Elephant Stone est perdu dans ses rêves

Chargée de textes introspectifs la musique d’Elephant Stone aborde pour sujets principaux, la perte, le deuil et les crises existentielles. La formation montréalaise vient de sortir un nouveau single, « Lost In A Dream », une compo qui mêle les grooves à la…

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Deux nouveaux singles pour les Kills !

The Kills annonce la sortie prochaine d’un nouvel elpee. En attendant, Alison Mosshart et Jamie Hince nous proposent deux singles, "New York" et "LA Hex". Le premier évoque les Kills classiques avec son riff de guitare collant et le croon rituel. Les nouveaux…

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Bernard Dagnies

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Soirée consacrée aux groupes roots et americana, ce mardi 16 mai, à l'Ancienne Belgique de Bruxelles. Encore que ce mini festival se soit achevé par la formation de britrock Clearlake et qu'il ait été entamé par Sleepindog, le nouveau projet électrofolk minimaliste de Chantal Acda. Un regret, le manque de public qui au plus fort de l'événement, n'a jamais dépassé les 400 âmes.  

Jolie, sexy, Chantal Acda entame donc le spectacle à l'AB Club. Devant le podium, une partie du public est assise sur le sol ; il y a même une dessinatrice qui exécute quelques croquis de la chanteuse. Derrière la scène, un écran reçoit des projections d'images arty ou de la Flandre maritime : plage, sous-bois, etc., le plus souvent parcourus par des chiens. Des chiens heureux de courir dans la nature. Ce qui explique le nom du projet. Chantal possède une très belle voix, claire, cristalline, qui peut évoquer Joan Baez. Une voix qui colle parfaitement à ses compos atmosphériques, vibrantes, visionnaires, carillonnantes, dont on retiendra surtout « Times », « Wheelchair » ou « Blue flower » Elle s'accompagne tantôt à la guitare sèche, au vibraphone ou a piano. Pour la circonstance, elle a reçu le concours d'une collaboratrice. Préposée aux bruitages elle s'essaie de temps à autre au xylophone. Elle semble peu à l'aise ; et ses interventions n'apportent pas grand-chose à la musique de Sleeping Dog. A la limite, les McIntosh disposés sur la scène frappent davantage l'imagination. Et franchement, elle aurait pu s'abstenir. Ce qui n'empêchera pas Chantal de séduire un public apparemment conquis d'avance. Issu du nord du pays, c'est une certitude. Ses explications entre chaque titre, formulées exclusivement en néerlandais, en sont la plus belle démonstration. Maintenant, si elle souhaite vraiment passer la frontière (et pas seulement linguistique), elle aurait peut-être intérêt à avoir aussi recours à la langue de Shakespeare ou de Molière. En prenant exemple sur An Pierlé. D'autant plus que Chantal possède suffisamment de talent pour attaquer la scène internationale. A suivre, donc, et de très près.

Le Willard Grant Conspiracy est venu sous sa forme la plus épurée. Il y a bien Robert Fisher, le leader, mais il n'est flanqué que du bassiste Eric Van Loo et du guitariste Jason Victor. Ce dernier militant habituellement au sein du Miracle 3 de Steve Wynn. Robert accompagne d'ailleurs la tournée de l'ex Dream Syndicate. Un Wynn qui va d'ailleurs monter sur scène lors du dernier morceau de leur prestation, « Flying low ». Uniquement aux backing vocaux. Un set remarquable mais beaucoup trop court. A peine une demi-heure ! Pourtant, en peu de temps, le trio (NDR : donc une basse et deux sèches !) est parvenu à conjuguer talent et émotion. De son timbre de baryton, Robert nous envoûte de ses mélodies hymniques, tout en grattant ses six cordes. De temps à autre, il souffle dans un harmonica monté sur un rack. Jason joue en picking, alors qu'Eric donne du relief aux compos. « The trials of Harrison Hayes », « The ghost of the girl in the well » et une majorité de titres issus de son dernier opus, « Let it roll » vont ainsi défiler. Trop rapidement. Et on est resté sur sa faim…

John Roderick, le leader de Long Winters, se produit en solitaire. Mais franchement uniquement accompagné de sa guitare électrique, il remplit tout l'espace sonore. Certains lui reprocheront peut-être de réaccorder sa râpe entre les morceaux. Mais chaque fois, c'est pour sortir une vanne. Et comme il parle l'anglais à la perfection, on partage avec lui cette bonne humeur contagieuse. Il possède en outre, une voix sinusoïdale, oscillations vocales qui flirtent avec les accords plaqués mais très intenses qu'il administre à sa guitare. En fin de set, il abandonne son manche pour aller s'asseoir derrière le piano qui est resté sur scène après le set de Chantal. Et il s'y montre encore plus convainquant, récoltant d'ailleurs un rappel…

La dernière fois que j'avais assisté à un set de Centro-Matic, c'était en 2001. A l'AB, également. Il y a bien eu le projet South San Gabriel qui était à l'affiche du Pukkelpop, en 2003 ; mais je n'avais plus assisté à un concert du quatuor texan depuis 5 ans. Hormis le multi-instrumentiste Scott Danborn, les autres musiciens ont changé de physionomie. Will Johnson ne porte plus de lunettes, mais des lentilles. Mark Hedman, le bassiste, n'a plus du tout cette silhouette filiforme qui le caractérisait ; et en se laissant pousser les cheveux, Matt Pence, le drummer et ingénieur du son, ressemble de plus en plus à John Anthony Helliwell, le saxophoniste de Supertramp, lorsqu'il était jeune. Nonobstant le début de set quelque peu perturbé par une balance défectueuse, on sent que le quatuor de Denton est en forme. Scott se multiplie aux claviers, à la guitare ou au violon. Mais la sauce a du mal à prendre. Lorsque soudain, Scott décide de reprendre la basse à son compte et refile la six cordes à Mark. A partir de cet instant, la prestation va prendre une toute autre dimension. On entre alors dans un univers électrique, intense, tour à tour garage, 'crazyhorsien' ou même réminiscent du Paisley Underground. Et au cœur de cette débauche d'énergie rock'n rollesque, pourtant pavée de mélodies contagieuses, la voix de Will, dont les inflexions se font très proches de Paul Young, en deviennent bouleversantes. Le public est ravi et réclame un rappel que le quatuor lui accordera à travers une chanson écrite en 1997, une compo au cours de laquelle Will a abandonné sa guitare et affiche une attitude théâtrale qu'on ne lui connaissait pas. Il se met même à siffloter. Etonnant !

Désolé, mais franchement, après avoir lu toute une série d'articles consacrés à Clearlake, je me suis demandé si ce soir, j'étais en présence du même groupe. Apparemment oui, même si la moitié du line up a changé depuis deux ans. D'abord, le claviériste et membre fondagteur, Sam Hewitt, a tiré sa révérence ; et puis le drummer James Butcher a été remplacé par Toby May. Reste donc le bassiste, David Woodward, et l'autre membre fondateur, le guitariste/chanteur Jason Pegg. Surprise, car à l'origine, la formation insulaire concoctait une musique qui puisait essentiellement son inspiration chez Vandergraaf Generator, Talk Talk et la soul 'motownesqu'e. Alors oubliez tout ce que je viens de vous raconter, car aujourd'hui Clearlake pratique une sorte de funk blanc directement inspiré par Gang of Four. Encore que les mélodies rappellent plutôt Radiohead. Le claviériste a d'ailleurs été remplacé par un deuxième guitariste. Qui assure les backing vocaux. Et lorsqu'il conjugue sa voix avec celle de Jason, le résultat est digne des Posies. Les guitares claquent, déchirent, crépitent, se muent en véritables déflagrations électriques. Le son est puissant. Mais, Toby May parvient à canaliser toute cette énergie à l'aide de son drumming à la fois solide qu'efficace. Une caractéristique visuelle ? La taille des musiciens. Particulièrement minces, ils doivent tous approcher le mètre nonante. Et dans leurs costards, ces Britanniques sont vraiment élégants. Euh, il fait froid là-haut ?

dimanche, 17 juillet 2005 03:00

Dour Festival 2005 : dimanche 17 juillet

Formation gantoise, Absynthe Minded compte déjà deux opus à son actif ; et son dernier, « New day », avait été choisi comme album de la semaine, il y a deux bons mois. Un quintette dont la musique oscille de la pop au cabaret en passant par le jazz, la prog, le folk, le blues, le funk, la salsa et j'en passe. Une formation qui peut compter sur deux excellents instrumentistes : le contrebassiste Sergej Van Bauwel et puis surtout le violoniste Renaud Ghilbert (NDR : ce dernier accompagnait Sioen à ses débuts). Sans oublier, bien sûr, le chanteur/compositeur/guitariste Bert Ostyn. Bert possède une très belle voix, dont le timbre mélancolique, chaleureux, évoque le plus souvent un certain Mark Olivier Everett (Eels). Et sur les planches, la section rythmique ainsi que le claviériste (NDR : il dispose d'un hammond !) apportent leur pierre à l'édifice sonore. Lorsqu'Absynthe Minded interprète des chansons semi acoustiques, Bert préfère s'asseoir sur un tabouret de bar et s'accompagner à la guitare sèche. Pour les plus électriques il abandonne son siège et change de râpe en conséquence. Sergej valse régulièrement avec sa contrebasse. Renaud joue parfois de son violon comme une guitare. Ce disciple de Django Rheinhardt est également capable d'apporter une coloration tsigane voire baroque aux compositions. Et en fin de set, le drummer démontre qu'il n'et pas un manchot. Leur prestation empreinte de joie de vivre fait plaisir à voir. Et surtout à écouter. Surtout à cause de ce swing qui sent bon les années 30…

Non seulement David Gedge a remonté Wedding Present en 2004, mais il a commis un nouvel album (« Take fountain ») ; et dans la foulée est parti en tournée. En compagnie de son fidèle guitariste Simon Cleave ; et puis de la bassiste Terry de Castro ainsi que du drummer Kari Paavola. On ne peut pas dire que 'La petite maison dans la prairie' affichait complet pour accueillir le set de ce quatuor mythique (NDR : il ne faut pas oublier que la formation a décroché la bagatelle de 40 hit singles en Grande-Bretagne, entre 1986 et 1996 ; et qu'en outre elle figurait parmi les groupes les plus prisés par feu John Peel). Mais le public averti ne voulait pas manquer leur prestation (NDR : et tant pis pour les autres !). Véritable sosie de Robert Conrad (NDR : acteur principal de la série « Les Mystères de l'Ouest »), David Gedge n'a rien perdu de son phrasé de guitare caractéristique. Gratté, rapide et chatoyant, il alimente une instantanéité pop rafraîchissante. Et on comprend mieux pourquoi Simon Cleave est devenu son complément idéal aux six cordes. Un personnage qui dispose d'une panoplie de grattes assez impressionnante. Plus esthétiques les unes que les autres. Mais il joue avec une telle conviction, qu'il parviendra en en maculer deux de son sang. Terry chante sur une des chansons les plus mélancoliques : « Perfect blue » ; et ma foi, elle a une très jolie voix. David présente de temps à autre ses compos. Parfois dans la langue de Molière. En épinglant même, au passage, une toute nouvelle. Bref, à travers son set captivant, sculpté dans la noisy mélodique, Wedding Present est parvenu à nous démonter qu'il avait encore plus que des beaux restes. Et avant d'interpréter son dernier morceau absolument dantesque, Gedge a anticipé toute réaction de mécontentement, en expliquant que W.P. n'accordait jamais de rappel. N'empêche, quel régal !

