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Caleb Nichols

Ramon

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Il y a quelques années qu’on avait plus entendu parler de Caleb Nichols. La dernière fois, c’était en 2009, lors de la sortie du dernier album de Port O’Brien, groupe au sein duquel il se consacrait à la basse. Depuis lors, après s’être lancé dans des études de littérature américaine, il a enseigné et travaillé dans une librairie. A côté de ces activités, il n’a cessé de publier des poèmes et autres écrits engagés qui ont reçu un accueil favorable.

Le Californien revient donc à la musique en proposant son premier elpee solo, paru chez le label mythique Kill Rock Stars. Sur « Ramon » qu’il qualifie d’‘opera queer rock’, Nichols raconte ses aventures de figure queer, porte-drapeau de la scène LGBT californienne à travers les personnages de Mean Mr.Mustard et de sa sœur Polythene Pam. Joli clin d’œil aux Fab Four ! C’est d’ailleurs un fan des Beatles ; ainsi ses chansons sont manifestement hantées par McCartney. Mais aussi Elliott Smith. Le premier pour la voix. Le second pour le style folk/rock DIY. « Ramon » et « Listen to the Beatles », en sont certainement les plus belles illustrations. Encore que sur « Dog days », c’est le spectre de l’illustre Daniel Johnston qui se met à planer.

Impossible de rester de marbre à l’écoute des mélodies particulièrement efficaces torchées par Nichols, a l’instar de l’incroyable « Run Rabbit Run ».

Enfin, tout au long de cet opus, il a le bon goût d’alterner ballades acoustiques (« Captain Custard ») et plages plus rock (« She’s the Beard »).

Une œuvre qui mérite de figurer auprès de la discographie d’Elliott Smith sur Kill Rock Star…

Les Gens d'Ere 2022 : dimanche 31 juillet

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Troisième volet de la trilogie. Si durant les deux premières journées, la chaleur était supportable, elle est devenue aujourd’hui quasi-caniculaire.

Votre serviteur se rend en backstage pour réaliser une interview de Cali. Motif ? La sortie de son nouvel opus en octobre. Vous retrouverez celle-ci prochainement dans les colonnes de Musiczine.

Le timing est serré. Pas moyen de rencontrer Stéphane, une jeune artiste suisse, découverte, il y a peu. Il est fort à parier que son nom risque de faire la une dans quelque temps. Quoiqu'il en soit, une interview devrait également lui être consacrée prochainement. Affaire à suivre...

Il est environ 17 heures lorsque votre serviteur file vers la scène couverte. Non pas pour s'y mettre à l’abri, mais pour y assister au set de Delta, un duo bruxellois réunissant Benoît Leclercq et Julien Joris. Ils militaient auparavant chez Meridians.

Le tandem a choisi la langue de Voltaire pour les paroles de ses chansons.

« Héréditaire » et « Le verre de trop » les ont propulsés au sommet des charts au point de les révéler. Certains des textes sont d’ailleurs signés par un Jali en forme.

Les compos se distinguent par leur aisance et leur fluidité mélodique, définissant les contours d'une approche radiophonique. Le public s'approprie certains titres, comme ce « Notre ADN » où les voix masculines se conjuguent parfaitement.

Se nourrissant de folk et de pop, Delta ‘plane’ au sein d’un environnement sucré, chaud et limpide, quelque part entre Coldplay, Souchon et Goldman. Soit un produit très populaire.

Les titres son éminemment propulsés par le besoin de conquérir un prisme le plus large possible. Ce qui donne un résultat, parfois un peu mièvre et linéaire, configuré sous la pression des maisons de disque et ce malgré quelques mélodies pop accrocheuses.

Direction la scène ouverte. Votre serviteur se plante au niveau du crash. Il y a plus de confort visuel, d'autant qu'aucune consigne n'est donnée aux photographes qui souvent doivent déguerpir dès la troisième chanson terminée.

Alors qu'il venait juste de finir de pioncer lorsque l'entretien s'est déroulé, l'ami Cali a repris ses esprits. Il est fringant comme un gardon.

C'est une valeur sûre ! Ses concerts sont toujours très animés, le chanteur communiant systématiquement avec ses disciples.

« Elle m'a dit » donne le ton de ce qui sera un entrelacs de fougue et de sincérité. Un titre qu'il dédie à son amie Dani, décédée le 18 juillet 2022.

La chanson à peine achevée, le troubadour de la chanson française commence à manifester une envie irrésistible de jouer avec le public.

Dopé (à une substance psychotrope ??), le chanteur/amuseur ne cesse de faire le pitre durant le live et ce pour le plus grand bonheur des fans ébahis ! Grimaces, gestes amicaux, regards insistants accompagnent le gai luron lors de la seconde compo, tout aussi tonitruante, « Hey les amoureux ».

Ce qui devait arriver, arriva. L'homme taillé comme un gringalet se hisse sur le frontstage, prend un élan, et s’abandonne au crowdsurfing pour entamer une danse du diable perché dans les airs. C'est un passage obligé chez lui et ce soir ne fera pas exception à cette règle, qui semble-t-il, est immuable ! Le tout sans perdre de souffle ! Pas mal pour un gars qui a la cinquantaine passée... Heureusement pour ceux qui l'ont soutenu, le casse-cou doit à peine faire cinquante kilos, tout habillé !

Repoussant ensuite les principes des règles de sécurité, l'artiste dynamise un peu plus le spectacle et invite toute la presse à monter sur le podium devant un parterre de quelques milliers de personnes pour immortaliser le souvenir d’une photo de famille puissance mille.

Sa réputation de personnage complètement déjanté est largement méritée.

« Lâche pas », titre ‘guest’, en attendant l'album "Ces jours qu'on a presque oubliés", figure dans la setlist, histoire de voir comment ce nouveau format est perçu. Un livre ouvert dans des moments forts vécus auprès des êtres chers, des femmes essentiellement, parties, quittées, envolées… Mais chuttt, impossible de dévoiler quoi que ce soit maintenant, les curieux devront attendre la mi-octobre pour se faire une idée du contenu.

Quoiqu'il en soit, examen réussi avec grande distinction ! Dans l'attente, il invite le public à aller voir le clip. Faut bien attiser la curiosité non ?

Histoire de satisfaire les grabataires, il a sorti de ses tiroirs poussiéreux une vieille chanson « C'est quand le bonheur ? », issue de l'album « L'Amour parfait », paru en 2003. Mais au fond Cali, c'est quoi le bonheur ? Une compo qui va fêter ses vingt piges et pourtant elle n’a pas pris une ride !

Enfilant les tubes, le Toulousain, expose et s'expose à travers le prisme de sa vie, ses amours, ses attentes et ses envies.

Livrant tour à tour des musiques simples, mais accrocheuses, il a pris le parti de choisir ses mots avec une grande délicatesse afin de décrire intelligemment et sincèrement les maux de la vie et la difficulté d’aimer aujourd’hui. Au fond, Cali, n’est-il pas préférable de ne pas aimer plutôt que ne plus aimer ? A méditer...

Le champ du possible de ce grand Monsieur est illimité. Véritable touche-à-tout, Cali multiplie ses engagements, tant dans l’univers du théâtre, de la poésie, de la littérature et, bien évidemment, de la musique.

Bruno Caliciuri, à l’état-civil, est un être doué d’un charisme exemplaire et un humaniste engagé ! Sans oublier, un homme d’exception !

Un fan, accroché au premier rang, vêtu d'un training de couleur bleue et coiffé d'une casquette, est invité à monter sur l’estrade. C'est son anniversaire ! Et dans une cohue indescriptible, le peuple est invité à fredonner le rituel ‘Joyeux anniversaire’. L'homme s'en tire bien, timide au début, il finit par s'apprivoiser l'espace. Si bien, que Cali lui permet de rester sur le podium pour l’accompagner dans le refrain de la chanson qui suit.

Le set se termine doucement. « Je dois encore vivre », titre rocailleux, met en exergue des guitares dans un esprit pop anglo-saxonne.

