y a-t-il des groupes en Belgique ?

Vous ne connaissez pas dEUS ?

A. : dEUS ! Cette formation est incroyable ! Ces gars là sont belges ? Je l'ignorais totalement. Leurs compositions sont excellentes et j'espère vraiment les revoir un jour en concert.

The Dears

Nostalgique du vinyle

Écrit par

Nouveaux princes d'une pop cynique, sombre et romantique, les Canadiens de The Dears attisent aujourd'hui toutes les convoitises. Au chant, Murray Lightburn opère un savant mélange de genre, rencontre sensorielle des voix de Morrissey (The Smiths), de Damon Albarn (Blur) et de Jarvis Cocker (Pulp). "No Cities Left", leur premier disque distribué sur le territoire européen, monte sur scène pour interpréter leur pièce de musique, la plus cohérente entendue dernièrement. Dans une atmosphère de music-hall, The Dears vient de signer sans conteste la plus délicieuse tragédie musicale de ce début de millénaire. Rencontre avec Martin Pelland, le bassiste francophone de la formation.

Pourquoi avez-vous illustré votre pochette de deux tours ? Faut-il y rechercher une quelconque référence au 11 septembre ?

En réalité, les pochettes du disque sont différentes pour chaque continent. Au Canada, l'océan garnit notre pochette. Aux U.S.A., c'est une sorte d'arbre en feu. Les deux tours ont été choisies pour le continent européen. Mais il n'y a aucune référence au 11 septembre à y voir. La maison de disque nous a proposé cette illustration. Nous l'avons accepté mais sans arrière pensée, aucune.

Vos compositions développent une atmosphère proche de celle des comédies musicales. Dans votre cas, on serait presque tenté de parler de tragédie musicale. Qu'en pensez-vous ?

Personnellement, je ne suis pas passionné par les comédies musicales. Je préfère davantage contempler notre musique comme un livre ou un film. En enregistrant le disque, nous avons essayé d'élaborer un tout, pas seulement une suite de singles. C'est certainement cette impression d'ensemble qui confère à notre musique une 'atmosphère de comédie musicale'. Parfois nos morceaux peuvent être sombres… Pourtant, il ne s'agit que d'une simple description de la réalité. Ceci étant dit, notre message n'est jamais négatif. Au contraire, nos paroles sont remplies de messages d'espoir.

Seriez-vous intéressés par des réalisations de musique de films ?

Nous n'avons jamais envoyé de musique à une maison de production. Mais elles sont venues nous chercher ! Ils ont ainsi utilisé certains de nos morceaux pour la série '24 heures'. Vous connaissez ? Un soir, je regardais cette série à la télé. Elle est vraiment chouette. Là, j'ai entendu notre chanson. C'était complètement fou !

Certaines de vos compositions entretiennent un climat relativement sombre. Etes-vous de nature pessimiste ou morose sur la route ?

Je vous rassure : il n'y a aucun suicidaire chez The Dears ! (rires) Nous sommes même très festifs. Traîner dans les fêtes, dans les bars après les concerts est une véritable tradition, une religion pour nous !

Que pensez-vous de cette référence incessante aux Smiths ?

Lorsqu'un groupe commence, les journalistes essaient toujours de coller une étiquette afin de piquer la curiosité des gens, de cibler un certain public. D'ailleurs, cette comparaison aux Smiths n'est pas un défaut, mais plutôt un honneur ! Il est certain que notre approche mélodique est assez britannique. Néanmoins, au bout d'un certain temps, cette étiquette peut devenir un fardeau ? Une fois que les gens connaissent ta musique, ils n'ont plus besoin de référence. Pour le prochain album, j'espère de tout cœur que les journalistes laisseront les références de côté.

Pourtant, une chanson comme 'Don't Lose The Faith' ne dénaturerait pas sur 'The Queen Is Dead'…

En attendant, je ne pense pas que nous méritons une grosse étiquette 'nouveaux Smiths' sur nos pochettes de disques. Il existe tellement d'autres éléments. Je pourrai citer de nombreuses références que les journalistes ne nous attribuent jamais !

A l'écoute de votre musique, on évoque également la voix de Damon Albarn de Blur ou celle de Jarvis Cocker de Pulp…

C'est vrai ! D'ailleurs, cette réflexion nous surprend toujours un peu. Dans la mesure où nous venons du Canada, les gens réfèrent copieusement notre musique, généralement à celle d'artistes européens. C'est certainement plus simple pour les gens de s'y retrouver…

Votre disque se divise en deux parties : A et B. On ne peut s'empêcher de penser aux deux faces d'un disque vinyle. Etes-vous nostalgique de cette époque où le compact disque n'avait pas encore vu le jour ?

J'aime la durée des disques vinyles. A l'époque, les albums ne duraient jamais plus de 45 minutes. Le vinyle présentait cet avantage indéniable: la musique était concise, il n'y avait rien à jeter car tous les titres en valaient vraiment la peine. Au niveau du son, je suis assez nostalgique de la chaleur sonore du vinyle. Mais bon, il faut bien que la musique soit diffusée d'une manière ou d'une autre

Votre single 'Lost In The Plot' cartonne sur les ondes. Quelle est votre sensation par rapport à cet intérêt nouveau pour votre musique ?

C'est vraiment la preuve qu'il est possible de sortir des singles différents de ceux de Céline Dion ou de Nickelback. Nous ne sommes pas occupés de révolutionner l'histoire de la musique grâce à ce single. Mais pour le moment, il y a une réelle ouverture d'esprit du public, quelque chose de nouveau. C'est formidable !

Penses-tu qu'il existe désormais une vague canadienne ?

Si c'est le cas, j'en serai ravi ! Ce n'est pas une question de nationalisme exacerbé mais je sais par quoi tous ces groupes canadiens doivent passer. Il est possible de comparer la situation canadienne à celle de la Suède. Un groupe comme Abba n'a pas eu que des retombées positives sur le pays. Quand un groupe débarquait de Suède, il devait sonner comme Abba. Par la suite, les Cardigans ont réussi à débloquer cette image arrêtée. Pour nous, c'est un peu la même histoire mais avec Céline Dion dans le rôle d'Abba ! Jouer dans un groupe canadien est une aventure qui crée de puissants liens humains. Le pays est aussi grand que les Etats-Unis mais compte dix fois moins d'habitants. Autant dire que lorsqu'on s'embarque dans un bus pour partir en tournée, les relations avec les autres voyageurs deviennent forcément très fortes.

Avez-vous déjà pensé à jouer quelque chose de différent, de plus rapide ?

Comme les Strokes ou les Hives ? Non. J'aime vraiment le premier album des Strokes. D'un point de vue mélodique, cet album reste une tuerie. J'ai apprécié cette nouvelle tendance, ce 'retour du rock'. Mais c'est comme n'importe quoi : une fois qu'un groupe fonctionne, les maisons de disques veulent signer 20 projets identiques. Nous sonnons différemment et c'est très bien ainsi.

Si tu ne devais garder qu'un seul disque dans le tour bus, ce serait lequel ?

Dans un tour bus ? (songeur) Par rapport à une île déserte, c'est très différent ! Dans le bus, je ne suis pas seul. Dès lors, il convient de prendre le goût des autres en considération. (méditatif) Surtout pas un disque dramatique… Les autres auraient envie de me balancer à la première halte ! (rires) Dans le tour bus, j'opterai pour l'album 'Hunky Dory' de Bowie ou éventuellement celui des Smiths, 'The Queen is Dead' !

 

The Zombies

Nous ne voulons pas être considérés comme une bande rétro !

Écrit par

Plus de trente ans après leur séparation, les Zombies ont donc décidé de se reformer. Enfin, pas tout à fait, puisque du line up initial, il ne subsiste plus que Colin Blunstone et Rod Argent. D'ailleurs pour enregistrer leur nouvel album, " As far as I can see… ", le duo a pris le soin de lui attribuer pour patronyme : " Colin Blunstone & Rod Argent / The Zombies ". Ce qui méritait une explication…

Tout a (re)commencé le 25 novembre 1997. Le groupe avait été invité au vernissage de la sortie de leur deuxième box, consacré à tout ce qu'il n'avait jamais été enregistré à ce jour. Au Jazz Café de Londres. Colin raconte : " Après une longue période de retraite, j'avais déjà recommencé à me produire en 'live'. Au sein de ma propre formation. Et j'ai joué dans ce club. Tous les autres membres des Zombies étaient présents dans le public. A un certain moment, Mc Namara, présentateur TV emblématique, a décliné notre présence au sein de la foule. Et a précisé qu'il serait flatté de nous entendre jouer. Nous nous rencontrions de temps à autre, mais nous ne nous étions plus produits ensemble depuis 1967. Et en montant sur scène, je ne savais toujours pas si nous allions jouer ou tout simplement saluer le public. Et encore moins ce que nous allions interpréter. Et puis, naturellement, on a choisi 'Time of the season' et 'She's not there'. Le résultat fut probant. Et nous en étions les premiers étonnés… "