Mauvaise nouvelle les Liars ne sont pas encore arrivés. On craint même qu'ils ne déclarent forfait. En fin de matinée, ild étaient encore à New York, et allaient prendre l'avion. Mais pour arriver à destination en temps utile, il aurait fallu les parachuter. En fait, il faut croire qu'ils n'avaient pas du tout envie de se produire à Dour. Des Liars quoi…

Aussi, le Babylon Circus a accepté d'avancer son heure de passage. En se retrouvant du même coup sur la scène principale. A 18h15. Et ils ont répondu à toutes les attentes, même si leur set était pratiquement identique à celui qu'ils avaient accordé, la semaine précédente, au Cactus de Bruges. D'ailleurs ceux qui les ont découverts ont largement pris leur pied.

Le hip hop, ce n'est pas trop mon truc. Mais dans le style, Sole est vraiment un trio pas comme les autres. Trois blancs. Un batteur au drumming riche, presque free jazz. Un guitariste qui se concentre exclusivement sur ses envolées atmosphériques, voire psychédéliques. Et un vocaliste qui rappe son monologue confessionnel ou ses jérémiades anti-impérialistes avec une grande habileté, en variant les flows et les cadences. Le tout balayé de samples, boucles et autres beats de circonstance. J'ai donc vu. Entendu. Et puis je suis parti.

Histoire d'aller jeter un coup d'œil au show de Desmond Dekker. Il ne faut pas oublier que Desmond Dekker est né en 1941 (NDR : ou en 43, suivant les bios). Et qu'il a appris à Bob Marley ses premiers accords de guitare. On le connaît surtout pour ses tubes "Israelites", « A it mek », "007 (Shanty Town)" et la cover de Jimmy Cliff, "You Can Get It If You Really Want". Des compos qui, remontent quand même à la fin des sixties. Rocksteady engagé, Desmond Dekker, possède une voix bien timbrée qu'il met au service du reggae, mais également du ska. Malgré une tentative de come-back opérée au début des eighties, il avait pratiquement disparu de la circulation. Et, sa présence à Dour avait de quoi surprendre. Béret d'aviateur vissé sur la tête, il affiche une présence qui contraste avec son âge. D'ailleurs, les aficionados du Jamaïcain ont eu l'agréable surprise d'assister à un set à la fois solide et bien équilibré. Que demande le peuple ?

De Jon Spencer Blues Explosion à Blues Explosion, il n'y a qu'un pas. Que Jon Spencer a franchi lors de l'enregistrement de son septième album. Ce qui ne change pas grand-chose à la musique du trio. Ni à la formule : deux guitares et une batterie. Et sur la scène, on retrouve inévitablement la même énergie et la même excitation rock'n rollienne. Ce blues à forte libido et cette attitude punk très marquée. Sans oublier ces breaks qui vous plongent littéralement dans le vide. Jon continue de nous asséner ses 'Blues Explosion' militaires. Un changement : l'absence du theremin. Les cheveux coupés courts, Jon bondit, se contorsionne, regarde son micro d'un air lubrique et s'agite comme s'il avait un saumon vivant dans son pantalon (NDR : de cuir !). A gauche de la scène, Judah Bauer (NDR : il chante quand même une compo) aligne imperturbablement ses riffs de guitare lorsqu'il ne les conjugue pas avec ceux - explosifs – de Jon, pendant que Russel Simmins martèle sauvagement ses fûts. A chaque concert, on a même l'impression qu'ils jouent comme si c'était leur première apparition sur les planches. Et en quittant la scène, Jon soulève son ampli avant de le laisser retomber sur le baffle…

Les Levellers avaient inversé l'ordre de passage avec Madrugada. 15 ans plus tôt, le folk punk celtique des Levellers apportait un vent de fraîcheur à la scène musicale pop/rock. Et en 'live', la formation mettait le feu partout où elle passait. Aujourd'hui, leur musique a mal vieilli. Les instrumentistes sont toujours aussi talentueux, et en particulier le violoniste Jon Sevink. Mais la flamme s'est éteinte. Tout comme l'inspiration d'ailleurs.

A l'instar de leur set accordé la semaine dernière au Cactus de Bruges, Madrugada s'est montré à la hauteur sa réputation. Et on leur accordera nos félicitations pour le respect qu'ils manifestent vis-à-vis du public, car pour venir jouer à Dour (NDR : 10 jours plus tôt une annulation était dans l'air) ils ont effectué un voyage de 12 heures. Chapeau ! Maintenant, le tracklist étant sensiblement identique à celui proposé dans la Venise du Nord, il ne m'a pas semblé judicieux de m'étaler davantage sur leur prestation. D'autant plus qu'il a fallu quitter les lieux une bonne vingtaine de minutes avant la fin du set pour ne pas manquer une des têtes d'affiche du festival : Killing Joke.

Assister à un concert de Killing Joke, c'est un peu comme assister à une cérémonie. A un rituel. Personnage central, leader charismatique voir shamanique, chanteur à la voix cassée, rauque, inquiétante, lyrique, capable de jaillir comme un cri de rage, Jaz Coleman monte sur scène vêtu d'une salopette bleue. S'il n'avait le visage peinturluré comme un guerrier africain, on penserait qu'il travaille dans un charbonnage. Une impression corroborée par les autres musiciens qui se sont noirci le visage. Des fantômes qui hantaient les puits désaffectés de la région de Dour seraient-ils remontés à la surface ? Image surréaliste amplifiée par la machine à feu qui exécute sa ronde infernale. Un contexte qui va donner une coloration toute particulière au set puissant et dévastateur de Killing Joke. Cause à effet, mais les sonorités du clavier n'ont jamais été aussi post industrielles. La guitare de Geordie Walker concasse, se tord, persécute, abrase, pendant que la section rythmique muscle le tout lorsqu'elle ne joue pas au rouleau compresseur. Faut dire que la basse de Youth est un groove à elle seule ! Tribale et hypnotique, la musique de Killing Joke est noire, dérangeante, primitive et intense : elle sort du ventre. Et Jazz fait son show. Il tremble de tout son être, fustige le public, l'exhorte à entrer en communion avec lui. Ses yeux vous transpercent littéralement. Devant le public pogote frénétiquement. Jazz est heureux de voir leur réaction. Il remercie l'assistance et se retire. Il est minuit trente : le temps est passé trop vite…

samedi, 12 février 2005 04:00

D Hiver Rock 2005 : samedi 12 février

Il ne m'a pas été possible d'assister aux prestations d'Occy Altiga, d'Adolina et de Kofeee ; et pour cause, durant leur set, je recueillais les propos des musiciens de Bacon Caravan Creek, que vous retrouverez à travers une interview dans Musiczine, la semaine prochaine.

Quatuor anversois, In-Kata pratique une sorte de post rock dans la lignée d'Explosion In the Sky, voire de Mogwai. Musicalement, le groupe est particulièrement au point. Vocalement, c'est plutôt la cata ( ?!?!?), même lorsqu'il essaient de chanter tous les quatre. Conclusion : soit ils engagent un chanteur, soit ils arrêtent de chanter.

Pi Project est un nouveau projet au sein duquel on retrouve Pierre Surquin. Qui a mis provisoirement sa carrière solo en veilleuse pour se faire plaisir en jouant du rock. Pas du rock climatique comme il pratiquait à ses débuts en cherchant le chaînon manquant entre Wheat et Red House Painters, mais du gros rock bien basique, un peu daté, à la fois hymnique et gothique qui cherche un compromis entre Midnight Oil et Bauhaus. Une formation dont le line up réunit deux guitaristes, un bassiste, un drummer, un claviériste et un chanteur. Qui possède un superbe timbre, soit dit en passant. D'excellentes individualités ne font cependant pas la meilleure équipe. A l'instar du sporting d'Anderlecht dans le domaine du football, si vous voyez ce que je veux dire. D'autant plus que le chanteur n'est pas toujours en phase avec les autres musiciens. Et ce n'est pas « Man told me », véritable hit en puissance, qui me fera changer d'avis. Il n'y a  pourtant aucune raison de jeter le bébé avec l'eau du bain. Leur single deux titres (« After the atom ») est quand même d'excellente facture. Mais le sextuor doit maintenant privilégier la cohésion. C'est sans doute une question de rodage (NDR : ou d'entraînement si vous préférez le langage sportif !)

Malibu Stacy est le vainqueur du dernier Concours-Circuit. Et après avoir assisté à leur set, on comprend mieux pourquoi. En fait, si Ghinzu fut le point d'orgue du festival, Malibu Stacy et Bacon Caravan Creek en sont les révélations. Pour un aussi jeune groupe, Malibu Stacy affiche une cohésion particulièrement étonnante. Mais si leur pop rafraîchissante, allègre et contagieuse, rappelle quelque part Weezer, le chanteur donne une coloration nettement plus britpop à l'ensemble. Véritable showman, il me rappelle même un certain Jarvis Cocker (Pulp). Longiligne, petites lunettes, il se contorsionne avec sensualité et une élégance rare autour de son pied de micro. En outre, il possède une fameuse voix. A mon avis, on reparlera bientôt de Malibu Stacy. Et en bien !

