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Deerhunter

Comment casser son image de groupe prétentieux et antipathique…

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La rumeur le taxe de caractériel, désagréable et froid. Après le concert livré au Grand Mix, on peut le déclarer sans hésiter : Bradford Cox n’est pas la ‘tête de lard’ qu’on veut bien nous laisser croire. Bien sûr, le chanteur de Deerhunter est un fameux personnage. Le nier serait un mensonge. Avez-vous déjà vu un artiste assurer son propre supporting act ? Personnellement, jamais. C’est pourtant sous le pseudonyme d’Atlas Sound que Cox monte sur les planches, vers 20h30. Il ouvre donc la soirée pour… lui-même. Hors norme, il faut l’avouer ! Néanmoins, ce projet solo est anecdotique car trop expérimental. Bradford joue un peu pour se faire plaisir, mais sa prestation est plutôt ennuyeuse.

Il le reconnaît cependant quelques minutes plus tard, après être grimpé sur l’estrade, en compagnie des autres musiciens de Deerhunter. ‘Je vous ai endormi, je vais maintenant vous réveiller !’ Ce n’était pas perceptible lors de la première partie, mais Cox a l’air en pleine forme. Et c’est une excellente nouvelle ! Car non seulement, il est atteint du syndrome de Marfan ; mais en outre, renversé par une voiture début décembre 2014, il a été sérieusement blessé.

C’est le second chanteur du groupe, Lockett Pundt, qui ouvre le bal vocal sur « Desire Lines ». Issu du quatrième opus « Halcyon Digest », le morceau met en valeur les grattes, un des gros points forts de la formation aux multiples facettes. Les styles vont d’ailleurs se mélanger durant tout le concert. On passe ainsi du punk au garage ou encore au rock expérimental, presque sans transition. Deerhunter va d’ailleurs se promener à travers toute sa discographie, plutôt éclectique. Enfin pas vraiment toute. L’excellent album « Monomania » sera complètement oublié. Finalement, le fort sympathique bassiste Josh McKay confiera à votre serviteur, la raison de cette lacune, juste après la représentation. Un guitariste n’a pas pu accompagner le band durant la tournée et personne n’a eu le temps d’apprendre les accords pour le remplacer. Ainsi, ce manquement devrait être rapidement corrigé.

Evidemment, le set réunit une majorité de titres issus de « Fading Frontier », sorti très récemment. Les morceaux sont cependant retravaillés et dévoilent tout leur potentiel. Trop paisible sur disque, « Living My Life » prend même carrément une autre dimension en ‘live’! Il s’agit bel et bien d’un concert rock !

Entre presque chaque chanson, Bradford Cox s’arrête pour discuter avec le public. Ce qui n’est pas habituel, surtout à ce point. Nous avons ainsi droit à des débats sur la qualité de la batterie, la culture du Nord de la France, l’architecture de Tourcoing… Surprenant pour un personnage aussi tourmenté. Les spectateurs finissent même par se demander s’il n’est pas saoul ; mais Cox mettra rapidement fin à toute suspicion : ‘Je sais que j’ai l’air bourré mais je ne bois pas !’

C’est –à mon humble avis– par la meilleure chanson jamais écrite par le combo que la première partie du set s’achève. Extraite du long playing « Microcastle », « Nothing Ever Happened » est une plage d’un peu moins de six minutes. Le quatuor va la développer jusqu’à atteindre près de 20 minutes ! A la fois garage et expérimental, le morceau permet surtout de se rendre compte de la qualité technique des instrumentistes. Cox opère même une démonstration en jouant la fin du titre sur le manche de sa guitare. Remarquable !

Un rappel est bien évidemment réclamé par l’auditoire qui remplissait aux trois-quarts la petite salle du Grand Mix. Deerhunter revient sur le podium, sauf le leader qui plonge immédiatement dans la fosse, pour discuter avec deux jeunes femmes. Bradford Cox qui drague en plein concert, c’est assez cocasse. Après avoir feint un malaise, Cox reprend sa gratte pour terminer son spectacle. C’est finalement sur un morceau des débuts du band yankee que se clôture la soirée. D’abord très doux, « Fluorescent Grey » monte dans les tours avant d’offrir une explosion finale attendue par tout le monde.

Plus d’1h45 de concert, un son presque parfait, une sympathie de tous les instants… Aux yeux et aux oreilles des quelques 400 personnes présentes ce lundi soir au Grand Mix, Deerhunter a complètement cassé son image de groupe prétentieux et antipathique ; mais a aussi prouvé qu’actuellement, il méritait bien de trôner au sommet de l’indie rock...

Setlist :

Desire Lines
Breaker
Duplex Planet
Revival
Don't Cry
Living My Life
Rainwater Cassette Exchange
All The Same
Take Care
Nothing Ever Happened

---------

Agoraphobia
Cover Me (Slowly)
Ad Astra

Fluorescent Grey

(Organisation Grand Mix)

Deerhunter

Un rêve psychédélique chargé d’intensité et de puissance…

Écrit par

Trois années se sont écoulées depuis la sortie de « Halycon Digest », un remarquable album qui avait propulsé Deerhunter au faîte du mouvement noise indépendant. Pendant ce long break, les musicos ne se sont cependant pas tourné les pouces, puisqu’ils ont développé leurs propres projets, à l’instar de Bradford Cox chez Atlas Sound ou de Lockett Pundt pour Lotus Plaza. C’est donc afin de défendre son nouvel elpee, « Monomania », que la formation étasunienne (NDR : elle est issue d’Atlanta) était venue se produire, ce lundi 20 mai, à l’Ancienne Belgique. Dans ses valises, elle a emmené His Clancyness, pour assurer la première partie.

