Tout est fini pour Sprints…

Le groupe de Dublin, Sprints, sortira son deuxième album, « All That Is Over », le 26 septembre. Bien reçu par la critique, son premier long playing, « Letter To Self » (2024), a marqué le groupe comme une force majeure dans le paysage alternatif et a été…

logo_musiczine

Bénabar les regarde danser…

Bénabar est de retour et nous propose un nouveau single intitulé « Elles dansent », un titre fondamentalement pop, joyeux et émouvant, qui raconte une histoire de famille ou d’amis dans laquelle chacun pourrait se reconnaître : un moment de joie et de liberté…

Trouver des articles

Suivez-nous !

Facebook Instagram Myspace Myspace

Fil de navigation

concours_200

Se connecter

Nos partenaires

Nos partenaires

Dernier concert - festival

Kim Deal - De Roma
Janez Detd. - De Casino
Grégory Escouflaire

Grégory Escouflaire

jeudi, 15 juillet 2004 03:00

Dour Festival 2004 : jeudi 15 juillet

Pour sa seizième édition, Dour aura de nouveau bien rempli sa mission de « festival le plus alternatif » de notre plat pays. Comme d'habitude on aura fait pas mal de découvertes, et vécu de grands moments… 120.000 visiteurs (15.000 de plus que l'année dernière), 200 groupes, 25° à l'ombre : autant d'ingrédients qui auront participé à faire de ce seizième Dour une bonne édition, à défaut de véritables têtes d'affiche et de la présence (encore) renforcée des forces de police.

C'est qu'à peine sorti de l'autoroute, le festivalier lambda se voyait contrôlé par une horde de flicailles en quête d'un peu d'herbe à se mettre sous le museau. Ce n'est pas nouveau : Dour, ce serait le festival des drogués, une plate-forme franco-belge des dealers de ganja et d'ecstasy, un paradis de la défonce sur fond de rock, d'électro, de hip hop et de reggae… Ce serait oublier l'essentiel : la musique. Parce que si on croise à Dour quelques arrachés de la vie, n'occultons pas le fait qu'il s'agit d'abord d'un festival rock (au sens large), où on vient pour voir des artistes confirmés ou en plein essor. Il y en aura toujours à Dour qui s'en tapent éperdument, de voir Quannum, ! ! !, les Bérus ou The Skatalites… Le camping leur suffit, et bien qu'ils y restent. En ce qui nous concerne, il y avait fort à faire dès jeudi soir, avec pour bien débuter le festival, le concert de la Canadienne Feist, la nouvelle petite protégée de Gonzales. Son premier album (« Let It Die »), sorti l'année dernière, est une petite merveille de folk-pop-disco-cabaret. Sur scène, c'est tout autre chose : seule avec sa guitare, Feist ranime ses chansons à la lumière du blues le plus écorché. A tel point qu'à certains moments, on croirait voir PJ Harvey en goguette, chantant des berceuses (des « bersuces ? », comme elle prononce) en plein bayou.

Belle entrée en matière (le public est encore frais et dispos), juste avant Laetitia Sherrif, qui pourrait elle aussi être comparée à la PJ du Dorset… Originaire de Lille, la chanteuse-bassiste propose un rock bien secoué mais guère original. A noter la présence d'Olivier Mellano à la guitare (ex-Miossec, Mobiil, etc.).

Sous la Magic Tent (et son plancher !), les furibards de Zeke nous conviaient en même temps à leur trip sous acides, tendance Motörhead en plus punk (gasp). Ca tronçonne déjà sec, et il est 17h à peine.

Mieux vaut réserver ses forces au Français Avril, qui lui n'a rien du type white trash : au contraire on croirait avoir en face de nous un jeune cadre en plein pétage de câble… On croyait aussi qu'Avril était plutôt un bidouilleur de laptop : ce soir, c'était pourtant guitares. En plus des beats certifiés F Com et d'un batteur en grande forme, on a donc eu droit à de l'électro-rock limite « rinôçérôse ». Parfois franchement pelant, Avril sait aussi s'improviser furieux entertainer : sur le tubesque « Be Yourself », c'était donc la fête dans l'Eclectik Dance Hall, l'un des premiers grands moments de ce festival.

On ne pouvait pas en dire autant du concert de Mellow, qui pourtant a sorti il y a quelques mois un deuxième album schizopop des plus recommandés (« Perfect Colors »). Dans une configuration identique à celle de leur compatriote Avril (musiciens live), les deux Français n'auront pas réussi à contenter un public clairsemé. « Fantastic », déclare l'une de leurs chansons : peut-être, mais surtout sur disque. De toute façon, on avait un peu la tête ailleurs…

Déjà tournée vers la Red Frequency Stage, où dans quelques minutes allait débuter le concert tant attendu des Californiens de ! ! ! (prononcez « Tchik Tchik Tchik »), sans doute LA révélation de l'année. Quoique… Déjà l'année dernière était sorti chez Warp leur excellent single « Me and Giuliani… », et avant ça un premier album, passé malheureusement totalement inaperçu. Mais cette année semble être leur année, grâce à un nouvel album, le déjà fameux « Louden Up Now », une claque disco-post-punk qui ne cesse de tourner sur nos platines. Pour beaucoup de fans de musique, le concert des ! ! ! était donc l'affaire du jour, le truc à voir pour le croire, le must absolu qu'il ne fallait pas rater sous peine de passer pour un idiot. Ils sont sept, et s'agitent dans tous les sens. Nic Offer, le chanteur, harangue la foule tel un Axl Rose de la cause trash-dance (pardonnez-moi cette comparaison stupide). Tels des diablotins sortis de leur boîte multicolore, ces types portent décidément bien leur nom : « ! ! ! », c'est la réaction du quidam qui pour la première fois se prend cette musique en pleine tronche. Démentielle, groovy à mort : on n'avait plus dansé comme ça (= avec le sourire, les bras en l'air et le cul parcouru de spasmes) depuis le dernier Radio 4. Le set débute par « Pardon My Freedom », le single qui tue. Les premiers rangs s'extasient. La machine tourne à plein régime, même si le son reste brouillon, en cause trop d'instruments (batterie, basse, guitares, percus, cuivres, séquenceur) et de folie – ces types n'ont pas peur de partir en vrille, et c'est ça qui rend leur musique essentielle. « They don't give a fuck » : une philosophie qui sied bien à l'ambiance nonchalante de Dour, à son public détendu, venu ici pour faire la fête pendant quatre jours, voire perdre la tête. Et ça continue : « Hello, Is This Thing On ? », « Shit Scheisse Merde », « Me and Giuliani… »,… John Pugh, le batteur, se joint au chant, tandis que derrière les autres se contorsionnent. « Tell the FBI put me on the list/coz Lennon wasn't this dangerous » : ces mecs font peur tellement leur son est bon. Ovation, délire. Comme le dit le dicton : ‘Si tu ne danses pas sur ! ! !, c'est que t'es mort’. Ajoutez donc ce disque sur votre liste de fin d'année, parce que c'est déjà un classique.

Après ça, difficile de croire qu'en ce jeudi estival, on verra à Dour d'autres concerts encore meilleurs... Surtout qu'il est 21h, et que les premiers DJ-sets débutent un peu partout : Matthew Herbert (un set plutôt house, plutôt mou), Richard X (comme prévu, électro eighties),…

Puis ce sont les Audiobullys et leur « hooligan house » : efficace mais répétitif, en fin de compte anecdotique. D'autant que les deux Anglais n'auront même pas joué leur tube « We Don't Care », une grosse déception. Autre constatation : l'utilisation pour un rap du « Rocker » d'Alter Ego, sans doute le morceau techno le plus mixé de ce festival (avec le « Drop The Pressure » de Mylo). Les 2 Many DJ's, Magnus, James Murphy,… : tous les ont insérés dans leur mix, hymnes de l'été oblige…

Et il fait chaud à Dour, surtout dans les tentes : tandis que Dr. Lektroluv nous refait le coup du Fantômas EBM (masque vert, lunettes noires), une autre surprise nous attend à la Petite Maison dans la Prairie : le duo Dead Combo. Des types de Scandinavie, signés sur Output (Playgroup, The Rapture, Colder, Blackstrobe,…), et qui se prennent pour Suicide : perfecto noir, morgue rock'n'roll, l'un au synthé et au chant, l'autre à la guitare… C'est drôle un moment, mais très vite ça lasse.

Pareil pour Vitalic, qui s'il est l'auteur du fameux « La Rock 01 » (tube techno impitoyable), n'est pas à l'abri de la 'beaufitude' de type « Apaches à La Bush, un vendredi soir dans le Tournaisis ». Traduction : avec l'Ukrainien ça tabasse, mais c'est tout sauf subtil.

Mieux vaut aller jeter un coup d'œil (et de hanche) au set de James Murphy, Mr. LCD Soundsystem, moitié de la paire DFA, à qui on doit le son à la fois groovy et punky de Radio 4 et de The Rapture. Avant son mix avec les 2 Many DJ's samedi, l'Américain s'est donc fendu de deux heures de pousse-disques éclectiques, à défaut d'être fédératrices. C'est qu'il n'y avait pas grand monde pour apprécier les talents d'un des DJs les plus branchés du circuit : dommage, parce que Murphy a le mérite de proposer des mixes fourre-tout et jouissifs, loin des canons du genre (pouet pouet).

A croire que les festivaliers préféraient voir Ghinzu… Un bon concert, paraît-il. On les a déjà vus (cfr reviews AB et Nuits Bota). On les verra encore. Et puis le jeudi à Dour, c'est fait pour danser, non ?

samedi, 30 août 2003 05:00

Pukkelpop 2003 : samedi 30 août

Dernière ligne droite, et à peine le nez qui coule : heureusement, Arsenal devrait rapidement nous réchauffer avec son trip-hop limite lounge de très bonne tenue (le beau " How Come ? " en clôture). " Mr. Doorman " ramène même le soleil, malgré le fait que la chanteuse et le rappeur aient déclaré forfait (à la place, des samples).

Mais la première vraie bonne surprise du jour, et même du festival, viendra juste après, au Château, avec les Américains d'Ima Robot (prononcez " I Am Robot ") : du punk funk comme on l'aime, avec des musiciens de Beck et un chanteur au beau bagout. Ca groove, tendance PIL (la voix) et Gang of Four, et le répertoire recèle quelques tubes en devenir comme ce " Dynomite " dansant à souhait. L'album sort mi-septembre, et c'est clair qu'il faudra y jeter une oreille…

Entre le rétro-futurisme d'Apparat Organ Quartet (des synthés cheap à la Add N To X), les relents stoniens (encore) de The Vue et le nu-métal sans odeur d'Adema (" le groupe du frère du chanteur de Korn "), on n'aura pas choisi… Préférant attendre Matthew Herbert et son Big Band, parce qu'on aime l'originalité du bonhomme, et sa démarche : cette fois, pas de morceau housy à base de samples de boîtes de Coca concassées et d'hamburgers broyés (Herbert n'aime pas l'impérialisme), mais un orchestre de cuivres et d'autres musiciens, live, avec l'artiste aux laptops… Le résultat ? Intéressant, en rien tape-à-l'œil, quoiqu'un peu statique.

Dans un tout autre genre, The Blood Brothers, programmés au dernier moment, auront eux aussi fait très fort : leur mélange de guitares hardcore, de ruptures rythmiques proches du free jazz et de vocaux hystériques n'est certes pas des plus reposants, mais peu importe, ça défoule… Ecoutez leur " Burn, Piano Island, Burn ! " tous les matins au saut du lit, ça vous met la patate pour le restant de la journée.

A contrario de South San Gabriel, sous peine de rester au pieu jusqu'au coucher du soleil… Si l'Américain brille dans un registre " alternative country " proche de Sparklehorse et de Lambchop, difficile de rester éveillé à l'écouter marmonner des histoires tristes seul sur scène…

D'autant que sur la Main Stage, les affreux Pennywise martèlent leur punk bourrin avec une sacrée énergie, poussant les V.U. dans le rouge, et le vice jusqu'à en remettre une couche (les jeunes aiment ça, et ils en redemandent).

Mais la palme de la ‘couche de trop’ est attribuée à Michael Franti ! Ce type joue tellement les gars ‘positifs’ qu'il finit par paraître ridicule : le pire, c'est quand il s'en prend à Bush et sa guerre contre le terrorisme (ok), en prônant plutôt la guerre contre le militarisme (sic)… Euh, oui mais Michael, ça reste quand même une guerre, non ? Et c'est pas bien non plus, comme les gens qu'on enferme dans des cachots, parce que eux aussi ils " méritent de la musique " (" Everyone Deserves Music "), et mon voisin aussi, qui m'emmerde le dimanche quand il tond sa pelouse, et même ce con de Bush, tiens, parce qu'il faut s'aimer et s'entraider, c'est même pour ça qu'à un moment t'as demandé aux gens de se tenir par l'épaule, comme à un grand rassemblement hippie, en chantant " Taxi Radio ", ton nouveau tube qui s'appelle comme ça parce que " c'est deux mots que tout le monde comprend dans le monde entier ". Merci, Michael ! Parce que grâce à toi, tout le monde il est content et heureux de vivre, et c'est le principal. Trop cool, quoi !

