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daoud, l'enfant terrible du jazz, pose ses valises à VOLTA

VOLUMES, une série de concerts live d’Odessa et de VOLTA. Alternative, hybride, difficile à mettre dans une case : c’est justement le but. Cette édition : daoud (FR), le 19 novembre à VOLTA, Bruxelles. Jazz ? Peut-être. Hip-hop ? Quelque part par là. Lourd ?…

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Nick Cave

Conversations with Nick Cave : une soirée surréaliste et émouvante…

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Trois mois avant son passage prévu (et déjà complet) au Sportpaleis, en compagnie de ses Bad Seeds, Nick Cave nous gratifiait d’un double spectacle plus intimiste, baptisé ‘Conversations with Nick Cave’, au Bozar. Un concept que l’Australien avait déjà présenté chez nous, à de Roma, fin mai 2019. Une prestation alternant récital et jeu de questions et réponses (parfois farfelues), clôturée par une séance de dédicaces. Le tout pendant 3 bonnes heures. Compte-rendu d’une soirée émouvante et parfois surréaliste.

Il s’agissait d’arriver bien avant l’heure afin de frayer un passage à travers les couloirs du Bozar, ce vendredi soir. Et aussi se laisser guider, à plusieurs reprises, par des hôtesses pour trouver son siège. En effet, une bonne dizaine d’entrées (non fléchées) s’ouvrent sur cette salle Henry Le Boeuf. Un auditoire d’une capacité de 2 000 places (toutes assises), réparties entre plusieurs balcons, deux parterres (légèrement superposés) et une grande scène sur laquelle des tables étaient dressées afin d’accueillir une petite centaine de privilégiés.

Après une intro préenregistrée, Nick Cave opère une entrée sobre sur les planches et s’installe derrière son piano pour interpréter une version originale de « Papa Won't Leave You, Henry », bien que moins enragée que de coutume.

Tel un maître de cérémonie l’artiste va ensuite expliquer les règles de la représentation. Il nous précise qu’il s’agit de la toute dernière de cette thématique consacrée à ‘Conversations’. Lancées après un événement tragique (NDR : la disparition de son fils de 15 ans), ces soirées lui ont servi de thérapie. Et une occasion pour les fans de témoigner leur affection après l’ouverture du blog The red hand files.

Ce soir, les questions des spectateurs sont relayées via une dizaine de stewards répartis dans la salle, et équipés de bâtons lumineux. Steward que pointe ensuite Nick Cave lorsqu’il veut choisir un spectateur (et une question).

Il garde une certaine distance avec les groupies, en précisant qu’il refusera les demandes de photos ou les envahissements de podium, mais réservera du temps, en fin de parcours, pour accorder des autographes.

Une demande bafouée dès la première question, par un spectateur qui lui demande directement de le rejoindre sur l’estrade. La réponse est sans équivoque : ‘No’. Ou encore une autre sollicitation d’une dame qui lui propose de l’accompagner au piano. Proposition qu’il décline également. Un peu plus tard, une autre spectatrice insiste pour lui offrir des fleurs. Il accepte cette fois-ci, mais décline la bise associée. Un peu plus tard encore un autre audacieux retente sa chance en demandant un autographe. Nick accepte mais précise que ce sera ‘the last one’.

Après les plus lourdingues, place ensuite aux questions plus profondes, comme cette d’un fan qui précise écouter sa musique dans ses périodes de spleen, et demande si c’est aussi une façon pour l’auteur d’atténuer sa tristesse ? ‘Ma musique m'amène à un point plus haut. Je laisse souvent place à mes sentiments. Et je travaille beaucoup, chaque matin en essayant de les ressentir au mieux’ répond-t-il dans les grandes lignes. Un interlude (im)prévu se déroule ensuite (NDR : il a été préalablement approuvé par Cave). En l’occurrence une demande en mariage sur l’estrade. Nick précise que le futur marié doit ramener sa promise dans ses bras. Lequel, n’aura pas froid aux yeux, et s’exécutera sous une salve d’applaudissements.

Et on n’a guère le temps de s’ennuyer car les compos s’enchaînent également, dont le toujours émouvant « Into my arms » et le plutôt rare « Where's the Playground Susie ? ».

