La nation fantôme de The Besnard Lakes…

Le septième opus de Besnard Lakes, « The Besnard Lakes Are the Ghost Nation », paraîtra ce 10 octobre, confirmant ainsi son statut de l'un des groupes les plus constants de ces 20 dernières années, dont la vision et la qualité sont difficilement égalables…

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Denver ou DNVR ?

DNVR est l'étoile montante de la scène soul française, fusionnant les grooves sensuels des années 60, l’âme vibrante de la Motown, et l’improvisation subtile du jazz. Formé de sept musiciens passionnés, le groupe (qui se prononce Denver) propose une musique à…

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Grégory Escouflaire

Grégory Escouflaire

mardi, 06 novembre 2018 16:07

Le bénéfice du doute...

Cette soirée avait tout de l'événement : trois groupes wallons qui remplissent la grande salle de l'AB, temple culturel flamand, un mois à l'avance ! Une première, qui symbolise à elle seule l'excellente santé de notre rock. Un rock de qualité que bon nombre de néerlandophones continuent pourtant à bouder sous prétexte de… Sous quel prétexte ? L'accent francophone ? John de Ghinzu a été élevé en anglais, et Sharko a séjourné longtemps aux Etats-Unis. L'amateurisme ? Il est bien loin le temps où le rock wallon n'arrivait pas à la cheville de dEUS, Zita Swoon, enzovoorts… Aujourd'hui, des groupes comme ceux présents ce soir, et bien d'autres (Hollywood Porn Stars, Mud Flow, Showstar, Hank Harry, Austin Lace,…), n'ont aucun mal à rivaliser avec leurs pairs flamands. Quid alors de l'indifférence nordiste ? Peu importe, puisque ce sold out sonne déjà comme une première reconnaissance à l'échelle nationale. Il était temps ! Le disque de Girls in Hawaii est même encensé dans la presse néerlandophone, et commence à tourner sur Studio Brussel. La nouvelle génération des songwriters wallons pourrait donc faire de l'ombre aux illustres kadors pop de l'école flamande. Tom Barman se lance dans la house pour contrer l'offensive (Magnus). Danny Mommens grogne en français et crie son amour pour les chansons de Gainsbourg (Vive la Fête). Ne reste plus qu'à Studio Brussel de rebaptiser son émission « Brussel Vlaams » « Wallonie Vlaams », pour rétablir la balance et respecter les nouvelles règles en vigueur. Parce que le rock wallon ne compte plus rester bien longtemps dans l'ombre. Suffit qu'il sorte du bois en file indienne, et le voilà sur scène à l'AB, devant 2000 personnes en folie, qui crie son nom, pour qu'il revienne. Pas de panique : il est bien là, et il compte bien rester, jusqu'au triomphe, jusqu'aux disques d'or, jusqu'à la première place du hit parade de VT4.

Pour Girls in Hawaii, c'est donc plutôt bien parti. L'accueil que lui réserva le public de l'AB en est la preuve irréfutable. Il faut dire que l'acoustique de l'AB est exceptionnelle : dans de telles conditions, la pop élégiaque des Girls ne pouvait que faire mouche. Une claque, qui augure d'une belle carrière, aussi bien nationale qu'internationale (ils viennent de signer un deal de distribution avec Sony France).

Sharko, lui, est déjà un habitué des planches. C'est donc avec décontraction qu'il aborda la soirée, jamais avare d'une petite blague ou d'une galipette. Son set, marqué par quelques baisses de régime, prendra son véritable envol lors d'un lâcher de ballons colorés, qui transformera la salle en joyeux bordel digne d'un concert des Flaming Lips.