En 2001, Argent et Blunstone se sont alors réunis pour enregistrer un album (‘Out of the shadows’) et dans la foulée, ont accompli une très longue tournée. Rod explique : " Au cours de ce long périple, nous avons pris notre pied en compagnie du groupe avec lequel on était partis. Mais on a aussi beaucoup bossé. 'As far as I can see…' est le résultat de trois ans de travail. C'est en réécoutant les pistes de cet album, que nous avons commencé à réaliser que ces chansons possédaient une telle légèreté dans les harmonies, dans les mélodies, qu'il serait honnête de leur attribuer une certaine paternité aux Zombies. Notre démarche ne s'est donc pas limitée à reformer les Zombies en nous demandant quels musiciens nous allions engager. Au cours de ce long périple, nous avions reçu le concours d'un quatuor à cordes. Et on estimait que les chansons ressemblaient très fort à ce que nous faisions avant. Cette idée est venue de manière naturelle et certainement pas calculée… " Et Colin d'ajouter : " Nous en avions discuté avec les anciens membres du groupe, et le projet n'a suscité aucune contestation. Ils étaient même favorables à notre initiative. Malheureusement, Paul (NDR : Atkinson, le bassiste) est décédé peu de temps avant l'enregistrement de l'elpee " Rod s'épanche : " Quelques mois avant sa disparition, un concert avait été organisé en son hommage, à Los Angeles. Pour lui et sa famille. Il savait qu'il était condamné. On y est allé. On a joué. Parmi les invités il y avait Brian Wilson, Bruce Hornsby, Mickey Thomas de Starship, et bien d'autres. Ce fut une super soirée. Nous avons interprété trois chansons. Paul est monté sur scène. Avec un baxter pour soulager sa souffrance. Il a joué sur 'Time of the season' et 'She's not there'…"

Sur le nouvel opus, Chris White est pourtant venu donner de la voix. Mais pas de trace de Hugh Grundy aux baguettes! Une question qui méritait donc d'être posée. Colin se justifie. " Il y a trop longtemps que Hugh et Chris sont déconnectés du circuit musical. Pour Chris, son concours aux backing vocaux ne posait guère de problème. Il a donc collaboré à trois titres. " Un album qui a également reçu le concours du London Session Orchestra. Au sein des studios 'Air' ! Normal, puisque le beau-frère de Rod en est l'ingénieur du son. " Pour l'enregistrement des cordes, les deux meilleurs studios sont Abbey Road et Air. Et connaissant ses compétences, je souhaitais que ce soit lui qui effectue le travail. C'est la raison pour laquelle on a choisi cet endroit. "

Les Zombies ont vendu plus de 2.000.000 d'exemplaires de la chanson 'Time of the season' ; et 'She's not there', un hit qui a été repris à de multiples reprises (NDR : souvenez-vous de la célèbre adaptation de Santana), a été numéro un aux States. En extrapolant, on imagine que ces deux titres constituent les principales sources des royalties récoltées par nos deux comparses. La conversation s'anime. Colin acquiesce. Rod pas. " J'ai écrit ces deux chansons. Au sein du vieux catalogue, elles produisent incontestablement le plus de royalties. Et il existe des droits pour les jouer sur scène. Mais au cours de ces 25 dernières années, j'ai écrit de nombreuses bandes sonores pour le cinéma et la TV. J'ai également produit toute une série d'albums, dont 'Ancient heart' et 'Sweet keeper' de Tanita Tikaram. Ces deux elpees se sont vendus à plus de 6.000.000 d'exemplaires. Et donc, je gagne ma vie rien qu'avec les royalties de la vente de ces deux disques… " Récemment 'She's not there' a été inclus dans la B.O. du film de Quentin Tarantino, 'Kill Bill II'. Mais leur plus illustre collaboration remonte à 1965, lorsqu'ils ont contribué à la bande sonore du film d'Otto Preminger, 'Bunny lake is missing'. Une aventure qui les a quand même marqués. Colin se remémore : " Otto Preminger était un type extrêmement difficile, agressif, irritable. Il était capable de faire pleurer les gens qui travaillaient sous ses ordres. " Et Rod d'en remettre une couche : " Je me souviens que lors du tournage, il m'avait adressé une réflexion très grossière. Et comme nous ne dépendions pas de lui pour gagner notre vie, je l'ai invité à cesser de me parler sur ce ton. Et il s'est mis à rire. Après cet épisode, il s'est montré sympathique. Je pense que pour avoir un bon contact avec lui, il valait mieux dire les choses en face ; à condition que ce ne soit pas ton employeur " (rires)

Ce fameux 'She's not there' repris entre autres par Santana et Urge Overkill, avait été enregistré sous la houlette de Ken Jones et surtout de Gus Dudgeon. Ce dernier deviendra un producteur célèbre ; en travaillant notamment pour Elton John et XTC. Colin se souvient de cet épisode du12 juin 1964 : " Lors des premières sessions consacrées à l'enregistrement de cette chanson, le premier était si pété, qu'on a dû le transporter à l'extérieur. Avant qu'il ne fasse des dégâts (rires). Gus Dudgeon, lui, n'est malheureusement plus de ce monde… " Et Rod d'enchaîner : " C'était l'assistant de Jones. Il était très jeune. Et on se rendait compte qu'il avait beaucoup de talent, même si on n'imaginait pas qu'il allait faire une telle carrière. Il est décédé à l'issue d'un accident de circulation, alors qu'il était encore en pleine forme. Et " As far as I can see " a été écrit le jour de ses funérailles. Lors de son homélie, le prêtre a déclaré 'On ne voit que le présent, on ne peut pas voir le futur'. Et cette réflexion a servi de trame à l'écriture de cette chanson… "

Il faut le voir pour le croire, mais en consultant la toile, j'ai relevé l'existence d'un nombre impressionnant de compilations consacrées aux Zombies ; alors qu'avant de commettre ce nouvel opus, ils n'avaient enregistré qu'une quinzaine de singles et deux véritables albums. Colin se justifie : " Nous sommes totalement étrangers à cette prolifération de compilations. Nous en ignorons même parfois l'existence. " Pas pour le box de 4 cds 'Zombie heaven', on le suppose. Un coffret pour lequel Tom Petty a d'ailleurs rédigé la préface. Rod embraie : " Lorsqu'il a écrit cette préface, nous ne le connaissions pas. Il avait assisté à un de nos concerts au cours des sixties. Et c'est la raison pour laquelle, il souhaitait la rédiger. Mais, il y a peu près un an, nous avons joué en concert avec lui " Colin précise : " Lors d'un festival qui s'est déroulé aux States. Il nous avait invités. C'était très sympa et généreux de sa part "

'Odessey & Oracle', le deuxième album des Zombies est considéré comme un des 100 albums incontournables de la pop britannique. Enregistré en 1967, aux studios Abbey Road, il pose les premiers jalons de la musique dite progressive. Mais cet album ne va rencontrer le succès mérité que bien après la séparation du groupe. Sous l'impulsion d'Al Kooper. Rod commente : " On avait splitté en 67. Et en 69, soit deux ans plus tard, cet elpee marche le tonnerre ; et 'Time of the season', qui en est extrait, devient numéro un aux States. A cette époque, j'avais fondé Argent, et si Chris était encore avec moi, les autres avaient d'autres projets. Envisager alors une reformation n'aurait pas été honnête. A cette époque on ne pensait pas à l'appât du gain. Je me disais, 'Time of the season' est numéro 1 ? C'est superbe ? On s'est séparés et on est au sommet. Le public reconnaît notre travail. C'était déjà une belle récompense. Et puis les projets individuels étaient beaucoup trop avancés pour faire marche arrière " Ce disque semble également avoir influencé une multitude d'artistes : depuis REM à Belle & Sebastian, en passant par Paul Weller, The Thrills, Beck et Super Furry Animals. Rod se montre perplexe : " Pour vous dire la vérité, j'ai beau écouter ces différents artistes, j'ai beaucoup de mal à y reconnaître les influences. Même chez REM ! Certains médias ont même avancé que les Doors avaient été influencés par les Zombies. Il y a quelques mois, nous avons rencontré Courtney Love qui nous a avoué que nous figurions parmi ses groupes préférés " Colin concède : " De tels témoignages nous motivent et nous autorisent à en tirer une certaine fierté. Mais ce que nous voulons, c'est se tourner vers le futur. Ecrire de nouvelles chansons. " Et Rod de conclure : " Si nous devions nous contenter de ressasser le back catalogue, nous ne monterions pas sur les planches. Et c'est sous l'impulsion de ce passé que nous allons construire notre avenir. Elle nous donne de l'énergie pour écrire de nouvelles chansons. Les enregistrer. Les entendre à la radio. Et ainsi nous pourrons sortir de nouvelles compilations réunissant des compositions récentes (rires). Nous ne voulons pas être considérés comme une bande rétro ! "

Merci à Vincent Devos

 

Blonde Redhead

Vole papillon, vole

Comme c'est étrange… Blonde Redhead, trio nerveux qu'on croyait coincé à la case noisy-rock, se voit pousser des ailes dans le dos et s'amuse à butiner sur les terres plus fertiles de la pop de chambre, le temps d'un nouvel album, l'épatant " Misery is a Butterfly ". Que s'est-il donc passé dans la tête de ces abonnés du riff tendu et du cri primal, alors que dehors s'agitent encore pas mal de jeunes détraqués, pour qui les Stooges et PIL semblent être l'issue de secours ?

