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Didier Deroissart

Didier Deroissart

dimanche, 22 octobre 2023 17:29

Un peu court, mais percutant !

Deadletter est un sextet issu du sud le Londres qui, selon les médias les plus perplexes, se contente de faire revivre le post punk des eighties, alors que les plus ouverts estiment qu’il appartient à la nouvelle vague du rock qui s’abat depuis quelques années en Grande Bretagne. Certains le considère même comme une révélation sur la scène contemporaine insulaire. Lors du dernier festival BRDCST, qui s’était déroulé à l’AB, le public avait été conquis par sa prestation. Et puis, c’est quand même la dixième fois que la formation se produit en Belgique… Ce dimanche 22 octobre, il est programmé au club de l’AB. Et le concert est sold out.

Le supporting act est assuré par Nona Problemo. Originaire de la région de Louvain, il s’agit d’un des lauréats de l’édition 2021 du concours Sound Track, en Flandre. Ce quatuor implique un guitariste, un claviériste, un drummer et un chanteur/bassiste, dont la voix évoque Robert Smith. Il n’est donc pas étonnant que son post punk soit influencé par The Cure, même s’il est teinté de psychédélisme.

La salle est blindée lorsque Deadletter grimpe sur l’estrade : Zac au micro, George à la basse, Poppy (une fille) aux saxophones, Will et James (il mesure plus de 2 mètres !) aux guitares, et enfin Alfie à la batterie.

Le show s’ouvre par « Mysterical ». Les interventions de Poppy au saxophone sont envoûtantes. C’est manifestement ce qui fait l’originalité de la musique du band. Dès le deuxième morceau, Zac a trop chaud et enlève sa chemise, geste que va imiter Will, un peu plus tard. Le vocaliste est constamment au contact des premiers rangs. Il prend régulièrement des bains de foule. Elle est tout aussi enthousiaste, s’agite et on se bouscule à l’avant de la fosse. Un spectateur audacieux monte sur le podium puis se lance dans le vide, mais les mains des spectateurs lui permettent de crowdsurfer jusqu’au milieu de la salle.

 Efficace, la section rythmique se distingue par une ligne de basse cotonneuse et souvent plus puissante que les autres instruments. Et même de la voix de Zac. Les compos ne manquent pas d’énergie, mais elles sont régulièrement tramées sur une même structure. On en oublierait presque les paroles qui reflètent l’engagement sociopolitique du groupe.

Plus pop, « Degenerate Inanimate » permet un peu à tout le monde de souffler.   Avant le retour à l’intensité électrique, qui parfois évoque celle que dispensait Franz Ferdinand à ses débuts.

Pendant « Madge's Déclaration », les tambourins et les cymbalettes s’invitent et dynamisent le show, alors que Zac, déambule au milieu de l’auditoire, lui demande de s’accroupir, puis de se relever pour vivre un pur moment de folie. Zac peine alors à revenir sur les planches.

« Zeitgeist » achève un show d’à peine 50 minutes dont plusieurs titres ont été puisés au sein de l’Ep « Heat », paru l’an dernier. Pas de rappel. Un peu court, mais percutant !

Setlist : « Mysterical », « The Snitching Hour », « Murdered », « Hero », « Degenerate Inanimate », « Madge's Declaration », « Haunting », « Fit for Work », « Credit », « Binge », « Deus Ex Machina », « It Flies », « Zeitgeist ».

(Organisation : Ancienne Belgique)

mercredi, 18 octobre 2023 18:39

Entre pop luxuriante et country lumineuse…

À la suite de l’attentat perpétré l’avant-veille au Boulevard Sainctelette, peu de monde s’est déplacé pour assister au concert d’Adé programmé ce mercredi 18, au Crique Royal de Bruxelles. Seul les sièges du bas et la fosse sont remplis.

Adélaïde Chabannes de Balsac, aka Adé, a déjà bien baroudé. Elle a milité au sein de Thérapie Taxi avant de se lancer dans une carrière solo. On aimait alors déjà, son aplomb, sa voix claire, son allant et la fougue de sa jeunesse. La chanteuse a choisi aujourd’hui d’entamer sa mue, de développer les registres musicaux de son chant. Elle est venue défendre son premier elpee, « Et alors ? », un disque aux influences folk-pop et aux mélodies entêtantes.

Le supporting act est assuré par Hélène Sio, une jeune artiste de 22 ans qui a suivi des cours au Conservatoire auprès d’Ibrahim Malouf. Autrice, compositrice et interprète, celle qui a fait succomber des milliers de followers via ses reprises, dévoile enfin ses compositions originales. Originaire de Narbonne, elle a débuté le chant lyrique à l’âge de 9 ans. Elle avoue puiser ses influences chez Alain Bashung, Franck Sinatra, Michel Legrand et Juliette Armanet. A tout juste 17 printemps, elle a participé à l’édition française de The Voice où elle a atteint la demi-finale.

Sur les planches, Hélène, tête blonde bouclée à la Blondie, est soutenue par un guitariste et un bassiste/claviériste. Elle chante tantôt au milieu du podium, face à son micro ou à sa droite, derrière ses ivoires.   

Elle possède une voix profonde, cristalline, douce et aérienne, sorte d’hybride entre Emma Louise, Louane et France Gall. Elle nous réserve de jolies ballades romantiques aux sonorités pop, à l’instar de son premier single « Je Veux Toucher Vous » ainsi que « Fin de Film ».

Solaire, sensible et particulièrement interactive, elle établit un excellent contact avec le public.

Elle nous explique brièvement qu’elle a vécu une relation amoureuse qui s’est terminée brusquement. Son ex l’avait blacklistée sur le net. Elle devait lui transférer des virements de 50 cents via PayPal. Elle a traduit cette mésaventure dans la chanson « Les Virgules », qu’elle interprète aux claviers. Une bonne première partie.

A 21 heures, les lumières s’éteignent pour dévoiler le décor. Des spots accrochés au plafond illuminent la salle d’une lumière bleue. Sur la tenture sise en arrière-plan, apparaît des parties de néons bleus qui finissent par dessiner le nom ‘ADE’ en grand. Il réapparaîtra à plusieurs reprises, au cours du spectacle.

Après une courte intro pré-enregistrée, les musicos débarquent. Les deux guitaristes se plantent aux extrêmes du podium. Les rejoignent un bassiste et un drummer qui s’installe sur une estrade. Telle une princesse des temps modernes, Adé arrive à son tour. Du haut de ses 27 ans, les cheveux de couleur geai au vent, elle est vêtue d’un tee-shirt orange sur une petite jupe portefeuille noire de type trapèze ressemblant fortement à un short court.