Quant à Ghinzu, dont c'est le grand retour après trois ans d'absence, il vaut mieux leur laisser le bénéfice du doute : après à peine trois quarts d'heure d'un concert nerveux mais plutôt monocorde, John et sa bande quitteront brusquement la scène, sans offrir de rappel à un public pourtant toujours chaud. On aurait aimé, pour marquer le coup, un final grandiose avec les trois groupes jammant jusqu'à l'épuisement, brûlant un épouvantail à l'effigie de Ducarme et reprenant la Brabançonne avec juste ce qu'il faut d'ironie. Mais non : alors que la fête battait son plein, les lumières se rallumèrent et le public, penaud, de sortir en rang serré dans le froid de la nuit bruxelloise. Il n'empêche que ces quelques heures d'intense énergie nous auront réchauffé le cœur, et prouvé à quiconque que notre rock se porte à merveille. Ce n'est que le début. Aujourd'hui l'AB, demain Werchter. Un brin d'orgueil régional ne peut pas faire de mal, de temps en temps… Même si la question, bien sûr, n'a guère d'importance. De toute évidence, le rock n'a que faire des querelles linguistiques. Qu'il soit flamand ou wallon. Vous lisez trop la presse écrite, à demain bonsoir.

 

mardi, 06 novembre 2018 16:00

Daydream...

I Monster, c’est du délire gothico-pop sur fond d’électro rétro-futuriste, avec la distance qu’il faut pour en rire, et les mélodies sucrées pour pouvoir fredonner. Dean Honer et Jarrod Gosling, les deux cerveaux dérangés qui se cachent derrière I Monster, viennent de Sheffield, terre promise de Warp, The Human League et Cabaret Voltaire. La différence chez ces fossoyeurs du rythme mécanique, dont l’inspiration prend racine là où d’autres travaillèrent à la chaîne, c’est que les deux zigues d’I Monster voient davantage la vie en rose, surtout après avoir fumé d’énormes spliffs. Leur musique bric-à-brac pourrait ainsi être taxée de « növö psychédélisme » qu’on applaudirait de nos mains moites, un sourire idiot aux lèvres. Parce qu’il est vrai qu’en écoutant ce « Neveroddoreven », on voit parfois des trucs bizarres, en plus d’en entendre.

Sur scène, l’imagination est forcément tenue en laisse, puisque voir des types jouer leur musique réduit de moitié le mystère qu’on pouvait ressentir à les écouter sur disque. Accompagnés des Lovers, deux Frenchy amants dans la vie (d’où leur nom), Honer et Gosling prennent leur temps pour distiller leurs ambiances de série Z… Même qu’au début tout le monde reste assis, d’abord parce que la rotonde se prête à l’écoute lascive, ensuite parce qu’il faut bien le dire, c’est un peu mou du genou. Mais dès que les deux Anglais, chacun à leur tour, entonnent « Hey Mrs. » et « Everyone’s a Loser » à travers leur inséparable vocoder, le public se lève et tape du pied en chœur. L’ambiance est tellement sympa qu’Honer et Gosling les rejoueront en (second) rappel, parce qu’ils « n’ont pas bien répété toutes les chansons et qu’ils ne savent donc pas en faire d’autres » (dixit Fred, le guitariste de Navarre). Sinon Marianne, la copine de Fred, était plutôt mignonne dans ses bas-résille. Sa jolie voix mutine nous aura même fait apprécier un titre comme « Who Is She ? », qui sur l’album agace par son côté « musique de l’espace chantée par Jay-Jay Johanson » (hips). Et puis que serait I Monster sans les Wallace Collection ? C’est « Daydream In Blue », joué en rappel sur le ton du murmure (Marianne, encore), qui leur valut tous les honneurs. Or, ce tube est d’abord un tube belge. Autrement dit : sans nous, I Monster n’existerait pas. Même Fred, un Français, remercia la Belgique pour la « culture française ». Parce que comme il le dit, la culture française, c’est « 50% de culture belge ». Rien que pour ça, on les aime bien, ces types. La prochaine fois, on leur fera écouter « Ca plane pour moi »… Sûr qu’avec leur goût du kitsch savamment dosé, ils décideront d’en faire un de leurs nouveaux tubes. C’est fou quand même, « comme on est trop modeste ».

 

 

 

mardi, 06 novembre 2018 15:50

Poudre à canon ou poudre aux yeux?

