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Août en Eclats 2025 : samedi 30 août

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Le centre historique de la cité millénaire fondée au VIIème siècle par Vincent Madelgaire (Saint Vincent) est une nouvelle fois en effervescence.

Et pour cause, la Ville de Soignies accueille, en grande pompe, son festival familial et pluridisciplinaire, le bien nommé ‘Août en Eclats’, un festival particulier puisque les belles découvertes musicales côtoient spectacles, village des enfants, marché du monde, saveurs et animations de rue, autour des places Verte et Van Zeeland.

En termes de facilités économiques, on ne peut pas faire mieux ! Ici, les spectacles et concerts sont proposés gratuitement !

Côté musique, deux scènes se côtoient, la grande pour les artistes confirmés comme Mud Flow et Les Innocents chargés de présenter une rétrospective de leur carrière respective ; la plus petite pour celles et ceux, qui pourraient le devenir. Et à voir ceux qui vont s’y produire, il y a fort à parier que, méconnus, ils pourraient devenir rapidement de grandes stars, comme cette jeune et presque inconnue, Epona.

C’est justement par cette frêle artiste que la journée de votre serviteur débute. Alors qu’elle n’a que 24 printemps, elle possède déjà une belle carrière au théâtre, au cinéma et évidemment dans le domaine de musique.

Elle a enregistré un premier Ep 4 titres, intitulé « Help I’m Fine », en 2023. Une œuvre dont les thématiques tournent autour d’histoires personnelles. Si se mettre à nu demande du courage et une bonne dose d’introspection, s’agit-il peut être dans son chef d’une manière pudique de rendre hommage à toutes ses victimes, voire d’exorciser quelque chose de plus profond qui sommeille en elle… Dieu seul le sait !

Quoiqu’il en soit, c’est par « Computer » qu’elle entame son concert. Les accords de guitares de Dimitri Eggermont se marient parfaitement aux frappes de Merlin Vanitterbeek, expression sonore sur laquelle se pose la voix crépusculaire d’Epona Guillaume, son nom à l’état civil.

Après l’excellent « Witches », c’est encore par cette superbe reprise guitare/voix d’un titre de Kavinsky (« Nightcal ») que l’identité vocale de la gonzesse prend une dimension toute particulière, entre candeur et douceur. Une chanson popularisée par Angèle également, lors de la cérémonie de clôture des Jeux Olympiques de Paris, en 2024, en compagnie du groupe Phoenix.

Mais ne vous fiez pas aux apparences, la post-adolescente sait aussi se montrer sauvage et déterminée, à l’instar de ces « Wrong » et « Louise », à l’intensité bestiale.

Alors que jusqu’ici son terrain de jeu était l’anglais, elle surprend avec un titre interprété dans la langue de Voltaire, « Peine pour toi », issu d’un single tout frais ; une chanson dans laquelle elle narre l’histoire d’un type qui a voulu la salir en lui dérobant des photos personnelles, que l’on devine intimes. Un texte où elle dévoile une facette plus vulnérable de son répertoire, en général, plus engagé.

Et une nouvelle reprise plus tard, le combo adapte une compo des Strokes, un groupe de rock américain, originaire de New York, drivé par Julian Casablancas, dans une version iconoclaste de « Ode to the mets », une comptine dans laquelle la jazzcaster du préposé aux cordes émet un son d’une finesse inouïe. La classe !

Epona est issue d’une famille nombreuse puisque la fratrie compte 10 enfants, dont 7 filles, nés de deux pères différents. L’une de ses demi-sœurs est relativement connue dans le milieu, puisqu’elle est impliquée au sein du binôme Colt, auparavant Colline et Toitoine, et avec lequel une collaboration pourrait voir le jour prochainement. Et au vu des univers foudroyants des frangines, on ne peut s’attendre qu’à de belles surprises.

La maman d’Epona se tient à une encablure de la scène. Pour lui rendre hommage, Epona se livre magistralement dans un « Mom » qui touche au plus profond celle qui n’est autre que la principale concernée, accompagnée par d’autres enfants. Les regards qui s’échangent en disent long sur la complicité qui règne au cœur de cette famille.

Le féminisme et les thématiques liées à l'égalité femmes-hommes appartiennent, depuis longtemps, à l’identité de l’artiste. Elle le prouve encore ici à travers un « Voice », plus significatif jamais. Une guerre idéologique, certes, mais a-t-elle aujourd’hui toujours une raison d’exister, en Europe occidentale ?

Il y a des combats qui ne peuvent être menés que par la parole. C’est le cas de cet étrange « Naked man (in the forest) », l’histoire véridique d’une rencontre fortuite et malheureuse de l’une de ses sœurs avec un exhibitionnistes, alors qu’elle se soulageait en forêt. Si de prime abord, le sujet pourrait prêter à sourire, la demoiselle est parvenue à le transformer en une chanson satirique d’une intensité rare. Un délice pour les oreilles, moins pour l’imaginaire collectif.

Le concert touche doucement à sa fin. Après une heure d’un set qui aura dévoilé bien des facettes d’une personnalité protéiforme, Miss Guilaume a tout d’une grande artiste : une voix, un univers musical percutant et des thématiques qui interrogent à l’instar du rock très coloré « Siner, you », qui traite des agressions sexuelles.

Et si Epona était une ambassadrice qui dénonce tout ce qui n’est plus possible d’accepter ?

La grande scène se situe à quelques pas. C’est Orlane qui s’y colle ! Deux jeunes gens sont postés côte à côte. Ils ont la lourde tâche d’alimenter des sons à l’aide de leurs synthés. Un des proposés aux ivoires se charge aussi de la gratte électrique.

Elle est venue proposer des compos issues d’un premier album intitulé « Aller-Retour ». L’amour et la solitude seront au cœur des débats, à l’instar de « Mal d’amour », une chanson pop dans laquelle elle aime se mettre à nu, armée de son saxophone, un instrument dont elle se sert merveilleusement bien. Musicienne chevronnée, la belle manie la gratte également.

La jeune Belge impose son style et ses couleurs comme sur ce très caustique « 23/09 ». Ce morceau ravit la ‘fan base’ qui a découvert Orlane sur les planches de l’émission ‘The Voice’, il y a déjà quelques années.

Malheureusement, votre serviteur doit écouter le set, car une interview d’Epona est prévue au sein de l’hémicycle du Centre culturel.

Dommage, car l’univers coloré d’Orlane Willems, influencé par sa synesthésie, une condition qui lui permet d’associer des couleurs à des lettres et des notes de musique, avait tout pour plaire.

A son retour dans la fosse, les portugaises de votre serviteur sont irrésistiblement attirées par le son que libère le concert de Yolande Bashing.

N’y voyez aucune connotation féminine, car Yolande Bashing est un personnage de fiction, un patronyme derrière lequel se cache une grande soif de liberté. Un personnage à deux têtes aussi ; celle de Baptiste Legros et Aurélien Gainetdinoff.

Aurélien se poste derrière des machines électroniques. Il a un look déluré : training bleu, coupe mulet, et grandes lunettes rouges. Baptiste, quant à lui, marcel blanc sur le dos, qui lui procure un côté vieille France, se charge du micro. Comédien à ses heures perdues, il avait milité au sein de la formation électro-punk Les Dents avant de se lancer définitivement en solo, gravant un tout premier elpee baptisé « Yolande et l’amour », qui a rencontré un joli succès.

Au milieu de l’estrade, trône un vieux téléphone beige, dont le cadran est composé d'un disque rotatif autour duquel sont portés les chiffres de 0 à 9. Un objet qui interpelle les plus jeunes à l’heure des téléphones portables. Quant aux plus nostalgiques, il se remémoreront les canulars d’antan.

S’il fallait cerner l’univers de cette formation singulière, on indiquerait que ce n’est pas tellement la chanson qui caractérise Yolande Bashing, mais bien la dérision, voir l’autodérision, le duo n’hésitant pas à dépeindre le quotidien tantôt façon Docteur Yolande, tant façon Mister Bashing, c’est selon. En tous cas, l’univers dans lequel ce concept fantasque baigne est un savant mélange de Flavien Berger, Sttellla et Odezenne, l’exercice consistant à lancer, rattraper et relancer de manière continue et méticuleusement les mots et leur sens.

Legros et Gainetdinoff connaissant parfaitement la recette d’une journée réussie. C’est donc à coup de beats lancinants et de synthés épileptiques, agrémentés d’un phrasé désabusé, que le chanteur éveille un mouvement festif presque incontrôlable.

Les thématiques s’enchaînent et ne se ressemblent pas. On passe du marteau à l’enclume en une fraction de seconde, du « Le chat » à « Claude », l’esprit dialectique des lascars s’imprégnant dans chacune des compos.

Tout au long d’un set savamment construit autour de titres les plus improbables, Y. B. réinvente magnifiquement la chanson pop et francophone entre techno, poésie, mélancolie, synthés désaccordés et ‘spoken word’ tremblant (‘Tu te répètes’).

Caractérisé par son spectaculaire crescendo, « Solitude » constitue un paradoxe des temps modernes. Quant à « Les Vivants » et son refrain entêtant, il suggère que les quelques centaines de festivaliers présents vont éprouver toutes les difficultés du monde à s’émerveiller dans une réalité plus sombre que celle dans laquelle le duo les a entraînés durant une heure.

La fiesta est terminée, malgré les demandes de rappels…

Mud Flow embraie. Il s’agit d’un collectif belge de rock alternatif, originaire de Bruxelles, et formé autour du chanteur-guitariste Vincent Liben.

Mud Flow appartient à de cette vague de groupes belges de pop/rock qui a connu un certain succès à l’aube des années 2000, comme Girls in Hawaii, Ghinzu ou encore Hollywood Porn Stars, qui revient à la surface.

Après cinq albums et plus de dix ans d'existence, le combo s'était séparé officiellement en 2010. Mais, nonobstant la carrière solo de Vincent, une envie de reprendre la route des tournées s’est progressivement manifestée. Alors, il s’est offert le luxe d’ouvrir la parenthèse pour le plaisir de tous. Une ultime fois ?

La formation réputée pour ses riffs de guitare dynamiques et sa rythmique palpitante a décidé de rejouer sur scène et dans son intégralité, l’album « A Life on Standby », une œuvre remarquable qui plonge l’auditeur dans l’univers sonore particulier du band, tout en y incorporant quelques pépites des long playings « Ryunosuke » (« Planes »), « Re-Act » (« Panic »), ou encore « Amateur ».

Caractérisé par ses envolées aériennes, « The sense of me » rappelle combien la richesse mélodique constitue la source de cette formation décidément bien en forme, porté par un Liben qui n’a pas perdu de son aura, ni sa superbe voix rauque et ténébreuse, malgré le poids des années.

Un concert d’une intensité rare où le public a pu (re)découvrir une salve de compos, tantôt ouatées à l’instar du chaud et envoûtant « Unfinished Relief », tantôt percutants comme ce « New Eve », des morceaux qui ont, au moins, gagné l’attention de tout un auditoire et sans aucun doute ravivé un sentiment de nostalgie chez les admirateurs de longue date. D’ailleurs, la foule reprend en chœur le refrain de « Today », titre qui n’a pas pris une ride.

Et « Tribal Dance », porté par une énergie brute et un son authentique parfaitement reconnaissable, mérite la mention ‘Plus que parfait’.

Durant une heure, Mud Flow s’est offert un concert d’une dimension incroyable. Et pourtant, les musiciens n’ont pas perdu leur âme d’enfant, s’amusant tout en se produisant sur les planches.

Alors que Jean-Pol Groove s’excite sur la petite scène, votre serviteur décide de rester sur place, afin de conserver le meilleur angle possible pour assister à la prestation des Innocents, un groupe qu’il a découvert pour la première fois, en 1989, au festival de Dour.

Depuis, le line-up a bien évolué. En 2000, peu après la sortie du quatrième opus, Sieur Urbain décide de voler de ses propres ailes. La formation implose et l’aventure se termine aussi brutalement qu’elle a commencé…

Entre-temps, JP s’accorde une parenthèse et entame une carrière solo. La critique salue sa première œuvre, mais la défection d’une partie du public lui laissera un goût amer…  Le come-back du tandem n’était donc pas tout à fait… innocent.

Il faudra attendre une quinzaine d’années pour que les chevilles ouvrières se croisent à nouveau, au détour de l’enregistrement d’une compilation confectionnée sous la forme d’un ‘best of’ et se réunissent sous un line up minimaliste. Il devient alors duo réunissant simplement Urbain et Nataf.