Autre révélation de la soirée, Bacon Caravan Creek a enregistré son premier elpee (« Behind a wish »), fin de l'année dernière. Un disque qui figurait d'ailleurs dans mon top 5 des albums belges. Et leur mélange d'ambient et de pop/rock mélodique prend une toute autre dimension sur les planches. Tout au long de leur set, on est envoûtés par leur solution sonore. Tous les regards sont pourtant braqués sur Nicolas, qui chante (NDR : avec énormément de talent) derrière son pupitre à samples. Presque cold, la basse de Vincent donne le groove, pendant que Jonathan dispense ses accès d'électricité avec une grande sobriété, mais surtout une rare efficacité. Derrière ses drums ou la deuxième machine à samples, Xavier coordonne toute la souplesse des tempos. En y réfléchissant bien, nous sommes alors aux confins de l'univers de Radiohead circa « Kid A » ou encore « Hail to the thief ». Epatant !

Toujours sous le charme de Bacon Caravan Creek et de Malibu Stacy, j'ai rencontré pas mal de difficultés à entrer dans le set de Steels. Et pourtant, ce quintette issu de la région de Dour excelle dans son post rock qui doit autant à Godspeed You Black Emperor qu'à Mogwai. Les compos peuvent ainsi passer du plus atmosphérique au plus fulgurant, sans pour autant perdre le fil de leur coulée continue. Notez bien : le chanteur ne s'appelle pas Tom, mais bien Benjamin. Egalement derrière son pupitre à samples (NDR : aujourd'hui, ça fait tendance !), il possède un timbre capable de passer du falsetto au baryton. Et leur dernière composition m'a furieusement fait penser à « The end » des Doors. Même la manière de chanter de Tom me rappelait un certain Morrison. A revoir, c'est une certitude !

Hulk doit faire un véritable tabac au Pays-Bas. Un trio composé d'excellents instrumentistes qui pratique un blues rock (NDR : ou un rock blues, si vous préférez) que j'écoutais volontiers au cours des seventies. Encore que dans le genre, personne n'est encore parvenu à égaler le défunt et légendaire Rory Gallagher. Le chanteur possède d'ailleurs un look (NDR : les rouflaquettes !) proche du célèbre Irlandais. Si dans le style, le groupe a fait un véritable malheur, il faut avouer qu'en 2005, leur musique fait plutôt passéiste. Un avis que ne partage pas les post-trentenaires (quadragénaires ?) qui estiment avoir pris une véritable claque. M'enfin, tous les goûts sont dans la nature. (Voir également la chronique de leur album "Party time")

Il revenait à Pillow de clôturer le festival. Un quintette qui pratique une musique exclusivement  instrumentale dominée par les guitares (NDR : parfois trois !). Une sorte de concentré de post rock (NDR : encore !) qui puise son inspiration chez Explosions In The Sky, A Silver Mt. Zion ou encore Mogwai. Concentré parce que les périodes de méditation sonore ont été éliminées, pour laisser place à des morceaux qui ne s'éternisent pas inutilement. Mais si les guitares dominent le sujet, le synthé habille les compositions, pendant que la basse donne un ton plutôt cold au climat sonore. Une très belle prestation nonobstant le bris de lanière du soliste, qui a dû jouer assis pratiquement tout le set.

Une belle réussite pour ce D'Hiver Rock dont on attend impatiemment la quatrième édition l'année prochaine. 

vendredi, 11 février 2005 02:00

D Hiver Rock 2005 : vendredi 11 février

Pour sa troisième édition, le festival D'Hiver Rock avait décidé d'élargir son programme à la musique électronique ainsi qu'à la 'lomographie'. Un courant underground de la photographie que nous propose Chad, professionnel de cet art visuel, à travers son exposition intitulée  « Une ville, deux jours, trois boîtiers » Pas de numérique, mais des instantanés qui immortalisent ( ?!?!?) notre époque avec un œil différent. Pour celles et ceux qui veulent en savoir davantage, je vous invite à vous rendre sur les sites www.lomographie.net , http://mybeautifullomo.free.fr ou encore www.lomography.com  (NDR : ce dernier en anglais). Et la liste n'est pas exhaustive. L'exposition se déroule du vendredi 11 au dimanche 20 février. Mais revenons au festival qui a donc enregistré un sold out le vendredi et une très belle assistance le samedi. Avec deux programmes bien différents, puisque si le premier jour réunissait des valeurs confirmées (Ghinzu, Hollywood Porn Stars et Austin Lace), le second a surtout valu par la découverte de nouveaux talents (Bacon Caravan Creek, Malibu Stacy). Mais nous y reviendrons au cours de ce compte-rendu.

Vendredi 11 février 2005

Il revenait au local Nil Obstat d'ouvrir le festival. J'avais eu l'occasion de le voir en concert, il y a un peu plus d'un an au Centre Marius Staquet de Mouscron. Et il faut avouer qu'il n'avait pas laissé un souvenir impérissable. Depuis, Nicolas a fait de nets progrès. A l'instar d'un Dominque A, il est seul sur scène. Et joue de la guitare en se servant de multiples pédales de distorsion, tout en s'appuyant sur un programmateur de boîtes à musique. Qu'il maîtrise aujourd'hui à la perfection. Et puis il chante. Dans la langue de Molière. Ce qui n'est pas un problème. Là où le bât blesse, c'est sa voix. Un peu trop déclamatoire, elle ne parvient que trop rarement à donner du relief à sa musique. Et Nicolas a eu beau essayé de se démener sur ses six cordes, le set ne décollera jamais.

Auteur d'un chouette deuxième album, Austin Lace pratique une pop légère aux mélodies rafraîchissantes et contagieuses. Après avoir écouté leurs chansons, on a envie de les siffloter. Et pas seulement sous la douche (NDR : faut dire que dehors, il faisait un temps de chien !). Une musique qui vous donne envie de prendre la vie du bon côté. Bien loin de tous les tracas de la vie quotidienne. Et quoique sans grand éclat, leur prestation a un côté ensoleillé qui fait du bien en cette période de l'année. Et puis, il y a Fabrice. Le chanteur/guitariste. Une très très belle voix, dont les variations de timbre sont tout bonnement impressionnantes. Et lorsqu'elle se conjugue en harmonie aux backing vocals de Fred (le drummer) et de Lionel (le guitariste), je ne puis m'empêcher de penser aux Papas Fritas. Un regret : sur les planches, les fioritures jazzyfiantes qui émaillent leur elpee (« Easy to cook »), passent pratiquement inaperçues.

Crumble Lane doit avoir beaucoup écouté Green Day pour dispenser un semblable style musical. Qu'on a qualifié de noisecore, de skate-punk ou de harcore juvénile suivant les époques. Malheureusement, Crumble Lane n'est pas Green Day. Et leurs mélodies ont beau être soignées, elles sembles toutes calquées dans le même moule. Aussi après dix bonnes minutes, j'ai préféré m'éclipser…

Issu de la région de Liège, Hollywood P$$$ Stars avait laissé une excellente impression lors de son passage à l'édition 2004 du D'Hiver Rock. Une bonne raison pour les réinviter cette année. Et puis, leur premier véritable elpee, « Year of the tiger » est un régal. Un disque où si la forme est encore et toujours de l'emo et de la pop, le fond flirte avec du bon rock mélodieux et fougueux, teinté parfois d'électronique. On y recèle même des titres plus calmes, mais l'essentiel réside dans ces solos aux guitares incisives qui se cherchent des noises. Et pendant la moitié du set, H.P.S. va démontrer tout son savoir-faire, développant sa sensibilité pop tout en imposant un son rageur. Toutes guitares dehors. Puis, la formation s'est lancée dans un trip semi psychédélique, semi métallique. Une défonce au cours de laquelle elle s'est fait plaisir c'est une certitude. Personnellement, ce type de voyage ne me dérange pas trop. Pourvu que l'on sache où l'on va. Or j'ai la nette impression que le groupe ne le savait plus trop lui-même. Vu les capacités d'H.P.S., l'important est peut-être qu'ils s'en soient rendus compte. Ce qui n'a pas empêché une bonne partie du public d'apprécier l'escapade…

Flatcat doit avoir beaucoup écouté Green Day pour dispenser un semblable style musical. Qu'on a qualifié de noisecore, de skate-punk ou de harcore juvénile suivant les époques. Malheureusement, Flatcat n'est pas Green Day. Et leurs mélodies ont beau être soignées, elles sembles toutes calquées dans le même moule. Aussi après dix bonnes minutes, j'ai préféré m'éclipser… Paraît que le groupe s'est quand même illustré en invitant une partie du public sur scène.

Ghinzu était bien la tête d'affiche du festival. Et avant même de monter sur les planches, la formation bruxelloise avait mis le public dans sa poche (NDR : faut dire que leur deuxième album, "Blow", est tout bonnement impressionnant). Très concentrés, costards/cravate à la Tarentino, les musiciens font monter l'intensité. Morceau après morceau. Un peu à la manière de Radiohead circa « OK Computer ». Calfeutré derrière son instrument, John, le chanteur/claviériste se lève épisodiquement, un peu comme s'il était secoué par une décharge d'adrénaline, avant de se rasseoir. Et puis, soudain l'adrénaline est trop forte, et John abandonne ses ivoires pour empoigner une six cordes. Histoire de faire encore monter la pression. A partir de cet instant, le set va littéralement s'enflammer. Mais avec une maîtrise digne de vieux pros. Même lorsque le guitariste se laisse porter par le public (NDR : oui, oui, comme Peter Gabriel !). Un guitariste qui passe même aux drums pour un titre de trash funk metal absolument dantesque, le batteur ayant de son côté troqué ses baguettes pour le clavier. En rappel, Ghinzu se lance dans une version particulièrement glamoureuse du « Purple Rain » de Prince. John ne tient plus en place. Il décide d'empoigner un porte-voix et vocifère à tue-tête pendant que ses comparses gesticulent dans tous les sens. Ovation ! Alors que le groupe s'est déjà tiré. Les mauvaises langues diront qu'ils commencent à attraper la grosse tête. Des bruits confirmés par certains organisateurs. N'empêche, quel concert !

 

samedi, 09 juillet 2005 03:00

Cactus 2005 : samedi 9 juillet

Désolé pour ce que les Pays-Bas considèrent leur meilleur groupe live et l'avant-garde du mouvement 'électro-fusion', mais je n'ai pu assister au set de Zuco 103. Pourtant, il paraît que leur mélange de mélodies brésiliennes, de drum'n'bass, de triphop, de r&b, de jazz et d'afrobeats réussit à faire bouger les plus coincés, voire les plus encroûtés. Pas d'empêcher les retardataires d'arriver à l'heure. Mea culpa !

