paraîtra ce 26 août 2022. En attendant, elle nous propose son nouveau clip « Forever In Sunset », réalisé par Noel Paul, ici . Dans le monde de « All of Us Flames », la fin de l'empire capitaliste patriarcal semble à la fois imminente et inévitable,…

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« Horsepower For The Streets », le cinquième elpee de Jonathan Jeremiah sortira ce 9 septembre 2022. En attendant, il nous propose son nouveau single, consacré au tire maître, et il est disponible sous forme de clip, là Cette nouvelle chanson est sans doute…

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Yard Act

The Overload

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Issu de Leeds, Yard Act est un quatuor impliquant James Smith (Post War Glamour Girls), Rhye Needham (Menace Beach), Sam Shjipstone et Jay Russell. Et il appartient à la nouvelle vague du rock indé britannique. « The Overload » constitue son tout premier elpee, un disque pour lequel il a reçu le concours d’Ali Chant (PJ Harvey, Perfume Genius, Algiers, Aldous Harding) à la production.

Sleaford Mods, Beck, The Streets et The Fall figurent probablement parmi les références majeures du combo. A cause du débit vocal déclamatoire et brutal, plutôt hip hop, de James Smith. Car nerveuse et musclée, la musique est fondamentalement post punk. C’est la ligne de basse qui drive la mélodie, la batterie disco percutante et la guitare tour à tour lancinante ou funkysante se chargeant de donner de l’épaisseur à l’expression sonore en la rendant dansante.

A l’instar de Jarvis Cocker chez Pulp ou de Ray Davies chez les Kinks, James dresse un portrait pas très réjouissant de la société britannique, mais post-Brexit, tout en n’épargnant pas ses dirigeants, mais avec une forme d’humour noir proche du cynisme.

L’opus recèle, en outre, quelques surprises. Comme ce « Payday » sculpté dans le funk blanc. « Witness » qui semble hanté par les Beastie Boys. « Quarantine the sticks », à la mélodie particulièrement soignée. Et en final, « Pour another » qui réveille, en notre fors intérieur, des réminiscences de Talking Heads, de PIL et du Bowie circa « Rebel rebel ».

Le long playing recèle un morceau caché, « 100% endurable », une ballade enfumée que Jarvis Cocker aurait pu inclure dans son répertoire, si Pulp avait encore été d’actualité…

Wovenhand

Silver Sash

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En 2019, Wovenhand avait accordé un set particulièrement brouillon, dans le cadre du Roots & Roses. Depuis, et la pandémie y est sans doute pour quelque chose, le groupe n’a plus guère donné signe de vie. En fait, David Eugene Edwards préparait la sortie d’un nouvel elpee, depuis 2018 ! Et pour la première fois, il a partagé l’écriture et la production en compagnie de Chuck French, guitariste du groupe de post-hardcore, Planes Mistaken For Stars. Si l’électronique a pris une place plus importante que sur les albums précédents, elle est tellement bien intégrée dans l’ensemble, qu’elle passe facilement la rampe, même chez les puristes. Sauf peut-être sur le dernier morceau du long playing, le titre maître par ailleurs, dont les sonorités de synthé rappellent les moments de suspens qui tourmentent le manga, ‘Les cités d’Or’… A contrario, le point d’équilibre est parfaitement atteint sur le sépulcral « Temple timber ».

Si on retrouve, bien évidemment, le ton incantatoire de David, la plupart des morceaux ont véritablement la pêche ! A l’instar de « Dead dead beat », une plage enlevée, gorgée de fuzz et de distorsion, dans l’esprit du « Raw power » des Stooges. Ou encore du frénétique « Omaha ». Impossible d’ailleurs de ne pas remuer les orteils à l’écoute de cette piste !

Née d’un subtil mélange entre spiritualité pénitente et matérialisme viscéral, « Acacia » nous réserve une superbe digression psychédélique…

L’esprit amérindien hante le lancinant « The lash », une plage dont les grattes lacèrent littéralement les nappes synthétiques, alors que le climat shamanique rappelle plutôt Echo & The Bunnymen. Mais également « 8 of 9 », une ritournelle déchirée entre americana et post punk, s’autorisant même une danse rituelle, alors que des bouffées de guitare floydiennes s’élèvent dans l’atmosphère…

Enfin, country gothique voire mystique, comme à l’époque du 16 Horsepower, « Duat hawk » met en exergue la voix ample et chargée d’émotion d’Edwards.

Un retour gagnant pour Wovenhand !

Ruben Block

Lights / Awake (Ep)

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Premier single solo pour Ruben Block, le chanteur/guitariste de Triggerfinger. Et pour le réaliser, il a reçu le concours du producteur Michel Froom (Crowded House, Suzanne Vega, Elvis Costello), à Santa Monica, en Californie, qui cosigne, par ailleurs « Awake ».

Sous la forme de l’Ep, ce disque propose deux prises live de « Lights » et une d’« Awake », plus lente, par ailleurs que l’originale, outre les deux morceaux studio. Hymnique, une des versions de « Lights », immortalisée à Amsterdam, se distingue par ses accords de gratte funkysants et ses claviers 80’s, réminiscents d’Ultravox…

Enfin bien que plus sombre, la version studio de « Lights » trahit bien l’empreinte de Triggerfinger…

Liar Thief Bandit

Descente de Vikings au Zik-Zak !

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Deux groupes intéressants, ce soir, au Zik-Zak, en suppporting act, Giac Taylor, le nouveau projet de Giacomo Panarisi (Romano Nervoso), et en tête d’affiche Liar Thief Bandit, un power trio suédois. A son actif, trois elpees : « Gun Shovel Alibi » (2016), « Straight Ahead » (2018) et « Deadlights » (2021). Le combo a publié un nouveau single, « The Art of Losing Battles », ce 4 mars 2022, un titre qui figurera sur son mini album, « Diamonds », dont la sortie est prévue pour cette année. Et pourtant, on ne dénombre qu’une cinquantaine de personnes (des habitués, en général) pour assister aux deux concerts. Mais p*****, il est incompréhensible qu’un si maigre public se déplace pour une telle affiche. La pandémie aurait-elle anesthésié les rockeurs ?