En analysant l’auditoire, la pyramide des âges est bien représentée. On y croise aussi bien une bobonne aux cheveux gris que de jeunes enfants d’à peine sept ou huit ans. Sans oublier les fans quinquas à la chevelure plus rare que des spectateurs lambda venus pour entendre des tubes. Et puis d’autres encore qui se sont égarés sur le site…

Les groupies piaffent d’impatience. Faut dire que Les Innocents ont vécu de glorieuses années, entre 1989 et 1999. Un succès couronné de singles platinés, passages radios, tournées à guichets fermés et récompenses aux Victoires de la musique. Les ‘Innos’ ont marqué cette décennie par des standards pop comme « L'autre Finistère », « Fous à lier » ou encore « Colore ».

Les ‘deux frères ennemis’ se sont entourés d’une formule groupe pour l’occasion. Ça risque donc de déménager grave !

Il est 22h30 lorsque JP, vêtu sobrement, sourire aux lèvres, salue le parterre, et sixcordes en bandoulière entame son tour de chant par « Des jours adverses », une compo qui figurait sur l’elpee ‘Post-parfum », en 1995.

Nataf, cernes marqués par des nuits blanches supposées et barbe noire mal entretenue, manifeste déjà une belle connivence musicale avec un Urbain, plus en retrait. 

Sans frime ni préméditation, les gaillards s’amusent comme des gamins ! Des regards complices s’entrecroisent. Si ces deux-là n’étaient pas de vrais amis dans le passé, la connexion qui les lie aujourd’hui fait plaisir à voir…

Le duo est influencé par la pop anglo-saxonne. Mais, le fil conducteur de leurs compos reste le français qu’ils utilisent astucieusement pour ciseler des textes qui dépeignent un univers métaphorique, à l’instar de ce « Fous à lier », un hymne que le temps n’est pas parvenu à démoder.

Les chansons s’enchaînent à une cadence folle. Malgré les arrangements subtils, le band laisse pas mal de place à l’improvisation. En quelque sorte, c’est frais, millimétré et exercé avec beaucoup de souplesse. Un travail d’orfèvre ! Les pédales d’effets sont utilisées à bon escient. Le feedback aussi ! L’exercice est suffisamment intéressant pour permettre la découverte ou la redécouverte de morceaux incontournables comme « Quand la nuit », Lune de lait » ou « Apache », même si un parfum de nostalgie flotte dans l’air, tout au long du concert. Il est cependant fortement hanté par l’esprit du leader !

JP est de très bonne humeur ! Le show est ponctué d’anecdotes ! Et à la stupéfaction de tous, JP s’accorde même un pas de danse de Sioux pour le moins contorsionniste ! Un condensé de twist et de polka ! Delirium ? Il est encore plus drôle, lorsque par moment, sa jambe droite croise la gauche. Une position d'unijambiste qui faciliterait son envol en cas d'agression surprise comme le font les flamants rose ? En tout cas, sympa, mais risqué pour le service trois pièces ; fallait voir l’étroitesse du falzar ! Le genre masculin compatira…

Afin de briser la fine couche de glace qui persiste, les blagues émaillent le show. Qu’elles soient rigolotes ou ringardes (façon Carambar), le gars est complètement décomplexé et se fiche totalement de ce que les gens pensent !

Il a bien raison ! Après tout, on est là pour se vider la tête et passer un moment agréable !

« Colore », mais surtout « Finistère » bénéficient de de mélodies simples, mais efficaces, avec en toile de fond des textes bien torchés.

Il est déjà temps de se dire au revoir ! Des cris hystériques s’élèvent ! Le rappel est annoncé ! « Jodie » et « Un homme extraordinaire » s’uniront pour le meilleur et pour le pire, coupables d’un amour périlleux…

Durant une heure vingt Les Innocents ont livré un set haut en couleurs, grâce à « Un homme extraordinaire » : Jean-Philippe ‘Jipé’ Nataf. Et Jean-Christophe Urbain, un homme extraordinaire lui aussi.

« Un homme extraordinaire », une expression qui souligne à merveille le talent et la singularité de chacun des artistes qui se sont produits ce soir ainsi que chacun des bénévoles qui ont œuvré dans l’ombre afin de faire de cette édition, une belle journée qui restera gravée dans les cœurs et les mémoires.

(Organisation : Août en Eclats)

Les Solidarités 2025 : dimanche 24 août

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Dernier jour des Solidarités. Par chance, le soleil s’est montré généreux, sans chaleur excessive. Une aubaine pour toutes celles et ceux qui se sont présentés en masse afin d’y (re)découvrir des monstres sacrés de la chanson française, dont Santa et Hoshi.

Première bonne surprise de la journée, le concert d’Adé.

Dès l’âge de 17 ans, Adélaïde Chabannes de Balsac, aka Adé, se forge un nom dans la chanson par l’entremise de son groupe, Therapie Taxi, drivé par Raphaël Faget-Zaoui. Le duo sera vite rejoint par Félix Gros et Renaud Bizart.

Placé sous les feux des projecteurs par le provocateur « Salop(e) », en 2016, la formation connaitra un joli succès avant de se dissoudre en 2021, notamment en raison de la pandémie de la Covid-19. Mais pas seulement, les musicos manifestant une soif de liberté artistique.

Adé traverse alors une période plus calme, limitée à quelques collaborations musicales. Mais le goût de la musique remonte à la surface. Elle s’exile au Etats-Unis pour y enregistrer un premier opus, dont le single « Tout savoir » qui récoltera en quelques mois, le seuil des 2,5 millions de vues sur la plate-forme Youtube.

Sa petite taille dénote par rapport à l’immensité du podium. Sa tenue particulièrement sexy s’apparente à celle d’une écolière coquine, de quoi aguicher les plus pervers plantés au crash, la langue bien pendue.

Elle entame son récital par « More Love ». Direct et incisif, le son adopte un format rock chargé de testostérone.

Alors que les guitares chuintent encore dans les frontaux, le succulent « J’me Barre », prend le relais, dont le gimmick est rapidement repris en chœur par le public excité par des paroles pas toujours délicates dans la bouche d’une demoiselle de bonne famille.

Alors qu’une jeune fan de 27 ans, et dont c’est l’anniversaire, fait de ses pieds et mains afin d’attirer l’attention de l’artiste, Adé, prise d’émotion face à un tel investissement, décide de faire une pause de quelques minutes afin de contenter cette femme. Une petite causette et un selfie plus tard, « RockStarz » prouve que l’on est tous un peu rock dans sa tête, même en buvant un thé tout en caressant son chat.

Empoignant pour l’occasion sa guitare aux sonorités cinglantes, parfois à la limite de la saturation, elle livre « Dans tes rêves » de manière plus brute, mais homogène, rappelant la décennie 90/2000 ; de quoi ravir les amateurs du genre.

Tout au long du show, la demoiselle endosse à merveille un rôle qui n’est pas sans rappeler le côté ténébreux de Thérapie Taxi pour le fond ou encore Dolly, pour la forme. Et le tout est épicé d’un soupçon d’électro surprenant, à l’instar de « Les Silences » ou encore du plus bruitiste « Open Up », au cours duquel Baptiste, le préposé à la basse, laisse de côté son instrument au profit d’une danse endiablée aux côtés d’Adé, Pierre à la guitare et Sébastien aux fûts se contentant d’observer le scénario.

Alors que le set tire à sa fin, la jeune femme prouve, à travers « Tout savoir », qu’elle est capable de nous réserver plein de surprises et qui, loin de rester dans sa zone de confort, réussit à nos offrir un spectacle sincère, spontanée, et d’une authenticité redoutable.

Enfin, « Toujours + » suscite un tressaillement démesuré dans ce petit corps autour d’élans mélancoliques et de textes intimistes, l’artiste exprimant beaucoup de sentiments, entre amour et déception.

Adé s’est livrée aux Solidarités pour le meilleur et a donné un concert d’une grande qualité.

On le sait maintenant, sur chacune de ses prestations, Santa aime surprendre. Ce sera (forcément) le cas aujourd’hui. Une sacrée surprise même ! Inutile de préciser que l’icône de Hyphen Hyphen est donc attendue de pied ferme pour les milliers de festivaliers qui ont (sans doute) fait le déplacement pour cette artiste ‘belge’ d’adoption.

Alors qu’un décompte semble s’éterniser sur le nombre ‘9’, la scène laisse entrevoir une Santa, haute perchée, la tête en bas, pour descendre peu à peu, aidée de filins métalliques, entre des colonnes de feu qui jaillissent. Quelle richesse dans le souci du détail !

Après nous avoir bercé de sa douce ballade en mode piano-voix sur « Popcorn salé », une compo écrite dans l’urgence, presque par égarement, qui paraîtra sous l’impulsion et les encouragements de ses comparses Laura Christin, alias Line (basse, percussions), et Romain Adamo, aka Adam (guitare, synthé), la jeune dame s’émancipe et grave un premier album sobrement intitulé « Recommence-moi ».

Si la pop anglophone constituait jusqu’alors sa ligne directrice, notamment au travers d’HH, la Niçoise prend un virage à 180 degrés en réalisant un très réussi premier essai solo, chanté dans la langue de Voltaire.

Toute de noire vêtue, elle est chaussée de grandes bottes qui lui confèrent un air très glamour. Soutenue par un batteur au drumming corrosif et une bassiste qui n’est autre que sa meilleure amie – Line, elle entame son tour de chant par un spectaculaire « Chanter le monde », une compo aux couleurs vives qui émeut par sa richesse sonore.

Multi-instrumentiste, elle alterne, au gré des compositions, piano et guitare, ses deux instruments de prédilection, qui viennent soutenir sa voix puissante. Qu’elle met parfaitement en exergue sur « Eva », une magnifique chanson qui s’impose sur fond d’appel à la résilience. Des cris d’amour fusent. Comme elle ne parvient pas à cerner leur origine, elle les rend, mais en plus fort encore.

Un concert ponctué de surprises ! Et tout d’abord lorsque, posée devant ce piano noir, elle entame « Les larmes ne coulent pas », qui a bénéficié, lors des sessions d’enregistrement, de la complicité de Christophe Willem, un artiste devenu aujourd’hui son ami. Il s’invite le temps d’une chanson, entre simplicité et fausse grandiloquence, lors d’un duo uni par des larmes amères. Mais n’y a-t-il pas larmes plus amères que celles qui ne coulent pas ? Quoiqu’il en soit, elle finit ce titre, le sourire et le regard sereins, debout sur les retours posés à front de podium.

Elle compte se jeter aujourd’hui à corps perdu dans un univers où règnent l’intime, la retenue et la douceur.

Pour ce faire, rien de tel que dénoncer « La différence », sorte de manifeste sur le bien vivre ensemble avec, en filigrane, cet espoir latent de tolérance, d’insouciance et de communion. Pour marquer le coup, elle enfile un drapeau dont les couleurs se réfèrent à l’arc-en-ciel, emblème de l'homosexualité. Le drapeau arc-en-ciel, créé par Gilbert Baker en 1978, est devenu un symbole international de la communauté LGBTQIA+. Il représente la diversité des orientations sexuelles et des identités de genre au sein de cette communauté. Chaque couleur du drapeau a une signification spécifique, comme le rouge pour la vie, le vert pour la nature, et le violet pour l'esprit.

Fidèle à son style unique et son spectre lyrique hors du commun, Santa se regarde ensuite dans le miroir avec introspection durant sa séance de « Popcorn salé » et le désir de recommencer son histoire, à l’instar d’une césure sur le temps. Entre ambition, espièglerie et qualité rare, l’artiste s’était essayée au métier de cascadeuse en interprétant ce premier titre, perchée à plus de 40 mètres de haut ! C'était à Bruxelles, sur la place de la Bourse. Un « Popcorn salé » à son apogée, en quelque sorte !

Et pour rappeler cette spectaculaire ascension, elle n’a rien trouvé de mieux que de jouer du piano en lévitation, grâce à un système de treuil, sous les yeux ébahis des spectateurs qui ont rarement vu un show rythmé digne de ce nom. C’est moins spectaculaire que dans la capitale, mais quand même…

Elle embraie ensuite dans un mashup, en associant le « Paradis blanc » de Michel Berger et Désenchantée de « Mylène Farmer ». Pour un résultat plus que convaincant !

Elle s’éclipse alors le temps de quelques secondes pour revêtir une cape de vampire. Assoiffée de sang, elle souffle le chaud et le froid lors d’un « Je brûle » qui n’est pas sans rappeler certaines sonorités pop/rock contemporaines qui ont fait les beaux jours de Hyphen Hyphen.

Et puis, dans une parfaite communion, les milliers de festivaliers se transforment en chorale parfaitement synchronisée, pendant « Dis-moi oui », une toute nouvelle compo annonciatrice, sans doute, d’un futur nouvel album.