Une spectatrice surprend ensuite l’auditoire (qui ne sait trop comment réagir) en prétendant avoir vu Jésus et s'être sentie dans une autre dimension. Elle demande si Nick a déjà entendu ce genre de témoignage. Au début, l’Australien tourne la situation en dérision et le public s’en amuse. Mais elle garde son sérieux et prétend l’avoir réellement aperçu, jetant un peu un froid dans l’auditoire. Nick retrouve alors son flegme, en citant l’importance des convictions. La foule applaudit alors poliment.

Autre moment particulier, ce témoignage d’une veuve qui a accompagné son mari jusqu’à la mort (avec comme chanson culte « The ship song »). Suite à quoi le chanteur montre beaucoup de compassion en parlant de l'absence d’un être aimé. Et enchaîne directement et judicieusement par cette compo, soutenu par le public sous le coup de l’émotion.

D’autres questions plus classiques s’invitent au cours de la soirée comme celles relatives à ses inspirations pour les compositions de son dernier elpee. Suite logique, il attaque ensuite « Waiting for you », interprété comme lors d’une cérémonie religieuse.

Une personne handicapée dans la foule, s'exprimant difficilement, l’interpelle ensuite. Elle lui signale être née le même jour que lui, et lui propose, de manière touchante, de prendre un verre après le concert. Un autre moment chargé d’émotion vu la spontanéité manifestée par les deux interlocuteurs.  

Durant la soirée, outre la déprime et la mort, il aura aussi été beaucoup question de mariages, et de chansons qui s’y rapportent. Et dans ce contexte, « Are you the one I've been waiting for ? » est logiquement exécuté.

Notre homme rend aussi hommage au peintre grec Stefanos Rokos qui a réalisé, il y a 17 ans, pas moins de 14 peintures associées à l’album « No more shall we part ». A propos, une exposition est toujours ouverte à Anvers (Bernaerts Gallery) jusqu’au 9 février. Signalant au passage que ces compositions peuvent grandir auprès de chaque mélomane qui la comprend à sa façon.

Le timing semble ensuite dicté par un manager (aussi garde du corps par moment) en sentinelle sur le côté de la scène. Celui-ci n’hésite pas à signaler au leader de se lancer dans ses chansons ou de débuter l’encore. (NDR : dommage, car sans ces contraintes, Nick aurait encore laissé davantage libre cours à ces échanges).

Le rappel va cependant réserver de belles improvisations, et quelques inédits comme « Palaces of Montezuma » (Grinderman) ou encore « Shivers » (NDR : de ses jeunes années passées au sein de Boys Next Door).

Vu la durée du spectacle (plus ou moins 3 heures quand même), on peut affirmer que les spectateurs en ont eu pour leur argent (NDR : même si le prix des entrées était plutôt exorbitant). Et à ce titre, rappelons quand même l’intervention, sans langue de bois, de Cave, en début de set. Il était scandalisé en apprenant que des personnes situées au niveau de la scène avaient dû payer un supplément. Et que d’autres qui devaient s’installer à cet endroit s’étaient vues relégués sur des sièges en parterre au dernier moment. Promettant au passage de discuter avec le promoteur d’un éventuel remboursement.

Enfin pour être complet, saluons aussi la patience manifestée par l’artiste lors d’une séance de dédicaces depuis le podium qui s’est prolongée pendant un bon quart d’heure après la fin du show…

Setlist : « Papa Won't Leave You, Henry », « God Is in the House », « The Mercy Seat », « Avalanche », « Into My Arms », « Where's the Playground Susie? », « The Ship Song », « Waiting for You »,« Jubilee Street », « (Are You) The One That I've Been Waiting For? », « Sad Waters », «Love Letter ».

Rappel: « Fifteen Feet of Pure White Snow », « Palaces of Montezuma », « Shivers », « Stranger Than Kindness », « Skeleton Tree ».