« 1000 cœurs debout » sonne le clap de fin. Un moment qui permet au drummer de se lâcher comme jamais et d'extérioriser toute sa technique de frappe. Une page se tourne, mais des pages entières restent à écrire...

Putain, quel moment de grâce ! Un concert à revivre en replay encore et encore...

Un autre artiste qu’il ne fallait surtout ne pas manquer, c'est Mustii. Avec deux ‘i’ insiste-t-il. La scène est très joliment décorée façon vintage et bariolée d'inscriptions ‘My generation’, ‘Free’, ‘A miracle’, etc. Une grande horloge y est même accrochée. Mais pas d'aiguilles, juste l'inscription ‘MUSTII’. Faudrait pas qu'on l'oublie celui-là...

Homme de scène, c'est vêtu d'un ersatz de peignoir à capuche de style ‘Boxer’ et chaussé de lunettes de soleil, qu'il s'avance. A moins que ce ne soit tout simplement la nuisette de bobonne...

L'intro passée, histoire de faire monter la pression, le jeune homme, entame la chansonnette par « It's Happening Now », titre éponyme d'un second album particulièrement réussi et qui a fait couler beaucoup d'encre sur le site de Musiczine.

Une composition qui prend un sens particulier aussi, puisque le jeune artiste belge y conte l’histoire de son oncle, Michel, atteint de schizophrénie et décédé il y a une dizaine d’années après une longue souffrance psychologique. Dont acte !

Si l’elpee précédant surfait plutôt sur les nappes de synthés, ici ce sont les guitares qui règnent en maître. « Alien », « New Becoming » et « Run For Your Friend », livrés à la queue leu-leu, confirment les contours rugueux du style musical.

Une musique de mec pour les mecs qui en ont dans le falzar !  Des chansons brutes qui signent un retour aux sources et à l’enfance.

Dans un versant plus électro, « 21st Century Boy » contraste avec des relents pop électro enivrants et légers. Une compo qui s’apparente à une caresse apaisante et valorise davantage la puissance vocale du blondinet platine.

Au fil des années, Mustii est parvenu à tirer parti d'une maturité en progression constante. Si l’aspect pop subsiste en filigrane, il semble assumer davantage les références rock, new-wave tout en adoptant un son plus électrique. Ce qui donne un résultat singulièrement riche et vivifiant. Un genre qui lui va comme un gant.

Acteur, auteur, compositeur et interprète, le Belge surprend. Par la musique, la vitalité, la communion, la générosité et l'expression sonore.

Le show est rythmé par son art à maitriser les mouvements ! Dans une forme olympique, le gaillard ne cesse de courir et d’interagir avec les spectateurs, lorsqu'il ne s'improvise tout simplement pas acrobate sur les montants du chapiteau (ou plutôt du ChapitO). De quoi donner des frayeurs aux assureurs...

Grâce à son physique de jeune premier, il semble trouver auprès des gonzesses une certaine empathie.

Thomas Mustin maîtrise parfaitement les codes de la scène, c'est indéniable. Ses prestations sont toujours extrêmement théâtralisées, stylisées et millimétrées. Mais en jouant un personnage à outrance, ne risque-t-il pas de dénaturer l’âme du show ? Même, s'il s'essaie à garder une certaine spontanéité, il s'installe malgré tout dans la chorégraphie, laissant trop peu de place à l'intuition et à la liberté d'action. C'est vraiment dommage !

Soudain, Thomas lance un appel à travers « Give me a hand », un morceau caractérisé par son refrain entêtant. Une chanson fédératrice, imprimée sur un tempo entraînant. Une manière délicate d'entamer cette quête ultime de rédemption en vue d’exorciser ses vieux démons. Puisse-t-il y parvenir enfin !

Responsable de chansons intelligemment réalisées, interprétés et soignées, l’excité de service prend les rênes de cette soirée en s'imposant. Il se dévoile pour la seconde fois aux Gens d'Ere lors d’un concert d'une rare intensité.

En quelques années seulement, le répertoire de Mister Mustin s’est enrichi. Entre rock et clubbing ses compos sentent bon la vie et l'urgence. Ce gars est littéralement taillé pour la scène !

Caractérisé par son tempo frénétique, « Skyline » souligne une quatrième de couverture réussie, signant au gros marqueur noir ce qui a toujours été une évidence : Mustii est un artiste à part entière.

Même s'il se détache difficilement des poncifs du genre, il acquiert ses lettres de noblesses en dispensant une musique qui plaît parce qu'ambassadrice de bonne humeur.

Mustii, caméléon s'adapte et s’enivre de tout ce qui l’entoure. Cheville ouvrière du touche-à-touche, ce soir, il a été parfait.

Le soleil prend doucement la poudre d'escampette. Le vent souffle comme pour effacer tous ces souvenirs. Christophe Maé s'invite.

Icône de la pop et de la chanson française ‘un peu facile’, ses albums revêtent des couleurs assez différentes, oscillant du blues à la soul en passant par le jazz.  

Après quelques minutes d’écoute, sa voix rauque commence à casser les oreilles de votre serviteur. En outre, le show est mielleux et linéaire. La dynamique qui, jusque-là, s’était installée, est rompue.

Maé chantait « Il est où le bonheur ? ». Pour votre serviteur, il n’est certainement pas ici !

Trois jours aux Gens d'Ere et des étoiles pleins les yeux, l'édition 2022 a une fois de plus tenu ses promesses.

A l’année prochaine !

(Organisation : Les Gens d’Ere)

Delta + Cali + Mustii + Christophe Maé

(Voir aussi notre section photos ici)

Suikerrock 2022 : vendredi 29 juillet

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Changement de site pour cette nouvelle édition. On passe de la grand place (conviviale mais exigüe) à une véritable aire de grand festival, au pied de la raffinerie tirlemontoise. Après le concert de Zucchero la veille (NDR : quand on vous parle de sucre…), et ceux de Chemicals Brothers et Tom Jones, les deux jours suivants, place à une belle affiche bien rock, ce vendredi soir.

L’organisation s’est bonifiée, elle aussi. Dès la sortie de la gare, des navettes de bus permettent de rejoindre le site en une dizaine de minutes. On appréciera la gratuité des parkings et de ces bus, comparé à des festivals de grande ampleur, comme Werchter. Le nouveau site est impressionnant. Une première découpe met en exergue une grande roue illuminée et une scène sur laquelle les DJs et clubbers se succèdent (c’est devenu à la mode) et où un bon tiers de la foule se masse en permanence. Sur la deuxième, kots de nourriture, boissons, et autres stands des sponsors attirent aussi la foule, et proposent notamment des places assises. Et enfin, tout à gauche, se dresse le podium sur lequel trois groupes vont se succéder ce soir.

Cette soirée débute peu après 20 heures par Therapy ? ‘What else ?’ serait-on tenté d’écrire, tant les fervents Irlandais ont le don de mettre le feu aux planches et l’ambiance dans la foule, toujours le sourire aux lèvres et en balançant leurs traditionnels riffs noisy. C’est par « Nausea », single d’ouverture d’un de leurs premiers albums (NDR : « Nurse » sorti en 1992, qui recèle aussi le single « Teethgrinder » joué aussi ce soir), que le band ouvre les hostilités. Très vite, et tout particulièrement dès « Stories », l’ambiance monte d’un cran (et ne redescendra plus). ‘We help each together’ insiste le leader Andy incitant l’auditoire à reprendre les refrains en chœur. La reprise de Joy Division, « Isolation » puis « Diane », à nouveau scandé par la foule, peut le conforter. Au beau milieu de « Potato Junkie », les comparses du drummer lui demandent :  ‘Nell, let drum like a motherfucker’. Et aussitôt il s’exécute à travers un solo de batterie. Les singles s’enchaînent et le set s’achève en force par « Die laughing », « Nowhere » et « Screamager » avant que le band ne recueille une salve d’applaudissements méritée.