Etonnant de voir une formation française se produire lors d'un festival organisé au nord de la Belgique. Et d'y récolter un beau succès. Son nom : Babylon Circus ! Issu de Lyon, ce collectif – ils sont dix – pratique un mélange de ska, de reggae, de musette (NDR : les Négresses Vertes ?), de jazz, de dub, de punk et de musique de l'Est (NDR : pensez au film « Underground » d'Emir Kusturica) sur fond de théâtre et d'engagement sociopolitique (NDR : le pastiche du JT en est une des plus belles illustrations). Un drummer, un claviériste, 4 cuivres, un bassiste, un chanteur/guitariste et deux vocalistes spécifiques. Qui s'expriment parfois dans la langue de Shakespeare, mais le plus souvent dans celle de Molière. Ca bouge dans tous les sens, c'est festif. Le courant passe parfaitement avec le public. Auquel ils leur racontent être tenu d'écourter leur set, parce qu'il doivent se produire le lendemain dans le sud de la France. S'excusent. Exécutent une dernière compo d'une trentaine de secondes et se taillent. Sous les sifflets et les huées. Avant de revenir en fanfare. Et de démentir. Pour terminer sur les chapeaux de roues. Enfin presque puisqu'ils achèveront leur set par un exercice de style a cappella. Ovation ! Et plongée dans le public de plusieurs musiciens qui rejoignent alors la fanfare locale.

Bien que reformé depuis l'an 2000, on ne peut pas dire que les Presidents Of United States Of America aient défrayé la chronique. Ils ont pourtant commis depuis deux albums : « Freaked out and small » et « Love Everybody ». Mais ils sont totalement passés inaperçus. Faute de hit, probablement. Car les P.O.U.S.O.A. sont surtout notoires pour leurs tubes : « Kitty », « Peaches », « Lump », « Zero fighting » etc. ; ou encore leur version du « Video kill the radio star » des Bugles. Et c'est d'ailleurs par ce titre que, le trio ouvre son set. Set et fête riment chez les Presidents, une fête teintée d'humour et d'excentricité. Chris Ballew, Dave Dederer et Jason Finn multiplient les frasques (NDR : lorsque Jason frappe ses baguettes sur les planches, en se promenant à quatre pattes, on est au bord du délire) pour le plus grand plaisir de la foule. Sans pour autant oublier de soigner leur prestation, ponctuée des inévitables tubes. Adressant même un clin d'œil aux Beatles du tout début des sixties, à MC5 (la cover de « Kick out the jam ») et même à Gloria Gaynor, en rappel, pour le célèbre « I will survive ». Rien que leur présence méritait le déplacement !

Depuis qu'il a remporté la médaille d'argent au Humo Rock Rally de 2000, Admiral Freebee s'est forgé une solide réputation dans le nord du pays. Mais Admiral Freebee, c'est avant tout le chanteur/compositeur/multi-instrumentiste (NDR : il joue le plus souvent de la guitare, mais aussi du piano, de la trompette ou de l'harmonica) Tom Van Laere. Admiral Freebee est avant tout un groupe de rock. Qui puise essentiellement son inspiration dans les seventies ; et en particulier chez Van Morrison, les Faces, les Stones et Bob Dylan. En outre, Tom possède une voix écorchée, rauque (rock ?) qui sied parfaitement à ce style musical. Et puis un look d'époque : un large bandeau rouge dans les cheveux et une barbe qui lui mange le visage. Soutenu par un backing group particulièrement solide, Admiral Freebee va alterner titres puissants, électriques et ballades chargées d'émotion (NDR : qu'il interprète alors le plus souvent au piano). Des chansons hymniques que le public reprend même parfois en chœur. En fin de set, Tom se prend même pour Hendrix en jouant de sa six cordes avec les dents. Et puis nous réserve sa compo la plus élaborée « Get out of town », qui débute très doucement avant de se métalliser, puis d'éclater dans une véritable orgie d'électricité. Recueillant un très gros succès auprès du public, Admiral Freebee accordera sans peine le rappel réclamé. Personnellement ce set m'a quand même laissé perplexe. Une excellente prestation sans doute. Mais un peu trop revivaliste, sans aucun doute. Enfin, des goûts et des couleurs….

Pour effectuer sa nouvelle tournée, Will Oldham, alias Bonnie 'Prince' Billy, Palace Brothers, Palace Music ou encore Palace, a eu la bonne idée de s'entourer d'un groupe. Parmi lequel on remarquera la présence du guitariste Matt Sweeney ; un ex Chavez récemment impliqué chez le défunt Zwan de Billy Corgan. Et puis une claviériste (NDR : qui passe son temps disponible à fumer des clopes ou à prendre des photos) et un très jeune drummer. Bref une formule électrique qui dans ses meilleurs moments peut atteindre l'intensité d'un Neil Young ou baigner dans un climat atmosphérique digne de l'album incontournable de David Crosby, « If I could only remember my name ». Instrumentalement, le quatuor est plus qu'au point. Et en particulier la conjugaison des guitares opérée entre Matt et Will. Scéniquement, Will (NDR : casquette yankee vissée sut la tête et barbe en broussaille) se complait dans son monde. Régulièrement dos au public, il prend son pied sans se soucier de la réaction du public, auquel il n'adresse la parole qu'après 45 bonnes minutes. Pour dire merci. De temps à autre, lors d'un changement de tempo, il exécute un petit pas de danse, comme s'il était content de vivre cet instant de bonheur intérieur. Qu'il ne partagera jamais au cours de son set. Dommage…

Je n'avais pas conservé un souvenir impérissable du dernier passage d'Asian Dub Foundation, en première partie du concert de Radiohead à Forest National. Mais il faut leur reconnaître une intégrité intellectuelle qui mérite le respect. Depuis 2000, la formation est passée de l'engagement sociopolitique au militantisme. Un militantisme qui transparaît à travers les lyrics des deux MC's dont le rap acharné parvient à exciter la foule. Et même à la faire danser. Sur une musique qui mêle allègrement drum'n'bass, hip hop, (dub)reggae, funk, ethno et beats. Lors de leur set, l'accent a surtout été porté sur les compos du dernier album « Tank ». Mais les meilleurs moments de leur prestation se sont paradoxalement produits lors de leurs envolées instrumentales. Libérant alors une atmosphère plutôt étrange, au sein de laquelle les percus et les sonorités indiennes étaient davantage mises en évidence. Fidèle à la tradition, Asian Dub Foundation a clôturé son set par « Rebel warrior », issu de son tout premier opus, « Fact & fiction ».

 

vendredi, 08 juillet 2005 03:00

Cactus 2005 : vendredi 8 juillet

Le Cactus attire de plus en plus de monde. Pour preuve, la journée du dimanche consacrée essentiellement à la world était sold out. Faut dire que le cadre du Minnewaterpark est absolument superbe. Canaux et espaces verts balisent ce festival encore très familial. Des enfants (NDR : pour lesquels de multiples activités ont été organisées), des parents et des grands-parents côtoient les festivaliers dans la plus grande convivialité. Et puis une seule scène. Ce qui permet de souffler une petite demi-heure entre chaque set…

Vendredi 8 juillet

Il revenait à Dieffenbach d'ouvrir la 24ème édition du festival. Le peu de temps consacré à leur set m'a quand même permis de découvrir une formation qui accorde un très grand soin à ses harmonies vocales. Pensez aux Byrds. Sur une musique élégante, à la fois pop et psychédélique, largement influencée par la fin des 60's et le début des 70's ; mais revisitée par un très fort courant post rock. Etonnant, lorsqu'on sait que les deux premiers elpees accordaient une large part à l'électronique. Et apparemment, le troisième et dernier opus (NDR : « Set and drift ») de ce quintet danois confirme la nouvelle orientation. Un groupe à suivre, c'est une certitude…

La Scandinavie était à l'honneur, puisque après des Danois, l'affiche nous proposait des Norvégiens : Madrugada. Pas des inconnus, puisqu'ils se sont déjà produits à plusieurs reprises en Belgique et notamment lors d'une précédente édition du Cactus. Et puis la formation compte déjà 4 albums à son actif, dont le dernier, « The deep end », est paru voici quelques semaines. Pour accomplir sa tournée, le trio de base (Sivert Hoyen au chant, Robert Buras à la guitare et Frode Jacobsen à la basse) a engagé un drummer et un claviériste/guitariste. Grand, la boule à zéro, vêtu d'un gilet particulièrement seyant, Sivert dégage beaucoup de charisme. Gestes amples, arpentant toute la largeur de la scène, il entre facilement en communion avec son public. Et puis il pose littéralement son baryton profond sur les chansons généreusement électrifiées par Bob. Les cheveux en pétard, à la Rob Tyner (MC5), Robert torture sa râpe comme un vieux briscard qui aurait vécu le mouvement West Coast la fin des sixties. Ce qui n'empêche pas l'ensemble de couler de source avec une intensité blanche digne de Leather Nun (NDR : le groupe a interprété plusieurs anciennes compos), de s'enfoncer dans une mélancolie ténébreuse digne des Bad Seeds, ou encore d'épouser une forme plus allègre comme sur les hispanisant « Hard to come back » et « Stories from the streets » ainsi que le REMesque « The kids are on high street ». Et puis ponctuellement, Sivert empoigne une guitare sèche pour s'embarquer dans l'une ou l'autre ballade hymnique empreinte de tendresse. Un chouette moment !

