D’un long bourdonnement abyssal surgit la pulsion, cardiaque, vitale, existentielle, celle qui frappe aux Portes de la Perception, dans un élan psychédélique digne de Can (« Allelujah ») et de Faust (« It’s a Rainy Day, Sunshine Girl ») : Secret Machines, trio famélique basé à New York, entretient avec vigueur la flamme d’un rock répétitif et tantrique, qui jugule le cortex de ses ‘drones’ hypnotiques. Une ligne de basse, un beat de batterie : le rythme, enfin, reprend le dessus, et notre corps de scander son nom en pleine apesanteur. Secret Machines pourrait bien être le fil tendu vers l’infini, que certains nommeront le vide : un concept omniprésent sur ce disque, vibrant. Ici ou nulle part, c’est du pareil au même : le vide est parmi nous, l’effacement une menace perpétuelle. A l’intérieur du vide, l’essentiel : pour ces types c’est le ‘cosmos’, le mythe de l’éternel retour (encore et toujours), le cercle parfait comme trait d’union entre deux points extrêmes (kraut/spacerock et pop ? Musique savante, minimaliste, et musique populaire ?), que tout semble séparer. Quand la mélodie se tord, nœud de Moebius duquel surgit toutes les réponses, l’oreille, elle, la suit jusqu’en enfer. Peu importe le refrain, connu (« Sad And Lonely » : Primal Scream, Ride, le Wall of Sound acid, « Nowhere Again » : The Strokes, Silver Apples, « The Road Leaves Where It’s Led » : Depeche Mode, Tangerine Dream, Brian Eno), tout est dans le tout, aller-retour du même, bref du différent. Autre métaphore, celle du nuage, jamais identique même si on croit le contraire : d’où ces échos de riffs et de rythmes semblables, d’un titre à l’autre, comme dans la vie. Secret Machines ne livre aucun secret, sauf celui qu’il n’en existe pas : la vie se résume à ça. Now/Here = Nowhere : l’équation véritable, la seule des certitudes. Poussière : nous y retournerons. Vers l’infini et l’au-delà !