Le set s’ouvre par « Les Silences ». Et on est immédiatement balayé par le vent qui souffle d’ordinaire sur les grandes plaines de l’Ouest américain. Il n’y manque que les saloons où traînent les cowboys. Car la musique dispensée ce soir évolue essentiellement dans un mix pop luxuriante et country lumineuse.

Dès « J’me barre », Adé met son public en poche. Toutes les chansons sont bonnes, efficaces, touchantes ou entêtantes. Adé occupe bien la scène libère une belle énergie et affiche un naturel plus qu’assumé. Il existe une vraie fraîcheur dans les mélodies de ses compos. Sa voix, à la fois pure, sucrée et sensible, y est pour beaucoup et porte des textes qui semblent souvent focalisés sur les désillusions amoureuses et le courage nécessaire pour les surmonter (« Solitude imprévue », « Insomnies » et « Side By Side »).

Lors du premier rappel, Adé va nous réserver un petit medley acoustique au cours duquel seront repris « Jolene » de Dolly Parton et « Jimmy » de Moriarty. Toute la formation se serre sur l’estrade du drummer, ce dernier se concentrant sur un petit tambourin. Pendant cet intermède country/folk, la voix d’Adé acquiert ce petit supplément d'âme qui apporte une autre dimension au concert. On l'imagine alors exceller dans un registre crooner jazzy.

Adé accorde un second encore constitué de trois nouvelles chansons : « 20 ans », « Nuit Américaine » et « Juke Box ». Elles seront intégrées à la réédition de son premier opus qui paraîtra en novembre 2023. La setlist a d’ailleurs été essentiellement consacrée à cet LP, enregistré à Paris, Bruxelles et -parce que la Parisienne rêvait de pedal steel, dobro, banjo, mandoline et harmonica- au studio Sound Emporium de Nashville, là où Emmylou Harris et Willie Nelson y ont enregistré…

Aucun titre de Thérapie Taxi n’y a été inclus lors de ce show de très bonne facture, mais malheureusement un peu court…

Setlist : « Les Silences », « J’Me Barre », « 20 Ans », « Berceuse », « Solitude Imprévue », « Nuit Américaine », « Side By Side », « Insomnies », « Juke Box », « Q », « Avec Des Si », « Tout Savoir ».

Rappel 1 : « Eh Alors », Medley « Jolene, Home, Don't Think Twice, It's Alright » (Elvis Presley cover), « America » (Razorlight cover).

Rappel 2 : « Sunset », « Si Tu Partais », « Bonne Année ».

Organisation : (Live Nation en accord avec Uni-T)

 

La dernière fois que The Boxer Rebellion s’était produit en Belgique, c’était en 2016, au Botanique. Un final mémorable, puisque les fans avaient envahi alors la scène, pendant que le groupe jouait « Dreamers ». Il revient de nouveau dans la capitale de l’Europe, ce samedi 14 octobre, mais à l’Ancienne Belgique. Son dernier elpee, « Ghost Alive », remonte à 2018. Et un single, « Powdered Sugar », vient de sortir, précédant la parution d’un sixième opus qui s’intitulera « Promise ». Le concert est complet depuis un bon bout de temps ; il aurait d’ailleurs pu se dérouler dans la grande salle.

Le line up réunit le chanteur/claviériste/guitariste Nathan Nicholson (NDR : il est originaire du Tennessee, aux States), le second sixcordiste Andrew Smith, le bassiste Adam Harrison et le drummer Piers Hewitt.

Le supporting act est assuré par Richard Walters, un parfait inconnu pour votre serviteur. Et pourtant, ce quadragénaire (NDR : il est issu d’Oxford, mais vit aujourd’hui à Paris) a milité chez Theremin, avant de se lancer dans une carrière solo. Il compte cinq albums à son actif et a relevé du même management que Radiohead. Une première partie qui suscite, donc, la curiosité.

La banane aux lèvres, Richard grimpe sur le podium. Cheveux roux comme Ed Shearan, il est coiffé d’une casquette de rappeur ou de basketteur, selon. Il a enfilé une salopette et est chaussé de baskets de marque Converse All Star. Il paraît, au moins, dix ans plus jeune que son âge. Il est armé d’une gratte semi-acoustique. Il possède une belle et suave voix de tête. On se rend bien compte que le gaillard a joué dans des pubs et la rue. Il a bossé en compagnie de Thom Yorke et l’Irlandais Damien Rice. La délicatesse des mots de l’artiste se ressentent dans ses moindres murmures. C’est une sorte de poète. La foule l’écoute attentivement. D’ailleurs, pendant son set, on pourrait entendre une mouche voler. Richard la remercie, à plusieurs reprises, pour le respect de son écoute.

De son récital, on épinglera le morceau d’entrée, le romantique « King Of Leaves » (extrait de l’album « Regret Less », publié en 2012), « Unconditional » et « Awards Night », deux titres au cours desquels sa voix devient atmosphérique, ainsi que la reprise du « Roads » de Portishead. De toute beauté ! Dommage qu’il n’ait pas interprété son dernier single, « Lost in Your Light » …

Setlist : « King Of Leaves », « Unconditional », « After Midnight », « Roads » (Portishead cover), « Awards Night », « Infatuation ».

A 21 heures pile, The Boxer Rebellion débarque. Nathan exécute un discret salut et le concert s’ouvre par le puissant « Step Out of the Car ». On entend la voix du chanteur qui est couverte par l’instrumentation. Il signifie à l’ingé son le souci et demande de régler le volume de son micro. Problème résolu !

Nathan est enrhumé et il le signale, mais ce refroidissement n’aura pas d’influence sur sa voix empreinte de douceur et bercée de mélancolie…

Pendant « Locked in the Basement », les grattes s’emballent. Avant d’attaquer « Love Yourself », le frontman plaisante en signalant que la salle est tellement cosy qu’il a l’impression de se produire dans un salon privé, en showcase. « What the Fuck » libère davantage de puissance que sur l’opus. Une transition idéale pour nous interpréter le nouveau single, « Powdered Sugar », paru il y a à peine deux jours.

A partir de « Caught By The Light » le set grimpe en intensité et le light show est au diapason. Tous les musicos descendent dans la fosse pour nous réserver une version acoustique de « Big Ideas ». Les harmonies sont parfaites. Ce qui se traduit par un grand moment de recueillement a sein du public qui connaît et reprend en chœur les paroles de la chanson.

Hormis le drummer, polyvalents, les musiciens changent régulièrement d’instruments.

Pendant « New York » le guitariste Andrew Smith et le bassiste Adam Harrison rejoignent la drummer sur son estrade exiguë. « Evacuate » et « Semi-Automatic » charment littéralement l’auditoire ; d’ailleurs tout au long de ces deux titres, des applaudissements fusent de partout. « The Gospel of Goro Adachi » est dédié à Richard Walters. A l’issue de ce morceau, le quatuor salue la foule et se retire.

