Initialement publié par Elektra, en septembre 1994, en vinyle et en casette audio (salut les jeunes !), « Chocolate and Cheese » ressort aujourd’hui sous un saillant veston numérique, gracieusement offert par Schnitzel Records. Considéré comme un classique instantané lors de sa sortie, le quatrième album des frères Dean et Gene Ween refait donc surface dans l’impressionnante discographie du duo de New Hope. Force est de reconnaître qu’avec le temps, on avait pris l’habitude de concevoir un album de Ween comme une sorte d’assortiment de céréales. D’abord une mélodie coco pop, suivie d’une ballade mielleuse à l’humour savoureux, des riffs krispies et quelques smacks baveux à l’industrie du disque. Bref, un peu de tout, histoire d’éviter les étiquettes ou de finir aux oubliettes.
Depuis 1984, Ween persiste et signe des albums à contre-courant des desiderata du marché. Quitte à embrouiller l’auditeur. De toute façon, l’objectif n’est pas de lui plaire mais de le distraire. Et ce « Chocolate and Cheese » est une distraction inespérée, un condensé jouissif de toutes les strates du rock indépendant. Blues, rock, pop, doo-wop, punk, soul, funk, trip psychédélique, tous les styles sont revisités dans une course effrénée aux tubes décalés. Car, dès ses débuts, Ween envisage la musique comme une grande échappatoire, berceau de toutes les dérisions, matrice cocasse d’un humour potache. Et, si on accepte les règles du jeu édictées par le duo, on se trouve, sans doute, en compagnie d’un des meilleurs groupes de ces vingt dernières années. Du reste, un artiste comme Beck ne peut nier l’influence majeure de Ween (écoutez « I can’t put my finger on it »). Après, c’est l’histoire de grandes chansons, d’énormes moments à (re)découvrir : « Roses are free » (un nouveau tube pour Mika ?), l’imparable ballade « Baby Bitch » qui n’a rien à envier au « Cosmic Dancer » de T. Rex, le gospel country fumeux « Drifter in the dark », le funk halluciné « Voodoo lady » que Cassius a dû écouter avant d’enregistrer « Toop Toop ». Sans compter sur « Buenas Tardes Amigo », hymne ultime du desperado à l’agonie. Sans prétention, Ween réédite donc son « Chocolate and Cheese ». Et sur ce coup-là, on s’en fait péter la panse !