Fondé au tout début des 90's, les Frames comptent déjà 5 albums à leur actif. Une formation irlandaise souvent comparée à dEUS. Pas étonnant, d'ailleurs, qu'ils aient déjà travaillé en compagnie de Tom Barman. Drivée par le chanteur compositeur Glen Hansard, elle peut compter sur la présence d'un excellent violoniste, un certain Colm Mac An Iomaire. Malheureusement sur scène, ce violon n'est pas suffisamment mis en évidence. Glen (NDR : les cheveux et la barbe roux carotte !), possède une très belle voix et les autres instrumentistes semblent connaître leur sujet. Pourtant le set ne décolle que trop rarement. Les quelques moments d'intensité à se mettre dans l'oreille sont rapidement dilués dans une monotonie qui suscite rapidement l'ennui. Parfois en n'entend pratiquement plus rien. Et les spectateurs en profitent pour tailler une bavette avec leur voisin ou pour aller chercher quelque rafraîchissement…

En perte de vitesse depuis quelques années (NDR : un « best of » en 2002 et un « Loco » complètement ringard en 2003), les Fun Lovin´ Criminals jouissent encore – heureusement – d'une excellente réputation de groupe 'live'. Comme d'hab., le groupe affiche un look très 30's. Même qu'ils auraient pu jouer dans la série 'Les Incorruptibles'. Il n'y manque qu'Eliot Ness ! Vêtu d'un costard (sans cravate!) digne d'un mafioso, Huey Morgan n'a rien perdu de sa dextérité à la guitare. Coiffé d'un doulos et arborant des bretelles certifiées d'époque, Mackie allie souplesse et frénésie aux drums. Quant à Fast, il continue d'assumer sobrement son rôle, partagé entre basse, clavier et trompette. Malheureusement la voix de Huey passe très mal. A croire qu'il fume 3 paquets de clopes par jour. Pourtant leur mélange de funk, de hip hop, de jazz nightclubien, de rock, de Chicago blues, de gangsta rap et de soul ne manque pas de charme. Et en particulier l'hommage à Barry White, « Love unlimited ». Empreintes de sensualité et de fun et bercées de rythmes chaloupés voire latinos, les compos restent agréable à écouter. Outre « Korean bodega », « Scooby snacks », « Where the bums go », « Come find yourself » et « 10th street », le trio va même nous réserver quatre compos issues de leur nouvel elpee « Livin In The City » (NDR : sortie prévue ce 25 juillet !) : « The preacher », « That ain't right », « Is ya allright » et le single « Mi Corazon ». Mais on a l'impression que le groupe n'a pas le feu sacré. Cessant sa prestation dix minutes avant la fin prévue de son set. Pour y revenir lors d'un pseudo rappel au cours duquel ils joueront leur hymne « Fun Lovin' Criminals »…

 

vendredi, 19 août 2005 05:00

Pukkelpop 2005 : vendredi 19 août

Tout au long du trajet qui mène à Hasselt, nous avons traversé une multitude d'orages. Plus violents les uns que les autres. A un tel point, qu'on se demandait si le festival n'allait pas connaître une situation semblable à 2003, lorsque les campeurs durent plier armes et bagages, tant il était tombé de précipitations. Le site avait même été transformé en véritable cloaque. En arrivant à Kiewit, on s'est quand même rendu compte qu'il avait plu. Mais dans des proportions raisonnables. Ce qui ne nous empêchait pas de craindre le pire. Car les ondées ont commencé à se manifester. Pour heureusement cesser vers 13 heures. A partir de ce moment, le temps est demeuré menaçant, ne distillant que quelques gouttes voire une averse de brève durée. Finalement, le soleil fera de timides apparitions, préservant ainsi une affiche vraiment exceptionnelle. A croire qu'il existe un microclimat dans cette région, car tout au long de cette journée le reste de la Belgique aura les pieds dans la flotte tant il est tombé des hallebardes. Et connaîtra même des inondations ! Auxquelles nous assisterons sur le chemin du retour, vers 3h30 du matin…

Mauvaise nouvelle, Baby Shambles a déclaré forfait. Une demi surprise, car Doherty continue de filer du mauvais coton. Pas pour rien que les Libertines ont décidé de se passer de ses services. Et même de son talent.

Résultat des courses, le set de The Coral est retardé à 13h05. Tout en avalant un sandwiche, on entend au loin la musique d'un groupe qui ressemble à celle du Clash. Elle vient du club. Au sein duquel se produit Infadels. Une belle occasion pour découvrir cette formation londonienne pratiquement inconnue en Europe. De petite taille, tout de noir vêtu et la boule à zéro, le chanteur harangue la foule d'une voix au timbre fort proche de Joe Stummer. Look années 30 (le chapeau !), le guitariste arpente tout le long de la scène. Et hormis le drummer (NDR : ce serait le fils de Bill Brudford, un personnage qui a notamment milité chez Genesis, King Crimson et Yes) les autres sont aussi agités. En particulier, le claviériste/bidouilleur qui frappe sur une cymbale comme un malade. A la croisée des chemins de Radio 4, de Midnight Runners et de The Rapture, leur cocktail de punk, de funk, de soul, de garage, d'électro et de hip hop devient rapidement épileptique tout en libérant un groove irrésistible. Leur set est, en outre, très précis, ce qui ne gâche rien. Une chose est sûre, ces Infadels devrait facilement fidéliser ( ?!?!?) un public qui aime danser et faire la fête. C'est en tout cas un groupe à suivre…

Décontractés, souriants, les membres de The Coral montent sur la main stage ; mais on a l'impression qu'ils ne sont pas très motivés. L'heure de programmation y est sans doute pour quelque chose ; mais de là à se comporter en touristes… Constituée d'une majorité de chansons issues de leur deuxième album voire du troisième, la première partie de leur show va confirmer ce sentiment de détachement et de quiétude propice à une bonne sieste. Leur mélange de rythm'n blues et de country y contribue largement. Et c'est au moment où on a failli s'endormir que le groupe s'est enfin décidé à en revenir à son style garage/psyché. On aura droit ainsi à « Simon Diamond », « Waiting for the heartaches », Don't think you are the first » (NDR : au cours duquel le claviériste souffle dans un drôle de mélodica), « The operator » (NDR : le clin d'œil à « Astronomy domine » du Floyd circa Barrett), une nouvelle compo au cours de laquelle le guitariste va se servir d'un archet et en finale le décapant « Arabian sand » (NDR : mais si peu pour la circonstance). Et 35 minutes plus tard, la formation liverpuldienne tirait sa révérence…

Bien que né en 1996, Good Charlotte n'a guère évolué. Si sur disque, son post grunge peut encore séduire les très jeunes, sur les planches c'est la guerre ! Surpuissant, le son bombarde les tympans. Aux abris : les marines nettoient une poche de résistance dans un quartier chaud de Bagdad. Et les intégristes ripostent. On ne demande qu'une seule chose : un cessez-le-feu ! Il arrivera 40 minutes plus tard. Une boucherie !

Une puissance du son que Death From Above 1979 parvient à maîtriser à la perfection. Responsable d'un excellent nouvel opus («  You´re a Woman, I´m A Machine »), le duo canadien pratique une forme de drum'n' bass sculptée dans le métal, le punk ou le blues. Sébastien Grainger chante et joue de la batterie pendant que son compère, Jesse Keeler, se réserve la basse (souvent) et les synthés (parfois). Mais en permanence distordue par les pédales, la basse est utilisée comme une six cordes. Maintenant, il faut reconnaître que les festivaliers qui n'avaient pas eu l'occasion d'écouter (NDR : et surtout de réécouter) le double album avant d'assister à leur set, ont dû éprouver de grosses difficultés pour apprécier leur concert.

Les Posies s'étaient officiellement séparés en 1998, mais John Auer et Ken Stringfellow ont décidé de reformer le groupe en engageant une nouvelle section rythmique ; et puis ont enregistré un nouvel album : « Every kind of light ». Avant de repartir en tournée. Ils n'ont plus vingt ans. Le visage émacié, les yeux exorbités, Ken semble subir davantage le poids des ans et des excès en tous genres. Mais musicalement, ils ont toujours la pêche ! La power pop  musclée, électrique, héritée en ligne droite des Byrds et de Big Star est toujours aussi rafraîchissante. Alimentée par les guitares du tandem de base et soulignées par leurs harmonies vocales soignées, limpides, leur set est énergique. Le son puissant, excellent. Tour à tour John et Ken se réservent le lead vocal, interprétant ainsi leurs propres chansons. Pour la plupart issues de leur dernier opus ; même si le combo de Seattle n'oubliera pas d'y inclure quelques classiques comme « Solar sister » ou « Dream all day ». A l'issue de leur prestation la formation s'est quand même offerte un rafraîchissement. En l'occurrence une bonne rasade de whiskey, qu'ils ont bue à la santé du public…

Depuis le temps que la presse française parle des prestations 'live' de The National en termes élogieux, je souhaitais voir ce que cette formation américaine (New-yorkaise d'adoption, elle est originaire de Cincinnati, dans l'Ohio) avait dans le ventre. Pas pour les albums, bien sûr, puisqu'à l'instar du tout dernier (« Alligator »), ils sont tout bonnement remarquables. Surprise, Padma Newsome, violoniste/claviériste et membre semi permanent du combo n'est pas de la partie. Le line up est donc réduit aux frères Dessner (Aaron aux guitares et basse, Bryce à la guitare), aux frangins Devendorf (Scott aux guitares et basse, Bryan – pieds nus ! -à la batterie) ainsi qu'au chanteur Matt Berninger. Il y a bien deux choristes qui participent au premier titre, mais passé cette entrée en matière, on entre véritablement dans le vif du sujet. Sans le concours de Padma, la musique de The National prend une coloration beaucoup plus tonique, plus électrique. Mais une électricité chargée d'émotion très palpable. Qu'accentue d'abord les frères Dessner, capables de jouer de leurs six cordes sans onglet ! Que canalise la section rythmique à la fois solide, souple et efficace. Et que magnifie le baryton profond de Matt. L'intensité des compos, tour à tour intimistes, tragiques, ou impétueuses atteint même son paroxysme lorsqu'il hurle comme un désespéré. A cet instant, on a l'impression qu'il est hanté par l'âme de Ian Curtis. Emouvant ! Pourtant, le quintet peut également évoluer dans un registre plus nonchalant, empreint d'une grande mélancolie. C'est à cet instant qu'on se rend compte du rôle du drummer, dont le jeu très riche et original (NDR : lors d'un morceau, il recouvre les peaux d'étoffe, pour rendre les sonorités sourdes) s'apparente parfois à celui d'un jazzman. Un grand moment du festival ! (NDR : voir également l'interview)

Pour occuper la scène principale à 18 heures, Zornik doit jouir d'une grande popularité en Flandre. Et vu l'accueil que lui a réservé le public, c'est manifeste. Notamment après avoir interprété ses deux singles « Goodbye » et « Believe in me ». Un accueil mérité, même s'il faut avouer que le trio ne sait pas encore trop s'il doit marcher sur les traces de Muse ou de K's Choice. Koen Buyse en est le chanteur/guitariste. Une très belle voix ! Mais, franchement son look (un hybride entre Matthew Bellamy et Brian Molko) prête quand même à sourire. Cause à effet, Phil Vinall (dEUS et Placebo) a produit leur dernier album, un disque masterisé aux studios Abbey Road. Excusez du peu ! Suffirait que le groupe parvienne à trouver sa propre identité, et il pourrait s'exporter assez facilement. C'est tout le mal qu'on lui souhaite.