Place donc d’abord à Giac Taylor, le nouveau projet du leader de Romano Nervoso, Giacomo Panarisi. Et c’est Moorad, ex-ingé son du Botanique, qui est derrière les manettes. Giac est un amoureux d’un glam rock, issu d’une relation illégitime entre Mick Jagger et Marc Bolan, consommée lors d’une soirée bien arrosée, dans la Région du Centre.

Avant de grimper sur l’estrade, les haut-parleurs crachent la B.O. du film ‘Le bon, la brute et le truand’, signée, on vous le rappelle, Ennio Morricone. Une manière de confirmer que le western spaghetti est une référence de choix dans la musique de Panarisi.

Giac s’est planté derrière ses drums, dont la grosse caisse porte l’inscription ‘First Of All Fuck You’ (Trad. : ‘Tout d'abord, va te faire foutre’), qui serait le titre du premier futur LP. Le Louviérois se charge également des parties vocales. Ce qui n’est pas surprenant, puisque chez Romano Nervoso, il est le chanteur…

Il est accompagné du bassiste Diego Di Vito (NDR : un gaucher !), du guitariste Mick Torres et d’Angelo Guttadauria aux six cordes et aux synthés.

La set list va privilégier les nouvelles compos sculptées dans un rock bien carré, fruit d’un cocktail entre punk, metal et garage. Pas de temps mort ni de bavardages inutiles entre les morceaux. Pas de reprise ni de plages extraites du répertoire de Romano Nervoso.  

Outre les claviers, dont il tapisse généreusement la solution sonore, et la gratte, Mick se consacre également au chant et notamment aux backing vocals.

Brûlot incandescent, « Belgium Is Burning » libère une énergie folle à la manière de John Spencer voire de l’Experimental Tropic Blues Band. Une rythmique hypnotique trame le huileux « This World We Live In », un peu comme chez les Ramones. « I Want YouTo Die » s’ébroue lentement, mais finit par déraper dans l’esprit des New York Dolls, le sixcordiste s’autorisant une intervention à la Slash. Heureusement pas de trace de ‘38 specials’ comme dans la vidéo.

La musique de Giac Taylor se révèle bien plus sauvage que celle de Romano Nervoso. Le loup est peut-être dans la bergerie et semble annoncer une nouvelle orientation pour Giacomo…

Setlist : « Armachair Warrior », « Mister Hollywood », « Belgium Is Burning », « I Want You To Die », « The Witch », « The Circus », « Jesus Loves You », Catatonic States », « Soldier And Outlaw », « Kyuss », This World We Live In », « Little Man »

Place ensuite à Liar Thief Bandit. Des Vikings (dont le guitariste porte une casquette de basketteur et pas un couvre-chef à cornes) qui sont parvenus à fusionner le metal mélodique des 70’s et le garage/punk/rock brut de la fin des 90’s. Et ce soir, ils prennent d’assaut, le Zik-Zak à Ittre…

Le set s’ouvre par le titre éponyme du dernier album (« Deathlights »). Une compo qui oscille ente hard rock mélodique et punk redoutable. Les riffs de guitare flairent la graisse de moteur et la sueur. Les morceaux sont courts, mais véhiculent des thèmes moralisateurs. Jacobson est partout, debout à genoux ou encore brandissant sa guitare au-dessus de la tête. Irrésistible, « Catch And Release » pourrait incarner le chaînon manquant entre les Rolling Stones et AC/DC. Bien rythmé, « Limitations » est dynamisé par la ligne de basse agressive et caoutchouteuse. Pas de trace de « Cept the Truth », cependant !

Punk mélodique, « Good Enough » nous replonge dans les eighties, frôlant même l’univers d’un Offsping qui aurait pris l’air du côté de la Mer Baltique…

« Right From Wrong » vous prend littéralement à la gorge et ne vous lâche qu’à la fin du morceau. Hormis « On my way », plage issue du second LP, « Straight Ahead », et 3 pistes extraites du futur mini album (« Diamonds »), dont le single (« The Art Of Losing Battles »), tous les autres morceaux sont issus de « Deadlight », le dernier long playing.   

Le set s’achève par le rock’n’roll musclé et débridé « Feather », un titre sublimé par le refrain et caractérisé par un chant a cappella, chargé de reverb’.  

Lors du rappel, Liar Thief Bandit va nous réserver 3 morceaux, clôturant ainsi un concert particulièrement énergique, dans l’esprit de The Hellacopters, Imperial State Electric, Grande Royale voire des Norvégiens de Turbonegro…

Setlist : « Deathlights », « Brand New Day », « Good Enough », « I’Ve Got A Lot Of Morning Comin’In », « Right From Wrong », « Catch And Release », « Limitations », « Peace With Disaster », « On My Way », « Silver Tongue », « Better Days », « The Art Of Losing Battles », « Feather » 

(Organisation : Zik-Zak, Rock Nation)

Ykons

Muse, Imagine Dragons, U2 et Editors, parmi les icônes d’Ykons…

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Il y a bien 30 ans que votre serviteur fréquente le Stock, une salle mythique de la Cité des Loups. Un endroit qui est également devenu l’antre du cover band, Rock en Stock. Ce soir, le Stock accueille Ykons, un concert organisé par Sandra Lerate, une fan du band. Le spectacle avait été reporté à 3 reprises, suite à la pandémie.

Issu du Pays de Herve, le quintet est drivé par le chanteur charismatique Renaud Godart. Le premier elpee d’Ykons, « Reflected », est paru en 2019, et un Ep 6 titres intitulé « Colors And Lines », en 2021. Et c’est dans le cadre de cette sortie que la tournée a été organisée.  

Début des hostilités à 21h00. Le sigle lumineux du groupe est représenté par 3 losanges qui s’entrecroisent et diffusent leurs lumières via un laser placé au centre, lequel propage ses faisceaux de différentes couleurs en triangles vers le public. Le visuel est placé en arrière-plan sur une toile tendue.

Renaud Godart, le chanteur charismatique, est soutenu par le claviériste Patrick Loffet, le guitariste David Modave, le drummer Bernard Delvenne et le bassiste Yann Vanchaze.