Mais nous aurons droit à un rappel de deux compos. Pour la circonstance, le batteur a enfilé des chaussettes de couleur rouge. « Diamonds » était attendu, mais ne provoque pas d’intrusion sur la scène. Nathan évoque l’interruption dans le parcours du band pendant cinq ans, mais sans rentrer dans les détails. Il promet d’ailleurs, de revenir bientôt. Une belle soirée qui est passée trop vite et surtout une chouette découverte, Richard Walters…

Setlist : « Step Out of the Car », « Spitting Fire », « Let's Disappear », « Love Yourself », « Locked in the Basement », « We Have This Place Surrounded », « Flight », « Semi-Automatic », « Here I Am », « What the Fuck », « Powdered Sugar », « Caught by the Light », « New York », « No Harm », « Big Ideas » (acoustique), « Evacuate », « The Gospel of Goro Adachi » (dedicated to Richard Walters).

Rappel : « Diamonds », « Let It Go ».

(Organisation : Ancienne Belgique)

 

jeudi, 12 octobre 2023 16:44

Ce blues profond qui vient des States…

Larkin Poe est une formation drivée par les sœurs Rebecca et Megan Lovell. Originaires de Géorgie, elles se sont établies à Nashville, au Texas. Le patronyme du band est inspiré du nom de leur arrière-arrière-arrière-grand-père, un lointain cousin de l’écrivain Edgar Allan Poe. Le combo s’est formé après la séparation du groupe de bluegrass familial, The Lovell Sisters. Si à l’origine, la formation pratiquait du folk, elle a depuis viré au blues/rock. Chez Larkin Poe, Rebecca (NDR : la brune !) se consacre au chant et à la guitare électrique, et sa sœur, Megan (NDR : la blonde !) à la seconde voix et à une dobro trafiquée, dont elle se sert en position debout, comme une lap steel. Ben Harper y est d’ailleurs accro. Publié en 2022, le dernier elpee s’intitule « Blood Harmony ». Mais un Ep 4 titres, « An Acoustic Companion », est paru début de ce mois d’octobre. Le band se produit pour la quatrième fois en Belgique et votre serviteur assiste à sa prestation pour la troisième. La grande salle de l’AB est blindée.

A 20h45, The Sheepdogs monte sur le podium. Un combo canadien issu de Saskatoon, dans la province du Saskatchewan, actif sur le circuit depuis 20 ans. En 2016, il figurait en tête d’affiche au sein d’un club de l’AB, comble. Ce soir, il assure le supporting act. Enregistré ‘live’, son dernier Ep, « Jam In The Van », est sorti en juin 2023.

Le line up réunit Ewan Currie (lead singer, guitariste et claviériste), son frère Shamus Currie (claviériste, guitariste, seconde voix), Ryan Gullen (basse, backing vocaux), Ricky Paquette (guitariste soliste) et, installé sur une estrade, Sam Corbett (drums). Ils arborent tous une chevelure abondante. Et trois d’entre eux sont coiffés d’un stetson. Cinq énormes rampes de spots montées sur support entourent le combo.

Les gratteurs s’installent en ligne. En arrière-plan, le logo du quintet brille de mille feux. Manifestement, le band a emmené son fan base dans ses bagages. Le light show est particulièrement efficace. Bien qu’issu du pays à la feuille d’érable, le groupe pratique une musique ‘sudiste’. Blues lent, « Bad Lieutenant » se distingue par un duel de guitares qui monte progressivement en intensité, avant d’atteindre son pic en fin de parcours. Gullen est très interactif. Il invite les premiers rangs à applaudir dès le début de « Southern Dreaming », un bon rock aux grattes huileuses et graisseuses, rappelant tour à tour The Allman Brothers, The Eagles ou Thin Lizzy. Mais lorsqu’elles entrent en duel, pendant que les guitaristes prennent la pose, dos à dos, on ne peut s’empêcher de penser à Lynyrd Skynyrd. On se croirait alors revenu au cœur des seventies. Chaude, la voix d’Ewan campe un hybride entre celles de John Fogerty (Creedence Clearwater Revival) et de Randy California (Spirit). Un excellent set de 45 minutes !

A 20h55, les lumières s’éteignent. En arrière-plan, un faisceau lumineux représentant le logo de Larkin Poe, sur fond bleu, est projeté sur un écran géant. Le drummer grimpe sur une plate-forme à l’extrême-gauche et le bassiste se plante à droite, derrière un clavier et devant une contrebasse. Pendant que les baffles diffusent le « White Room » du Cream, les frangines, toutes habillées de blanc, débarquent, à leur tour. La scène est immense, ce qui leur permettra de disposer d’un bel espace pour y déambuler.

« Strike Gold » ouvre le set. Une composition qui donne le ton. Alors que Megan joue, le plus souvent, en slide, Rebecca libère des riffs serrés ou des soli puissants, huileux, graisseux, plutôt longs. Et elle finit religieusement par s’agenouiller. C’est d’ailleurs sur cette structure que repose, en général, le répertoire. Régulièrement, elles se dressent l’une à côté de l’autre ou se font face, les yeux dans les yeux. Sablée, rauque même parfois, la voix de Rebecca semble naviguer aux confins d’illustres chanteuses comme Beth Hart ou Janis Joplin. Megane, elle, épouse les harmonies vocales.

Toute la musique américaine vient du blues profond comme Rebecca aime bien le signaler. Et « Summertime Sunset » en est la parfaite démonstration.

Exclusivement instrumentale, la version plutôt psychédélique du « Jessica » de l’Allman Brothers Band rappelle le ‘flower power’ de la fin des sixties. Megan s’autorise un copieux solo à la slide. Le spectre de feu Duane Allman se met alors à planer…

A l’issue d’une autre reprise, celle du « Preachin' Blues » de Son House, Rebecca plaisante sur le classique du « Georgia On My Mind » de Ray Charles pour introduire « She's A Self Made Man », un blues qui s’enfonce dans le bayou. Elle le dédie aux nombreuses femmes présentes au sein du public.

Le batteur descend de son piédestal en emportant un tambourin. Le bassiste empoigne une contrebasse et on apporte des grattes semi-acoustiques à Rebecca et Megan. Cette dernière la pose devant elle et en joue comme une lap steel. Quatre morceaux sont alors interprétés sous cette forme, dont une cover du « Crocodile Rock » d’Elton John qui s’emballe en fin de parcours, lorsqu’elles reprennent leurs guitares électriques. Ce qui va leur valoir une ovation de 5 bonnes minutes. Elles portent alors un toast en levant leur mug au Sud des States. 