White Lies est une formation rompue aux festivals, en Belgique. C’est donc avec plaisir qu’on la retrouve dans un cadre (un peu) plus restreint. Même recette pour eux aussi, Harry déboule tout sourire comme un jeune premier sur le podium. Et le combo attaque directement par son plus grand tube, « Farewell to the fair ground », enchaînant par les envolées de « There goes our love again ». Avant de traverser une période au cours de laquelle il s’égare dans la banalité, illustrée notamment par les titres issus du dernier opus sortis en 2022. « Am I really going to die » et « I don't want to go to Mars » passent plus difficilement, peut-être aussi par manque de recul par rapport à ce récent elpee. En fait, bien que toujours agréable à écouter sur disque et à voir en concert, le band londonien a toujours du mal à nous épater, à faire sortir l’une ou l’autre étincelle de ses concerts. A l’instar du final « Bigger than us » ; car il aurait été préférable qu’il soit transcendant plutôt que bien maîtrisé.

‘The Circus never dies’ scandait quelques heures plus tôt White Lies. On serait tenté d’utiliser le même slogan pour qualifier les prestations de The Sisters of Mercy. Qu’écrire encore sur un band qui n’est plus que l’ombre de lui-même depuis bien longtemps. A l’image des deux guitaristes multipliant les longues poses et autres mimiques durant le show ; et qui nous font regretter les originels Wayne Hussey et Craig Adams. Pourtant, ce soir, l’ensemble de la prestation est moins catastrophique qu’à l’accoutumée. Comme c’était déjà le cas lors des deux récentes soirées à l’Ancienne Belgique, des titres inédits vont étoffer la set list. Et presque faire oublier que le dernier des trois albums studio date de plus de… 30 ans ! Le ténébreux leader Andrew Eldritch semble de bien bonne humeur multipliant les interventions auprès du public. Et si elles sont brèves, c’est plutôt rare dans son chef. Sa voix ne semble plus défaillir, remballant même son backing vocal à un moment de la soirée. Ce qui confère un caractère un peu plus sympathique et enjoué au show. Même s’il valait mieux être dans les premiers rangs pour s’en apercevoir. Car les traditionnels fumigènes et lumières sombres lardés de spots projetés depuis l’arrière de l’estrade n’offrent que peu de visibilité. Était-ce une exigence du groupe ? En tout cas, aucune image vidéo n’est diffusée ; dès lors, les écrans géants ne projettent que des images sans intérêt tout au long du show (NDR : des extraits de mangas et séries B des années 80). Au niveau de la set list elle ne varie guère des autres dates de cette tournée. On épinglera la trilogie « Alice », « Giving ground » et « Marian » en interlude qui réveille le public et déclenche quelques pogos au sein du noyau dur des fans, dans la fosse. Une large place est laissée au troisième opus (NDR : « Vision Thing », le moins bon des trois, selon l’humble avis de votre serviteur), qui souffre d’accès plutôt métalliques, dont « More », « Doctor Jeep » et « Detonation Boulevard ». En final, l’inévitable « Temple of Love » puis « This Corrosion » déclenchent les derniers pogos. Le public, composé largement de milliers de fans quadras (voire quinquas), toujours conquis d’avance, semble avoir apprécié un show moins pathétique que de coutume.

(Organisation : Suikerrock)

THERAPY ? + WHITE LIES + THE SISTERS OF MERCY

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Les Gens d'Ere 2022 : samedi 30 juillet

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Seconde journée aux Gens d'Ere. Les conditions climatiques tiennent leur promesse. Le ciel est d'un bleu azur. Ce qui semble plaire au public qui préfère la bronzette sur les transats installés partout sur le site. Il y a comme un air de Saint-Trop', le côté prout-prout en moins. Car ici pas question de se prendre au sérieux, la détente est au centre des débats.

Cette seconde journée est essentiellement placée sous le signe des covers. Pour schématiser, c'est le terme employé lorsqu’un groupe réalise une nouvelle version d'un morceau obtenue à partir d'un original.

Ce genre de groupes fleurit. Si certains font preuve d'une technique musicale affutée, d'autres jouent comme des ‘clettes’. Mais, vu la notoriété du festival, les artistes qui se produisent font largement partie de la première catégorie.

Coverqueen s'est désisté la veille au soir pour cause de maladie au grand dam d’une bonne frange qui a fait la file uniquement pour assister à cette prestation. De source sûre, il semblerait que l'origine de cette défection soit plutôt fallacieuse... Mais, on n’est pas ici pour balancer !

Que le peuple se rassure, Achtung Babies prendra le relais. Il s'agit d'un des meilleurs groupes de reprises. Foi de festivaliers, la prestation qu'il va livrer pourrait rendre jaloux Bono himself.

La soirée s'est terminée par le mythique Mister Cover. Un band qui nous bassine les oreilles depuis des années en refourguant les mêmes chansonnettes à deux balles. Bref, même si c'est à vomir, ça attire du monde. Tant mieux pour les organisateurs. Et pour ceux dont la curiosité musicale s’arrêté à NRJ ou Radio Contact. Dont acte !

Aussi, le seul désir de votre serviteur sera la prestation de Lemon Straw, une formation drivée par le charismatique Gianni Sabia.

Le gars, longs cheveux huileux, poils sur la face, est plus en forme que jamais alors qu’il achève une tournée de plusieurs mois.

L'origine du patronyme est relativement iconoclaste. Lemon Straw pourrait se traduire par une paille et un citron. Celle-là même que Gianni servait quand il vivait à New York et travaillait dans un bar pour vivre. C'est aussi là-bas qu'il a vécu ses premières expériences scéniques en chantant des reprises dans le métro ou en rue.

Ce soir, il est accompagné par Grégory Chainis (basse), Boris Lori (Steel) et Martin Moreau (batterie).

Sabia a failli voir ses rêves se briser en 2017, suite au départ du claviériste Xavier Bouillon (qui avait lui-même déjà remplacé Renaud). S'ensuit une période de doutes et de remises en question. L’idée d’un projet solo a même traversé l’esprit du frontman.

L'arrivée de Greg (on a pu le voir au sein de plusieurs groupes qui sévissent dans la région) et de Martin (Minga Wash, Feel) a vraiment permis au combo de prendre un nouvel essor et d'insuffler une nouvelle énergie dans l'orientation musicale.

Boris est coiffé d’un béret à la Bourvil. Il est assis, guitare steel sur les genoux. Parois, il cale un harmo entre les lèvres.

C'est par un « I can't blame you » que les festivités commencent. Un titre issu d'un dernier LP intitulé « Puzzle », paru début mars 2020 ; soit juste avant le premier confinement. Et les confinements successifs ont malheureusement pesé sur la promotion de ce format.

« What's going » prend le relais. Une compo qui permettra au leader, gratte noire en bandoulière, d'explorer toute l'ampleur de ses vocalises chaudes et puissantes. Un instrument qui représente le prolongement de son âme. Une compagne, non pas en chair et en os, mais en bois et en nylon.

Martin est dans une forme resplendissante. Il se murmure qu'il ne va pas tarder à se mettre torse nu. « Out of time » s'immisce alors dans les portugaises des aficionados. Un single imparable issu de « Running Home », un disque constituant un virage important dans le line-up du combo par rapport au premier essai (plutôt réussi) « See You On The Other Side ». En tout cas, une prise de risque qui n'a pas désarçonné les fans de la première heure.

Perlant de sueur, le drummer n'a d'autres choix que de se désaper le haut de son anatomie pour laisser entrevoir un corps sculpté comme un Dieu. Et sous le feu des cris orgasmiques des pucelles présentes en nombre et de quelques mâles déjà bien imbibés (rappelez-vous, il fait chaud).

Hanté par une carrière professionnelle à l'usine dont il se sait à jamais éloigné, l'Italien se déchaîne. Il frappe ses cordes hargneusement et avec une conviction profonde. Entre folk, rock, blues et pop, sa musique reste sans doute le meilleur exutoire pour oublier les affres du passé.

Il s'agit de la dernière date de la tournée. Une parenthèse qui lui permettra de préparer l’enregistrement d’un nouvel elpee. Profitant de ces derniers instants de gloire, la formation donne ce qui lui reste d’énergie et l'offre en guise de cadeau au public fidèle depuis les premières heures.