Devant Renaud et Yan, deux imposants toms basse ont été installés. Le set s’ouvre par l’explosif « Colors And Lines », au cours duquel les percus tribales et métronomiques s’imposent, un peu comme chez Imagine Dragons. Mais ce n’est pas Dan Reynolds qui frappe les peaux des toms bass, mais bien Renaud, casquette de basketteur vissée sur le crâne, et Yann. La ligne mélodique est parfaite. « Sequoia Trees Pt 1 » allie puissance et musicalité. Renaud est très interactif. Chaud, son falsetto est aussi bien capable de descendre dans les graves que de monter dans les aigus. La section rythmique s’impose tout au long du puissant « Have A Great Crash », un extrait du premier album « Reflected ». David en profite pour dispenser des sonorités de gratte carillonnantes, comme The Edge, au sein de U2. Brûlant, « At Sunrise » lorgne manifestement vers Muse. Tout au long du paisible « Light Up », les ivoires sont talonnés par les cymbales. Interprété sous une forme acoustique, « Time » incite au recueillement. C’est le nouveau single. Le message est clair, il faut rester jeune, garder la santé et mourir le plus tard possible. Pas de contestation possible à ce sujet. Chaque morceau est un hit en puissance. Renaud se met dans la peau de Tom Smith pour attaquer une reprise épatante du « Papillon ». La foule balance les bras de gauche à droite ou de droite à gauche, les lèvent en l’air, applaudissent, et reprennent même les refrains de plusieurs chansons en chœur.

En rappel, le band va nous envoyer au « Paradise » avant de clore le set par une adaptation acoustique de « Red light ». Vraiment un chouette concert !

Ykons se produira le 6 mai à L’Entrepôt d’Arlon ainsi que dans le cadre de différents festivals, dont les Francofolies de Spa (22 juillet) et le Ronquières Festival (7 août).

Setlist : « Colors And Lines », « Have A Great Crash », « Sequoia Trees Pt 1 », « At Sunrise », « Light Up » (nouveau single), « Time » (acoustique), « Belong To You », « Like A Feather », « Reflected », « Papillon » (cover Editors), « Darwing Fool », « Silent Word », « Red Light » (électro), « Sequoia (part 2) » (acoustique), « Time ».

Rappel : « Paradise », « Red Light » (acoustique)

(Co-organisation : Le Stock et Sandra Lerate)

You Said Strange

Thousand shadows Vol.1

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Quand on parle de Giverny, systématiquement on pense au jardin de Claude Monet. Giverny, c’est également de cette commune normande que nous vient You Said Strange, un quintet qui avait bénéficié du concours de Peter G. Holstrom, le guitariste de Dandy Warhols, aux manettes, pour enregistrer son premier elpee. 

« Thousand shadows Vol.1 » constitue donc son second. Un disque qui fait la part belle aux guitares. Et le long playing s’ouvre par « Mourning colors », une piste qui nous replonge au début des eighties. Enlevée, caractérisée par une intervention de saxophone en fin de parcours, mais surtout illuminée par les cordes de grattes claires, chatoyantes, tintinnabulantes, elle ranime la flamme d’une expression sonore magnifiée par Sad Loves & Giants, il y a presque 4 décennies…

Le reste de l’album oscille entre shoegaze, garage, psychédélisme, krautrock et même new wave sur le morceau qui clôt le long playing, « Landed » (7’42 quand même !), malgré ses arrangements atmosphériques. On épinglera encore « Run away », une compo que tapisse un orgue crépusculaire, dans l’esprit des Dandy Warhols… Ou « Treat me », une piste littéralement boostée par ce saxophone…   

Selah Sue

Persona

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« Persona » constitue le troisième opus de la Louvaniste, un disque qui fait suite à un éponyme, en 2011, et « Reason », en 2015.

Selah Sue aurait-elle réussi à enfin dompter ses démons intérieurs et notamment à vaincre sa dépression (NDR : elle est bipolaire). Une chose est sûre, ses maternités et cette période de confinement semblent l’avoir inspirée. Elle revendique justement cette victoire dans « Pills », un des deux singles qu’elle avait gravés avant de publier ce nouvel elpee.

Il est incontestable que sa voix toujours très caractéristique reste aussi envoûtante, chargée de feeling, de spleen et très susceptible de faire fondre les cœurs les plus coriaces. Les cuivres sont très présents et accentuent le côté soul de la voix de l’artiste.

Non seulement Damso a co-écrit « Wanted You To Know », un futur hit, mais il produit cet LP.

La voix aérienne de Sanne plane tout au long de « Twice A Day », une plage lumineuse, irrésistible, tramée sur les ivoires. Assurément le slow de l’été !

Sanne se frotte de plus en plus souvent aux musiques urbaines. A l’instar de « Hurray », l’autre single, magistralement interprété par le rappeur Canadien TOBi. Ou de « Karma », une forme de drum&bass sauvage, tribale, qui claque littéralement, tout en ne négligeant pas la structure r&b. 

Enfin, le long playing recèle quelques hits en puissance : « Fools », « Kingdom », « Wanted You to Know (feat. Damso) » (NDR : vivement recommandé !) ainsi que « Twice A Day » …

En concert le 27 avril 2022 à l’Ancienne Belgique de Bruxelles.

Stephan Eicher

Grauzone a une véritable valeur historique...

Célèbre dans la francophonie grâce à ses hits, “Déjeuner en Paix”, “Combien de Temps”, “Pas d'Ami (Comme Toi)“ etc., Stephan Eicher a connu un début de carrière moins marquant ; mais depuis, il est considéré comme 'culte' par toute une catégorie de fans de new-wave, dont votre serviteur. C'était en 1981, au sein du groupe Grauzone, dont le hit, “Eisbaer”, est encore dans toutes les mémoires. Présent à Mons pour présenter sa tournée baptisée ‘Dans le Ventre de la Baleine’ et son nouvel Ep digital “Autour de Ton Cou”, le chanteur suisse s'est prêté de bonne grâce à un exercice de nostalgie musicale.

En quelle année as-tu commencé ta carrière ?

En 1979, au sein de Noise Boys et ensuite, Grauzone.

