Benny Sings est un artiste batave, dont le dernier elpee, « Music », paru en 2021, avait reçu le concours de Mac DeMarco,Tom Misch et PJ Morton, entre autres. Il nous revient avec un nouveau single, « The only one », pour lequel il a bénéficié de la…

logo_musiczine

Après avoir publié le spatial et acclamé « Vie future », retour sur terre et même sur ses terres pour Agnès Gayraud aka La Féline, à travers un nouvel album baptisé du nom d’une ville moyenne de province où elle a grandi, Tarbes. De la chanson nourrie à de…

Trouver des articles

Suivez-nous !

Facebook Instagram Myspace Myspace

Fil de navigation

concours_200

Se connecter

Nos partenaires

Nos partenaires

Dernier concert - festival

unsane_soulcrusher_2022_0...
Paradise Lost
Stéphane Reignier

Stéphane Reignier

mardi, 01 novembre 2022 15:44

La face nocturne de Sïan Able

Un accord de piano lève le voile sur une mélodie épurée, Sïan Able erre dans une rue bruxelloise éclairée à la lueur des réverbères.

Sa voix contrastée accompagne la mélodie qui s'intensifie au fil des refrains, c'est frissonnant et envoûtant.

« The Ones Who Don't Sleep » est une ode aux artistes et à l’insomnie.

Inhérentes au processus créatif, les insomnies sont aussi sombres que lumineuses, révélatrices que destructrices.

Pour certains, le sommeil est une évidence, pour d’autres, c’est la quête d’une vie.

Dans ce nouveau single hors de l'espace et du temps, on découvre une Sïan plus transparente, plus sombre, dont le regard se perd dans les abysses de l'irrésolu.

Le morceau est livré avec un clip truffé de références cinématographiques et picturales, qui se révèlent à l'œil au fur et à mesure des visionnages.

En invitant le fantôme de Nina Simone à se saisir de ce titre onirique et mélancolique, Sïan Able plante définitivement le décor de son album à venir.

Laissez-vous bercer par ‘The Ones Who Don't Sleep’ ici

 

vendredi, 28 octobre 2022 10:38

La vie n'est pas une caisse d'épargne !

À mi-chemin entre chanson française et rock, Cali revendique depuis toujours une position d'artiste concerné par les problèmes de la société et du monde et n'hésite pas à s’investir publiquement.

Véritable touche-à-tout, Cali multiplie ses engagements, tant dans l’univers du théâtre, de la poésie, de la littérature que, bien sûr, de la musique.

« Ces jours qu’on a presque oubliés », son nouvel opus, paraît ce 14 octobre 2022 ».

Tout au long de ce nouvel elpee, le troubadour de la chanson française s’expose encore un peu plus en opérant une véritable mise à nu.

Humaniste, mais surtout profondément humain, Cali se confesse avec une sincérité désarmante tout en affichant un bel élan d’empathie.

Il cause finalement de ce qu’il connaît au fond le mieux : lui-même.

Sur ce disque, tu relates des moments forts vécus en compagnie d’êtres chers ; des femmes essentiellement, parties, quittées, envolées. Signaler leur disparition est-il le meilleur moyen de les garder auprès de soi ?

Mon prochain album parle de la disparition des femmes ? Ah bon, je ne sais pas trop... (rires). Elles ne peuvent pas partir ! Tu sais, j'ai perdu ma maman à l'âge de six ans. Pourtant, je lui parle tous les jours. Je lui raconte ce qu'elle n'a pas vécu. Elle est avec moi tout le temps. Même chose en ce qui concerne mon papa. Plus on avance dans l'âge et plus les proches disparaissent. J’ai l'impression que ce sont des anges. Ils sont toujours là, autour de nous, même si nous n'en avons pas conscience. Je ressens le besoin de l’extérioriser, que ce soit dans les bouquins ou dans les chansons.

Mais pour avancer, ne vaut-il pas mieux déchirer la page que de la tourner ?

Non, c'est une erreur ! Les enfants sont toujours là ! Ce sont eux qui tirent le chariot. Il ne faut jamais oublier ce que ces personnes ont laissé. Jamais, je n'oublierai le profond respect qu'avait mon père pour les êtres humains. Je me souviens que lorsqu'il dessinait des maisons derrière son bureau, des gens venaient le voir parce qu'ils étaient dans l’incapacité d’écrire. Il lui arrivait parfois de rédiger des lettres d'amour. Il voulait les protéger tout simplement. Je considère, quelque part, que c'est lui qui m'a montré le chemin. Je reste persuadé que le plus intéressant et le plus important, c'est de tenir la main des êtres humains et d'avancer tous ensemble. Je n'ai pas beaucoup connu ma maman. Mais je sais juste, en regardant sa photo, que c'est elle qui me donne l'envie de sourire aux autres. Tu sais, plus le temps passe et plus j'y pense. Quand on plonge dans l'enfance ou l’adolescence, on se remémore ces moments d'une intensité rare où la vie était devant nous auprès de ces femmes et de ces hommes dont la mission consistait à nous protéger. Lorsque je me réfugie dans ces souvenirs, je me sens préservé. Aujourd'hui, le monde est devenu tellement difficile à cause de ces sacs de chagrin et toutes ces guerres. Quand on était innocent, le cœur disait ses vérités. J'essaie parfois d'aller les chercher. Je ne veux rien effacer

En amour, lorsqu’on se quitte, la plupart des ex sont persuadés avoir perdu du temps en compagnie de cette personne. Et si l’on partait plutôt du principe, qu’au contraire, c’est gagner du temps sur la vie parce que chaque rupture permet d’avoir une angulaire précise et d’affiner ses postulats ?

Purée, j'aime cette réflexion ! Oui, je partage totalement ton point de vue ! Parfois, quand ça va trop bien, j'ai la fâcheuse tendance à me tirer des balles dans le pied. Les blessures permettent aussi de se poser. Je crois que c’est en tout cas la position à adopter en ces circonstances.

Il y chez toi cette volonté de ne jamais abdiquer et de s’enivrer par et dans l’amour et ce malgré ces années qui passent. L’amour est-il le seul intérêt de la vie ?

Oui, bien sûr ! Inconsciemment, j'écris des chansons qui plaisent aux gens. Elles me permettent aussi de tourner. Mais composer, c’est égoïstement prendre du temps pour soi et soigner ses propres blessures. Ce n'est que de l'amour. Que l’on aime ou que l’on soit aimé, il existe cette petite étincelle. Le mal du siècle, c'est la solitude. Quand personne ne t'aime, tu deviens un fantôme qui ne sert à rien. Tu sais, on vit, on meurt. On s'en fout. La vie n'est pas une caisse d'épargne !

L'amour se consomme et se consume aussi...

Oui, tu as raison, l'amour se consomme et se consume. L'amour, c'est comme un cheval, il traverse notre destin, sans savoir où l'on va. Mais, un jour ou l’autre, il faut lui donner à boire. L'amour, c'est pareil, il faut le nourrir. Vivre cette vie magnifique appartient à mes contradictions et mes difficultés. Je ne peux pas être à mille pour cent ni avec l'être aimé, ni les êtres aimés. J’en déduis que l'amour s'en va, mais lorsque je reviens, il revient. Mais quand je ne suis pas là, il n'est pas là non plus.

Les individus heureux en amour perçoivent-ils le sens de tes chansons ?

Je n'en sais trop rien ! Je crois qu’ils comprennent mes chansons, car il ne s'agit pas de philosophie. J'aime l'idée d'attraper des mots qui m'arrachent le ventre. Ces mots ne sont pas les plus compliqués. Me font-ils du mal ou du bien ? Je pense qu’ils peuvent faire du mal ou du bien aux personnes qui sont à mes côtés. Et puis surtout ce que je vis, d’autres le vivent tous les jours en rencontrant des situations différentes. Certains me témoignent d’événements incroyables et vont percevoir dans mes chansons un contenu que je n’aborde même pas moi-même.

J'ai eu la chance de pouvoir écouter ton dernier opus et j’ai l’impression que l’acoustique permet de s’approprier et d’exprimer au mieux cette intimité...

Je partage entièrement ton avis ! Je me suis réveillé un matin, chez moi, avec un tas de chansons. Je suis un très mauvais technicien, alors je dépose mon téléphone, j'allume le dictaphone, je joue du piano et de la guitare et j'y pose ma voix. J'enregistre en compagnie de Julien Lebart, un ami de longue date et un pianiste hors pair, qui a réalisé le disque avec moi. J'adore ce gars, il m'accompagne depuis le début. Il n'est pas présent aujourd'hui. Je n'ai pas envie d’accepter la musique que l'on me propose si elle ne me ressemble pas. Ce matin, j'ai écouté Johnny Cash, Bruce Springsteen (« Nebraska ») ou encore Bob Dylan. J'aimerais que le prochain Cali ressemble à ça. Pour ce disque, j'ai placé le micro à 1m50, j'ai pris l'harmonica et ma guitare. On a fait une prise. Steve Wickham des Waterboys (NDLR : en 2006, Cali était monté sur scène lors du rappel accordé par la bande à Mike Scott, à l’Ancienne Belgique – à lire ou à relire ) est venu y ajouter son violon magique. Un autre ami, de la guitare flamenco. Parfois, il y a de la contrebasse aussi. Le résultat oscille entre des chansons guitare-voix et violon-guitare-voix. Ce que je souhaitais exprimer à travers ce disque, je le murmure encore un peu plus ici. Nous allons bientôt fêter les 20 ans de la sortie de mon premier album, « L'amour parfait ». A côté de cette tournée, une autre s'intitule ‘Ne faites jamais confiance à un cowboy’. Je suis seul sur scène avec ma guitare. Dommage que ce soir, mon groupe et moi n'ayons pas le temps, sinon nous aurions interprété quelques compos. Mes amis sont très rock. Ils ont arrangé les morceaux différemment pour pouvoir être interprétées sur un banc à l’aide d’une guitare.

Tu as enregistré ces chansons en prise unique. Cette méthode te permet-elle d’accentuer le volet authentique ?

J'ose espérer que ceux qui empilent les choses le font de manière authentique ! Quand tu as des mots et une mélodie, deux choses l’une : soit tu habilles le tout pour aller au bal ou tu préfères la nuisette pour aller au lit. La différence se situe à ce niveau ! Perso, je préfère la petite robe de mariée en lin, avec la couronne sur la tête, dans la forêt en Irlande. C'est ce que j'ai fait de mes chansons (rires).

J’ai l’impression d’être en présence un homme différent de celui que j'écoute, plein de nostalgie et d’amertume, et de celui qui prend un malin plaisir en s’appropriant la scène.

Je ne suis pas d’accord avec toi en ce qui concerne l’amertume. Je n’en veux à personne et je ne suis pas aigri ! Vraiment, je ne me reconnais pas dans cette description ! Tu sais, dans la vraie vie, je suis quelqu'un de pétillant. On ne le voit pas forcément ici parce que je viens juste de me réveiller (rires). Mais, crois-moi, habituellement, je suis un gros déconneur. J’aime faire le pitre. D’ailleurs, je me suis blessé tout récemment au niveau du ligament. Heureusement, ce n’était pas sur scène. Lorsque je me produis en live, j'aime garder le côté sauvage tout en absorbant cet amour du public. J’en profite un maximum. C’est un moment récréatif, je suis avec mes potes.

Justement, pourrais-tu nous parler des musiciens qui t’accompagnent sur cette tournée ?

En réalité, je n’étais pas certain de pouvoir tourner cet été. Finalement, nous avons décroché une vingtaine de festivals. Je suis accompagné du guitariste de Mylène Farmer, du bassiste de Peter Doherty, du claviériste de Paul Personne et du batteur de Louis Bertignac. Ce sont des amis qui font du rock ou du blues. Je leur ai dit qu'on était là pour s'amuser. Dans le bus on s’éclate. Tout comme dans la vie d’ailleurs...

Un des titres qui a permis au public de te faire connaître est « C’est quand le bonheur ». Malgré la reconnaissance, le succès, les rencontres, les critiques positives et le rendu du public, tout est relatif. Je crois que la seule est vraie question à se poser serait ‘C’est quoi le bonheur’ ?

Tu sais, la vie d’artiste est faite de hauts et de bas. J’aime dévorer les biographies et les autobiographies. Est-ce que tu as lu celle de Springsteen intitulée ‘Born to Run’ ? Je te la conseille vivement ! Ce type est un extraterrestre ! Il ne faut pas nécessairement aimer l’homme pour lire cet ouvrage. C’est quelqu’un qui connaît l’être humain. Celle de Charlélie Couture décrit également des périodes de son existence très hautes et très basses. Pareil pour des gars comme Hubert-Félix Thiéfaine ou Bernard Lavilliers. Ce sont des totems, ils sont toujours là ! Le monde musical côtoie beaucoup de fake et de faux ! Heureusement que parfois tu croises des gens vrais dans un instant de grâce…

Lors d’une interview accordée à Muziczine, il y a quelques années, tu déclarais : ‘Pour moi le bonheur, ce n’est ni le passé, ni le futur, mais ces moments où l’on réalise ce qu’on vit sur l’instant’. Alors que dans le passé, tu semblais vivre l’instant présent, aujourd’hui, tu me donnes l’impression de te questionner davantage…

Je me souviens que lorsque j’avais 13 ans, sur la place de mon village, j’avais prédit que lorsque je serai grand, je deviendrai troubadour et que j’aurai plein d’enfants. Je suis devenu troubadour. Pour ce qui est des enfants, là aussi, j’ai accompli mon rêve puisque j’en ai quatre. Je souhaitais aussi vouloir mourir en Irlande. Navam (NDLR : une ville du comté de Meath, en Eire) me plaît beaucoup. J’aimerais effectivement un jour m’y établir. Mes musiciens irlandais y habitent et il m’arrive de leur rendre visite. Perso, le bonheur serait de vivre dans un petit cottage auprès de mes enfants et regarder les moutons et la mer, tout simplement.