(Organisation : Bozar)

Nick Cave

He's a god, he's a man, he's a ghost, he's a guru

Écrit par

Une rapide inspection de ma mémoire se solde par un constat effarant.
La dernière fois que j’ai assisté à un concert de Nick Cave, c’était il y a déjà dix-sept longues années.
Oui. Dix-sept ans.
Un concours de circonstances heureuses et je fonce vers Esch-Sur-Alzette, en cette soirée qui sent déjà le début de l’hiver.
La Rockhal
est encore une des dernières salles à permettre de profiter d’un live de grande envergure dans des conditions optimales.
Malgré une foule de fans, le confort reste idéal et c’est un luxe par rapport à certaines autres installations.
L’endroit propice pour retrouver cette légende vivante après autant de temps.
Nick Cave m’a toujours impressionné. De par son aura, de par son talent, de par son insatiable gourmandise au travail.
Si mon admiration s’était quelque peu estompée, suite à la publication d’œuvres un peu trop anecdotiques voire moins inspirées (NDR : exception qui confirme la règle, le projet parallèle baptisé Grinderman), « Push The Sky Away », paru cette année, avait sensiblement ravivé la flamme de ma passion.
Et si par malheur, j’avais oublié quel incroyable monstre de scène l’Australien incarnait, et bien il s’est chargé de me le rappeler ce soir. Une gifle énorme assenée par sa main rouge, laissant la marque de la bête sur mon visage cramoisi.

Toujours impeccablement sapés, Nick et ses mauvaises graines s’emparent de la scène. Et dès les premiers instants de leur set, les fans agglutinés à leurs pieds sentent déjà le souffle brûlant de cette atmosphère qui va bientôt consumer l’auditoire.

Entamant leur parcours par deux perles du dernier album en date, à savoir « We No Who U R » et « Jubilee Streeet ».

Un début en douceur, mais qui prélude déjà la rage contenue ne demandant qu’à exploser.

Un orage qui ne tarde pas à venir cambrer la silhouette de Warren Ellis, comme agité de spasmes électriques ainsi que son violon transformé en guitare, éructe ses notes magiques sur « Tupelo »

On ne dira jamais assez combien Monsieur Cave sait s’entourer de personnages se comportant comme de véritables révélateurs de tout son génie.
Mick Harvey ou Blixa Bargeld hier, Ed Kuepper ou le phénoménal multi-instrumentiste à la longue barbe mystérieuse aujourd’hui.

Et de plus, nul homme sur terre n’est à mon sens capable de tirer de telles complaintes fiévreuses d’un violon.

Tandis que celui-ci échange son instrument fétiche contre une flûte traversière, une « Red Right Hand » jette son ombre sur les murs de la salle.

Une apogée cyclonique qui se prolonge dans l’immuable « From Her To Eternity ».

Un déchaînement rageur qui nécessite forcément une accalmie, de sorte à contraster violement et laisser l’ex-Birthday Party nous démontrer, si besoin était, qu’il maîtrise parfaitement les deux extrémités du spectre.

Chuchotements et caresses vocales viennent donc grossir les cœurs sur « Into My Arms » après avoir été déposées par un vibrant « West Country Girl ».

Insistant auprès de son public pour cueillir l’une ou l’autre proposition, le groupe entame alors « Sad Waters » puis enchaîne par « God Is In The House ».

Alléluia ! L’univers s’est rétréci et s’est lové autour de nous.

Il lui faut donc retrouver sa place initiale ou tout du moins ses infinies proportions, alors Nick Cave attaque « Higgs Boson Blues »

Maître du temps et de l’espace, il se jette alors tête en avant dans une version enflammée de « Mercy Seat » tandis que son compère Ellis balance une énième fois son archet dans les airs à la fin du morceau.

« Stagger Lee » et « l’introspectif « Push The Sky away » viennent clôturer la première partie du concert de Nick Cave & The Bad Seeds

« Give Us A Kiss » largue de nouveau les amarres, mais le navire australien n’accordera plus que trois escales supplémentaires.

L’incontournable « Do You Love Me », le poignant « Weeping Song » et le vénéneux « Jack The Ripper » viennent alors clôturer ce voyage fantastique.

Le choix des chansons aurait pu être plus pertinent pour le vieux fan que je suis, mais il n’en demeure pas moins que la prestation de ce soir m’a définitivement et absolument rendu impatient de revoir ce monstre sacré.Et dire que je ne puis me rendre à Anvers, ce lundi…

(Organisation : L'Atelier)