Le set touche doucement à sa fin. Alors qu’elle s’apprête à s’éclipser pour une séance de ‘hugs’, des câlins posés délicatement à une poignée de chanceux, les colosses chargés de maintenir la sécurité s’agitent. Que se passe-t-il ? D’un coup, comme boostée par un surplus de vitalité, elle saute précipitamment de la barrière destinée à maintenir le public à distance et traverse la foule sur les épaules de son gorille.

Les spectateurs les plus avertis connaissent l’amour de l’artiste pour les défis. Et à Suarlée, il y en a un de taille, la grande roue qui trône depuis le début des festivités.

Drapeau pirate à la main, en mode ‘on a piraté Les Solidarités’, Santa s'est éclatée en prenant de la hauteur dans une attraction privatisée quelques minutes pour y chanter tout de haut son titre emblématique « Recommence-moi ».

Durant près d’une heure trente, Santa a une nouvelle fois démontré qu’elle méritait amplement la distinction du public et de la presse.

Dans l’univers de la chanson française, la jeune dame peut être assurément considérée comme une grande artiste. Et en livrant un concert d’une telle intensité et générosité, elle a emmené le public dans un tourbillon émotionnel et onirique d’une intensité rare.

Après une pause boisson bien méritée, place à Hoshi. Une artiste maintes fois vues par votre serviteur qui commence à la connaître par cœur.

Elle a enfilé de grosses godasses et des chaussettes à damiers noirs et blancs, afin, sans doute, de signaler le début du tour de chauffe.

Ses musiciens entrent en scène, lentement, tour à tour. Et dans cette bande, il n’y pas que des inconnus. A commencer par Lola Frichet à la basse (Pogo Car Crash Control), Charlène Juarez aux claviers (Brigitte) et Enzo Gabert à la batterie (Skip The Use). Et c’est Lucie, un joli bout de femme, qui se réserve la guitare… d’un vert éclatant.

Du haut de ses grosses godasses, Hoshi impose un style musical bien à elle. Des textes simples, mais touchants, une musique entraînante et une aura exceptionnelle. Sans oublier cette voix haut-perchée et quelque peu nasillarde qui peut perturber les non-initiés. Pas étonnant donc qu’elle soit devenue l’une des révélations de la chanson française de ces dernières années.

La demoiselle s’épanche avec tact sur ses expériences passées, ses aspirations, de manière authentique, mais autocentrée à l’instar de cette « Amour censure », hymne à la tolérance et à la sincérité des sentiments amoureux, l’artiste ayant elle-même été victime d'agressions homophobes. Une chanson en réaction à une certaine libération de la parole discriminatoire, notamment après la ‘manif pour tous’ qui a malheureusement encore des raisons d'exister auprès des ‘biens pensants’. Et pour contrer toute cette haine, rien de tel qu’un gros fuck à tous ces enculés dont elle n’a plus peur aujourd’hui, dit-elle, tout en agitant un drapeau arc-en-ciel, symbole du mouvement LGBTQIA+.

Son grain de voix particulier et douée pour les métaphores et autres figures de style, Hoshi est généreuse et humaine. Fusionnelle au sein de son band, une belle complicité la lie avec sa bassiste. Et les puristes auront remarqué l’inscription gravée sur l’instrument, ‘One woman on stage’.

Celle dont le physique a été quelque malmené par le journaliste-chroniqueur Fabien Lecoeuvre, entame un « Je partirai », chanson percutante qui parle du désir de s’éloigner d'un monde qui ne l'aime pas, la juge et la blesse. Bref, un exutoire où elle exprime sa souffrance, son incompréhension et son besoin de liberté. Elle veut rester éternelle dans les mémoires, comme une étoile ou une comète. Gageons qu’elle y parvienne.

Après avoir donné d’elle-même durant une heure quinze, la chanteuse au gros chignon prend congé de ses invités qui la réclame encore. Ils devront pourtant se contenter de sa prestation, sans plus.

Saule a l’honneur de clôturer cette nouvelle édition des Solidarités. Votre serviteur préfère reprendre la route, ses lombaires lui rappelant la triste réalité de la seconde moitié de vie.

A l’année prochaine !

(Organisation : Les Solidarités)

 Que dire de plus, si ce n’est que les Solidarités ont offert des concerts d’une riche intensité, entre rock, pop et autres découvertes musicales, sous un soleil qui n’a pas osé ternir. Que demander de plus ?

 

 

Les Solidarités 2025 : samedi 23 août

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Si la vieille, le line-up était davantage consacré aux groupes rock, cette journée de samedi fait la part belle aux artistes suscitant un intérêt auprès des plus jeunes. La programmation est aussi plus diversifiée.

Après tout, les Solidarités est un évènement protéiforme au sein duquel, chacun doit y trouver son compte.

Les vieux bourlingueurs le savent, qui veut profiter sainement d’un festival, doit pouvoir compter sur une météo clémente. Et, en cette fin août, comme par miracle, même si le iel est nuageux, il fait relativement doux, de quoi rappeler des airs de vacances.

Le temps de gagner le parking de délestage et de prendre le bus qui va l’amener vers le précieux sésame, votre serviteur arrive aux alentours de 16 heures 30 sur le site.

Des pro-manifestants contre le génocide de Gaza sont venus en nombre. Des calicots sont distribués aux passants au sein de l’hémicycle. De fait, le génocide en cours dans la bande de Gaza, depuis plus de 18 mois, constitue l’effroyable aboutissement du long processus de dépossession du peuple palestinien.

D’ailleurs (fait du hasard ou pas ?), les contrôles policiers se sont intensifiés à l’entrée du site.

Et pour approfondit le sujet, un débat-concert se déroule à l’Escale, le grand chapiteau qui sert désormais de tribune, en lieu et place du baraquement en bois qui trônait ici même l’année dernière.

Pour être tout à fait transparent, c’est davantage Noé Preszow qui éveille la curiosité de votre serviteur, plus que l’engouement pour cette cause humanitaire, même si hautement importante. Ne dit-on pas que faute avouée est à moitié pardonnée ?

L’estrade est bien remplie. Noé Preszow (NDR : prononcez ‘Prèchof’) s’y trouve planté sur une chaise. Petit et trapu, on dirait l'arrière-petit-fils de Demis Roussos (sans la barbe). Il est accompagné de deux autres préposés. L’une tient entre ses mains un qanoûn, un instrument à cordes pincées de la famille des cithares sur table, très répandu dans le monde arabe, le monde iranien, en Asie du Sud-Ouest ainsi qu'en Grèce et dans le Turkestan. L’autre, ce qui semble être une darbouka (ou doumbek/derbouka), un tambour en forme de gobelet utilisé au Moyen-Orient, notamment en Palestine. Cet instrument est un élément essentiel de la musique traditionnelle palestinienne.

Noé a fait le déplacement expressément afin de défendre cette cause qu’il estime noble et juste. Il n’y livrera que deux chansons écrites pour l’occasion dont le sublime « Pas en mon nom », ses compos étant entrecoupées d’incantations géopolitiques.

Peu nombreuses, mais de qualité, ses chansons sont parfaitement ciselées. Elles sont le fruit d'une conjugaison entre pop immédiate et poésie à fleur de peau. Des mélodies accessibles dont le phrasé est parfait et le sens du rythme précis.

Le gaillard a un don pour torcher une chanson. L’inspiration de Preszow semble héritée des plus grands songwriters français et américains. Ses textes ont la profondeur de ceux signés par Dominique A. En outre, sa voix emprunte des inflexions à Gaëtan Roussel.

Très en phase avec le présent et ce qui l'entoure, le gaillard est un digne héritier des monstres sacrés de la chanson française. Et sans doute un avant-gardiste dans ses propos et les thématiques humanistes développées. Son discours fait d’ailleurs mouche auprès du public, présent massivement.

Noé Preszow est un artiste, un vrai. Un de ces gars dont il faut parler.

La parenthèse musicale refermée, votre serviteur s’aventure devant la scène P&V où se déroule le set de Camille Yembe. Il s’agit d’une chanteuse et auteure-compositrice-interprète belge. Grande, mince et élancée, cette jeune black respire la fraîcheur.

Forcée de quitter le foyer familial à 16 ans, elle enchaîne des petits boulots alimentaires avant de rencontrer, deux ans plus tard, le rappeur Gandhi. Elle participe ensuite à l'écriture de l'album d'Eva Queen et Gandhi devient son manager.

Elle collabore alors à deux titres de l'elpee « Texte Symbole » de Gandhi, qui paraît en 2016, puis signe des textes pour plusieurs musiciens dont le rappeur Tiakola, l'actrice Stefi Celma ainsi que Moha MMZ.

Yembe vient de graver un premier Ep. Et, elle a hâte de le présenter au public qui, avouons-le, n’est pas venu très nombreux.

Accompagné d’un préposé qui se cache derrière les fûts et d’un autre qui se partage le synthé et la gratte électrique, la jeune dame se dévoile à travers des chansons ‘aigres-douces’, à l’instar de « Plastique », une belle ballade aux contours pop.

L’artiste belgo-congolaise possède une belle palette de couleurs musicales, comme sur ce « Après l’aube » où sèche à la main, elle exulte sa mélancolie dans un phrasé percutant. Mais la cantonner à cette simple expression serait réducteur, l’artiste se révélant ouverte à d’autres styles, à l’instar de « Encore », aux relents plutôt rock.

Camille Yembé enchante son univers à travers des textes qui parcourent son envie de réussir, les liens familiaux troubles et l’humain. Grâce à une signature vocale singulière, et dans un style qui navigue entre pop, indie rock, électro et une forme de rap, elle est parvenue, en quarante minutes, à conquérir l’auditoire.

La (bonne) surprise passée, le pluralisme du festival nous invite à découvrir Bon Entendeur sur la main stage, Place des arts.

C’est un collectif musical français, fondé en 2012 par Arnaud Bonet, qu’ont rejoint trois amis, Nicolas Boisseleau, Arnaud Bonet et Pierre Della Monica.

Bon Entendeur s’est forgé une certaine notoriété en partageant en ligne des remixes mêlant samples de voix connues et musiques contemporaines. Il a lancé son propre label de musique indépendant BE Records, en 2020.

Malgré les efforts consentis votre serviteur pour y prêter une oreille attentive, au bout d’une dizaine de minutes tout au plus, l’ennui l’envahit, et un besoin irrépressible de se désaltérer le décide à changer d’air.

A RORI de jouer maintenant.

Après avoir marqué les esprits en assurant la première partie de Lana Del Rey, au festival Rock en Seine, devant 40 000 spectateurs, RORI poursuit son ascension. Cet été, elle a été invitée à se produire sur les scènes de plusieurs festivals dont Les Francos à Esch/Alzette, Les Gens d’Ere et bien sûr Les Solidarités, à Namur.

Nouvel espoir de la scène musicale belge, RORI s’impose grâce à un univers atypique, puissant et résolument moderne.

Portée par un style pop-rock instinctif et percutant, la jeune dame capture les tourments et les espoirs d’une jeunesse en quête de repères, devenant ainsi une voix authentique et inspirante. A travers des textes sincères et engagés, elle transforme ses émotions en hymnes générationnels, oscillant entre fragilité et intensité.

Les spectateurs les plus avisés ont bien conscience qu’il ne s’agit pas d’une novice, puisqu’elle a milité aux côtés de Valentin Vincent – chez Beffroi, décédé à l’aube de sa vie.

La petite maîtrise les codes du marketing en faisant de la couleur rouge, une identité et sa marque de fabrique. On retrouve ainsi cette teinte sur le micro et son pied. C’est également celle qui domine le light show. Et puis celle qui a été choisie pour l’inscription sur la peau de résonnance de la grosse caisse.

Toujours flanquée de ses fidèles serviteurs, l’ex-The Subs, Hadrien Lavogez, préposé à la guitare, et Martin, caché derrière les fûts (NDR c’est aussi le batteur de Ykons), la demoiselle entame son tour de chant par « Ma Place », dont le phrasé, les sonorités pop et les appuis rythmiques sont très communicatifs.

Si son pop/rock lui va comme un gant, les fans de la première heure s’y perdent un peu, l’artiste ayant, jusqu’alors, chanté dans la langue de Shakespeare.

La jeune fille laisse apparaître un corps filiforme. Elle connait bien ce festival pour s’y être déjà produite dans le passé.

Capable de vous retourner de solides punchlines, l’ingénue est devenue une figure de proue de la scène musicale noir-jaune-rouge, pour l’avoir écumée depuis quelques années.

Aujourd’hui, elle s’affranchit des préjugés pour servir un répertoire cuisiné à la sauce pop acidulée, devant un public que l’on dit souvent élitiste. Mais « Ma place », met tout le monde d’accord. Les riffs de guitare, les frappes syncopées et la voix portante de RORI, font de ces ingrédients, une recette qui incarne une nouvelle génération d’artistes qui ramène le rock alternatif sur le devant de la scène pop, imposant son style avec une authenticité et une force indéniables.