Le dernier album de Limp Bizkit, « Results May Vary », est une sacrée daube. La reprise du « Behind Blue Eyes » des Who suffit pour s'en convaincre : de la soupe FM d'une laideur sans nom, reprise pourtant en chœur ce soir par 8000 gamins en folie. Ils ont 15-16 ans. C'est leur « Nothing Else Matters » à eux. L'« Hotel California » de toute une jeune génération, qui a grandi au son du nu-métal, vénère Papa Roach (repris par Janez Dted en première partie) ainsi que Linkin' Park, Sum 41, Slipknot et Avril Lavigne (pour les plus fleur bleue). Et pour qui Fred Durst est un modèle… Pour beaucoup d'autres, le leader de Limp Bizkit est un crétin fini, « l'homme le plus haï du music business », parce qu'il frime, qu'il a vendu son âme de jeune rebelle à Nike et MTV. Parce qu'il s'est fait Britney Spears. Peuh ! Mais Limp Bizkit, c'est aussi « Significant Other », un des albums fondateurs du genre néo-métal (avec « Around the Fur » des Deftones et les deux premiers Korn) : une sacrée claque, bourré de tubes essentiels (de « Nookie » à « Break Stuff »). Un mélange de grosses guitares et de flow rap, qui en 'live' casse la baraque. Parce qu'on a beau dire, Limp Bizkit en concert reste une redoutable machine de guerre : dès les premières notes de « My Generation » (presque un slogan), c'est le délire. 8000 kids pogotent. C'est moins qu'il y a trois ans au Sportpaleis : il faut dire que Wes Borland, guitariste masqué et principal compositeur, s'est entre-temps fait la malle, sans doute un peu saoulé par le comportement mégalo de son pote au micro. Et puis il y a cet album, une belle crasse quand même : heureusement Fred Durst et ses sbires n'insisteront pas, en évitant de trop se la ramener avec leurs ballades de tapettes (« Eat You Alive », rock ?). A la place, que des tubes : « My Way », « Take A Look Around », « Nookie », « Break Stuff », « Hot Dog », « Re-Arranged »,… Et même deux titres du premier album : « Counterfeit » et la reprise de George Michael, « Faith », au cours duquel Fred Durst exhorte les filles à monter sur les épaules de leur voisin mâle. C'est que Fred Durst est un entertainer né. Une fois au milieu de la foule, une fois au fond, une fois sur les escaliers : il ne reste pas en place. Parce qu'il faut bien donner aux fans du spectacle, surtout à 35€ le ticket. En rappel, l'ineffable « Behind Blue Eyes » consacre ses briquets en bonus ; et puis seul sur scène, Fred Durst chantonne à la guitare qu'« il aimerait tant vivre en Belgique, parce que c'est comme sa maison, et puis il y a tant de haine chez lui, même si parfois c'est cool de haïr », et bla bla bla. Sacré Fred : à peine démago, et plus subtil à lui tout seul que tout un club de fans de Manowar. Deuxième (ou troisième ? enfin bref) rappel : lumières allumées, et « Rollin' » achève en apothéose ce concert drôle et défoulant, malgré l'esbroufe, les ballades FM et la preuve évidente que Fred Durst est le plus fier symbole d'une Amérique impérialiste et puante. Ce n'est ni très malin ni très méchant, bref c'est de l'entertainment. Dans un monde où les puissants sont des bouffons, Limp Bizkit joue bien son rôle de punching-ball. The show must go on, isn't it ?

mardi, 06 novembre 2018 15:42

Une bonne surprise...

Après de longs et pénibles détours pour trouver la salle, toujours aussi profondément enfouie dans le fin fond du Nord de la France, quelle joie d'apprendre qu'en première partie de Cocorosie et de Devendra Banhart jouait notre vieil ami Jeffrey Lewis ! Pour rappel : l'antifolk, les comics, tout le bazar, en direct de New York, bref un bon petit apéro à cette soirée placée sous le signe du folk hybride et déjanté, tendance Incredible String Band et Linda Perhacs. Il y a du monde au bar, mais Jeffrey et son frère n'en ont cure : ils balancent la sauce et parviennent même à séduire un public pas conquis d'avance (rappel : nous sommes en France – c'est tellement vrai que ça rime, ndr). Grâce à son bagout post-pubère et sa coupe de cheveux complètement ridicule, Jeffrey le bienheureux nous aura rappelé qu'il ne faut ni savoir chanter ni savoir jouer pour donner des concerts (et des bons, en plus). Poète beatnik au verbe acidulé mais drôle (Réf. : Chester Brown, Joe Matt, loosers magnifiques de la BD nord-américaine), Jeffrey Lewis était présent ce soir par surprise, et c'était plutôt une bonne nouvelle.