Plus costaud, Radio 4 au Château : pour leur troisième passage en Belgique, les New-yorkais ont frappé fort – rythmiques d'enfer, riffs tournoyants, percus extatiques, tubes à la pelle… Devant un public surchauffé, ils auront prouvé une fois pour toutes qu'ils comptent bien rester, malgré la hype qui les entoure, malgré ce machin (le " punk funk ") auquel ils sont sans cesse affiliés. C'est vrai que leur musique groove comme un bon vieux PIL, rocke comme du Clash, transpire comme du Section 25. Ce concert fût le meilleur des trois : nos gars sont bien en place, balançant la sauce avec maîtrise et habileté. Même les titres de leur premier album, passé inaperçu faute d'être " tendance ", sonnent comme de vrais hymnes à la danse, et n'ont pas à rougir face à ces tueries que sont " Our Town ", " New Disco ", " Save Your City " et bien entendu l'immense " Dance To The Underground ", qui clôtura ce concert avec panache, sous un déluge d'applaudissements amplement mérités.

Tout le contraire des Mars Volta, qui pourtant furent eux aussi à l'origine d'un des meilleurs live de ce Pukkelpop : les 5 Texans (dont deux d'At The Drive In, rappelons-le) n'ont certes laissé aucune place aux manifestations bruyantes (sans blanc, pas de " hourra ! "), mais leur prestation n'en fût pas moins des plus époustouflantes. Sur une heure de concert, seulement deux morceaux : " Roulette Dares (The Haunt Of) " et " Cicatriz Esp ", de leur excellent album " " De-loused In The Comatorium " (l'un des albums de l'année). Sur le CD, ça dure en tout 20 minutes (pile !)… En live, ça dure une heure. Comprenez : The Mars Volta ne fait pas de l'emocore (At The Drive In est une bien vieille histoire), mais du punk progressif (du " Punk Floyd "). Un peu comme au temps de Yes et de King Crimson, la rage en plus. Certes, Cedric Bixler (le chanteur) singe parfois Jim Morrison ou Robert Plant, et Omar Rodriguez-Lopez (le guitariste) lui aussi en fait trop (quel virtuose du manche !)… Mais ces gars-là sont dans un trip total, façon seventies et tout le toutim ! Ne pas prendre le temps de comprendre leur démarche et de les accompagner dans leur délire peut évidemment très vite agacer. Ce qui expliquait les mines décaties de certains spectateurs pas habitués à ce genre de spectacle. La musique de Mars Volta ne se zappe pas : elle s'écoute de l'intérieur, et ça passe forcément par une attention sans failles, malgré ces quelques digressions théâtrales, malgré ce décorum prog parfois pompeux…

Ceux qui préféraient moins se casser la tête (nous ça va, merci) n'avaient qu'à aller voir PJ Harvey, qui ne sort pas de disque mais venait juste pour chanter qu'elle existe toujours. Ca commence fort avec le splendide " To Bring You My Love ", du tout aussi splendide album du même nom. Puis " Rid Of Me ", " 50Ft Queenie ", " Big Exit ", " Good Fortune ", " Me-Jane ", " The Whores Hustle And The Hustlers Whore ", " Working For The Man ",… Autant de tubes qui rappellent que la PJ fait partie des plus grands songwriters de ces 15 dernières années. Vêtue d'une robe blanche " elvisienne " plutôt courte et entourée de ses fidèles compagnons Mick Harvey (basse) et Rob Ellis (batterie), PJ Harvey n'aura levé le voile (c'est une image) sur son nouvel album (à paraître cet hiver) qu'un seul instant, le temps d'une petite bombe punky à la " Dry " qui parle de ses… cheveux. En final (10 minutes trop tôt), un " Man-Size " d'une puissance impressionnante achèvera de nous convaincre que PJ Harvey est bel et bien de retour, et qu'elle n'est pas contente. Chouette !

Mais le summum de cette soirée déjà parfaite, c'était du côté du Château (encore !) qu'on allait le connaître, avec les quinquagénaires punks de Wire. De retour après plusieurs années d'absence avec un album incendiaire (" Send "), les quatre Anglais ont mis le public, composé à la fois de vieux fans et de nouvelles recrues un peu ‘fashion victims’ (punk funk revival oblige…), à genoux. Ce mélange d'électronique hypnotique, de guitares incisives et de lyrics post-situ, interprété avec une rage 100 fois supérieure à celle de tous les groupes de la Skate Stage réunis, aura prouvé que l'âge dans le rock n'entre pas en compte, et qu'on peut toujours sonner actuel malgré une carrière déjà bien longue. Terrible !

Après une telle claque, Limp Bizkit n'avait qu'à bien se tenir… Après Axl Rose l'année dernière, Fred Durst, la plus grande tête à claque du music business, que personne n'aime, parce que : 1/ Pour les puristes nu-métal, ce gars-là est un vendu ; 2/ Il se tape Britney Spears ; 3/ Il a tellement la grosse tête que son guitariste, qui tenait le ménage et composait presque tout, s'est barré. En live, cela se traduit par : 1/ des canettes balancées avec vigueur sur sa tête de gros frimeur ; 2/ des doigts levés et des gens qui dorment (ou vont voir Pretty Girls Make Grave, excellent combo rock de Seattle, entre Magnapop, The Slits et les Strokes). Il n'empêche que Limp Bizkit, à une époque pas si lointaine, incarnait avec Korn le futur du métal, avant d'être récupéré par des marques de casquettes et de boissons pétillantes. Fred Durst était alors notre compagnon (de beuverie, de baston, de déprime) fidèle, et des titres comme " Nookie " et " Break Stuff " rythmaient notre quotidien de leurs riffs puissants et de leurs scratches hip hop. Aujourd'hui, Limp Bizkit n'est plus que l'ombre de lui-même, malgré les derniers hits de " Chocolate Starfish… " (" Hot Dog ", " My Generation ", " My Way ", " Take A Look Around ", tous joués ici), malgré le fait qu'en live, cela reste une belle machine rock bien huilée (décor, pyrotechnie, show de Fred Durst, dont l'égocentrisme vire tout doucement à la mégalomanie). " Faith " (la cover de George Michael) en final (20 minutes trop tôt !) et dédicacé à " toutes les filles ", c'est avec amertume qu'on tire un trait sur ce Pukkelpop grande cuvée. Il y a eu la pluie. Il y a eu Fred Durst (aurait-il voté pour Bush ?). Il y a eu des annulations (Aaah, Jackass…). N'empêche, c'était quand même drôlement bien. Rendez-vous l'année prochaine, avec on l'espère, le grand retour d'Axl.

 

vendredi, 29 août 2003 05:00

Pukkelpop 2003 : vendredi 29 août

Malgré la pluie qui s'abattit sur le site toute la nuit, on échappa au déluge boueux de l'année dernière… Cette journée fût clairement placée sous le signe du rock, avec une affiche sans faute au Marquee, d'abord avec les Soledad Brothers : trois mecs de Detroit qui connaissent la discographie des Stones sur le bout des doigts, mais qui sont encore jeunes et ne s'habillent pas en collant de fitness. Très chouette, même s'il est clair qu'ils n'ont pas inventé l'eau chaude.

Ensuite, dans une veine plus blues, The Black Keys : un chanteur-guitariste et un batteur… Tiens, ça ne vous dit pas quelque chose ? Ben tiens ! Signés sur l'excellent label de (néo-) blues Fat Possum (RL Burnside), ces deux jeunots sonnent comme un bon vieux disque de Robert Johnson, sauf qu'ils sont blancs et qu'il leur arrive aussi de péter un câble façon Black Sabbath. De sacrés musiciens, en tout cas, à ne pas rater lors de leur prochain passage chez nous, à l'Ancienne Belgique.

Les gars de Cave In nous ont quant à eux laissé plus de marbre : il faut dire que leur dernier album, " Antenna ", nous a laissé comme un sale goût, celui de la trahison. Sorti chez une major et tristement limé aux entournures, " Antenna " n'a pas la rage de ses prédécesseurs, bien plus hardcore et sans concessions. Maintenant, c'est de la power pop à la Foo Fighters (" Antenna " a été produit par… Dave Grohl), bref c'est un peu lisse. D'où ce drôle de concert, alternant nouvelles compos pour midinettes et machins trash d'une autre époque, comme si sur scène se tenait devant nous un groupe complètement schizophrène. Bizarre.

Mais pas plus que Hot Hot Heat, qui finalement nous pompe un peu l'air (voir chronique du concert au Bota) : à force de singer Robert Smith tout en prenant des poses springsteeniennes, la chanteur de ce combo canadien finit par agacer. Ce côté " Eye of the Tiger " version pop-cold wave a certes ses bons côtés (" Bandages ", " Get In or Get Out "), mais pas non plus de quoi crier au génie. Dans un an, on n'en parle plus.

Tout comme The Raveonettes, d'ailleurs : la bassiste Sharin Foo est charmante, c'est vrai… Mais quelle monotonie ! Forcément, quand on compose seulement avec trois accords, toujours en " si " bémol majeur et sans cymbales, ça restreint le champ d'attaque. Le public ne s'y est pas trompé, boudant les Danois, que l'on aurait de toute façon mieux vus au Marquee… Seuls " Attack of the Ghost Riders " et " Beat City " (en final), bref leurs titres les plus corsés, nous auront fait tapé du pied.

Le vrai pied, justement, c'est avec The Kills qu'on l'a pris : exécutant leurs chansons à la structure rythmique squelettique (une boîte à rythmes, une/deux guitares) et leur morgue splendide, VV et Hotel incarnent le rock à l'état pur. Entre eux, le courant passe, électrique, extatique : rarement aura-t-on vu un couple aussi soudé par l'amour et la musique, aussi tendu vers le même objectif – celui de vivre, tels Bonnie and Clyde, en brûlant la vie par les deux bouts. " Fuck The People " est une de leurs magnifiques rengaines : cette " fuck attitude " est d'une beauté troublante, surtout quand il n'y a plus de pudeur, juste de la colère, des nerfs à fleur de peau. VV et Hotel sont beaux, et leur musique est l'une des seules aujourd'hui qui prend ainsi aux tripes.

Si le rock est partout en cette journée maussade, c'est aussi parce qu'il y a des changements d'horaire qui nous ont fait rater pas mal d'autres trucs : Danger Mouse & Jemini par exemple, qu'on a juste vu 5 minutes parce qu'ils n'ont pas joué à l'heure indiquée… Pas cool : ces Américains ont sorti un des meilleurs albums de l'année.

Tout comme The Majesticons, même si ce qu'on en a vu n'était pas vraiment à la hauteur… Après l'électro d'hier, c'était donc au tour du rap d'envahir le Château (exception faite du Youngblood Brass Band, une fanfare concédant devant plus à Frank Zappa qu'au tonton de Marcinelle jouant du trombone à l'Amicale des Zèbres). Demain, le punk funk.

Entre-temps, The Polyphonic Spree semait sa bonne parole (" Smile ! ! ! ") au Marquee, et Gus Gus, en retard, balançait son trip-hop fade à un public qui de toute façon n'en avait rien à foutre.

Parce qu'à côté, à la Boiler Room, il y a avait LFO, mythique groupe de techno du début des années 90, aujourd'hui réduit au seul Mark Bell, plus connu pour son travail récent de producteur chez Björk et Depeche Mode. Une chose est sûre : LFO n'a rien perdu de sa force de frappe, malgré les années (sept ans qu'on attend un nouvel album ! Il arrive fin septembre). L'ambiance est torride, le son est bien corsé, les BPMs martelés. Du délire !

Moins délirant : la nouvelle coupe de cheveux de Beck, sorte de permanente à la David Hasselhof qui ferait presque passer le petit génie de la pop pour le sosie " djeune " d'Helmut Lotti. Dans ces conditions, dur dur de rester objectif : la moumoute était telle qu'on ne voyait plus que ça, et la musique de paraître bien fade face à ce système pileux sponsorisé par Loréal. Mais qui est responsable de ce relookage façon Tom Jones ? Résultat : " Mixed Bizness ", " The New Pollution ", " Loser " et " Devil's Haircut " auront eu du mal à nous convaincre une fois chantés par un type arborant une coupe de tarlouze ignoble… comme si les cheveux du songwriter le plus accompli de sa génération nous empêchaient d'émettre le moindre avis distancié. Que les choses soient claires : les trois morceaux de " Sea Change " étaient magnifiques, tout comme ce " Nobody's Fault But My Own " fragile et bancal… Même le reste, interprété plus " à la coule " qu'auparavant, n'était pas mal non plus. Mais Beck a vieilli, et ses goûts capillaires avec. Et ça, c'est pas cool.

Après telle surprise (surtout visuelle), Alison Goldfrapp se devait de nous remonter le moral : y a-t-il une vie après la permanente ? Attifée telle une diva gothique, jouant avec son theremin comme avec son clitoris (véridique), la Goldfrapp nous aura mené par le bout du nez, jusqu'à nous faire oublier tous nos problèmes d'apprentis coiffeurs. Le dernier album de Goldfrapp, " Black Cherry ", profite du revival eighties avec sans doute trop d'arrivisme… Mais pourquoi bouder notre plaisir face à ces tubes en chaîne (" Train ", " Twist ", " Tiptoe ",…), mélanges coquins d'électro rétro et de parfait glamour ? Alison, quand tu nous tiens !