L'ex drummer de Smashing Pumpkins a donc monté son propre groupe : le Jimmy Chamberlin Complex. Un patronyme très bien choisi. A cause de la complexité de leur musique. On se croirait même revenu à l'époque du jazz rock de Chick Corea, voire du Soft Machine de Mike Ratlege et de Hugh Hopper. Faut dire aussi que Jimmy est avant tout un batteur de jazz ; et qu'il n'est venu au rock que lorsqu'il a rejoint le groupe de Billy Corgan. La prestation des différents instrumentistes a beau être époustouflante de virtuosité, le public a beaucoup de mal à vibrer à l'écoute d'un style musical tombé en désuétude depuis plus de 30 ans…

Stéphane (NDR : notre spécialiste en métal) avait tellement dit du bien de Nightwish, que je me suis décidé à aller jeter un œil au set de ce groupe finnois. Avant qu'il ne monte sur les planches, une bande sonore majestueuse, 'wagnerienne', envahit toute la plaine. Probablement un enregistrement de l'orchestre classique Academy's of St Martin's in the Field, auquel le groupe a fait appel pour l'enregistrement de leur dernier elpee « Once », en 2004 (NDR : pour votre information, sachez que Howard Shore, le compositeur de la bande originale du film « Le Seigneur des anneaux » a également reçu le concours de cet ensemble symphonique). Puis un à un les membres du groupe pénètrent sur le podium en saluant la foule. Il faut cependant attendre quelques minutes pour voir arriver la chanteuse Tarja Turunen. Très belle fille au demeurant ; dont la chevelure de jais retombe sur une longue robe noire recouverte d'un voile jaune. Jaune comme le micro et son pied de microphone. (NDR : qui a parlé de string jaune ?) Elle possède, en outre, une très belle voix. Une voix de sirène, opératique qui domine une musique qui mélange métal, classique, prog et gothique. Dans le style, c'est même bien fichu ; et le public conquis semble apprécier le spectacle. Malheureusement les riffs âcres du guitariste rayent constamment les jolies mélodies et au bout de dix minutes, je préfère m'éclipser…

Le Marquee était plein à craquer pour accueillir la nouvelle coqueluche britannique : The Futureheads. Un quatuor issu de Sunderland responsable d'un premier album surprenant. Un opus éponyme dont les compos évoquent tantôt Gang Of Four, The Jam ou encore XTC. Dans un style déchiré entre post punk, new wave et funk blanc. Le tout raffiné par de superbes harmonies vocales. Car les quatre musiciens chantent en jouant le plus souvent sur la diversité de leurs organes vocaux. Energique, effréné, dévastateur et pourtant hyper mélodique, le set enchante les aficionados mais déconcerte le public peu averti. Les compos défilent à une allure vertigineuse, le combo épinglant la plupart des plages de leur dernier elpee ; et en particulier leur fameuse interprétation a cappella de « Danger of the water » , « Decent days and nights » caractérisé par son riff irrésistible emprunté au « My sharona » de Knack et puis une version absolument mémorable du « Decent days and nights » de Kate Bush, au cours de laquelle le groupe va faire participer le public aux canons à travers une répartition mathématique des 'ooh ooh ooh'. Impressionnant ! Et le deuxième highlight du festival …

Brian Warner cultive la polémique et la provocation. Pourtant, lorsqu'on analyse attentivement ses propos ou ses textes, ils ne sont pas aussi simplistes qu'une certaine presse veut bien nous faire croire. Suffit d'ailleurs d'écouter ses propos dans le film « Bowling at Columbine » pour en être convaincu. Et puis, il ne faut pas oublier qu'il draine une cohorte de fans assez impressionnante. Fallait d'ailleurs voir cette plaine de Kiewit envahie par ces filles et ces garçons qui se maquillent, se coiffent ou s'habillent comme leur idole. Maintenant, il ne faut pas se bercer d'illusions : Brian fait intégralement partie du star system (NDR : pas pour rien qu'il est actionnaire d'une des plus grosses boîtes de crèmes glacées aux States). Aussi, c'est sans le moindre préjugé et avec beaucoup de curiosité que je suis allé voir le spectacle de Marilyn Manson. Une énorme mise en scène accueille la troupe de musiciens dont les maquillages et les vêtements sont plus excentriques et morbides les uns que les autres : des tableaux différents servent de cadre, un écran géant balance des mots issus de ses chansons ; et puis il y a cette potence à laquelle se balance un clavier. Rigolo ! Ce qui l'est moins, c'est qu'on n'entend pratiquement pas le guitariste. Que le son est pourri. La voix de Brian n'est déjà pas terrible, mais elle est régulièrement abrasée par des craquements (NDR : sinistres ?) ; un peu comme lorsqu'on écoute un vieux vinyle rayé. Brian monte sur des échasses. Peut-être pour mieux voir le public, car nous on ne voit rien. En fait, il n'y a pas grand-chose à voir. Et surtout à écouter. Pour nous le spectacle de Grand Guignol se termine à cet instant. N'en déplaise aux aficionados de Marilyn Manson. Un désastre !

Auteur d'une prestation cinq étoiles lors de son passage au Cirque Royal de Bruxelles, dans le cadre des Nuits Botanique, Arcade Fire constituait manifestement une des attractions majeures de la journée. Win Butler, Régine Chassagne, Richard Reed Parry, William Butler, Tim Kingsbury, Sarah Neufeld et Jeremy Gara ont de nouveau reçu le concours du violoniste Owen Pallett (Final Fantasy) pour accomplir cette nouvelle tournée. Hormis Sarah et Owen, qui se consacrent exclusivement à leur archet, tous les autres musiciens changent régulièrement d'instrument. Ce qui confère une coloration très diversifiée à leur solution sonore. Dès les premières notes de l'inévitable « Wake up », on sent déjà un degré d'intensité particulièrement élevé. Win, le leader se tient bien au centre de la scène. Look d'employé de banque (la plupart des hommes de la formation sont vêtus de la sorte), il joue le plus souvent de la guitare. Et assure un des deux lead vocals. D'un timbre qui rappelle David Byrne (Talking Heads). Régine se réserve d'abord les claviers. Puis au fil du set, l'accordéon, le xylophone, l'accordéon et même les drums. Jolie brunette, fluette, une fleur dans les cheveux, elle ressemble à une hawaïenne. Et puis elle dispose d'une voix très fine, aiguë, rappelant tantôt Kate Bush, tantôt Björk. Grand, cheveux bouclés, portant des lunettes, Richard Parry a le visage d'un étudiant de la fac ; c'est aussi un des deux clowns de service. Mais également un musicien talentueux. Il joue de la guitare, des percussions (NDR : il tape sur tout ce qu'il a sous la main, même sur des casques de moto), une contrebasse insolite et des claviers. Will Butler (le frère de Win) est plutôt pince sans rire. Râblé, imprévisible, un peu fêlé, il jette un froid dans le public, lorsqu'en fin de concert, il monte sur les armatures du chapiteau, avec une cymbale et son pied, à plus de 6 mètres de hauteur. Mais il est également excellent musicien. Bassiste, guitariste, il est capable de jouer du xylophone à l'envers. Et puis c'est un percussionniste aussi furieux qu'habile. Tous les musiciens assurent les backing vocaux. Et lorsque les sept voix sont à l'unisson, c'est impressionnant. Surtout lorsque le public les accompagne. Tout au long de leur set, le combo canadien va aligner la plupart des titres de son album « Funeral » : « Tunnels », « Laika », « Power cut », « Haiti », « Rebellion » ainsi que de son Ep. Et lorsque Régine interprète « In the backseat », sans doute en pensant à la disparition récente de ses proches, une larme commence à perler sur son beau visage. Emouvant ! Puis la machine se remet en route. Nonobstant, une multitude de cordes de guitares brisées et quelques petits soucis techniques, l'intensité finit par atteindre son paroxysme. Gorgées de crescendos qui finissent par s'écraser, leurs minis symphonies peuvent adopter des rythmes de new wave dansants, goûter à la simplicité folk ou à la grandeur opératique ; le tout avec une agression cathartique et une tendresse délicate. Et une nouvelle claque ! La troisième de la journée…

Pendant ce temps, le dance hall faisait le plein pour accueillir Goldfrapp. Un bassiste, un drummer et deux choristes/danseuses accompagnent le couple Gregory/Alison. Alliant discrétion et efficacité Will Grégory se charge des synthés, boîtes à rythmes et autres arrangements technologiques. Mais c'est toujours Alison qui focalise tous les regards. Très jolie, de petite taille (NDR : pas plus d'1m60 !), blonde, vêtue d'un tailleur de type Chanel et coiffée d'un superbe chapeau, elle affiche un côté rétro, cabaret, dans l'esprit de Marlène Dietrich. Vocalement, c'est tout à fait différent, puisque son timbre velouté, tendre, sensuel, campe un hybride entre Debbie Harry et Madonna. Leur électro pop avant-gardiste n'empêche en tous cas pas le public de danser. Et vu la qualité du set, il a pu joindre le plaisir des yeux et des oreilles… parfois dans un état de transe…

Je tiens à féliciter les organisateurs du Pukkelpop pour avoir choisi de placer les Pixies en tête d'affiche et non pas M.M. Pourtant, vu la différence de statut accordé par MTV à ces deux groupes, l'inverse aurait pu se produire. Et j'imagine les pressions qui ont dû être exercées pour infléchir leur position. Mais en privilégiant la qualité sur la notoriété, ce festival continue de respecter une ligne de conduite, préserve son image de marque et rend un hommage à un des groupes les plus importants des 20 dernières années. Mais venons-en au show. Les Pixies ont vieilli. Joe Santiago, le guitariste et David Lovering (NDR : affublé de lunettes il ressemble à Walter Meeuws !) n'ont plus un poil sur le caillou. Kim Deal – cigarette au bec, et regard dans les étoiles -  a le look d'une ménagère américaine occupée de préparer une pizza. Il ne lui manque que le tablier ! Finalement, seul Charles Thompson n'a pas top changé. Reformé l'an dernier, le combo s'était produit dans le cadre du festival Werchter. Et on ne peut pas dire que leur prestation fut transcendante. Faut croire qu'à force de tourner, le quatuor a retrouvé ses sensations, car les Pixies ont accordé un des meilleurs sets de leur existence en Belgique. L'osmose entre les musiciens est intacte. La voix de Francis est toujours aussi abrasive et perçante qu'en 1988. Celle de Kim aussi sensuelle. Et sa basse percutante et groovy. Mais la bonne surprise procède de Joe Santiago, dont les six cordes sont aussi tranchantes qu'au début des eighties. Au programme: « Where is my mind », "Here comes your man", « Bone machine », « Monkey gone to heaven », « Vamos », « Debaser », "Caribou », etc. Et puis quelques flips sides de singles. Un seul rappel : « Gigantic ». Pourtant, on sentait Black enclin à poursuivre le set (NDR : dans le passé et en particulier lors de ses expérimentations post Pixies, il pouvait jouer pendant plus de deux heures) ; mais Kim lui a fait comprendre que jouer 1h30, c'était suffisant. N'empêche, on venait de recevoir une claque de plus !

