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Heather Nova

Nettoyer, c'est guérir, non ?

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A l'instar de son nouvel album, la musique d'Heather Nova lui ressemble : elle parait intemporelle.

Treizième elpee en trente ans de carrière pour Heather Nova, sirène (le titre de l'un de ses albums) bermudienne sur qui le temps semble avoir aussi peu de prise que la mer sur le sable. Cette perle, titre de son disque le plus célébré, qui navigue entre rock alternatif, pop dépouillée et références folk indie, remet du souffle dans ses compositions grâce à « Breath And Air », après un long playing de reprises, paru il y a trois ans. Sa voix éthérée qui évoque Kate Bush et Joan Baez, deux de ses héroïnes de jeunesse tout comme Patti Smith, fait chalouper des compositions fluides pour ne pas dire d'une limpidité forcément... caribéenne.

De quoi traite la première plage du nouvel elpee, « Hey Poseidon », et pourquoi introduit-elle l’œuvre ?

Je vis aux Bermudes et, pour la première fois depuis très longtemps, j'ai effectué de la voile en famille durant deux semaines. Ayant grandi sur un voilier, cette croisière m'a, en quelque sorte, redonné le sentiment d'être libre. Au fil de l'âge, nous avons tendance à être coincés dans nos habitudes et nos schémas de pensée...

Observant l'horizon, cette activité m'a communiqué le sentiment que les limites sont un état d'esprit et que nous pouvons toujours nous en débarrasser.

Puis-je affirmer que votre musique est plus liquide que fluide ?

Cette idée de liquide ou fluide me plaît, car, à mes yeux, il s'agit de la même chose. Elle suggère un flux, et cette musique en est un ; un flux de mélodies, de conscience, de pensées. Quand j'écris une chanson, des choses me viennent à l'esprit et je libère en quelque sorte ces sentiments et ces réflexions.

La musique serait-elle, dès lors, une sorte de catharsis pour vous ?

Oui, elle l'a toujours été depuis que j'ai commencé à écrire et composer. J'avais 12 ans et je vivais sur un petit voilier de 12 mètres au milieu d'une famille de cinq personnes. Je traversais des bouleversements, ces nouvelles émotions qui, à l'adolescence, transforment le corps et l'esprit. J'avais des parents merveilleux, mais avec qui je ne pouvais pas vraiment parler de ces sentiments, car ils s’occupaient des deux autres enfants, plus jeunes. J'ai donc intériorisé toutes ces situations. A cette époque, je m'installais seul sur le pont du bateau avec ma guitare, et toutes mes émotions ressurgissaient sous forme de chansons. C'était ma thérapie et ma catharsis. Et c'est toujours le cas...

J'ai parfois l'impression d'être trop auto-complaisante en écrivant constamment sur ce que je ressens, alors que des événements bien plus globaux et importants mériteraient mon attention. Mais cela m'est tellement naturel !

Le spectateur ou l'auditeur peut s'identifier à un artiste qui partage sa réalité. Ce qui crée des liens et permet à chacun de se sentir moins seuls dans ses propres préoccupations.

L'eau nettoie ou guérit d'une certaine manière ?

Je pense que nettoyer, c'est guérir, non ? Lorsque vous nettoyez votre corps, lorsque vous jeûnez, vous nettoyez votre corps pour ensuite le guérir. L'eau fait les deux... métaphoriquement.

Qu’expriment les paroles de la chanson, « The Lights on Sicily » ?

Je l'ai écrite loin de chez moi. Elle évoque le sentiment d'être anonyme ailleurs. Comme si vous pouviez ressentir exactement qui vous êtes, plus encore que lorsque vous vivez dans le contexte de votre domicile. Une expérience solitaire, mais également révélatrice...

Que signifie le dernier titre du long playing, « Farewell » ?

Parfois, j'écris des chansons pour me réconforter par rapport à ce que je m'attends à perdre. J'essaie de me préparer au deuil. Il est inévitable que les personnes que nous aimons soient ‘éphémères’, mortelles, comme nous tous. Je tente donc d'y trouver un sens et de m'y préparer. Cette chanson parle de la mort, de la transition qu'elle représente et de la beauté qu'elle peut avoir.

Vous êtes croyante ?

Non, mais emplie de spiritualité.

Je crois à un mystère et à la bienveillance de ce mystère.

Vous avez participé à ‘Lilith Fair’, festival de musique itinérant qui, à la fin des années 90, défendait le rock féminin et la présence des femmes dans la musique. Que pensez-vous de l'évolution de notre société après le mouvement ‘#MeToo’ ?

L'attention importante qui y a été accordée à l'époque est bénéfique. Mais en regardant autour de moi, je ne constate pas de grands changements dans notre comportement social ou culturel. Il y a sans doute une plus grande prise de conscience et un plus grand respect pour ce genre de situation. Mais il nous reste encore un long chemin à parcourir...

Pourquoi avoir enregistré cet album de reprises, révélateur du spectre de vos goûts puisqu'il comprenait aussi bien des titres de Rick Astley, The Pixies ou de Foreigner...

En fait, je m'y suis attaqué pendant la Covid, alors que je m'ennuyais de ne plus pouvoir tourner ou enregistrer. C'était un peu comme si je me lançais des défis. Même une ritournelle qui paraît totalement artificielle comme « Never Gonna Give You Up », en la dépouillant de sa production pour l'interpréter de manière acoustique, révèle une très belle chanson.

Oui, exactement. Mais j'ai été surpris qu'il n'y ait ni Kate Bush ni John Baez que vous révérez.

Parce que je voulais m'attaquer à un répertoire éloigné de moi. Je ne voulais pas de chansons avec lesquelles j'ai grandi et que j'adore. D'ailleurs, jamais je n'oserais toucher à Kate Bush...