Sur le percutant autant que ravageur « Vampire », la jeune dame vampirise littéralement son auditoire. Un titre dont les sonorités résonnent encore aujourd’hui dans la tête de votre serviteur. Et donne le « Vertige » à son cœur, tout au long de cette compo livrée avec justesse et émotion.

Caractérisé par son phrasé haché et ses appuis rythmiques, la musique de RORI, artiste manifestement charismatique et communicative, rallie rapidement la foule à sa cause et s'inscrit dans l'air du temps.

Malgré ce « Soleil » brûlant, les corps se dénudent. Force est de constater que cette situation suscite la « Jalousie ».

Alors que RORI embrasse différents styles, depuis la pop au rock en passant même par le funk, ses chansons abordent des sujets personnels et très intimistes, à l’instar de « Loser ». Alors qu’hier, ces thèmes la rongeaient, aujourd’hui elle semble les cultiver et en tirer parti.

Spasmodique, « Miroir » véhicule des accents nostalgiques. A moins que le rétroviseur ne soit un moyen de regarder le passé afin d’affronter l’avenir.

Touchante et la sensibilité à fleur de peau, Camille Gemoets (à l’état civil) a accordé un concert d’une intensité rare, dévoilant, un peu plus encore, le contenu de ses émotions.

Justement, « Docteur » vient doucement clôturer la fin d’un set très enrichissant. Une chanson ultramédiatisée dont les spectateurs semblent connaître les paroles du refrain et qui met exergue, ce sentiment de différence. Mais est-ce que vous en vouliez « Encore » ? Manifestement oui, au vu de l’engouement suscité par le public pour un rappel… qui ne viendra finalement pas, le timing d’un festival exigeant une discipline certaine…

RORI a tout d’une grande : la musicalité, la justesse, l’émotion et ce désir de faire le bien à l’aide de textes dans lesquels le mélomane lambda s’y retrouve.

La scène des Arts accueille désormais la chanteuse belge Helena, manifestement très attendue par un public essentiellement constitué de jeunes enfants. Il faut dire que cette auteure-compositrice-interprète belge s’est fait connaître du grand (petit ?) public grâce à sa participation à la onzième saison de l’émission télévisée ‘Star Academy’.

Il y a quelques mois seulement, la jeune dame a sorti un premier album, intitulé « Hélé », qui s’est e classé numéro 1 des ventes en France, la semaine de sa parution.

Alors qu’il y a dix minutes à peine, les guitares vrombissaient, ici c’est la douceur qui prédomine. Le son, la voix éthérée et l’univers bisounours participent à cet état d’âme. Que l’on aime ou pas, cette artiste apporte cette petite brise de fraicheur qui fait du bien.

Héléna Bailly aime (se) raconter à travers sa musique, chacune de ses compos étant un livre ouvert sur la vie, à l’image de « Mon piano et moi », une belle ballade dans laquelle elle revient sur ses débuts en tant que chanteuse, une époque où elle chantait en cachette de sa famille et de ses amis.

« Aimée pour de vrai » est balayé par un vent de nostalgie. De quoi faire fondre les cœurs des jeunes filles, amassées aux premiers rangs, dont les larmes se mettent à perler sur leurs joues…

Le style ‘guimauve’ de la demoiselle dérange, sans doute, les plus exigeants, mais colle parfaitement à sa personnalité.

Empreints de sincérité et de sensibilité, ses textes sont, la plupart du temps, inspirés de son propre vécu, comme lorsqu’elle évoque le décès de sa grand-mère, qu’elle aimait tant, sur « Bonne maman ».

Si le spleen constitue la matière première de son répertoire, Héléna est aussi capable d’aborder des sujets différents, et notamment qui se rapportent à la santé. Et notamment, « Mélatonine », une chanson qui s’inspire des troubles de sommeil dont elle souffre depuis toujours, « Boule au ventre », au cours de laquelle elle évoque ses crises d’angoisse ainsi que « Tout gâcher » qui traite de l’alcool au volant.

Alors que la foule semble figée par cette poétesse des temps modernes, les corps se déchaînent allègrement dès les premières notes de « Mauvais garçon », un de ces plus gros tubes.

Inspirée et inspirante, la Belge scrute un panorama de sa jeune expérience sur Terre sous l’angle de chansons profondes, qui frisent certes la facilité par moment, mais se laissent écouter tendrement au creux de l’amour. Helena, « Je t’aime (bien) ».

La fraicheur automnale se fait maintenant sentir. Les festivaliers ont revêtu de gros pulls, afin de tenir le coup pour le concert de Yodelice, prévu sur la scène P&V.

Le gaillard est connu pour avoir prêté sa plume à M6 (L5, la comédie musicale Alive...), mais aussi pour avoir apporté sa collaboration à la chanteuse Jenifer en tant que compositeur et producteur, lors de ses débuts. Cette coopération s’est d’ailleurs poursuivie à la Ville, durant quelques années, également.

Maxim Nucci (Nouchy pour l'état-civil) a soufflé le chaud et le froid au cours de sa carrière. Son premier LP, baptisé Maxim Nucci gravé en 2006, ne rencontre pas le succès escompté. Il tente alors la formule acoustique, à travers l’album folk, « Tree of Life », en 2009. Le sens créatif du musicien se confirme enfin, lors de la sortie de Cardioid (2010), un disque plus rock. En 2014, il enregistre « Like a Million Dreams », et après une pause d’une durée de 8 ans, il revient au folk en 2022, en publiant « The Circle ». Et enfin, en 2024, il emprunte une voie complètement différente en abordant « What's the Cure ? », un opus ‘laboratoire’, plongé dans la synthpop et le rock à guitares.

Le gaillard est planté seul dans une structure futuriste noire et dentelée. Il est entouré de ses plus fidèles serviteurs, des claviers en tout genre et une kyrielle de guitares. Juste au-dessus, un grand carré projette des éclairs blancs, parfois aveuglants.

Dès les premiers accords, Yodelice plonge son auditoire dans un univers sonore contemporain, presque visionnaire. Difficile même de cataloguer cette musique venue d’ailleurs. De nombreux spectateurs s’interrogent même quant à l’opportunité de programmer un tel artiste lors d’un festival qui se veut avant tout familier. Sans doute que le pluralisme a été plus fort que la réflexion.

Les riffs de guitares de « Desires never die » se mêlent aux boucles des claviers, dévoilant une solution qui n’est pas sans rappeler les beaux jours de Depeche Mode, une bonne dose de psychédélisme en plus. Le mimétisme de la signature vocale, est lui aussi impressionnant. Mais quel est donc l’artiste qui se produit sur les planches ? Dave Gahan ?

L’utilisation d’une série d’effets sur « Cutting like a knife » rend l’intensité monstrueusement délicieuse, sans oublier ces jets de lumières qui diffusent des ondes, comme le claquement de l’eau sur le rocher.

Plus le set gagne du terrain et plus l’électro s’inscrit résolument dans une esthétique new wave, soutenu par une boîte à rythmes dont les beats sont tentaculaires.

Les sonorités, rehaussées par des effets de réverbération, créent une atmosphère froide, mais elles parviennent malgré tout à soutenir des mélodies souvent peu accessibles au mélomane lambda, il faut le signaler. Quant à la voix de Nucci, souvent enveloppée dans des échos et des effets de saturation, elle devient une arme de guerre, entre douceur et violence, comme sur ce « Vampire » aux dents acérées.

Au terme d’un show qui a duré une heure, Yodelice peut se targuer d’avoir réussi le pari de capter l’essence même du côté bruitiste des sons électroniques pour les marier habilement à un composant plus organique, témoignant de la créativité et de l’évolution de l’artiste.

Direction maintenant la Place des Arts pour y assister au concert de Kyo, le dernier groupe à se produire ce soir.

Pas mal de fans ont enfilé des t-shirts à l’effigie du band, preuve que la popularité du band n’a pas faibli au cours des deux décennies.

C’est pendant leur scolarité dans un collège des Yvelines, en Ile-de-France, que Nicolas Chassagne, Benoît Poher et les frères Fabien et Florian Dubos se rencontrent et décident de fonder Kyo, une appellation qui s’inspire des mangas japonais et de jeux vidéo.

Le quatuor sort un premier LP en 1999, « Pour toi ». Le succès n’est pas au rendez-vous. C’est grâce au second, paru en 2003 et intitulé « Le Chemin » –dont le titre éponyme, partagé en duo en compagnie de la chanteuse néerlandaise Sita– qu’il finira par s’imposer. Afin de fêter dignement ses 20 années d’existence musicale, le combo a décidé de rééditer ce disque en y ajoutant des bonus. On y retrouve, certes leurs succès, mais aussi des duos iconoclastes.

Changement de line up quand même, puisque Jocelyn Moze, est désormais préposé aux fûts, ce qui apporte une nouvelle dimension aux compostions.

Les musicos font leur apparition sur « Sad day », choix étrange pour une entrée en la matière. Un constat ! Les gars ont morflé physiquement. Au programme donc : rides, cheveux ‘poivre et sel’ et boucs aux poils hirsutes. Même les dreadlocks de Florian Dubos ont disparu pour faire place à une coiffure davantage dans l’air du temps. Certains parleront d’un cap qu’ils viennent de passer, d’autres de maturité.

Poher poursuit son tour de chant par « Contact » et ses riffs de guitare puissants. Mais c’est sur « Le chemin » qu’il va fédérer, une chanson autrefois interprétée en compagnie de Sita et plus récemment par Stéphane, mononyme d'une auteure-compositrice-interprète suisse. Un titre qui mènera le combo… vers la voie du succès !

Bien entendu, la fan base reprend en chœur ce refrain d’une composition devenue mythique et qui a su traverser les âges et les époques, l’intemporalité de Kyo n’étant plus désormais à prouver.

« Je cours » raconte le destin d'un adolescent, rejeté de tous, qui cherche le bonheur malgré lui au sein d’un univers ténébreux. L’impact de cette compo est profond. Musicalement, bien sûr, mais aussi surtout parce que le sujet est malheureusement toujours d’actualité.

Si la recette de Kyo repose avant tout sur des textes introspectifs et des accords passe-partout, elle n’en demeure pas moins efficace. Une bande son moderne comme sur ce spectaculaire « Tout envoyer en l’air ».

Tandis que les sixcordes s'électrisent, le groupe jette un regard oblique et incisif sur la société ainsi que l'industrie musicale à travers des « Poupées russes » : ‘Dans la musique il y a des farces et les graines du futur / Et si souvent des coups d'État, parfois des investitures’.

Alors que la tournade Kyo s’abat de plus belle sur le site de Suarlée, la dynamique se poursuit par « Dernière danse », sublime ballade que Poher et Cœur de Pirate, avaient interprétée en duo, en 2023.

Dans un registre plus sombre, sur fond de violence familiale, de maltraitance et d'alcoolisme, « Sarah », vient apaiser les esprits, mais conforte les certitudes : Kyo est taillé pour le live.

Que l’on aime ou pas ses relents post-adolescents et sa pop facile, Kyo fait preuve de fausse perversité en proposant un show d’une qualité rare. En se positionnant durant une heure en mode ‘best-of’, cette formation montre ainsi à ses détracteurs les plus virulents qu’il dispose encore suffisamment d’énergie, de maîtrise et de pugnacité pour tenir encore au minimum 20 années de plus.

La recette Kyo est d'exploiter au mieux un terrain de jeu qu’il connaît parfaitement, un espace à la signature reconnaissable, un renouveau dans la direction artistique ainsi que de la précision dans le travail d’écriture et de réalisation.

Chapeau bas Messieurs !

Il est minuit lorsque le set s’achève. Cette seconde journée plus pop que la précédente a montré ses forces et ses faiblesses musicales et artistiques. Quoiqu’il en soit, la découverte a été de mise !

Les festivaliers prennent congé de leur hôte d’un soir. Demain est un autre jour…

(Organisation : Les Solidarités)

 

 

 

Les Solidarités 2025 : vendredi 22 août

Écrit par

Si le festival des Solidarités se déroulait jusqu’alors à la Citadelle, il a pris ses quartiers sur le site d’Ecolys depuis 2023, à quelques minutes du centre-ville de Namur, en raison des travaux nécessaires à la restauration complète du Stade des Jeux et du Théâtre de Verdure.

Les Solidarités devront attendre au moins trois ans avant de revenir sur leur site historique. En attendant, le festival va peut-être devoir déménager une fois encore, car certaines entreprises souhaitent s’installer dans le zoning. Une affaire à suivre donc…

Les puristes se rassureront, le nouveau site est pour le moins plus facile d’accès, plus étendu et surtout permet une meilleure fluidité de déplacement.