Un set taillé dans le rock ! « Kick Me Out » permettra à Boris de sortir de sa léthargie. Harmonica en bouche, il livrera une prestation haute en couleurs. Chapeau bas (ou plutôt béret bas) !

Les titres s'enchaînent sans laisser de temps mort. « Which Side Are You » et son versant rock et rageur vient renforcer un peu plus encore cette atmosphère électrique.

Le show tire doucement à sa fin. Malheureusement ....

Le puissant « Run » sera la cerise sur le gâteau lors d’un bridge acoustique avant de reprendre de plus belle en fin de morceau, démontrant une fois encore le côté fédérateur du combo.

Un show du tonnerre.

Dommage que des titres plus gracieux comme la chanson éponyme du premier LP qui raconte une histoire sur l’amitié, n'ait pas été interprétée. Une compo qui figurera aussi sur l’album paru en 2015, mais en bénéficiant d’arrangements plus soyeux. Une ballade douce et amère écrite pour l'arrangeur et musicien multi-intrumentiste bruxellois Renaud Lhoest (Yann Thiersen, Pierre Rapsat, Dominique A), parti trop tôt (en 2014) des suites d'une longue maladie dont il souffrait depuis longtemps.

Son âme planait quand même quelque part aujourd'hui aux Gens d'Ere. De là où il est, il est peut-être fier du chemin parcouru par son ami de longue date.

(Organisation : Les Gens d’Ere)

Achtung Babies + Mister Cover + Lemon Straw

(Voir aussi notre section photos ici)

Les Gens d'Ere 2022 : vendredi 29 juillet

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Ce qui n'était qu'un prétexte à faire la fête entre quelques amis du village est devenu aujourd'hui un événement qui dépasse les frontières de cette petite bourgade de la région de Tournai.

Aujourd'hui, Les Gens d'Ere sont devenus... légendaires ! Chose peu commune, cette confrérie a su garder cet esprit de simplicité et de camaraderie propres à sa culture. Ici, pas de chichis : un stand VIP réduit à sa plus simple expression, des pintes à seulement deux euros et une équipe de bénévoles passionnés qui œuvrent dans l'ombre depuis plusieurs mois déjà.

Pour cette énième édition, le site est plus aéré. Deux scènes se côtoient, l'une couverte baptisée ‘La ChapitO’ (avec un grand O svp !) et une autre outdoor, ‘Plein Ere’. Elles proposent en alternance un line-up cohérent, laissant aussi quelques minutes à la horde de festivaliers pour se frayer un chemin de l'une à l'autre sans devoir essuyer les coups de coude. Un détail qui peut se révéler réconfortant !

Si le soleil est effectivement au rendez-vous, il a l'intelligence, cette année, de nous épargner de ses rayons. Il fait bon vivre, de quoi se réjouir davantage de ce week-end prolongé.

Gwen Vanzeveren, président des Gens d’Ere et son team ont gardé la formule de trois jours. Pourquoi changer un modèle qui gagne ? La première journée est essentiellement destinée aux (re)découvertes à travers une programmation belge, la seconde est plutôt consacrée aux covers et enfin, celle qui clôt le festival touchera un public plus éclectique. Quoiqu'il en soit chacun y trouvera son compte !

Votre serviteur met le cap, en cette fin d'après-midi, vers le ChapitO. Ykons s'y produit. Déjà l'année dernière, il avait honoré de sa présence ce bien bel endroit champêtre.

Le groupe liégeois réunit Renaud, Yann, Patrick, David et Ben. Il s’est formé il y a pas mal de temps, mais sous un autre patronyme : 'Can D'. Le succès n'étant pas au rendez-vous, il décide de repartir d'une page vierge et choisit un autre signature.

Ce chemin initiatique se produit en 2019. La formation grave un premier elpee la même année, « Reflected ». L’ascension prend forme. Après quelques dates de concerts, accordés ci et là, elle finit enfin par se forger un nom dans le milieu. On connaît la suite : de nombreux festivals, une reconnaissance médiatique et populaire.

C'est « Sequoia Trees » (un message entre l’homme et la responsabilité qu’il a vis-à-vis de tout ce qui l’entoure), publié en 2020, enregistrant 7 000 passages et plus de 400 000 streams, qui lui permet d’acquérir une aura nationale. Les diffusions radios sont de plus en plus nombreuses. Ykons marque alors l'histoire de la musique, de manière indélébile.

Le quintet revient d'une tournée au Japon où les musicos ont ingurgité des tonnes de sushis. Ils sont manifestement heureux de se retrouver en terre sainte. Et si c'était l'occasion de becter des frites mayo ?

Ils sont habillés tout de noir, ressemblant, à s'y méprendre, à des croque-morts.

Debout face aux floortoms posés devant la scène, le frontman et un de ses comparses prennent le pouvoir en martelant avec force et conviction les peaux, pendant que la guitare post-pop aérienne et légère s’envole et que la basse vrombit dans les frontaux en transperçant les corps plantés devant les barrières.

C'est très vif et entraînant. Le public s'emporte et les muscles, jusque-là statiques, sont pris de mouvements saccadés au gré de cette rythmique un brin poussive. Et s’il s’agissait du syndrome Gille de la Tourette ?

Renaud Godart a marqué là au fer rouge une intro pour le moins percutante.

Il y a chez Ykons une filiation qui brosse de Coldplay à Editors en passant par Imagine Dragons. A la fois auteurs, compositeurs, producteurs et directeurs artistiques, les musiciens communiquent leurs influences dans chacune des chansons. Un mélange hybride qui définit bien la ligne artistique du clan.

Avec des fondements de positivisme et d'une expression sans complexe, chacun joue de manière décontractée, presque à l'intuition, la fluidité du set se révélant une de leurs forces.

Les compos ressemblent à un livre ouvert comme sur "Have a Great Crash", retraçant l’accident dont a été victime le bassiste du groupe.

Grâce à une expression sonore bien dans l'air du temps, le groupe s'approprie les racines du genre et en extrait la quintessence pour accorder une prestation étonnante poussant les uns et les autres à vivre dans cette communion solennelle (Darwin).

C'est techniquement époustouflant, humainement enrichissant et musicalement céleste. Un groupe qui signe le retour à de la bonne musique comme sur ce « Red light », nourri à l’indie-pop et coloré de touches électro.

Il y avait bien longtemps que votre serviteur n'avait pas vu et entendu pareille énergie lors d'un concert. Ykons est parvenu à offrir un show diabolique entre sueur, adrénaline et surprises et a montré qu'il possédait toutes les cartes pour emmener avec lui les plus fidèles dans un tourbillon insensé. Sa seule limite étant l'imagination !

Les plus jeunes se ruent maintenant vers la scène ouverte pour y entendre Kendji Girac, un chanteur et guitariste français, surtout connu pour sa participation à la saison 3 de ‘The Voice’ : ‘La Plus Belle Voix’ en 2014.

Le gars connaît le succès dès son premier titre, « Color Gitano ». Il a depuis publié quatre albums, dont un ‘live’.

Mêlant astucieusement pop et flamenco, le gitan se présente chemise blanche ouverte, laissant apparaître un torse qui plaît aux jeunes femmes hystériques. Faut vraiment peu pour faire des heureuses !

Quelques secondes suffisent à votre serviteur pour lui dicter l'envie de rebrousser chemin. C'est sans intérêt, insipide, incolore et inodore, hormis pour la horde de jeunes pucelles qui se sont entassées, frissonnantes, contre les barrières pour se farcir les élucubrations du gugusse.

En attendant, une grande table se dresse sur l'estrade du ChapitO. On y a posé un tas des platines. Normal, puisque va s’y produire Henri PFR. Un jeune gaillard actif dans le milieu de la musique électronique.

Si, dès l’âge de six ans, il poursuit durant neuf longues années une formation classique de piano et étudie le solfège, c'est véritablement vers l’âge de quatorze ans que le jeune Henri commence à s'orienter vers la musique électronique.