Heather Nova : « Breath And Air » (V2) 21/02/2025

En concert le 5 mai à De Roma, Anvers

 

 

Heather Nova

Une étoile qui brille... en toute discrétion

Vous connaissez peut-être Heather Nova. Originaire des Bermudes, cette chanteuse a connu un succès 'mainstream' dans les années '90, grâce à des hits comme "Walk This World" ou "Island". Au cours de sa carrière, elle n'a jamais cédé aux sirènes du 'star system', privilégiant la vie de famille, et en particulier son mari et son petit garçon. Aujourd'hui, après avoir publié 8 albums studio, elle jouit néanmoins d'un véritable culte, que lui vouent un contingent de fans en constante croissance. Actuellement en tournée en Europe, elle nous a accordé une interview à Louvain, peu de temps avant son concert au 'Depot'.

"J'ai été influencée par les 'songwriters' en général. Par quiconque écrit des chansons en puisant dans ses propres expériences, avec son coeur". On le voit : Heather Nova ne s'inscrit pas dans une perspective 'hype' ou 'médias'. C'est une chanteuse dans la grande tradition anglo-saxonne, celle de, par exemple, Joni Mitchell. "Oui, j'ai été influencée par elle quand j'étais jeune". Ou aussi Leonard Cohen, auquel elle porte une sincère admiration. "J'aimais aussi Patti Smith... Et Suzanne Vega! D'ailleurs, j'ai failli voir Suzanne à Hambourg récemment. Je lui ai envoyé des tweets mais comme on jouait au même moment, on n'a pas réussi à se rencontrer..."

Lors de cette tournée, Heather Nova propose des versions acoustiques de chansons issues de l'éventail complet de ses productions. "On crée une atmosphère assez intimiste, avec juste Arnulf Lindner et moi sur scène. Nous utilisons des instruments acoustiques mais nous nous servons également de quelques effets électroniques ; et puis nous changeons d'instruments et de sons régulièrement, pour varier un peu les ambiances."

L'élément visuel est également important notamment par le biais de la projection d'animations basées sur les peintures de l'artiste italien Alberto Di Fabio. "C'est un personnage que je connais depuis que j'étais étudiante à Rome. Il propose des tableaux inspirés par la microbiologie, les cellules, les neurones et l'ADN. Je me suis toujours sentie très proche de lui car nous sommes tous deux concernés par la nature, mais de façon différente." Une combinaison artistique qui fonctionne en effet à la perfection en ‘live’.

C'est une longue histoire entre Heather Nova et la Belgique. L'artiste y a accordé plus d'une trentaine de concerts au total. "Je me souviens particulièrement du festival 'Marktrock' à Louvain, sur la place. La vue quand on est sur le podium y est impressionnante !" Les tournées ne se limitent d'ailleurs pas aux grandes villes : elle aime visiter celles de province, comme Borgerhout, Heist-Op-Den-Berg, Beveren, etc.

Mais Heather Nova s'interdit néanmoins des périples mondiaux interminables. "Je me concentre sur l'Europe, et ce, depuis que mon fils est né, il y a dix ans maintenant. Je veux pouvoir passer plus de temps chez moi, à la maison. Et il m’accompagne sur la route, car j'estime que ces voyages sont une merveilleuse forme d’éducation. Les Bermudes, c'est très beau mais il n'y a pas de musées, pas beaucoup de culture. Donc, chaque fois que nous partons en tournée en Europe, nous prenons le temps de découvrir, et c'est très chouette!"

La naissance de son fils a tout naturellement causé un impact important sur la vie et sur l'inspiration artistique de Heather Nova. "C'est un changement complet de perspective. Tout devient plus important, plus poignant. On doit penser au-delà de sa propre vie, se projeter dans le futur. On se sent plus concerné par les questions du réchauffement climatique, toutes ces choses-là." Un sujet d'autant plus crucial pour les habitants d'un archipel! "En effet! Nous habitons juste au-dessus du niveau de la mer! Donc, on essaie de faire des petites choses, à notre échelle. Par exemple, notre maison n'est alimentée que par de l'énergie solaire."

L'artiste a d'ailleurs consacré un titre au problème du changement climatique: ‘Save A Little Piece of Tomorrow’, sur son dernier opus. "En général, je n'aime pas traiter de thèmes cruciaux dans mes chansons, parce qu’ils deviennent vite du prêchi-prêcha ou de la politique ; mais ici, j'ai abordé le sujet d'un point de vue émotionnel. Je pensais à mon petit garçon, qui grandit dans cet endroit idyllique et un jour, nous revenons et la maison est sous l'eau... C'est une image très forte."

Parlons d'ailleurs de ce dernier elpee, ‘300 Days At Sea’, paru en 2011. Orienté beaucoup plus pop/rock que les deux précédents, il a permis à l'artiste de retourner au son qui était le sien dans les années '90. "Je voulais revenir à ce sentiment que j'avais, au niveau de la production, quand j'ai réalisé 'Oyster' et 'Siren'. Et j'ai d'ailleurs utilisé une partie de l'équipe de l'époque pour opérer les nouveaux enregistrements. C'est donc une production 100% pop-rock." On se demande si ce retour aux origines n'est pas une manière de montrer que la boucle est bouclée ; mais Nova s'inscrit en faux: "Oh non! Je continue! Ce n'était qu'un cercle. Et j’en entame un nouveau maintenant!" Et il sera comment, ce prochain cercle? "Je ne sais pas encore. J'ai écrit beaucoup de morceaux, mais je n'ai pas encore fixé de choix concernant l'approche, la production. Mais ce sera quelque chose de différent, cette fois..."

Pour regarder l'interview complète en vidéo, c’est ici