En 1966, les Beatles enregistraient le célèbre « Eleanor Rigby » en compagnie d’un quatuor à cordes. Un type de collaboration qui allait ouvrir de nouveaux horizons à de multiples groupes ou artistes, pop, rock ou autres. Par contre, le concours d’un quintet d’instruments à vent, c’est plus rare. Dominique A s’est donc servi de cette formule, pour concocter son 10ème opus. Enfin, pas seulement, puisqu’il a toujours reçu le soutien de son fidèle backing band. Enfin, il ne faut pas négliger le rôle des arrangements réalisés, par son vieux complice, David Euverte, ainsi que la présence plus significative du piano.
Dans l’univers de la ‘bonne’ chanson française, depuis le décès de Bashung, il n’existe plus guère de valeur confirmée vivante. H-F Thiefaine, Jean-Louis Murat et Dominique A sont certainement les derniers des Mohicans. La nouvelle scène existe pourtant ; elle est même en plein ébullition au sein de l’Hexagone ; mais les médias ‘populaires’ ignorent la plupart des artistes qui y militent. Demandez donc à un auditeur lambda qui n’écoute que des stations de radios françaises à ‘grande audience’, s’il connaît les trois fleurons susvisés ou même s’il en a déjà entendu parler. Serait-ce parce que ce trio puise une partie de son inspiration musicale, dans la pop et le rock ? La question mérite d’être posée. Ou alors parce que le système continue ou se contente de protéger le vase clos et lucratif des ‘variétés’, outre Quiévrain ? C’est plus que probable…
Votre serviteur avait un jour écrit que Dominique A était l’héritier naturel de Léo Ferré. A cause de sa voix. Et puis de la poésie de ses textes. Poésie qui peut se révéler autant visionnaire, intimiste qu’engagée. Esotérique aussi. La lumière c’est aussi le thème central de son œuvre. Il l’a d’ailleurs intitulée « Vers les lueurs ». Et la plupart des titres de cet opus s’y réfèrent. L’être humain est en recherche perpétuelle de lumière. Il est angoissé quand elle manque (« Parfois j’entends des cris »). La lumière, c’est la vie, l’espoir (« Quelques lumières ») et l’amour. La vie après la mort, aussi. Un sujet que le natif de Provins n’aborde cependant pas. Par contre, il nous réserve des prophéties apocalyptiques. « La possession » tout d’abord. Description d’un ‘Déluge’ moderne. « Le convoi » ensuite. Une plage de 10’ qui nous conduit vers une très hypothétique ‘Terre promise’. Très hypothétique, car elle évoque plus que probablement la déportation des juifs, vers les camps d'extermination, au cours de la seconde guerre mondiale…
La rencontre entre les instruments à vent (flûte, clarinette, basson, hautbois, cor anglais, saxophone), basiques, et les ivoires est plutôt réussie. Parfois l’aspect rock est plus présent. A l’instar de « Close West », dont l’intensité électrique peut évoquer Noir Désir. Mais en général, l’instrumentation est parfaitement équilibrée…
Au plus j’écoute cet elpee, au plus je l’apprécie, mais aussi au plus je lui découvre des vertus cachées. Je ne suis pourtant pas encore parvenu à toutes les décrypter. Ce sera un travail de longue haleine ! Mais il était essentiel de rédiger cette chronique, Dominique A se produisant au Cirque Royal, ce vendredi 11 mai 2012, en compagnie de l’ensemble de cette nouvelle équipe, dans le cadre des Nuits Botanique…