Comment es-tu entré en contact avec la musique électronique ?

Il y a deux processus qui m'ont amené à la musique électronique. Le premier, via mon père. Il était électricien et aimait construire des instruments électroniques en manipulant des oscillateurs. Il a construit mon premier ampli de guitare à partir d'une vieille radio. Il assemblait aussi des boîtes à rythmes. Tous ces bricolages traînaient dans notre cave et Martin, mon frère, et moi, on adorait y descendre pour expérimenter. On avait aussi deux enregistreurs à cassettes, qu'on utilisait pour copier les pistes les unes après les autres. Ce côté ‘nerd’ reste un des liens les plus profonds qui nous unit. Plus tard, quand j'habitais au Spex Club, à Berne, des musiciens ont laissé traîner des synthés dans la cave suite à une descente de police. Je me souviens qu'il y avait un Promars de Roland, une boîte à rythmes CR-78 et un MS-20 de Korg. Mais également une pédale Big Muff, que j'ai branchée sur la boîte à rythmes, parce que je voulais que ça sonne comme du Suicide...

Ah oui, avec un son saturé ?

Oui. J'ai donc bricolé des trucs et enregistré des cassettes.

C'est à ce moment-là que tu as sorti “Noise Boys Song” et “Miniminiminiminijupe” ?

Oui. Et le morceau intitulé “Noise Boys” est en fait une reprise de “Sweet Jane”, de Lou Reed.

Et puis, vous avez formé Grauzone ?

Grauzone, c'était plus conceptuel. Au départ, le groupe impliquait Marco Repetto à la batterie, mon frère Martin au chant et à la guitare et GT à la basse, un grand fan des Ramones. GT qui, d'ailleurs, te ressemble pas mal…

Ah bon ? (rires)

Oui. Et au moment d’entrer en studio, mon frère m'a demandé de les accompagner pour bricoler des trucs à l’aide des synthés et des boîtes à rythmes.

Mais tu chantes aussi sur certains morceaux ?

Pas au début. Mais en effet, sur l'album, je chante sur “Der Weg Zu Zweit”, “Hinter Den Bergen” et “Wütendes Glas”.

Et que faisais-tu sur “Eisbaer” ?

Je jouais des synthés. Entre autres, je reproduisais le son du vent, au début...

Ah oui ! (rires) Et la batterie, je crois qu’il s’agissait d’un enregistrement acoustique joué en boucle ?

Oui. En studio, on bossait en compagnie d’Etienne Conod, l'ingénieur du son, et on s'est rendu compte que Marco ne parvenait pas à tenir le rythme, qu'on voulait très stable, sans 'crashes', sans 'fills'. Etienne a proposé de s’inspirer des morceaux disco et d'enregistrer une boucle.

Un peu à la manière de Giorgio Moroder ?

Oui. Ce qui a débouché sur le son caractéristique d’“Eisbaer”, hypnotique et terriblement dansant. Et quand on a entendu le résultat, on a tout enregistré en boucles, bien avant l'invention du sampler !

Pourtant, on a l'impression que c'est un sampler qui est utilisé, par exemple, à la fin de “In Der Nacht”. C'était donc une bande qui était ralentie, je suppose ?

Oui, c'était une bande de 7 mètres de long ! “In Der Nacht” est vraiment un titre spectaculaire, avec des détails très précis, un peu comme une musique de film. C'est une bouteille de bière cassée qui produit le son de l'explosion finale. On dirait celui d'une maison qui s'écroule.

Ces effets sont vraiment précurseurs de ce que les samplers vont permettre plus tard. C'est d'ailleurs une caractéristique étonnante de cet album de Grauzone : les morceaux sont très différents les uns des autres et ils sont avant-coureurs de plusieurs courants musicaux 'wave' apparus ultérieurement. Tout le monde parle de “Eisbaer”, mais chaque titre de cet album est précurseur de quelque chose...

Je partage ton avis...

Par exemple, “Wütendes Glas”. C'est incroyable, le nombre de groupes qui ont créé des morceaux dans ce style, par la suite.

Oui...

Puis, “In Der Nacht” est carrément précurseur de tout ce qu’on a appelé 'dark gothic ambient'.

Wow...

“Schlachtet!” me fait penser à l'EBM de groupes comme Front 242, Liaisons Dangereuses ou The Klinik.

Intéressant...

Et alors, il y a évidemment la 'Neue Deutsche Welle', comme dans “Ich Lieb Sie”. Personne n'avait chanté de cette façon en allemand auparavant...

Oui c'était abordé avec une approche ironique, presque parodique. Il y a aussi “Kunstgewerbe” tramé sur le riff au synthé, un ARP 2600.

Et je suis sûr que j'en ai oublié un... (NDR : c'est “Ein Tanz Mit Dem Tot”, qui préfigure la darkwave goth hardcore des années '90)

Parlons maintenant du projet de 2e album de Grauzone, qui pourrait sortir, plus de 40 ans après le premier. Un disque que l'on attend impatiemment !

Oui, il a fallu patienter 15 ans avant que Martin ne me joue des nouveaux morceaux. Il me les a fait écouter et j'en ai pleuré... parce que c'était d'une beauté inouïe... Je lui ai proposé de sortir un disque mais il a tout détruit pour recommencer à zéro.

Il faudra, à un certain moment, lui dire 'stop' car, il est un peu irrationnel. Il est atteint d’une sorte de folie, c’est un génie un peu fou...

Oui c'est ça... Quelque chose me dit qu'il va bientôt me proposer de sortir le disque. Perso, c'est très important de sortir ce nouvel album. Car la reconnaissance a toujours été tournée vers moi et c'est injuste vu que Grauzone, c'est surtout Martin Eicher. J'étais principalement musicien, accompagnateur, un peu coproducteur mais la voix, c'est mon frère...

L'âme noire, c'est lui...

Absolument. J'ai un respect énorme pour mon frère. C'est un artiste hors pair ! Dans “Eisbaer”, je me limitais juste aux 'pilip-pip pilip-pip'… (rires)

Martin est en effet un artiste sous-estimé !