Le set tire à sa fin. Pendant « Bad Spell », qui rend hommage à Screamin' Jay Hawkins, on assiste à un nouveau fantastique duel de guitares. A mi-parcours de l’adaptation du « Wanted Woman » d’AC/DC », le tempo s’emballe et plonge le concert dans une ambiance torride. Et « Bolt Cutters & The Family Name » clôt ce set en force.

On aura droit à « Deep Stays Down », en rappel. Un moment étrange au cours duquel les sœurs sont revenues sans leurs guitares, mais avec deux tambours…

Setlist : « Strike Gold », « Kick The Blues », « Summertime Sunset », « Jessica » (The Allman Brothers Band cover), « Georgia Off My Mind », « Preachin' Blues » (Son House cover), « She's a Self Made Man », « Back Down South », « Blue Ridge Mountains », « Might As Well Be Me » (acoustique), « Southern Comfort » (acoustique), « Crocodile Rock » (Elton John cover) (acoustique), « Holy Ghost Fire » (acoustique), « Bad Spell », « Wanted Woman (AC/DC cover), « Bolt Cutters & The Family Name ».

Rappel : « Deep Stays Down ».

(Organisation : Gracia Live)

 

mardi, 03 octobre 2023 10:54

Viva la música cubana…

Eliades Ochoa, c’est une grande voix et un guitariste hors pair. En 50 années de carrière, il doit avoir accordé des milliers de concerts, que soit au sein de Buena Vista Social Club, de Santiago de Cuba (El Quarteto Patria), en solitaire ou en compagnie d’autres artistes. Il est un des derniers gardiens de la tradition musicale cubaine. Son dernier elpee solo, « Guajiro » (NDR : c’est son neuvième), est paru en mai dernier. Pour la circonstance, il avait reçu le concours, notamment, de Rubén Blades, Joan As Police Woman et du célèbre harmoniciste Charlie Musselwhite. Le concert est complet. Pas de première partie.

La scène est sobre et très intimiste. On y distingue les instruments des musicos et 4 énormes spots led sur pied en arrière-plan ainsi qu’un plus petit qui aveugle déjà l’auditoire. Les cinq musicos du backing group débarquent sur les planches. Ils sont vêtus d’un blanc immaculé. Quatre d’entre eux sont coiffés de chapeaux canotier et le trompettiste d’une casquette. En résumé, Eduardo Pineda aux claviers, le saxophoniste Angel Aguiar, le bassiste Santiago Jimenez et sur une estrade, le percussionniste Angel Herrera, entouré d’une belle panoplie de cymbales, djembés et congas, ainsi que le trompettiste, Frank Mayea, qui joue également des maracas quand il ne frappe pas (souvent) sur un guiro (un instrument cranté qui se frotte avec une baguette en bois).

Ochoa arrive le dernier sur la scène, pendant « A La Luna Yo Me Voy », le pas nonchalant et la banane aux lèvres. Il est totalement habillé de noir, comme Johnny Cash, de la tête aux pieds, soit du Stetson jusqu’aux bottes de cow-boy (NDR : une petite coquetterie qu’Eliades s’autorise depuis des années). Il est armé de sa fameuse guitare à huit cordes, de son invention depuis son plus jeune âge ; ce qui lui permet d’accrocher des sonorités proches du ‘tres’ (une guitare à 3 cordes doublées dont le son s’apparente à celui d’accordéon musette). Il ne l’abandonnera qu’à une seule reprise, pour empoigner une sèche classique.

Ochoa salue la foule et s’excuse pour son anglais médiocre. Il pose sa gratte contre sa poitrine et embraie par « Vamos A Alegrando El Mundo (Trad : apporter de la joie au monde), alors que les cuivres virent au mariachi. Sa guitare véhicule des accents arabisants sur « Creo En La Naturaleza », le premier single sur lequel Johan As Police Woman avait apporté sa collaboration, en studio. Ce sont les voix des musiciens qui remplacent celle de Joan Wasser.

Eliades reprend intégralement les 11 morceaux de son nouvel elpee, le très réussi « Guajiro ». Un titre d’album choisi comme pour rappeler fièrement d’où il vient. A cet égard, il déclare notamment : ‘Je suis un gajiro, un paysan, un homme de la terre né dans au centre de la montagne, près de Santiago’ (NDR : c’est dans l’Oriente ou l’est de Cuba où il a travaillé la terre très jeune ; et un grand merci à ma voisine de droite qui me traduit ces propos, votre serviteur ne comprenant pas grand-chose à la langue de Cervantès).

En général, les aficionados qui assistent à ses concerts sont des connaisseurs. Ochoa a baptisé cette communauté, la ‘familia’ (sa fan base) qu’il va remercier à plusieurs reprises. Outre les plages de son dernier long playing, il interprète évidemment d’autres compos dont « Ay Candela » de Faustino Oramas, « El Carretero » de Guillermo Portabales et inévitablement le « Chan Chan » de Francisco Repilado, pour lequel Eliades reçoit une standing ovation. Compay Segundo doit esquisser un sourire de là-haut. L’ambiance monte encore d’un cran, et le public, dans la fosse, commence à danser. En outre, il devient de plus en plus difficile de rester immobile sur son siège.

En général, c’est le claviériste qui lance les morceaux. Parfois, de ses congas, le percussionniste initie les rythmes de la rumba, du son, de la mambo ou du cha-cha-cha.

A un certain moment Ochoa se retourne vers les coulisses à gauche, un homme assez grand et d’un âge respectable apparaît. Il s’agit de Rey Cabrera, bien connu des habituées de ‘Music Village’, auquel Eliades rend hommage. Le claviériste va chercher une dame dans les premiers rangs et l’invite à danser la salsa. Elle se débrouille plutôt bien, puis réintègre la fosse. Une démarche qu’il va réitérer en fin de parcours. Mais pour la circonstance, ce n’est plus une spectatrice qui grimpe sur le podium, mais une vingtaine. Les cinq musicos s’acharnent alors à la danse, tandis qu’Eliades Ochoa reste de marbre derrière sa gratte semi-acoustique. Un final magique pour une prestation de 90 minutes, au cours de laquelle, le public s’est régalé à l’écoute de boléro, guaracha, mambo, merengue, salsa, et autres musiques cubaines, ponctuée par « El Cuarto De Tula » du Buena Vista Social Club…

(Organisation : Ancienne Belgique et Greenhouse Talent)

jeudi, 28 septembre 2023 16:01

Prêt à se produire dans les stades…

Depuis son passage à Forest National, comme supporting act de Parkway Drive, en 2022, votre serviteur rêvait de revoir While She Sleeps en tête d’affiche. Le vœu est exaucé, puisqu’il se produit ce jeudi 28 septembre à l’Ancienne Belgique, pour un concert ‘sold out’.  