Le festival des Solidarités est singulier car il est fédérateur d’un bien vivre ensemble, de justice sociale et de lutte contre les inégalités.

Durant trois jours, il offre une programmation musicale particulièrement qualitative. Mais pas que puisqu’une kyrielle d’activités sont organisées autour des thématiques précitées, telles que conférences, spectacles pour enfants, activités ludique, découverte de la culture hip-hop, programmation off des associations, etc. L’offre est telle qu’elle en donne le tournis !

Depuis ses débuts, les Solidarités soutiennent des artistes émergents ou des découvertes ‘coup de cœur’. On pense à Clara Luciani, Aya Nakamura, Hoshi, Juliette Armanet, 47ter, Gauvain Sers, Rori, Suzane… invités lors de leurs débuts scéniques et dont on connait maintenant le formidable parcours.

Si en 2023, de nombreuses critiques avaient été formulées, notamment en ce qui concerne la mobilité, il faut reconnaître que, cette année, les organisateurs ont remédié au problème. Ainsi, notamment, de nombreuses navettes effectuent des trajets de et vers la gare ferroviaire et l’aérodrome. De même, l’espace sur le site a été agrandi permettant une meilleure fluidité de déplacement.

Deux scènes de taille quasi-identiques se côtoient, ‘La place des Arts’ et la ‘Scène PV’. Cette dernière est installée à proximité d’une grande roue, elle aussi, sponsorisée par le même groupe. En revanche, la scène iconoclaste baptisée ‘Magic Mirrors’, empreinte de magie et de mystère, a malheureusement disparu. Elle laisse place à un grand chapiteau, nettement plus impersonnel, mais plus confortable. Il a été judicieusement baptisé ‘L’escale’.

Pour cette première journée de festival, les organisateurs ont fait fort en misant sur le rock puissant en invitant des formations comme Hollywood Porn Stars, Ghinzu ou encore dEUS.

Lorsque votre serviteur débarque sur la plaine, il est 17 heures. Hollywood Porn Stars est prêt à entamer son set.

La foule est déjà bien compacte. Les familles sont assez peu nombreuses, les artistes programmés ce vendredi se prêtant sans doute mal aux oreilles fragiles des bambins. Il en faut pour tous les goûts !

Le combo célèbre, pour la circonstance, son vingtième anniversaire. Les enjeux sont donc importants ! Comment le public va répondre aux sollicitations de ceux qui, de post-adolescents, sont devenus de jeunes adultes bien installés dans leurs vies respectives ?

Après avoir balancé au public un « Ben’s Dead » bien pêchu, un titre figurant sur l’album Satellites (2007), Sinatra déclare : ‘Vous ne travaillez pas à Namur ?’, afin de provoquer une foule déjà dans l’ambiance foutraque du quatuor.

Très vite, les notes de « Money » fusent, une compo issue de « Year of the tiger » (2005) à travers laquelle les grattes s’expriment autant librement que les voix d’Anthony Sinatra et Michael Larivière.

Ces quadras n’ont rien perdu de leur énergie. Si le succès, la sortie de disques, les tournées et les expériences passées auraient pu modifier la manière de concevoir les événements, l’insouciance de leurs débuts n’a pas changé d’un iota. On dirait deux grands gamins qui s’amusent dans la cour de récré.

Des titres qui loin de s’étioler, restent parfaitement dans l’air du temps. Et ce n’est pas « Andy », entre électricité et émotion, qui démontrera le contraire. Aucun doute, HPS s’est construit pour traverser les âges et les générations.

Loin de se reposer sur ses lauriers, le combo a proposé tout récemment de nouveaux titres, comme ce « Peach Bomb » à la fraicheur absolue. Une chanson second degré derrière laquelle se cache John Goodman (Nada Surf, Sun Garden, etc.) et qui décrit avec beaucoup de légèreté la métaphore de la dangerosité des décisions prises par les dirigeants de ce monde et de leurs conséquences, à l’instar de querelles qui éclatent entre gosses dans une cours d’école.

Le set se poursuit dans une énergie folle. Les guitares saturent, que ce soient la Stratocaster ou la Telecaster. Les frontaux rugissent de plaisir, notamment lorsque les énergumènes frottent le manche de leur instrument sur les retours placés à l’avant du podium. Les cordes doivent morfler sec !

Les briscards du rock se déchaînent sur des compos inaltérables, comme « Fonzie », « Islands » « Fugitive » ou encore le récent « 6th of october ». Mais c’est encore le légendaire « Actarus », et son refrain entêtant, qui remporte les suffrages auprès des aficionados. Résultat des courses, le lien entre les nouveaux et anciens titres réside encore dans la spontanéité, l’énergie et l’instant.

A l’exception du drummer, Benoît Damoiseau, les autres membres du groupe sont restés identiques. Une belle histoire d’amitié les réunit.

Dire que Hollywood Porn Stars a failli ne plus jamais se produire dans l’un des festivals, programmé par Denis Gérardy, le Directeur des Solidarités. En effet, la première fois que le groupe a été invité par ce dernier, le concert s'est terminé en bagarre homérique. Ainsi, certains musicos du band, assoiffés, avaient pioché dans les frigos de la loge d'à côté. Et Denis de leur promettre qu’ils ne seraient plus invités dans l’un de ses événements. Comme quoi, il n’y a que…

HPS a livré un concert endiablé prouvant à toute une génération qu’il avait toujours la forme, alors que personne n’attendait plus rien, si ce n’est l’un ou l’autre best-of. Et si My little Cheap Dictaphone ou Piano Club, au sein desquels certains musiciens ont milité, ressuscitaient, eux aussi ?

Sam Savage a ensuite la lourde tâche de succéder aux vieux dinosaures de MLD. Il remplace au pied levé Lucky Love, malade. Une aubaine lorsqu’on sait qu’il était en vacances à 500km, tranquillement installé chez sa mère, les doigts de pied en éventail, comme il aime à le rappeler.

Sam Sauvage s’est fait remarquer par ses clips postés sur Instagram. Il affiche un air de dandy, un peu à la manière de Pierre De Maere que les Solidarités ont eu le plaisir d’accueillir lors de l’édition précédente.

Il entre sur scène, l’air hagard et complètement désarticulé dans son costume-cravate de couleur gris clair et… ses chaussettes roses.

Auteur-compositeur-interprète, Sam Sauvage s’essaie avec beaucoup d’aisance entre chanson et pop française à l’instar de ce « On est là » et son gimmick très singulier (‘amor, amor’) où l’on perçoit, ci et là, des intonations à la Stromae.

Les cheveux hirsutes à l’instar d’un savant fou, le jeune homme emmène son public dans son univers déluré et instable où « Les gens dansent ».

Soutenu par un seul préposé à l’aise tant aux claviers qu’à la gratte électrique, Sam prévient les « Les âmes sensibles » lorsqu’il évoque des moments de malaise liés à son apparence et une quête d’identité artistique à travers son style. Aujourd’hui, à le voir sur les planches, il semble avoir surmonté cette période difficile.

Entre liberté, désamour et jeunesse désinvolte, le garçon solitaire s’épanche encore un peu plus en interprétant la jolie cantine « Ali roule de nuit », un récit poétique, porté par un personnage nommé Ali, taximan, chargé de reconduire Sauvage à son domicile, après une nuit que l’on devine imbibée.

Hugo Brebion, à l’état-civil, manie la plume et les mots de façon ciselée et romantique. Grâce à des textes délicats à la fausse candeur, l’artiste est parvenu à s’attirer la sympathie du public.

Malgré ses apparences, sa dégaine et ses pas hésitants, le bonhomme promet qu’il n’est « Pas bourré » sous les cris hilares d’une foule compacte.

Après un set d’une heure, Samy a gagné son pari. Faire découvrir son univers et gagner la sympathie d’un auditoire qui n’était pas nécessairement venu pour lui.

L’artiste suivante à se produire sur la scène P&V est Charles, son patronyme se référant à son papy dont elle vouait une admiration sans faille.

La demoiselle est vêtue d’une jupe assez courte (laissant entrevoir des guiboles bien en chair), d’un long t-shirt et chaussée de grandes bottes noires, lui conférant un petit air d’écolière effarouchée.

Les fans sont essentiellement constitués de jeunes gens, ravis de revoir celle qui participait, il y a quelques années encore, à ‘The Voice’, comme candidate.

La native de Braine-le-Château explore un univers singulier, au sein duquel elle nous réserve des chansons sensuelles, qui épousent la courbe de son existence. Des titres qui racontent ce qu'elle vit ou qu'elle observe dans son entourage. Vu son jeune âge, cette conception risque évidemment d'évoluer rapidement.

Après un premier Ep et un premier album, tous deux remarqués, deux disques dont le ton fascinant nous plonge au sein d’univers dark-pop alternatif, Charles a décidé d’adopter une esthétique punk et pourpre pour présenter un projet audacieux, au cours duquel, elle raconte ses histoires captivantes en français.

Son nouvel Ep, baptisé « Sabotage », s’érige comme le récit initiatique chaotique et formateur d’une nouvelle femme forte, nourrie par les expériences et les mélodrames de sa petite vingtaine. Il lui permet d’enfin de faire éclater sa bulle à nos visages et à nos cœurs.

La grande nouveauté de ce disque procède au recours, aussi bien de la langue de Molière que de Shakespeare. Un défi fou et laborieux, mais surtout un exercice formateur pour celle qui a toujours douté de ses capacités dans son idiome maternel.

Pour Charles, ce choix a toujours été purement affinitaire, et l’introduction du français sur « Sabotage » découle surtout d’une envie d’explorer d’autres horizons.

Elle entame donc son tour de chant par un « Never Fair », figurant sur l’elpee « Until We Meet », afin de mettre tout le monde d’accord sur son potentiel.

Loin du mythe selon lequel on traduit plus facilement ses secrets dans une langue étrangère, Charles affronte ses vices et ses histoires avec la même hargne, en français. En témoigne ce texte fort sur les abus de la drogue, « Le Marbre ». Une compo qui désarçonne un peu les fans de la première heure.

Mais, très vite, les craintes se dissipent dès « Without You » qui constitue le moment solennel de cet après-midi.

Si le concert de Charles avait des airs inoffensifs, incitant à s’étendre sur l’herbe fraîche, il en est tout autrement pour Ghinzu, car la place des Arts, qui doit l’accueillir, est essentiellement constituée de béton. S’assoir sur le sol s’avère plutôt pénible pour les fesses !

Il est environ 20 heures 10’ lorsque Stargasm et son team débarquent sur l’estrade. Ils sont parfaitement à l’aise.

Chaussé de ses habituelles lunettes noires fumées, le leader est suivi par une bande de joyeux drilles. En l’occurrence le bassiste Mika ‘Nagazaki’ Hasson, le guitariste Greg Remy, le drummer Antoine Michel et le claviériste/guitariste Jean Montevideo, également préposé aux backing vocaux.

Le bassiste affiche des faux airs à la Kévin Bacon, un acteur, producteur, réalisateur et compositeur américain notoire pour son film musical ‘Footloose’ ou encore pour avoir endossé le rôle de méchant dans une kyrielle de longs métrages, dont ‘Sleepers’ et ‘Hollow Man’.

Le look du sixcordiste ne passe pas inaperçu, non plus ! Il a pour habitude de pimenter les shows de l’une ou l’autre frasque selon l’humeur et l’endroit au sein duquel il se produit. S’agissant d’un lieu hautement familial, gageons qu’il n’en fasse pas de trop, n’en déplaise aux esprits chagrins.

Le set débute par « Wowa », un nouveau morceau qui annonce la sortie d’un quatrième long playing studio. En tout cas, une compo toute droite tirée de l’univers énergisant de la bande à Stargasm.

Mais c’est encore « Cold Love », issu de « Mirror Mirror », aux riffs de guitare tranchants et à la rythmique schizophrénique, qui recueille tous les suffrages au sein de la foule. L’ambiance en est déjà à son paroxysme alors que le concert vient de commencer.

Très inspirés, « Jet Sex », « Cockpit Inferno » ou encore « Dragon » maintiennent la pression.

Bien punk, des titres emblématiques tels que « Do You Read Me ? » ou « The Dragster Wave » ne sont pas oubliés.

Le sixcordiste reste sage, ne (s’)accordant que l’une ou l’autre rare pitrerie. Mais la tension monte d’un cran lorsque le quintet interprète le trépidant « 21st Century Crooners », le frontman se laissant aller à quelques pas de danse osés.

Il faudra attendre l’incontournable « Blow », plage d’ouverture de l’elpee éponyme, pour que le groupe s’attirer l’adhésion des plus perplexes. Toujours aussi punchy, cette compo conserve une place de choix dans le répertoire de la formation.