Il y a aussi cette notion du temps qui passe. Dans l’une de tes chansons, tu cites : ‘Mes boucles noires ont disparues/Je perds mes cheveux sur le dessus’. Quel est ton rapport au temps et comment l’appréhendes-tu ?

Je suis fasciné par le temps ! J’ai assisté au concert des Rolling Stones, la semaine dernière, à Paris. Malgré ses 79 printemps, Mick Jagger est impressionnant de vitalité. Quand on dit de quelqu’un de cet âge qu’il est en forme, on sous-entend qu’il arrive à marcher, à se nourrir, etc. Jagger sur scène est un gosse. Ses musiciens, pareil. Ils ont ce soir-là saupoudré le public de quelque chose de magique. Je dois dire que ce show m’a communiqué une énorme pêche. En ce qui concerne le rapport au temps à proprement parler, tout va trop vite, comme un élan. Il y a un instant, nous parlions de « C’est quand le bonheur ». L’album dont est issu cette chanson est paru en 2003. Tu imagines, l’année prochaine, je fêterai ses 20 ans ! J’ai l’impression que c’était hier ! Tout le monde vieillit, c’est étourdissant ! Mais attention, ce processus ne me perturbe pas pour autant ! Sans doute, faut-il en profiter davantage, encore plus croquer la vie et faire n’importe quoi pour rigoler.

L’hommage rendu à Alain Souchon est émouvant. Pourtant, il y a plein d’autres artistes qui auraient mérité autant d’égards. Pourquoi lui et pas un autre ?

C’est une histoire particulière ! Il ne me connaissait pas, mais il est parvenu à se procurer mon numéro de téléphone et m’a passé un coup de fil. A l’époque, j’étais à Orly. Il adorait mes chansons. J’estime ce geste tellement touchant. Je l’ai croisé à plusieurs reprises ensuite. Souchon est un homme bourré de talent, d’une gentillesse et d’une tendresse exemplaires. Au fond, aimer, c’est admirer. Et admirer, c’est aimer. Il m’a peut-être influencé. Je crois qu’un jour, je vais consacrer une chanson à chacun de ces personnages. Ce sera une manière de leur dire merci.

Dani mériterait également sa place…

Je viens de perdre effectivement mon amie Dani. Sa disparition me bouleverse totalement. Je me suis saisi de mon stylo et j’ai griffonné quelques lignes en sa mémoire. Est-ce l’ébauche d’une chanson ? Je le pense, oui ! Je vais continuer à lui murmurer plein de choses à l’oreille. Si je réalise une rétrospective de mes chansons, j’y ai déjà cité pas mal de monde. Je viens du bal de village. Je faisais exactement ce que les gens souhaitaient. J’y prenais énormément de plaisir. Les gens adoraient parce qu’on savourait ce qu’on faisait. Même si certaines compos étaient plus obscures, les gens dansaient quand même, uniquement parce qu’on parvenait à les jouer et qu’on les appréciait. Pourquoi d’ailleurs, aurions-nous dû prendre le parti de s’attaquer à des chansons que nous n’aimions pas ? Il m’arrive aussi parfois de m’approprier celles des autres.

Tes long playings sont très différents. Comment se construisent-ils ? Le label impose-t-il une direction ou un genre particulier ? Que se passe-t-il entre la page blanche et l’album ?

Je conseille aux jeunes qui débutent d’engager un réalisateur. Je ne le voulais pas. C’est pourtant une démarche importante parce qu’il va amener un regard extérieur primordial, tout en y apportant des conseils judicieux. Daniel Presley a apporté sa collaboration lors du premier album. Il avait été conçu à l’origine en guitare/voix. Presley a pu y apporter sa patte sur les arrangements. J’ai pu bénéficier, au cours de ma carrière, du concours de Mathias Malzieu (NDLR : le chanteur/compositeur de Dionysos), Scott Colburn qui a bossé avec Arcade Fire ou encore Geoffrey Burton, guitariste belge. Puisqu’il existe un contrat qui te lie à ces personnes, ils possèdent un droit de regard sur ce que tu fais. Effectivement, il faut prévoir des chansons pour la radio, c’est une question inévitable. Tu sais, il semble que je commence à me faire vieux pour y passer. Je crois qu’il va falloir sans doute attendre encore un peu avant d’y être à nouveau programmé… dans la catégorie des vieux (rires). Nous sommes quelques-uns dans cette situation. Personnellement, je m’en fiche. Pour ce dernier disque, je suis en licence. Par conséquent, je suis responsable du produit fini. Julien (Lebart) et moi, nous ne nous sommes posé aucune question. Quand on crée de la musique, c’est pour être libre. Malheureusement, souvent, ce n’est pas le cas. Il s’agit d’un commerce, il faut vendre. Aucun patron ne me dirige et je ne suis pas le patron non plus. Ceux qui m’entourent sont davantage des conseillers. Jamais ils ne me donneront des directives contraignantes. En y réfléchissant, c’est quand même un luxe (rires).

A t’entendre, l’industrie du disque est une machine qui pourrait bouffer de l’intérieur les artistes…

J’ai écrit mon troisième roman ‘Voilà les anges’ sur cette thématique. Je débute cette histoire par un chanteur aigri. Mon dernier spectacle s’ouvre par ce même type de personnage. L’histoire d’un clochard, qui après s’être endormi avec sa guitare sur un banc, s’éveille face au public. Je raconte aux spectateurs qu’avant j’étais chanteur. Je leur demande s’ils s’en rappellent pour enchaîner par « C’est quand le bonheur » et une kyrielle de belles chansons. J’explique au public que je ne pouvais plus écrire parce que j’étais en quelque sorte empoisonné et que c’était malhonnête. Aujourd’hui, j’écris des chansons pour les jeunes qui passent et me regardent. C’est un peu le thème du spectacle.

Arno, un artiste belge, nous a quittés tout récemment. Sa seule limite était l’imagination. Touche à tout, tour à tout acteur de théâtre, écrivain, et chansonnier, je crois que vous avez ce point commun. Est-ce que je me trompe ?

Je me réfugie souvent derrière cette phrase ! Tantôt, on parlait de gentillesse, lui était un gentil. Certains l’ont connu plus que moi, mais nous avons eu l’occasion de partager quelques nuits ensemble. Arno était un protecteur. Un jour, en compagnie de ma famille, nous l’avons croisé à Bruxelles. Je lui exprime mon envie de manger des moules frites. Il se gratte la tête d’un air interrogatif. Une vieille dame s’approche et lui explique qu’il ne s’agit pas de la saison des moules tout en lui tapant la tête avec un parapluie. A cet instant, il y avait tout de la Belgique. Quand on regarde dans le rétroviseur de sa vie, il a creusé cinquante millions de choses. Sa mort provoque aujourd’hui de la souffrance, du chagrin et du désespoir, mais à côté de cette compassion, il y a une petite lumière qui s’appelle la vie, il faut s’y accrocher.

J’aimerais revenir sur une de tes collaborations avec James The Prophet lors d’une émission de ‘Taratata’. Vous vous étiez réapproprié magnifiquement un titre de Prince, « Purple Rain ». Chacune de tes collaborations sonne comme une évidence. Pourrais-tu imaginer un jour réaliser un album centré sur celles-ci ?

J’ai eu la chance de croiser Augustin Charnet. Nous bossions sur le projet de Léo Ferré. Ensuite, nous avons réalisé l’album « Cavale ». C’est un ami. Il n’est pas présent aujourd’hui car il s’est cassé deux doigts cet été. Cet homme m’a permis de découvrir une jeune génération, mais aussi de nouveaux sons. Je me suis beaucoup amusé lors de cette émission de ‘Taratata’. Cette jeune génération détient les clés en s’ouvrant davantage sur le monde. Il n’y a plus de limite, on chante dans la langue que l’on veut. On doit prendre exemple sur ces jeunes artistes. J’ai été subjugué par le travail de James. Ma fille, Coco, est violoncelliste et pianiste. Elle baigne dans le classique. Elle me fait écouter des musiques étonnantes qui me touchent énormément alors qu’elle n’a que 17 ans. Elle a vu le film retraçant la vie d’Elvis dont elle ne connaissait rien. Elle l’a trouvé exceptionnel. Je lui avais conseillé de regarder le ‘biopic’ pour découvrir l’homme parce qu’il est à la source de tout. Je suis très fière de ma fille. Elle vient de rentrer au Conservatoire de Paris et a obtenu 20/20 au bac de français…

 

 

vendredi, 20 mai 2022 16:28

Une question de relations humaines…

C'est à la suite de « Pilot Village Midnight », un premier Ep teinté de folk électrifié et minimaliste, sorti en 2013, que Renaud Ledru (guitare, voix) et Alexandre De Bueger (batterie) –aujourd'hui remplacé par Nicky Collaer– suscitent la curiosité de la presse belge.

Ce premier essai les amène à participer, l'année suivante, aux concours organisés par le Verdur Rock et le Concours-Circuit. Epreuves qu'ils remportent.

En 2015, « Dirty Road » permet au duo de fouler les planches du Botanique, de l'Ancienne Belgique, du Festival de Dour ainsi que des Ardentes.

Tout au long de « Wild Jalopy Of The Mist », son premier elpee, la paire développe son répertoire en proposant certains morceaux rock/garage et d'autres plus acoustiques.

Le combo revient ensuite aux racines de la musique américaine qui l’ont influencé, privilégiant les sonorités de guitare sèche à travers un nouvel Ep intitulé « And The Sky Dives Again ».

« Camouflage », second opus gravé en 2020, permet à la formation d'obtenir, non seulement d'excellentes critiques nationales, mais également outre-Quiévrain en récoltant notamment des articles favorables dans le Rolling Stone et Indie Music.

« Human Flare », polarisé sur le thème de l’humain et de ses relations aux autres, constitue le fuit d'exercices de style et d’expérimentations diverses.

Renaud expose et s'expose par caméras interposées. Décryptage.

Alaska Gold Rush fonctionne en binôme depuis sa création. Vous avez tous deux étés actifs au sein de divers projets en amenant une culture musicale différente. L'un apporte le côté garage et l'autre l’aspect ouaté du folk. Comment deux êtres que tout oppose parviennent-ils à s’accorder pour proposer un résultat parfaitement cohérent ?

Le groupe existe depuis plusieurs années maintenant. Je suis accompagné de Nicky (Collaer). Il se charge des drums depuis 2019. Avant de le rencontrer, je fonctionnais déjà en duo, mais en compagnie d’un autre batteur. Notre musique est le fruit de plusieurs années d'expérimentations. A l’origine, le projet était plutôt folk car je suis influencé par le folk américain. Est alors venue l'idée de mélanger cette influence folk aux rythmiques plus rock de manière à obtenir un produit plus alternatif. Nicki a rendu la chose plus dynamique et petit à petit le côté folk s'est effacé. Les deux styles ne s'opposent pas et le résultat reste cohérent. Nous ne sommes que deux et nous devons l'assumer pleinement. Je n'ai pas de réponse très précise à cette question, la musique d'AGR est tout bonnement le fruit d'expérimentations et de mélange de styles.

Perso, j’ai l’impression que vous fonctionnez davantage à l'instinct en laissant peu de place à la réflexion intellectuelle. Est-ce exact ?

Au contraire, la réflexion est omniprésente. Le fait d'être deux nous oblige à remplir l'espace sonore. Il n'y a pas, par exemple, de basse comme dans la plupart des formations. L'ennui peut alors vite se manifester parce que nous ne pouvons pas ajouter des éléments comme des samples ou des boucles. On est obligé d'aller à l'essentiel en construisant le morceau d'une certaine manière. Je pense clairement que nous avons trouvé notre style, du free folk garage, c'est-à-dire une musique sans limite et insouciante.

On imagine que si vous deviez vous entourer d'autres musiciens, vous perdriez le côté naturel et spontané qui forge votre marque de fabrique...

Lorsque le précédent batteur a quitté la formation, je me suis demandé s’il fallait conserver la formule. Finalement, le duo l'a emporté. Même si composer un groupe à deux reste une contrainte, il permet de se challenger et se renouveler. Dans le chef du batteur, l'exercice de style est très intéressant. Au sein de ses projets précédents, Nicky se limitait à un rôle d'accompagnateur en se servant de rythmiques basiques. Ici, il a carte blanche. Il a le devoir de remplir le morceau à lui seul. C'est une formule qui permet d'explorer un tas de perspectives. Lorsque nous nous produisons en live, le public est surpris que tant de consistance soit créée par si peu de musiciens. Je crois que si nous devions être davantage sur scène, notre musique aurait moins d’impact. Mais qui sait, peut-être qu'un jour nous n'aurons d'autres choix que de glisser vers une formation impliquant davantage de musiciens.

Un duo s'apparente à une vie de couple. Mais est-elle autant semée d'embûches ?

Être deux peut se révéler à la fois un avantage comme un inconvénient. Difficile par exemple de se reposer sur l'épaule d'une tierce personne au sein du combo.

J'ai de la chance, parce qu'avec Nicky, nous avons très vite matché tant humainement que musicalement. Sinon, le projet n'aurait pas fonctionné.

S’il fallait étiqueter ton projet, on dirait qu'il ressemble à celui de BRNS pour la rythmique syncopée et à Mountain Bike pour le côté garage et nonchalant. Qu'en penses-tu ?

Personne n'avait osé la comparaison jusqu'alors. Ce sont des groupes géniaux. Ils sont à la fois créatifs et cool.