" C'était quelque chose qu'on a toujours voulu faire ", s'exclame Kazu, cernée par la fatigue après d'incessantes interviews. " Un album avec de beaux arrangements, et plus de synthés ". On a beau chercher, on se demande en effet où sont passées les guitares, autrefois synonymes chez le groupe de colère et de rage. Le temps les aurait-il eues à l'usure ? " En fait elles sont là, mais elles sont bien cachées ! ", s'amuse la Japonaise. " Elles ressortent moins parce qu'elles sont davantage mixées aux autres instruments, surtout aux synthés ", confirme Amadeo, un des jumeaux, celui qui chante et qui joue de la… guitare, justement. Le synthé, donc, toute une histoire, qui nous rappelle parfois celle de Melody Nelson : " On adore Serge Gainsbourg ", répond d'ailleurs Amadeo, stoïque. Gainsbourg, Legrand, et même Bucharach, tant qu'on y est : pour la première fois, la musique de Blonde Redhead prend des allures de bande-son onirique d'un film couleur sépia, dont le scénario met en scène l'histoire d'un trio d'amis qui décide de changer de vie et d'apparence parce qu'il est dans l'impasse. 'Je t'aime moi non plus'? Sans doute, mais c'est encore ainsi qu'on les préfère : dans l'intimité de douces mélodies, au détour d'une pulsation érotique, à l'ombre d'un clavecin élégiaque, soupirant d'aise malgré leur passé tumultueux d'adolescents mal dans leur peau. Comme une chenille qui brise l'écorce brunâtre de sa chrysalide pour devenir papillon majestueux, Blonde Redhead a terminé sa mue, et vole maintenant haut dans la stratosphère, bien au-dessus de la mêlée. Comme l'explique si bien Kazu, de sa voix mutine, " Personne n'attend rien d'une chenille, mais beaucoup d'un papillon ".

On n'en attendait pas tant de Blonde Redhead, qui jusqu'ici ne nous avait jamais vraiment offert l'album parfait… D'autant que l'enregistrement de ce disque ne fut pas une sinécure : " Cela fait plus d'un an qu'on avait terminé l'album, mais on a eu pas mal de complications, explique Amadeo. D'abord notre producteur a perdu sa mère, ce qui fait qu'on a tout postposé, puis une fois de retour en studio, Kazu s'est cassée la mâchoire. Cerise sur le gâteau : on s'est fait éjecter de notre local de répétition, parce qu'à New York on n'aime pas trop avoir comme voisins des musiciens… ". Il en faut pourtant plus à Blonde Redhead pour se laisser abattre : au contraire tous ces tracas auront renforcé leur volonté de se renouveler et de tourner la page, d'où leur arrivée chez 4AD, label culte des Cocteau Twins et des Pixies. " Après tous ces problèmes, on avait vraiment envie de bouger, de prendre un nouveau départ. Au fond de nous, on ressentait un besoin de changement…", raconte Amadeo. "Changer de label, c'était pour nous une façon de changer d'air, de repartir à zéro. C'est comme quand tu ne te sens plus bien chez toi et que tu déménages, pas seulement pour changer de cadre de vie mais de vie tout court ".

Et il est vrai que la réputation vaporeuse du label anglais sied bien aux nouvelles aventures du trio new-yorkais, qui semble trouver ces ambiances surannées des plus confortables. Avec 'Misery is a Butterfly', Blonde Redhead vient d'accoucher d'un album splendide, chargé d'enivrantes émotions et de gracieuses mélodies. On dit souvent que les papillons ne vivent qu'un an, voire moins… Blonde Redhead devrait pourtant sans mal résister aux dommages du temps, grâce à ce disque hors modes, d'une beauté captivante.

Austin Lace

Ménage à cinq...

Écrit par

Apparu en 1997 aux alentours de Nivelles, c'est désormais à Bruxelles que la vie d'Austin Lace suit son cours. Tout au long de leur deuxième album, mystérieusement intitulé "Easy To Cook", les cinq musiciens réalisent une belle mosaïque de musique pop, bricolée aux sons d'illustres anciens répondant aux noms des Beatles, des Beach Boys ou des Papas Fritas. Travailleurs acharnés, les garçons viennent d'ouvrir une brèche dans l'univers des mélopées joyeuses, gorgées d'insouciances. Fabrice (chant) et Fred (batterie) nous confient les secrets de cette étrange recette :

Depuis votre premier album, quatre ans auront été nécessaires pour en arriver à " Easy To Cook ". Quatre longues et difficiles années, non ?

Fabrice : Nous sommes passés par différentes périodes de déchirements, de tensions…

Fred : C'est vrai, sauf que la séparation n'a jamais été mise sur le tapis. Il y a bien eu des tensions entre certains membres du groupe. Mais jamais nous n'avons évoqué l'idée de nous séparer. Ce groupe, on y tient comme à la prunelle de nos yeux. C'est vraiment la chose qui nous tient le plus à cœur. Une des principales raisons pour laquelle on apprécie la vie. En plus d'être amoureux, bien sûr…

Amoureux ! L'un de l'autre ?

Fabrice : (rires) On nous a toujours dit qu'il y avait un côté féminin chez Austin Lace. En fait, on l'assume totalement !

Comment sont apparus ces problèmes au sein du groupe ?

Fabrice : Pour trouver cinq personnes du même avis, il faut énormément de temps, de patience. Inévitablement, les problèmes rencontrés au sein de la formation sont apparus suite à des problèmes d'ego.

Fred : Dans un certain sens, Austin Lace est un couple. Mais au lieu d'être deux, nous sommes cinq !

Au niveau des influences musicales, êtes-vous souvent du même avis ?

Fabrice : Non, pas du tout ! Il y a un admirateur de Creedence Clearwater Revival, par exemple. De mon côté, j'écoute un peu de tout…

Que pensez-vous de la hype qui plane au-dessus des groupes belges ? Ne craignez-vous pas d'être englobé dans la masse, que le soufflé retombe aussi vite qu'il est monté ?

Fred : Pour moi, il s'agit davantage d'une rampe de lancement. Cette situation nous permet de jouer devant un public. Sincèrement, si nous parvenons à réaliser de bonnes chansons, le public suivra…

Fabrice : Nous étions présents avant la hype, nous le serons après ! Pour l'instant, c'est une bonne chose que le rock belge comble ce public. Si cette situation perdure, tant mieux. Mais si le soufflé devait retomber, tant pis…

Vivez-vous de votre musique ?

Fabrice : Absolument pas… Nous avons tous des activités professionnelles secondaires, nos activités principales, celles qui nous permettent de vivre. Dès lors, le temps que nous consacrons à la musique est vraiment du temps voulu, arraché…

Fred : Combiner les deux (boulot et groupe) n'est pas forcément évident ! Mais Austin Lace reste un choix personnel. Après la journée de boulot de " monsieur tout le monde ", chacun de nous se donne encore plus pour répéter, enregistrer et donner des concerts.

Fabrice : De toute façon, il est nettement plus agréable de vivre de la musique que d'opter pour une vie de fonctionnaire, conduite par un rythme répétitif et monotone…

Fred : Notre mode de fonctionnement reste la preuve que les artistes ne sont pas des fainéants. Chez Austin Lace, il y a une vie après le boulot !

Sur scène, Austin Lace se produit souvent en compagnie du Lovely Cowboy Orchestra. Comment explique-t-on cette collaboration ?

Fabrice : Au niveau humain, il existe entre nous une grande entente. Au-delà de la musique, il existe une sorte d'harmonie, de compréhension, d'humilité qui fait que l'on se comprend.

Fred : Pour l'album, nous avions besoin de cuivres. Comme ce sont de très bons amis, nous avons fait appel à leurs services ("Accidentally Yours"). Et s'ils sont disponibles le jour d'un de nos concerts, ils viennent toujours avec un plaisir non dissimulé pour nous donner un petit coup de main (NDR : de cuivres) !

Vous vous êtes rendus en Scandinavie. Comment s'est passée cette aventure ?

Fred : A la base, John Wayne Shot Me, une formation hollandaise signée sur notre label (62 TV) avait projeté de se lancer dans une tournée scandinave. Ainsi, nous sommes partis avec eux voici trois ans. A l'époque, nous ne les connaissions pas. D'ailleurs, les premières soirées étaient (hésitations)… particulières ! Nous restions chacun dans notre coin : Austin Lace d'un côté, John Wayne Shot Me de l'autre. Mais rapidement, nous avons constaté que nous avions de nombreux points communs…

Fabrice : Le fait qu'ils soient hollandais avait déjà nourri de nombreuses appréhensions. Mais après quelques jours, la situation s'est débloquée… On les adore !

