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The Soft Moon

Deeper (b)

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The Soft Moon est un projet monté par le multi-instrumentiste californien Luis Vazquez. Epaulé par le producteur Maurizio Baggio, il mêle depuis ses débuts en 2009, le post-punk et le psyché/rock, afin de proposer une musique on ne peut plus ‘dark’ et saisissante, à l’aide de sonorités électro ! Constamment ténébreuses et quasi tribales, les compositions évoquent une  sorte de Depeche Mode déviant. Pourtant, « Deeper » constitue son elpee le plus accessible et ‘pop’ à ce jour ; même si cette œuvre demeure exigeante, abordant des sujets aussi joyeux que le suicide ou la paranoïa (‘Take me far away, To escape myself, I was born to suffer, It kills my mind, It kills me inside’ et autres joyeuseté du genre…). Entre électro-(quasi)pop 80’s (« Far », « Feel ») et krautrock gothique (« Wasting », « Deeper ») donc, The Soft Moon met en musique une claustrophobie dérangée avec une classe glaçante comme y parvenait Nine Inch Nails au sommet de son art. Lourde mais justifiée référence…

Apparemment impressionnant sur les planches, Luis Vazquez se produira dans la salle De Kreun à Courtrai, le 21 novembre prochain.

 

The Soft Moon

Deeper (a)

« Deeper » constitue le troisième album de The Soft Moon, le projet du Californien d'origine cubaine Luis Vasquez. Créé en 2010, il a contribué à l'émergence d'un nouveau style de musique, quelque part entre post-punk, cold-wave, shoegaze, krautrock, psychedelia et electronica. Nous avons rencontré Luis Vasquez, à Bruxelles, le 18 février dernier, dans le cadre de sa tournée de promotion. Il nous avait confié, à propos de cet album : ‘Deeper reflète mon évolution comme songwriter. J'ai voulu explorer de nouveaux territoires, composer de véritables chansons, alors qu'auparavant, je privilégiais l'expérimentation des sons. Inclure plus de mélodies, de structure. Parallèlement aussi, apprendre davantage sur moi-même, de façon extrême. Ce qui explique pourquoi je l'ai intitulé « Deeper »'.

Au cours de l'interview, nous avons passé en revue les titres de l'elpee et Luis Vasquez a laissé ses commentaires. Les voici : 

« Black » :

C'est une chanson qui me rend confiance. En général, je suis anxieux. Et de ce « Black » émane un sentiment de puissance, une impression que tout est ok.

« Far » :

Parfois, je crains de devenir fou et je veux m'échapper de ma tête. « Far » m’y aide. J'ai besoin de cet éloignement, parce que ma conscience est mon ennemie.

« Wasting » :

Ici, c'est la première fois que je compose une véritable chanson, avec de vraies voix, de vraies mélodies. C'est presque de la synth-pop, dans le style de Depeche Mode ou de Tears For Fears. Elle ressemble assez à « Shout », mais c'est une ressemblance qui n'est pas volontaire.

« Wrong » :

Je voulais que ce morceau soit plus électronique, automatique. Je chante une ligne, puis une voix robotique répond ‘right’ ou ‘wrong’. C'est comme un jeu entre moi et mon inconscient. Je me suis amusé en réalisant cette chanson, surtout grâce aux expérimentations.

« Try » :

Ma chanson suicidaire. Je me souviens que j'étais très déprimé à Venise, une nuit. J'en étais arrivé au point où je voulais contacter mes amis pour sortir de ma solitude. Je l’ai donc alors écrite. Au départ, elle était très lente, très désespérée ; mais ensuite, je l'ai accélérée, pour la rendre plus positive. Elle m'a sauvé la vie !

« Desertion » :

Mon plaisir coupable. Mon 'guilty pleasure'. Je voulais une compo pop, dance-pop, destinée à un large public. Quelque chose de dansant, comme du Madonna ou du Prince.

« Without » :

On dirait une chanson d'amour mais en fait, elle parle de ma relation avec ma mère. Au cours de mon enfance, nous avons été séparés, pendant de nombreuses années. C'est drôle parce que je ne lui ai pas montré le texte ; mais si c’était le cas, je ne dirais pas que c'est à son propos !

« Feel » :

Une chanson sur la difficulté de vivre. « Why am I alive ? » C'est un thème à répétition qui me concerne.

« Deeper » :

Ici, je présente mon enfer intérieur, comment je me sens à l'intérieur de moi-même. Fondamentalement, ce titre exprime ma lutte totale pour la vie. Je suis torturé par l'écriture. J'ai l'impression que c'est un péché. Ce qui m’a rappelé l'Enfer de Dante ; vous savez, les sept niveaux de l'Enfer. Donc, j'ai adapté la structure en fonction du poème.