Comparativement à BRNS, nous n’abordons pas tellement le rock progressif. Ce groupe baigne dans un registre un peu plus barré. Le folk reste présent dans notre musique. Nous sommes aussi très attachés tant au format des chansons qu'aux textes à proprement parler. Les moments purement instrumentaux ne sont pas nombreux non plus. Nous nous sommes inspirés de musiques alternatives. Alors, peut-être, y-a-t-il des relents de BRNS... En ce qui concerne la filiation à Mountain Bike, il y a en effet, cette nonchalance qui plane, ainsi que le volet garage et le rock lâché. Ce sont des groupes que nous apprécions beaucoup. La comparaison nous enchante. 

Le nouvel album, « Human Flare », s'est construit autour du thème de l'humain et de ses relations aux autres. Peut-on y voir comme fil rouge, une discussion avec tes amis, des membres de la famille ou ton entourage ?

J'ai effectivement essayé de construire chaque morceau en mettant en exergue, non pas les humains en général, mais un humain en particulier. Ce n'était pas le postulat de départ, mais les choses se sont dessinées naturellement autour de cette thématique. Chacun des morceaux s'articule autour d'un dialogue avec un proche, un membre de ma famille ou encore un ami. L'idée était d'obtenir un instantané dans la vie de l'individu en imaginant le dialogue comme un retour dans le souvenir, une après-midi ou un événement particulier, par exemple.

C'est un LP positif, mais quelques compos lorgnent sur des sujets plus lourds comme la dépression. Je pense ici tout particulièrement à « Love Chameleon ». Une thématique aussi personnelle est-elle liée à un vécu ?

Oui, tout à fait ! Dans l'album, rien n'est inventé. J'aime l'idée de narrer des choses très personnelles. Ou encore de les transposer dans une autre situation. Je crois que ce sont les textes les plus personnels que j'ai écrits. Le disque est en substance très positif avec parfois une pointe de mélancolie qui est souvent perçue par l’auditeur lambda comme négative parce qu'elle renvoie à une forme de remémoration du passé. Si j’analyse la métaphore du coucher de soleil en fin d'été, certains y verront de la nostalgie, alors que perso je n'y distingue que du positif. L'album est à cette image. Si « Love Chameleon » aborde de la difficulté de s'en sortir, le refrain quant à lui reste optimiste. Ce dernier l'emporte sur le reste…

Chez Alaska Gold Rush, la corrélation entre musiques et images s’avère essentielle. Comment s'opère la mise en image d'une chanson ?

Nous avions le souhait de ‘clipper’ nous-mêmes. Chaque single est accompagné de sa vidéo. Je m'intéressais depuis un moment au cinéma et la prise de vue. Comme le texte, le clip raconte une histoire tantôt sociale, tantôt mélancolique et nostalgique. La vidéo suscite la réflexion soit en mettant en scène deux enfants ou encore, lorsqu’elle est décalée, communique un message.

AGR, c'est aussi une histoire de famille. Tes neveux, après avoir tourné dans « Dirty Road », jouent ici à la guerre dans la rivière tout au long d’« Arsonist ».

C'est exact ! Tu sais, lorsque nous n'aimons pas que les compos soient trop figées. Elles fluctuent. Tantôt, nous les ralentissons, tantôt, nous les accélérons. Nous pourrions jouer avec le clic, mais nous préférons ne pas utiliser cette formule. Il faut laisser la place à quelque chose de plus vivant. C'est pareil pour les images. On préfère du fait maison. On pourrait utiliser des drones et engager toute une équipe de post-production afin que les choses soient cadrées, mais cela ne nous intéresse pas. « Arsonist » aborde le thème de l'enfance avec mon meilleur ami. Il était donc nécessaire de pouvoir y faire participer des jeunes. Ce sont mes neveux qui s'y sont collés. Ils avaient déjà contribué à un de mes clips et étaient enchantés de réitérer l'opération. La vidéo a été tournée sur les lieux de mon enfance. Il s'agit de la maison de mes parents et du parking où j'allais jouer lorsque j'étais gamin. C'est à la fois personnel, humain, fragile et imparfait. Les clips étudiés ou léchés à outrance ne m’intéressent pas. Certains le font très bien et tant mieux pour eux.

Alexandre De Bueger est un des membres fondateurs de la formation. Il est remplacé aujourd'hui par Nicky Collaer. Il se dit que lorsqu'un musicien quitte un groupe, celui-ci perd une part de son âme...

Alex m'a annoncé qu'il souhaitait partir vivre à l'étranger. Le voyage devait se limiter à un aller simple. Après quelque temps, il est finalement revenu en Belgique. A l'époque, des concerts étaient programmés. J'ai donc dû lui trouver un remplaçant au pied levé en la personne de Nicky. Nous nous sommes découverts des atomes crochus très rapidement, tant au niveau musical que des relations humaines Nos influences sont différentes. Nos styles, aussi. Celui de Nicky a apporté un souffle nouveau et a contribué à explorer d’autres univers. J'ai d'ailleurs l'impression que la formation est récente alors qu'elle existe depuis quelques années déjà.

« OD on Sugar » aborde le thème de l'addiction. Mais contrairement à ce que l'on pourrait penser, cette addiction ne concerne ni le sucre ni les drogues, mais plutôt les discours édulcorés et bien-pensants. Pourquoi, selon toi, la censure et l’auto-censure, prennent-elles autant de place dans la société moderne ?

Je n'aborde pas la censure en tant que telle, mais plutôt d’un point de vue politique. La situation est identique en entreprise. Je m'explique. Pour faire passer une idée, quoi de mieux que de l'enrober. Cacher la vérité est bien plus aisé que de la montrer et ainsi pointer le côté négatif. Je ne suis pas convaincu qu'il y ait une forme de censure là-dessous. Ni même que la démarche soit nécessairement toujours consciente. Dans la société contemporaine, les faibles n'ont pas leur place, il faut donc rester fort quoiqu'il advienne. Lorsque j'ai écrit ce morceau, je suis parti de cette idée sous l'angle de la politique.

« Trampoline » traite du non-sens des bullshit jobs. Est-ce ce même genre de travail dont tu parles dans « The Window », un titre issu de ton projet solo Elvin Byrds ?

Oui, tout à fait. A ceci près que Trampoline survole plutôt le volet de la destruction et du non-sens du travail. Aujourd'hui, tout est devenu course à la réussite. Chacun œuvre pour soi, sans se soucier des autres. « The Window » reflète plutôt la conviction profonde qui fallait que je change d’air. Au travail, je ressentais le besoin de libérer mon esprit et d’envisager vivre autrement. Le jazz m'a permis de comprendre comment casser certains codes de la rythmique, ce qui a été libérateur dans ma manière de concevoir la musique. « The Window » traite de cette transition.

De fil en aiguille, j'ai découvert le free jazz. L'idée est que l'on puisse, à partir de codes établis, changer les choses, les bouger, parfois même les effacer. En conclusion, les deux morceaux sont complémentaires. Une même thématique, mais abordée sous un angle différent.

Tu bossais dans l'administratif, à la tête d'une petite équipe. Tu étais apprécié par les collègues et la Direction et pourtant tu as tout quitté. C'est une décision courageuse par les temps qui courent...

Quand j'ai décidé d’abandonner ce boulot et de ne me consacrer qu'à la musique, j'ai eu ce déclic par rapport au non-sens du travail que je réalisais. D'où cette décision ...

Tiens, à propos de ce projet solo, où en es-tu aujourd'hui ?

Comme je viens de te l'expliquer, j'ai plaqué ce travail parce que j'étais happé par la musique. Le projet solo est né dans la foulée. Un Ep est sorti fin 2021. J'ai préféré ensuite donner la priorité à Alaska. Effectivement, c'est un projet qui me tient à cœur parce que j'adore le folk et ses guitares acoustiques. Je me produis aussi devant un public différent. Les endroits où je joue en solo me permettent de discuter avec les gens. J'y interprète des compos personnelles, mais aussi des reprises de chants traditionnels folk américains, sans oublier, de musiciens que j'affectionne particulièrement. Si pour l'instant, cette aventure est mise entre parenthèses, je crois que je m'y consacrerai de nouveau dans quelques mois. La difficulté, c’est qu'il existe peu de scènes ‘folk’ en Belgique, surtout en Flandre d'ailleurs. C'est dommage parce que dans des pays comme le Canada, les Etats-Unis et dans une moindre mesure l’Allemagne et les Pays-Bas, il existe tout un réseau de salles qui sont parfaitement adaptées à ce format. Peut-être aussi que les artistes qui osent franchir le pas ne sont pas suffisamment nombreux. Sauf, peut-être les Canadiens et les Américains.

« Camouflage », paru en 2020, a permis de vous faire connaître en France. Est-il plus facile, pour un groupe wallon, de percer à l'étranger plutôt qu'en région flamande ?

Honnêtement, oui. Cette situation est navrante. En réalité, il s'agit d'un circuit tout à fait différent, un peu comme si tu te produisais dans un autre pays. Je crois qu’inversement, les difficultés sont les mêmes. Le Flamand aura du mal à réussir en Wallonie. Si on veut jouer en Flandre, on n’a pas d'autre choix que de dénicher un booker flamand, sinon cela risque de s'avérer compliqué. La presse, elle aussi, fonctionne avec des canaux distincts. Nous avons eu la chance de décrocher quelques dates dans le nord du pays. Les gens étaient relativement réceptifs à notre musique. D'une manière générale, le potentiel y est parce que les Flamands sont friands de musiques anglo-saxonnes. Beaucoup comprennent parfaitement l'anglais et apprécient les textes bien torchés. C'est ce qui fait sans doute notre succès là-bas. Le facteur rencontre y joue aussi pour beaucoup. Il faut avoir la chance de tomber sur la personne pour pouvoir tourner. Il s'agit d'un réseau à entretenir. Nous avons, par exemple, trouvé quelqu'un pour nous exporter en France. L’univers de la musique est difficile et il n'existe finalement que peu réponses face à toutes ces difficultés. J'en discutais encore avec notre attachée de presse flamande, il y a peu de temps. Elle rencontre des difficultés à trouver des partenaires dans la presse néerlandophone lorsqu'elle défend un groupe francophone. Les priorités sont différentes dans la promotion des artistes. Il ne s'agit pas de deux cultures distinctes, mais clairement les organisations culturelles ne sont pas identiques. Je reste convaincu que peu de Flamands regardent la RTBF. De même que les francophones bruxellois ou wallons n'iront pas s'aventurer sur la VRT.

Pour prendre le contre-pied de tes propos, j'ai été amené à interviewer Jasper Steverlinck, un artiste flamand alors que je suis francophone et que je m'y intéresse depuis toujours...

Tu sais, aujourd'hui, il y a une telle surcharge dans le domaine de la musique. Les artistes et les sorties d'albums se comptent à la pelle. Chaque presse se focalise sur sa priorité. S'il s'agit d'une presse flamande, elle va tout naturellement s'intéresser aux artistes flamands. Les artistes wallons ou bruxellois ne viendront qu'en seconde position. La presse francophone suivra exactement le même raisonnement. Ces manières de procéder rendent alors plus difficile le passage de la frontière linguistique pour un artiste…

Choisir à nouveau Gaethan Dehoux comme collaborateur te permet-il de fidéliser le son d'AGR ?

D'une certaine manière, oui. Je ne sais pas si nous coopérerons encore à l'avenir, parce qu'expérimenter un autre univers peut s'avérer intéressant. Pour l'album, l'accent a été placé aussi bien sur les mélodies que les prises de son. En concert, cependant, c'est plutôt l'énergie qui prime. Gaethan nous connaît parfaitement musicalement. Il est capable de prendre les bonnes décisions tant au niveau des arrangements que des prises de voix ou encore des intentions. En optant pour sa collaboration, nous étions certains de baigner dans une zone de confort avec en prime cette notion d'humain et de famille. Notions qui sont essentielles à nos yeux…

Photo : Alex Thomas

 

samedi, 27 août 2022 08:55

Les Solidarités 2022 : samedi 27 août

Seconde journée à la Citadelle de Namur. La circulation dense de la veille a fait place à plus de fluidité. Votre serviteur a de nouveau choisi le même point de ralliement, Namur Expo. Cet espace dispose d’un grand parking (gratuit). L'arrêt des bus TEC se situe à proximité. Pas besoin de marcher durant de longues minutes.

La météo est relativement clémente ce samedi. De nombreux nuages envahissent le ciel, mais les températures sont idéales. Il ne fait ni trop chaud, ni trop froid.

Pari tenu, le bus mettra exactement 7 petites minutes pour atteindre le terminus. Sur place, il n'y a pas grand-monde. Mais, il est à peine 15 heures et les artistes plus connus se produisent plus tard, en soirée.

Pourtant, c'est une erreur monumentale. Car en ce début d'après-midi, de belles pépites sont à découvrir. Ne dit-on pas que les absents ont toujours tort ?

RORI est prête à en découdre. Le Théâtre de Verdure est quasi-bondé. Camille Gemoets est soutenue par deux musiciens. L’ex-The Subs, Hadrien Lavogez, à la guitare et Pierrick Destrebecq, à la batterie. Ce dernier n'est pas, non plus, un inconnu ; et pour cause, il a milité chez Recorders, Abel Caine en compagnie des frères Chanis ou encore Mat Bastard (Skip The Use).

La Liégeoise a connu son heure de gloire au sein de Beffroi, l'un des groupes les plus prometteurs de Belgique, notamment lors de la sortie de « Swim », un titre largement diffusé sur les ondes radiophoniques, en 2015, Elle n'a alors que 16 printemps. Malheureusement, sa moitié sur scène (Valentin Vincent) est emporté par la maladie à l'âge de 20 ans. L'aventure qui n'a plus de sens, prend fin. C'était en 2018.

