A l’heure des bacchanales musicales, où les partouzeurs avisés s’enroulent et s’oignent d’onguents et de parfums dignes des filtres d’amour réputés, certains restent cloîtrés dans leur univers inconfortable et plus complexe d’accès.
Là où les grandes machines à disques font tout pour séduire, jusqu’à se singer les uns les autres, Parquet Courts se contente d’un local crasseux et malodorant entre potes.
Un garage, une quantité astronomique de bières chaudes, une ambiance étouffante où plane une odeur de chaussettes humides appartiennent à leur terrain de jeu favori.
New-yorkais d’adoption, ces cow-boys en ont connu des galères et des refus. Zigzaguant à leurs débuts entre des bars miteux, au public clairsemé. Mais en lieu et place de faire des concessions, le combo persiste dans leur style ‘garage’ en le signant d’un grincement de volet et d’une bonne odeur d’huile de moteur.
« Sunbathing Animals » constitue le 3ème opus des Américains. Il fait suite à l’excellent « Light Up Gold », paru en 2012 et le bordélique « American Specialities », sorti en 2011.
A son écoute, on perçoit une volonté manifeste d’éviter les coups de couteau à l’aveugle comme on a pu le constater sur la galette précédente.
On y perçoit encore mieux les influences du Velvet, Sonic Youth et Pavement, entre autres, dont le groupe se targue, sans honte.
Désaxé aux frontières de la fumisterie, il ne sombre cependant jamais dans le bricolage. Tout y est limite. Et à la manière d’un Black Lips, les accords s’enchaînent, s’entrechoquent et explosent sans avoir réellement besoin d’un détonateur.
Pagayer, se hisser, se vautrer avant de se relever : ce sont des verbes que le band ne se contente pas de conjuguer. Parsemant les différentes pépites vitaminées de quelques morceaux plus délicats (toute proportion gardée), « Sunbathing Animal » crée un véritable enchaînement fluide et percutant.
« Sunbathing Animal » s’avère certainement l’une de leurs œuvres les plus abouties, mais connaissant les larrons, nul doute qu’ils vont vite retourner à leur lieu de prédilection et nous asséner d’autres griffes encore plus surprenantes et vicieusement placées. On en rugit de plaisir d’avance.