Leader d’A Classic Education, Jonathan Clancy est canadien d’origine italienne. L’an dernier, il avait publié « Alway Mist Revisited », un essai paru à l’origine sous forme de cassette et réédité après remasterisation, mais enrichi de 7 nouvelles plages. Début 2013, il a terminé l’enregistrement d’un nouvel opus, enregistré à Detroit, sous la houlette de Chris Koltay (Atlas Sound, Liars, Akron/Family). Prévue pour cet automne, sa sortie a été précédée par celle d'un Ep. Sur les planches, il est soutenu par un batteur, un bassiste et une claviériste. Le combo ouvre les hostilités vers 20h00. Pendant une bonne trentaine de minutes, His Clancyness va dispenser un psyché-pop-rock d’excellente facture (voir section photos ici ). Une mise en bouche idéale avant de passer au plat consistant.

Après une demi-heure de pause, les musicos de Deerhunter débarquent sur fond sonore jazzyfiant. La salle est loin d’être remplie ; mais perso, j’estime que moins de monde se traduit pas plus d’espace et donc de confort pour le spectateur. Au centre, on reconnaît immédiatement la silhouette squelettique de Bradfort Cox ainsi que la tignasse de Lockett Pundt. Le morceau d’introduction plante le décor. A coups d’envolés de grattes, Deerhunter va nous balancer un set dense et psychédélique. Il faudra d’ailleurs attendre 10 bonnes minutes avant d’entendre, pour la première fois, la voix de Cox. Les guitares crissent, les larsens fusent. Résultat des courses, le public non non-averti file à l’anglaise. Le tracklisting puise au sein de toute la discographie de la formation. Bradford Cox et Lockett Pundt alternent au chant. Ce dernier pose sa voix sur les compos les plus atmosphériques, à l’instar du titre maître du dernier opus. Son acolyte se réserve le micro pour les morceaux davantage noise et n’hésite pas à pousser sa voix, au risque de se déchirer les cordes vocales. L’atmosphère qui règne sur l’estrade est plus que tamisée ; d’ailleurs, vu la disposition des jeux de lumières, on ne verra jamais distinctement la tête des musiciens. Par contre, nos tympans sont soumis à rude épreuve, même si l’effort en vaut la peine. Faut dire que le bruit est très mélodique. A mi-concert, le climat s’apaise quelque peu. Les Yankees puisent dans leur répertoire plus rythmé et allègre ; notamment, en interprétant « T.H.M » et « Back to the Middle ». Vers 22 heures, le band vide les lieux, dans un vacarme électrique étourdissant. Pour y revenir quelques minutes plus tard, afin d’accorder un rappel de quelques titres, dont une version sublime de « Cover Me ».

Exceptionnel, ce set a mis en scène un groupe qui marche allègrement sur les traces des mythiques Sonic Youth. Et puis, pour une fois qu’un line up ne compte pas de claviériste… Bref, ce soir, Deerhunter nous a plongés dans un rêve psychédélique chargé d’intensité et de puissance, même si pour y parvenir, il a pris nos tympans en otage… (voir section photos ici )

(Organisation Ancienne Belgique)

 

 

Deerhunter

L’important, c’est la musique…

Écrit par

L’Orangerie était comble pour accueillir l’unique date de Deerhunter, en Belgique. Un sold out décrété depuis plusieurs semaines. Faut dire que la formation américaine a publié un des albums de l’année, en 2010, « Halycon Digest ». L’occasion était donc belle de découvrir en ‘live’, l’univers sonore incroyablement riche de Bradford Cox et consorts.

Sur les planches, Bradford, personnage longiligne, est épaulé par le drummer Moses Archuleta, le bassiste Josh Fauver et le guitariste Locket Pundt. Le set s’ouvre par une nouvelle compo intitulée « 60 Cycle Hum », un morceau qui rassure quant à la valeur du prochain album. Les Géorgiens (NDR : ils sont issus d’Atlanta !) enchaînent par le single irrésistible « Desire Lines », seul titre chanté par Locket Pundt, caractérisé par son long crescendo final. Magique ! Le tracklisting épingle la plupart des plages du dernier elpee : les superbes « Don’t Cry » et « Sailing », l’onirique « Basement Scene » (en hommage à John Cage), l’efficace « Helycopter » ainsi que « He Would Have Laughed » (dédié à Jay Reatard) ; mais ne néglige pas pour autant les perles du passé, à l’instar de « Hazel St. » ou encore « Never Stops ». Cox est très à l’aise tant au chant qu’aux six cordes. Le son est impeccable. La cohésion entre les musicos irréprochable. Qu’elles soient shoegaze ou lo-fi les mélodies sont superbes. Dommage, ces longs interludes atmosphériques, car lorsque la musique navigue toutes guitares dehors, le groupe devient vraiment impressionnant.

Conquis, le public est alors comblé par le rappel au cours duquel la formation exécute « Nothing Ever Happened », un morceau magistral, tourmenté, intense, de plus de 10 minutes. A cet instant, on est proche du délire. Hallucinant ! Mais ce qui m’a surtout interpellé, c’est cette absence de contact entre les musicos et le public. En fait, chez Deerhunter, la musique est essentielle et se suffit à elle-même. Et le reste n’a pas grande importance…

(Organisation Botanique)