Mais déjà les sœurs Sourire du revival psyché-folk débarquent avec leurs camions jouets et leur beatbox humaine, un black francophile ayant la triste tendance à parodier MC Solaar, lui-même étant déjà une belle grosse blague (même pas belge, en plus). Mais dès que les sœurs Coco et Rosie (à moins que ce ne soit le contraire ?) commencent à chanter, là c'est le bonheur. Nous sommes dans la Maison de Leur Rêve, à prendre le thé avec une jouvencelle en robe XIXe. Elle nous sourit de sa bouche féline, et entame son chant de sirène : charmés dès les premières roucoulades veloutées qui se glissent en travers de ses lèvres, nous ne pouvons que lui demander encore un peu, euh… oui…, de cet aphrodisiaque sucré. Heureux en amour, malheureux au jeu ? Il en vaut pourtant la chandelle. Et dans cette ambiance on se croirait au grenier, à fricoter sous les bougies, dans le silence interdit d'un rendez-vous coquin. Au début la belle se veut chaste, n'osant murmurer à nos oreilles qu'un souffle léger à faire frémir notre braguette, mais très vite elle se détend, tandis que l'autre, manque d'exploser sous la pression. C'est dans un râle de plaisir que cette histoire aurait dû se conclure. Des gens tapent des mains, à la porte de la Maison : notre union se consume, il est temps de rallumer.

Et d'aller chercher une bière, pour se rafraîchir les idées. Le temps qu'il faut à Coco et Rosie de remballer leur bric-à-brac, pour laisser la place au génie folk de ce siècle nouveau, « the revelation of the year », le gentil gourou du finger picking au poil pachydermique, la réincarnation en éphèbe tatoué de Vashti Bunyan, le plus beau spécimen de 'music freak' en captivité sur cette planète : Devendra Banhart. Fort de deux albums magnifiques sortis en l'espace de six mois (« Rejoicing in the Hands » - album de l'année - et « Nino Rojo »), Devendra Banhart peut se targuer aujourd'hui, chers terriens, d'être l'élu envoyé par le Saint Verbe Acoustique pour nous sauver de la perdition et de la surdité marketée. Ouvrons les yeux, et surtout les oreilles : ce type au look de bédouin white trash shooté à la lavande pourrait bien être notre salut, notre épée de Damoclès face à la médiocrité qui nous assaille tous les jours sur la bande FM. Et comme un beau Jésus, Banhart a invité ses apôtres. Des types aussi barbus que lui (du groupe Vetiver), parce que c'est dans la barbe que crèchent la force et la jeunesse (écouter « This Beard », et pleurer). Sauf que les apôtres parfois se mettent à déconner (rappelez-vous les trois cris du coq – comme chez Coco Rosie d'ailleurs), et c'est Jésus qui trinque. En bref on avait adoré Devendra Banhart en solo ('Mirage au Pukkelpop : des individus en short baggy couverts de boue affirment avoir vu le Christ'), mais entouré d'une bande de saoulards qui auraient bu tout le pinard à la messe, notre sauveur aura bien eu du mal cette fois à prêcher sa bonne parole. Imaginez La Compagnie Créole reprenant Bob Dylan entre deux culs secs au vin rouge (qui a crié 'Judas !' ?) : l'hostie, tout de suite, reste en travers de la gorge. Evidemment, quand en plus c'était - semblait-il - la dernière date de la tournée européenne de Devendra Banhart, on pouvait s'attendre comme de coutume à de longues jams entre musiciens défoncés jusqu'à l'os. A la fin, donc, c'était la fête sur Cène (avec Jeffrey, Coco, Rosie et tout le cirque), mais moins dans la salle : qui aura vraiment tenu jusqu'au bout ? Les derniers seront-ils toujours les premiers ? Qui a lancé la première pierre ? Sans doute que cette soirée restera pour beaucoup un mystère. 

 

mardi, 06 novembre 2018 15:37

Le minimum syndical...