Une période de reconstruction s'ensuit. Parmi les options plausibles : l'arrêt de sa carrière. Mais elle s'accroche. Sa rencontre avec Hadrien donnera naissance au petit RORI.

Elle entame son set par « Gonna Get Mine », son premier single paru en 2020, un morceau brut de décoffrage ; sans la moindre fioriture, si vous préférez.

Alors qu'elle a toujours chanté dans la langue de Shakespeare, la brunette a depuis choisi celle de Voltaire. Ce qui lui permet de se raconter dans le rétroviseur de sa vie. C'est d'ailleurs en français qu'elle embraie en abordant un « C'est la vie » salvateur ». Une compo spasmodique aux relents nostalgiques.

Caractérisé par son phrasé haché, ses sonorités pop et ses appuis rythmiques, la musique de RORI rallie rapidement le public à sa cause et s'inscrit dans l'air du temps.

Charismatique et communicative, elle annonce la sortie d’un premier Ep tout en invitant le public à se le procurer, qu'il aime ou pas son univers.

Elle termine son show percutant et convaincant par « Docteur », une chanson dont la foule semble connaître le refrain.

Première grosse claque de la journée !

L'or Du Commun grimpe sur la main stage. Mais le public ne semble guère réceptif à l'appel des Bruxellois.

Ils sont venus présenter leur dernier petit, « Avant la Nuit ».

Célébrant ses dix années d’existence, le trio implique Swing, Primero et Loxley. Une carrière d'artiste est aussi constituée de moments difficiles, notamment en matière de logistique des concerts. Pour immortaliser ce volet un peu plus négatif, quoi de plus normal d’interpréter « Cassé ».

Proposant des thématiques intéressantes, le crew, pourtant friand d'un flow fluide, mais incisif, bute malheureusement et rapidement devant des écueils bien trop consistants que pour accorder un concert aux desseins parfaits. Rap poétique, conscient ou égo trip ? Quoiqu'il en soit, le côté surjoué l'emporte sur l’aspect naturel de l’interprétation. Pourtant musicalement, le combo s'en sort plutôt pas mal, en nous réservant des compos intéressantes comme « Inertie », qui mérite vraiment d’y prêter une oreille attentive.

Énergiques, ceux qui représentent la jeunesse incarnée 2.0, tentent, tant bien que mal de rallier le peuple à leur cause. Ils y avec parviendront cependant, mais non sans mal, lors de l'iconoclaste « Pansement », où les quelques centaines de personnes alors présentes se plaisent à reprendre en chœur le refrain 'Tant que le suis par terre, je peux le faire' ou encore « Homosapiens » et « Faucon Millenium », ces deux derniers titres provoquant des mouvements de foule mesurés rappelant une fois encore que les Solidarités est avant tout un festival familier et bon enfant. On n'est pas là pour se taper sur la gueule !

Porte-parole du hip-hop belge, L'Or du Commun ne s'en tire finalement pas trop mal et recueille les applaudissement d'un public de fidèles. Quant au spectateur lambda, il est sans doute allé voir ailleurs...

Retour au Théâtre de Verdure, un endroit érigé par l’architecte Georges Hobé en 1908 qui accueillait des opéras, des concerts de la danse et des spectacles de variétés. Un endroit qui a vu naître aussi le ‘Verdur Rock’, un des rares festivals gratuits encore existants qui tente, vaille que vaille, de résister au triomphe du monde marchand en proposant un programme culturel ambitieux et accessible à toutes et tous. Et oui, forcément, tout le monde ne peut pas se payer le prix d'un ticket parfois exorbitant. Malheureusement, cette année, les organisateurs ont dû jeter l'éponge...

Poupie y est programmée. Autrice-compositrice-interprète, elle nous vient de Tours.

Après avoir publié un Ep de 6 chansons, en novembre 2019, ainsi qu’un autre baptisé « Feu », du même nombre de titres, en octobre 2020, elle grave son premier elpee en 2021, « Enfant Roi », qu’elle est venue défendre.

Large pantalon de couleur noire, grosses lunettes blanches et veste de cuir (malgré la douceur printanière qui règne), c'est d'un pas décidé qu'elle grimpe sur le podium décoré de drôles de nappes aux reflets métalliques. On dirait du papier aluminium.

Les gradins sont combles, démontrant que la demoiselle jouit d’une popularité certaine depuis son passage à The Voice.

Elle s'est construite un univers musical qui lui est propre, entre pop, reggae et influences urbaines. Ce n'est d'ailleurs sans doute pas par hasard si « Comme les autres » ouvre le bal (‘Ah, j'suis pas comme les autres/Pas vraiment/J'aurais voulu l'comprendre avant/J'suis pas comme les autres/Tranquillement/J'fais mon chemin, j'veux pas d'ton temps’). Le ton est donné !

Comparaison n'est pas raison, mais son style, son show et sa gestuelle rappellent ceux d'une personnalité bien connue en Belgique, Angèle, dont elle pourrait être une franche rivale dans quelque temps.

Les paroles sont parfois peu perceptibles, l'ingé son éprouvant des difficultés à trouver un bon équilibre entre la voix et les instruments. C'est vraiment dommage car cette situation dévalorise la prestation de cette chanteuse d'un nouveau genre.

Dynamique et excentrique, la musique constituant finalement le meilleur moyen de s'exprimer, elle entame alors le sublime « Vue sur la mer », un message touchant sur la résilience.

Si Poupie réalise un set empreint de sensibilité, elle sait également se montrer convaincante lors de reprises très réussies de Manu Chao (« Bongo Bongo ») ou Dolly Parton (« Jolene »). Cependant, pas question de banales covers, mais plutôt des standards qu’elle se réapproprie…

De sa voix rauque, presque bancale, elle s'est donnée pour mission de communiquer la folie de sa musique au public et de le toucher en plein cœur. C'est donc tout naturellement qu'elle poursuit son set par « Bed Time Story », une compo qui aurait pu tout aussi bien être signée par le couple Gainsbourg/Birkin. Pensez au tube censuré « Je t'aime moi non plus » …

Une artiste complète, convaincue et convaincante responsable de chansons accrocheuses et dont le style est unique en son genre…

Elle est à suivre de très près, c’est une certitude.

La seconde belle surprise de la journée.

Eddy débarque sur la main stage. Pas Eddy Mitchell, mais de Pretto. Son set est parfaitement identique à celui qui a été proposé quelques semaines plus tôt à Ronquières. Bis repetita donc !

Passionné par Brel, Brassens ou encore Barbara, Eddy a, depuis ses débuts, ce pouvoir extraordinaire d’utiliser les mots pour fédérer et inviter l’auditeur à s’interroger sur le monde et autres vicissitudes de l’existence.

Habillé d'un haut et d'un short blanc, on dirait un écolier. Il ne lui manque plus que le cartable sur le dos...

Sa setlist puise au sein de ses deux elpees, « Cure », paru en 2018 (sans doute le plus abouti) et « A Tous les Bâtards », trois ans plus tard. Un second opus parsemé d’obstacle dans sa réalisation. Si l’écriture avait commencé en septembre 2019, la tournée qui va suivre va se solder par de nombreux reports et annulations, suite à la pandémie.

Il n’y a pas à dire, Eddy De Pretto choisit judicieusement ses mots pour torcher des textes poignants sur fond de mélodies accrocheuses. Dont cette « Fête de Trop », évoquant muqueuses, amants de passage, mecs chopés ou encore rails de coke enfilés. Des morceaux douloureux que le public reprend pourtant en chœur entraînant ainsi l’artiste vers un monde meilleur.

Bien souvent, ses chansons s’imprègnent de son vécu tout en dénonçant, sans aucune prétention, les injustices de (sa) la vie comme ce « Freaks » qui s’adresse principalement aux exclus. « Tout vivre » se révèle aussi saignant que cinglant. Une compo autobiographique qui jette un œil dans le rétroviseur pour relater certains grands moments de son existence, traversée d’épisodes ténébreux. Ou encore ce « Kid », titre qui fustige la virilité abusive et l’homosexualité refoulée par le conservatisme sociétal. Le public connaît par cœur ce titre multi radiodiffusé dont certains spectateurs se reconnaissent en lui.

Bien que déjà vue et entendue, la prestation tient parfaitement la route ; et elle s’avère d'autant plus touchante que c'est la dernière d'une saison qui s'achève, l'artiste s'apprêtant à prendre un virage pour la suite de sa carrière... Lequel ? Mystère...

Autre artiste qui s'est produite au Ronquières Festival, c'est Doria D. Elle s'est fait connaître auprès du grand public grâce au titre « Dépendance », issu d'un premier album éponyme, sorti en 2021.

Doria Dupont, à l'état-civil, est une femme frêle d'à peine 22 piges. Son jeune âge contraste mal avec la popularité grandissante dont elle bénéficie aujourd'hui. Les gradins sont en effet bondés (NDR : comme lors du show des Rolling Stones au Stade Roi Baudouin ?). Peut-être que la gent masculine est venue admirer le joli ventre de la demoiselle, découvert par un top trop court.

Son concert sera traduit en langage des signes, une pratique de plus en plus fréquente lors des festivals.

Alors que durant le RF, sa prestation avait été mollassonne, elle semble avoir appris de ses erreurs et va se livrer généreusement.

Un batteur et une belle brune plantureuse l'accompagnent dans cette nouvelle aventure festive et musicale.

Sa voix rauque et envoûtante, parfois plus fluette, son sens mélodique et la puissance de ses textes ne peuvent laisser indifférents à l’instar de cette « Âme dans le néant », d'une sincère incroyable.

Si elle aborde des thématiques universelles, elle y apporte un regard neuf tout en ne négligeant pas l’aspect mélodique des compos. A l’instar de « Hors tempo », au cours de laquelle elle traite du concept contemporain de l'hypersensibilité. Au final, mettre des mots sur les maux reste encore le meilleur moyen de les exorciser.

Dommage que son petit ami n'ait pas pu assister à cette prestation. Il aurait trop fait la fête la veille selon les dires de la donzelle.

Avec un univers directement inspiré par Billie Eilish et Lana Del Rey mais aussi des rappeurs francophones comme Nekfeu et Lomepal. Bref, Miss D (pas en référence à son tour de poitrine) est une artiste qui ne laisse pas indifférent.

Sur fond de sonorités french pop modernes, elle s'inscrit dans son époque en proposant des textes autocentrés qui permettent à la jeunesse de s'y retrouver (« Dépendance » y aborde les relations toxiques).

C'est encore à travers l'emblématique « Jeune et con » de Damien Saez qu'elle s'expose le mieux. Débutant en mode acoustique, elle s'exécute ensuite en version électronique, ses musiciens se laissant totalement emporter par le vent de folie qui souffle alors sur la Citadelle.

Si elle a également souffert de quelques problèmes de réglages sonores, comme Poupie, son show est une réussite et constitue l'un des moments forts, dont on se souviendra.

A la fin du set, il reste quelques minutes. Pourquoi les perdre ? Ni une ni deux, elle s'enflamme, attrape sa gratte et revisite un « Hors tempo », qui prend ici un sens tout particulier.

Enfin, le dernier concert auquel votre serviteur assistera, c'est celui de Benjamin Biolay. Il s'agit de sa seule date estivale belge. Autant dire que le peuple s'est pressé en masse pour (re)découvrir cet artiste unique.

Si sa carrière est parcourue de jolis exercices de style, sa popularité a souvent été battue en brèche par ses frasques et sa grande gueule. Ce qui lui a valu d’être surnommé le mauvais garçon de la chanson française.

Celui qui est régulièrement comparé à Serge Gainsbourg est accompagné, ce soir, d'un bassiste, un batteur, un claviériste et de deux guitaristes. Il a endossé un maillot de basketteur américain.

C'est par le magnifique « La Superbe », titre issu du cinquième opus (NDR : un éponyme), que Biolay entame un tour de chant qui restera dans les annales.

Enchaînant alors une salve de titres plus rentre-dedans, comme « Comme une voiture volée » ou « Parc fermé » (NDR : Adé est en en ‘featuring’ sur le disque), des compos issues de son dernier elpee, « Grand-Prix », le gaillard, quoique ténébreux semble réservé. Une timidité étonnante quand on sait qu’il s’agit d’un artiste complet. Il avait d’ailleurs été sacré artiste masculin et décroché le prix du meilleur album lors des Victoires de la musique, en 2021.

Tantôt dramaturge, tantôt militant, BB épanche sa mélancolie aux accords lyriques à travers laquelle ses thèmes de prédilections (déceptions amoureuses et vicissitudes de la vie) s’expriment à merveille.

Lors de son concert, il (s')offre un catalogue musical impressionnant sous forme de ‘best of’. Subtiles, ses compos sont bien mises en évidence par des riffs tonitruants et une voix d'une profondeur abyssale.

Celui qui reste marginal dans le milieu, car à l'antipode des formats radios actuels, s’appuie sur une musique brute et sulfureuse.

Parcourant les épisodes de sa carrière, l'artiste revisite également des chansons puissantes telles que « Palerme Hollywood » ou « Qu'est-ce que ça peut faire », en y apportant tour à tour un soupçon vaporeux de nostalgie, une forme dansante ou encore pétillante.

D’une nonchalance déconcertante, il semble, ce soir, prendre du plaisir sur les planches et paraît enfin soulagé d'être loin de toutes ces conditions sanitaires qui ont frappé la carrière de tous ceux qui ont œuvré dans le milieu culturel.

Alors que le light show s'était jusqu’alors montré discret, « Comment est ta peine » vient mettre un terme à un rêve éveillé.

Un périple teinté d’exotisme, une ode à l’évasion qui reflète, en quelque sorte, la bande originale de sa vie.