Si le genre ne séduit a priori pas votre serviteur, il est important de s'ouvrir à toute forme de culture musicale. C'est donc derrière l'ingé son, au milieu, qu’il se plante. Faut dire que l'abri est plein à craquer, toutes générations confondues d’ailleurs.

Surnommé ‘le petit prince des platines’, il s’est imposé comme la nouvelle sensation de la scène électro made in Belgium.

Mais pas que, puisque ses titres l'ont amené à s'ouvrir vers l'international. Aujourd'hui, il se transporte au gré des festivals ; depuis Tomorrowland, où il revient chaque année, en passant par l'Ultra Music, Lollapalooza et même Electroland, à Disneyland.

Aux Légendes d'Ere, l'artiste tient ses promesses. Un show dynamique et sans concession où la seule constante est la flexibilité de son matériel.

Entre ‘beatmatching’, ‘drop’ ou encore ‘cue’ (des termes propres à ce genre musical), survitaminé, celui qui se produit au-delà de nos frontières, se livre…

Les titres tels que « Flames » ou encore « I love you baby », entre mix et mashup (Abba, Coldplay ou encore les Daft Punk) s'enchaînent à en donner le tournis, au sein d’un décor riche en prouesses pyrotechniques.

Aucun doute, Mister Peiffer était le king ce soir en s'imposant non pas comme nouvelle sensation, mais en talent confirmé.

Une première journée faite de belles découvertes. Que nous réserve la suite ?

(Organisation : Les Gens d’Ere)

Ykons + Kendji Girac + Henry PFR

(Voir aussi notre section photos ici)

Les Nuits Secrètes 2022 : samedi 23 Juillet

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Second round. Pour décor, les Nuits Secrètes ont troqué le ciel nuageux de la veille par un soleil de plomb. Si la veille, le public se cherchait un endroit où s'abriter, il en fait de même aujourd'hui, mais pour chercher un paradis ombré.

Votre serviteur a opté pour une casquette ainsi que des baskets, histoire de se fondre dans la masse.

Ce samedi, l'affiche est peut-être un peu plus éclectique. Ce sera forcément l'occasion d'y faire des découvertes.

Commençons donc par KOKOKO ! Qui ? Oui, vous avez bien entendu : KOKOKO ! Derrière, cet idiome, se cache un collectif porté par Xavier Thomas alias Débruit, et le performeur Makara Bianko.

KOKOKO ! est un projet né à la faveur d’un tournage documentant la scène contemporaine du Kinshasa underground, ‘Système K,’ réalisé par Renaud Barret.

Deux hommes noirs sont plantés au milieu de l’estrade ? Leurs vêtements semblent coupés dans une sorte de toile de jute jaune. L'un est préposé aux percus et l'autre au synthé.

Les ambiances sonores polyrythmiques ont rapidement marqué l'identité unique du groupe. Entre world music et afro beat, les codes musicaux sont relativement impropres à la culture occidentale. Eux-mêmes définissent leur genre sous le vocable de ‘tekno kintueni’ ou ‘zagué’ en lingala.

Leur univers est assez brut et loin des configurations habituelles. Les comparses prodiguent une musique d'une modernité brute et bien loin des chants populaires.

L'univers sonore emporte les jeunes demoiselles qui se déhanchent sans vergogne ; ce qui laisse entrevoir par moment un entrecuisse bien dodu. Une musique exotique proche de l'érotisme donc. C'est chaud et endiablé dans une ambiance qui colle parfaitement à la météo. Mais, la curiosité passée et le plaisir charnel satisfait, le côté linéaire du show devient vite ennuyeux.

Le checksound provenant de la « Station secrète » attire la curiosité de votre serviteur. On y entend une batterie, une guitare et une basse. Soit des instruments aussi rares sur la plaine que les cheveux sur le crâne de Kojak.

Satchel Hart s'y produit. Le public s'est couché dans l'herbe. Substance qu'il consomme joyeusement aussi. Pupilles dilatées, fond de l’œil rouge sang et sourire bêta, c'est dans une ambiance Woodstock que le set s’ébroue.

Le leader est un jeune homme multi-instrumentistes. La légende raconte que c'est seul, dans une intrigante cabane au fond de son jardin, que Satchel Hart met au point sa pop cosmico-sexy.

Il est accompagné de quatre comparses en pleine fleur de l'âge. On dirait des ados boutonneux. L'un deux est armé d’une guitare d'un vert douteux et a enfilé une chemise sur laquelle la mappemonde a été imprimée. Une merveilleuse histoire... de goût ?

Bref, le ‘dress code’ est une chose, la musique, une autre ! Dès les premiers riffs, on est plongé au sein d’un univers psyché revivaliste qui flaire les seventies. Un climat qui colle parfaitement à l'odeur de sapin qui enivre l’odorat, 10 mètres à la ronde.

Relativement lo-fi et élégante, la musique de Satchel Hart communique une certaine plénitude. Surtout sous son angle pacifique.

La voix de velours du frontman est hypnotique, et tout particulièrement sur « Liquid Sunshine », un titre dévoilé l'année dernière qui a permis au Belgo-américain de se faire connaître auprès du grand public. Une compo qui sent bon le mojito et la feuille de menthe ! 

Bref, cet artiste parvient à fédérer en remettant en exergue une pop sulfureuse, mais singulièrement source de tendresse et de douceur.

Deux concerts se produisent au même moment. Votre serviteur doit donc se dédoubler. Go vers l'Eden pour faire connaissance avec Ibeyi. Surprise, il s'agit de Requin Chagrin.

Le combo est drivé par une gonzesse bonde platine. Marion Brunetto. C’est elle qui a fondé le combo. En 2015. Et elle a choisi son animal-totem (un petit requin présent en méditerranée à qui elle s'est identifiée) comme patronyme.

Self made woman, la nana écrit et compose pratiquement tout elle-même. Le line up du band implique également Grégoire Cagnat (basse), Yohann Dedy (clavier) et Romain Mercier-Balaz (batterie).

Si l'orientation artistique lorgne parfois vers une dream pop qui agrège rock californien et noisy-pop anglaise, le set est plutôt énergique. Métronomique, le drumming insuffle un élan à la fois synthétique et onirique.

L'exercice de style est proche de celui d'Indochine. Pas étonnant lorsque l'on sait que Marion, plus jeune, était fan de Sirkis and Co. Mais pas seulement, puisqu’on y rencontre également aussi des réminiscences de Cigarettes After Sex voire de Cocteau Twins ; à cause de ces sonorités de grattes, de cette voix troublante et de ces lignes de basse chaudes.

Caractérisé par ses riffs entêtants et profonds, « Sémaphore », hymne issu du second album, permet à la fille de fédérer un public, resté jusque-là quelque peu passif.

Si ce gentil Requin s'aventure dans une eau trouble, entre mélancolie et puissance frondeuse, son champ musical explore des chansons plutôt pop.

Une parenthèse inattendue qui ravit votre serviteur.

Diamétralement opposé, les loustics de Dropkick Murphys sont parés pour livrer leur set déjanté. Ils sont vêtus de noir et portent des lunettes fumées. On dirait de vieux mafiosos !

Originaire de Quincy, ce groupe de punk celtique américain s’est formé en 1996. Et depuis, il explore un même style musical, fruit d’un cocktail de musique irlandaise traditionnelle, punk hardcore et folk rock. Quelque chose d'assez pluriel dans son ensemble qui a connu une certaine popularité grâce à « I’m Shipping Up to Boston », morceau qui fait partie de la B.O. du film de Martin Scorsese, ‘Les Infiltrés’.

C'est à la fois étrange et curieusement intéressant sur le plan musical parce que des instruments qui, a priori, ne sont guère compatibles, créent un univers sonore particulièrement mélodieux. Une alliance sympatrique à découvrir.

N'en déplaise à certains, la musique de Dropkick Murphys reste très virile tout en tombant vite dans les travers du genre. Davantage propice aux fêtes de la Saint-Patrick, elle tisse un lien festif et bon enfant entre les humains et les genres, entre universalité et infini...