Décidément, Suede n'a pas de bol : après avoir joué la " première partie " des Guns 'n' Roses l'année dernière, voilà que le groupe de Brett Anderson se retrouve à nouveau en seconde tête d'affiche, devant des milliers de fans de Foo Fighters qui n'attendent plus que Dave Grohl. Brett a beau se démener comme un beau diable, balancer son micro et haranguer la foule, rien n'y fait : la britpop, dont Suede était l'un des plus fiers étendards, n'intéresse plus personne. Un best of sort bientôt. S'agit-il d'un signe avant-coureur de séparation ou de remise en question ? A voir la réaction du public, mieux vaut pour Anderson qu'il s'intéresse à cette question, et fasse le bon choix. Parce que dans l'optique actuelle, Suede ne passionne plus que les fans purs et durs. Et ils sont de moins en moins nombreux.

Avec " Sumday ", les modestes skateurs de Grandaddy n'ont certes pas réitéré l'exploit de " Sophtware Slump " (mais comment auraient-ils pu ?)… Toujours est-il qu'en concert ils restent une valeur sûre : le show est bien rôdé, les morceaux s'enchaînent avec naturel, Jason Lytle est bien sympathique (et remercie le public pour son accueil formidable). Un bon concert, équilibré, où il y a autant de chouettes trucs à voir (l'écran) qu'à écouter (les hits)…

Mais les plus attendus de cette journée, c'était bien sûr les Foo Fighters, numéros 1 en Flandre, grands gagnants du référendum (tout le monde pouvait envoyer, via le site, un top 5 des artistes qu'il souhaitait voir à l'affiche), bref des gars qui cartonnent, mais restent étonnamment humbles et sympas. Autre fait remarquable : Dave Grohl a chanté. Pour de vrai ! Parce que d'habitude, il gueule comme un taré, à se demander si finalement c'est vraiment lui qui enregistre les parties vocales sur chaque album du groupe (le fameux syndrome " Milli Vanilli "). Ca commence fort par un " All My Life " dantesque, malgré la pluie qui tombe maintenant depuis une bonne demi-heure. Les hits s'enchaînent : " The One ", " Times Like These ", " My Hero ", " For All The Cows ", " Learn To Fly ", " Low ", " Everlong ", " Tired of You " (un slow ?), " Breakout " (repris en cœur par des milliers de fans),… Incroyable comme ces types-là ont composé des hits : à la pelle. En final, l'excellent " Monkey Wrench ", ponctué de deux/trois bons " Oh Yeah ! ! ! " dont seul Dave Grohl a le secret… La pluie tombe de plus belle, mais qu'à cela ne tienne, il y a Richie Hawtin à la Boiler Room, et comme d'hab', ça déchire (un album de Plastikman est prévu pour octobre). Aaargh, cette pluie ! Demain, c'est le rhume assuré.

jeudi, 28 août 2003 05:00

Pukkelpop 2003 : jeudi 28 août

On avait dit qu'il ferait chaud cette année à Kiewit, vu la canicule qui frappa notre plat pays pendant presque deux mois… C'était bien entendu une prédiction d'amateurs, puisque durant ces trois jours de fiesta musicale, il y a eu de la pluie… La première nuit, ce fût la tornade : heureusement, notre tente n'en aura pas trop souffert… Pas comme celles de certains (environ 600 campeurs), qui auront du dormir tant bien que mal dans un entrepôt des usines Phillips. L'année prochaine, promis, on ne jouera plus aux apprentis météorologues ! Il n'empêche qu'on s'est bien amusé, et qu'avec chance la boue ne transforma pas le terrain en merdier impraticable.

Pourtant, tout commença dans l'ambiance la plus estivale, le soleil au rendez-vous et The Coral sur les starting blocks : les six gamins (le plus vieux n'a que 21 ans) d'Angleterre n'auront pourtant pas convaincu les quelques centaines de festivaliers venus les applaudir, sans doute agacés par ce jam à rallonge pendant " Goodbye ", qui dura 15 minutes sur un set… d'une demi-heure. Avant cette démonstration en roue libre de leur talent d'instrumentistes hors pair, The Coral aura juste eu le temps de bâcler quatre chansons (" Bill McCai ", " Calendars & Clocks ", " Skeleton Key ", " I Remember When "). C'est un peu fort de café pour un groupe qui avait la dure tâche d'inaugurer les festivités sur la Main Stage… Les fans de " Dreaming of You " en auront eu pour le frais. A ceux-là, on conseillera de revenir les voir en première partie de Blur dans deux mois (mais, hum, c'est déjà complet).

Après les jeunes, les moins jeunes : avec DAF dans le Dance Hall, on pouvait s'attendre à quelque chose de puissant, malgré la nostalgie. C'est que Gabi Delgado Lopez (le bras dans le plâtre) et Robert Görl (caché derrière son synthé) ne sont pas nés de la dernière pluie : leur électro-pop tourne dans nos lecteurs depuis vingt ans, surtout depuis que l'elektroklash les a rappelés à notre bon souvenir. Normal qu'avec tous ces pilleurs de tombe, le duo allemand revienne au devant de la scène pour montrer qui sont les chefs. Un nouvel album, et ce concert-événement, bien que d'un ennui profond : à part " Der Mussolini " et " Alles Ist Gut " (et encore), ce live de DAF n'aura eu pour seul impact que nous convaincre d'une seule chose – que la langue allemande c'est bien moche et que l'EBM c'est pour les ringards.

En ces temps de rock'n'roll revival, mieux valait se taper Electric Six, les seuls Américains qui osent se moquer de Bush (le clip de " Gay Bar ") et pratiquer du disco-rock sans tomber dans le ridicule. " Fire ", le disque, est une vraie bombe. En concert, c'est pareil, même si le son est rarement à la hauteur de leurs compos farfelues. Dick Valentine hurle comme un Mike Patton castré, et ces copains moulinent comme des dératés. Dans le public, la sauce prend bien, surtout lors des fameux " Danger ! High Voltage " et " Gay Bar ". Le feu, la guerre nucléaire, les femme, la danse, les gays, le rock : Electric Six, c'est le mauvais goût pratiqué avec classe. Une autre preuve ? La reprise de " Radio Gaga " de Queen, même pas pathétique. Ces gars-là sont très forts.

Quid de Alien Ant Farm, Damien Rice, The Teenage Idols, Donna Summer ? 1/ Ces blaireaux d'Alien Ant Farm ont bien de la chance d'avoir pour ami un certain Michael Jackson : sans cette reprise rigolote de " Smooth Criminal ", sûr que ces tâches n'auraient jamais connu le succès. Leur musique est laide, le chant est atroce, les refrains d'une pauvreté insondable. Suivant.

2/ Damien Rice, pas vu. De loin, en passant. Cet Irlandais chante des chansons tristes, à l'instar d'un Tom McRae ou d'un Ron Sexmith. C'est beau, mais sous une tente à moitié vide (le Marquee, trop grand, faute de Club cette année), ça fout un peu les chocottes. On n'est pas venu ici pour se taper une grosse déprime (et d'ailleurs ce genre de folk intimiste se prête rarement aux festivals). Suivant.

3/ Sur album, The Teenage Idols impressionne, bien que leur garage-rock n'ait rien d'exceptionnel… Sur scène, c'est autre chose : avec ses rouflaquettes et son ventre bedonnant, le chanteur donne plus l'impression d'être un clone bon marché d'Elvis qu'un rockeur scandinave fan des Hellacopters. Et puis ces ululements font tellement penser aux Cramps et au JSBX qu'on préfère aller voir ailleurs, là où ça sent moins le papier carbone et l'arnaque marketing. Suivant.

4 / Donna Summer. Ce type (Jason Forrest, en fait) est fou. Il mixe tout et n'importe quoi sur de la drum'n'bass assourdissante (un peu comme DJ/Rupture), en bondissant comme un taré. Chaud. En même temps, il y avait DAF. La prochaine fois, on saura qui aller voir. Suivant.

Cex : l'un des grands moments de ce festival. Vous l'avez raté ? On vous en a sans doute parlé… C'était ce grand échalas en slip kangourou qui sautait dans tous les sens au milieu d'un public éberlué, les yeux noircis de Rimmel et les cheveux en pétard. Sans parler de ses platform boots à grosses tûtes, qu'il balançait ça et là avec un rictus de dément. La musique ? Du hip hop coriace débité à la mitraillette, sur un tapis de beats électroniques à la limite de l'industriel (certains morceaux ressemblaient à du NIN). Pendant trois-quarts d'heure, Cex (Riyan pour les intimes) sera resté dans le public, à provoquer les plus récalcitrants. Grandiose ! Voilà un type qui ne se pose pas de questions et rétablit l'équilibre entre l'artiste et ses spectateurs, sans se prendre pour une star indigeste qui toiserait son monde avec son grunge-métal de merde (qui a dit Staind ?). Big up !

L'élément scénique, voilà le problème du Pukkelpop : si certains se l'accaparent avec humour et sans aucune gêne, d'autres s'y perdent faute d'habitude et de repères. Que faisaient les Texans de Sparta sur la Main Stage ? Certes, leur prestation de l'année dernière en avait soufflé plus d'un… Mais leur place était-elle sur cette grande scène, devant un public de fans de Staind ? Qu'importe, finalement, parce que les Américains auront de nouveau prouvé, par leur puissance et leur rage, qu'ils valent (plus) que ces têtes d'affiche à la noix pour ados attardés. Malgré les nuages, malgré l'indifférence générale, Jim Ward et ses potes auront fait de leur mieux pour acquérir leur " Artist Pass Unlimited " au Pukkelpop. Rendez-vous est déjà pris pour l'année prochaine, avec normalement un nouvel album à défendre, que l'on espère aussi bon que ce " Wiretap Scars " de haute volée. Seul bémol : s'ils étaient venus deux jours plus tard, on aurait pu rêver en la reformation ponctuelle d'At The Drive In… L'espoir fait vivre, non ?

Après la ‘Gigolo Review’ et juste avant DJ Hell, Ladytron avait plutôt intérêt à réchauffer l'atmosphère, un peu triste sous ces nuages pesants et cette pluie par intermittence. Difficile quand on fait de l'électro-pop un peu figée et maniérée, malgré les hits (" Seventeen ", " Blue Jeans ", " Playgirl "), malgré le joli minois des deux chanteuses. Ces refrains synthétiques n'auront finalement que refroidi davantage l'ambiance, mais qu'ils soit tous pardonnés : n'est pas Electric Six qui veut (et d'ailleurs ça n'a rien à voir).

Pour être vraiment surpris, c'est au Château qu'il fallait encore une fois se rendre : après Cex et Super Numeri (des Russes mélangeant Jagga Jazzist à Tortoise), c'était au flamand Arne Van Petegem, alias Styrofoam, de nous séduire sans peine avec son indietronica splendide. Signé chez le prestigieux label Morr et copain de tournée des Notwist, Styrofoam a sorti cette année le merveilleux " What's There to Show That Something's Mising ", notre " Neon Golden " à nous. Sur scène, il est entouré d'un batteur et d'un guitariste (le chanteur d'Orange Black), voire d'un rappeur, qu'on a déjà pu entendre chez Pole (Fat John). En mélangeant shoegazing à la Slowdive et bleeps bucoliques à la Fennesz, Styrofoam mérite sans peine le titre de " meilleur ambassadeur électro " de Belgique. L'avenir nous le dira, mais après tel concert…

Mais voilà qu'est venu le temps d'aller voir les bêtes de foire de ce festival (pas Jackass, ils ont annulé), l'happening pop à la Warhol (le fameux " 15 minutes of fame " revu à la sauce elektroklash), la plus belle arnaque médiatique (et musicale) de ces dernières années (mais revendiquée comme telle) : tadaaaaa….. Fischerspooner ! ! ! Eh bien oui, c'était donc vrai : les deux zouaves, dont l'un (Casey Spooner, le chanteur) déguisé en grande folle peroxydée, font bien du play-back, leurs danseuses aussi, la " choré " est digne de celle d'un " prime " de la Star Ac', et " Emerge " reste le plus grand tube pop à avoir… émergé de la scène elektroklash. Tout le concert tendait vers cet instant ultime : " Emerge ", grandiose, magique, démentiel. Les confettis volent. La folle se lâche (après un stage diving grandiloquent). Le public exulte. " Me-dio-cri-ty " ! ! !, gueule-t-il avant de perdre le contrôle de ses membres et de se trémousser sans retenue devant ce spectacle ahurissant (d'artificialité) mais tellement jouissif. Mémorable, même si les puristes de la chose " live " auront sans doute crié au scandale. C'est qu'ils n'aiment pas danser et donc qu'ils n'aiment pas " Emerge ", bref qu'ils sont soit fous, soit sourds.

Changement radical avec les six " lads " de Mogwai, tête d'affiche du Marquee alors qu'il y a six ans ils jouaient à 12h00 dans le Dance Hall. Depuis cette époque, beaucoup de choses ont changé pour les Ecossais : érigés en maîtres d'un post-rock cyclothymique dont ils sont pratiquement les seuls survivants, ils sont depuis passés par tous les stades de la dépression musicale… Du classique " Young Team " aux de plus en plus calmes " Come On Die Young " et " Rock Action ", la discographie de Mogwai témoigne d'une homogénéité exemplaire, sans surplace ni changement de cap bouleversants. Leur dernier né, " Happy Songs For Happy People ", laisse ainsi la place à davantage de synthés et d'ambiances cold wave, se rapprochant petit à petit du Cure période " Faith ". Dommage qu'en festival, il s'avère souvent impossible d'apprécier leur musique à sa juste valeur : trop de bruit, trop de gens… Une ambiance qui se prête difficilement à ces tempos lents et ces explosions inattendues, qu'il faut écouter avec attention et confort pour en profiter pleinement.