Cette tournée était une aventure ou de la promo ?

Fred : A cette époque, notre premier album n'était pas sorti en Norvège ou au Danemark. Il s'agissait donc d'une aventure humaine avant tout. Depuis ce premier départ vers la Scandinavie, nous y sommes retournés trois fois !

Fabrice : La Scandinavie demeure une région honteusement oubliée par le marché de l'industrie musicale. C'est scandaleux ! L'ouverture du public y est pourtant incroyable...

Fred : Les gens sont très accueillants, très réceptifs. Le plus amusant, c'est que les jeunes sont restés dans un trip sixties. Tout le monde s'habille "rétro" !

Certaines rumeurs circulent à propos de drôles de cookies. Austin Lace serait-il un groupe de junkies ?

Fred : … (rires) L'histoire se déroule au Danemark dans un quartier de Copenhague. Il s'agit d'une entité un peu particulière dans la mesure où l'état danois n'a aucune compétence sur cette parcelle de territoire. C'est indépendant en quelque sorte…

Fabrice : Nous sommes arrivés dans ce quartier en cherchant la salle dans laquelle nous devions jouer. Pour la circonstance, j'avais emmené mon père avec nous. Il était le chauffeur du bus. En plus de nous conduire, il assurait la comptabilité de la tournée. Un jour, on lui a demandé un peu d'argent pour s'acheter de drôles de cookies. Normalement, un cookie convenait pour deux personnes. Mais nous ne l'avions pas bien compris… (rires) Maintenant, on en rigole mais je jure que jamais je n'en reprendrai ! A l'heure du café, il arrive souvent que je propose un petit cookie à mon père. Ma mère n'y comprend jamais rien mais pour nous, cette aventure nous fait toujours bien rire !

Sur votre album, on retrouve davantage de sonorités électroniques. Austin Lace va-t-il bientôt troquer ses guitares contre des ordinateurs ?

Fred : Effectivement, nous sommes attirés par les machines mais nous n'abandonnerons jamais nos guitares ! Quoi que nous fassions, nous resterons toujours Austin Lace. De toute façon, la base du groupe ce sont les lignes de voix!

Fabrice : Par contre à l'avenir, il serait chouette d'évoluer vers un son très lourd, proche du hip-hop, avec des mélodies pop qui continuent de planer au-dessus de ces nouvelles sonorités. Mais je reste également partisan des morceaux folk et hyper dépouillés.

Vous êtes hébergés sur le même label que Girls In Hawaïï. Le succès de ce groupe ne peut que vous encourager. Vous reposez-vous sur le travail de votre label ?

Fred : Se reposer ? Pas vraiment. Mais il est certain que leur succès nous encourage énormément. Parfois, il arrive qu'on se dise : 'Girls In Hawaïï à réussi. Pourquoi pas nous ?' Cependant, il convient de souligner qu'ils y sont parvenus à force de motivation, pas seulement grâce au label. A leur image, c'est à nous de travailler dur pour que leur belle aventure puisse aussi être la nôtre. Pour moi, Girls In Hawaïï reste le déclencheur de cet engouement nouveau pour les formations belges. Néanmoins, notre musique demeure assez lointaine de celle de Girls In Hawaïï…

Fabrice : Lors de la sortie du mini album "Wax" (e.p.), certains journalistes nous ont comparé à Girls In Hawaïï… Franchement, il y a des journalistes qui ont du crottin dans les oreilles ! Ces journalistes n'écoutent pas les disques ! Ils ont une idée préconçue de notre musique avant même de déballer l'album…

Fred : Le piège de la scène belge est là ! Pourquoi écouterait-on un groupe francophone belge différemment d'un groupe américain ? Pourquoi ?

Que signifie "Easy To Cook" ?

Fred : "Facile à cuire"!

Fabrice : Ce titre se retrouve dans les paroles de la chanson "Your Heart Is A Hook". Ce côté facile et rapide à cuisiner s'applique davantage à notre musique. Soit, on la dénigre facilement en invoquant son côté fragile, voire gentillet, soit on tombe sous son charme pour ces mêmes raisons. Ce côté facile à cuire est une des facettes d'Austin Lace. On se donne simplement, et le public choisit ce que bon lui semble !

 

Ghinzu

L attitude Ghinzu

Ghinzu nous revient après plus de trois ans d'absence flanqué d'un album qui transpire le sexe et le rock'n'roll. Loin de John Stargasm (chanteur) l'idée de caresser l'auditeur dans le sens du poil : le rock, c'est d'abord une affaire de couilles. Pas de perruques ni de frontières linguistiques. Pour " Blow ", Ghinzu prend donc le risque de ne pas plaire à tout le monde. Il se pourrait pourtant bien que cet album fasse un carton… Car ce qu'il fait (du rock solide et mélodieux, sans cesse sur le fil du rasoir), il le fait bien. John nous explique tout, sans langue de bois. C'est ici, mot pour mot, sur Musiczine.

Qu'est-ce qui a changé pour vous depuis " Electronic Jacuzzi " ?

Techniquement, la formation a changé : Sanderson, notre contrebassiste, ne joue plus avec nous (même s'il a joué sur l'album), et Kris Dane a participé en jouant de la guitare, des claviers et en faisant des chœurs. Un autre changement, c'est notre rapport à la musique en termes d'investissement personnel : l'album nous a conduit à vivre encore plus notre musique, à vraiment plonger dedans jusqu'à s'y perdre… Et puis il y a le fait qu'entre les deux albums on a fait beaucoup de scène, beaucoup de promotion. Tout cela fait qu'aujourd'hui, nous ne sommes plus les mêmes…

Quoi qu'il en soit, ça fait plaisir d'avoir enfin de vos nouvelles ! Trois ans, c'est long, non ?

On a pris notre temps, c'est clair ! On a beaucoup plus travaillé sur cet album : c'était 30 morceaux, 20 mixés, 11 qui figurent sur l'album, sans parler de tous les mixes qu'on a jeté à la poubelle ! La différence par rapport au premier album, c'est qu'on voulait que le travail et la matière soient quelque chose d'acquis, pour qu'après on ait le luxe de faire l'album qu'on voulait avec la matière qu'on avait. On a voulu un album pas trop confortable, dont les chansons peuvent être piano-voix ou punk. Y en a marre des albums d'une seule couleur…

On sent une certaine rupture par rapport à " Electronic Jacuzzi " : celui-ci est plus brut, plus tendu, plus rock'n'roll.

C'est vrai qu'il y a des passages où on s'amuse à casser les mélodies… Mais d'un autre côté c'était dur de travailler plus d'un an et demi sur cet album, sans tomber dans le piège d'avoir quelque chose de surproduit. C'est pour ça qu'on a volontairement décidé de mettre une batterie plus vicieuse, plus claquante… Des choses qui à la première écoute peuvent choquer, mais qui dans l'ensemble de l'album, une fois qu'on est rodé à l'écouter, se révèlent assez efficaces. Mais ce n'est pas un album 100% confortable : il y a des morceaux hyper différents, comme chez Blur où tu peux trouver un truc punk puis un truc plus pop ou world… C'est cet esprit-là qu'on aime : pouvoir voyager à travers différents univers, tout en imposant à travers nos chansons une certaine cohérence. C'est hyper cynique, violent, sexuel, mais cela reste toujours musical.

Il y a toujours cet équilibre entre la tension et la détente, entre le piano qui en partie rassure et les riffs de guitare qui se déchaînent.

Ce qui est sûr, c'est qu'on ne voulait pas faire un album de rock cliché ! On a voulu voyager dans des sonorités un peu rétro, dans un univers particulier qui soit légitime, intrinsèque au rock.

Justement, tout ce garage revival vous a-t-il servi d'inspiration pour la composition de " Blow " ? Le titre, déjà, semble révélateur…

On écoute du rock, donc forcément l'environnement rock a une incidence sur nous. Je ne pense pas que cet album-ci est plus garage que le premier : notre style est resté. On a un son qui reste le son " Ghinzu ". Quant au titre, " Blow ", c'est un mot qui peut exprimer à la fois un vent doux et une explosion. Une bombe et une pipe. C'est un mot qui s'intègre bien dans notre univers : douceur, violence, sexe. C'est un mot qui nous va bien.

Et le rock, c'est aussi l'absence de compromis, le risque perpétuel, le rejet - comme tu dis - de tout confort, de toute certitude. Sur ce deuxième album, vous prenez des risques, ce qui le rend d'autant plus important.

Tout le monde sait que le deuxième album en rock est l'exercice le plus redoutable qui soit ! Le deuxième album, t'es un vrai ou t'as juste été une poule aveugle qui est tombée sur un grain… Donc on ne l'a pas pris à la légère ! On a tous une culture rock : on a été voir des concerts, on est habitué à une attitude rock sur scène de la part des groupes, on est habitué au deuxième album de groupes, que ce soit les Melvins, Shellac,… On sait ce que c'est, un deuxième album de rock ! On sait qu'il faut savoir prendre des risques, que cela sonne avec énergie et spontanéité… C'est ça notre force.