La Station Secrète accueille maintenant Social Dance. Si votre serviteur définit parfaitement la sémantique de chacune des particules, il reste fort interrogateur quant à l'association des deux.

Ils sont trois sur les planches. La trentaine à peine. Faustine, Thomas et Ange vivent et composent leur musique ensemble. Marseillais, les trois amis unis par la musique se définissent comme incarnant l'amorce qui conjure le mauvais sort à coups de pop décomplexée, mutante et parfois absurde.

Le trio vient tout juste de sortir son tout premier single « Parler », au mois de juin dernier, et a joué à fond sur la force de la communication pour le partager.

La demoiselle se charge des claviers. Un des gars se réserve la gratte. Le troisième alterne chant et clavier. Avec pour résultat, une formule hybride où chacun explore les infimes possibilités de son instrument comme le prolongement de soi.

La combinaison offre un résultat assez surprenant. Les sonorités ratissent large : de Talking Heads à LCD Soundsystem. Et lorsque l'électronique et les beats se conjuguent, la filiation à Underworld (NDR : une formation qui a marqué une étape majeure dans l’évolution de la musique électronique au cours des 90’s, par un mélange d'ancien et de neuf, et dont le « Born slippy » est devenu légendaire) s’éveille. Mais on y décèle également et étrangement un petit côté léger à la Rita Mitsouko.

Enfin, difficile de rester de glace face à cette rythmique sortie d'outre-tombe et de ces beats qui rendent fous.

Direction l'Eden, et au galop. Un duo mexicain y est programmé : Rodrigo y Gabriela. A voir la configuration de la scène, le minimaliste sera de rigueur. Et c'est un euphémisme ! Elle est lui sont simplement assis, sèche à la main. Avec une dextérité sans nom, ils pincent les cordes ensemble pour enrober les Nuits Secrètes d'une pointe latine qui sent bon la moiteur de l'été.

Leur jeu acoustique est vraiment très impressionnant. Auparavant, ils appartenaient à la scène trash-metal. Étonnant non ?

Au-delà du caractère technique, le show de Rodrigo y Gabriela devient vite gnangnan. Une dizaine de minutes d'écoute suffit amplement pour faire le tour de la question. Désolé, mais c'est casse-bonbons !

PNL sera le tout dernier concert de la journée pour votre serviteur. Cet acronyme est très éloigné de l'ensemble de techniques de communication et de transformation de soi. On parle d'un festival et non du cabinet d'un psy. Et puis, il s'agit d’un crew de rap français !

S'ils évoluent dans un premier temps chacun de leur côté, Ademo et N.O.S, de leurs vrais noms Tarik et Nabil Andrieu, forment aujourd'hui un duo qui a connu le début du succès en 2015, lors de la sortie d'un premier Ep intitulé « Que la famille », suivi d'un premier album studio baptisé « Le Monde Chico ».

Son patronyme est assez connu dans le monde judiciaire. Le père, ancien braqueur et figure importante du banditisme, a purgé huit ans à la maison d'arrêt de Poissy. Le rejeton Tarik, quant à lui, en a déjà écopé d’une à Fleury-Mérogis, pour trafic de stup. Enfin, espérons que les dérapages du passé soient bien loin derrière eux. Mais, quoi qu'il en soit, je préfère garder mon portefeuille en sécurité, on ne sait jamais, des cousins pourraient bien être venus se faire la main.

Le show s’ouvre par « Deux frères », une vision autobiographique issu d'un album éponyme sorti en 2019. Un hymne courageux dans sa sincérité.

Ce qui impressionne, ce sont les projections sur le grand écran posé à l’arrière de l’estrade. Elles sont très cinématographiques.

Le visuel sera d'ailleurs, en quelque sorte, la pièce maîtresse du puzzle. PNL a ainsi remporté le prix de la meilleure création audiovisuelle lors de l'édition 2020 des Victoires de la musique, pour le clip du titre « Au DD », morceau qui figure sur le dernier elpee. C'est dire ...

Les frangins originaires de la cité des Tarterêts, à Corbeil-Essonnes, sont loin d'être des experts en communication. A ce propos, ils ont toujours mis un point d'orgue à refuser l’exposition médiatique et gèrent eux-mêmes leur marketing, en comptant sur le soutien d’une fan base qui s'enrichit au fil des albums.

Leurs compos sont parfois mélodiques, versus MC Solaar, mais plus dark. Ils décrivent généralement le quotidien de la vie des quartiers sous un angle mélancolique, sans pour autant encourager les jeunes à suivre leurs parcours. Ils y parlent d'argent, de trafic de stupéfiants et de la famille.

Si la figure de style divise le milieu, Ademo et N.O.S apprivoisent le public en proposant aussi des chansons plus douces telles que « A l’ammoniaque » où ils cultivent tout de même cette différence qui fait partie de leur ADN (‘Nous, on est tout l’contraire de Piaf’). Un public ravi qui scande des 'Je t'aime' à la lueur de la lune qui s'est invitée en guet star.

Poétiquement discutable « Onizuka », sur un air down tempo, constitue le socle du cendrier qui permet à Ademo et N.O.S de vider leurs âmes, déçus par l’humanité (‘On n'imagine pas cette vie sans remporter la guerre’).

Que l'on soit réceptif ou non face à ce genre musical dans l'air du temps, il faut admettre que le duo s'en tire bien. Des textes châtiés, à fleur de peau, un flow parfaitement maîtrisé, une projection d'images ciselées et un public fidèle qui s'identifie au travers des compos.

Une belle journée s'achève. La nuit plane sur cette bourgade du nord de la France. Le reste de l'affiche est propice au dance floor.

Les articulations de votre serviteur ne lui permettent plus de se déhancher. Une ribambelle de jeunes, boissons énergisante, à la main se préparent maintenant à veiller jusqu'au petit matin.

Il est temps de mettre les voiles et de rejoindre le plat pays. Mais avec des étoiles plein les yeux…

(Organisation : les Nuits Secrètes)

KOKOKO ! + Satchel Hart + Requin Chagrin + Rodrigo y Gabriela + Dropkick Murphys + Social dance + PNL

 

 

Les Nuits Secrètes 2022 : vendredi 22 Juillet

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Déjà trois longues années que le sol des Nuits Secrètes n'avait pas été foulé par votre serviteur.

Situé dans la petite ville post-industrielle d'Aulnoye-Aymeries, une bourgade du nord de la France nichée au creux du bassin de la Sambre, ce festival est devenu, au fil du temps, une véritable institution et propose un line up de plus en plus solide.

S'il y a quelques années encore, on pouvait se rincer les portugaises sans mettre la main au portefeuille, il faut désormais allonger les biffetons pour obtenir le précieux sésame. Mais, ici, le prix des billets d'entrée sont encore relativement accessibles contrairement à beaucoup d’autres festivals. Les coûts liés aux cachets des artistes et à la sécurité se révélant de plus en plus conséquents, cette politique pourrait prendre un autre visage lors des prochaines éditions.

Pour les moins chanceux (et les plus radins), il reste une poignée d'artistes qui se produisent dans les rues sinueuses de cette ville, théâtre de son événement annuel le plus marquant.

Les Nuits Secrètes fêtent leurs 20 ans d'existence. Les organisateurs n'ont pas fait dans la dentelle. Des nouveautés, il y en avait donc. A commencer par la réorganisation complète. Et un nouvel accès mieux agencé pour permettre d'agrandir le site.

Et qui dit plus d'espace, signifie plus de confort, de tranquillité et de musique évidemment. La programmation a elle aussi été repensée et amorce un virage vers le hip-hop, le rap et l'électro, une tendance empruntée par le Dour Festival depuis quelques années et qui rencontre une certaine hostilité dans la frange de public plus âgée. Gageons que les Nuits Secrètes ne tombent pas dans les mêmes travers.

Les NS misent désormais davantage vers le durable et le circuit court. Les nombreux stands proposent des produits locaux en tout genre. N'y cherchez donc pas du soda pétillant noir, c’est peine perdue…

La main stage a été déplacée, permettant une meilleure visibilité. L’Eden, infrastructure métallique surmontée d'un toit rouge, initialement conçue pour accueillir le pôle régional des musiques actuelles, est également en place. C'est le seul endroit où s'abriter lorsqu’il pleut. Par temps ensoleillé, des brumisateurs permettent de profiter d’un peu de fraîcheur.