Mieux vaut dans ces cas-là privilégier les trucs plus lourds et sans prétention, genre ces Fat Truckers et leur électro-punk bon marché : au moins ça dérouille les guiboles et ça fait rire les plus crevés. Fat Truckers, donc : trois rigolos de Sheffield dont l'objectif est de faire du Cabaret Voltaire version clown, avec synthés gras et refrains niais (" Anorexic Robot ", " Superbike ", etc.). Drôles et je-m'en-foutistes, ces types ne vont certes pas révolutionner le langage musical… Mais pour terminer la soirée, c'était plutôt bienvenu…

Et Massive Attack, alors ? Eh bien le groupe (sic) avait l'air plus en forme qu'à Werchter (rythmique plus ciselée, ambiance plus électrique… Même Horace Andy semblait revigoré). Tant mieux pour tout le monde, mais il est clair que ce n'était pas bien difficile…

mercredi, 16 avril 2003 05:00

Festival Domino 2003 : du 7 au 16 avril.

Pour sa septième édition, le Festival Domino organisé par l'Ancienne Belgique aura fait le plein et proposé une belle brochette d'artistes atypiques en marge de la pop. De la cold wave tamisée d'Interpol à l'électro-jazz tarabiscoté du big band norvégien Jagga Jazzist, dix jours de musique inclassable et moderne, d'effervescence salvatrice et d'expérimentations sonores sans complexes. Malgré quelques temps morts et de légères déceptions, Domino n'aura donc pas failli à sa réputation : celle d'un festival incubateur de nouvelles tendances, plate-forme tête chercheuse du meilleur de la pop, du rock, du hip hop et de l'électro d'aujourd'hui et de demain.

C'est un groupe belge, et wallon de surcroît, qui aura ouvert les festivités (lundi 7 avril) : Girls In Hawaii, dont on attend avec impatience le premier album. En conjuguant mélodies bien ficelées et chant anglophone sans accent, ce tout jeune groupe de musiciens déjà aguerris aura séduit le public, pourtant majoritairement néerlandophone. C'est qu'il s'agit là d'un exploit : de mémoire, on n'avait plus vu de groupe wallon sur la scène de l'AB depuis belle lurette… Pour l'occasion, le chanteur n'aura de cesse de remercier le public en flamand dans le texte : sympathique. « Found In The Ground », leur premier single, est déjà diffusé en boucles sur les ondes… francophones. Sûr que leur passage à l'AB leur ouvrira d'autres portes, d'autant qu'on les compare déjà à dEUS… signés eux aussi, alors que personne ne voulait d'eux, sur un label « wallon » (Bang !, en l'occurrence). Un seul hic : les chansons laissent un goût d'inachevé, comme s'il manquait un couplet/refrain pour vraiment nous accrocher. Une affaire de temps et de répétitions, mais d'ores et déjà on tient, avec Girls In Hawaii, un futur grand groupe.

Ed Harcourt, lui, n'a plus grand chose à prouver : ses deux albums (« Here Be Monsters » et « From Every Sphere ») sont d'une qualité irréprochable – de la pop orchestrée à la manière d'un Brian Wilson, céleste et envoûtante. Pourtant, son concert n'aura pas répondu à toutes nos attentes, en cause sa voix un peu rauque et fatiguée (« C'est parce que j'ai léché des chats hier, à Amsterdam… »), et surtout ces conditions live, qui noient la finesse habituelle des arrangements dans un volume sonore plus qu'approximatif. En ouverture, un vieux morceau au piano, « Whistle of A Distant Train » augurait pourtant du meilleur. « All of Your Days Will Be Blessed », certes plus pop-rock, confirmait cette belle entrée en matière… Mais déjà l'on sentait, après le premier refrain, un certain essoufflement : Ed Harcourt aurait pu faire de ce titre un tube sur lequel remuer la tête et taper gaiement du pied… Il le chanta avec une telle paresse qu'on applaudit poliment, au lieu de crier « Encore ! », un grand sourire barrant notre visage. La suite fût du même tonneau, avec quand même quelques éclairs de génie : « Apple of My Eye » et « Late Night Partner » (une nouvelle chanson, jouée en solo) en rappel, l'amusant « Ghost Writer » aux allures de ballade à la Tom Waits, « Something In My Eye » et « She Fell Into My Arms »,… Bref que des anciens morceaux, ou presque. Les titres de « From Every Sphere » manquaient soit de punch, soit d'élégance. On avait déjà connu Ed Harcourt plus en forme, même si le bonhomme aime toujours autant prendre le public à partie et faire le pitre, comme lors du titre « Jetsetter », à la fin duquel il demanda aux gens d'aboyer au lieu d'applaudir. Décidément, ce type fait une fixation sur les animaux domestiques : ce soir, il fût davantage bouledogue que lévrier.

Le lendemain (mardi 8 avril), autre soirée pop-rock, en fin de compte pas plus marginale que celle de la veille : le festival Domino, si l'on s'en tient à sa volonté de défrichage hors-pistes, débute donc gentiment, sans vraiment remplir son cahier des charges. Qu'importe : Interpol et Dead Man Ray restent suffisamment originaux pour faire semblant d'être ‘en marge de la pop’, le credo de Domino. C'est aux Anglais (Brighton) de British Sea Power qu'il revint la tâche, difficile, de débuter la soirée. Leur rock déjanté quoique balourd n'aura pas fait de vagues : imaginez The Beta Band et Motörhead batifolant en plein Summer of Love, mais sans leur classe. Anecdotique, si ce n'est leur accoutrement (cagoules, casques, oiseaux empaillés,…).

Dead Man Ray, comme d'habitude, aura laissé planer une impression douteuse : entre élans soniques indomptables et impros blues-rock impénitentes, les Anversois auront soit subjugué, soit ennuyé. Parce que pour les apprécier, il faut aimer le bitume, la grisaille urbaine, le blues des grandes métropoles. Parce que leur rock moderne semble taillé pour l'écoute en voiture, « Sur la route ». Pour ce concert, Dead Man Ray aura surtout joué des morceaux de « Cago », en égratignant au passage Studio Brussel, qui refuse de passer leur nouveau single, « Need », sous prétexte qu'il n'est pas radiophonique… Daan était en méchante forme, dédiant leurs chansons aux « chevaux dans la salle » (« Horse »), « à ceux qui croient à demain mais pas à après-demain », « à Maurice (Pialat ?) qui est mort », tout en se félicitant de ne pas avoir évoqué l'Irak (une gageure il est vrai). Voir Dead Man Ray sur scène, c'est toujours une expérience intéressante…

Tout comme Interpol, dont c'est déjà la troisième venue chez nous en quelques mois. On a déjà dit ce qu'on pensait de leur musique : une féroce relecture de Joy Division, des Smiths et de Television, des refrains imparables, une classe mortelle,… Encore une fois les cinq New-Yorkais auront fait mouche, surtout qu'on sent maintenant la machine bien rodée. Même le français de Paul Banks (le chanteur) s'améliore. Côté musique, que du bon, entre colère rentrée (« Roland » en ouverture, « PDA ») et envolées vers les anges (« Untitled », « Hands Away »). Certains leur reprocheront ce style trop appuyé : une marque de fabrique qui les sert autant qu'elle les ligote. Nous, on aime, et tant pis si leur cold wave/post-punk sent parfois le renfermé. Ils n'inventent rien, ce qui ne les empêche pas, bien au contraire, de nous impressionner. Pour finir cette soirée, un peu d'électro gentillette avec Tujiko Noriko, énième émule, cette fois nippone, de Björk. Pas de bol : son laptop en berne, on n'aura pas retenu grand chose. Quelques bribes de Fennesz (ces clicks and cuts), des mélodies colorées et une voix retravaillée en direct : bien sympa, mais quand la machine déraille, l'électronicien se trouve toujours bien dépourvu.

Jeudi 10, soirée hip hop avec le label Definitive Jux : d'abord Cavemen Speak, combo avant-hop de Courtrai (trois Belges, deux Suédois) aux rimes intelligentes et au tapis de beats subtils et soyeux. Leurs albums (« Wooden Cast » et le récent « Shadowanimalssolos ») se composent de longs épisodes rappés qui se suivent comme autant de chapitres d'une même histoire, peuplés de personnages fantasques aux noms biscornus (dAn&theiDIOt, Homesick Nomad, The Boring Siaz, Spleenventer, Radical,…). A suivre de près.

Quant à Beans, échappé en solo de (feu) Anti-Pop Consortium, son électro-hop squelettique aura davantage interloqué que convaincu. Seul avec son lecteur CD portable, le rappeur n'eut en effet pas peur du ridicule : plus DIY que ça, tu meurs. Au moins, ça évite les notes de frais en roadies : suffit d'appuyer sur « Play » et de rapper tranquille, comme sur le disque. Plus fort encore : sans musique, genre spoken word sans chichi. Extrême, sans doute. Un peu facile aussi.

Heureusement pour les amateurs de hip hop grognard et plus scénique, il restait El-P et Murs (+ le Dj de Cannibal Ox aux Platines), qui se partagèrent le show avec poigne et une bonne dose d'humour noir. Sans cesse sur la corde raide entre rap couillu et beats de haut vol, les deux compères de Def Jux réussirent à mettre le feu au public de l'ABBOX, pourtant clairsemé. Au programme : diatribes anti-Bush, exhortations bombastic et « battles » violentes, dans le plus pur esprit old school. Amusant mais déconcertant : on croyait assister à un concert de hip hop aventureux (écouter les disques)… On a eu droit à du gros son plus festif que vraiment inventif.

Pendant ce temps, au Club : Erlend Oye et son « Ful Effect Show », bref accompagné de vrais musiciens, venus tous ensemble défendre l'album du jeune blanc bec de Kings Of Convenience, « Unrest ». Contrairement à son récent passage à Namur, Erlend s'est donc donné pour tâche ici de rendre le plus fidèlement possible les chansons électro-folk qu'il a composées à travers le monde ces deux dernières années, de New York à Berlin. Au final, on retiendra pourtant une envie furieuse d'orienter encore davantage ses morceaux du côté du dance-floor : des titres comme « Sudden Rush » ou « Like Gold » faisaient ainsi la part belle aux gros BPMs, s'étirant sur plus de cinq minutes pour laisser le loisir au public (ravi) de se lâcher « à donf ». Mais celui qui s'amusait le plus, c'était encore Erlend, sautillant comme un ado attardé, sur scène ou dans la salle. Le concert, à maintes reprises, prenait alors des airs de surboum d'annif, avec le Norvégien en clown à grosses lunettes (mais cette fois sans moustache). Quelques inédits, une version allumée de « Remind Me » et un « Everybody Party Has A Winner And A Loser » seul à la guitare en clôture, et Erlend pouvait rentrer chez lui satisfait : la fête a battu son plein, tout le monde s'est bien marré, il pourra revenir l'année prochaine.

Samedi 12, rendez-vous était pris avec The Mars Volta, le nouveau groupe d'Omar Rodriguez et de Cedric Bixler, ex-At The Drive-In. Leur album sort en juin, et l'on peut déjà dire qu'il sera une vraie bombe, à en juger par les morceaux joués ce soir, d'une puissance et d'une inventivité au-delà de tous soupçons. The Mars Volta joue du rock apocalyptique, sans cesse sur le fil du rasoir, avec violence et emphase. Mais pas seulement : dans des titres comme « Drunkship of Lanterns » (téléchargeable sur leur site, www.themarsvolta.com), on entend aussi du dub, du krautrock, du prog, de l'électro, du hardcore, du punk. Comme si King Crimson, Led Zeppelin, Fugazi, Captain Beefheart et Pink Floyd s'étaient réunis dans un même studio et avaient tapé le bœuf pendant des heures. En live, c'est encore plus fracassant : Bixler et Rodriguez sautent comme des dératés, tandis que les trois musiciens qui les accompagnent (un batteur molosse, un claviériste possédé, un bassiste concentré) tentent à peine de calmer le jeu. Sans doute que Mars Volta est la plus impressionnante artillerie live qu'on ait vu depuis belle lurette… Jamais stagnante, leur musique ne souffre d'aucun temps mort, la rapprochant en cela d'une certaine définition du free jazz. Fantastique !

Juste avant, à l'étage, Radian déroulait ses rythmiques hypnotiques et cliquetantes devant un parterre de fidèles. Ce trio (basse/batterie/laptop) originaire d'Autriche était déjà venu à la soirée Thrill Jockey des Nuits Botanique : à l'époque, on était resté sceptique. Cette fois, notre impression fût toute autre : rares sont en effet les groupes qui peuvent se targuer d'être tout à fait marginaux, presque seuls au monde… comme Radian. Le plus incroyable chez eux, c'est ce perpétuel décalage des résonances : le batteur frappe, et l'impact se ressent quelques secondes plus tard, filtré d'abord par le laptop. Sorte de post-rock plein de loops, la musique de Radian semble mourir à chaque instant pour mieux renaître, tourner sur elle-même mais pas tourner en rond, comme une implosion sonore capturée live et rembobinée à l'envers.