C'est clair que vous auriez pu rogner les angles, sortir un album plus consensuel pour plaire au plus grand nombre…

On a pas mal de recul sur tout ce qui est " radio friendly ". On a fait l'exercice du single avec " Do You Read Me ", mais sans avoir l'impression d'être dans le compromis. Sans jouer les emmerdeurs, je crois qu'on est dans une musique que tu aurais du mal à écouter pendant que tu bouffes… Il faut y être attentif : une fois que tu rentres dedans, tu peux même t'y perdre ! Parce qu'il y a de la folie.

Un morceau comme " Until You Faint " exprime de fait une certaine révolte ! On sent clairement que vous n'avez pas envie de caresser l'auditeur dans le sens du poil…

C'est une chanson qui parle d'un gars qui baise et qui a décidé de la faire jusqu'à ce que sa partenaire tombe dans les pommes… C'est une spirale, un truc qui ne s'arrête pas. L'intérêt, c'est que ça sonne hyper frais par rapport au rock qui se fait aujourd'hui. Ce n'est pas formaté.

Tu fais référence à la spirale : d'autres morceaux comme " Blow " et " 21st Century Crooners " sont aussi construits de cette manière. Ca crée un effet hypnotique.

On fonctionne pas mal à l'impro quand on compose, ce qui fait qu'on tourne souvent sur le même thème tout en le transformant. Le côté crescendo, ce n'était pas spécialement une idée pour " Blow " : on voulait plutôt faire 3 morceaux en 1, mettre 3 morceaux parallèlement et les faire écouter en même temps… Quant à " 21st Century Crooners ", c'est plutôt une sorte de western romantique : Rondo Veneziano vu par l'œil de David Lynch. Mais c'est vrai que des morceaux qui ne font que monter, comme " High Voltage Queen ", c'est plus fort que nous !

Vous venez de jouer à l'Ancienne Belgique à guichet fermé en compagnie de Sharko et de Girls in Hawaii : qu'est-ce que représente pour vous le fait de jouer à l'AB, temple musical flamand, et d'en plus faire sold out un mois à l'avance ?

Honnêtement, je pense que c'est le concert le plus important qu'on ait jamais fait, et peut-être qu'on ne fera jamais. Je n'ai pas envie en tout cas de transformer cet événement en une histoire politique : c'est une des plus belles salles d'Europe, elle est sold out un mois à l'avance, point barre, quoi ! C'est fabuleux pour nous. On n'en a même pas rêvé, même dans nos rêves les plus mouillés. On est super contents !

Le succès, c'est une dimension importante à vos yeux ?

C'est super relatif, le succès. Ca peut se compter en notoriété, en nombre d'albums vendus,… Mais à partir du moment où tu te donnes à fond, la reconnaissance est quelque chose d'essentiel. Le succès, on a forcément envie de le caresser. Si on vend 100.000 plaques, on sera plus qu'heureux ! Mais le plus important, c'est d'avoir la " gnak " !

Et vos perruques dans tout ça ? Ne penses-tu pas que votre accoutrement ait pu créer par le passé un certain malentendu ? Il y a sûrement des gens qui connaissent plus Ghinzu pour leurs perruques que pour leur musique… L'image est-elle à ce point importante ?

De nouveau si je reviens sur ma culture rock, j'ai eu des trips quand j'étais gamin où je voulais n'écouter que du live pendant six mois. Pas un album chez moi, pas la radio : rien que du live. J'ai baigné là-dedans. J'aime ça. Moi je pense que ce qui nourrit le rock, c'est forcément la compo, mais aussi l'attitude, l'image. Je ne suis pas un artiste : je fais du rock. Je n'ai pas envie de rentrer dans ces clichés de l'artiste " vrai ", plein d'inhibitions, etc. Ca me gave le cul, quoi ! Moi, je fais du rock. J'aime bien les shows, quand la lumière s'éteint : il y a une réalité qui se crée. Moi je trouve que, graphiquement, voir cinq mecs débarquer coiffés de perruques ou quoi que ce soit, avec des dégaines comme ça, c'est génial ! Sans être les Gauff aux Suc. L'idée de la perruque, pourquoi ceci, pourquoi cela,… C'est juste du spectacle ! Ca fait partie d'un univers esthétique, d'une image, et faut pas avoir honte de ça.

La pochette ?

J'avais envie d'un truc assez pur visuellement, que quand tu la regardes il y ait une sorte d'évidence inattendue. C'est simple mais en même temps tu ne l'as jamais vu ! J'adore l'univers de Tim Burton.

C'est une référence à " Sleepy Hollow " ?

Ouais, sublime ! La force de Tim Burton, ce ne sont pas ses histoires, mais la logique de son univers : c'est tellement logique que c'est vrai. Quand j'ai vu le film, je me suis dit : " Evidemment ! ".

Il n'est pas encore trop tard pour les résolutions de nouvel an… Alors, que souhaites-tu à nos chers lecteurs ?

Je ne suis pas très… résolution. Désolé de tomber à plat, hein ! Mais les résolutions, c'est si on regrette quelque chose. Moi, je ne regrette rien. Je trouve même qu'à chaque fois qu'on fait une connerie, on en sort grandi. Donc ce serait ça mon conseil : faites des conneries ! Ca te va, ça, comme réponse ? (rires)

 

Hank Harry

Un ami qui vous veut du bien

Le troisième album d'Hank Harry, " Far From Clever ", est une petite merveille de " pop sentimentale " et sucrée, qui parle d'amour sur un tapis doré de cuivres élégiaques et de guitares sautillantes. Parce qu'" il n'y a rien de plus important au monde que l'amour ", Hank Harry se sert des mélodies qu'il a dans sa tête pour séduire la fille de ses rêves. Grâce à l'aide précieuse de Thomas Van Cottom (ex-Venus) et d'Aurélie Muller (Melon Galia), sa musique se pare joliment d'oripeaux délicats, de soupirs d'enfance… Un univers fragile et décalé, mais d'une épatante générosité. Parce que même si Hank Harry est un grand timide, il aime se donner à qui prendra la peine d'entrer son petit monde bercé de jolies notes et de refrains mutins. Rencontre.

Hank Harry, c'est qui au juste ? Est-il fort différent du Christophe en civil ? Est-ce un personnage que tu t'es construit pour surpasser ta timidité, concrétiser certains fantasmes ?

C'est un peu ça, oui… La réponse est dans ta question ! Se cacher derrière un pseudonyme, un personnage, fait déjà plus rêver les gens… Et puis ça permet peut-être d'être encore plus soi-même. C'est comme quand tu vas à une soirée déguisée : si personne ne te reconnaît, t'as l'impression de pouvoir te permettre plus de choses, donc d'être plus naturel.

Cela masque donc bien une certaine timidité?

Oui, bien sûr. J'ai du mal à aller vers les gens. C'est dans ma nature. Ce sont les gens qui viennent me voir après un concert. Je fais la démarche de monter sur une scène, ce n'est déjà pas si mal… C'est un peu courageux, si on veut… Mais après, c'est bien parce que les gens viennent me parler. Cette manière de sociabiliser est beaucoup plus facile pour moi.

Mais tu t'es lancé dans ce genre d'aventure avant tout pour la musique, je suppose?

C'est venu naturellement, en fait. Petit à petit, j'ai trouvé un peu de matériel. Et surtout, l'envie de faire quelque chose qui ne ressemble qu'à moi.

Peux-tu nous raconter l'histoire d'Hank Harry ?

Quand j'étais adolescent, comme tout le monde j'ai voulu monter un groupe de rock. J'ai acheté une basse et j'ai essayé de faire du rock'n'roll à la Rage Against The Machine, Biohazard, le genre de trucs assez durs que j'écoutais. Mais au bout d'un moment, je me suis rendu compte que ce genre ne m'amusait plus trop. En fait, j'avais l'impression qu'il ne m'épanouissait plus. Donc j'ai complètement laissé tomber. Ensuite, j'ai rencontré Miam Monster Miam, qui vient aussi de Liège, et je me suis rendu compte qu'il était possible de travailler seul en utilisant un 4-pistes. Chez soi. Sans te soucier de quoi que ce soit d'autre : juste effectuer des expériences, essayer plein de trucs. Quelque temps plus tard, je me suis retrouvé avec pas mal de matière. Et " Les Beaux Disques ", un petit label bruxellois, m'a proposé de sortir un album. A l'époque, il n'y avait pas l'envie directe d'enregistrer un disque : juste l'envie d'écrire des chansons dans mon coin. Je devais en avoir une bonne quarantaine. On en a sélectionné 18. A partir de là, tu te rends comte que c'est possible, et tu fais plus les choses dans l'optique de faire un disque. Donc il y a un deuxième, puis maintenant celui-ci, où la démarche est différente puisque j'ai travaillé en compagnie d'Aurélie (Muller, Melon Galia) et Thomas (Van Cottom, ex-Venus). L'idée était qu'ils produisent l'album dans le sens où, à partir des enregistrements que j'avais faits, ils accentuent mon univers. Comme je suis un peu limité musicalement, ils m'ont apporté du savoir-faire, et du recul. Toute une sensibilité qui est à eux mais qui ressemble à la mienne.

