Après " Berchem " et " Trap ", deux albums de rock malin aux ambiances crépusculaires, Dead Man Ray enfonce le clou à travers ce " Cago " tout en finesse, travaillé au corps par des guitares revêches mais jamais plombantes. Les décharges électriques canalisées par les doigts experts du grand Steve Albini (Pixies, Nirvana, McLusky, JSBX,…), c'est vers de sombres (et somptueux) paysages américains, blues et beatnik, que nous emmène le groupe. Direction : Chicago, terre d'accueil de ces Géo Trouve(é)tout du rock belge, avec dans les bagages cette constante envie de détourner les genres, de dévergonder les refrains, de maltraiter les stéréotypes qu'on colle si facilement à nos artistes maison, ambassadeurs forcés de cette belgitude chic qui se doit sans cesse d'allier surréalisme et humilité, désinvolture et ténacité. Résultat : " Cago " quitte les vastes plaines de notre plat pays pour s'envoler vers les cimes, où se côtoient Captain Beefheart et le Velvet Underground, Bukowski et Johnny Cash. Avec " Landslide " en ouverture de ce rodéo électrique au pays de l'Oncle Sam, c'est déjà la plénitude, le dépaysement, le choc des grandes étendues : splendide chanson de voyage, comme l'étaient déjà " Beegee " et " Brenner ", " Landslide " nous conduit plein tube " Sur la route " qui traverse l'Amérique, pays de fantasme de nos dignitaires anversois. Tout comme ce " Blue Volkswagen 10.10 AM ", encore une chanson de bitume, au cours de laquelle le poète beatnik Ken Nordine récite des litanies sur un fond free-jazz-rock déliquescent. Le reste brille lui aussi de mille feux (de brouillard) : " les excellents " Need " et " A Single Thing ", le lancinant " Short Terms Investments " (ce titre !), etc. En 10 escales sur les terres blues-rock de l'Amérique de General Motors, du cowboy Marlboro (Bobbejaan Schoepen n'est pas loin…) et des films de Hal Hartley, Dead Man Ray nous en met plein la vue et les oreilles. Excellent !