Coupable d’un premier album intitulé « Retour au zoo », en 2005, le trio Verone s’est mué en un duo cinq années plus tard. Lors de la sortie de ce premier ouvrage, la critique avait été unanimement… partagée ! Elle portait le groupe aux nues ou la précipitait aux enfers, c’est selon. Style nouveau, inventif à souhait, nouvelle révélation de la chanson française, pour les uns ; exercice de style hypnotique, sans énergie, irritant, pour les autres.
Pour « La fiancée du crocodile », ne restent plus à la barre que le chanteur/auteur/compositeur Fabien Guidollet et sa comparse Delphine Passant. Les deux rescapés de la première heure apprécieront toutefois l’aide précieuse apportée par une flopée de collaborateurs ; et notamment Yann Arnaud (Air, Syd Matters, Jeanne Cherhal, Camille...) et Paul Kendall (Depeche Mode, Nitzer Ebb, Recoil, NIN...) au mixage. Plusieurs musiciens et amis sont venus ajouter circonstanciellement leur grain de sel aux sessions d’enregistrement : Jeanne Balibar, qui a accepté d’être l’interprète féminine de « Transparent », Frédéric Lo (Daniel Darc), Dominique Mahut (l’homme de l’ombre derrière Jacques Higelin), Sammy Decoster, Mark Kerr (le batteur écossais des Rita Mitsouko et de Joakim), Jérôme Bensoussan (Dominique A), et quelques autres encore… Chaque invité apporte sa pierre à l’édifice comme si on invitait différents corps de métier pour la construction d’une habitation. Le tout se transformant en une maison difforme et bigarrée à souhait. Des musiques pop, entraînantes et variées. Une instrumentation très riche et originale, dont un banjo, une trompette, une clarinette par-ci, de nombreux bruitages ménagers par-là, apportent aux compositions un son vraiment particulier mais tellement nouveau et amusant. A ce stade, on parlera d’une réussite totale. Quelle inventivité, quelle richesse !
Tout au long de cet opus, Verone nous entraîne dans une farandole de format pop, pimpant, et pointu, mais les paroles laissent poindre la fantaisie et un peu de noirceur. ‘J’sais bien que quand je casserai ma pipe / Elle versera pas une larme pour moi / L’enterrement il sera pas utile / Avant de m’bouffer elle m’noiera...’ Le reste est à la hauteur, on oscille de la bonne humeur et de l’humour à la tristesse, en passant par la dérision, le loufoque ou le saugrenu.
Bref ? Dix morceaux qui se succèdent sans lien logique entre eux si ce n’est qu’on a l’impression (excellente d’ailleurs) d’être entré dans un cirque où les numéros se suivent pour le plus grand plaisir des grands et des petits (dont je suis !) Il suffit d’écouter en finale « Le concours d’imitation », de fermer les yeux et… c’est comme si on se retrouvait sur un champ de foire foraine !
Enfin, observez bien la pochette. Elle a été imaginée par Olaf Hajek, peintre et illustrateur berlinois, reconnu internationalement pour son travail d’orfèvre, et qui compte parmi ses clients Dior ou Givenchy, un artwork réalisé entièrement à la main, surréaliste et riche en couleurs. On croirait y apercevoir Alice du pays des merveilles, le serpent qui a corrompu Eve, des oiseaux, un crocodile, une petite rivière et d’autres images paradisiaques, féériques ou complètement décalées. « La fiancée du crocodile » est un album riche, sensible, comique même, original et tellement pop. Mais ne nous focalisons pas seulement sur cette pochette sublime, car la musique de Verone est tellement colorée, inventive ; et puis, elle véhicule des textes ironiques exquis.
Du pur plaisir. Vivement conseillé !