Son statut est occupé de changer. L'année dernière, on a ressorti la 'Anniversary Box' via le label genevois 'We Release Whatever The Fuck We Want Records' et on s'est rendu compte qu’une nouvelle génération de musiciens est informée que c'est lui, le cœur de Grauzone. Et je défends les droits de Grauzone maintenant, pour lui et pour les autres membres de la formation. J'ai ainsi réussi à récupérer les 'masters' des enregistrements, qui étaient, figure-toi, à vendre sur eBay ! J'ai aussi racheté les droits pour pouvoir maintenir Grauzone en vie. En fait, je suis même davantage motivé de garder le groupe en vie que ma propre carrière solo ! Grauzone possède une véritable valeur historique, que je veux mettre en exergue. Quelque chose d'énorme va d’ailleurs être annoncé bientôt concernant Grauzone mais je ne peux pas en dire plus... Quand l’info va sortir, il y aura encore une nouvelle génération qui va s'intéresser au groupe.

Impatient de découvrir tout cela ! Merci pour cette interview, Stephan !

Merci à toi...

Pour écouter le nouvel EP de Stephan Eicher : “Autour de Ton Cou”, c'est ici

Pour commander les albums et la 'box' de Grauzone, c’est

Pour écouter l'interview audio dans l'émission Waves, c'est ici

 

Emma Peters

L’esprit de famille…

Écrit par
Originaire de l’Oise, Emma Peters s’est fait connaître grâce à une série de reprises postées sur sa chaîne YouTube où elle cumule des millions de vues et comptabilise autant d’écoutes aujourd’hui sur Spotify.

Agée de 25 ans, cette auteure-compositrice et interprète a grandi en écoutant beaucoup de chanson française. Notamment des grands classiques comme Véronique Sanson ou Michel Berger. Elle a aussi découvert le rap, assez tard, car elle n’en avait pas une bonne image ; mais cette musique l’a littéralement séduite lorsqu’elle s’est mise à l’écouter avec attention et l’a encouragée vers cette écriture brute, sans fard.

Ce 25 mars, elle sort son premier elpee, « Dimanche », un disque qui fait suite à « Fou etc. », un Ep paru l’an dernier. Elle a accordé un long entretien à Musiczine où elle se raconte sans filtre, comme elle chante tout ce qu’elle vit…

Peters, c’est un nom néerlandophone ?

On m’a toujours répété que mes ancêtres étaient issus de la Belgique. Probablement mes arrières-arrières grands parents du côté de mon père. Mais de ma mère aussi, car le sien, c’est Callens. Donc je suis un peu à la maison là, finalement.

Tu aimes les frites alors ?

J’adore les frites et la bière aussi.

Quand et pourquoi as-tu commencé à chanter ?

Je ne me souviens pas du moment où j’ai commencé à chanter, car je suis issu d’une famille qui baignait dans la musique. Ma maman jouait du piano et elle chantait également. Elle n’en a cependant jamais fait son métier. Mon père écoutait beaucoup de musique. Mon grand-père chantait aussi, il s’est produit lors de petits concerts. Il était fan de Jacques Brel et interprétait ses chansons un peu partout à travers la France. Il était très naturel, quand on était en famille le dimanche, de pousser la chansonnette. J’ai commencé à m’accompagner à la guitare, dès que j’en ai acquis les rudiments.

Tu as appris en autodidacte ?

Non, un prof venait à la maison. Mais il me donnait des cours de guitare classique. A un certain moment, il a capté que je ne chantais pas trop mal et il a jugé qu’on allait mettre la guitare classique en pause pendant un an. Il m’a alors appris les accords de base pour que je puisse m’accompagner en chantant. Au début, on se contentait de comptines pour enfants. Par la suite, je lui ai soumis des chansons que j’avais répétées pendant la semaine. Finalement, je suis très nulle en solfège et j’ai donc perdu toutes mes capacités à la guitare classique, mais cet instrument me sert d’accompagnement.  

Pourquoi chantes-tu en français ?

Parce que je parle français tout simplement. C’est comme ça que je me fais le mieux comprendre puisque c’est ma langue natale. Les Français qui chantent en anglais m’ont toujours intrigué ; et puis les Anglais le font mieux beaucoup mieux. J’aime aussi la langue française. C’est une des plus belles langues au monde. Il existe plein de synonymes, pleins de mots qui sonnent très bien donc je chante naturellement dans ma langue maternelle.

Comment qualifierais-tu ton style musical ?

Un internaute avait concentré les mots pop et rap en ‘prap’ et m’avait envoyé cette suggestion par Instagram. J’estimais que son idée n’était pas mal, car ma famille écoutait beaucoup de variété française. Et puis, si j’ai été bercée par Michel Berger et Véronique Sanson, je suis également fan de rap français. Ce que j’aime dans le rap, c’est la brutalité des textes et l’honnêteté des paroles. Et c’est ce que j’essaie de répercuter dans ma musique : écrire des textes très bruts sur un fond de guitare classique.

‘…si j’ai été bercée par Michel Berger et Véronique Sanson, je suis également fan de rap français…’

‘Ce que j’aime dans le rap, c’est la brutalité des textes et l’honnêteté des paroles…’

En parlant de textes très bruts, on croise, dans ton écriture, des termes comme ‘niquer’, ‘putain’, ‘je m’en bas les couilles’, ‘nique ta mère’ etc. (rires). C’est à cause de ton côté rap ou parce que tu aimes bien jurer ?

Je dis pas mal de gros mots, ça c’est pas bien, mais je parle dans mes chansons comme je parle dans la vie. Parfois quand je suis en colère je glisse des termes un peu trash dans le texte. Mon grand-père me disait : ‘On n’a pas le droit de dire des grossièretés dans une chanson. Jacques Brel faisait passer ses idées, mais autrement. Il y a plein d’expressions qui existent et tu n’as pas le droit d’utiliser des gros mots’. Je lui avais répondu que si j’ai envie de dire que ça me fait chier parce que ça me fait chier, je vais dire ça me fait chier. Je n’arrive pas à le transposer différemment. Au tout début, quand j’écrivais des chansons, je me disais non, il faut que j’écrive dans un style plus poétique. Que mon idée, je la tourne un peu comme ça, que mon image je l’exprime un peu autrement. Mais ce n’était pas naturel, ça ne marchait pas trop. Je ne suis pas vulgaire non plus mais j’ai besoin d’être très honnête dans mes chansons ; ce qui explique pourquoi, on y retrouve des gros mots.