Fondé en 2006, While She Sleeps est issu de Sheffield, en Angleterre. A l’origine, il réunissait 5 potes d’école, mais en 2009, le chanteur, Jordan Widdowson, a été remplacé par Lawrence ‘Loz’ Taylor. A ce jour, le quintet a publié 5 elpees, dont le dernier en date, « Sleeps Society » (2021), est considéré par la critique, comme celui de la maturité ; et à. A l’instar de Bring Me The Horizon et Architects, comme un des acteurs majeurs du metalcore insulaire. En outre, il jouit d’une solide réputation en ‘live’ !

Deux supporting acts : la formation australienne Polaris et britannique Bury Tomorrow, que les médias regardent comme l’étoile montante du style.

Polaris ouvre donc les hostilités. Bien que « Fatalism », son troisième elpee, publié ce mois-ci, se soit hissé au premier rang des classements d'albums aux États-Unis, le groupe et ses fans continuent de pleurer la mort du guitariste Ryan Siew, survenue le lendemain de la prestation du band, accordée au Grasspop. La sortie de cet opus démontre que Polaris est cependant parvenu à traverser cette épreuve. Et puis son concert d’une demi-heure ne s’est pas exclusivement transformé en hommage...

Après « Nightmare », une excellente entrée en matière, le combo embraie par « Inhumane ». Mais c’est « All Of This Is Fleeting » qui construit le premier mur mortel de la soirée, une compo existentialiste. Polaris nous prend à la gorge, pendant quelques minutes, sur « Overflow ». La voix claire du bassiste Jake Steinhauser est alors empreinte d'émotion et crée une atmosphère à la fois intense et entraînante. Et la prestation de s’achever, comme une thérapie vaine, par « The Remedy » … (Pour les photos, c'est ici)

Setlist : « Nightmare », « Inhumane », « All of This Is Fleeting », « Dissipate », « Hypermania », « Overflow », « The Remedy »

En 2021, le membre fondateur et guitariste rythmique, Jason Cameron, quittait Bury Tomorrow. Un départ qui a ébranlé le parcours du band insulaire. Pour pallier ce départ, deux nouveaux musicos ont débarqué au sein du line up qui est donc depuis devenu un sextuor.

Dès le premier titre, « Boltculter », le public, dans la fosse, est déjà en ébullition, et il ne faut pas longtemps avant que les premiers audacieux se lancent dans le crowdsurfing, mettant alors déjà, le personnel de sécurité au travail. Daniel Winter-Bates sollicite à plusieurs reprises des rounds circles et mosh pics, d'un simple geste de la main. Et la foule y répond favorablement, sans hésitation. Le hit « Choke » enflamme la salle. Mais Daniel réclame une dernière fois de l'énergie pour le titre final, « Death (Even Colder) ». En 45 minutes, Bury Tomorrow a donné tout ce qu’il avait dans le ventre, mais avec beaucoup de talent et d’enthousiasme…  (Pour les photos, c'est )

Setlist : « Boltcutter », « Black Flame », « Abandon Us », « Earthbound », « LIFE (Paradise Denied) », « Heretic », « Cannibal », « Choke », « DEATH (Ever Colder) »

Le rideau est fermé pour l’installation de la machinerie de WSS qui va nous en mettre plein les mirettes. Jugez plutôt : Adam Savage, le drummer, va se hisser à droite, presque au plafond, sur une estrade et un mur de baffles ‘Marshall’, qui s’élève à 5 mètres de hauteur. On remarque la présence d’une même structure, à gauche ; les deux guitaristes iront s’y percher et parfois le bassiste, à tour de rôle. Taylor, le chanteur, s’est coupé les (longs) cheveux. Il déboule sur les planches, tel un diable sorti de sa boîte. Vêtu d’un gilet à capuche de couleur noire et chaussé de lunettes fumées, il vient se planter devant les premiers rangs et est chaleureusement applaudi.

La formation démarre en trombe par « Sleeps Society », le morceau qui les a fait connaître. Les haut-parleurs déversent leurs décibels. Adam Sauvage est sous les feux des projecteurs. Ses fûts, ses claviers et son MPD servent de carburant à une véritable machine de guerre. Son drumming libère une puissance phénoménale. Taylor est en pleine forme. Il est capable de pousser sa voix dans ses derniers retranchements, mais elle passe bien la rampe, surtout lors des screams. Et puis, elle est hyper mélodique. Manifestement, il s’est manifestement bonifié dans l’exercice vocal. Constamment en contact avec son auditoire, il se vide littéralement les tripes, lorsqu’il n’escalade pas un banc posé sur le podium juste avant de plonger dans la foule pour s’y laisser porter. L’ambiance est électrique. Moshpits, walls of death, circle pits et crowdsurfings se multiplient dans la fosse et ne cesseront qu’au bout du show.

Six lanceurs de fumée entrent régulièrement en action et une pyrotechnie permet de projeter des flammes qui changent de couleur au gré des morceaux.

Malgré les nombreux sauts et les coups de pieds en ciseaux lancés en avant comme lors d’un mouvement de kung-fu, il est vraiment accroché à l’avant-scène pour pouvoir encore mieux canaliser l’ambiance électrique entretenue au sein des premiers rangs. Taylor demande au personnel de sécurité, posté devant les barrières d’être attentif, car le crowdsurfing va s’emballer. Et pour cause : il démarre du fond de la salle. Impressionnant ! Pendant « Fakers Plague », Taylor lève les poings et invite les spectateurs à l’imiter. Il parsème régulièrement son discours de ‘fucks’ revendicatifs. Le nouveau single, « Self Hell » (NDR : il est paru ce 13 septembre), n’est évidemment pas oublié, même si ce n’est que la troisième fois qu’il est joué en ‘live’.  

« Our Legacy » permet à tout le monde de souffler quelque peu et surtout, aux deux sixcordistes d’étaler leur dextérité sur leur instrument, tout en soignant la partie mélodique. Enfin Daniel Winter-Bates, le chanteur de Bury Tomorrow, se distingue en remplaçant Lawrence ‘Loz’ » Taylor sur le bourdonnant et hargneux « Silence Speaks ».

Un show époustouflant ! On en redemande ! While She Sleeps est prêt à se produire dans les stades, comme son grand frère, Bring Me The Horizon. (Pour les photos, c'est encore ici)

Setlist : « Sleeps Society », « You Are All You Need », « The Guiltry Party », « I've Seen It All », « Eye To Eye », « You Are We », « Haunt Me », « Self Hell », « Fakers Plague », « Our Courage, Our Cancer », « Know Your Worth (Somebody) », « Our Legacy », « Four Walls », « Silence Speaks », « Systematic ».