Comment les as-tu rencontrés ?

J'ai rencontré Aurélie à une soirée. On a sympathisé. Quand je suis venu m'installer à Bruxelles, on s'est revu par hasard, puis régulièrement, à des concerts, à des fêtes,… Un beau jour, alors que j'étais occupé de travailler sur mon deuxième disque (il n'y avait personne alors qui s'intéressait à ce que je faisais), elle m'a proposé d'assurer la première partie de Melon Galia, et d'apporter de petites choses sur leurs chansons. Et en échange, eux m'accompagneraient sur certains de mes morceaux. Beaucoup de titres de mon deuxième album ont ainsi été enregistrés en compagnie des musiciens de Melon Galia… Qui ont insufflé cette énergie de groupe. C'est un album qui était assez sombre au départ ; mais qui grâce à leur collaboration, a pris beaucoup plus de couleurs, y compris les morceaux que j'ai concoctés tout seul.

Et Thomas ?

Nous étions forcément amenés à se voir avec Aurélie (NDR : Thomas et Aurélie filent le parfait amour), et donc de temps en temps je lui faisais écouter mes morceaux. Plutôt que de bêtement jouer les instruments, ils m'ont alors proposé de s'occuper de l'album à partir de la matière que je leur donnais.

Jouaient-ils, en quelque sorte, le rôle d'arrangeurs, de " peaufineurs " ?

C'était plus que ça : je leur donnais un matériau assez brut, enregistré sur un 8-pistes, et quelques notes d'intention. Pour qu'ils aient une idée assez claire de ce que j'avais en tête… Puis ils se sont vraiment réapproprié les morceaux. Ils ont apporté leur sensibilité, certaines mélodies aussi, qui sont propres à eux.

D'où est venue cette idée de " Lovely Cowboys Orchestra " ?

C'est une idée de Thomas. Comme Aurélie et lui s'occupaient de toute la partie musicale, on se doutait bien qu'on allait devoir jouer les chansons en concert. Thomas est donc allé à la recherche de gens susceptibles de jouer les différents instruments présents sur le disque ; et qui en même temps étaient ouverts et disponibles pour le projet. Bref qui pouvaient consacrer du temps et de l'énergie à un projet qui au départ n'est pas du tout lucratif. Pour l'instant, le Lovely Cowboys Orchestra accomplit ce rôle par amour de la musique. C'est de la pure générosité ! Le côté humain était très important : il fallait qu'on travaille avec des gens qui soient sympathiques, ouverts, curieux, qui acceptent de vivre l'aventure jusqu'au bout.

Tu ne joues donc jamais d'un instrument sur scène ?

Je suis capable de toucher un peu à tout, mais ici on s'est dit que pour les concerts je n'allais jouer d'aucun instrument pour être libre de mes mouvements et me concentrer vraiment sur le chant. Plutôt que de faire deux choses à moitié, j'avais envie de n'en faire qu'une seule, mais très bien.

Vous accordez une place importante au visuel, à l'imagerie… Pourquoi des cow-boys ?

Encore une fois, c'est une idée de Thomas : elle colle bien avec " Hank Harry ", un nom qui fait un peu cow-boy. Et puis sur scène, elle donne une image forte : c'est un peu comme attaquer quelque chose, comme aller au front. Monter sur une scène demande quand même une énergie assez forte. Ce n'est pas comme se rendre au supermarché… C'est quelque chose, quoi : t'as le trac, t'as des gens devant toi, à qui il faut tout donner. Moi ce qui me plaît chez les cow-boys, c'est ce côté légendaire, les films de John Wayne,…

Ton univers, de fait, est assez singulier… Et fort empreint d'une certaine fragilité.

Musicalement, il n'a rien à voir avec de la country : c'est pour le show, qu'il se passe quelque chose sur scène. Parce que ce qui m'intéresse moi, musicalement, c'est de toucher aux sentiments. Toucher les gens dans ce qu'ils ont de plus intime, de plus intérieur. C'est la raison pour laquelle, lorsqu'on me demande ce que je fais, je parle souvent de " pop sentimentale ", dans le sens où elle doit toucher à la sensibilité. Et du coup, cette définition permet une variété énorme au niveau du style musical : certains morceaux par exemple expriment une certaine colère, comme " Hot Summer " où je hurle… C'est presque heavy metal ! Moi ce qui me plaît, c'est de pouvoir aller piocher dans tous les styles, y compris dans les choses un petit peu honteuses… comme la variété italienne des années 80. Il y a énormément de références, de clins d'œil.

" My Clock " par exemple, c'est une ode à la fille de tes rêves ?

Oui, tout à fait. Ce que j'ai voulu faire des deux versions - " My Clock (10:30am) " et " My Clock (10:30pm) "- est une déclaration d'amour. En imaginant, dans la version du matin, la déclaration d'amour qui est faite très tendrement, sur l'oreiller, chuchotée à l'oreille. Mais en même temps être amoureux, c'est aussi euphorique, d'où la version rapide. Il y a plusieurs façons d'envisager l'amour, comme la rupture d'ailleurs : il y a la rupture super triste qu'on vit très mal, comme dans " Lily of the Valley ", et puis il y a la rupture quasi euphorique d'" Anyway ", où je dis " Excuse-moi, je m'en vais, je respire enfin, je revis ".

L'amour occupe une place centrale dans ton univers?

Ah oui, je ne parle que de ça : de l'amour, sous toutes ses coutures. J'aime bien creuser et voir les différentes façons de vivre les choses et de les exprimer. Sur l'album une moitié des chansons parle de l'amour, des rencontres, du fait d'être heureux et d'être amoureux, et l'autre moitié d'être seul, de mal vivre une histoire, de ne plus la vivre, d'être content ou pas que ce soit fini,… C'est ce qui est le plus important parce que ça touche ce qui a de plus intime en nous. Pour moi, il n'y a rien de plus important que l'amour.

Es-tu toujours à la recherche du grand amour ?

Oui, en permanence. C'est mon Graal à moi ! En même temps, c'est quelque chose de vraiment particulier. On naît seul et on meurt seul… Donc il y a toujours cette envie de partager cette vie avec quelqu'un et de vivre plein de choses avec elle. C'est de ça que je veux parler dans mes chansons. C'est une manière pour moi d'y voir aussi plus clair, par rapport à qui je suis, à comment je vis les choses.

Ton univers musical, par sa douceur, sa fragilité, évoque parfois les contes de fées, Lewis Carroll, les BO de Danny Elfman…

L'introduction, c'est " La Nuit du Chasseur ", un de mes films préférés. J'aime bien l'idée de parler de choses très vraies et très sérieuses, mais de les mettre dans un environnement particulier. Parce que l'idée, c'est quand même de faire rêver les gens, les faire voyager par la musique. Donc le contexte est important.

Est-ce que l'arrivée de Patrick Carpentier comme " scénographe " (NDR : avant chez Venus) vous a-t-elle aidée dans la mise en place scénique de cet univers ?

Ce n'est pas un metteur en scène qui nous dit ce qu'on doit faire… L'idée est que ce soit joli sur scène, mais de rester surtout nous-mêmes. Son travail consiste donc à faire en sorte que le public soit dans le concert autant que nous. Et donc il y a des choses à ne pas faire pour ne pas ennuyer le spectateur : je n'ai pas envie que les gens viennent pour un morceau ou deux, puis aille boire une bière, discuter et revenir. J'ai envie que ce soit comme un film : que du premier au dernier morceau, ils ne s'ennuient pas une seconde. D'où ce besoin de variété dans les morceaux, que chacun ait une position, un habillement, une manière de bouger particulières, sans parler du décor… J'aurais presque envie de faire des choses en plus dans la salle et en dehors. Que les gens vivent les chansons, pénètrent vraiment dans notre univers.

Vous venez d'être sélectionnés pour représenter la Belgique francophone au Printemps de Bourges 2004. Qu'est-ce que cela représente pour toi ?

Cette sélection crédibilise surtout notre projet. Le légitime. En outre, je suis très touché parce qu'on a eu à la fois le prix du jury et celui du public. Personnellement, j'ai encore plus de confiance en ce projet : maintenant je sais que ça ne tient plus qu'à nous, qu'une multitude de gens le soutient et va nous aider. Elle nous rend à la fois beaucoup plus forts et plus enthousiastes.

C'est la première consécration d'un véritable parcours du combattant ! Je me rappelle vous avoir vus distribuer des badges à Dour, coller des affiches, sans même être sûrs de voir ce disque un jour distribué… C'est formidable de voir tant de persévérance, de courage, de volonté de se faire entendre.