Hangedup est un duo canadien abrité par le label Constellation, maison de Godspeed You ! Black Emperor. Geneviève Heistek (violon) et Eric Druven (percussions) font d'ailleurs presque autant de bruit que leurs compagnons, et seulement à deux… Mais de bruit, Hangedup ne retient que la puissance, le retentissement : ainsi leurs pièces néo-baroques sonnent comme de véritables cathédrales de sons, construites sur la répétition et la surenchère (toujours plus vite, toujours plus fort), jusqu'à l'explosion, libératrice. Devant de telles montées d'adrénaline, difficile de rester calme. Comme on dit, « ça fait du bien par où ça passe ».

Un festival qui s'appelle « Domino » ne pouvait qu'accueillir le label du même nom pour une soirée-événement (dimanche 13) : les dix ans de cette maison londonienne toujours à l'affût des nouveaux talents, au catalogue impeccable et à l'esprit frondeur et conquérant. Au programme : Clearlake, Stephen Malkmus et Four Tet.

Les Brightoniens de Clearlake, malgré la très bonne tenue de leur deuxième album « Cedars », n'auront pas retenu l'attention du public. Dommage : leurs mélodies balèzes et leurs refrains accrocheurs rappellent le meilleur Go-Betweens, croisé avec la puissance de feu de QOTSA et la fraîcheur de la brit-pop d'il y a 7-8 ans. D'abord calme et timide (« The Mind Is Evil », « Keep Smiling ») puis davantage rouleau compresseur (« Come Into The Darkness », « Can't Feel A Thing »), la power-pop de Clearlake ne sait, en live, sur quel pied (nous faire) danser : voilà sans doute la raison de l'indifférence des gens présents ce soir, plus attentifs à l'heure qui passe qu'aux perles jetées en pâture par ce quatuor d'exception.

C'est que Stephen Malkmus traîne derrière lui une cohorte de vieux fans élevés à l'indie-pop, du temps où le chanteur dégingandé faisait encore de bons disques. Pensez donc que les « support acts », comme on dit, ces gens-là s'en lavent les mains… Pourtant, osons le dire, au risque de nous faire des ennemis : Malkmus sans Pavement, c'est comme du pain sans levure : ça ne prend pas. Son deuxième album solo, « Pig Lib », le confirme : finies les mélopées nonchalantes, vive les soli à la Eagles… Heureusement, l'ex-Pavement a gardé son humour (noir) : pendant tout le concert, on aura ri avec ses blagues à deux balles et ses prises de becs (avec sa compagne-bassiste Joanna Bolme), sans parler des pitreries de John Moen (le batteur). Entre chaque morceau, place donc à la discussion entre potes, de l'éloge de la Zélande (« Zeeland is lekker ») aux explications surréalistes des titres. Côté musique, « Jenny and the Ess-Dog », « (Do Not Feed the) Oyster », « Dark Wave » et l'inédit « Troubbble » auront été les plats de résistance.

Quant au reste… Four Tet, alias Kieran Hebden, termina la soirée en beauté, avec son électro-folk de haut vol. Son troisième album, « Rounds », sort début mai : un mélange réussi d'instruments acoustiques, de beats impressionnistes et de bruits du quotidien, servi ici sous la forme d'un mix abrasif plutôt dance-floor. On en reparle.

La soirée du mardi 15 fût sans doute la plus consistante, du moins si l'on s'en tient au discours en marge prôné par Domino (avant-gardisme et découvertes). Si Kim Hiorthoy était présent in fine durant tout le festival, à travers une expo de ses travaux réalisés pour les labels norvégiens Smalltown Supersound et Rune Grammofon, c'est en live qu'il frappa le plus notre esprit et nos oreilles. Parce que ce Scandinave aux allures de nerd n'est pas qu'un designer de talent : c'est aussi un électronicien doué, dont les deux albums (« Hei » et « Melke ») n'auraient pas à rougir d'une comparaison avec, au hasard, Boards of Canada. Sur scène pourtant, Hiorthoy n'hésite pas à durcir le ton, rajoutant à ses vignettes bucoliques de sautillants BPMs, jusqu'à parfois se lancer, hilare, dans une drum'n'bass incendiaire.

Mais la grande claque vint de Jagga Jazzist, un big band (10 musiciens !) électro-kraut-jazz (avant-lounge ?) d'une classe inouïe. Et d'une technicité époustouflante, à l'image du batteur-leader Martin Horntveth, au jeu de baguettes complètement déjanté. Du côté des influences, on pourrait citer Tortoise, Aphex Twin, John Coltrane, Squarepusher, Motopsycho, Herbie Hancock,… Mais on serait encore loin de la réalité. A la fois organique et sophistiquée, la musique de Jagga Jazzist ne cesse de surprendre, ne prévenant jamais l'auditeur de la tournure que prennent, à chaque instant, les beats, les cuivres et les percussions. Sans arrêt en déséquilibre et en renouvellement, les dix musiciens de cet orchestre extra-terrestre semblent ne faire qu'un, tout en laissant le hasard, fruit des plus belles idées, enrayer la machine. Jagga Jazzist est le seul groupe du festival à s'être fait ovationné pendant plus de dix minutes, laissant le public émerveillé : la preuve qu'il est encore possible d'emprunter des sentiers musicaux jusqu'ici vierges de toute empreinte humaine, sans pour autant laisser l'auditeur sur le bord de la route.

La soirée de clôture (mercredi 16) aura plutôt déçu : terminer par de la musique triste (mais pas sinistre) n'était sans doute pas une bonne idée. On aurait préféré fêter ça dans la joie et l'allégresse ! Mais non… Le blues, donc. Comme un lendemain de veille. D'abord avec Friends of Dean Martinez, trois gaillards aphones frappant leurs guitares (et leur batterie) dans l'autisme le plus obscur, pour qu'en sortent de longues plaintes instrumentales, entre Ry Cooder et Calexico, mais sans le soleil et la tequila. Un peu tannant… Surtout que dehors, il fait beau.

Et ce n'est pas Jackie-O Motherfucker qui va soigner nos maux de tête, et calmer cette envie tenace d'aller voir ailleurs (sur la terrasse d'un café, pour tout dire). Pourtant, à y écouter de plus près, on s'accroche à ce post-rock arthritique plus qu'expérimental, presque silencieux. En une heure et trois morceaux, ces Américains auront repoussé avec langueur les limites du rock, tout d'un coup plus proche de Sun Ra et de Steve Reich que de n'importe quoi d'autre.

Dehors, il commence à faire noir. Les nuages finissent par cacher le soleil. Le moment idéal pour savourer la sublime country-rock de Songs : Ohia, dont le dernier album, « The Magnolia Electric Co », est un chef-d'œuvre. Que s'est-il donc passé lors de ce concert, d'une banalité affligeante ? Les bières 33cl du bar de l'AB auraient-elle engourdi nos neurones, ou celles de Jason Molina, pour que celui-ci nous balance ses morceaux comme de vulgaires pastiches de Willie Nelson ? Entre les splendeurs de l'album et leur interprétation sur scène, on cherche encore le rapport… Certes, Songs : Ohia s'est parfois fendu de quelques riffs forts en gueule, et Molina n'a pas son pareil pour décocher des paroles d'une noirceur éclatante, mais il manquait à ce concert la foi et l'ardeur, comme sur les disques. Sans parler de l'ambiance, mortifère. Faut dire qu'avec Molina et ses sbires, on ne pouvait s'attendre au concert le plus folichon du festival. Mais au plus habité, oui. Domino s'est donc terminé sur une fausse note, au grand dam de ses organisateurs. Qui nous ont quand même fait découvrir de sacrés bons groupes, comme d'habitude. Rendez-vous est déjà pris pour l'année prochaine, avec une soirée de clôture on l'espère autrement plus printanière. 

samedi, 28 juin 2003 03:00

Rock Werchter 2003 : samedi 28 juin

Samedi, journée du rock costaud. Les hostilités démarrent en trombe par les jeunes Hollandais de Krezip, peu connus de ce côté-ci de la frontière linguistique, mais de véritables stars en Flandres. Le public, déjà bien présent malgré l'heure matinale, leur réserve un bel accueil. Pourtant, rien de neuf sous le soleil du rock le plus mainstream : des morceaux gentiment heavy cèdent la place à des ballades, et ainsi de suite. Sur « I Would Stay », tube flamand d'il y a trois ans, les jeunes fans des premiers rangs reprennent les paroles en chœur : émouvant. A noter : la chanteuse s'appelle Jacqueline. Pas super glamour, mais comme elle a des gros seins, ça compense.

Festival flamand oblige, Werchter invite toujours les gloires provinciales du Limbourg et d'ailleurs. On a beau ne rien comprendre à l'accent West-Vlaams des rappeurs de 'T Hof van Commerce, il n'empêche qu'ils mettent un beau souk à chacune de leur apparition sur scène. Buzze, Flip Kowlier et DJ 4T4 n'auront donc eu aucun mal à faire bouger la plaine, à coup de « Kom Mor Ip » et de « Dikkenekke » festifs et malins. 4T4 balançant la sauce en mixant vieux hits de Dre et galettes persos, c'est toute la communauté néerlandophone qui était à la fête. « Buzze Buzze… Zonder Totetrekkerie, yo ! ».

Comprendra qui pourra, mais tant qu'à faire, mieux vaut ça que le vilain metal de Stone Sour, le groupe de Corey Taylor, chanteur des Slipknot. « I just woke up, I'm still drunk but I'm ready to have a really good time », grogne-t-il dans son micro : pas nous, plutôt dégoûtés par ses sales manières et sa gueule de serial killer. Il aurait mieux fait de garder son masque.

De l'autre côté, il y avait Janez Detd, sympathique quatuor de punk-rock du nord de la Flandre (encore). « Vier simpele jongens uit vier simpele dorpjes », mais dont la sympathie et l'humilité ont touché le public, qui leur a réservé un formidable accueil. Sans doute que Janez Detd n'en attendait pas tant, et nous non plus : on venait là en dilettante, on est parti enchantés, sûr d'avoir assisté là à l'un des concerts les plus chouettes de tout le festival. En même pas une heure, Janez Detd aura retourné la pyramide comme une crêpe avec ses mini-bombes à la Blink 182, « Raise Your Fist », « Anti-Anthem », « Beaver Fever », « Classe of 92 ». Quelle ambiance, mes amis ! Pendant tout le week-end, ce sera d'ailleurs sous la tente que se dérouleront les concerts les plus chauds et acclamés. Et celui-ci, assurément, en aura fait partie, à la grande satisfaction de Nikolas et de ses potes, qui, selon leurs propres dires, ont joué « le concert de leur vie ». Après deux années de galère (problèmes de cœur, de groupe, de matos, de maisons de disques), Janez Detd aura prouvé qu'il ne sert à rien de baisser les bras, mais au contraire de « lever le poing » et de continuer coûte que coûte. Une belle leçon de vie, traduite ici avec maestria par des riffs canons et des reprises furibardes (« Mala Vida », « Who's the King », « Take on Me », « Walk This Way » : la fête). A la fin, l'adrénaline au bord de l'explosion, Nikolas fera un bond de trois mètres ( !) de la scène jusqu'au public : un miracle qu'il ne s'écrase sur les barrières. Comme quoi, le bonheur donne des ailes. Impressionnant !

Succéder à telle claque ne devait pas être une mince affaire… C'était sans compter sur le talent des Saïan Supa Crew, cinq rappeurs de Paris qui manient la langue de Voltaire comme les Samurais leur épée – la référence au Wu Tang n'est pas tout à fait fortuite. Sans matos sur scène, juste leur micro et une bonne dose d'humour et d'énergie, les Saïan ont réussi à charmer un public pourtant majoritairement flamand, grâce à ces bons vieux « Everybody screaaaams ! » et « Raise your hands in the air ! », deux jaugeurs d'ambiance plutôt faciles mais toujours efficaces. Ca bouge, ça groove, SSC est dans la place : cinq voix, cinq flows, cinq fois plus de plaisir. Leurs textes, débités à la vitesse vv', parlent de ségrégation, de faits de société, mais aussi des filles, du rap et d'autres choses moins clichés. Le moment fort du concert : lorsqu'un des cinq rappeurs, seul sur scène, aura décliné ses talents de human box pendant 10 minutes, jusqu'à reprendre « Voodoo Chile » rien qu'avec la langue et par quelques contorsions buccales. Big up !

Xzibit en congé de l'Eminem Family, le voilà à nouveau sur nos terres venu botter le cul (« kick some ass ») des petites pépettes et des b-boys qui rêvent d'Amérique. « X to the mothafuckin' Z » ne fait pas dans la dentelle : son rap West Coast se la joue gros bras, même si ses histoires de fric, de drogue et de « drive boy shooting », ça n'impressionne personne. Pour lui faire plaisir, on fera donc semblant d'être apeuré par ses manières de gangster… Et on hochera la tête sur « Front 2 Back », « DNA », « Spit Shine » (de la BO de « 8 Mile »), « Bitch Please » et « Multiply ». Tous ces potes, 50 Cent, D12, Obie Trice, Dr Dre, bref le posse au blanc-bec Mathers : qu'ils viennent, on leur déroulera le tapis rouge. Qu'ils pensent seulement qu'ils sont les plus forts, en baise, en a-fonds (« Alkoholic »), en hip hop, en muscu, en gueule. Ca ne nous empêchera pas de croire que derrière un bar, à Bruxelles, n'importe quel mec les enterrerait après trois bières… Ouais ! ! ! Et on croise nos avant-bras sur « X », en pensant à la biture que se prendrait ce fier-à-bras s'il savait ce que « boire » veut dire. Va prendre tes pilules et parader dans tes clips de gros branleur : tu ne perds rien pour attendre.