Rappel : « Enlightenment (?) », « Seven Hills », « Anti-Social »

(Organisation AB)

mardi, 10 octobre 2023 18:02

Puggy n’abandonne jamais…

Évoluer, avancer, ne jamais renoncer à ses idéaux. Hymne à la résilience, écrin de fraîcheur et de modernité, le single « Never Give Up » marque le retour en force de Puggy. Après six années vécues en marge de la scène, le monde a bien changé, le groupe aussi. Passé d’un trio d’obédience pop-rock à un collectif de producteurs tout-terrain, Matthew Irons, Romain Descampe et Egil ‘Ziggy’ Franzen ont composé plusieurs musiques de films, collaboré avec des orchestres symphoniques et accompagné de nombreuses personnalités sur la voie du succès. Lous And The Yakuza, Yseult, Adé ou Angèle se sont notamment rassemblées sous le toit de leur studio d’enregistrement, espace créatif et lieu de rencontres.

Libre de ses mouvements, plus à l’aise que jamais avec ses instruments, Puggy déclare son indépendance. Maître d’œuvre de son label, moteur de son propre studio d’enregistrement, le groupe bruxellois contrôle désormais chaque étape de la création. Inspiré par des rencontres et quelques recettes élaborées entre le frigo et la table à manger, l’univers de Puggy s’est démultiplié au contact d’une véritable communauté artistique. Marquées par des aventures collectives, les nouvelles chansons du trio s’apprêtent aujourd’hui à découvrir la scène, lieu de prédilection d’une formation réputée pour ses concerts galvanisants. De quoi s’assurer un futur excitant.

Le clip du nouveau titre « Never Give Up » a été réalisé par Brice VDH et Cyprien Delire. Puggy voulait marquer son retour par un clip décalé et moderne à la fois. Le band a parlé intelligence artificielle avec Brice et Cyprien au moment de réfléchir à des idées pour mettre en image ce nouveau titre, Brice et Cyprien ont eu l’idée de copier-coller les paroles de la chanson dans ChatGPT en lui demandant d’écrire un scénario de clip, pour voir comment il réagirait.

En 10 secondes, l’IA a écrit une histoire totalement premier degré qui relatait les relations d'amour/haine de collègues en entreprise. C’est là que le trio a eu l’idée d’inviter Hide The Pain Harold, la star images réelles et des images de stock. Il a rapidement accepté et quelques jours plus tard, András (de son vrai prénom) était sur le tournage avec Puggy. Un très beau résultat et un nouveau départ pour le band.

Les premiers concerts sont annoncés pour le mois de mars 2024 dont celui prévu à l’Ancienne Belgique le 11/03/2024

La vidéo du clip « Never Give Up », c’est ici

 

mercredi, 27 septembre 2023 10:47

Un peu trop dépouillé…

La salle ‘Henry Leboeuf’, au Bozar, est comble pour accueillir Declan Patrick MacManus, aka Elvis Costello, âgé de 69 ans, et son inséparable bras droit, Steve Nieve. Nieve a milité chez The Attractions et The Imposters, deux des fidèles backing groups qui ont soutenu Elvis, pendant de nombreuses années. C’est la cinquième fois, en 45 ans, que votre serviteur voit son idole. Et à chaque fois, la configuration orchestrale est différente. Mais le concert le plus marquant remonte au 30 mai 2012. Pour la circonstance, le public gérait une setlist de 45 titres à l’aide d’une roue de la chance. Inoubliable !

Impossible de recenser les points forts de l’œuvre de Costello, tellement ils sont nombreux. Ses 32 albums studio embrassent une grande variété de genres. « The Songs Of Bacharach & Costello », un coffret de luxe célébrant sa collaboration avec le regretté compositeur Burt Bacharach, est paru en mars dernier. Il recèle cependant un inédit, le nouveau single « You Can Have Her ». L’an dernier, les deux hommes s’étaient encore produits ensemble, et à deux reprises, sur les planches de l’OLT Rivierenhof, épaulés par le reste des Imposters (NDR : Costello et le band avaient publié « The Boy Named If », en janvier 2022).

A 20h05, les baffles diffusent une sorte de muzak. Les lumières s’éteignent dans la salle. Elvis Costello et Steve Nieve débarquent sur la scène. Costello est vêtu d’un costume trois pièces de couleur noire et coiffé de son éternel chapeau brun. Il s’installe à droite du podium où l’attendent son siège, son ampli, trois guitares électriques et deux semi-acoustiques ainsi qu’une machine qui de temps à autre va dispenser des sonorités de basse et de percus. Il s’assied, empoigne une sixcordes électrique devant un micro vintage. Un autre microphone du même modèle est planté au milieu de l’estrade. Steve campe à gauche face à son piano à queue. A gauche, ses claviers font face à la foule. Il s’empare immédiatement d’un mélodica.

Le set s’ouvre par « When I Was Cruel No. 2 ». Surprise en milieu de morceau, Steve entame le « Dancing Queen » d’Abba aux ivoires.

« Waiting For The End Of The World » embraie. Pas entièrement convaincant. Les sonorités du clavier sont trop lisses pour soutenir idéalement la chanson. Costello résout ce problème en demandant au public de chanter et d'applaudir à la fin. De quoi mettre un peu d’ambiance.

En conteur résolu, Costello explique la manière dont Nieve devait jouer sur des pianos faits maison ou à moitié fonctionnels au début des Imposters, avant d’attaquer « Shot With His Own Gun ».

Elvis raconte l’histoire de « Veronica », une compo qu’il a co-écrite en compagnie de Paul McCartney, mais une toux sévère l’interrompt et il doit reprendre le fil de ses idées. Il dépeint également ses aventures vécues avec Bob Dylan et John Mellencamp. Le public apprécie ces anecdotes et applaudit, alors que certains spectateurs poussent des cris à l’écoute des noms de ces artistes. Le loungy et jazzyfiant « Tolède » rend hommage à Burt Bacharach, décédé cette année, avec qui Costello avait collaboré à plusieurs reprises. Un moment intéressant, même si les cuivres et les chœurs féminins manquent cruellement. Cependant, Costello semble alors avoir retrouvé sa superbe voix de crooner.

Car lorsqu’il s’éloigne légèrement du micro, sa voix semble usée, fatiguée. Il a pourtant toujours ce timbre caractéristique et un style de chant très exigeant, qui se reconnaît entre mille. Nieve a également droit à sa standing ovation lorsqu’il se met à chanter.

Elvis parle beaucoup entre les morceaux, il lâche des vannes, mais parfois son discours tire en longueur.

L’instrumentation s’avère un peu trop dépouillée, surtout lorsqu'Elvis abandonne sa guitare et que Nieve est seul pour l’assurer.