Il est un peu plus de 22 heures. Les concerts ne sont pas terminés, mais la raison l'emporte sur la passion. Direction Namur Expo pour reprendre la route.

Une édition qui aura marqué bien des esprits.

RORI + L'or Du Commun + Poupie + Eddy De Pretto + Doria D + Benjamin Biolay

(Organisation : Les Solidarités)  

vendredi, 26 août 2022 17:17

Les Solidarités 2022 : vendredi 26 août

Les Solidarités sont devenues, au fil du temps, un événement majeur dans le paysage musical belge, dont l’initiative et le succès croissant est à attribuer à la mutualité Solidaris.

Si l'année 2020 avait été marquée par une enfilade d'annulations dues à la Covid, les organisateurs avaient pris le contre-pied l’année suivante en proposant une version intimiste rebaptisée pour l'occasion Nuits Solidaires. Mais last, but not least…

Si, depuis huit ans, les festivités se déroulaient sur le site de la Citadelle, une colline au confluent de la Sambre et de la Meuse, il faudra attendre 2023 pour de nouveau se rendre sur le zoning Ecolys à Suarlée, des travaux rendant inaccessible ce lieu séculaire. Pour une durée de trois ans paraît-il …

Comme de coutume, des navettes TEC, disséminées à travers toute la ville, sont spécialement planifiées pour permettre aux festivaliers d’accéder au site. Les plus courageux (ils sont rares) peuvent cependant s’y rendre à pied ; de quoi rendre leurs fessiers un peu plus fermes après une période estivale arrosée (de rosé) pour certains.

Ce vendredi, la circulation est assez dense. Si d’ordinaire, le trajet est estimé à 7 minutes depuis Namur Expo, votre serviteur atteindra sa destination environ trente minutes plus tard.

Ce festival est très particulier. Si la musique est bien évidemment au rendez-vous, des espaces sont également prévus pour d’autres activités, dont des débats sur les enjeux de notre société, des expositions, un village associatif et une kyrielle d'animations. Sans oublier la terrasse estivale installée sur une pelouse, sa grande roue et le tourniquet qui fait le bonheur des petits… et des grands.

L'offre culinaire est aussi impressionnante, de nombreux stands placés aux endroits stratégiques permettent de se ravitailler sans devoir pratiquement faire la file.

Etrangement, aucun ‘cashless’ (terme qui désigne de manière générique l’ensemble des moyens techniques de paiement qui permettent d’utiliser un support comme porte-monnaie) n'est adopté. Il faut donc aller chercher des tickets, comme au bar d'une kermesse de village, ce qui est un peu dommage au vu de l’évolution technologique.

Grâce à une programmation au spectre fin, familial et populaire à la fois, les aficionados auront à cœur de s’enivrer de l’univers sulfureux d’artistes à la renommée internationale. Qu'ils en profitent, parce que les Solidarités sonnent aussi le glas d’une fin de saison, rappelant doucement la rentrée des classes...

Direction, l'Esplanade. La grande scène accueille Hoshi (étoile en japonais), une femme/artiste dont le physique a essuyé de vives critiques de la part du journaliste-chroniqueur Fabien Lecoeuvre. Détail cocasse, Grand Corps Malade qui partage l'affiche du jour, a réalisé le morceau « Des Gens Beaux » afin de lui porter secours et lui montrer tout son soutien face à ce déversement de haine issu d'une autre époque.

La demoiselle a offert une prestation de la même veine qu'à Ronquières, quelques semaines auparavant ; un concert d'une intensité rare avec ce brin de folie qui la caractérise. Sans oublier, cet amour pour son public et cette générosité communicative.

Arborant fièrement un t-shirt à l’effigie de Nirvana, Hoshi impose un style musical bien à elle. Des textes simples, mais touchants, une musique entraînante et une aura exceptionnelle. Sans oublier cette voix haut-perchée qui peut perturber les non-initiés. Pas étonnant donc que ce soit devenue l’une des révélations de la chanson française de ces dernières années.

Femme blessée au plus profond d'elle-même, sa prestation de « J'te pardonne » en piano-voix vous flanque des frissons partout. Titre rempli d'émotion au sujet du pardon face aux infidélités de la personne qu'elle aime.

Souffrant de la maladie de Ménière (un mal qui la poursuit depuis toute petite et provoquant des acouphènes et des pertes d'audition), elle s'avoue à demi-mot vaincue par cette affection sur l’époustouflant « Fais-moi signe », véritable appel de détresse auprès d’un public qui ne peut que l’encourager en applaudissant par le langage des signes. Il n’en faudra pas plus pour que les larmes ruissellent sur les joues de la jeune femme. Sans doute, est-elle convaincue qu’elle ne parviendra pas à éteindre ce fléau qui la brûle lentement.

« Amour censure » hymne à la tolérance, adopte des allures de manifeste lorsque la jeune chanteuse s'empare d’un drapeau arc-en-ciel dans le public. Une chanson qui prend un sens tout particulier puisqu’elle-même a été victime d'agression homophobe, devenant ainsi au fil du temps, la porte-parole de la cause homosexuelle. Sans doute, malgré elle.

Si « Ta marinière » est repris en chœur par un public particulièrement enchanté par cette extraterrestre, « Etoile Flippante », version électro, mettra un terme à une prestation sublimement marquante pour une première journée de festival.

Fabien Marsaud est fin prêt pour une consultation ! A la suite d'un accident de plongée l'obligeant à renoncer à une carrière sportive prometteuse, il découvre le slam en octobre 2003, lors d'une scène ouverte dans un bar de la place de Clichy, à Paris, où il déclamera ‘Cassiopée’, son premier texte ‘de scène’. C'est à cette époque qu'il choisit comme patronyme, Grand Corps Malade (GCM), en référence à son handicap et à sa grande taille.

Il est presque 23 heures, lorsque ce détraqué textuel déambule sur la main stage. Après la diffusion d'un clip léché explorant étrangement le cerveau (si, si !), le set peut débuter. Surprise, parmi les musiciens figure Quentin Mosimann, tour à tour DJ's, présentateur télé, chanteur et un multi-instrumentiste. Pas étonnant lorsqu'on sait que « Mesdames », album de duos, est issu de la rencontre entre le DJ et le slameur.

Alors que le soir est tombé, GCM interprète paradoxalement « Le jour se lève », un morceau aux penchants électriques pour ensuite s’épancher sur les femmes. Pas seulement pour en parler, mais aussi les entendre puisque de très jolis duos virtuels seront proposé, dont « 24 heures », en compagnie de Suzanne, « Derrière le brouillard », de Louane, et « Nos plus belles années », de Kimberose. Sans oublier, le touchant « Mais Je T’aime » avec une Camille Lelouche très convaincante. Une manière efficace de dénoncer harcèlement sexuel et inégalités. 

Soutenu par un light show percutant, Marsaud, tantôt pourfendeur, tantôt militant effréné, manie sa verve avec une précision et une flexibilité étonnante. Il dépeint les paraboles de l'existence sans jamais tomber dans les poncifs du genre, mais en les abordant à travers un second degré bien à lui.

D’une voix rauque, l'homme aux yeux d'un bleu profond mais au regard empreint de compassion, s'est livré avec une grande générosité dans une joute musicale d'une richesse et intensité rares.

Véritable showman, Mosimann livre encore un hommage vibrant au regretté Grand JoJo, tout en sollicitant le public à reprendre en cœur le célèbre ‘Chef Un P’tit Verre…’

Alors que « Pas Essentiel » sonne la fin de la récréation, le site est plongé dans le noir, invitant les chauves-souris qui se mettent alors à tournoyer afin de chasser leurs proies…

Peut-être que sur la route du retour, votre serviteur rencontrera Nyx, la déesse de la nuit... Qui sait ?

Hoshi + Grand Corps Malade

(Organisation : les Solidarités)

 

vendredi, 26 août 2022 18:22

Rêvalité

« Rêvalité », le septième opus de Matthieu Chedid, constitue, en quelque sorte, le lien entre le personnage -M-, créé il y a tout juste vingt-cinq ans, et l'homme d'aujourd'hui, un artiste qui se cherche entre réalité et imaginaire.

Fixant comme point de convergence un triptyque qui fait une fois encore la part belle au choix des mots et des mélodies, il leur communique une nouvelle saveur, et notamment à travers la profondeur de la ligne de basse tracée par Gail Ann Dorsey (NDR : elle a notamment milité au sein des backing groups de David Bowie et Tears for Fears).

Il ne s’agit d’ailleurs pas de la seule collaboration, puisque Fatoumata Diawara (chanteuse, comédienne et autrice-compositrice-interprète malienne) s'invite sur « Mais tu sais ».

Assez coloré et nuancé dans son ensemble, l’elpee permet au chanteur de prolonger ses rêves d’enfance tout en se réinventant le temps d'une histoire.

Si le titre phare apporte essentiellement des lignes funky, « Mégalo » est davantage groovy, alors que l’émotion libérée par « Mogodo » (une berceuse chantée par le paternel en 1974) est accentuée par les interventions de percus et de cuivres. Le néo-quinquagénaire se frotte même au psychédélisme sur « Dans le living » ou, à contrario, concède une chanson populaire aux accents radiophonique, sur un morceau simplement baptisé « Dans ta radio » …

Ce doux rêveur succombe à la nostalgie en plongeant dans son passé (« Petit Homme »), mais également rend un vibrant hommage au cinéaste italien « Fellini », tout en construisant la mélodie sur la symphonie n°40 de Mozart.

Plutôt iconoclaste, cette œuvre est partagée en deux parties. La première nous réserve des plages dynamiques alors que la seconde est davantage tendre, introspective et poétique. Enigmatique aussi. A l’instar de l'excellentissime « Ce Jour-Là », compo qui adresse un clin d’œil à sa grand-mère, la poétesse Andrée Chedid. Une piste enrichie de cordes et de chœurs qui se perdent à l'infini…

Des arpèges de grattes prennent leur envol sur « Home », une composition caractérisée par son refrain entêtant, alors que « Le langage des Oiseaux » clôt un des albums les plus réussis de -M-.

Si vous aimez la musique de -M-, vous l’apprécierez tantôt sur le dancefloor ou tranquillement au coin d’un feu de bois. Mais c’est surtout en ‘live’ que ces chansons risquent de prendre toute leur dimension, là où l’artiste s’exprime sans doute le mieux.

Bref, un chef-d’œuvre en treize chapitres, qui inscrit parfaitement Matthieu dans son époque tout en lui permettant de s'y évader…

Et si nous suivions ses traces ?

Clap de fin pour cette dixième édition qui a tenu toute ses promesses et attiré la grande foule. Et pour cause, depuis plusieurs jours déjà, le sold out avait été décrété.

Il fait très étouffant ce dimanche. Les températures deviennent insupportables. Heureusement, une brise légère vient apporter un brin de fraîcheur.

Retenu par des obligations familiales, votre serviteur n'arrive qu'en fin d'après-midi. Juste à temps pour le concert de Snow Patrol.

La foule s'est pressée devant la mainstage. Les festivaliers y sont serrés comme des sardines, et l’expression est loin d’être abusive…

Si l'actualité musicale de Snow Patrol est au point mort depuis 2018, le groupe britannique continue néanmoins d'assurer des tournées un peu partout en Europe. 

Sa popularité va prendre son envol à partir de 2003, soit à l’issue de la sortie de son troisième elpee, « Final Straw ». Depuis, le combo est considéré comme un des groupes majeurs de la scène britannique des années 2000. Il a ainsi écoulé plus de 12 millions d’albums depuis sa formation.

Drivé par Gary Lightbody, le combo va livrer un set de toute bonne facture et bien maîtrisé. Cependant, sans fioriture ni éclats. Une prestation qui va permettre à la foule de faire redescendre une pression accumulée depuis 48 heures.

« Chocolate » ouvre les hostilités. Une compo rugueuse, pleine d'énergie, au cours de laquelle les guitares s'en donnent à cœur joie.

Manifestement les Britanniques ont conservé leur savoir-faire légendaire. Caractérisé par ses ‘whoh oh oh oh’ et ses riffs de grattes déchiquetés, « Take Back The City » constitue le point d’orgue du set.

Pas de temps mort, SP enchaîne les morceaux, entrecoupés par les interventions baragouinées de Lightbody.

Le band embraie par « Run », une plage extraite de l’opus Final Straw (2003) qui lui a permis de se faire connaître du grand public, et notamment aux États-Unis. Un titre qui a aussi été diffusé sur les radios françaises, au cours de l'été 2004.

Des lignes mélodiques, des refrains qui restent ancrés dans la tête, un chanteur au charisme fou : ce sont les recettes de ces patrouilleurs des neiges aux regards langoureux.

Le band parvient à fédérer à travers des morceaux comme « Empress », « Set the Fire » ou encore « Open your eyes ». Des titres familiers, truffés de sonorités de grattes, à la rythmique imparable dont l’atmosphère est très susceptible de devenir éthérée…

On reprochera sans doute le manque d'audace du show. Il est trop calibré, trop prévisible. Mais il tient parfaitement la route.

Imprimées le plus souvent sur un rythme soutenu, les compos s'enchaînent et font mouche.

Pop song, « You could be happy » met bien en exergue la voix veloutée de Gary Lightbody. Plus fragile, « Make this go on forever » bénéficie d’un refrain soutenu.

Le set tire à sa fin. L’enivrant « Chasing car », tube radiophonique, incite les festivaliers à se déhancher et à frapper dans les mains, encouragés par le drummer aux gestes d'une amplitude impressionnante.

Snow Patrol entame son rappel par « What If This Is All The Love You Ever Get ? », un morceau curieusement down tempo qui brise la belle dynamique qui s'était alors installée.