Nous, notre idée, est de créer une musique qui nous tient à cœur. Qu'on trouve belle ! Qui nous plaît ! Mais qui n'est pas forcément une musique que les médias ont envie de programmer, parce que c'est un peu particulier. Comme on sentait qu'on n'allait pas avoir un soutien énorme des radios, on s'est dit qu'on allait enregistrer un single à distribuer gratuitement aux gens, pour que tout le monde puisse l'écouter… J'ai l'impression que les radios sous-estiment leurs auditeurs : cette façon de les nourrir de choses très digestes mais dans le fond un peu fades… Moi ce que j'ai envie, c'est de leur donner du foie gras ! Donc si on ne passe pas par les médias, on va trouver directement les gens nous-mêmes.

Cette victoire, c'est donc aussi celle de la musique sur les préjugés façonnés par les médias, sur le consumérisme aigu, sur la médiocrité ambiante (je m'emballe, là ?) ?

Oui, c'est un peu ça… Nous étions vraiment très émus par cette victoire. Ce que je retiens surtout, c'est qu'on nous fait confiance. Il ne nous reste plus qu'à continuer à faire du bon travail ! Peaufiner notre univers, gagner en force, en assurance. Garder à la fois tout ce côté spontané et naturel tout en évitant de devenir le " groupe bizarre " de service. Il faut quelque chose de vraiment solide.

Le mot de la fin ?

Le plus important, c'est de faire ce qu'on aime et de le faire bien. D'être généreux. Les musiciens qui jouent avec moi sont là par générosité, et moi sur scène j'ai vraiment envie que les gens passent un bon moment. Quelqu'un m'a dit après avoir gagné qu'il était important que, pour une fois, on mette en avant un groupe généreux. Et ça, on en a vraiment besoin.

Mickey 3D

Mickey 3D respire l humanité !

Écrit par

Auteur-compositeur, Mickaël Furnon a bien écrit le hit " J'ai demandé à la lune ", pour le groupe Indochine. Mais il est avant tout le leader de Mickey 3D, un groupe responsable de l'album incontournable " La Trêve ". Il a bien voulu répondre à nos questions...

Comment s'est formé Mickey 3D ?

Au début, j'étais chanteur dans un groupe qui s'appelait 3dk ; parallèlement, je fréquentais les milieux associatifs, et c'est donc comme ça que j'ai rencontré Jojo (Aurélien Joanin), notre batteur. On jouait donc pour le plaisir, et de fil en aiguille, on a présenté les premières démos, puis les premières parties (Louise Attaque, Tryo, Yann Tiersen) et " La Trêve ", qui marque notre rencontre avec Najah, aux claviers, et accordéoniste. Tout cela s'est donc fait très naturellement, avec des personnes motivées. Sur scène, nous sommes actuellement quatre, avec Greg, qui nous a rejoints, et a signé les arrangements sur notre dernier album. Il faisait également partie d'un groupe en milieu associatif.

Diriez-vous que " Tu ne vas pas mourir de rire " est un album de la révolte ?

Non, je n'irais pas jusque là, parce que je n'ai pas le sentiment d'avoir des comptes à régler. Nous avions simplement envie de nous exprimer sur des réalités qui nous énervaient, entre autres, les Harkis, le racisme…Plus que de révolte, je parlerais davantage de réaction citoyenne, que tout le monde a envie d'exprimer. C'est pourquoi, les textes sont parfois cyniques, mais la musique n'est pas forcément un engagement politique et nous faisons aussi des chansons plus légères. D'ailleurs, nous avions une quinzaine de chansons moins caustiques pour " Tu ne vas pas mourir de rire ", mais nous ne les avons pas retenues …

Cela signifie t-il que l'homogénéité d'un album, et des textes précisément, est importante ?

Oui, je crois que ça l'est, parce que sur " La Trêve ", nous partions un peu dans tous les sens. Cependant, tout n'est pas noir sur " Tu ne vas pas mourir de rire ", et je pense qu'il y a des chansons plus naïves ou légères, comme " Chanson de rien du tout ", ou " Les gens raisonnables " par exemple.

Exprimer des choses graves sur des mélodies légères et enthousiasmantes, est-ce volontaire ou inconscient ?

Je pense qu'il est beaucoup plus efficace de faire passer des messages graves sur des mélodies rythmées et pas sombres, avec une certaine ironie, et de temps en temps un zeste d'humour.

D'ailleurs, vous offrez une diversité de sons, et de rythmes vraiment agréables…

Parce qu'on aime tous les genres de musique, électro, rock. On aime beaucoup les Chemical Brothers, Air, les Beatles, Cure, mais tellement d'autres groupes. Il y a énormément de bons musiciens, et chanteurs.

Lors de la sortie du single " Respire ", on vous a classé comme un groupe " politico-écologiste ". Cela vous agace t-il ?

Je pense que " Respire ", étant le titre que l'on a entendu partout, il était difficile d'y échapper. Je crois aussi que les personnes qui ont effectué ces déclarations n'ont pas écouté l'album !

L'enfance revient souvent sur " Tu ne vas pas mourir de rire ". Vous pensez qu'on a beaucoup à apprendre des enfants ?

En fait, j'ai eu une enfance tellement tranquille que j'en suis parfois un peu nostalgique. L'idée est donc de dire qu'il faut parfois se retourner sur cette enfance, que cela ne peut-être que bénéfique.

Emilie Simon

Le monde enchanté d Emilie Simon

Emilie Simon est un sacré petit bout de femme. Une femme-enfant (24 ans, une voix acidulée). Une femme-papillon (timide, précieuse et fragile, comme sa musique, elle ne se laisse apprivoiser qu'avec inquiétude, trop soucieuse de préserver son petit monde à elle). Une femme qui vient de sortir un premier album délicieux, entre chanson française et expérimentation électronique, plein de perles pop et de miniatures électro-folk. Cet univers qu'elle s'est tissé durant sa jeunesse, entre ses passages au Conservatoire et à l'Ircam, n'a pas d'équivalent dans le paysage français. Au mieux pourrions-nous la comparer à Björk, pour cette aisance à manier l'évidence pop et la recherche sonore, à Stina Nordenstam, pour le timbre mutin, à Kate Bush, pour cet obsession farouche d'indépendance. Parce qu'Emilie Simon a composé cet album magnifique toute seule, sans aucune aide extérieure (ou presque). Pour préserver son monde à elle. Comme le papillon, qui, avant de déployer ses ailes et de s'envoler, connaît un long processus de maturation, de la chrysalide à la lumière. Et de lumière, cet album n'en manque pas, de ce " Désert " pas si aride à cette " Chanson de Toile " presque baroque, où l'on entend la voix d'Emilie (Jolie) épouser avec grâce les souffles d'une flûte puis d'un violoncelle. Idem sur " Il Pleut ", où le chant sonne comme l'eau qui s'écoule dans les rigoles lors d'une averse. Cette pluie remplace même la structure rythmique, comme si la jeune Emilie avait fait rentrer la nature sur sa table de mixage, son jardin secret. Rarement ces derniers temps aura-t-on entendu de si jolies chansons, menées à la baguette (magique) par une fée de studio. La poudre de pimprenelle qu'utilise Emilie pour rendre ses chansons si belles, c'est d'abord une impressionnante culture musicale (des Stooges, qu'elle reprend ici avec grâce, à Stockhausen), mais surtout une maîtrise évidente de la technique et de l'électronique, de la composition au mixage (secondée alors par Markus Dravs, collaborateur de… Björk). Mais attention : Emilie Simon n'est pas une souris de laboratoire. Son univers, malgré cette dimension de création en bocal (le studio), ne sent jamais le renfermé… Au contraire : cette musique délicate émeut et surprend, parfois même s'effarouche (" I Wanna Be Your Dog "), mais jamais ne déçoit. Le monde enchanté d'Emilie Simon n'a pas son pareil pour nous donner des frissons, et nous retourner (dans tous) les sens. C'est dire qu'après notre rencontre, nous étions tout chamboulés…

La musique, c'est une vieille passion ?

Mon père était ingénieur du son quand j'étais petite. Il y avait pas mal de passage de musiciens à la maison, ça a conditionné un peu mon goût pour la musique… Ensuite j'ai été au Conservatoire assez jeune, tout en essayant de m'exprimer à travers plusieurs mediums musicaux différents, que ce soit le rock, le jazz, la musique contemporaine, la musique classique et l'électro… Ca m'a aidé à construire ma musique.

On sent effectivement toutes ces influences sur ton disque, notamment au niveau de ta voix, souvent trafiquée. Est-ce que ça vient de ton expérience de Conservatoire, de la musique concrète ?

Non, pas vraiment… L'idée de trafiquer les voix était d'utiliser tous les paramètres physiques qui constituent le timbre, d'utiliser la voix comme un instrument électronique, mais d'une manière naturelle.

Justement dans " Il pleut ", on a l'impression que tu utilises ta voix pour la faire sonner comme des gouttes de pluie... Idem dans " I wanna be your dog ", où ta voix ressemble à un aboiement.

Sur l'album, il n'y a pas un seul effet qui se répète… Que ce soit dans " Il Pleut ", " I wanna be your dog " ou " Secret ", chaque effet est adapté au morceau. Mais en même temps, la voix peut être très sèche, par exemple dans " To the dancers in the rain ", où il n'y a aucune reverb. C'est aussi important que la voix soit parfois brute, naturelle.