« Watching The Detectives » (l’un des morceaux qui a marqué la prime jeunesse de votre serviteur) adopte un format trip hop. Un pari risqué, même si Nieve souffle dans son mélodica. Et si on reconnaît la mélodie et les accents jamaïcains, ce concept de relecture n’est franchement pas toujours respectueux de la version originale. Mais surtout, il manque un backing group pour faire la différence. Portant, la reprise du « She » de Charles Aznavour va fortement émouvoir l’auditoire. De quoi vous flanquer des frissons partout. D’ailleurs la foule applaudit longuement, à l’issue du morceau.

Nieve prend part aux vocaux pour « (What's So Funny 'Bout) Peace, Love and Understanding ». Le touche-à-tout démontre ainsi qu’il sait également lancer la mélodie. Mais le moment magique arrive lorsque les deux compères reprennent un long et obsédant « I Want You ». De toute beauté ! Sans micro, Costello chante divinement. Et on l’entend distinctement dans tous les coins de la salle.

Après un set de près de 2 heures 30, Costello revient pour interpréter « Alison », dans le public. Puis il déclenche l’hilarité générale lorsqu’il replie sa guitare de couleur verte, avant de recevoir une standing ovation. Ce sera une des rares fois que l’auditoire, plutôt amorphe, va se lever. Et avant de clôturer la soirée par « Over the rainbow », un morceau que Harold Arlen avait composé pour Judy Garland qu’elle avait interprété dans le film ‘Le Magicien d'Oz’, Costello va s’autoriser une cover de « The Wind Cries Mary » du mythique guitariste Jimi Hendrix.

Respect pour cet artiste qui malgré le poids de l’âge a encore de beaux restes.

Setlist : « When I Was Cruel No. 2 » (Elvis Costello cover) (With ABBA's « Dancing Queen »), « Waiting for the End of the World » (Elvis Costello cover), « Lipstick Vogue » (Elvis Costello & The Attractions cover), « Shot With His Own Gun » (Elvis Costello & The Attractions cover), « My Baby Just Squeals », « Pills and Soap » (Elvis Costello & The Attractions cover), « Veronica » (Elvis Costello cover) (acoustic), « What Is It That I Need That I Don't Already Have ? » (Elvis Costello cover), « All or Nothing at All » (Jimmy Dorsey and His Orchestra cover), « Toledo » (Elvis Costello with Burt Bacharach cover), « The Comedians » (Elvis Costello & The Attractions cover), « I Do (Zula’s Song) » (Elvis Costello cover)/ « Watching the Detectives » (Elvis Costello cover), « Accidents Will Happen » (Elvis Costello & The Attractions cover), « Isabelle In Tears » (Elvis Costello & The Imposters cover), « She » (Charles Aznavour cover), « I Still Have That Other Girl » (Elvis Costello with Burt Bacharach cover), « The Whirlwind » (Elvis Costello cover), « (What's So Funny 'Bout) Peace, Love and Understanding » (Brinsley Schwarz cover), « Shipbuilding » (Elvis Costello & The Attractions cover), « I Want You » (Elvis Costello & The Attractions cover), « Couldn't Call It Unexpected No. 4 » (Elvis Costello cover).

Rappel : « Alison » (Elvis Costello cover), « The Wind Cries Mary » (The Jimi Hendrix Experience cover), « Over The Rainbow » (Harold Arlen cover).

Organisation : Greenhouse Talent

jeudi, 21 septembre 2023 17:12

Un nouveau-né…

L’interview de SOROR se déroule un peu avant la release party de son premier elpee, « New Born », le jeudi 21 septembre 2021, dans les loges du Botanique, en présence des quatre membres de la formation bruxelloise. SOROR, qui signifie sœur en latin, est né de la rencontre entre Sophie Chiaramonte et Alice Ably. La première, passionnée de rock, se charge de la basse. La seconde, chanteuse, bercée au trip-hop et r&b des années 90, vient d’avoir un bébé. A l’instar de Julie Rens et Sasha Vonk chez Juicy, elles sont devenues inséparables, voire fusionnelles.

SOROR, c’est un groupe ou un duo ?

Un peu les deux. Le groupe réunit Sophie a la basse, Alice au chant, Thibaut à la guitare et Théo à la batterie. Et puis c’est un duo, puisqu’il est né de la rencontre entre deux filles qui ont eu un véritable coup de cœur pour faire de la musique ensemble… c’est finalement devenu une histoire d’amitié et une petite entreprise.

Quelles sont vos influences ?

On aime mêler les genres même si la base est plutôt rock. Les influences oscillent de Cat Power à Radiohead en passant par Warpaint…

Qui a produit l’album et comment se sont déroulées les sessions ?

Il est auto-produit et a été enregistré à Bruxelles, au Zinnemann, sous la houlette de Dries Van Ende. On l’a réalisé tous ensemble et réarrangé sur place.

Quel est votre processus de création : idées, musique, paroles, refrains, etc. ?

Tout commence par un riff de basse, sur lequel on pose la voix. On a toujours les paroles, à disposition. Et sur cette base, on compose et réarrange le tout collectivement.

Comment définissez-vous votre son ?

Il est organique.

Et la voix d'Alice ?

Elle est cassée, fragile, mais peut aussi avoir du coffre… comme la chanteuse… (rires)

D’après ce que je peux lire, vos concerts sont très dynamiques. Ce sera une découverte, pour votre interlocuteur. Vous avez participé, il me semble, à une résidence, Que vous a procuré une coach vocale ?

De la discipline. Elle nous ouvre les yeux sur la manière de jouer ensemble, de mieux comprendre ce qu’on interprète et de le vivre pleinement...

Pourquoi avoir intitulé votre premier elpee, « New Born » ?

C’est notre premier bébé. Il se réfère à la naissance de notre musique mais aussi de l’enfant d’Alice qui a grandi dans son ventre avant d’entrer dans la vie… Les compos ont été composées pendant sa grossesse. Il donc devenu source de création et d’inspiration.

Quels sont les derniers disques que vous avez écoutés, dernièrement ?

Ceux de Phoenician Drive et de Puma Blue…

Etes-vois engagés dans des projets parallèles ? Si oui, lesquels ?

Pour trois d’entre nous, il s’agit de notre premier projet. Pour Théo, non. Théo Lanau est batteur, improvisateur et compositeur originaire du sud-ouest de la France. Il a découvert le jazz au collège de Marciac, puis étudié à l’école de batterie Agostini Toulouse et au sein des conservatoires de Paris, Budapest et Bruxelles. Il notamment milité chez Limite, Le Bal de Marie Galante, Amaury Faye Trio, Terpsichore, Mobilhome, Pétrole et Omega Impact, pour n’en citer que quelques-uns

Y a-t-il des formations ou artistes belges que vous appréciez tout particulièrement ?

