Carlos Santana nous entraîne au paradis des guitares. Sous-titré « The greatest guitar classics of all time », « Guitar heaven » est donc censé nous faire revivre les plus grands classiques de tous les temps. Perso, je n’en suis pas si sûr ; mais n’empêche, Carlos est un musicien exceptionnel et c’est sans la moindre difficulté qu’il revêt successivement les costumes de Jimmy Page, Jeff Beck, Eric Clapton, Richie Blackmore, Van Halen et consorts. Arista lui a fourni tout ce qu’il souhaitait pour concrétiser son projet. Et pourtant, hormis Joe Cocker, la liste des chanteurs ne recèle que des artistes plus jeunes que lui ; et, sans aucun doute, moins connus du grand public. Cette édition réunit seize plage dont deux bonus tracks, pour la version ‘de luxe’.
L’opus démarre fort par "Whole lotta love", le titre le plus prestigieux du répertoire de Led Zeppelin. Une reprise sans surprise. Il dispense sans difficultés, le riff popularisé par Jimmy Page, pendant que Chris Cornell (le chanteur de Soundgarden) se révèle tout à fait étonnant dans le rôle de Robert Plant. Une entrée en matière réussie. Carlos reproduit tout aussi facilement le riff caractéristique de Keith Richard, sur le "Can’t you hear me knocking" des Rolling Stones. Scott Weiland, le vocaliste des Stone Temple Pilots, n’a ni le timbre, ni les inflexions de Mick Jagger, mais dans son registre, il est tout à fait convainquant, face à la guitare dont le solo s’envole bien au-delà des limites fixées, à l’époque, par Mick Taylor. "Sunshine of your love" était le cheval de bataille du Cream, supergroupe anglais issu des sixties. Carlos se met dans la peau de Clapton, pendant que Rob Thomas (NDR : fin du siècle dernier, Rob militait comme chanteur au sein de Santana ; il a d’ailleurs participé à l’enregistrement de "Supernatural") emprunte la voix de Jack Bruce. La reprise du "While my guitar gently weeps" de George Harrisson est un des sommets de ce ‘paradis’. La voix suave d’India Arie est soutenue par le violoncelle de Yo Yo Ma (NDR : un musicien d’origine chinoise), le piano acoustique et les cordes magiques du maître! Mr Santana pourrait alors se permettre de lever le pied. Mais apparemment, ce n’est pas son intention. D’ailleurs lors du "Photograph" de Lef Leppard, il donne une leçon de heavy metal. Et sa version hard rap du "Back in black" d’AC-DC met en exergue le sémillant Nas. Le tracklisting en revient ensuite aux grands classiques du passé. Tout d’abord le "Riders on the storm" des Doors. Auquel participe le claviériste originel, Ray Manzatek. La sonorité de son orgue est tellement caractéristique ; mais le chanteur de néométal Chris Bennington n’est pas Jim Morrison. Carlos s’offre un moment de récréation en imitant le riff de Blackmore sur le "Smoke on the water "de Deep Purple. Excellent, Jacoby Shaddix (de Papa Roach) a repris le micro dévolu à Ian Gillan! Parmi les standards, j’épinglerai encore le "Dance the night away" de Van Halen et le "Get it on"de T Rex, rebaptisé "Bang a gong". Santana rend hommage à Jimi Hendrix. Il reprend son "Little wing" ; et c’est un vétéran, Joe Cocker, qui pose sa voix rocailleuse et fatiguée sur la compo de ce monstre sacré. J’apprécie tout particulièrement l’adaptation du "I ain’t superstitious" de Willie Dixon, un classique du Chicago blues. La vision proposée ici par Santana est comparable à celle affichée par Jeff Beck sur son album "Truth", un elpee paru en 1968. Le son de guitare est découpé au rasoir ; et si Jonni Lang n’est pas Rod Stewart, il est indubitablement un tout bon jeune chanteur de blues! En rappel, l’habile Santana nous réserve une version très personnelle du "Fortunate son" de Creedence Clearwater Revival. Curieux, Scott Stapp, le chanteur de Creed (NDR : cherchez l’erreur !) se charge des parties vocales. Et l’elpee s’achève par "Under the bridge" des Red Hot Chilli Peppers, une cover que se réserve Andy Vargas, l’actuel vocaliste de Santana.
Le Dvd ne nous propose pas beaucoup plus. Il est cependant enrichi d’interviews accordés par Santana ainsi que de Clive David, l’homme derrière ce projet ; sans oublier quelques prises filmées lors des les sessions d’enregistrement. Merci Carlos pour ce petit bout de paradis!