On jure tous un peu dans la vie courante.

Oui, j’ai forcément entendu ça quelque part (rires).

Tu as intitulé ton album « Dimanche ». Pourquoi ?

Lorsque je me suis lancé dans la musique, je postais beaucoup de reprises sur Internet ; et la première qui a bien marché sur les réseaux sociaux, l’avait été un dimanche. J’en ai conclu que ce jour me portait bonheur et donc j’ai recommencé à les publier tous les dimanches. C’est devenu mon jour de prise de paroles sur les réseaux sociaux. Aussi, quand j’ai commencé à écrire des chansons, je les sauvais toutes dans un petit dossier sur mon ordinateur que j’avais intitulé ‘dimanche’. Je me suis dit que ce serait déjà ‘ouf’ de sortir un album à ce moment-là et si en plus il pouvait s’appeler comme le dossier dans mon ordinateur, ce serait trop stylé.

Après avoir posté ces covers qui comptabilisent des millions de vues sur la toile, tu as donc décidé de sortir un album consacré à tes propres compos. C’était une stratégie de passer des reprises au répertoire personnel ?

Non, ce n’était pas du tout mon plan. Ma famille et mes potes m’ont encouragée. Ils estimaient que mes reprises étaient vachement bien et m’incitaient à écrire mes propres textes. Mais comme j’étais très timide et que je ne me sentais pas capable de composer des chansons, me contenter d’adapter celles des autres, me convenait parfaitement. Mais un jour, le déclic s’est produit. Les covers permettaient de me cacher derrière les textes de quelqu’un d’autre. Même que parfois je me suis vachement identifiée au texte que je reprenais. J’aurais trop aimé écrire telle ou telle chanson en racontant, par exemple, une histoire comme ça. Mais la décision de me lancer est venue très tard. J’avais vingt et un an quand j’ai écrit mes premières chansons. Et au début, elles étaient catastrophiques…

Quand as-tu commencé à poster tes reprises sur le net ?

Assez tard, vers dix-huit ans. Il fallait se filmer et j’avais un peu la trouille de me mettre en scène et de publier le résultat sur les réseaux sociaux. J’ai dû m’affranchir un peu de ce complexe ado où l’on a un peu la honte. Ce n’est que lorsque j’ai été plus sûre de moi, que j’ai franchi le pas. Une formule que j’ai exploitée pendant trois ans avant de me rendre compte qu’il serait bien de parler en mon nom aussi. Ce qui a libéré mon esprit. Je me suis donné tellement de mal sur les réseaux sociaux pour faire connaître ma musique, que je souhaitais que ça marche. J’ai écrit les compos de l’album très vite. Quand, à l’école, on nous demandait ce qu’on ferait plus tard, je n’ai jamais répondu chanteuse, mais simplement que je souhaitais travailler dans l’univers de la musique. J’ai bossé pour la télévision. J’étais chargée du casting pour une émission sur France 2. Il y avait toujours la musique en toile de fond, mais ce n’était pas ce que je voulais faire. En tout cas je suis bien plus heureuse aujourd’hui à travers ce projet…

Quel est le thème majeur exploré sur l’album ?

Holala, il n’est pas très original ! Tout ce qui tourne autour d’une relation amoureuse : la déception, la rupture et l’espoir… Il est assez thérapeutique comme album, car il reflète mes peurs et mes angoisses. Tout ce qui fait qu’on se cherche quand on a vingt ans.

‘Il est assez thérapeutique comme album, car il reflète mes peurs et mes angoisses…’

C’est ce que tu relates dans le bonus track qui figure à la fin de ton long playing ?

Oui il manquait un dernier son à l’album. C’est ce que je signale d’ailleurs dans ce morceau caché. Il révèle l’angoisse de la page blanche. Va-t-on écouter ce disque ? Tout cet investissement personnel sert-il à quelque chose ?  Un peu torturée Emma Peters, mais ça va hein !

Je pense que tous les artistes passent par cette étape...

Les artistes, et puis j’ai l’impression que c’est aussi une question de génération. On vit des moments un peu compliqués à cause du Covid. On a eu le temps de se remettre en question. J’ai eu le temps de réfléchir à ce que je voulais faire de ma vie. Est-ce qu’elle a un sens ? Ce sont toutes ces questions qu’on retrouve dans cet album…

Tu l’as composé à ce moment-là ?

Oui, à ce moment-là, car j’avais du temps. Certaines chansons sont nées un peu plus tard, car se rendre au studio est également une source d’inspiration. Et puis, la concrétisation du projet entraîne de nouvelles angoisses, mais également de nouvelles chansons. Tout est lié à des événements de mon existence…

Quelles sont les autres angoisses qui te poursuivent aujourd’hui ?

Pour l’instant, il n’y en a qu’une : c’est que personne n’écoute mon album ! Quand on m’a annoncé le 25 mars comme date de parution, j’en ai conclu que c’était dans tellement longtemps. Mais là, c’est dans deux semaines et je le garderais encore bien un peu pour moi. Car dès qu’il sort, mon travail ne m’appartient plus.

Après, je suis persuadé que tu auras toujours un public. Tous les artistes ont un public même s’il est restreint ou important. Il reste toujours un écho quelque part non ?

Je pense que oui. Mais j’aimerais bien qu’il soit écouté par le public le plus large possible.

Ta musique, c’est celle que tu achèterais ?

Ma réponse est hyper prétentieuse, mais oui.

Je pense qu’il est déjà essentiel d’être fier de sa musique.

Tu crois que des artistes ne le sont pas et n’achèteraient pas leur production ?

Certains peuvent ne pas être fier de ce qu’ils ont composé, car ils n’avaient pas encore atteint la maturité musicale et rédactionnelle.  