Le concert prend fin. Reste à savourer ce qui constituera un dessert de choix. En l’occurrence « Mine », un titre explosif pour lequel Stargasm s’empare de la basse de son acolyte, lui-même se chargeant désormais des six cordes électriques. Un cross-musical en quelque sorte qui prouve, une nouvelle fois, que les artistes, souvent, sont de vrais virtuoses.

La fin est digne de l’apocalypse, les musiciens se livrent à fond pour marquer de leur empreinte une prestation cinq étoiles.

Malgré le poids des années, Stargasm n’a ni perdu de sa passion, ni de son énergie. Plaisir intense, satisfaction immense et résultat garanti.

Très vite, les amateurs de rock pressent le pas pour se rendre au plus proche du front stage de la scène P&V afin d’y assister à la prestation de dEUS. Et cerise sur le gâteau, il y interprétera son premier elpee, « Worst Case Scenario », un disque ‘laboratoire ‘, intéressant, certes, mais par le meilleur selon votre serviteur. Rien ne pourra détrôner « The Ideal Crash », le troisième opus, dont les riffs résonnent encore aujourd’hui dans ses portugaises.

Cependant, « Worst Case Scenario » reste l’œuvre qui a ouvert la voie au rock belge dans sa conquête du monde.

Après une intro au cours de laquelle on entend une voix quasi-inaudible baragouiner quelque chose en français, « Jigsaw You » est servi en guise d’ouverture. Une compo gentillette qui contraste avec l’énergie débridée de « Via » et la basse entêtante de Stef Kamil Carlens qui signe un retour historique et s’exprime pleinement sur « W.C.S (First Draft) ».

Il faut attendre « Shake Your Hip » afin que le violon, jusqu’alors limité à quelques soubresauts timides, rencontre, de manière brutale, son archet.  Il martèle alors les cordes sans ménagement et les fait vibrer jusqu’à extinction. Un jeu dangereux auquel Barman attache peu d’importance, le frontman préférant vociférer comme un forcené dans son micro sur « Great American Nude ».

Cette compo et « Right As Rain » avaient permis au combo anversois de devenir le premier groupe de rock belge à être diffusé sur la chaîne MTV.

Alors que les guitares saturées s’affolent au gré des compos, le préposé aux fûts semble éprouver quelques difficultés à maintenir le rythme. Heureusement le downtempo « Hotellounge (Be The Death Of Me) » vient casser cette dynamique fofolle tout en offrant un peu de repos au combo et … aux portugaises des milliers de personnes qui sont venues en masse afin d’assister à ce spectacle.

Répit de courte durée, puisqu’après une seconde brève (seconde) intro, le flamboyant « Suds & Soda » prend le relais. Sans doute la signature la plus caractérisée de dEUS et le morceau le plus attendu, provoquant chez le public des mouvements dangereux, proche d’une situation ‘pogotique’ hallucinogène.  Un hymne synonyme de lâcher-prise, de communion et d'abandon.

« Divebomb Djing » vient ponctuer ce concert-hommage à un album qui a marqué la face du rock noir-jaune-rouge. « Worst Case Scenario » a probablement suscité des vocations auprès d’une certaine forme de jeunesse.

La douceur de cette nuit d’été s’est invitée pour le concert de Zaho De Sagazan.

La demoiselle est une auteure-compositrice-interprète et musicienne française. En mars 2023, elle publie son premier album, « La Symphonie des éclairs », et se forge rapidement une belle notoriété.

En février 2024, elle est nommée dans cinq catégories de la 39èmecérémonie des Victoires de la musique, et elle remporte quatre prix, dont ceux de la chanson originale et de l'album de l’année.

Elle commence à diffuser des vidéos sur Instagram, dès 2015. Elle s’y met en scène pour interpréter de nombreuses reprises et quelques compositions originales. En 2016, pour sa toute première scène, elle interprète « La Bonne Étoile » de -M- au théâtre Simone Veil de Saint-Nazaire lors du Concert Salade des ‘Irréductibles’ du lycée Aristide-Briand, auquel elle participera jusqu'en 2019.

Son curriculum vitae fait apparaître une participation dans l’émission de téléréalité ‘The Voice’. Décidément, ce show cathodique est une machine à tubes. On y fabrique des artistes comme des petits pains. Et pas toujours de qualité, malheureusement !

Très vite, ses musiciens ouvrent le bal. Alors qu’elle n’affiche qu’un quart de siècle, la jeune dame s’épanche alors lourdement, mais sobrement et efficacement, sur ses 10 ans de dépendance au cannabis dans « Aspiration », une chanson à texte dominée par l’électro, mais consolidée par les interventions de Rémy, Tom, Simon et Greg, ses amis, comme elle aime à le souligner.

Elle se confie avec « Tristesse », dans un français précis, sur ses désirs amoureux, appuyé par des oscillations aériennes et cosmiques, alors que les arrangements soignés, embrassent ci et là une onde électronique. La tristesse qui se dessine sur son visage décrit mieux que les mots, le spleen qui la transperce de part en part.

La demoiselle déclame sa poésie frénétique par des mots simples, mais qui ne sonnent jamais creux. Elle transforme sa fragilité en force tranquille et se démarque en imposant une version moderne de la ‘nouvelle’ chanson française.

A travers « Dis-moi que tu m’aimes », Sagazan chante l'amour, parce que les chansons sont faites avant tout pour cela. Ne dit-on pas qu’il est universel et dépasse les frontières. Depuis la nuit des temps, ce sentiment impalpable, incolore et inodore, accompagne les hommes et les femmes.

La poésie de l’artiste est délicate, les mots sont doux. Elle est fragile et timide à la fois, mais, à travers son répertoire, elle démontre qu’elle sait ce qu’elle veut.

Elle entraîne l’auditoire, dans son univers feutré, lentement, progressivement. La foule écoute et savoure, religieusement. Et lorsque « La Symphonie Des Eclairs » retentit (titre éponyme du premier elpee studio de l’artiste), c’est l’explosion ! Son interprétation grave lui confère quelque chose de théâtral. Le public devient acteur et spectateur.

Et ce n’est pas le petit Romain Huberland, 11 ans, qui dira le contraire. En s’approchant des barrières, elle invite le jeune garçon à s’exprimer sur le refrain. De toute évidence, ce gamin a un don pour la chanson. Un moment suspendu comme il en existe peu et dont il se souviendra sans doute durant toute son existence.

Grâce à ce titre, Zaho de Sagazana confirme son statut d’artiste avec un grand ‘A’. Et quand la tempête s’apaise, l’orage prend le relais et gronde tout au long de « Ne Te regarde Pas », une compo où l’électronique reprend le contrôle d’un spectacle… éclair.

Alors que « Dansez » invite les uns et les autres dans un ‘move your body » déchirant, la chanteuse s’émancipe et créée la surprise en osant une reprise exceptionnelle et personnelle d’un titre du regretté David Bowie, « Modern Love ».

Il est près de 23 heures 35 lorsque le show se termine. A minuit, se produit The Avener, de son vrai nom Tristan Casara, un DJ français d'électro house.

Trop peu pour votre serviteur qui doit encore emprunter le bus pour regagner son véhicule garé sur l’aérodrome de Temploux, un des parkings de délestage.

Une première journée sans accro, ni embûche. La météo, souvent capricieuse, n’a pas joué les trouble-fêtes.

La journée du samedi sera davantage axée sur la découverte. Quant à celle du dimanche, elle se focalisera davantage sur des artistes déjà un peu plus confirmés. A demain !

(Organisation : Les Solidarités)

Park Rock 2025 : samedi 16 août

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Situé dans la région de Saint-Ghislain et plus précisément à Baudour, le Park Rock a fêté, comme il se doit, un vingtième anniversaire qui restera, foi de festivalier, dans les annales !

Si la première journée était consacrée principalement aux déjantés de Poulycrock, la seconde à une pléiade de covers bands tentant de réincarner au mieux Rammstein, Marylin Manson ou encore System of a Down, la dernière journée du samedi misait plus largement vers des artistes pluralistes émergents ou confirmés. C’est vers ce jour précis que votre serviteur s’est tourné.

Loin des grosses machines industrielles, le Park Rock se veut proche des gens. Ici, une seule scène trône au milieu du site, laquelle est entournée de nombreux bars, stand food ou encore d’artisans locaux.

L’endroit possède ce petit côté ‘lounge’ avec ses aires de repos herbées dispersées ci et là. Sais oublier ces grands arbres centenaires aux ombrages salutaires. Si le soleil s’est montré généreux en début de festival, il sera plus discret lors de cette journée de clôture. Mais pas de quoi décourager les défenseurs de la cause culturelle.

Au programme, sept formations aux styles divers, oscillant du garage-rock au blues, en passant par le bon vieux punk. Et à voir l’engouement suscité pour les vieux briscards de Tagada Jones, on peut affirmer que l’expression ‘Punk is not dead’ n’a jamais été autant d’actualité.

Il est aux environs de 13 heures 30 lorsque le power trio The Rackers monte sur le podium. Fondée en 2016, cette formation réunit des amis de longue date : Allan Tombeur (basse), Yohan Pisella (batterie) et Jimmy Morais Rosa (guitare, chant).

The Rackers, c’est la tradition du bon vieux rock des 90’s aux influences UK puisées chez Royal Blood, The Strokes, The Rapture, Franz Ferdinand, Arctic Monkeys, Blur, The Libertines et bien d'autres...

Le groupe rôde ses compos en concert, remporte plusieurs concours et se produit sur de belles scènes, comme au Bota ou dans le cadre du Ronquières Festival. Le succès prenant de l’ampleur et l’envie de partager un univers bien à eux l’incite à enregistrer un premier album. Prometteur, il s’intitule « Lovaria », un nom emblématique dans la Cité des loups. Pas étonnant donc que les lascars arborent des vestes en jeans sur lesquelles est reproduite l’effigie distincte d’un grand loup.

Le combo attaque immédiatement « Melany ». Une compo énergique nourrie aux riffs de guitare, et dont les coups sur la caisse claire déchirent littéralement. Le son punchy pousse le public à se presser en masse pour découvrir ce band à la vitalité débordante.

Le power trio ne déçoit pas ; il s’en donne à cœur joie tout au long d’un « Doctor » au sonorités post-industrielles mancuniennes voire liverpuldiennes.

Les chansons s’enchaînent à grande vitesse. Les références britanniques sautent aux oreilles tout au long de « Fabulous », « You think » ou encore « Quiet drink ».

Le public danse frénétiquement et dans une communion folle, « Hey Honey » provoque l’exaltation des grands jours.

Les portugaises en ont pris un sacré coup ! Et le sautillant « You can drive » a de quoi ravir les amateurs de ce cocktail vivifiant sonorités de guitare électrique, de batterie et de basse.

Le morceau qui aura l’honneur de clôturer le set de quarante-cinq minutes, « Good morning », mettra tout le monde d’accord. Les crocs de ces louveteaux risquent à coup sûr de laisser des traces indélébiles sur la planète rock !

Autre style, autre ambiance, en compagnie de Fervents. Les musicos doivent accuser à peine la vingtaine et ont déjà acquis une solide expérience.

Le guitariste Ben Baillieux-Beynon, le batteur Sébastien Beaumont et le bassiste Nicolas Berwart pratiquent un garage punk aux influences multiples.

Formé à Liège en pleine pandémie, le trio sort un premier Ep propulsé par le single entêtant « Billy », en 2022. Très vite (début 2023), le groupe retourne en studio pour enregistrer un second Ep réunissant cinq morceaux abrupts aux sonorités poisseuses.

Même si le style est aux confins des goûts musicaux de votre serviteur, force est de constater que brutale et intense, l’expression sonore de la jeune formation semble détenir tous les ingrédients d'une vraie réussite dans un style largement sous représenté dans l'Hexagone.

Grâce à des titres incendiaires proches du grunge, du punk et du hardcore, Fervents parvient à capter l’attention du public. Et ce n’était pas gagné d’avance.

Dans l’univers du metal, Komah est considéré comme une valeur sûre. Un metal qu’il mêle à du hardcore. Il s’est formé en 2007 autour de deux anciens membres de Do Or Die.

Sauvage et implacable, sa musique libère un fameux groove. Ne vous attendez pas à du chant lyrique. Ici, le gars qui se cache derrière le micro vocifère une dialectique qui s’approche davantage du hurlement que du chant. Il sera d’ailleurs soutenu du début à la fin par un drumming féroce et des riffs tempétueux et incendiaires. Mais au cœur des déflagrations électriques, on remarque un penchant pour les prouesses techniques.

Le set est tellement violent et aux antipodes de ce qu’écoute votre serviteur qu’il préfère prendre la fuite afin de se rincer le gosier.

Heureusement, le blues-rock de Sasha & The Lunatics vient apporter un peu de douceur dans ce monde de brutes ! Un quatuor fondé en 2022.