« Wok'n'woll ! », dirait Sean Bateman (voir « The Rules of Attraction ») s'il voyait The Datsuns : quatre Néo-Zélandais qui singent AC/DC, The Stooges, Thin Lizzy et Motörhead avec une belle morgue, comme s'ils étaient tombés dans la marmite seventies quand ils étaient petits. Si Christian et Phil Datsun passeront en revue toutes les poses ridicules de l'histoire du hard rock (ne manquait plus que le solo de l'un sur les épaules de l'autre, façon Angus Young), Dolf, lui, gueulait comme un Richie Blackmore en pleine mue… « Like A Motherfucker From Hell ! ! ! » : yeah, « wok'n'woll ! ». Une heure de pure magie rock, blues, heavy : les Datsuns sont jeunes, et pourtant ils sonnent comme un bon vieux disque de Deep Purple. Le public était chaud, répondant au quart de tour à ces riffs sexy et ces appels à la luxure : « Lady », « Harmonic Generator », « What Would I Know », « In Love »,… En final, un « Freeze Sucker » d'anthologie, pendant lequel on pouvait voir sur scène les fantômes de Bon Scott et de Dave Alexander taper le bœuf à côté d'un Dolf survolté, qui finira par tout casser. The Datsuns ont beau être des anachronismes vivants, coincés dans une faille spatio-temporelle qui les fait croire qu'il n'y a plus eu de nouvelle (et meilleure) musique depuis « Back In Black », il faut dire qu'ils assurent. N'empêche, mieux vaut ne pas abuser de ce genre de spectacle un peu rétrograde : on finirait par se laisser pousser la moustache.

Les Queens of The Stone Age aiment Werchter, et ils nous le rendent bien : l'année dernière, Josh Homme et ses amis stoners avaient laissé bouche-bée la plupart des festivaliers, grâce à de nouveaux titres poids lourd, une technicité renversante, et surtout à la poigne monstrueuse de Dave Grohl, invité-surprise d'un concert aujourd'hui inscrit à tout jamais dans les annales du festival. Pour leur troisième passage à Werchter, les QOTSA n'avaient donc qu'à balancer leur rock costaud (mais finaud) sans faire de chichis : on serait là pour les applaudir, et lever du poing en remuant la tête – voilà du vrai « wok'n'woll », puissance mille. Malheureusement, il arrive parfois aux « meilleurs groupes rock live du monde » d'être fatigués, de céder à la routine, de se reposer sur leurs lauriers. C'était le sentiment qui planait lors de ce concert, même si un QOTSA en roue libre vaut toujours mieux que 10 Good Charlotte qui pètent la forme… Le public non plus n'était pas des plus réceptifs : en cause sans doute le soleil et le sommeil, et ce mix approximatif qui bourdonnait à nos oreilles. Mais on reste quand même subjugué par la voix terrible de Mark Lanegan (Aaaah, l'hénaurme « Song for the Dead »), et cette rythmique implacable qui fait toujours des étincelles : à la fin, un excellent « Regular John » revisité (de leur premier album) et un medley « No One Knows/Feel Good Hit of the Summer » finiront par réveiller la foule tétanisée. Un peu tard quand même pour pardonner, à la fois au groupe et au public, son manque d'enthousiasme…

Mais ce bon vieil Arno allait leur montrer ce que « réveiller les morts » veut dire, à tous ces jeunes ! Introduit sur scène par Lux Jansen (Studio Brussel) comme le « vrai Roi des Belges » (Le Prince Laurent était présent dans les backstages), Arno aura livré, comme d'habitude, un set habité et concis, privilégiant les ambiances éthyliques et électriques aux ballades romantiques (exception faite du très beau « Les Yeux de ma Mère »). Au démarrage assez bordélique, l'Ostendais se rattrapera joliment en enfilant tube sur tube, par un final grandiose (« Les Filles du Bord de Mer », « O La La La » et « Putain, Putain ») qui fera se déhancher toute la plaine. « Dank u Godverdomme » : au contraire des QOTSA, Arno n'aura pas failli à sa réputation d'entertainer bourru mais tellement sincère. Putain, putain, c'était vachement bien !

On ne peut pas en dire autant de The Streets, alias Mike Skinner, dont le premier album, « Originate Pirate Material », révèle pourtant un talent hors du commun pour mettre en son l'Angleterre fish and chips. Comme à l'ABBOX en novembre dernier, Skinner aura déçu par sa nonchalance : se baladant sur scène comme s'il était à Knokke-le-Zoute (ce short de touriste !), le rappeur n'aura donné de lui-même (et de ses chansons) que le minimum syndical, accompagné d'un copain qui s'occupait des refrains mais dont la voix manquait de justesse. Sur « Geezers Need Excitement », cette association de malfaiteurs ressemblait presque à du Starsky et Hutch : un peu mous du genou, les deux compères roulaient des mécaniques mais en restaient aux préliminaires, laissant le batteur et le sampler faire tout le boulot, tandis qu'eux buvaient leur bière. « I can do more than Xzibit », se vantera Skinner pendant « Too Much Brandy » : d'accord, mais est-ce si difficile (relire plus haut) ? Heureusement, « Let's Push Things Forward » suivi de « It's Too Late » remettront les pendules à l'heure, prouvant à l'arraché que Skinner est moins plouc qu'il n'en a l'air (sur scène, tout au moins).

Le problème, quand on joue en même temps qu'une grosse tête d'affiche, est qu'au fur et à mesure de votre concert, tout le monde se barre : en plus d'être un peu mou, le concert de The Streets aura eu l'autre malchance de rivaliser avec celui de Metallica, dont c'est le grand retour après (plus ou moins) cinq ans d'absence. « Today is a great day to be alive », grogne James Hetfield en début de concert, avant de balancer un « Battery » d'une brutalité à faire peur : oui, Metallica is back, et ça va faire mal ! Un nouveau bassiste (le balèze Robert Trujillo, vu et entendu chez Suicidal Tendencies, puis chez Ozzy), un nouvel album (« St Anger », trash mais longuet), une nouvelle jeunesse : autant d'éléments qui augurait d'un concert solide, qu'on soit fan ou pas de ce metal carnassier qui vous prend aux tripes. Les quatre chevaliers de l'Apocalypse étaient très en forme : pas une minute de temps mort, sauf bien sûr sur « Nothing Else Matters », repris en cœur par des milliers de fans exultant (certains faisaient le pied de grue tout devant depuis 11h00 du matin !). Interprétant seulement deux nouveaux morceaux (« Frantic » et « St Anger »), Metallica préféra livrer un set best of, loin de toute contingence promotionnelle. Sans doute pour remercier les fans, toujours aussi fidèles et nombreux malgré le départ de Newsted et le bide de « Load » et « Reload ». Au programme, que des classiques, donc : « Master of Puppets », « Harvester of Sorrow », « Sanitarium », « From Whom the Bells Tolls », « Sad But True », « No Remorse », « Ride the Lightning », « Creeping Death », et en rappel « One » et « Enter Sandman » sur fond pyrotechnique, bref que du trash haute tenue, celui d'avant la période creuse (après le Black Album). Contents du formidable accueil de leurs fans belges, Hetfield, Hammett, Ulrich et Trujillo iront même saluer les premiers rangs après l'apothéose finale, de tapes amicales en distribution d'onglets pour les collectionneurs.

Pendant ce temps, le duo norvégien Royksopp terminait péniblement sa besogne, après une heure d'un set sans grande innovation (si ce n'est la reprise élégante du « Clocks » de Coldplay, chantée par une belle inconnue) : on avait déjà vu les deux amis plus inspirés, et surtout plus dansants. Il est temps pour eux de s'atteler à la suite de leur excellent « Melody AM », faute de quoi on se lassera vite de leurs apparitions multiples. Il est tard, et demain nous attend la dernière ligne droite. Alors que quelques traînards scandent le « One Nation Army » des White Stripes devenus en trois jours l'hymne du festival, nous rentrons au camping pour un gros dodo, qu'on espère bien réparateur.

vendredi, 27 juin 2003 03:00

Rock Werchter 2003 : vendredi 27 juin

Commencer la journée du vendredi par les Polyphonic Spree était une bonne idée : leur pop psychédélique de bazar met la pêche, et en plus c'est assez drôle. Imaginez 21 illuminés en robe blanche sautant dans tous les sens, possédés par une force cosmique digne des tribus sectaires les plus délirantes. Un peu comme si Raël et les Compagnons de la Chanson s'invitaient chez les Muppets, et déliraient sur du Mercury Rev en sniffant du poppers. Au milieu de ce joyeux fatras, un homme, Tim DeLaughter, le gourou qui mène tout ce beau monde à la baguette : c'est lui qui donne le « la », distribue les bonnes notes, bref joue le chef d'orchestre. « Good Morning ! ! ! », criera-t-il à maintes reprises, alors qu'il est 15h00… Sans doute que pour ces joyeux drilles, le temps n'a pas de prise : The Polyphonic Spree, c'est un peu la quatrième dimension du pop-rock le plus orchestral. On voudrait comprendre leur tintamarre, mais on reste coi, les pieds trop accrochés à la terre ferme. Eux s'en donnent en tout cas à cœur joie : ça pète dans tous les sens, ça n'a ni queue ni tête, à vrai dire c'est un peu gadget. Ce fatras de trompettes, de flûtes, de guitares, de voix, … DeLaughter ne sait pas où donner de la tête, perd parfois le contrôle de ses sbires extasiés ou qui feintent l'extase. Ces gens n'ont peut-être que rien de fantasque. Peut-être pointent-t-ils dans leur bureau du lundi au vendredi (sauf aujourd'hui). Peut-être ont-ils été « castés » par une maison de disque en mal de sensations fortes. A part lors de 2/3 morceaux (« It's The Sun » au début, « Soldier Girl » à la fin), la sauce n'aura pas vraiment pris du côté du public. « Too Much », diront certains. C'est clair que ça sent un peu l'arnaque, fashion oblige.

Tout autre chose avec la world music de Susheela Raman au Marquee : cette Londonienne d'origine indienne a gagné le Mercury Prize pour son premier album, « Salt Rain ». Elle revient aujourd'hui avec « Love Trap », même condensé épatant de world, d'électro, de folk et de pop. Ce multiculturalisme musical a le mérite de proposer autre chose que les sempiternels groupes de rock qui squattent en général l'affiche. Cette année, Werchter aura ainsi fait preuve d'un éclectisme surprenant, en programmant (enfin !) plus de hip hop et plus de world (reggae compris). Les points forts du concert : l'excellent « Bolo Bolo », l'enjoué « Love Trap », et puis ce solo de tablas d'Aref Durvesh, fidèle musicien de Susheela qui nous prit par la main, direction « la jungle indienne, ses plages de sable fin et ses couleurs chatoyantes ». Autre invité : un type de Guinée-Bissau, venu tout droit de Couleur Café pour nous chanter une petite histoire sympathique et remuante. Un beau concert, loin de tous les clichés qui collent à la world music, souvent confinée aux ambiances exotiques des bars à tapas et des magasins de meubles de la rue Haute.

Le cas Interpol est devenu une habitude dans ces colonnes : après le Pukkelpop, l'AB Club et l'ABBOX (voir les différentes reviews), les New-Yorkais étaient à nouveau de retour chez nous, pour ce qui ressemblait fort à une consécration. En un an, le quintette est passé du statut d'outsider de la nouvelle scène rock à celui de valeur sûre. L'accueil chaleureux du public amassé sous la pyramide en sera le plus beau témoignage. Malgré un son de batterie saturé pendant le premier quart d'heure, Interpol aura de nouveau prouvé qu'il est un des groupes les plus solides du revival post-punk/cold wave, à défaut d'être vraiment singulier. Il y a du Joy Division (« Roland », « Untitled »), du Smiths (« Say Hello to the Angels »), du Television sous cette chape de riffs éthérés et de rythmes plombés. Mais cette musique qui côtoie les anges se savoure mieux en club, dans une ambiance tamisée, et pas en plein après-midi devant 5000 personnes. Comme Black Rebel Motorcycle Club l'année passée, Interpol aura surtout convaincu par la manière forte : c'est le sort des groupes qui montent, dont la popularité (surtout francophone) oblige à jouer toujours plus fort et plus vite, parce qu'ils n'ont plus vraiment d'autre choix.

Depuis quelques mois, The Roots cartonne sur les ondes avec « The Seed (2.0) », une tuerie soul-hip hop signée en fait Cody ChesnuTT, dont le premier album (double !), « The Headphone Masterpiece », est un des chefs-d'œuvre oublié de ce début d'année.