Mais le glorieux « Just Say Yes » remet les pendules à l’heure, plongeant la fosse dans l’effervescence et permettant au groupe de quitter dignement le sol belge. Espérons qu'il ne s'agisse que d'un au revoir…

Il est minuit. Les spectateurs regagnent progressivement leurs véhicules, tandis que les stands ferment leur porte. Il est déjà quasi impossible de consommer un dernier verre. Dommage... mais laissons toutes celles et tous ceux qui œuvrent dans l'ombre de ce festival reprendre le cheminement de leur vie...

Vivement l'année prochaine !

(Organisation : Ronquières festival)

Snow Patrol

Voir aussi notre section photos ici

 

 

Seconde journée pour le Ronquières festival. Les stigmates de la veille sont à peine perceptibles. Le site a retrouvé sa belle couleur verte (plutôt grise au vu de la sécheresse).

Les bénévoles ont œuvré sans ménagement pour nettoyer la plaine. Les festivaliers sont pour la plupart des gens responsables : des couples, des amis venus se détendre après une semaine de travail ou encore des parents avec les bambins. Quoiqu'il en soit, la très grande majorité est attentif à son environnement. Et hormis, l'un ou l'autre déchet, presque rien ne traîne au sol.

Le soleil s'est invité sur cette bourgade de la ville de Roeulx. Après tout, lui aussi a le droit de s'en mettre plein les portugaises. Mais pour lui, ce sera gratuit !

Il fait relativement chaud ce samedi du mois d'août. Dire que certaines années, fallait prendre son K-Way.

Les aficionados se sont pressés en masse. Normal, le line-up est davantage éclectique et risque de plaire au plus grand nombre.

Il est un peu plus de 14 heures, lorsque votre serviteur passe les portillons de sécurité. Une petite fille aux cheveux de couleur bleue se pointe. Il s'agit de Doria-D. Elle doit avoir à peine 22 berges.

En arborant une coiffure pareille, on dirait la schtroumpfette. La gonzesse s'est fait connaître auprès du grand public grâce au titre « Dépendance », issu d'un premier album éponyme, sorti en 2021.

Elle est accompagnée d'un drummer et d'une jolie dame au clavier, une brunette au rouge à lèvres éclatant. C'est son Birthday. Elle doit avoir un peu plus de quarante ans !

Grâce à sa voix rauque et envoûtante, son sens mélodique et la puissance de ses textes, Miss Dupont ne laisse pas indifférent. Son univers est directement inspiré par Billie Eilish et Lana Del Rey mais aussi des rappeurs francophones comme Nekfeu et Lomepal.

Sur fond de sonorités french pop modernes, la demoiselle s'inscrit dans l'air du temps en proposant des textes autocentrés, mais qui permettent à la jeunesse de s'y retrouver (« Dépendance » y aborde le thème d’une relation toxique).

Fière de sa sensibilité, elle exhorte le public à en explorer tous les sens. C'est alors qu'elle se livre à un « Hors tempo » endiablé.

Mais c'est à travers sa reprise du titre emblématique « Jeune et con » de Damien Saez qu'elle se hisse comme véritable porte-drapeau de toute une génération.

Bandit Bandit et sa chanteuse sexy se produisent à Bâbord. La fille est fringuée comme vieille pute bon marché. Bas résilles, tenue transparente et culotte montrant un galbe du tonnerre (le trou dans son collant au niveau des fesses ne passe pas inaperçu). Sacré nom de Dieu, il n'aura fallu que quelques petites minutes de ce spectacle pour que Bandit... banda !

Maeva aime jouer ce rôle trouble et diabolique. Elle s'amuse à caresser son corps de bas en haut, insistant sur ses parties intimes. De quoi faire frissonner votre serviteur qui ne tient plus en place.

La chanteuse est accompagnée de Hugo aux guitares ainsi que d’une section rythmique réunissant le drummer Anthony Avril et le bassiste Ari Moitier, qui se charge également parfois de la six cordes. Anthony joue torse nu et montre un corps taillé comme un Apollon. Ce n'est pas les filles debout au premier rang qui s'en plaindront !

D'emblée, ces bandits de grand chemin multiplient les riffs ténébreux et les rythmiques plombantes. Maëva utilise le micro comme un défouloir, à l’instar de « Désorganisée », un morceau puissant qui permet à la donzelle de délivrer un message (NDR : un massage ?) sincère ; ses expériences multiples l'ayant inspiré profondément.

La musique du combo est acide. Elle stimule la voûte plantaire. Elle creuse vos veines et se retire en les marquant au fer rouge. Ça pue la rage et ça transpire la fumette. C'est du rock'n’roll actuel, teinté de psyché ou du stoner lourd et sensuel, selon.

Il y a ce petit côté Dolly (groupe de rock français actif de 1995 à 2005 et dissout à la mort de son cofondateur et bassiste Michaël Chamberlin), non seulement dans l'intention, mais aussi dans les sonorités de guitares poisseuses. 

La musique de Bandit Bandit ne s'écoute pas, elle se vit. En live, c’est une expérience intense, puissante, un pur moment de bonheur.

Assumant pleinement la langue de Voltaire, la bande à Baader s'exécute avec rage et excentricité. Les musicos en maîtrisent parfaitement les codes. Il y a une complicité folle entre la leader et son guitariste. A cause de leurs échanges de regards lancinants et des frôlement de lèvres à la limite du flirt. Pourtant, les deux tourtereaux (?!?) évacuent leurs frustrations et leur colère à travers la musique de BB.

Avant de vider les lieux, le combo entame les propos d'une chanson qui colle parfaitement à l’esprit de la formation ; un « Bonnie and Clyde » profond, d'une sincérité pure. Gainsbourg aurait été fier de cette reprise interprétée en guise d'hommage.

Delta prend le relais. Votre serviteur avait assisté au son set, la semaine dernière, dans le cadre du festival Les Gens d'Ere. Il profite donc de cette petite parenthèse pour s’octroyer une pause bibitive.

Noé Preszow (NDR : prononcez ‘Prèchof’ comme le chanteur aime à le rappeler) vire à Bâbord. Petit et trapu, il arbore une veste en velours de couleur bleu foncé, trop grande pour lui. A s'y méprendre, on dirait l'arrière-petit-fils de Demis Roussos (sans la barbe).

Après une intro plutôt vaporeuse, le Bruxellois décide de prendre la direction des opérations. A même pas trente balais, ses écrits littéraires et poétiques ont déjà conquis pas mal de monde.

Parfaitement ciselées, ses chansons sont d'une fluidité extrême. Elles sont le fruit d'une conjugaison entre pop immédiate et poésie à fleur de peau. Les mélodies sont accessibles, le phrasé est parfait et le sens du rythme, précis.

Le gaillard a un don pour torcher une chanson, à l'instar du tubuesque « A Nous ». Une compo qui lui a permis d'acquérir ses lettres de noblesse auprès des critiques et du public. Les médias la considèrent comme ‘prémonitoire’, car elle a été écrite bien avant la vague de la pandémie de la Covid-19…

L’inspiration de Preszow semble héritée des plus grands songwriters français et américains. Ses textes ont la profondeur de ceux signés Dominique A. En outre, sa voix emprunte des inflexions à Gaëtan Roussel.

Très en phase avec le présent et ce qui l'entoure, le gaillard entame alors « Un monde à l'envers » aussi impudique que généreux, une compo écrite alors qu'il participait à une manif 'Santé en lutte', le jour de ses 26 ans.

Le plus jeune héritier de la chanson française est un avant-gardiste. Ses thématiques sont humaines et s’adressent au plus grand nombre.

Alors qu'il chante « Faire les choses bien », il rappelle que faire correctement les choses, ça ne veut pas dire grand-chose, mais il encourage l’auditoire à mettre tout en œuvre pour rendre le monde meilleur. Une belle compo qui explore le champ du possible des relations humaines.

Il s'agira de l'avant-dernière date de sa tournée. Mais Ronquières sera sa dernière date belge.

Noé Preszow est un artiste, un vrai. Un de ces gars dont il faut parler. Ses histoires personnelles mériteraient toutefois d'être davantage chuchotées dans un endroit approprié, comme au sein d’une salle culturelle, que criées lors d’un festival où les mots perdent de leur sens.

Charles (référence à son papy dont elle vouait une admiration sans faille) se tient prêt à assurer côté Tribord. La petite a teint ses cheveux en rouge. Malgré de grosses godasses aux semelles compensées, elle paraît toute petite sur cette grande estrade.

Un peu grassouillette, elle semble intimidée devant les centaines de badauds qui se sont pressés pour découvrir cette ancienne candidate de The Voice Belgique.

Elle crèche à Braine-le-Château, un bled à une encablure d'ici. Elle s'exprime artistiquement dans la langue de Shakespeare.

Elle explore un univers qui lui est propre et qui ne ressemble à aucun autre. Des chansons pop, sensuelles, qui observent la courbe de son existence. Des titres qui racontent ce qu'elle vit ou qu'elle observe dans son entourage. Vu son jeune âge, cette conception risque évidemment d'évoluer rapidement.

De son grain de voix chaud et éthéré, elle embrasse une pop glamour sur « For gone », une chanson qui parle notamment de violences conjugales dont elle a été victime à seulement 16 ans.

Globalement, même si l'intention y est, elle parvient difficilement à rendre dynamique le set. Et ce n'est pas « Wasted Time », un morceau caractérisé par une ligne de basse lancinante (qui communique un aspect un peu plus mystérieux et dark au titre mélancolique) qui y parviendra.

« Without You » constitue le moment solennel de la soirée, une chanson où elle demande au public de reprendre le refrain. Un exercice facile selon ses déclarations. A ce moment, elle s'exerce en maîtresse de cérémonie qui vient de prendre le pouvoir.

« Until We Meet Again », issu de son dernier opus, semble comme salvateur dans l’esprit de celle qui révèle avoir traversé énormément d’épreuves.

Moment émouvant lorsque Charles interprète « Didn’t Get To Say Goodbye », en hommage à son directeur artistique Gilbert Lederman, tout récemment décédé.

Ambassadrice (comme Doria D) sur Equal, la plateforme mise en place par Spotify pour remédier à la non-représentativité des femmes dans la musique, Charlotte Foret, entre mysticisme et ballades mid-tempo, est parvenue à conquérir un parterre de quelques milliers de personnes…

Louane débarque : soutif rose, veste bleue pailletée et jupette jaune canari. Que de mauvais goût !

La petite a été révélée lors de la seconde saison de The Voice. Actrice à ses heures perdues, c'est surtout son rôle dans ‘La famille Bélier’, pour lequel elle a remporté un César, qui lui a permis d'obtenir cette reconnaissance médiatique.

Elle entame son tour de chauffe par « Donne-moi ton cœur », un cri de détresse chargé d'émotion. Le public est majoritairement constitué de petites filles prépubères pour qui la gonzesse reste, semble-t-il, une icône de la chanson française.

Très franchement, ses chansonnettes à deux balles ne prennent qu'un essor tout relatif dans les portugaises de votre serviteur. C'est niais et ennuyeux à s'en décrocher la mâchoire.

Mais, pour critiquer objectivement une artiste il faut poursuivre malgré tout l'analyse de son concert. C'est donc avec un entrain à peine dissimulé que se poursuit l'écoute des compos de la belle.

Selon ses dires, le public belge serait le plus chaud d’Europe. Menteuse va !

Elle embraie par le tubuesque « Jour 1 » et son refrain est chanté par une bonne frange de la populace. Une petite fille au premier rang ne peut contenir cette émotion aussi soudaine qu'inattendue. Les larmes chaudes coulent sur ses petites joues roses. Une image qui prend tout son sens aujourd'hui. Ces instants fragiles portés hors du temps, ces petits riens qui rendent les gens heureux.

Manifestement, Louane prend du plaisir et entraîne la foule dans son jeu infantile.

« Thérapie », compo traitant de la santé mentale, lui permet d'entamer une communion (solennelle ?) avec le peuple. Elle demande le silence car elle crée des boucles avec sa voix et s’en sert tout au long du morceau.

Il s'agit de l'une de ses trois dernières dates à Ronquières. Elle quitte la scène des étoiles plein les yeux.

Hoshi restera l'une des prestations les plus intéressantes de ce festival. L'une des plus émouvantes également. Un show rarement égalé. Un brin de folie, beaucoup d'amour et une femme à l’énergie communicative.

L'artiste commence le piano à l'âge de six ans et la guitare à quinze ans. À la même époque, elle écrit ses premières chansons.

Hoshi effectue ses premiers pas dans la musique au sein du groupe amateur TransyStory, formé en septembre 2011. Passionnée par la culture japonaise, elle choisit comme nom de scène Hoshi Hideko, puis simplement Hoshi qui signifie ‘étoile’ en japonais.

C'est l'une des révélations de la chanson française de ces dernières années ; et pour cause, elle est parvenue à imposer son style musical bien à elle. Des textes simples, une musique entraînante et une aura exceptionnelle, des valeurs qui ont rendu cette femme sympathique.

En dévoilant ses préférences sexuelles, elle est devenue, au fil du temps, la porte-parole de la cause homosexuelle. Bien malgré elle d'ailleurs.

« Enfants du danger » donne le ton ce qui restera un concert marqué au fer rouge de cette dixième édition. Une compo rythmée par la recherche du sens de la vie.

Elle avoue être heureuse de pouvoir revenir en Belgique pour la troisième fois. Elle prévient immédiatement l’auditoire qu’elle souffre d'un tic de langage en ponctuant chacune de ses phrases par un ‘Allez hein !’ Elle s'amuse en ajoutant qu'elle le convertira en future chanson.