Si on peut être déçu par « Réévolution », le dernier album d’Etienne Daho, le voir en concert reste un authentique plaisir. Dans un Forest National presque plein, le Français n’aura eu aucun mal à mettre le public dans sa poche, grâce avant tout à ses innombrables tubes eighties : de « Tombé Pour La France » à « Saudade »… Le show, cette fois, était cependant moins spectaculaire : moins de visuels, mais un jeu de lumières quand même bien foutu, bref élégant sans être tape-à-l’œil… Comme sa musique, en somme. Dommage que Daho, sans doute un peu fatigué par d’innombrables concerts donnés dans toute la France, ait choisi l’option karaoké pour bon nombre de ses classiques. Une fois c’est drôle, cinq fois beaucoup moins : le public chante tout seul, devant un groupe qui se tourne les pouces en attendant le signal du boss… Qui essaie quant à lui de jouer le jeu mais se plante à chaque couplet. Etienne Daho est un grand timide, c’est un fait : qu’il essaie ce genre d’exercice foireux pour communier avec ses fans, c’est une erreur. A la demande du public, il entonne « Le Premier Jour » mais abandonne après quelques vers. Rires. Gêne. Un téléprompteur, quelqu’un ? On se souviendra quand même d’un enflammé « Bleu Comme Toi », et d’un très beau « Ouverture », « sa chanson préférée » (c’est lui qui le dit). Mais on en attendait davantage d’Etienne Daho, qui pour la circonstance s’est contenté du minimum syndical (surtout dans la deuxième partie). Et ce n’est pas « Réévolution », son nouveau single, qui lui aura sauvé la mise : joué quatre fois (! ! !) en 1h30 (au début et en toute fin), ‘pour le clip’, on aura frôlé l’overdose. ‘Vous êtes trop gentils !’, clame-t-il, l’air embarrassé… Y a intérêt qu’on nous voie tous dans le clip sur MCM, sinon ça va barder. Notre patience a des limites, même si c’est pour la bonne cause.

mardi, 06 novembre 2018 15:34

Une soirée trop arrosée...

Après de longs et pénibles détours pour trouver la salle, toujours aussi profondément enfouie dans le fin fond du Nord de la France, quelle joie d'apprendre qu'en première partie de Cocorosie et de Devendra Banhart jouait notre vieil ami Jeffrey Lewis ! Pour rappel : l'antifolk, les comics, tout le bazar, en direct de New York, bref un bon petit apéro à cette soirée placée sous le signe du folk hybride et déjanté, tendance Incredible String Band et Linda Perhacs. Il y a du monde au bar, mais Jeffrey et son frère n'en ont cure : ils balancent la sauce et parviennent même à séduire un public pas conquis d'avance (NDR : rappel : nous sommes en France – c'est tellement vrai que ça rime). Grâce à son bagout post-pubère et sa coupe de cheveux complètement ridicule, Jeffrey le bienheureux nous aura rappelé qu'il ne faut ni savoir chanter ni savoir jouer pour donner des concerts (et des bons, en plus). Poète beatnik au verbe acidulé mais drôle (Réf. : Chester Brown, Joe Matt, loosers magnifiques de la BD nord-américaine), Jeffrey Lewis était présent ce soir par surprise, et c'était plutôt une bonne nouvelle.

Mais déjà les sœurs Sourire du revival psyché-folk débarquent avec leurs camions jouets et leur beatbox humaine, un black francophile ayant la triste tendance à parodier MC Solaar, lui-même étant déjà une belle grosse blague (même pas belge, en plus). Mais dès que les sœurs Coco et Rosie (à moins que ce ne soit le contraire ?) commencent à chanter, là c'est le bonheur. Nous sommes dans la Maison de Leur Rêve, à prendre le thé avec une jouvencelle en robe XIXe. Elle nous sourit de sa bouche féline, et entame son chant de sirène : charmés dès les premières roucoulades veloutées qui se glissent en travers de ses lèvres, nous ne pouvons que lui demander encore un peu, euh… oui…, de cet aphrodisiaque sucré. Heureux en amour, malheureux au jeu ? Il en vaut pourtant la chandelle. Et dans cette ambiance on se croirait au grenier, à fricoter sous les bougies, dans le silence interdit d'un rendez-vous coquin. Au début la belle se veut chaste, n'osant murmurer à nos oreilles qu'un souffle léger à faire frémir notre braguette, mais très vite elle se détend, tandis que l'autre, manque d'exploser sous la pression. C'est dans un râle de plaisir que cette histoire aurait dû se conclure. Des gens tapent des mains, à la porte de la Maison : notre union se consume, il est temps de rallumer.