« Being » :

Là, je mets tout sur un plateau. Tout est dans cette chanson : la tristesse, la colère mais aussi l'optimisme. Elle clôture l'album mais sans apporter de réponse. La fin, c'est juste trois minutes de bruit. Sur le vinyle, c'est une boucle sans fin : il faut retirer l'aiguille sinon elle tourne à l'infini...

Bref, cet album est une vraie réussite. Luis Vasquez a réussi à donner forme à la quintessence de son art et à ouvrir de nouvelles portes pour les développements futurs. ‘Felicitaciones, Luis!’

The Soft Moon se produira en concert, le 17 mai prochain, à Bruxelles, dans le cadre des Nuits Botanique.

Pour découvrir l'interview complet de Luis Vasquez, c’est ici 

 

 

 

The Soft Moon

The Soft Moon

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On peut s'échiner à défricher de nouveaux horizons, essayer de dégoter le nouveau son, on est quand même toujours quelque part à la recherche d'éléments qui nous ramènent à nos premières amours. Et on peut faire la fine bouche et réfuter cette nostalgie un peu fleur bleue, quand le chemin balisé mène au plaisir, il serait sot de ne pas l'emprunter.

La route qu'emprunte The Soft Moon nous est familière et nous conduit par des routes tortueuses jusqu'à la maison, en haut de la colline. Maison, dis-je? Non, un manoir plutôt. Dont la sombre ossature surplombe une nuit glaciale, bercée en arrière plan par un crépuscule boréal aux couleurs pastels qui rappelle Tuxedomoon (la lune, élément central). Le vent qui agite les ramures et fait danser les ombres inquiétantes des arbres tout autour surgit de froides alcôves où s'agitent encore et toujours des esprits chagrins. Impossible de lutter, malgré le sentiment de manipulation. Consciemment, on fait route vers le passé, prêt à frayer avec ces spectres.

Le tout commence à vive allure, comme une course effrénée au milieu d'une forêt. La basse aux trousses, un chant comme un soupir qui insuffle une dimension vaporeuse à ce premier titre. « Breathe the fire » feu glacial dans cette aurore ouatée. Une guitare montre la direction à emprunter. Puis une voix dans le lointain, comme une chute dans des abysses sans lumière. Chair de poule. « Circles » se dessine ensuite, tout en circonvolutions. Frénétiquement, ses spirales ascendantes nous entraînent vers le cortex, laissant nos sens pantelants et notre souffle court. On pénètre plus encore dans l'antre de la nuit. « Out of time » et ses synthés fantomatiques vacillent comme la flamme d'une bougie, sa rythmique implacablement régulée sur le pouls de Lol Tolhurst. « When it's over » et ses pleurs se noient dans l'océan du vide, échos lointains d'un ‘drawning man’ sous perfusion. Une voix se dilue dans l'éther et un chant se rapproche de celui de Jónsi Birgisson, l'âme de Sigur Rós. « Dead love », ce titre! La basse caracole sur un beat aux mouvements de balancier. New Oder est encore brûlant sur les cendres de Joy Division. « Parallels » ou des lignes qui ne se rejoindront jamais mais défilent à vive allure en marche arrière. « We are we » est un manifeste pour le moins audacieux, quand greffé à un motif répétitif de batterie, il sort directement des sillons de « Pornography » ou de « One hundred years », plus exactement. La stéréo de « Sewer sickness » et le chant haletant : une course effrénée à reculons. Plus on fait marche arrière et plus il semble qu'on se rapproche, comme dans un rêve. « Into the depths » plane au dessus de nos têtes. Ectoplasme virevoltant. La psychose aux trousses, « Primal eyes » nous dévisage de son regard de braises, et la fuite vers le passé reprend de plus belle. Le ciel tremble et la terre s'assombrit. Courir, courir et ne pas se retourner vers le futur. Non, surtout pas. Des miroirs renvoient nos images déformées. Un sourire barre nos visages. Mais est-ce notre bouche que nous voyons ainsi reflétée en ce rictus ? « Tiny spiders » et sa rythmique tribale, sa guitare spectrale, sa voix sans issue, termine cet album rétrospectif. On pourrait ajouter les noms de Siouxsie and The Banshees, de Cabaret Voltaire, de Bauhaus, de Slowdive, d' Explosions In The Sky et de bien d'autres. Ce premier album éponyme en est une somme magistrale.

Luis Vasquez, l'identité derrière The Soft Moon a puisé généreusement dans l'histoire de ce qu'on nomme la cold wave et a conçu un monstre hybride mais terriblement attirant. Le charme de la bête est un piège. Et comme un amateur, je suis tombé dedans.