C'est alors qu'elle attaque « J'te pardonne » en mode piano-voix. Une chanson particulièrement émouvante, sur fond de rupture amoureuse, au cours de laquelle elle se met à nu.

Elle achève doucement une tournée de plus de 150 dates, ce qui est loin d'être évident pour celle qui souffre de la maladie de Ménière. Un mal qui la poursuit depuis toute petite, provoque des acouphènes et entraîne des pertes d'audition. Vous vous doutez évidemment la difficulté de concilier ce genre de maux lorsque l'on preste un métier comme celui-ci...

Ce qui ne l’a pas pas empêché, à 25 ans, de réaliser son rêve et de devenir chanteuse. Mais à certaines conditions : pas plus de deux concerts par semaine, car des vertiges peuvent apparaître rendant alors impossible ses prestations.

Et comme aucun traitement n'existe, elle ne peut que compter sur le soutien du public. Et c'est un peuple très enjoué qui l'encourage via des applaudissements en langage de sourd. Les yeux embués, Hoshi n'a pu retenir ses larmes lors de son « Fais-moi signe ». Un moment exceptionnel et d'une intensité rare, la jeune artiste ayant perdu la moitié de sa capacité auditive à cause de cette affection, justement.

Sachant que plus elle accorde de concerts, plus elle jouera avec le feu, elle sait qu'un jour, elle n'entendra plus suffisamment pour faire de la musique, son métier.

« Et même après je t'aimerai », texte poignant sur l'après-rupture, rend à la chanson française ses heures de gloire. Un titre qui ne peut laisser indifférent. Bref, des thématiques qui parlent au plus grand nombre. Et cette musique qui donne envie de danser, de se lâcher.

Appel au manifeste, « Amour censure » constitue un véritable hymne à la tolérance et à la sincérité des sentiments amoureux. Hoshi, elle-même victime d'agression homophobe, a écrit cette chanson en réaction à une certaine libération de la parole discriminatoire, notamment après la ‘manif pour tous’. Une compo qui malheureusement a encore des raisons d'exister auprès des biens pensants...

La chaleur est de plus en plus accablante. Hoshi invite à s'hydrater. Mais à la seule condition de boire de l'eau. C'est alors qu'elle fredonne 'plus je bois, plus je bois, plus je bois, plus je bois' sous le couvert d’une « Femme à la mer » … de bon aloi.

Douée pour les métaphores et autres figures de style, elle achève son jeu par « Ta marinière ».

Hoshi reste bel et bien l'étoile montante d'une fine fleur de la chanson française. A cause de cette recherche constante d'accroche, de dynamique et de refrains entêtants. Gageons que son étoile continue de briller afin qu’elle puisse dispenser des messages qui nous touchent en plein cœur.

S'il est un autre chanteur qui n'a pas hésité à faire son coming out, c'est Eddy De Pretto.

Biberonné par Brel, Brassens ou encore Barbara, Eddy a, depuis ses débuts, ce pouvoir extraordinaire d’utiliser les mots pour fédérer et inviter l’auditeur à s’interroger sur le monde et autres vicissitudes de l’existence.

Il s'était déjà produit en 2019. Il était juste accompagné d'un drummer. C'est en compagnie d’un groupe qu'il se présente aujourd'hui. Une formule qui lui permet de remplir et se s'approprier l'espace scénique.

Vêtu d’un Marcel et d’un short/training, il fait vraiment vieille France. Manque plus que la baguette sous le bras et le béret (ici remplacé par la casquette).

Il puise ses chansons au sein de ses deux albums. Dont cette « Fête de Trop », évoquant muqueuses, amants de passage, mecs chopés ou encore rails de coke enfilés. Un titre qui lui avait d’ailleurs permis de décrocher une nomination largement méritée aux Victoires de la musique, en 2018. Si cette recette n’est pas à mettre entre les mains de n’importe qui, elle reste néanmoins taillée pour le live ! Et « A quoi bon » traite également de l’addiction.

De Pretto choisit judicieusement ses mots pour torcher des textes poignants sur fond de mélodies accrocheuses.

Une belle prestation, mais Eddy (re)fait du De Pretto. Et c'est dommage ! Pas vraiment de surprises donc ! L'artiste s’adresse de nouveau à une frange de la population aussi large que possible. A cette seule différence près, c’est qu’ici, il parle surtout de lui-même de manière grave et primaire. C'est une prestation très autocentrée.

Fidèle à lui-même, ce jeune écorché vif offre là encore une belle palette de ses capacités lyriques et musicales. Trempée dans le vitriol, sa plume demeure encore sa plus belle arme…

Il encourage le public à suivre sa propre voie, lui qui a toujours écouté davantage son cœur que la raison.

Plutôt bien ficelées dans l’ensemble, les chansons s’imprègnent de son vécu tout en dénonçant, sans aucune prétention, les injustices de (sa) la vie comme ce « Freaks » qui s’adresse principalement aux exclus. « Tout vivre » se révèle aussi saignant que cinglant. Une compo autobiographique qui jette un œil dans le rétroviseur pour relater certains grands moments de son existence, traversée d’épisode ténébreux.

L’expression sonore est maîtrisée et le flow est bien canalisé. On passe aisément de la pop au rap, tout en s’autorisant un petit détour via l’électro.

Eddy n'oublie pas ce « Kid », titre qui fustige la virilité abusive et l’homosexualité refoulée par le conservatisme sociétal. Le public connaît par cœur ce titre multi radiodiffusé dont certains spectateurs se reconnaissent en lui.

Entre sujets crus et autodérision, son set ressemble à un livre ouvert sur sa vie. A l'instar de ce « Bateaux-Mouches » où il se remémore ses débuts d’apprenti chanteur.

On aurait aimé un peu plus de liberté dans le champ d'action artistique. Un peu de lâcher-prise et une communion avec le public. Il n'en a rien été. Il est resté froid et austère.

Si cette bande-son ressemble davantage à un ‘best of’ et ravit le plus grand nombre, elle frustre les plus exigeants qui regrettent la trop grande prévisibilité du show.

La prestation de Julien Doré constitue sans doute l’apothéose de cette dixième édition du Ronquières Festival. Faut dire que le gaillard à la chevelure… dorée, s’est révélé en se présentant au casting de l'émission ‘Nouvelle Star’, en France, il y a quinze ans déjà, pour y interpréter « Excellent », une compo signée Sharko...

Cette reprise a ainsi permis à David Bartholomé et ses acolytes de rencontrer un nouveau public ; et à ce titre, de récolter un succès ‘culte’ propagé par de nombreux joueurs de ukulélé, sur internet. « I Need Someone » subira le même sort.

Et depuis, il n'a cessé de surprendre en publiant des disques iconoclastes, des clips bestiaires et des messages percutants sur les réseaux sociaux.

Marquant son quatrième passage au pied du Plan Incliné de Ronquières, Doré opère une entrée fracassante depuis les bachotages. Et c'est en costume rose qu'il se présente devant une foule fidèle et dévouée, venue fredonner les nouvelles chansons d'un dernier album intitulé « Aimée », paru il y a deux ans déjà.

‘Il sera notre Bruno Vandelli ce soir’ (le chorégraphe de l’émission ‘Popstars’), lance-t-il devant le peuple hilare, laissant supposer que l’on va assister à des chorégraphies des plus surprenantes…

« Le lac » ouvre le bal. Ce morceau sonne comme un retour aux sources, suscite la réflexion et glorifie l'amour, le féminin et la nature. Réaliser un travail d’écriture introspectif, en solitaire, et dévoiler ses pensées intimes à un max de personnes, constitue une démarche ambivalente… A chacun ses choix après tout !

Très professionnel, le show est parfaitement maîtrisé. Tous les codes y sont. Des images sont projetées sur un écran posé au milieu du podium.

Le light show est particulièrement judicieux lui aussi. Les techniciens accomplissent un travail remarquable. A la moitié du ‘live’, des canons sis à proximité de la ‘stage’ tirent une tempête de serpentins géants. De quoi galvaniser l’ambiance un peu plus...

Bref, c'est véritablement un show à l'américaine auquel l’artiste se livre aujourd'hui pour le plus grand bonheur de ceux qui sont parvenus à se procurer le précieux sésame.

La suite du set va aligner une déferlante de tubes : « Kiss Me Forever », « Coco Câline », « Chou Wasabi », sans oublier les moments plus tendres, dispensés sous un format piano/voix, comme ce « Moi Lolita » ou encore cette reprise succulente de Montagné, « Sous le sunlight des tropiques ». Un titre qui prend tout son sens suite aux chaleurs tropicales de ce mois d'août.

La mer était également au rendez-vous, les décors de plage apparaissant régulièrement derrière l'artiste, histoire de coller un peu plus encore à ses thèmes de prédilection.

Que ce soit sur ses titres les plus stimulants ou les plus calmes, Julien y met la même dose de générosité. Le contraste entre la douceur des vocalises et le caractère dansant des chansons est assez frappant. L’alchimie fonctionne pourtant à merveille.

Responsable d’un ‘live’ puissant, énergique et sincère, même s’il y ajoute une pointe d’introspection, Juju ne cherche pas à jouer un rôle.

Lorsqu’on force le déroulement des événements, on les abîme… Il est égal à lui-même, très second degré et proche d'un public qui l’adore depuis les premiers jours. L’artiste serait davantage dans un abandon et une incarnation, mais pas dans un jeu…

Le graal du spectacle sera atteint lorsque son complice de toujours, Eddy de Pretto, viendra le rejoindre sur les planches pour interpréter un truculent « Larme fatale », en mode piano-voix.

Même si l'ami Doré nous avait habitués à ses turpitudes visuelles en introduisant des animaux dans ses clips, il s'offre ici le luxe d'invités de marques très spéciaux, sous la forme d'affectueux diplodocus. Sans oublier le panda ou encore de ses deux chiens Jean-Marc et Simone. Mais virtuellement celle fois ! Et oui, Ronquières est un festival et non une bétaillère !

Même si le Sieur Doré est tombé dans le piège du spectacle surdimensionné, il a offert ce soir, un spectacle surprenant, généreux, loufoque, mémorable et complémentent surréaliste. 

Bref, un concert qui colle parfaitement à l'esprit du pays dans lequel il s'inscrit.

(Organisation Ronquières festival)

Voir aussi notre section photos ici

Doria-D + Bandit Bandit + Delta + Noé Preszow + Charles + Louane + Hoshi + Eddy De Pretto + Julien Doré

 

 

Depuis ses débuts, le Ronquières festival propose une multitude d'artistes en devenir, mais aussi confirmés. Il s'est d'ailleurs rapidement hissé comme une référence en la matière.

Ce week-end, ce jeune garçon fête ses 10 ans. Un âge entre enfance et adolescence. Et pour fêter dignement cet anniversaire, les organisateurs ont concocté une affiche étonnante. Cerise sur le gâteau, les festivités se déroulent sur trois jours pour en profiter davantage.

Comme toujours, la tour du Plan incliné surplombe les scènes Bâbord et Tribord. Les prestations scéniques sont rythmées par le ballet incessant des péniches. Mais pas que, puisqu'un nouvel espace ‘Bâbord club’ a vu le jour permettant à ceux qui le désirent de faire le plein de musique électronique, histoire de satisfaire les plus branchés.

L'affiche de ce vendredi est une mise en bouche, juste le temps de prendre ses repères et se laisser flâner, le vague à l'âme.

Lorsque votre serviteur arrive, Emma Peters termine son set par une cover assez timide de « Femme Like U », une compo de K-Maro.

L'auteure-compositrice-interprète-musicienne française s'est justement fait connaître en postant des reprises sur Youtube, depuis sa chambre ; essentiellement des titres hip-hop qu’elle revisite en guitare-voix (Lomepal, Luidji, …). Elle cumule des millions de streams. Parmi ses plus gros succès, « Gisèle », « Clandestina », « Magnolias for Ever » …

La donzelle, ersatz d'Angèle à deux balles, ne semble pas très à même d'assurer un show comme elle le devrait. Elle fait parfois un peu pitié en tentant de se frayer un chemin dans cette brousse qu'est le monde de la musique.

Bref, une prestation très loin d'être convaincante. Peut-être aussi que la critique n’est pas objective, vu que sa prestation n’a pas été suivie dans son intégralité...

Bâbord toute pour assister au concert de Berywam. Le band réunit quatre beatboxers qui ont chacun leurs spécialités : Beatness (Fabien Di Napoli), Rythmind (Loïc Barcourt), Wawad (Walid Baali) et Beasty (Loïc Palmiste).

Aucun instrument sur le podium. Les lascars se contentent d'imiter et de reproduire des bruits, des sons et des musiques à l’aide de leur seule bouche. Un genre qui est apparu quelques années après la naissance du hip-hop, à la fin des seventies.

Ils sont originaires de Toulouse et disposent d'un background bien corsé puisqu’outre leur participation à la tournée de Big Flo et Oli, en première partie, ils ont été sacrés champions de France de human beatbox, en 2016, à Paris, et champions du monde à Berlin, en 2018.

Voguant entre hip hop, reggae, musique classique et électro, ils s'attaquent à tous les styles musicaux avec une facilité métissée qui surprend.

C'est un style qui interroge dans un festival comme celui-ci. Une musique qui insiste sur les poncifs du genre. C'est sympa à regarder et à écouter, mais la curiosité s'étiole assez rapidement. L'effet de surprise se dissipe et laisse place à une atmosphère plutôt casse-bonbons.

Rilès embraie. C'est un autodidacte. Il enregistre, produit et mixe tous ses projets depuis sa chambre rouennaise, accumulant plus de 300 millions de vues et 300 millions du streams sur les plateformes dédiées.

Cheveux hirsutes, le gars se pointe sur l’estrade affublé de bandes réfléchissantes.