Sous ces airs de Sainte Nitouche, la bien nommée Sasha déborde d’une énergie folle. Dès la plage d’ouverture, « Wacky Lane », la voix de la jeune femme étonne. Elle est, sans conteste, la clé de voûte de cette formation, jeune, certes, mais pleine d’assurance. Mais résumer Sacha and the Lunatics a un grain de voix serait inévitablement réducteur, car la musique de ce combo est susceptible de vous flanquer des frissons, à l’instar de « Cruise Contro », caractérisé par ses riffs saturés. Ou alors lorsque les compos se frottent au psychédélisme, entre énergie brute et grooves sexy.

Sur « Mona » ou encore « Legacy », les influences semblent puisées chez Led Zeppelin, Dorothy et encore Kaleo.

Empreint d’une fausse candeur, la performance scénique de la demoiselle est remarquable, comme sur cette reprise légère et osée de « Human », le titre phare de Rag'n'Bone Man.

Ce soir, Sacha a brillé de mille feux en compagnie de ses fidèles musiciens follement lunatiques.

Place ensuite à Black Mirrors, un quatuor issu du Brabant wallon, drivé par Marcella Di Troia.

Le patronyme du band est tiré de la série anglaise ‘Black Mirror’, dont la trame dénonce les dérives du superflu actuel.

L’influence individuelle de chacun des membres est relativement marquée.  Une musique hybride entre le stoner des Queens Of The Stone Age, le garage/blues/rock ‘old school’ pratiquée par Led Zeppelin ou Jimi Hendrix et la coloration psyché/pop de Jefferson Airplane.

Une évidence, l’organe vocal de Di Troia sert de charpente aux compos ! Elle possède une maîtrise parfaite et se sent très à l’aise sur différentes tonalités que ce soit sur « Soap », la plage d’ouverture, « Gunther Kimmich » ou encore « The Mess ». C’est elle qui va capter l’attention du public, bien plus que l’instrumentation. Et ce même si le jeu de guitare de Pierre Lateur apporte une dimension structurelle aux morceaux. Il s’agit d’un musicien qui détient une maîtrise parfaite de son manche. Les accords les plus complexes n’ont aucun secret pour lui.

Marcella s’investit corporellement en ‘live’, ses membres exultant sur chacune des notes. Son corps manifeste des soubresauts à l’entame de « Lost In Desert » ou encore pendant « Tears To Share ». Ses compagnons de route, quant à eux, sont plus réservés et se contentent de laisser vaguer leurs six cordes électriques, laissant entrevoir les portes de l’onirisme.

Le combo s’autorise une reprise du « The Memory Remains » de Metallica que le band américain avait interprété, en 1997, en compagnie de Marianne Faithfull. Crasseux et percutant, le son dispensé dans les frontaux gronde et crache ses décibels. 

Au bout d’une heure, au cours duquel le groupe a livré son excellent blues/rock/garage, Black Mirror prend congé d’un auditoire ravi et un peu sonné de cette prestation éblouissante.

La lune a établi ses quartiers au-dessus de la plaine de Baudour, de quoi illuminer le concert du trio anglais The Subways. Un groupe de rock alternatif britannique, originaire de Welwyn Garden City, dans la banlieue de Londres, en Angleterre.

Formé en 2003, le combo compte quatre albums studio, à son actif. A l’origine, le line up impliquait les frères Billy Lunn et Josh Morgan, auquel s’était ajouté l'ex-fiancée de Billy, Charlotte Cooper. Ce n'est pas parce qu’il craignait d’être confondu avec Billy Corgan (chanteur des Smashing Pumpkins) mais bien en hommage à son grand-père, qui lui a acheté sa première guitare, que Billy a décidé de choisir Lunn comme patronyme. Aujourd’hui, c’est Camille Phillips qui siège derrière les fûts.

Dès les premiers accords de « Oh Yeah », une constatation s’impose : le combo n’a rien perdu de son énergie. Et puis, il nous permet de revivre ce rock sauvage, à travers les riffs glorieux, qui a marqué les nineties, si bien incarné par Nirvana, Smashing Pumpkin, Sonic Youth et même Oasis.

« Holiday », « Black Wax » ou encore « We Don't Need Money to Have a Good Time » s’enchaînent à la vitesse de l’éclair.

Mais celle qui focalise l’attention est la bassiste qui s’investit pleinement dans l’explosion des titres.

Très complices, les voix de Lunn et Cooper se complètent à merveille, comme sur ce « Taking All the Blame », caractérisé par cette fausse candeur.

Véritable machine à produire des titres punk-rock aussi réjouissants que nerveux, The Subways s’attise la sympathie du public, d’autant plus que le singer baragouine dans un français approximatif, mais qui produit son petit effet ‘kiss cool’.

Les titres révélateurs parsèment une setlist copieuse, mais bien équilibrée, au sein de laquelle Lunn partage continuellement des anecdotes amusantes avec son public.

L’incontournable « Rock’n’Roll Queen » vient conclure cette prestation épatante au cours de laquelle Billy manifeste une simplicité inattendue en se tapant l’‘incruste’ dans le public.

Une fraîcheur automnale s’abat soudainement sur le site lorsque Tagada Jones débarque sur l’estrade. Il est alors 22 heures 30.

Après l’intro, très vite le combo fait saigner guitares, basse et batterie afin de balancer « Le dernier baril » plein de poudre.

Ces vieux briscards semblent dans une forme olympique. Ça déménage même d’enfer.

La plaine est… pleine à craquer. Même ceux pour qui le punk est mort depuis belle lurette se sont donné rendez-vous à Baudour, afin de revivre des moments vécus au cours de leur jeunesse en s’adonnant aux joies de la danse débridée.

Malgré plus de 30 ans de carrière, cette formation française est toujours aussi contestataire et nous le rappelle bien dès « Je suis démocratie » qui fédère, comme un paquet de frites sauce mayo.

Les assauts électriques fusent sur une rythmique complètement psychédélique. Les titres s’enchaînent (« Nous avons la rage », « Zéro de conduite », « Cargo ») et les remous de la foule, un peu timides au début, se transforment vite en pogos complètement fous.

Le son puissant et métallique de ces sales Jones pousse les plus téméraires à se livrer aux joyeusetés du slam et à se laisser porter par la foule, en étant allongé, jusqu’aux barrières crash, elles-mêmes postées en front stage.

Les propos sont rudes, mais font figure de punchlines, à l’instar de cet excellent « Vendredi 13 » (NDR : il relate les attentats du 13 novembre 2015, qui ont causé 131 morts, 413 blessés, et des milliers de victimes collatérales dans les familles), et dont le refrain est repris par le peuple dans son entièreté, excédé par autant d’ignominie et de bestialité. Comme quoi, la musique a des vertus qu’aucun autre art ne possède.

Les échanges entre Niko (au chant et à la guitare) et le public sont peu nombreux. Peu importe, l’essentiel est porté par Waner préposé à la basse, Stef à la guitare, et Job à la batterie qui repoussent les limites du possible pour pouvoir délivrer le meilleur d’eux-mêmes.

Alors que le set tire à sa fin, « Mort aux cons » met littéralement « Le feu aux poudres ». Un hymne qui traite de l’injustice sociale et dont le refrain entêtant à hurler sans vergogne, provoque un séisme narratif au sein d’une foule pourtant surchauffée.

Tagada Jones se produit déjà depuis une heure trente, le visage de chacun des membres ruisselle de sueur, démontrant que leur investissement n’est pas feint.

La reprise de « Cayenne » de Parabellum sonne le clap de fin, avant qu’une bande préenregistrée diffuse en boucle, durant de longues minutes, le titre-slogan des Berruriers Noirs : ‘La jeunesse emmerde le Front National’. Un groupe que les jeunes de moins de vingt ans ne peuvent évidemment pas connaître.

Une fois de plus, le Park Rock a tenu toutes ses promesses. Un anniversaire fêté comme il se doit, entre simplicité, efficacité et pugnacité, car il en faut de la volonté et du courage pour survivre aujourd’hui dans la jungle des festivals…

(Organisation : Rock Nation + Park Rock)

Lokerse Feesten 2025 - Jour 8 : vendredi 8 août

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Aujourd’hui le soleil est bien de la partie. Une évolution positive par rapport aux premiers jours (pluvieux) du festival. L’ambiance, déjà bon enfant en temps normal, l’est encore davantage ce 8 août. Et la fête bat son plein, puisque ce vendredi est finalement décrété sold-out, en début de journée. Idem en ville, lors du festival parallèle (et gratuit celui-là) Fonnefeesten, pour lequel la file s’étend en permanence jusqu’à plusieurs centaines de mètres pour y entrer. Mais pas le temps de s’y attarder, car un long programme et zapping entre les groupes nous attend.

En début de soirée sur la grande scène, DIIV profite des derniers rayons de soleil. Il est encore possible, à cette heure, de s’avancer aux premiers rangs et de circuler aisément vers le bar (NDR : ce ne sera plus le cas ensuite, car lorsqu’une journée du Lokerse Feesten est complète, on est vite serrés comme des sardines).

Après avoir accordé un concert aux réactions mitigées, dans le cade des Nuits Botanique, en 2022, les natifs de Brooklyn vont mettre tout le monde d’accord. Avant leur entrée sur scène, une vidéo, diffusée en fond d’écran, présente chaque membre du band (NDR : et ainsi éviter de le faire en fin de set ; et puis, les musicos sont plutôt des shoegazers et pas très loquaces).

En fait, entre chaque titre, la vidéo d’une tierce personne est projetée sur cet écran. Traitant brièvement du groupe, balançant une pub originale pour le merchandising ou encore pour défendre une bonne cause. S’autorisant ainsi des slogans de soutien à la Palestine ou du style ‘America is the great satan’.

Sur les planches, le look ne trompe pas : un t-shirt 3XL et une coupe à la Jay Mascis des débuts pour le bassiste. Des lunettes vintages à la Derrick pour le leader Zachary Cole Smith. Le guitariste central Andrew opte, quant à lui, pour une tenue sportive, casquette vissée sur sa tête. Bien que le combo ait souvent été catalogué comme noisy et indie, le fait d’avoir assuré la première partie de certains concerts de Depeche Mode, mais surtout grâce à son remarquable quatrième opus, lui ont permis de s’élever au niveau supérieur. Et ce soir, ce sont d’ailleurs les titres « Amber » et « Brown paper bag » qui servent d’ouverture, comme c’était le cas sur ce dernier elpee. En fait, une bonne moitié du set est issue de cet album. A l’instar de « Fog in boiling water », dont le titre éponyme est aussi interprété, tout comme l’éthéré « Soul net », qui n’est pas sans rappeler Slowdive, dans un même registre. Les compos s’enchaînent dans une ambiance de dreampop atmosphérique, sous les derniers rayons de soleil qui se couchent sur la plaine. En clôture « Doused », plage extraite de son deuxième long playing du même nom (NDR : et sans doute le moins bon des quatre), à la fois hypnotique et mélancolique, est découpé par ses riffs tranchants. Exécutant une sortie de scène tout aussi sobre que son entrée. Pour info, la formation reviendra à Maastricht, en concert gratuit, au Muziek gieterij, le 5 septembre. Mais également, au Splendid de Lille, 3 jours plus tard.

Direction le club réservé aux (re-)découvertes et à la scène indie. Hinds s’y produit. Un groupe féminin espagnol qui n'est pas sans rappeler Wet Leg, Wolf Alice voire Warpaint, en version tempérée (NDR : ces ‘W’ sont tout à fait accidentels). Très enthousiaste et volubile entre les titres, Carlota nous parle de sa première expérience agréable en Belgique, et de sa connaissance du français et de l'anglais. En fait, bien que ce band existe depuis une bonne dizaine d’années (essuyant quelques déboires durant les années Covid), sa passion et sa fraîcheur lui confèrent des allures de bande d’ados. Une spontanéité qui semble plaire à un auditoire bien rempli. Son rock garage flirte avec ce côté plus pop (teen), de quoi vouloir continuer à les suivre. Même si ce soir le temps presse, et un retour vers la grande scène s’impose, au milieu de sa prestation.

Quelle bonne surprise de voir la plaine, devant la main stage remplie à craquer ! Pas de doute, Haunted Youth jouit d’une fameuse popularité au Nord de la Belgique. Et ce malgré une maigre discographie. Un seul long playing à son actif, « Dawn of the freak », paru en 2022, et quelques singles gravés en 2024 et 2025. A l’instar de DIIV, la musique baigne dans le shoegaze. Une voix atmosphérique, de longs riffs, toujours soutenus par cette basse lancinante et omniprésente (NDR : un peu comme chez les groupes post punk et new-wave). Cependant, les musicos sont un peu trop statiques au goût de votre serviteur, ce qui le pousse à retourner vers la deuxième scène du club, pour une prestation plus pêchue.