Édouard Van Praet, ViCTORIA + Jean, Warhaus, dEUS…

Et sur le plan international ?

Radiohead !

Une tournée est-elle prévue, et notamment à l’étranger ?

Oui, en France et en Allemagne

Comment qualifieriez-vous votre style musical ?

De ‘dream rock’, même s’il n’existe pas encore. C’est un rock planant, tour à tour doux ou tranchant, à fois mélancolique et groovy…

vendredi, 22 septembre 2023 16:57

Quelle magnifique soirée !

Issu de Melbourne, en Australie, The Murlocs est le side project d’Ambrose Kenny-Smith, mieux connu comme chanteur/guitariste/claviériste chez King Gizzard & The Lizard Wizard (NDR : non content d’être prolifique, le collectif se distingue par des tas de side-projects). Et le bassiste de cette formation, Cook Craig, participe également à cette aventure. Le patronyme s’inspirerait d’une créature mythique qui se passionne pour l'oracle. Mais les murlocs sont également des créatures de jeux vidéo…

Au sein de ce band, Ambrose se consacre à la guitare ainsi qu’à l’harmonica et Cook se cantonne à la basse. Le line up est complété par Cal Shortal à la sixcordes, Tim Karmouche aux synthés et Matt Blach aux drums. A son actif, 7 elpees, dont le dernier, « Calm Ya Farm », est paru en mai dernier. Une œuvre abordée sous un angle davantage country.

La dernière date de la tournée passe donc par l’Ancienne Belgique, transformée en ABBox, ce vendredi 22 septembre. Qui en accueillant 600 personnes, est sold out.

Le supporting act est confié à un autre groupe aussie, The Prize. The Prize a déjà assuré les premières parties de King Gizzard & The Lizard Wizard pour toute une série de concerts et maintenant il s’y colle pour The Murlocs. A son actif, un LP éponyme, paru en 2022, et un Ep 4 titres, « Side Of Town », sorti la même année. 

Outre deux guitaristes, un bassiste et un claviériste, le band implique une batteuse/chanteuse. Les musicos se présentent en ligne, mais c’est sur Nadine que tous les regards se focalisent. Elle possède une superbe voix, proche de Lzzy Hale, la chanteuse de Halestorm (qui se produira bientôt dans la même salle). Elle est parfois épaulée aux vocaux par les autres membres du band, et notamment par un des guitaristes. Son drumming est à la fois nerveux et puissant. Il semble même hérité du punk. Elle parvient à cumuler les deux fonctions, sans jamais perdre son souffle. Les mélodies sont entraînantes. Parfois on pense aux Chats ou aux Breeders. Et l’intensité électrique atteint son paroxysme, lorsque trois sixcordistes entrent en action.

Le combo n’en oublie pas son tout dernier single, « First Sight » et clôt sa prestation par un « Had It Made » particulièrement accrocheur. Une belle découverte.

Setlist : « Easy Way Out », « Don't Know You », « Don't Need 'Em », « Say You're Mine », « Down The Street », « Static Love Affair », « First Sight », « Wrong Side Of Town », « From The Night », « Had It Made »

Pendant que les musicos s’installent, les baffles crachent le « Moskow Diskow » de Telex. Une tenture plissée sert de décor en fond de scène. Elle changera de teinte en fonction du light show. Tel un gladiateur conquérant, Ambrose débarque le dernier.

Dès le départ, The Murlocs attaque pied au plancher. La musique oscille entre psyché/rock, country/rock et boogie. Un style plus homogène que celui de King Gizzard, qu’on pourrait qualifier d’hétérogène.

Mais on reconnaît immédiatement la voix particulièrement nasillarde d’Ambrose et les effets qui la triturent, vocodée ou distorsionnée. Les riffs de guitare sont acides. Le drumming est aussi redoutable que fulgurant et le clavier rogné, vintage, libère des sonorités davantage 'Booker T. esque' (Booker T. Jones) que 'Manzarekiens’ (Ray Manzarek, le légendaire claviériste des Doors). Sans oublier l’indispensable harmonica de Kenny-Smith sans qui le spectacle ne serait pas le même. Ambrose déclare d’emblée que le public bruxellois doit se montrer plus énergique que celui qui l’avait accueilli à Paris, la veille, au Trabendo. Et il n’en faut pas plus pour que le foule s’enflamme. Et comme il saute comme un kangourou, les spectateurs multiplient les pogos.  

Issus de « Rapscaillon », les trois premiers morceaux sont particulièrement énergiques. Avant d’attaquer « Common Sense Civilian », le leader déclare : ‘Suis-je déjà ennuyeux ?’ et embraie par ‘Je préfère être ennuyeux que d'être aussi ennuyeux qu'Ed Sheeran’. La foule apprécie cette subtile taquinerie, puisqu’elle se remet vite à danser. Néanmoins, on ne peut pas dire que le quintet soit loquace, se consacrant essentiellement à son répertoire qui va puiser dans presque toute sa discographie, dont quatre extraits du dernier long playing, « Calm Ya Farm », et sept de « Rapsacaillon », un opus plutôt autobiographique.

Hormis la ballade « Comfort Zone », dansante, la première heure de concert libère énormément de groove. Dès qu’Ambrose signale qu'il n'a plus besoin de son mellotron, utilisé pour « Loopholes », le set passe à la vitesse supérieure. Ainsi, un premier mosh pit éclate dès « Wickr Man », dans la fosse. L’ambiance est phénoménale, alimentée par une diaspora australienne bien représentée. C’est littéralement de la folie, dans le public. Un de ces moments que l’on vient chercher en concert et que l’on n’est pas près d’oublier. « Bobbing And Weaving » vient confirmer cet instant de grâce par une puissance et une communion extatique entre public et Ambrose, par rapport au précédent titre.

Après la pépite garage/punk « Bellarine Ballerina », le set s’achève par « Rolling On » qui vient finir d’épuiser un public qui se sera autant dépensé que les artistes sur les planches. Pas de rappel, mais le dernier single des Stones, « Angry », en guise d’outro préenregistrée. Une grosse claque après une belle découverte. Quelle magnifique soirée !

Setlist : Intro : « Moskow Diskow » (Telex song)

« Subsidiary », « Virgin Criminal », « Living Under A Rock », « What If ? », « Common Sense Civilian », « Withstand », « Russian Roulette », « Comfort Zone », « Queen Pinky », « Initiative », « Bowlegged Beautiful », « Loopholes », « Wickr Man », « Bobbing And Weaving », « Skyrocket », « Francesca », « Noble Soldier », « Reassurance », « Bellarine Ballerina », « Rolling On.

Outro : « Angry » - (The Rolling Stones song)

(Organisation : Ancienne Belgique)

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