Introduit et porté par un chant guerrier, le trublion entame son tour de chant quand, rapidement, dès les premières notes, une horde de danseurs envahissent la scène. Ils sont tous vêtu de blanc et courent, virevoltent, sautillent. Un show qui détonne et contraste au vu des prestations précédentes.

Rappeur, auteur, et interprète, Rilès compose et chante ses titres dans la langue de Shakespeare. Plutôt surprenant pour un français. Son flow est ciselé, poignant et débordant d’énergie.

Véritable oasis de fraîcheur dans cette après-midi d'une moiteur instable, la musicalité de ce jeune chanteur quasi par accident, apparaît entre nappes de synthés volatiles et batterie lancinante.

Derrière, les images défilent au gré des compos, ce qui permet d’apprécier encore davantage le show. L'esthétique est appareillée, inhabituelle et époustouflante. Elle nous plonge au sein d’un univers déjanté et féerique. Un milieu qui colle bien à la personnalité de Rilès.

L'homme est un véritable showman et ne manque pas d’humour. Il déclare que les Belges sont comme les Bretons : ils sont tous cinglés. Hilares, ces derniers prennent la comparaison à la rigolade.

Bénéficiant d’un large fanbase, cet artiste engagé s'est peu à peu tissé une solide toile dans l’univers de la musique. Une prestation intéressante pour un artiste à revoir en salle.

La température est maintenant plus fraîche et le taux d’humidité dans l’air devient de plus en plus pénible à supporter. D’ailleurs, bon nombre de festivaliers ont déjà rejoint leurs pénates. Pourtant, Orelsan et Todiefor, têtes d'affiche de ce soir, doivent encore se produire. Des prestations que votre serviteur aurait aimé assister ; mais d’une part les conditions ne sont pas idéales et d’autre part, il reste encore deux jours de festival. En outre, demain sera la journée la plus intéressante…

(Organisation : Ronquières festival)

Voir aussi notre section photos ici

Emma Peters + Berywam + Rilès

dimanche, 31 juillet 2022 07:52

Les Gens d'Ere 2022 : dimanche 31 juillet

Troisième volet de la trilogie. Si durant les deux premières journées, la chaleur était supportable, elle est devenue aujourd’hui quasi-caniculaire.

Votre serviteur se rend en backstage pour réaliser une interview de Cali. Motif ? La sortie de son nouvel opus en octobre. Vous retrouverez celle-ci prochainement dans les colonnes de Musiczine.

Le timing est serré. Pas moyen de rencontrer Stéphane, une jeune artiste suisse, découverte, il y a peu. Il est fort à parier que son nom risque de faire la une dans quelque temps. Quoiqu'il en soit, une interview devrait également lui être consacrée prochainement. Affaire à suivre...

Il est environ 17 heures lorsque votre serviteur file vers la scène couverte. Non pas pour s'y mettre à l’abri, mais pour y assister au set de Delta, un duo bruxellois réunissant Benoît Leclercq et Julien Joris. Ils militaient auparavant chez Meridians.

Le tandem a choisi la langue de Voltaire pour les paroles de ses chansons.

« Héréditaire » et « Le verre de trop » les ont propulsés au sommet des charts au point de les révéler. Certains des textes sont d’ailleurs signés par un Jali en forme.

Les compos se distinguent par leur aisance et leur fluidité mélodique, définissant les contours d'une approche radiophonique. Le public s'approprie certains titres, comme ce « Notre ADN » où les voix masculines se conjuguent parfaitement.

Se nourrissant de folk et de pop, Delta ‘plane’ au sein d’un environnement sucré, chaud et limpide, quelque part entre Coldplay, Souchon et Goldman. Soit un produit très populaire.

Les titres son éminemment propulsés par le besoin de conquérir un prisme le plus large possible. Ce qui donne un résultat, parfois un peu mièvre et linéaire, configuré sous la pression des maisons de disque et ce malgré quelques mélodies pop accrocheuses.

Direction la scène ouverte. Votre serviteur se plante au niveau du crash. Il y a plus de confort visuel, d'autant qu'aucune consigne n'est donnée aux photographes qui souvent doivent déguerpir dès la troisième chanson terminée.

Alors qu'il venait juste de finir de pioncer lorsque l'entretien s'est déroulé, l'ami Cali a repris ses esprits. Il est fringant comme un gardon.

C'est une valeur sûre ! Ses concerts sont toujours très animés, le chanteur communiant systématiquement avec ses disciples.

« Elle m'a dit » donne le ton de ce qui sera un entrelacs de fougue et de sincérité. Un titre qu'il dédie à son amie Dani, décédée le 18 juillet 2022.

La chanson à peine achevée, le troubadour de la chanson française commence à manifester une envie irrésistible de jouer avec le public.

Dopé (à une substance psychotrope ??), le chanteur/amuseur ne cesse de faire le pitre durant le live et ce pour le plus grand bonheur des fans ébahis ! Grimaces, gestes amicaux, regards insistants accompagnent le gai luron lors de la seconde compo, tout aussi tonitruante, « Hey les amoureux ».

Ce qui devait arriver, arriva. L'homme taillé comme un gringalet se hisse sur le frontstage, prend un élan, et s’abandonne au crowdsurfing pour entamer une danse du diable perché dans les airs. C'est un passage obligé chez lui et ce soir ne fera pas exception à cette règle, qui semble-t-il, est immuable ! Le tout sans perdre de souffle ! Pas mal pour un gars qui a la cinquantaine passée... Heureusement pour ceux qui l'ont soutenu, le casse-cou doit à peine faire cinquante kilos, tout habillé !

Repoussant ensuite les principes des règles de sécurité, l'artiste dynamise un peu plus le spectacle et invite toute la presse à monter sur le podium devant un parterre de quelques milliers de personnes pour immortaliser le souvenir d’une photo de famille puissance mille.

Sa réputation de personnage complètement déjanté est largement méritée.

« Lâche pas », titre ‘guest’, en attendant l'album "Ces jours qu'on a presque oubliés", figure dans la setlist, histoire de voir comment ce nouveau format est perçu. Un livre ouvert dans des moments forts vécus auprès des êtres chers, des femmes essentiellement, parties, quittées, envolées… Mais chuttt, impossible de dévoiler quoi que ce soit maintenant, les curieux devront attendre la mi-octobre pour se faire une idée du contenu.

Quoiqu'il en soit, examen réussi avec grande distinction ! Dans l'attente, il invite le public à aller voir le clip. Faut bien attiser la curiosité non ?

Histoire de satisfaire les grabataires, il a sorti de ses tiroirs poussiéreux une vieille chanson « C'est quand le bonheur ? », issue de l'album « L'Amour parfait », paru en 2003. Mais au fond Cali, c'est quoi le bonheur ? Une compo qui va fêter ses vingt piges et pourtant elle n’a pas pris une ride !

Enfilant les tubes, le Toulousain, expose et s'expose à travers le prisme de sa vie, ses amours, ses attentes et ses envies.

Livrant tour à tour des musiques simples, mais accrocheuses, il a pris le parti de choisir ses mots avec une grande délicatesse afin de décrire intelligemment et sincèrement les maux de la vie et la difficulté d’aimer aujourd’hui. Au fond, Cali, n’est-il pas préférable de ne pas aimer plutôt que ne plus aimer ? A méditer...

Le champ du possible de ce grand Monsieur est illimité. Véritable touche-à-tout, Cali multiplie ses engagements, tant dans l’univers du théâtre, de la poésie, de la littérature et, bien évidemment, de la musique.

Bruno Caliciuri, à l’état-civil, est un être doué d’un charisme exemplaire et un humaniste engagé ! Sans oublier, un homme d’exception !

Un fan, accroché au premier rang, vêtu d'un training de couleur bleue et coiffé d'une casquette, est invité à monter sur l’estrade. C'est son anniversaire ! Et dans une cohue indescriptible, le peuple est invité à fredonner le rituel ‘Joyeux anniversaire’. L'homme s'en tire bien, timide au début, il finit par s'apprivoiser l'espace. Si bien, que Cali lui permet de rester sur le podium pour l’accompagner dans le refrain de la chanson qui suit.

Le set se termine doucement. « Je dois encore vivre », titre rocailleux, met en exergue des guitares dans un esprit pop anglo-saxonne.

« 1000 cœurs debout » sonne le clap de fin. Un moment qui permet au drummer de se lâcher comme jamais et d'extérioriser toute sa technique de frappe. Une page se tourne, mais des pages entières restent à écrire...

Putain, quel moment de grâce ! Un concert à revivre en replay encore et encore...

Un autre artiste qu’il ne fallait surtout ne pas manquer, c'est Mustii. Avec deux ‘i’ insiste-t-il. La scène est très joliment décorée façon vintage et bariolée d'inscriptions ‘My generation’, ‘Free’, ‘A miracle’, etc. Une grande horloge y est même accrochée. Mais pas d'aiguilles, juste l'inscription ‘MUSTII’. Faudrait pas qu'on l'oublie celui-là...

Homme de scène, c'est vêtu d'un ersatz de peignoir à capuche de style ‘Boxer’ et chaussé de lunettes de soleil, qu'il s'avance. A moins que ce ne soit tout simplement la nuisette de bobonne...

L'intro passée, histoire de faire monter la pression, le jeune homme, entame la chansonnette par « It's Happening Now », titre éponyme d'un second album particulièrement réussi et qui a fait couler beaucoup d'encre sur le site de Musiczine.

Une composition qui prend un sens particulier aussi, puisque le jeune artiste belge y conte l’histoire de son oncle, Michel, atteint de schizophrénie et décédé il y a une dizaine d’années après une longue souffrance psychologique. Dont acte !

Si l’elpee précédant surfait plutôt sur les nappes de synthés, ici ce sont les guitares qui règnent en maître. « Alien », « New Becoming » et « Run For Your Friend », livrés à la queue leu-leu, confirment les contours rugueux du style musical.

Une musique de mec pour les mecs qui en ont dans le falzar !  Des chansons brutes qui signent un retour aux sources et à l’enfance.

Dans un versant plus électro, « 21st Century Boy » contraste avec des relents pop électro enivrants et légers. Une compo qui s’apparente à une caresse apaisante et valorise davantage la puissance vocale du blondinet platine.

Au fil des années, Mustii est parvenu à tirer parti d'une maturité en progression constante. Si l’aspect pop subsiste en filigrane, il semble assumer davantage les références rock, new-wave tout en adoptant un son plus électrique. Ce qui donne un résultat singulièrement riche et vivifiant. Un genre qui lui va comme un gant.

Acteur, auteur, compositeur et interprète, le Belge surprend. Par la musique, la vitalité, la communion, la générosité et l'expression sonore.

Le show est rythmé par son art à maitriser les mouvements ! Dans une forme olympique, le gaillard ne cesse de courir et d’interagir avec les spectateurs, lorsqu'il ne s'improvise tout simplement pas acrobate sur les montants du chapiteau (ou plutôt du ChapitO). De quoi donner des frayeurs aux assureurs...

Grâce à son physique de jeune premier, il semble trouver auprès des gonzesses une certaine empathie.

Thomas Mustin maîtrise parfaitement les codes de la scène, c'est indéniable. Ses prestations sont toujours extrêmement théâtralisées, stylisées et millimétrées. Mais en jouant un personnage à outrance, ne risque-t-il pas de dénaturer l’âme du show ? Même, s'il s'essaie à garder une certaine spontanéité, il s'installe malgré tout dans la chorégraphie, laissant trop peu de place à l'intuition et à la liberté d'action. C'est vraiment dommage !

Soudain, Thomas lance un appel à travers « Give me a hand », un morceau caractérisé par son refrain entêtant. Une chanson fédératrice, imprimée sur un tempo entraînant. Une manière délicate d'entamer cette quête ultime de rédemption en vue d’exorciser ses vieux démons. Puisse-t-il y parvenir enfin !

Responsable de chansons intelligemment réalisées, interprétés et soignées, l’excité de service prend les rênes de cette soirée en s'imposant. Il se dévoile pour la seconde fois aux Gens d'Ere lors d’un concert d'une rare intensité.

En quelques années seulement, le répertoire de Mister Mustin s’est enrichi. Entre rock et clubbing ses compos sentent bon la vie et l'urgence. Ce gars est littéralement taillé pour la scène !

Caractérisé par son tempo frénétique, « Skyline » souligne une quatrième de couverture réussie, signant au gros marqueur noir ce qui a toujours été une évidence : Mustii est un artiste à part entière.

Même s'il se détache difficilement des poncifs du genre, il acquiert ses lettres de noblesses en dispensant une musique qui plaît parce qu'ambassadrice de bonne humeur.

Mustii, caméléon s'adapte et s’enivre de tout ce qui l’entoure. Cheville ouvrière du touche-à-touche, ce soir, il a été parfait.

Le soleil prend doucement la poudre d'escampette. Le vent souffle comme pour effacer tous ces souvenirs. Christophe Maé s'invite.

Icône de la pop et de la chanson française ‘un peu facile’, ses albums revêtent des couleurs assez différentes, oscillant du blues à la soul en passant par le jazz.  

Après quelques minutes d’écoute, sa voix rauque commence à casser les oreilles de votre serviteur. En outre, le show est mielleux et linéaire. La dynamique qui, jusque-là, s’était installée, est rompue.

Maé chantait « Il est où le bonheur ? ». Pour votre serviteur, il n’est certainement pas ici !

Trois jours aux Gens d'Ere et des étoiles pleins les yeux, l'édition 2022 a une fois de plus tenu ses promesses.

A l’année prochaine !

(Organisation : Les Gens d’Ere)

Delta + Cali + Mustii + Christophe Maé

(Voir aussi notre section photos ici)

Page 4 sur 142