Et d'aller chercher une bière, pour se rafraîchir les idées. Le temps qu'il faut à Coco et Rosie de remballer leur bric-à-brac, pour laisser la place au génie folk de ce siècle nouveau, « the revelation of the year », le gentil gourou du finger picking au poil pachydermique, la réincarnation en éphèbe tatoué de Vashti Bunyan, le plus beau spécimen de 'music freak' en captivité sur cette planète : Devendra Banhart. Fort de deux albums magnifiques sortis en l'espace de six mois (« Rejoicing in the Hands » - album de l'année - et « Nino Rojo »), Devendra Banhart peut se targuer aujourd'hui, chers terriens, d'être l'élu envoyé par le Saint Verbe Acoustique pour nous sauver de la perdition et de la surdité marketée. Ouvrons les yeux, et surtout les oreilles : ce type au look de bédouin white trash shooté à la lavande pourrait bien être notre salut, notre épée de Damoclès face à la médiocrité qui nous assaille tous les jours sur la bande FM. Et comme un beau Jésus, Banhart a invité ses apôtres. Des types aussi barbus que lui (du groupe Vetiver), parce que c'est dans la barbe que crèchent la force et la jeunesse (écouter « This Beard », et pleurer). Sauf que les apôtres parfois se mettent à déconner (rappelez-vous les trois cris du coq – comme chez Coco Rosie d'ailleurs), et c'est Jésus qui trinque. En bref on avait adoré Devendra Banhart en solo ('Mirage au Pukkelpop : des individus en short baggy couverts de boue affirment avoir vu le Christ'), mais entouré d'une bande de saoulards qui auraient bu tout le pinard à la messe, notre sauveur aura bien eu du mal cette fois à prêcher sa bonne parole. Imaginez La Compagnie Créole reprenant Bob Dylan entre deux culs secs au vin rouge (qui a crié 'Judas !' ?) : l'hostie, tout de suite, reste en travers de la gorge. Evidemment, quand en plus c'était - semblait-il - la dernière date de la tournée européenne de Devendra Banhart, on pouvait s'attendre comme de coutume à de longues jams entre musiciens défoncés jusqu'à l'os. A la fin, donc, c'était la fête sur Cène (avec Jeffrey, Coco, Rosie et tout le cirque), mais moins dans la salle : qui aura vraiment tenu jusqu'au bout ? Les derniers seront-ils toujours les premiers ? Qui a lancé la première pierre ? Sans doute que cette soirée restera pour beaucoup un mystère. 

 

mardi, 06 novembre 2018 15:28

Une machine de guerre...

Si rinôçérôse sonne déjà pas mal sur disque, c'est carrément une machine de guerre en concert, lancée telle une torpille qu'il est difficile d'arrêter. Trois, voire quatre guitaristes, une charmante bassiste (Patou), un percussionniste : en autant de cordes, comment ces musiciens de Montpellier arrivent-ils à faire de la house, et de la bonne en plus ? Le talent sans doute, l'originalité sûrement (et puis quand même, avouons-le : il y a un programmateur derrière tout ça, à la console son). Et même si leur deuxième album, " Music Kills Me ", ne propose rien de bien neuf par rapport au premier, il enfonce le clou : plus de refrains accrocheurs, de beats sautillants, de guitares qui tressaillent. " Le Rock Summer " ou " Music Kills Me " sont de nouveaux classiques, à côté du " Mobilier " et du fameux " Guitaristic House Organisation " (tous joués ici). Ces gars-là assurent donc un max en concert : leurs loops ensoleillés et leur riffs faciles mais tellement entêtants s'en prennent à nos têtes et nos jambes, pour ne plus les lâcher : " rinôçérôse ", un sacré coup de soleil dans la morosité de ce mois d'avril, une aubaine pour ceux qui croyaient encore qu'entre rock et house, l'entente était impossible…

En première partie, M83 nous donna des sueurs froides avec son electro congelée, pleine de nappes à la Orbital.