Une nouvelle scène trône désormais aux côtés de ses deux petites sœurs, ‘La Station Secrète’, de taille plus modeste. Un autre endroit propose également de diffuser de la musique. Il s'agit de l'’Oasis’, niché à un endroit un peu plus décentré.

Ce qui fait l’originalité des Nuits Secrètes est toujours d’actualité : les parcours secrets, ces lieux insolites découverts par le public de manière fortuite ou encore les Agents Secrets, c'est-à-dire tous ceux qui, postés aux endroits stratégiques, œuvrent pour que les festivités se déroulent sans encombre.

En cette première journée, le ciel est maussade. Pourvu que Dame nature retienne sa vessie. Ce serait une catastrophe pour bon nombre de festivaliers, car pour des raisons de sécurité, les parapluies sont interdits…

Il aura fallu pratiquement trois heures à votre serviteur pour accéder au site : entre manque d'information, absence de fléchage et défections d'accréditation liées au manque de réseau internet, les raisons de déserter étaient plurielles.

Enfin, il paraît que ce sont les aléas de tout événement de ce genre...

Bref, à peine arrivé sur place, force est de constater que la foule est relativement jeune. Trainings ‘Adidas’ et paires de baskets ‘Nike’, on dirait, à s'y méprendre, une compétition sportive. Les casquettes sur la tête sont aussi légion, palettes sur le côté svp. Il faut dire qu'une des têtes d'affiches attire ce type de public.

Direction l'Eden. L’abri est bien rempli. Au loin, les rythmiques électroniques retentissent. Pas vraiment la tasse de thé de votre serviteur. Mais la curiosité le pousse à franchir le pas.

Une gonzesse se tient au milieu de l'estrade. Il s'agit de SHYGIRL. Provocante à souhait, minois pas dégueu, elle semble cacher une certaine pudeur. Son esthétique, aussi bien musicale que vestimentaire, détonne. Elle apprivoise la scène avec une aisance inopinée.

Elle a gravé, il y a maintenant pratiquement deux ans, un album intitulé « Alias » qui a bien tourné dans les boîtes branchées de la cité londonienne.

Très énergique, impétueuse même, elle livre un set étonnant, chargé de beats industriels et féroces.

Nouvelle figure de la scène musicale underground londonienne, co-fondatrice du label NUXXE aux côtés de Sega Bodega et Coucou Chloe, Blane Muise, à l'état civil, pratique une électro mi-sombre, mi-acide sur fond d'érotisme débridé.

Elle a convaincu un public qui ne semblait pas pourtant, a priori, très ouvert à ce genre de lecture musicale. Pari gagné.

Direction la grande scène, pour assister au show de Damso. La foule est compacte. Faut dire que le grand black est une figure de proue de la scène rap. Et reconnaître que dans cette région du nord de la France, sa popularité est incontestable.

Sa musique est inspirée de son enfance, vécue à Kinshasa, ainsi que son adolescence, dans le quartier bruxellois de Matonge, en Belgique.

Actif dans le milieu depuis 2006, il a vu sa carrière véritablement décoller en 2015, lorsqu'il est repéré par Booba.

Lorsque le compte à rebours commence, haletante, la foule sait qu'il reste à peine 10 secondes avant que l’artiste grimpe sur le podium. Une éternité pour certains au vu des cris stridents perçus ici et là par des centaines de jeunes filles prépubères. Probablement en chaleur...

Faut dire que le gus est le rappeur francophone le plus écouté au monde. Son dernier album, « QALF Infinity », paru l'année dernière, a battu des records sur Spotify en comptabilisant seize millions d’écoutes en un jour. Une prouesse impensable pour un artiste belge qui ne fait pas carrière sur le plan international comme son compatriote Stromae, par exemple.

A ‘0’ pile poil, un vaisseau de lumière envahit le podium. Des jets de feu jaillissent de toutes parts. Le spectacle est d'une précision millimétrée. Une prestation digne des plus grands de ce nom.

Le frontman apparaît. Il est le seul aux commandes. Ni musicien, ni DJ à ses côtés. Pas vraiment expansif, il se contente de déblatérer ses chansons ponctuées d'un ‘ok’, forme de mimétisme verbal. Comme s'il s'agissait de la seule manière de s'adresser au public !

Peu importe, l'artiste se suffit à lui-même pour remplir l'espace scénique. Il pioche dans un répertoire dont la palette est particulièrement large, histoire de combler ses fans. Des compos tirées aussi bien de « Batterie Faible », que de « Ispéité » ou encore de « Lithopédion » (Feu de bois). Sans oublier « QALF Infinity » (« Morose », une chanson plus douce). Des featurings, il en sera aussi question, comme cette histoire de « Rencontre » avec Disiz.

Si ses textes sont relativement crus et empruntent de temps à autre des propos sexistes (qui lui ont d'ailleurs valu les foudres du Conseil des femmes francophones), Damso mise avant tout sur l'intensité. Entre un côté rageur et une forme de tranquillité subversive, il cultive une forme de paradoxe. Les aficionados aiment et lui rendent bien en s'exaltant à chacune de ses interventions.

Hormis, les effets visuels et les écrans sur lesquels des extraits de ses clips sont projetés, le concert est resté minimaliste. Mais peu importe, Damso, visiblement en grande forme, a cette capacité de fédérer et d'offrir un spectacle haut en couleurs

Il est 22 heures lorsque le concert s'achève. Il fait nuit noire.

Une première journée qui commence fort. Peu d'artistes découverts, mais d'une grande qualité. Les Nuits sont décidément bien secrètes sur la plaine d'Aulnoye-Aymeries…

(Organisation Nuits Secrètes)

SHYGIRL + Damso

 

Clara Luciani

Mon prochain album sera peut-être gothique...

Qui ne connaît pas Clara Luciani ? Son hit incontournable, “La Grenade”, l'a rendue célèbre en 2019. On sait moins que cette chanteuse française, originaire de Martigues, dans les Bouches-du-Rhône, a obtenu son premier succès radiophonique, en Belgique, bien avant de percer en France. Elle a tenu à rappeler ce lien spécial avec notre pays lors de la conférence de presse, qui s'est tenue à Spa le 23 juillet dernier.

Tête d’affiche de la dernière journée des Francofolies, Clara Luciani a clôturé en beauté le festival en offrant un concert aux accents disco. Une consécration pour l’artiste, qui avait foulé les planches de la petite scène Proximus lors de la dernière édition des 'Francos', il y a 3 ans. ‘Je suis très heureuse d'être de retour ici et c'est symbolique pour moi de pouvoir jouer sur la grande scène ! Pour marquer le coup, je propose une version solaire, dansante et festive de mon répertoire’, explique-t-elle lors de la conférence de presse.

Surfant sur la vague d'un succès phénoménal, la chanteuse garde pourtant la tête froide. ‘Je suis d'une nature très anxieuse. Donc, je regarde ce succès avec lucidité en me disant que c'est vertigineux. J'essaie d'en profiter un maximum mais en gardant à l'esprit que tout peut s'arrêter à tout moment. Là, par exemple, on vient de m'apprendre que j’allais accorder un 3ème concert à Forest-National. C'est hallucinant, ce qui m'arrive. J'ai fêté mes 30 ans il y a 10 jours et je voudrais pouvoir retourner dans le passé pour aller rassurer la petite fille timide que j'étais à l'époque et lui dire : 'Regarde les belles choses que tu vas faire avant même d'avoir 30 ans'. Et surtout, j'ai l'impression de ne pas avoir dû faire de sacrifices pour arriver là où je suis. J'ai eu la chance de tomber sur des gens qui ont parié sur moi à des moments où ma musique ne semblait pas promise à un très grand succès. Par exemple, mon premier Ep (NDR : 'Monstre d'Amour', sorti en 2017) était vraiment très sombre. C'était ma période gothique ! Et bien, il y a quand même des gens qui ont parié sur ça. Ensuite, mon univers a évolué mais personne n'a jamais essayé de m'influencer dans un sens ou dans l'autre. Et heureusement, le public m'a suivie dans mon évolution’…

Très éclectique, Clara Luciani possède des goûts musicaux très larges. ‘Je suis très fidèle en musique. Il n'y a pas une semaine sans que j'écoute les Beatles. Sinon, parmi les sorties récentes, j'aime beaucoup November Ultra (NDR : une chanteuse parisienne à la voix très douce) et surtout Feu ! Chatterton (NDR : Feu ! Chatterton, qui a d'ailleurs mis... le feu aux Francos le vendredi soir).