Après leur passage remarqué à l'AB en avril dernier, la bande à ?uestlove prit d'assaut la Main Stage, devant l'indifférence quasi générale. C'est qu'en live, les Américains n'hésitent pas à noyer leurs morceaux dans d'interminables solos de basse (balèze Leonard Hubbard, dit « Hub ») et de batterie, comme si le P-Funk et Jimi Hendrix étaient toujours d'actualité. En tout, à peine 7 morceaux, dont les excellents « Next Movement » et « Water », et bien sûr « The Seed », seul véritable moment de communion avec le public. Pourtant, The Roots est une des rares formations cataloguées « hip hop » qui joue live avec des instruments, ce qui devrait contenter les amateurs de rock…

Mais il faut dire qu'au même moment se produisait Grandaddy au Marquee, ces cow-boys skaters à la pilosité effrayante, dont les complaintes country-space pop séduisent toujours autant de fidèles, malgré ce décevant « Sumday » depuis un mois dans les bacs. Heureusement, Grandaddy puisera aussi dans ses précédents albums (« Hewlett's Daughter », « The Crystal Lake », « Chartsengrafs » de « The Sophtware Slump », « AM 180 » et « Laughing Stock » de « Under the Western Freeway »), et puis ces images à l'arrière, c'était plutôt sympa. Quand le scarabée plante sa boule de caca sur une épine et qu'il se démène pour l'en faire sortir (« Microcosmos » ?), le suspense est à son comble : réussira, ne réussira pas ? Oui ! ! ! C'est l'ovation, le délire, au nez et (surtout) à la barbe de Jason Lytle et de ses gentlemen farmers.

On rigole, et pourtant la suite est à pleurer, à cause d'un type qui s'est mis dans la tête que faire du rock de djeunes allait lui valoir tous les honneurs, alors qu'on le connaissait pour ses prises de risques et ses délires d'égocentrique autiste. Tricky a vendu son âme au business, en préférant se fourvoyer dans une bouillie infâme de métal et de reprises cul-cul (« Lovecats » de Cure, « Dear God » d'XTC, sans parler de ce « You Don't Wanna » piqué au « Sweet Dreams » d'Eurythmics, quelle finesse !) que tenter d'encore nous surprendre, comme c'était toujours le cas lors de ses précédents faits d'armes (de « Maxinquaye » à « Juxtapose »). Et puis cette chanteuse, une fan qu'il a engagée après l'avoir vue dans les premiers rangs de ses concerts en Italie : une copie conforme de Martina, mais sans sa classe ni son assurance. A peine si elle sait quand et comment chanter : une vraie poupée sans personnalité, juste contente d'être sur scène avec son idole. Pffff… Tricky n'est plus que l'ombre de lui-même, comme sa musique, qui a gagné en violence ce qu'elle a perdu en charme et subtilité. Ca cogne, ça gigote, mais depuis quand pogote-t-on à un concert de Tricky ? Nous serions-nous trompés de scène ? Est-ce le syndrome Cypress Hill (plus de guitares, plus de bruit) qui gagne peu à peu tous les artistes trip hop de Bristol, après 3D voire Roni Size ? Ca déménage, certes mais ce n'est plus du Tricky : juste du rap-métal rouleau-compresseur qui mise sur l'efficacité, plus sur la sensibilité. Quelle désillusion ! Comme quoi fumer des joints à longueur de journée, ça vous grille les neurones plus vite qu'on ne le pense.

Après cet entubage splendidement marqueté (« Mon nouvel album va écraser toute la concurrence », a-t-on pu lire ailleurs : tu parles), Moby avait intérêt à nous remonter le moral. Facile quand on est comme lui une usine à tubes : suffit de jouer tout « Play » et quelques autres classiques techno-bobo, et c'est la « pérave ». Quelque chose, pourtant, nous turlupine : comme la Star'Ac et Milli Vanilli, Moby l'endive semble jouer en playback… A part les voix, tout semble préenregistré. Suffit d'appuyer sur… « Play » (ben tiens !), et c'est parti mon kiki pour un 'best of' lisse et sans accrocs, plein de bons sentiments et d'applaudissements ravis. Moby, en tout cas, pète toujours autant la forme : il court de gauche à droite, fait semblant d'un peu jouer de la guitare, puis fait semblant d'un peu pianoter sur son synthé ou de taper sur des tam-tams… C'est bien calibré pour plaire au plus grand nombre et aux concessionnaires Renault. Pour couronner le tout, une reprise de « Creep » chantonnée de sa voix chevrotante, de quoi avoir définitivement le public dans sa poche : ce comportement de fayot est d'une indigence rare. Heureusement, un petit « Feeling So Real » remettra les pendules à l'heure : ce classique acid un brin daté fait toujours plaisir à entendre. Décidément, Moby a du talent pour se faire aimer par (presque) tout le monde : les vieux, les jeunes, les ringards, les branchés, les rockeurs, les clubbers, les publicitaires, les anti-Bush (« Je suis une Américaine mais je pense que j'ai une idiote pour président »), les fans de Radiohead et les végétariens. Mais où reste Eminem ?

La nuit est déjà tombée sur le site quand Massive Attack entre en scène ou plutôt 3D et ses musiciens au look d'androïdes, genre T-1000 dans la Matrice. D'entrée, « Future Proof » plombe l'ambiance : c'est glacial et sans reliefs, ça fout le bourdon en même pas trois minutes. La voix de 3D est à peine audible, noyée dans les reverbs et les basses menaçantes… Derrière lui, un écran géant affiche des données qui nous concernent : « Vrijdag 27 juli, Werchter, België, 100th Window »… Pendant tout le concert, nos yeux resteront rivés à cet écran pixellisé d'une sophistication renversante ($$$) : toutes ces informations nationales défilant à vive allure (+ l'Irak)… Massive Attack aurait-il consulté pour ce concert un spécialiste du Ministère de l'Intérieur ? Heureusement qu'il y avait cela pour nous distraire, parce que la musique, elle, était franchement insipide. Après la débâcle Tricky, le somnifère Massive Attack : décidément, cette journée aura été celle des désillusions bristoliennes. A peine aura-t-on vu Daddy G et Horace Andy, qui avaient eux aussi l'air de s'ennuyer ferme. Quant à Debbie Miller et Dot Allison, elles n'auront pas non plus fait remonter la température. Même « Unfinished Sympathy », « Teardrop », « Safe From Harm », pourtant des classiques, sonnaient faux dans cette ambiance frigorifiée. On vous a déjà dit ce qu'on pensait de « 100th Window » (voir chronique) : ce concert en sera la triste confirmation. Quand même : tout cela fout un peu les boules. Allez vite au lit, et qu'on oublie tout ça !

 

jeudi, 26 juin 2003 03:00

Rock Werchter 2003 : jeudi 26 juin

4 jours, 53 groupes : pour sa trentième édition, on peut dire que le festival de Werchter a su mettre les petits plats dans les grands. A un tel point que le Beach Rock a même dû annuler son édition, faute de têtes d'affiche… toutes présentes sur le terrain gazonné d'Herman Schueremans, devenu imbattable en organisation de concerts. Cette surenchère pourrait à terme éclipser toute concurrence, et faire de plus en plus mal au portefeuille. Le prix du combi-ticket-4 jours à 108 euros, sans compter le camping (14 euros !), n'a pourtant pas freiné les amateurs de rock, puisque Werchter était déjà complet un mois avant son coup d'envoi… Avec ses 280.000 spectateurs et son affiche maousse costo, Werchter s'impose donc une fois pour toutes comme l'événement rock qu'il ne fallait pas rater. On y était, on a vu, on l'a vécu. Résumé de quatre jours de folie musicale, avec nos tops et nos flops.

21h45 : tandis que des milliers de festivaliers sont encore coincés dans les embouteillages ou agglutinés tel du bétail devant les portes étroites de l'entrée principale, les premières notes de « Hunter » retentissent sur la Main Stage, devant un parterre de fans attentifs. Affublée d'une paire de lauriers verts qui lui donnent l'air d'une femme-nénuphar, Björk fait déjà mouche. Suivent « Pagan Poetry » et « Joga », alors que des feux d'artifice déchirent le ciel et provoquent les premiers frissons. Voilà qui commence bien ! Malheureusement le plaisir fût de courte durée, et ces feux de Bengale fendant les nuages, devinrent rapidement … des pétards mouillés. En cause : ces morceaux de « Vespertine » sans rythme ni fantaisie, qui s'enlisent dans un magma de bleeps agaçants et de loops somnifères. A force de trop vouloir prendre le taureau pop par les cornes, l'Islandaise oublie l'élément essentiel qui faisait tout le charme de ses précédents albums : ce mariage détonant entre mélodies sucrées et avant-garde précieuse, refrains fédérateurs et souci de l'expérience. Ici, la recherche a trop pris le pas sur l'évidence : ne reste plus que la réflexion, rarement synonyme d'exaltation. « Cocoon », « Heirloom », « An Echo, A Stain » : du vent, qui fait tourner sa couronne de nénuphar, mais pas notre tête… Quant aux trois nouveaux morceaux divulgués presque avec gêne tant ils manquent de consistance, ils n'augurent pas du meilleur… A la fin, Björk reprendra quand même ses esprits, le temps d'un mini-best of bien trop court pour lui pardonner ses errements du côté obscur de l'electronica la plus chiante. « Hyperballad » (feux d'artifices), « Bachelorette », « Pluto » et « Human Behaviour » (feux d'artifice) : c'est peu quand on connaît le répertoire de la dame. Et puis tous ces pétards qui cassaient nos oreilles durant les seuls moments où ce concert valait la peine : c'est bien joli, mais on n'est pas à Disneyland.

Il est 23h30, et la plaine est bondée : l'ambiance commence à surchauffer. Le problème, quand on commence directement avec une tête d'affiche, c'est le temps d'acclimatation : quasi nul. Voilà sans doute l'une des raisons de la distraction du public lors du concert de Björk, sans compter que ses morceaux casse-tête se digèrent mal en apéro. Avec Radiohead, les choses prendront une toute autre tournure. Attendus à chaque apparition comme les messies depuis le raz-de-marée OK Computer, les cinq d'Oxford n'auront pas failli à leur réputation de groupe rock le plus important de ces dix dernières années. Avec un nouvel album en poche, le très beau « Hail To The Thief », Thom Yorke et sa bande n'avaient qu'à se baisser pour ramasser les louanges d'un public depuis longtemps acquis à sa cause. Il est presque minuit, le groupe arrive sur scène. Les deux guitaristes Jonny Greenwood et Ed O'Brien entament un combat de tambours hypnotiques, les faisant résonner dans toute la plaine devant 70.000 personnes silencieuses. C'est « There There », premier single de « Hail To The Thief ». Le son est limpide. Thom Yorke s'installe devant son micro, concentré. C'est parti pour 1h30 d'un concert grandiose, sans temps morts, parfait de bout en bout. « 2+2=5 » voit les Anglais revenir à un son plus brut, comme à l'époque de « The Bends », toutes guitares dehors, avec un Thom possédé qui hurle à la lune. Puis c'est la première accalmie : « Morning Bell » de « Kid A », et le bluesy « Talk Show Host », que l'on retrouve sur la BO de « Romeo + Juliet »… Après seulement quatre chansons, l'impression générale est déjà plus que positive : Radiohead maîtrise à la perfection son répertoire, en s'autorisant quelques dérapages et variantes qui prouvent son ouverture et sa volonté de prendre des risques. Peu de groupes pop-rock ont cette stature. Cette envie de ruer dans les brancards tout en restant fidèles à cette idée de la chanson pop. Björk, es-tu là ? Et puis Thom Yorke sourit ! Rarement l'a-t-on vu si content d'être là : il paraît que le groupe a lui-même demandé à Schueremans de pouvoir jouer à Werchter… « Lucky » confirme notre bonheur, et le leur, puis c'est « Kid A » et l'agité « National Anthem », avant un cataclysmique « The Gloaming », dont les bleeps énervés marqueront la fin d'une première partie irréprochable. Parce qu'ensuite ça se calme, avec les superbes « Sail to the Moon » et «  Where I End and You Begin ». Derrière son piano, Thom, comme un poisson dans l'eau, donne quelques directives à ses quatre compères : on voit qui est le chef, même si Radiohead semble être l'un des (trop) rares groupes à fonctionner vraiment en démocratie. Accroché à sa guitare tel un marin à son mât en pleine tempête, Ed O'Brien tisse le squelette rythmique du morceau, aidé par la frappe subtile de Phil Selway et la basse ronronnante de Colin Greenwood, toujours en retrait (34 ans ce jour-là !). Quant à Jonny Greenwood, s'il ne tricote pas son manche, c'est qu'il triture ses Ondes Martenot, ses vieux transistors et son laptop, en bonne cheville ouvrière du groupe, spécialiste des tâches ardues et des bruits en tous genres. L'ambiance, quasi-religieuse pendant ces deux slows radioactifs d'une beauté imparable, s'embrase avec les classiques « Fake Plastic Trees » et « Just », puis se détend lors d'un « Go To Sleep » raisonnable et d'un « I Might Be Wrong » routinier. « Paranoid Android » remet le feu aux poudres : voilà une chanson incroyable, aux tiroirs dans lesquels on pioche sans cesse, sûr d'y découvrir encore de nouvelles merveilles. L'atmosphère, électrique et survoltée, prend à la gorge. Radiohead n'a jamais si bien joué, et Thom n'a jamais autant souri… « Idiotheque », « Everything in it's Right Place » : que ceux qui faisaient la moue à l'écoute de « Kid A » et d'« Amnesiac » fassent leur mea culpa ! Un concert d'une qualité pareille oblige les indécis à revoir leur copie : va falloir se faire une raison ! Et ce n'est pas « Exit Music (For a Film) » qui nous fera dire le contraire : quelle claque ! En rappel, les lancinants « Sit Down, Stand Up » et « Pyramid Song » prolongeront notre plaisir, avant l'apothéose « Karma Police » et son refrain repris en cœur par 70.000 fans, seuls avec Thom Yorke, exultant comme un gamin. « For a minute there, I lost myself ». Le temps, suspendu pendant 1h30, reprend peu à peu ses droits, et nous notre esprit. On n'est que jeudi, et déjà on est sûr d'une chose : la prestation brillante de Radiohead restera dans les annales du festival ; et on voit mal qui pourrait les détrôner durant ces quatre jours.