Quant à Télépopmusik, leurs morceaux formatés pour passer en boucle sur les radios ont montré une tout autre envergure sur scène : rallongés, malmenés, triturés, ils conserveront leur trame mais perdront de leur rigidité, pour se changer en furieux hymnes à la défonce, des oreilles au cerveau. Et en reprenant Kraftwerk et Visage, ces trois Parisiens ne pouvaient qu'attirer nos faveurs. Cette soirée, 100 % Français (normal, pour un Parcours Chanté) aura dépassé toutes nos espérances… Mieux : elle aura prouvé encore une fois que l'électro de l'Hexagone est décidément l'une des plus novatrices et festives, bien loin d'être limitée au sempiternel duo Air-Daft Punk.

mardi, 06 novembre 2018 15:24

Le charme d'une princesse...

Pour la venue d'Emilie Simon au Botanique, on s'est mis sur notre trente et un : c'est que le premier album de la jeune Française nous a tellement enchantés, qu'on croirait presque la connaître… Comme s'il s'agissait, à chaque fois qu'on l'écoute, d'un tête-à-tête. Sauf qu'ici on est plusieurs centaines à l'attendre patiemment, dans cette Orangerie transformée pour l'occasion en salle assise. Pas le temps de bâiller pendant la prestation d'Holden qu'elle arrive à pas de louve, dans une robe excentrique chatoyante : une vraie princesse. On a dit d'elle et de sa musique qu'elles ressemblaient à Björk, Leila, Anja Garbarek, Kate Bush. C'est vrai qu'à la voir, on pense à toutes ces femmes charmantes, chez qui l'atypisme passe aussi par la garde-robe. Mais l'important ce soir, c'est de vérifier si ses chansons, si belles soient-elles sur album, tiennent la route en live. Parce qu'Emilie Simon a beau avoir sorti un album magnifique, encore faut-il voir si ces compositions écrites en studio, sur un ordinateur, se révèlent aussi surprenantes sur une scène, en direct et sans filet. La réponse ne se fera pas trop attendre…

Si la jeune fille semble un peu timide et gauche pendant les trois premiers morceaux (" Dancers ", " Secret " et " Il Pleut ", où elle abuse des effets vocaux), elle se lâche rapidement avec " Flowers ", la chanson la plus pop de l'album. Sur scène, elle est entourée d'un guitariste et d'un (contre)bassiste, d'une choriste-pianiste et d'un programmateur. A côté d'elle, un étrange thérémin lui permet de moduler sa voix à l'envi… Tout l'album sera passé en revue (+ un inédit, " Solène "), avec en rappel " Vu d'ici ", un " Flowers " bis, " Femme Fatale " (du Velvet Underground) et le superbe " Chanson de Toile ". Emilie Simon n'aura pas dit grand chose, concentrée sur cette (belle) musique dont elle est la (fort mignonne) génitrice. Comme un aimant dont nous serions la limaille, Emilie nous aura captivés pendant une bonne heure, pendus à ses mots susurrés avec grâce.

mardi, 06 novembre 2018 15:23

Dévoré par la flamme...

Redboy de My Little Cheap Dictaphone a la bougeotte : à peine a-t-on eu le temps de se familiariser avec « Music Drama » que le bonhomme nous revient déjà avec un nouveau groupe, plus rock, plus tendu, plus noisy, plus –core (sans parler de son troisième projet : Zythum…). Difficile pour l'instant de dire s'il s'agit d'une récréation juvénile pour notre ami liégeois… En tout cas s'il s'amuse, il le fait de fort belle manière : sur scène, ça déménage, le son est incisif, les compos bien troussées, la rage à peine contrôlée. Hollywood P$$$ Stars pourrait bien ainsi devenir le nouveau fleuron d'une scène rock wallonne de plus plus décomplexée (Elvis' Ghettoblaster, Austin Lace, Mud Flow, Girls In Hawaii, Nietzsche,…). Après avoir empoché le premier prix du Concours Circuit, le nouveau gang de Redboy (Eric à la basse, Anthony à la guitare et au chant, Benoît à la batterie) devrait donc refaire parler de lui dans les prochains mois, une fois ce premier EP (fort attendu) dans les bacs, prévu pour très bientôt (voir www.collectifjauneorange.net, dont le but est de promouvoir les musiciens liégeois « de manière indépendante et artisanale »).