Quelques mots quand même d'Apocalyptica qui jouait au même moment que Maxïmo Park. Constitué exclusivement de violoncellistes, le quintet finlandais semble autant attiré par Richard Wagner que par le métal. Spécialiste, dans le passé, de reprises de Metallica, le groupe s'est enfin décidé à intégrer ses compos personnelles dans son répertoire. Au sein d'un univers scénique glauque, tapissé de crucifix lumineux, le set dégage une énergie incroyable, presque sauvage. Une sensation accentuée par les instrumentistes qui se lèvent chacun leur tour de leur cercueil, sur lequel ils sont adossés… 

Et à une heure du mat, Maxïmo Park faisait irruption au club sous un tonnerre d'applaudissements. Le public est chaud, très chaud ; et dans le premiers rangs, ça pogote ferme. Le groupe de Newcastle aligne les compos de son premier opus dont les inévitables « Graffiti », « Postcard of a painting », et puis les singles « The coast is always changing », « The night I lost my head » ou encore « Apply some pressure. Deux nouveaux morceaux également. Paul Smith, le chanteur, en rajoute une couche, se tord dans tous les sens, et ponctue la plupart des compos d'un jump explosif. Entre chaque titre, il remercie le public et boit une lampée d'eau, reposant la bouteille sur le sol sans baisser la tête, pour ne pas froisser sa chevelure gominée. L'expression qui se lit sur son visage trahit toutes les émotions qu'il essaie de faire passer. Depuis la colère à la peur, en passant par la passion et l'euphorie. Une forme d'art dramatique qu'il veut communiquer au public sur un ton théâtral. Typiquement britannique, la musique opère une sorte de fusion de l'âge d'or des eighties : depuis Wire à Gang Of Four, en passant par XTC, les Smiths et Jam. Dans un style convulsif, parsemé de brisures de rythme ou même de breaks. A gauche de la scène, look à la Graham Coxon (ex Blur), Duncan Lloyd - le guitariste - allie efficacité et sobriété. Tout comme la section rythmique d'ailleurs. Par contre, le claviériste, semble dans un état second. Non seulement, il imite les gestes d'un robot, mais emporté par son délire, il recule imprudemment au fond de la scène, percute un retour de scène, et se retrouve les quatre fers en l'air. Sans trop de mal, heureusement. Une heure plus tard, le quintet se retire. Le public est ravi, mais aussi assommé par la puissance du son. Cinq claques dans la même journée, c'est plutôt rare lors d'un festival…

 

samedi, 17 septembre 2005 03:00

The Big Pop Circus Festival 2005

Associer le cirque et la musique lors d'un festival n'est pas une idée neuve. L'une ou l'autre tentative a même déjà vu le jour. Mais elle n'a jamais récolté le succès escompté. Ce projet ambitieux mérite cependant qu'on s'y attarde ; mais pour le réussir, il faudra une bonne dose de persévérance. Et puis peut-être la participation de l'un ou l'autre groupe local susceptible d'entraîner ses aficionados. C'est en tout cas la conclusion que l'on peut titrer de cette première édition du Big Pop Circus Festival, dont la parfaite organisation méritait davantage que les 4 à 500 personnes qui ont assisté aux concerts de ce samedi 17 septembre (NDR : pour votre information, la journée du dimanche était exclusivement consacrée au cirque) : un superbe chapiteau, une acoustique impeccable, de la petite restauration et des prestations particulièrement convaincantes de tous les groupes à l'affiche ; sans oublier les interventions très remarquées des artistes du cirque Malter ( NDR : un bémol : l'absence de bière blanche !) En outre, la position de Molenbaix (NDR : entre le Mont Saint Aubert et le Mont de l'Enclus) permet à cet événement de briguer le statut de festival transfrontalier en attirant aussi bien le public flamand, wallon que du Nord de la France.

C'est avec plus d'une heure de retard que Willy Willy & The Voodoo Band entame les hostilités. Motif : trop peu de monde (NDR : le public arrivera peu à peu au cours de l'après-midi pour atteindre 400 à 500 âmes vers 20 heures). Et se produire devant une cinquantaine de spectateurs n'est pas forcément excitant. Pourtant, la formation flamande n'a pas failli à sa réputation. Ex Scabs et Arbeid Adelt, Willy Lambregt (NDR : il est également surnommé le Keith Richards du rock belge !) est maintenant soutenu par Pip Vreede (ex Red Zebra, ex Wolfbanes) à la guitare rythmique, Paul Brusseel (ex Mudgang et Revelaires) à la batterie et Marnix Catsyn (ex Soapstone, Revelaires) à la basse. Et leur white trash rock'n'roll implique de plus en plus de compos personnelles. A l'instar de son dernier opus, « Hellzapoppin ». Blues, rock'n roll et boogie constitueront l'essentiel d'un set fort solide, à défaut d'être original.

De La Vega (NDR : nom inspiré du célèbre feuilleton de Walt Disney, Zorro) est issu de Gand. Si le noyau de base implique le guitariste (NDR : sa six cordes est d'un vert étincelant !) JP Debrabander, le bassiste Ben Van De Velde et le drummer (NDR : sur les planches il garde presque constamment le casque sur les oreilles) David Van Belleghem, l'arrivée de la chanteuse Lize Accoe a donné une toute autre dimension à la formation. Elle possède une voix exceptionnelle, sorte d'hybride entre Dani Klein (Vaya Con Dios) et Geike Arnaert (Hooverphonic). Un timbre qui sied parfaitement à leur musique, fruit d'un mélange de dub, rock, soul, funk, (nu) jazz et hip hop. Sur scène le line up est enrichi d'une section de cuivres (deux trompettes et un saxophone), ainsi que d'un percussionniste. Et tout ce petit monde nous plonge dans une atmosphère envoûtante, sorte de trip hop survitaminée. Un set au cours duquel se manifesteront des dompteurs de boas et une très jeune contorsionniste. En fin de parcours, Lize s'aventurera même dans la boule infernale, au sein de laquelle virevoltent deux motards. Impressionnant ! Tout comme le set de De La Vega, d'ailleurs. Avec Absynthe Minded, cette formation constitue probablement deux des plus beaux espoirs du nord de la Belgique.

La naissance de Chilly Pom Pom Pee remonte déjà à 1994. A l'époque, la formation liégeoise se produisait sous la forme d'un quintet. Depuis 2002, suite au départ d'un des guitaristes, elle est donc réduite à la formule du quatuor (NDR : très mathématique tout ça !). Ces fanas de bon vieux rock'n'roll jouent la musique qu'ils aiment sans se prendre la tête et sans détour. Parmi leurs références, on citera les Rolling Stones et les White Stripes. Mais aussi le Clash. Ils rendent d'ailleurs un hommage à Joe Strummer à travers leur chanson « The missing drive ». Leur rock teinté de funk, de reggae et de punk passe en tout cas plutôt bien la rampe sur scène ; même s'il faut avouer qu'il lui manque encore de ce petit quelque chose pour faire la différence. Encore que l'intervention de l'artiste préposée aux cerceaux a donné une dimension assez particulière au show. Costard/cravate, Christophe Loyen se démène comme un beau diable, pendant que Didier Masson et Pierre Lorphèvre, respectivement guitariste et bassiste, triturent leur râpe avec fièvre et passion. Parfois, Chritophe sort un harmonica de sa poche pour insuffler un zeste de blues dans les compos. Apparemment friand de covers, CPPP nous réservera une superbe interprétation du « Debaser » des Pixies et puis en rappel leur cover incontournable du « My generation » des Who.

C'est sous la forme d'un quatuor que Mud Flow monte sur les planches. Un guitariste supplémentaire est donc venu rejoindre le line up du combo depuis le début de l'année. Enfin, du moins pour les prestations live. Auteur d'un remarquable quatrième opus, début de l'année dernière (« A life on standby »), la formation a acquis une maturité scénique étonnante. Sans oublier d'y ajouter un sens de l'esthétisme particulièrement raffiné. Le tout tapissé de projections assurées par le frère de Vincent. Tout au long de leur set, l'émotion et la sensibilité des mélodies sont très palpables. Entrecoupée de passages tendres, intimistes, l'électricité coule à flots comme à la plus belle période de la noisy (NDR : pensez à Ride !). Et la voix bien timbrée de Vincent accentue cette impression de mélancolie tour à tour douce ou  furieuse. Derrière le backing group assure. Charly Decroix aux drums d'abord (NDR : probablement un des meilleurs de sa génération ! Pas pour rien qu'il a remplacé au pied levé celui de Girls In Hawaii, l'an dernier). Et puis Blazz, dont les accès de basse mélodique font merveille dans ce contexte sonore. « The sense of 'me' », « Tribal dance », « Five against six »  et bien sûr le single « Today » constituent les points d'orgue du set. Mais Vincent (NDR : manquerait-il de charisme ?) trouve le public un peu trop amorphe à son goût, abandonne sa guitare et rejoint la foule pour tenter de la réveiller. C'est à cet instant qu'elle se rend alors seulement compte de la qualité du show. Et pour clore le spectacle, le crescendo de « New Eve » nous entraîne progressivement dans un tourbillon dantesque, digne du meilleur Mogwai… Epatant !

Jérôme Mardaga monte sur scène. A sa gauche, son bassiste Sacha Symons prend place sur un siège. A sa droite, Thomas Jungblut - un personnage atypique et plutôt de petite taille – se réserve les drums, installés de profil par rapport au public. C'est son éternel petit groupe de merde. Derrière le trio on aperçoit des machines, un clavier et autres gadgets électroniques. Jérôme est armé d'une guitare électrique. Et il ne s'en séparera que trop rarement. Son set est puissant. Il interprète ses inévitables « Tous les gens que j'aime vont mourir un jour », « Ma femme me trompe », « Moi je voudrais », « J'ai peur des Américains », et autres extraits de ses deux albums (« Un monde sans moi » et « 12h33 ») en ponctuant ses compos d'interventions pince-sans-rire dont il est coutumier (NDR : Avant d'attaquer « Je voudrais », il compare même les Diables Rouges actuels à des tapettes, plus soucieux de leur voiture de sport que de l'honneur de leur nation, sous les vivats du public). Bref, il sait mettre de l'ambiance. Malheureusement, il faut attendre trois bons quarts d'heure avant de changer de registre. Il chante alors en solo « J'ai les mains qui tremblent », dans un style qui peut rappeler Jean-Louis Aubert. Emouvant ! La présentation de ses musiciens et de son staff technique est originale. A travers un conte moderne, il les propose à feu Jimi Hendrix. Mais ce soir, Jérôme a bouffé du métal et n'est avare ni d'énergie, ni d'électricité. En fin de parcours, alors que les motos recommencent à vrombir dans la boule infernale, il s'écrie : 'On aime Motorhead' ! Au bout du compte, j'aurais davantage apprécié que Jéronimo nous propose un set plus nuancé. En incluant un zeste d'acoustique, par exemple. Attention, le show était très bien ficelé, très efficace même, mais d'une efficacité monocorde.