C’est vrai, parfois c’est aussi ce que je pense, mais un jour quelqu’un m’a interpellé afin de savoir comment je me sentais après avoir écrit les paroles et composé la musique d’une chanson ?’ J’étais super fière. Il faut se souvenir du moment où on l’a réalisée. Forcément, au fil du temps, on se demande si le thème développé méritait une chanson. On a ensuite un peu ‘la honte’, car après on doit l’interpréter sur scène. Mais c’est le moment de la création dont il faut surtout se rappeler

Tes textes semblent plutôt autobiographiques, mais sont-ils tous de ta plume ?

Oui sauf une chanson de l’album qui est signée Ben Mazué, un artiste que j’aime beaucoup.

Ah oui, super !

Oui, elle s’appelle « Allez salut ». C’est la septième piste du disque. Il m’avait contacté sur Instagram en expliquant qu’il travaillait sur la réalisation de son album en précisant : ‘J’ai un peu trop de chansons consacrées à la rupture. Et celle-ci elle me fait penser à toi. Si elle te plait, je te la donne’. Il avait ajouté un lien Dropbox pour récupérer la démo et tout le reste. Un truc de ‘‘ouf’’ ! Et effectivement, je me suis vachement reconnue dans le texte. J’ai réarrangé la compo à la guitare et finalement on l’a gardé pour l’album. C’est la seule qui m’ait été donnée. C’est un cadeau.

Dans le clip consacré au morceau « Le temps passe », tu abordes le thème d’un triangle amoureux. Pourquoi ?

J’aime bien que mes chansons puissent correspondre à tout le monde. Dès lors, pour le clip, il était important pour moi que le gens qui le regardent puissent considérer qu’il s’agit d’une chanson consacrée à n’importe quelle relation. Soit tu te dis que c’est une chanson d’amitié, soit tu te dis qu’elle est avec la meuf, soit elle est avec le mec, soit c’est la meuf et le mec qui sont ensemble et elle est toute seule, soit ils ont une relation à trois. J’aimais bien l’idée que l’on se pose la question de savoir ce qui se passe. De la sorte, tu peux t’identifier à un des trois personnages en fonction de ce que tu es et ce que tu vis.

C’est toi qui a eu l’idée de ce clip ?

Non, c’est Lou Zidi qui l’a réalisé. On travaille beaucoup ensemble. Elle s’est aussi chargée de la vidéo clip d’« Envoie-moi une musique » et de « Love » qui sortira le 25 mars. C’est ma partenaire image. Elle a très bien compris qui j’étais. On avait déjà eu l’idée de tourner un clip dans une voiture. Je le signale aussi dans mes textes, j’écoute beaucoup de musique sur la route. Pour savoir si une chanson est bonne, il faut la valider dans une voiture. Alors, on a eu l’idée de se balader en voiture, à travers un paysage sympa. Mais c’est elle qui a eu l’idée du triangle. Au début du tournage le climat était particulièrement amical, d’autant plus que c’est ma meilleure pote qui joue dans le clip. Mais comme il s’agissait d’une histoire d’amour, il fallait qu’il y ait de la séduction dans les regards. Les premières prises de vue ont été hyper difficiles, car j’étais morte de rire. Mais finalement, je suis assez contente de l’intrigue. Les gens se posent des questions du style : ‘Est-ce c’est la meuf qui est avec le mec ou la meuf avec la meuf ?’

Dans « Terrien », tu racontes que tu vivais au sein d’une famille où ils sont tous devenus fous à force de se hurler dessus. Pourtant l’image reproduite sur la pochette est celle d’une photo de famille heureuse ! Quel message veux-tu faire passer ?

Le texte de « Terrien » est un peu hard. J’avais décidé de le placer en début de disque, afin qu’il serve d’intro pour qu’on sache qui je suis.

J’ai trois frères et sœurs. Je suis l’ainée. Mes parents s’aiment et sont très unis. Tous les six on est super forts. Par contre, ma maman est issue d’une famille qui s’est déchirée suite à un divorce très douloureux. Elle en a gardé des séquelles, dont la peur de l’abandon, etc. Et mon père c’est pareil. Il s’est disputé avec son frère. Conclusion, que ce soit du côté paternel ou maternel, il n’y a pas trop de liens de famille. Les frères et sœurs de ma mère ont été très marqués par ce divorce. Ils ne se sont jamais mariés. Ils ne sont pas fous mais ils en ont été affectés. Ma maman a parfois des accès de colère. Elle est très instable. C’est mon père qui l’a un peu sauvée de cette situation. Ce qui explique pourquoi, tous les six, on est très soudés. Et pourquoi j’ai choisi cette image pour la pochette de l’album. J’ai été le témoin de nombreuses disputes et les enfants en souffrent, et donc oui, j’ai peur. C’est ce que je relate dans une chanson, car j’espère que ce n’est pas héréditaire. Ma maman est très fâchée avec sa mère. Je ne connais pas ma grand-mère. J’ai toute une famille recomposée de ce côté-là. En fait, ma grand-mère n’est pas ma grand-mère et mes cousins ne sont pas mes cousins. Elle craignait très fort la relation mère/fille, donc elle avait la trouille d’avoir une fille. Et quand elle a su qu’elle était enceinte et que c’était le cas, elle en a pleuré. Par conséquent, je pense avoir été également marqué par cette histoire. Dès lors, j’espère que quand j’aurais des enfants, une famille, tout se passera bien et que j’arriverais à faire comme ma mère.

Bin oui pourquoi pas. Tant qu’on a l’envie c’est déjà le principal.

Oui malgré ces difficultés, ma mère a réussi un mariage solide et les enfants s’entendent super bien.

Tu chantes avec ta sœur aussi ?

Oui je chante avec ma sœur et mon frère. Ils figurent tous les quatre sur la pochette de l’album.

C’est un peu comme Billie Eilish et son frangin Finneas.

Oui (rires). Sauf que mon frère est trop jeune. J’essaie de le guider vers la production en lui conseillant de suivre absolument les traces de Finneas ; mais il a seize ans, et pour l’instant, il a les idées fixées sur les jeux vidéo et n’est pas intéressé par ce profil.

Tu conduis souvent, les yeux fermés ?