En évoquant son prochain opus, le troisième, Clara Luciani avoue qu'elle ne sait pas encore quelle direction elle empruntera. ‘Je ne me suis pas encore posé la question. En tout cas, je vais m'éloigner un peu des sonorités 'disco'. Quand j'ai abordé ce style musical, il y avait quelque chose d'aventureux à faire ça, c'était un peu à contre-courant. Aujourd'hui, c'est un peu devenu une mode et moi, la mode, ça m'agace un peu. Donc, j'irai peut-être vers quelque chose de plus intemporel, de plus essentiel. Mon 2ème album avait été écrit dans le mouvement, au fil des voyages, mais là, j'ai besoin de solitude. Je pense que je vais m'isoler dans le sud de la France, dans un endroit qui me reconnecte à mon enfance. Ce sera peut-être un retour à une tonalité plus gothique. Je vais ressortir mon sombrero noir et ma canne ! Tout est possible...’

Au moment de la clôture, les Francofolies affichent un bilan plus mitigé que les autres années. Quelque 130 000 festivaliers ont répondu présents, ce qui représente une baisse de 10% par rapport à 2019. Les raisons de ce léger recul sont multiples : l’affiche très belge, la concurrence entre les festivals, le contexte post-covid et l'explosion du coût de la vie. Les 'Francos' restent néanmoins un festival unique de par l'atmosphère de convivialité qui y règne. Parmi les grands moments, les concerts les plus cités sont ceux de Typh Barrow, Juicy, Peet, Glauque, Charles et Feu ! Chatterton. Nous ajouterons une mention spéciale pour Mélanie Isaac, qui a séduit les spectateurs de la petite scène Bonsai grâce à sa chanson française élégante et racée.

Clara Luciani se produira dans le cadre du festival des Solidarités, à Namur, le 27 août, à Forest National le 25 novembre et en janvier 2023.

Pour plus d'infos sur les Francofolies de Spa, c'est ici

 

 

The Dream Syndicate

Ultraviolet battle hymns and true confessions

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Le claviériste Chris Cacavas (Green, On Red, Giant Sand) a donc rejoint le line up de The Dream Syndicate, qui s’était reformé en 2012, et au sein duquel militent toujours le chanteur/compositeur/guitariste Steve Wynn, le batteur Dennis Duck, le bassiste Mark Walton et le guitariste Jason Victor. En outre, pour enregistrer « Ultraviolet battle hymns and true confessions », la formation a reçu le concours de Stephen McCarthy (Long Ryders) ainsi que du saxophoniste/trompettiste Marcus Tenney.

Début de cette année, la formation avait réédité « Out of the grey », un elpee gravé en 1986, en l’enrichissant de démos, d’inédits, de raretés, de reprises ainsi que de la prise live d’un concert immortalisé, à l’époque, au Rochester à New York. Le tout se déclinant sous la forme d’un box de 3 cds.

« Ultraviolet battle hymns and true confessions » constitue déjà le 4ème long playing studio du band en 5 ans. Et manifestement, sa musique, aujourd’hui, va bien au-delà du Paisley Underground dont il était devenu le chef de file, au cours des eighties, s’enfonçant dans un univers sonore où se mêlent psychédélisme, krautrock, jazz, garage, protopunk, ambient et minimalisme électronique.

L’opus s’ouvre par une boucle de synthés à la Terry Riley, avant d’embrayer par « Where I’ll stand », une plage qui libère déjà une belle intensité électrique.

Baignant au sein d’un psychédélisme feutré, « Damian » est enrobé de chœurs et subtilement parcouru d’effets dub.

Construit sur une trame de sonorités orientales (NDR : un glockenspiel ?), « Beyond control » s’élève dans une forme de psychédélisme atmosphérique.

Toutes guitares dehors (vibrato, pedal steel), « The chronicles of you » est enrichi de cuivres, en fin de parcours.

Une pedal steel que l’on retrouve sur « How to say goodbye », un morceau hanté par le Velvet Underground ; Steve empruntant même les inflexions laconiques de Lou Reed.

« Everytime you come around » réverbère des échos de la trilogie « Low », « Lodger » et tout particulièrement du « Heroes » enfanté par le binôme Eno/Bowie.

Bien électrique, « Trying to get over » est dynamisé par le drumming syncopé.

Un drumming qui devient carrément tribal sur « Lesson number one », une piste dont l’intensité électrique est accentuée par l’intervention d’un violon tourmenté et dont le final est tapissé de cuivres, en arrière-plan.

Atmosphérique et paisible, « My lazy mind » est propice à la méditation.

Rogné de claviers vintage et empruntant un rythme ferroviaire, « Straight lines » passe du garage au psychédélisme débridé, une piste finale qui pourrait servir de dénouement lors d’un set ‘live’…

On en oublierait presque ce sens mélodique presque contagieux rencontré sur les 10 titres de cet opus.

Produit par John Agnello (Madrugada, Sonic Youth, Dinosaur Jr., Buffalo Tom, The Breeders, etc.), constitue probablement le meilleur album sorti par The Dream Syndicate depuis « The Days of Wine and Roses », paru en 1982.

Et si vous souhaitez lire ou relire l’interview accordée par Steve Wynn, récemment, c’est ici.

 

 

Soak

If I never know you like this again

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Soak, c’est le nom de scène de Bridie Monds-Watson, une Irlandaise du Nord qui a publié son premier elpee, « Before We Forgot How to Dream », alors qu’elle venait de fêter ses 18 printemps. C’était en 2015. Le second « Grim town » est paru en 2019 ; et elle nous propose son troisième, « If I never know you like this again ». Enregistré en compagnie d’un groupe en studio, plutôt que par échange de fichiers, comme les deux long playings précédents, ce disque a été mis en forme par Tommy McLaughlin.

Par rapport aux deux essais précédents, « If I never know you like this again » s’avère beaucoup moins minimaliste ; plusieurs compos sont ainsi bien électrifiées. Sans pourtant nuire à ce sens mélodique soigné mais empreint de nostalgie.

Bridie possède un falsetto particulier, reconnaissable entre mille. Mais sur le morceau d’entrée, l’allègre « Purgatory », elle adopte les intonations de Pete Doherty.

Punchy et chargé d’intensité électrique, « Last July » vire rapidement au noisy/rock. Le climat tumultueux, « Pretzel » est tempéré par les sonorités de cordes chatoyantes, cristallines. Des tonalités qu’on retrouve tout au long du long playing.

Le cœur de l’opus nous réserve des compos davantage paisibles, pour la plupart des ballades mid tempo, brumeuses et parfois même hymniques.

Mais le plus intéressant s’invite en fin de parcours. Et à l’écoute du pénultième morceau, on comprend mieux pourquoi Bridie a déclaré que parmi ses influences majeures figuraient Radiohead et Broken Social Scene. « Neptune » nous entraîne au cœur d’une épopée glaciale mais mélodieuse de 7’ qui monte en crescendo et au sein de laquelle on croise des bruits déformés et des percus météoriques, mais d’où émerge, à mi-parcours, une ligne de piano harmonieuse qui trace la voie à une exaltation sonore. Remarquable !

« Swear Jar » clôt ce long playing. Une ballade folk qui s’enrichit progressivement de chœurs presque gospel, d’instrumentation organique et même d’arrangements symphoniques, avant de reprendre son cours acoustique…

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