Pour en revenir au Conservatoire, cette démarche fait un peu penser à celle de Karlheinz Stockhausen et de son fameux " Gezang der Jünglinge ".

C'est sûr qu'il y a un lien. Cette oeuvre m'a beaucoup marqué, parce qu'il y a ces voix d'enfants et ces bruits de cloches qui s'entremêlent, il y a un véritable travail sur le spectre. C'est ce que j'ai essayé moi-même de faire ressentir dans " Chanson de Toile ", avec ma voix qui se transforme en flûte ou en violoncelle. A cet égard, c'est sûr qu'on peut dire que " Gezang der Jünglinge " a été une vraie révélation.

On sent clairement chez toi un impressionnant bagage musical ! On suppose donc que la structure musicale vient avant le reste.

Je ne fais pas vraiment de différence entre le texte et la musique, parce que pour moi le texte fait partie de la musique. Le texte possède des consonances et des sonorités qui mettent en valeur des hauteurs, des mélodies. Je n'écris pas des textes pour dire quelque chose, seulement pour mettre en valeur la musique. La plupart du temps, j'utilise des images, en général très imaginaires… Jamais pour dire ce qui m'est arrivé dans la journée.

Ce qu'on ressent en écoutant ton album, c'est que tout semble fort réfléchi, du début à la fin. Ca a du te prendre un temps fou ! ?

C'est vrai que j'ai passé beaucoup de temps sur cet album, mais j'adore ça ! Je me régale à passer du temps sur mon ordinateur, sur mon piano, à écrire,…

Combien de temps a duré l'enregistrement ?

Trois ans à peu près, entre le moment où j'ai écris les premières chansons de l'album et la finalisation. Mais ceci dit, " Vu d'ici " est un morceau que j'ai écrit quand j'avais 15 ans, mais que j'ai seulement achevé l'année dernière…

Tu chantes à la fois en français et en anglais. Pourquoi passer comme ça d'une langue à l'autre ?

Je ne sais pas. J’a plutôt une culture pop anglo-saxonne. Je n’ai pas grandi avec la variété française, donc forcément, c’est plus naturel pour moi d’écrire en anglais. J’écris comme ça vient, et ça vient d’abord en anglais.

Cette reprise des Stooges, c'est donc un souvenir de jeunesse ?

C'était un peu la chanson culte de la bande de copains que j'avais, qui revenait tout le temps pendant mon adolescence et que j'adore. C'est pour ça que j'ai voulu la reprendre sur mon album.

Cette façon de mixer expérimentation et musique pop est en tout cas la preuve d'un univers personnel atypique. A part ta culture pop anglo-saxonne, est-ce qu'il y a quelqu'un en France dont tu te sens proche ?

Pas vraiment… En ce qui concerne les textes, je serais peut-être marqué par Gainsbourg, mais c'est vraiment bateau parce que je ne suis pas très spécialisé dans ce qui se passe à l'heure actuelle en France. Je travaille davantage l'introspection : sortir ce qui est en moi plutôt que m'inspirer de l'extérieur.

Et au niveau musical ? On a déjà cité Stockhausen, mais on pense aussi à Björk, Leila, Stina Nordenstam, Anja Garbarek,…

Je comprends qu'on puisse rapprocher nos démarches, mais ma musique n'a rien à voir avec elles.

Comment te situes-tu dans l'univers de la chanson, française en particulier ?

Je m'y sens bien ! J'ai l'impression que ce que j'ai essayé de faire passer touche les gens ou du moins certaines personnes… Ca me conforte dans mon rôle musical, ça précise un peu mon idéal musical. C'est important d'avoir des choses à dire, surtout quand on a la chance de parler à des médias qui vont diffuser ces informations… J'ai envie de diffuser un message positif et créatif. Dire qu'on peut faire de la pop, et faire des chansons, et être chez Universal, et le faire comme on veut, du début à la fin.

Comment s'est faite la rencontre avec Perry Blake ? C'était une volonté de ta part de travailler avec lui, parce que tu sentais son univers proche du tien ?

Je l'ai rencontré un peu par hasard dans un concert, une amie en commun nous a présenté et on a commencé à discuter. C'était la première fois que je l'entendais chanter, et j'ai directement senti qu'il y avait vraiment quelque chose à tenter avec lui sur " Graines d'étoiles " et qui pourrait l'intéresser, qu'il y avait une place sur ce morceau pour sa voix. Je lui ai donc proposé, il a bien aimé, et on a enregistré le morceau.

A part cette collaboration, c'est un album 100% Emilie Simon, où tu t'es entourée d'autres personnes ?

Il y a des choses qui ont été partagées ponctuellement, dans un but spécial. Mais sur la longueur, c'est un travail vraiment personnel. David Maas a coécrit " Désert " et " Dernier Lit ". Puis il y a bien quelques instrumentistes qui ont participé, mais surtout au stade final. Quant au mix, il a été fait par Marcus Dravs. On s'entend très bien, on a vraiment formé une bonne équipe, parce que j'avais besoin d'être épaulée à ce moment-là. En fait j'ai vraiment essayé de collaborer avec des gens quand j'en avais envie, besoin, pour des questions précises.

L'aspect de recréation en live est également important.

C'est vrai, mais en même temps j'ai envie en concert de garder l'esprit des chansons, parce que chacune a son univers, ses couleurs. J'essaie de conserver l'essentiel du caractère respectif de chaque morceau, tout en les ouvrant davantage aux instruments, à l'interprétation live. Ca donne finalement beaucoup de liberté, comme si c'était une extension de l'album. C'est un autre éclairage.

Avec ce premier album, Emilie Simon vient d'accoucher d'un petit chef-d'œuvre, qu'elle aimerait sans doute garder jalousement, mais qu'elle nous offre en fin de compte avec bonheur, et humilité. Au moment de la quitter, tout émoustillés par ce sympathique échange, nous ne pouvions que nous incliner. Cette jeune fille est charmante. La prochaine fois, c'est sûr, on lui apportera des fleurs.

 

 

Tété

En toute intimité

Écrit par

Natif de Dakar, Tété a entamé ses aventures musicales à Nancy ; mais il a reçu l'illumination le jour où il a découvert Keziah Jones. Imposant en douceur un style tout en charme et en rondeur acoustique, il s'affirme depuis comme un des plus sûrs espoirs de la nouvelle scène française. Mais, connaissez-vous Tété ? " L'air de rien " (NDR : le titre de son opus précédent), il distille ses mélodies envoûtantes sur des paroles poétiques, mais aussi parfois drôles. Tête-à-tête avec un autodidacte à la voix chaude et douce.

Pourquoi avez-vous fait le choix d'utiliser une guitare folk ?

J'ai eu ma première guitare à 15 ans, et je crois que continuer à utiliser cet instrument plus que n'importe quel autre, c'est aussi me l'approprier. Je veux dire par-là que j'aime bien l'idée de me balader partout avec, et musicalement de pouvoir transposer le son de la guitare sur tous les morceaux ou presque. La guitare folk est pourtant un instrument qui ne permet peut-être pas autant de souplesse qu'une guitare électrique, mais c'est le choix que j'ai fait.

Vous aimez le hip-hop. Pourquoi ne pas avoir choisi cette voie ?

Parce que le hip-hop est un langage en soi, et que je serais bien incapable d'en faire. Et puis la seule manière d'apprendre la musique était, selon moi, de passer par la guitare. Ecrire et chanter du blues est aussi ce que j'aime faire par dessus-tout, parce que le blues, au sens littéral du terme est un sentiment universel, que j'aime exprimer. Chanter de cette manière, parfois en donnant l'impression de " pleurnicher " dans le micro est une réelle catharsis pour moi.

A qui est destinée la chanson " Une bonne paire de claques " ?

En l'occurrence elle était destinée à quelqu'un en particulier, mais je pense à des thèmes plus généraux. Autrement dit, cette chanson est dédiée à l'arrogance, et disons que c'est une chanson " défouloir " !

Vos textes sont très poétiques. Qu'est ce qui vous inspire dans ce mode d'expression ?

Disons que les thèmes que j'évoque sont en soi poétiques. J'aime bien traduire la nature, en filigrane. La mélancolie aussi, je trouve cela plutôt joli ; c'est un état que j'aime. Les rencontres humaines m'inspirent aussi beaucoup. Mais parfois j'opte aussi pour l'humour, moins poétique mais qui me permet d'exprimer des sentiments, avec pudeur.

Vous évoquez le Canada dans l'album " A la faveur de l'automne ". Qu'aimez-vous de ce pays ?

Les rapports humains me semblent différents ; ils me paraissent plus simples. La notion d'espace aussi est très importante pour moi. J'ai vraiment l'impression qu'ils sont moins " les uns sur les autres ". C'est vraiment un pays que j'aime beaucoup, et où je me sens bien. Le Canada me paraît vraiment être un pays très ouvert