Dommage qu'après telle révélation, les deux jumelles canadiennes Tegan & Sara soient venues gâcher la fête. Imaginez une sorte de couple siamois braillant un folk-rock poussif en singeant Melissa Etheridge : affreux.

Heureusement, les quatre Canadiens de Hot Hot Heat ne tarderont pas, après cet interlude regrettable, de bouter le feu à la Rotonde, avec leur punk-new wave né sur les cendres encore chaudes d'XTC, de Gang of Four et de Cure circa « Three Imaginary Boys ». Après quelques maxis confidentiels (dont l'excellent « Knock Knock Knock » produit par Chris Walla de Death Cab for Cutie), ces quatre jeunes teigneux au look hilare (le chanteur ressemble à un jeune Bruce Springsteen déjanté, et le guitariste au Nick Cave de Birthday Party) nous reviennent avec un premier album festif, « Make up the Breakdown ». Au programme : guitares funky, synthés acidulés et beats timbrés, comme si Robert Smith (cette voix !) s'était mis à jouer du Specials sur fond d'Elvis Costello. Dansant et énergique, le rock juteux d'Hot Hot Heat emballe dès les premières notes. Steve Bays chante avec conviction, la langue pendante et le buste collé à son synthé, en remuant tel un beau diable qui aurait des fourmis dans les jambes, et du poil à gratter dans le slip. « No, Not Now », « Get In or Get Out » et surtout « Bandages » (interdit aux USA durant la guerre parce qu'il parle de… pansements) se savourent avec délectation : de mémoire, on n'avait plus entendu de tubes pop-funk si convaincants depuis Weezer et The Rapture. Ces gars-là sont Hot, y a pas à dire…

 

mardi, 06 novembre 2018 15:18

Intemporel...

Beth Gibbons échappée de Portishead, cela donne « Out of season », splendide album aux ballades crépusculaires et aux arrangements somptueux, pas loin du groupe qui l'a rendue célèbre, mais sans les beats lascifs et les samples cafardeux, cette marque déposée qui commençait à tourner de l'œil. Avec Rustin Man en renfort, alias Paul Webb (ex-bassiste de Talk Talk), Beth pouvait enfin laisser libre cours à ses fantasmes – et dieu sait si l'on aime se les entendre chanter. « Out of season », c'est donc du Portishead en plus rural, comme libéré du joug des machines : une patine plus authentique, des ambiances moins cinématographiques que pastorales… Bref la campagne brumeuse plutôt que les bandes usées de films imaginaires.

L'Aéronef, pourtant, n'a rien de la salle paroissiale paumée au milieu des champs : en plein Euralille, coincée entre l'hypermarché et des escaliers en tôle ondulée, la salle fait davantage penser aux ambiances glauques de Blade Runner qu'aux jupettes des sœurs de la petite maison dans la prairie. On aurait pu donc croire que la musique de Beth s'y sente mal, prisonnière et claustrophobe… Le talent et la grâce angélique de la chanteuse, heureusement, sauveront la mise, jusqu'à nous faire oublier tout, happé par cette musique sépia venue d'ailleurs, fragile et réconfortante, susurrée par un elfe au dos voûté, qui chancèle (cette voix !) mais ne tombe pas. Le calme dans la salle. Le recueillement. Rarement l'Aéronef aura connu pareille ambiance. Après une heure, les lumières se rallument, les esprits sont sonnés. Le public, tombé sous le charme de cette musique subliminale, qui déploie ses charmes de manière insidieuse, en voudrait encore. Tristesse : Beth Gibbons est déjà partie (après avoir signé quelques autographes). Pour tous, le retour à la réalité n'en aura été que plus difficile. « Out of season » ? Carrément « Out of time », oui !