Pas souvent, mais c’est déjà arrivé et tu vas flipper si tu sais que je l’ai déjà tenté le coup pour voir ce qui va se produire. Mais quand je suis sûr qu’il n’y a personne autour de moi, hein ! Je ne m’y risque pas en plein Paris au milieu des bouchons. Plutôt sur autoroute, quand elle est déserte…

Sois prudente, quand même ! (rires)

Bien sûr, mais je ferme les yeux pendant deux secondes, car je suis une ‘flipette’. Je ne peux pas prolonger l’expérience plus longtemps. Mais en cherchant une montée d’adrénaline, je fais des trucs un peu chellous (rires). Ça marche mieux les yeux ouverts hein, de conduire ? (rires).

‘… en cherchant une montée d’adrénaline, je fais des trucs un peu chellous…’

Pourquoi ne pas sauter en parachute, alors ?

Oui mais non car j’ai trop peur. Je pense que je n’y arriverais pas. Je suis très terre à terre. Je ne suis à l’aise ni en bateau ni en avion. En fait, j’ai surtout la trouille, parce que j’ai la poisse, parce que je crains qu’il ne s’ouvre pas. Non, je ne suis pas prête à prendre de tels risques. Par exemple, je déteste les parcs d’attraction. Mais quand je conduis, je me sens invincible. Je cligne des yeux, c’est tout.

Tu te vois où dans cinq ans ?

J’ai déjà du mal à me projeter demain… Aujourd’hui, j’ai un planning très chargé donc ça va, mais demain… Dans cinq ans, j’aimerais avoir sorti un deuxième album, accomplir des tournées complètes dans des grandes salles et y rencontrer le succès. Ce serait bien.

Et dans quinze, voire vingt ans ?

Humm !?! Franchement je n’en sais rien. J’aimerais bien être propriétaire d’une grande maison. Avoir des enfants. Être posée. Peut-être écrire pour les autres, parce que j’aurai fait mon temps. Wah, tu t’imagines ! Dans vingt ans, j’aurais quarante-cinq ans. C’est le double de mon âge. Je ne sais pas, c’est trop compliqué. Imaginer une telle projection dans le futur m’angoisse… (rires)

Quels sont les artistes de chanson française qui t’inspirent ?

Il y en a beaucoup.

Si tu devais un citer trois.

Véronique Sanson, d’abord. Je suis très, très fan. Ensuite, Camille. L’utilisation de son corps et de sa voix est intrigante. J’aime beaucoup Juliette Armanet pour les belles mélodies. Et Billie Eilish de ‘ouf’, mais elle ne chante pas en français…

Que penses-tu des piliers de la chanson française ? Trenet, bien sûr, mais aussi Brel, Barbara, Brassens et Ferré, notamment ?

De ‘ouf’, Barbara, j’adore. Ses textes sont tellement bien racontés. Ils riment chaque fois avec des images, des descriptions de ‘ouf’. Je pense à « Nantes », par exemple. Woah, c’est impressionnant ! Jacques Brel était énorme. Outre ses textes, ses mélodies sont sublimes. J’espère me tromper, mais je crains fort qu’on ne parvienne jamais à atteindre leur niveau. Et puis, on ne s’exprime plus de la même manière. Finalement, c’est peut-être mieux qu’ils ne soient plus de ce monde, pour qu’ils ne voient pas comment on massacre leur répertoire, nous les jeunes. Bien sûr, on n’est plus à la même époque. Suffit de regarder des documentaires d’alors et d’écouter les commentaires. Notre façon de parler a changé ; le discours était beaucoup plus élégant avant.

‘Notre façon de parler a changé ; le discours était beaucoup plus élégant avant…’

En compagnie de quels artistes aimerais-tu développer des projets ?

Avec des rappeurs.

Lesquels ?

Si je rêve un peu, j’aimerais bien réaliser un feat avec Damso. Peut-être Dinos ou Lomepal. Ou un truc rien à voir genre Soolking. J’aime bien tenter une expérience très différente et surtout me faire plaisir ; et je pense qu’auprès d’un rappeur je pourrais vraiment kiffer le truc…

Méthode chanson

Photo Elisa Parron

En concert

30/04 aux Nuits Botanique
05/08 à Ronquières
28/08 à Scène sur Sambre

Mélanie Isaac

Paradis Nord (single)

Écrit par

Comment ne pas tomber sous le charme du single « Paradis Nord », signé Mélanie Isaac ?

Un rythme chaloupé, un superbe texte poétique. Un beau clip, sobre et efficace (à découvrir )

Le titre commence par une montée sonore pour faire entrer les instruments et des chœurs qui nous accrochent directement. Le ‘hook’ ou crochet fonctionne. Ce gimmick reviendra en fin de chanson pour le plaisir de nos oreilles. Une ambiance aérienne, une guitare sèche, une batterie et une mélodie qui s’installe dès les premières notes.

Des instruments tels que la basse, le piano et le synthé s’ajoutent au fil du titre et l’habillent habilement.

Ce single baigne au sein d’une ambiance réminiscente de Bashung.

Le texte, écrit par Mélanie Isaac, permet de deviner, de manière sensible, l’envie de réduire une distance entre deux cœurs. Le portrait d’une idylle vécue dans un pays nordique, « Paradis Nord », où le soleil se fait rare.

Le clip dessine ‘Une silhouette égarée, que l’on devine dans les rafales de La Panne’. Des fleurs jetées à la mer pour son amour lointain, refoulées sur la plage, la tête dans le ciel, le corps dans les dunes et les vagues.

Cette chanson a été enregistrée et arrangée en compagnie de Julien Lebart dans un studio du Sud de la France, à Rivesaltes. Elle a ensuite été mixée et masterisée par Erwin Autrique à Bruxelles, puis mise en images par Mathilde Warnier à la côte belge.

 Ce single annonce la venue d’un bel événement, le nouvel album « Surface », qui paraîtra le 22 avril 2022.

On a vraiment hâte d’entendre la suite.

En attendant, elle se produira en concert :

19/03 Saint Gilles (BE) - Cellule 133
25/03 Jupille (BE) - Salle Prévers
09/06 Saint André Lez Lille (FR) - Le Zeppelin
23/07 Francofolies de Spa (BE)

Méthode chanson

 

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