En final, Pillow s'est acquitté de sa prestation avec énormément d'application. On sent que l'expérience de la scène les rend plus sûrs d'eux, même si inévitablement la prestation de Guillaume, le guitariste soliste, se détache du lot. Il est cependant regrettable que le batteur continue de drummer dans un registre aussi indolent, alors que le post rock de Pillow mériterait davantage d'explosivité percussive

 

vendredi, 09 juillet 2004 03:00

Cactus 2004 : vendredi 9 juillet

Le festival Cactus en est déjà à sa 23ème édition. Et il se déroule dans un cadre de verdure tout à fait remarquable : le Minnewaterpark de Bruges. L'équipe de Musiczine y était présente. Johan les deux premiers jours (voir reviews sur le site ne néerlandais), Bernard le vendredi et Grégory le samedi. Non seulement le cadre est remarquable, mais le personnel qui y travaille est aussi accueillant que sympathique. Une seule ombre au tableau : la pluie ! Surtout le vendredi. Deux averses qui n'ont pourtant pas refroidi un public multi générationnel particulièrement enthousiaste.

Vendredi 9 juillet

Auteur d'un superbe deuxième album (« Det er mig der holder traeerne sammen », chroniqué en ces pages), Under Byen (NDR : voir également interview) était invité à ouvrir la manifestation. Pas une mince affaire, puisque la première drache s'est abattue juste avant que la formation danoise ne monte sur les planches. J'avais eu l'occasion d'assister à une petite demi-heure du set, lors de leur passage au Grand Mix de Tourcoing en mai dernier. Et nonobstant des problèmes de balance liés à un test checking opéré dans la précipitation (!!!!), j'avais ressenti chez eux la flamme d'un futur super groupe. Toutes les conditions étaient donc réunies pour montrer ce qu'ils avaient dans le ventre. Et franchement on n'a pas été déçus. Les musiciens sont bien en place. La section rythmique et le pianiste/claviériste posent la trame. La violoncelliste y brode des accents graves. Le violoniste des accents aigus. Et leur trip hop tour à tour atmosphérique, symphonique ou cinématique peut atteindre une intensité phénoménale. Surtout lorsque ce violoniste joue de la scie. Avec un archet. A cet instant, il flirte avec le psychédélisme 'hendrixien'. Sans la moindre guitare. Une sensation accentuée par la performance du percussionniste. Effacé au début, il devient impressionnant au cours du concert, apportant même une impulsion 'wagnerienne' à l'expression sonore. A charge d'Henriette de canaliser les émotions. De sa voix éthérée, sensuelle, 'bjorkienne', tour à tour intimiste ou impétueuse. La formation en profite pour épingler l'un ou l'autre titre de son nouvel opus (NDR : dont la sortie est prévue pour la fin de l'année), et puis se retire après 50 bonnes minutes, le devoir accompli… alors que les premières gouttes de pluie recommencent à tomber…

Déjà que la musique de Macy Gray ne me botte pas trop, mais comme au cours des vingt premières minutes de son set, il tombait des hallebardes, j'ai préféré rester à l'abri. Mais que d'eau ! Ah oui, le concert ! Macy possède une superbe voix. Un hybride un peu écorché entre Lisa Kekaula (Bellrays) et Tina Turner. Beaucoup de présence sur scène, des musiciens balèzes, quatre filles dont deux claviéristes et deux choristes. Mais le mélange de soul, de pop, de r&b, de hip hop, de funk et de jazz, que la formation pratique, m'est assez insupportable. Désolé, mais j'ai pris davantage de plaisir en avalant un excellent sandwiche et une (NDR : peut-être deux, ou même trois) blanches de Bruges. Après tout ce qui venait de verser, je n'allais quand même pas me mettre à l'eau.

A 57 balais, Patti Smith n'a jamais été aussi en forme. Pour preuve, son dernier album « Trampin' », dont la critique est unanimement élogieuse (NDR : voir également en ces pages). Et puis à cause de la prestation qu'elle a accordée ce vendredi soir. Un set qu'elle entame par le titre maître de son dernier opus. Au piano. Et sa voix est déjà impressionnante de précision et d'émotion. Puis la machine se met en marche. Faut dire que derrière elle, le backing group assume. Un backing group au sein duquel on retrouve les fidèles Jay Dee Daugherty (aux drums) et Lenny Kaye (à la guitare). Un line up complété par un bassiste et un claviériste qui se mue épisodiquement en guitariste. Et lorsque Patti empoigne également une six cordes, on se croirait alors en plein trip crazyhorsien, ryhtme tribal à l'appui. Faut dire que l'essentiel de sa prestation va libérer une intensité électrique phénoménale (NDR : il ne manquait plus que Neil Young pour faire une jam !). Une bonne partie du répertoire de son dernier elpee est interprété, avec pour point d'orgue un « Ghandi » proche de l'envoûtement. C'est d'ailleurs une longue ovation qui va ponctuer l'interprétation époustouflante de ce qui risque de devenir un nouveau classique. Classiques qui n'ont d'ailleurs pas été oubliés. Et notamment « Horses », « Dancing barefoot », « Because the night », sans oublier l'hymnique « People have the power ». Patti en profite alors pour faire passer ses messages de paix et de solidarité dans le monde, en particulier pour les enfants. Elle n'a pas changé ! Sur scène elle se démène, dialogue avec la foule ou la harangue comme une prêtresse. Parfois elle avale une lampée d'eau, qu'elle recrache sur les premiers rangs du public (NDR : je l'avais dit, faut pas boire de l'eau quand il a plu ; elle aurait dû commander une blanche de Bruges…) Et en rappel, nous accorde un « Gloria » dévastateur, avant de se retirer. Une claque !

 

 

 

Dans le cadre du "Music In Mind", un festival qui s'inscrit dans la lignée des Nuits du Bota, De Nachten ou accessoirement du Domino, Mercury Rev clôturait l'édition 2004 au Concertgebouw de Bruges. Une salle dans laquelle je n'avais jamais mis les pieds. Mais quelle salle ! Un véritable forum à l'architecture moderne qui en dit long sur la santé financière de la Venise du Nord. Davantage destinée aux concerts de musique symphonique que de spectacles rock, elle a l'avantage (ou le désavantage) de ne disposer que de places assises. Maintenant, il est vrai qu'à l'écoute des derniers albums de la formation américaine, le choix était sans doute plus judicieux qu'on ne pouvait l'imaginer.

Grand Drive en assurait le supporting act. Un trio britannique emmené par les frère Wilson, qui puise essentiellement ses influences de l'autre côté de l'Atlantique. Depuis Simon & Gardfunkel aux Walkabouts en passant par South San Gabriel. Encore que le timbre de la voix du lead singer me rappelle celui de John Power des La's. Les La's, une formation qui a aussi certainement dû influer sur ce band. Tout comme les Turin Brakes. Mais trêve de références, sans quoi, on risque de ne plus s'y retrouver. Semi-acoustiques, leurs compostions sont caractérisées par un soin tout particulier apporté aux harmonies vocales. Paisible mais agréable, leur set manque cependant de relief ; et il faudra attendre leur dernière chanson, une remarquable adaptation du « No One Knows » des Queens of The Stone Age, pour voir enfin l'ambiance monter d'un cran. Avant que le groupe ne se retire sur la pointe des pieds…

Mercury Rev monte sur les planches. Jonathan Donahue s'excuse déjà pour les éventuelles imperfections qui pourraient survenir lors de leur set. Car ils ne sont qu'au début de leur tournée. Il n'y en aura pas. Le sourire malicieux, se frottant régulièrement les mains, il scrute le public de son regard envoûtant. Il empoigne son pied de micro torsadé d'un serpent factice, puis entame « Little rhymes ». Son backing groupe est plus qu'au point. A gauche, la section rythmique impressionne par son efficacité et son inventivité. Le drummer se mue épisodiquement en percussionniste, alors que le préposé aux quatre cordes (NDR : quel look !) se comporte parfois comme s'il était le soliste. A droite, Grasshopper martyrise sa gratte, lorsqu'il ne lui extorque pas des gémissements astraux. Certains diraient psychédéliques. Derrière, Jeff se balance derrière son clavier comme si la fluidité de ses notes le faisait chavirer. Les compositions s'enchaînent naturellement. Pour la plupart issues des albums « Deserter's song » et « All is dream » elles nous entraînent dans un monde imaginaire peuplés d'anges, de démons, de dragons et même d'araignées et de mouches (« Spiders and flies »), un moment au cours duquel, on a presque pensé que Jonathan allait s'envoler… Faut dire que son expression théâtrale a quelque chose de magique, de fascinant, d'extra-terrestre. Tel un chef d'orchestre, il dirige l'ensemble de la voix. Une voix claire, envoûtante, fragile, qu'il est impossible d'effacer de sa mémoire. Parfois, il s'assied derrière un clavier, sur lequel est posé une lampe qui change de luminosité, à une cadence de métronome (NDR : toutes les trente secondes !), pour y jouer de la guitare sèche. Une nouvelle composition a été insérée dans le track list et nous donne un avant-goût de ce que sera le « The secret migration », le prochain opus. Au beau milieu du set, Mercury Rev s'enfonce dans deux longues compos complexes, nous rappelant qu'à l'origine la formation pratiquait une musique très expérimentale. Et paradoxalement, ce seront les rares moments au cours desquels on retombera quelque peu sur terre. Ah oui, et lorsqu'il évoquera les moments difficiles inhérents à la réélection de Bush. Après une longue ovation,  le groupe revient jouer deux derniers titres : « Goddess on a highway » et un magistral « The dark is rising », reflet de la beauté pure du romantisme. Un grand moment ! Le charme de Mercury Rev avait encore opéré ; à un tel point, qu'on avait l'impression que le temps de ce spectacle, la terre s'était arrêtée de tourner…