Pas Underworld en tout cas, qu'on a connu plus convaincants: il y a dix mois au Pukkelpop, Karl Hyde et Rick Smith avaient mis le feu à Kiewit. Ici, ce n'était pas la forme olympique, même s'il faut avouer qu'Underworld en festival, cela reste l'occasion rêvée de jumper les bras en l'air. Le set débuta en douceur par « Rez », « Cowgirl » et « Pearls Girl », puis le duo accéléra la cadence (« Two Months Off », « Dinosaur Adventure 3D »), avant le climax « King Of Snake » et bien sûr « Born Slippy », l'un des rares classiques électro à mettre tout le monde d'accord, rockeurs et clubbers, fans de boum-boum et fidèles de James Hetfield. Karl Hyde bondit toujours sur scène comme un faux djeune qui boit du jus de tomates, et Smith s'affaire toujours à la besogne informatique (surtout depuis le départ de Darren Emerson), mais à part ça, pointaient chez les deux compères une certaine fatigue. Ce n'est pas sérieux quand on a 40 ans... Un peu mou donc, même lors de l'explosif « Moaner », leur morceau pourtant le plus éprouvant pour les guiboles. Sur la fin, on est donc parti dormir, tandis que retentissaient en rappel les premières notes du relaxant « Jumbo », comme si Underworld avait compris que seuls nous importaient maintenant la douceur des bras de Morphée. Zzzz (et ce n'est que le début).

dimanche, 30 juin 2002 03:00

Rock Werchter 2002 : dimanche 30 juin

Si l'affiche du dimanche semblait au premier abord la moins intéressante, ce fût pourtant la journée des chouettes découvertes et des excellentes confirmations. Passons le rock amerloque des Hollandais de Kane et les refrains poussifs de Zornik, notre Muse national, pour se pencher sur un cas d'exception : Hawksley Workman. Dandy décadent mimant Roxy Music sur fond de Jeff Buckley, le Canadien au sourire carnassier aura confirmé tout le bien qu'on pensait de lui depuis sa première apparition en terre wallonne il y a plus d'un an, au Salon de Silly. Théâtral mais jamais ridicule, Hawksley Workman restera l'une des révélations de ce TW 2002, rugissant comme un lion lorsque les guitares lourdingues de Zornik viendront parasiter ses chansons de cabaret glam. Qu'à cela ne tienne, lui et ses potes (notamment Mister Lonely, sorte de Ray Manzarek mâtiné de Kurt Weill) auront tenu le public en haleine pendant une petite heure – cela méritait bien une belle ovation.

Les ex-Quicksand de Rival Schools avaient donc du pain sur la planche après cette tornade venue du froid : pas de problème, leur emocore aura rempli sa mission de divertissement public, grâce à quelques mélodies bien ficelées (« Used For Glue », leur hit) et des riffs malins et accrocheurs ? La pop musclée serait-elle en train de signer la mort du nu-métal ? A en écouter les albums de ces Américains, et ceux de Weezer, Hundred Reasons, The Vines,… il y a fort à parier que les casquettes rouges et les T-shirts Adidas se retrouvent bientôt dans les bacs à soldes.

Loin d'être un rapper de Prisunic, Michael Franti était fort attendu depuis son carton l'année passée au Pukkelpop. Rebelote : l'anti-mondialiste de la musique black aura de nouveau foutu un beau souk, transformant la plaine en giga-fête, ses « Sometimes », « Rock The Nation » et « People In The Middle » dynamitant l'ambiance à coups de bras en l'air et de refrains repris en chœur. Sur « Power To The Peaceful », Louise Rhodes, la chanteuse de Lamb, viendra même pousser la chansonnette, exhortant le public à reprendre les paroles. « We can bomb the world to pieces, but we can't bomb the world to peace » : voilà en quelques mots toute l'idéologie de Franti, pourfendeur des laissés-pour-compte et défenseur de la paix sur terre. Spearhead : une autre façon de manifester contre la haine et l'indifférence.

Après un quart d'heure de retard en raison d'une panne de sampler, les fous furieux de Millionaire auront prouvé encore une fois qu'ils sont nos meilleurs représentants sur scène : sexy et bombastic, les perles de leur album « Outside The Simian Flock » prennent leur véritavble envol sur scène, à l'image des gesticulations très Who (encore) du chanteur Tim Vanhamel (déjà présent deux jours plus tôt en renfort chez dEUS).

A côté de tant d'énergie, la prestation d'Heather Nova faisait bien pâle figure. A choisir parmi ces femmes qui embellissent le rock, autant jeter son dévolu sur Lamb, la délicatesse de Louise Rhodes n'étant plus à prouver. Comme d'habitude, le concert fut parfait, du classique « Gorecki » à ce splendide « I Cry », avec Michael Franti en guest-star. Un sans faute, même si le chapiteau aurait davantage collé à l'ambiance intimiste et fragile dégagée par le trip-hop de Lamb et sa chanteuse de charme.

Après tant de finesse et de classe, les Anglais de Coldplay avaient intérêt à se surpasser : c'était sans compter sur la solidité mélodique de leurs chansons et le charisme de Chris Martin. A quelques semaines de la sortie de leur deuxième album (« A Rush Of Blood In The Head »), les Britanniques ont joliment confirmé leur statut de dignes successeurs de U2 (rayon slows et tubes qui arrachent). Avec un « Everything's Not Lost » d'anthologie et un « In My Place » en beau final (le nouveau single, déjà dans tous les cœurs), Coldplay aura livré un bon concert, certes sans grosses surprises mais parfaitement maîtrisé : vainqueurs du trophée « meilleur espoir » il y a deux ans, les voilà bien partis pour gagner celui de « meilleure confirmation » pour 2002, à l'heure ou Radiohead, Oasis et Blur semblent perdus dans les limbes fumeuses du rock d'Outre-Manche.

Reste Faithless, tête d'affiche pompière mais fédératrice, avec lequel TW se sera terminé en beauté, ses hymnes boum-boum à deux notes ayant rempli leur rôle de catalyseur d'ambiance de fin de soirée (et de festival). A voir le public jumper comme un seul homme sur « God Is A DJ » et « We Come 1 », on se dit que la techno-rock de Prodigy et des Chemicals a pris de l'embonpoint auprès des jeunes, lui préférant maintenant les beats simplets de Rollo, Sister Bliss et Maurice Van Engelen. « This is my church, this is where I heal my hurts », prêche Maxi Jazz sur « God Is A DJ » : la plaine de Werchter transformée en terrain de prière techno pour des milliers de fidèles dévoués à la musique – voilà une image qui restera dans les mémoires, et un bel épilogue pour ces trois jours de fête sensationnels. Amen.

 

samedi, 29 juin 2002 03:00

Rock Werchter 2002 : samedi 29 juin

Venus de la baie de San Francisco, Hoobastank n'a pas fait bouger les foules, malgré son rock aiguisé mais bien trop prévisible. Malgré leur hit « Crawling In The Dark », on se dit que le métal venu d'Outre-Atlantique commence sérieusement à battre de l'aile – même Incubus, leurs voisins de palier, commencent à virer A-Ha…

Plus sympa, le hip-hop hollandais de Brainpower inaugura la pyramide sous les meilleurs auspices, mais c'est du côté du gothique qu'il faudra aller chercher les premiers vrais émois du festival, du moins au niveau de l'applaudimètre.

Pourtant, il y a quelques mois, Within Temptation n'était connu que des aficionados des colliers cloutés et des dentiers de vampire. Du métal gothique à Werchter ? En tout cas le public semblait ravi, réservant une ovation à Sharon den Adel, chanteuse électrifiante à la voix de soprano et au look de Comtesse Bathory. « Ice Queen » et « Mother Earth », en boucle sur toutes les radios flamandes, ont donc fait un tabac : on se serait presque cru au Graspop.

Rien à voir avec Ed Harcourt et son folk-rock à la Elliot Smith : Werchter est bien le festival de toutes les musiques, et c'est tant mieux. Pour beaucoup, ce fût la découverte du festival ; son album « Here Be Monsters » est d'ailleurs « een aanrader », comme diraient nos amis Flamands, en (très) grande majorité pendant ces trois jours de fête.

Sauf que la fête prend parfois des allures de recueillement - avec la néo-country de Lambchop et le rock ombragé de Madrugada par exemple -, bien que beaucoup profiteront de ces quelques moments de volupté pour dormir ou se remplir la panse. C'est qu'arrivent les gros morceaux rock du festival : Queens Of The Stone Age, Bush et Rammstein.

En plein milieu d'après-midi, le stoner des QOTSA tape dur, comme le soleil, d'autant qu'à la batterie, c'est Dave Grohl lui-même qui cogne. Au finish, une heure de métal lourd et costaud, d'une technicité incroyable : rarement le rock n'aura aussi bien porté son nom. Les morceaux de leur nouvel album à paraître, « Songs For The Deaf », auront en tout cas sonné tout le monde : ces gras-là assurent grave, et ce n'est pas l'ex-Screaming Trees Mark Lanegan (invité sur une chanson) qui viendra dire le contraire. Avec un telle formation, les QOTSA semblent être à leur zénith, et nous avec. Une vraie claque !

Le contraire de Bush, en somme. Autant Nick Oliveri et Joshua Homme composent de sacrées tapes rock'n'roll, autant Gavin Rossdale n'arrive pas à se débarrasser de cette étiquette de bellâtre néo-grunge qui lui colle  à la peau depuis des lustres. « Everything Zen », « Machinehead », « Glycerine », autant de tubes FM qui feraient retourner Kurt Cobain dans sa tombe - bref au niveau originalité, c'est la quille. Même leur reprise de « The One I Love » de REM, en hommage au bassiste des Who, tombe à plat…

Pour l'inventivité, mieux vaut aller voir du côté de Cornelius, le groupe du japonais Keigo Oyamada. Ses fusions improbables d'easy-listening electro, de rock ardu et de surf-pop sixties en a surpris plus d'un, des frères Dewaele au chanteur de Das Pop, tous au premier rang. Après les Allemands, les Japonais à Werchter : tout cela sent fort la pelouse et le ballon rond.

Balle au centre, nous disions-vous justement à propos des Notwist, cette fois-ci sur le banc de touche mais remplacés à l'attaque par leurs compatriotes sidérurgistes de Rammstein. Fort attendus par tous, les teutons pyromanes auront mis le feu à la plaine, au propre comme au figuré : leurs tubes métallos balancés à la chaîne sur une rythmique d'enfer, Till et ses copains mineurs (+ Dr Maboul) ont montré que le métal, même en allemand, continue parfois à transpirer l'émotion derrière ses riffs martiaux et ses cris gutturaux. Car Rammstein, quoi qu'on en dise, est un groupe romantique : les mélodies surnagent toujours derrière le martèlement des guitares et de la batterie, et les paroles évoquent davantage des jolies bluettes que des atrocités death ou black (NDR : cochez la mauvaise réponse). Certes, voir des milliers de jeunes gens lever le poing en criant « Du Hast » ou « Bück Dich » sur du métal hurlé par un mastodonte en haillons pourrait faire penser aux Jeunesses hitlériennes… Mais c'est parodier pour mieux condamner : Rammstein n'est pas un groupe de nazillons se passant les films de Leni Riefenstahl en boucle, non. C'est même le groupe de métal le plus novateur et entertainer (ce show pyrotechnique !) de ces dernières années. Ich Will !

Quant aux Red Hot Chili Peppers, c'est le groupe le plus mature de sa génération : s'étant fait connaître pour leur fusion funk-rock-métal au début des années 90, ils sont devenus de véritables stars de stades, à classer parmi les U2, REM et Metallica et quelques autres. Pourtant, leur dernier album, « Californication », brillait davantage par des ballades que par des tubes à la « Give It Away » : preuve que les Californiens et leur public ont mûri ensemble, pour le meilleur (le nouvel album, « By The Way »). C'est que depuis le retour de John Frusciante, mélodiste prodige, le groupe semble plus inspiré (et plus soudé) que jamais : en témoignent ces quelques nouveaux morceaux joués ici de mains de maîtres, sans aucun doute des classiques en devenir, tout comme ces « Scar Tissue », « Around The World » et « Road Trippin' » rentrés au panthéon des ballades rock qui tuent. En rappel, « Under The Bridge » finira d'achever un public de toute manière séduit d'avance, et ce malgré le volume sonore parfois trop faible – la house de Roger Sanchez dérangeant alors le fan transi, connaissant par cœur les paroles de ses idoles.

 

Page 102 sur 115