McLusky avait déjà mis le feu aux nuits du Bota en mai dernier, tout comme The Ex et Jesus Lizard. Ce soir le bassiste et le batteur se démènent encore sans compter, sur la gauche du podium. Andrew Falkous semble plus concentré sur son sujet. D’ailleurs, il a un casque audio vissé sur la tête (NDR : il s’en sert comme protection auditive, pour diminuer le volume sonore). Le public est plus clairsemé, et surtout moins agité que lors de ce récent passage au Botanique et lors de leurs débuts, au Dour festival de 2002. Malheureusement, il n’est possible que d’écouter une partie du set, car le temps presse pour rejoindre la grande scène, devant laquelle le monde commence à se presser. Et vu l’affluence, pas facile de se faufiler. D’ailleurs Falkous, guère avare de boutades, nous rappelle, avant la fin du set, qu’un grand groupe s’apprête à jouer et qu’il est préférable quitter la salle. Pas grave, car McLusky sera de retour, au Cactus Muziekcentrum de Bruges, ce 4 octobre.

Une foule de dingue s’est massée devant la Main stage, longtemps déjà avant le début du concert. Pas de doute, The Smashing Pumpkins est l’un des concerts les plus attendus de cette 25ème édition, voire de toute l’histoire du festival (NDR : à entendre les commentaires à priori et à posteriori). Pourtant, à l’instar des Sex Pistols lundi, les craintes relatives à la prestation des Smashing sont pourtant assez élevées. Il n’est d’ailleurs pas difficile de comparer le band chicagoan à Placebo, programmé aux Lokerse Feesten, deux ans plus tôt. Et pour cause, intéressants sur disque, ils le sont beaucoup moins en live.

On se souvient de son excellent premier elpee, « Gish » (NDR : malheureusement oublié de la setlist de ce soir). Et même du tout dernier « Aghori Mhori Mei », paru l’an dernier. En fait les attitudes de Brian Molko pour Placebo, et du leader de Smashing Pumpkins, Billy Corgan, ternissent régulièrement les prestations des combos en public. Bref, ils sont, par nature, antipathiques. Et Corgan suscite même la crainte. Le genre de gars à qui on ne confierait pas ses enfants, même 5 minutes. Sur scène son humeur peut influencer le déroulement du set. Il a déjà révélé publiquement souffrir de troubles mentaux. On est aussi en droit de déplorer les changements de line-up. A la basse notamment, à la suite des défections successives des charmantes D'arcy Wretzky (devenue actrice a posteriori), Melissa Auf der Maur (partie rejoindre Hole, entre autres) puis encore Nicole Fiorentino. Cependant la multi-instrumentiste Katie Cole, et la guitariste Kiki Wong (installée côté gauche de l’estrade), ne manquent pas de charme, mais surtout apportent leur touche personnelle. De la formation originelle, il reste le sixcordiste James Iha (dont l’interview accordée en 1993 est toujours disponible ici) et le drummer Jimmy Chamberlin (malgré plusieurs allers-retours).

C’est d’ailleurs James qui prend d’abord la parole en début de set, pour introduire « Today », en ces termes : ‘Goeie avond (NDR : bravo pour l’effort de la langue et avec le bon accent), We are Smashing Pumpkins, now let’s rock !’. Le ciel se dégage et la pleine lune brille sur le côté gauche du podium. Dont le décor a de quoi impressionner. A cause des structures gonflantes et du light show, en début de parcours très tamisé (NDR : un calvaire pour les photographes - voir les photos de Wim Herbaut, ). Le concert se mue rapidement en ‘best of’, épinglant notamment « Bullet With Butterfly Wings » et « 1979 ». Certains estiment la reprise de « Berlin », amusante (NDR : y compris Billy qui lâche sa guitare et vient sourire (fait rare !) en s’approchant de l’avant-scène…

Cependant, dommage que le combo n’ait pas interprété davantage de morceaux singuliers, à l’instar de « Bodies », joué lors de shows précédents. D’autant plus que la durée du set est calculée à la minute près. Soit 1 h 30, ne laissant guère de place aux surprises. Mais ne boudons pas le plaisir d’assister à un concert de Smashing Pumpkins en forme, au cours duquel Billy est de bonne humeur. Des compos comme « Disarm », « Tonight, Tonight » et le décapant « Cherub Rock » (caractérisé par son riff d’intro lancé par Corgan en personne) se succèdent. Soit autant de titres qui nous replongent dans l’époque d’une jeunesse insouciante des 90’s. Un temps que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaître. Une époque au cours de laquelle les vidéos de ces singles étaient diffusés sur la chaîne MTV.

Dans la setlist figurent les excellents « Ava Adore » et « Zero », insérés parmi certains morceaux un peu trop tirés en longueur. Et cette courte reprise/intro de Black Sabbath, balancée en fin de parcours, n’est pas vraiment nécessaire ni judicieuse (NDR : c’est bon, on lui a assez rendu hommage à l’autre écorché vif). Et à l’issue du final électrique « The Everlasting gaze », Corgan prend le temps de longer l’avant du podium, seul, pour saluer la foule (NDR : parce que ce soir, il était de bonne humeur, on vous le rappelle).

Même s’il évolue dans un autre registre, Goose n’a pas de mal à (re-)conquérir le public en fin de soirée (enfin en début de nuit, car il entame sa prestation après 1h du matin). Il faut préciser que le band flandrien se produit, en moyenne, tous les deux ans, depuis 2008, aux Lokerse Feesten.

Mais que de changements depuis ses débuts. Ou comme il y a 10 ans, lors d’un concert intimiste accordé à l’Eden de Charleroi ! Désormais, le band courtraisien envoie du lourd dans le cadre des plus grands festivals, tant visuellement qu’au niveau sonore. En intro, « British mode » résonne, en effet, comme le titre d’un grand groupe de britpop électro. Ensuite le leader Michael Karkousse, fort de sa grande taille, se sent pousser des ailes et part au contact du public, sur le tout aussi bien nommé « Can’t stop me now ». « Control » ou « Bring it now » continuent de faire danser la foule. Tout comme « Words » ou l’inévitable instrumental « Synrise », en clôture.

On signalera encore que les noctambules ont eu le loisir de s’éterniser jusque 5h du matin au Club Studio Brussel grâce aux DJ sets d’Helena Lauwaert et Aya.

PS : n’hésitez pas à vous replonger dans l’ambiance des Lokerse Feesten, en consultant le reportage photo de Wim Herbaut ici

(Organisation Lokerse Feesten)

Ronquières festival 2025 : du vendredi 1er au dimanche 3 août + Will Smith le mardi 5 août

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Welcome to Ronquières, Bienvenidos a Ronquières

Au terme d'une édition 2024 très réussie (deuxième plus grande affluence du festival, soit 67 000 festivaliers en 3 jours), les organisateurs du Ronquières Festival ne se voilaient pas la face : les coûts de production sont devenus tels qu'un festival comme celui de Ronquières devait devoir se réinventer en 2025, s'il voulait perdurer.

Cette redéfinition annoncée des contours de l’événement s’est donc concrétisée cet été sous la forme de l'ajout ‘Ronquières Encore !’. Cette prolongation a pris place le mardi suivant le festival (5 août 2025) et proposait une tête d'affiche assez exceptionnelle, d’un artiste en tournée européenne pour quelques dates seulement cet été Will Smith. Retour sur cette 13ème édition.

Première constatation, la musique urbaine, très présente à Ronquières ces dernières années, a pratiquement disparu du radar au profit d'une programmation familiale axée sur plusieurs artistes francophones dont le succès actuel n'est plus à démontrer et renforcée par quelques vieux briscards et valeurs sûres.

Ainsi, le vendredi 1er août, Clara Luciani assure la tête d'affiche, quelques années après avoir performé ici même, mais au beau milieu de l'après-midi. La prestation sans faille de la chanteuse martégale va ravir les 17 500 spectateurs présents ce vendredi soir sur une plaine bien échauffée par l'inoxydable Jean-Louis Aubert, dont les concerts constituent toujours un instant de communion formidable avec son public mais aussi par The Vaccines dont le set pop-rock met le feu à la scène principale.

Le samedi 2 août est considéré par beaucoup comme le point d'orgue de cette édition 2025 et les chiffres le confirment : il y a 7 000 spectateurs de plus que le vendredi (mais également que le dimanche qui a vu passer autant de festivaliers qu’au cours de cette première journée) pour venir applaudir Mustii, Philippe Katerine, Héléna et surtout Julien Doré, dont le grand sourire continue de convaincre les habitués du festival, puisqu’il s’agit de son cinquième passage en terres hennuyères, en 13 éditions. Loufoque, drôle et décomplexé, le concert de Philippe Katerine est complètement déjanté. Il met le public dans sa poche, notamment en s'adressant à lui à la façon dont un Général de Gaule l'aurait fait à ses compatriotes, si ce n'est que le ‘Français, Françaises’ laisse place à un ‘Belges, Belges’, qui devient un gimmick, au fil des morceaux.

Troisième et... avant-dernier jour (pour celles et ceux qui ont suivi) de cette édition 2025, le dimanche 3 aout accueille une merveilleuse Zaho de Sagazan qui montre toute l'ampleur de son talent sur la plaine de Ronquières, totalement conquise malgré une pluie naissante. Du haut de ses 25 printemps et deux ans et demi après la sortie de son très joli premier album, « La Symphonie des Eclairs », qu'elle défend sur la route avec acharnement depuis qu'il est dans les bacs, la jeune Française clôture cette journée du dimanche de main de maître, alternant moments d'une rare douceur et passages électro endiablés. Aucun doute, Zaho de Sagazan n'a déjà plus grand chose à prouver. Espérons juste que ce rythme effréné ne l'épuise pas et que les amateurs de ses jolies histoires puissent encore en profiter longtemps. Cette solide prestation ne doit cependant pas éclipser les autres grands moments de cette journée de dimanche, comme le retour des Libertines et de Kaiser Chiefs, venu fêter les 20 ans de sa pépite « Employment ». A cette occasion, la formation originaire de Leeds, livre un set énergique égrenant hit après hit, pour le plus grand bonheur des amateurs de rock présents ce jour- là.

Clap de fin ? Presque. Comme expliqué ci-dessus, le Ronquières Festival proposait cette année une nouveauté en ajoutant cette quatrième journée, indépendante des trois premières, sous le nom de Ronquières Encore ! Et à l'affiche de cette première édition, un cador, une star US en la personne de Will Smith, le Fresh Prince himself. Il n'est pas de notre ressort de chroniqueur de juger des évènements qui l'ont mis sur le devant de la scène ces dernières années, contentons-nous de parler musique. Parce qu'au-delà de sa carrière d'acteur (‘Le Prince de Bel Air’, ‘Men In Black’, ‘Independance Day’, ‘Bad Boys’, ‘I am Legend’...), Will Smith est à l'origine de plusieurs hits indémodables que tout le monde connait. Et ce sont ces tubes que l'Américain enchaîne devant une dizaine de milliers de spectateurs. Cette assistance est certes en-dessous de celle espérée par les organisateurs, mais elle suffit malgré tout à rendre l'opération rentable. Mieux encore, elle permet au Ronquières Festival de ne pas mettre ses activités à venir en péril, en épongeant quelque peu le creux d'assistance constaté les vendredi et samedi.

Attardons-nous sur la prestation du Fresh Prince, qui déboule par le frontstage, pour serrer des mains et faire des ‘high five’ aux premiers rangs, pour le plus grand plaisir de ses fans. S'ensuit alors une succession de hits, « Gettin' Jiggy With It », « Miami, Bad Boys », « Wild Wild West », « Summertime », rien ne sera oublié. Ni même la fameuse danse de Carlton, sur laquelle il invite deux fans à danser avec lui sur le podium, ni un poignant hommage à James Avery, l'inoubliable oncle Phil, décédé en 2013. Chaque discours est traduit en français par une de ses choristes, pour ne perdre personne au fil du concert. On notera également l'inoubliable moment pour une quarantaine de bénévoles du festival, habillés en men et women in black, qui ont le bonheur d'accompagner l'agent J sur les planches pendant qu'il interprète la bande originale du film. Bref, un show à l'américaine, très critiqué en amont de sa prestation et encensé en aval. Ce sont les absents qui ont eu tort ce soir-là.

Cet épisode clôture donc cette édition un peu particulière. Accusant une baisse de fréquentation de 12%, le Ronquières Festival subit le même sort que la plupart des festivals de son calibre et finit pour la première fois dans le rouge. Ce qui n'empêche pas Gino Innocente d’annoncer, d’ores et déjà, que l'édition 2026 aurait lieu du 7 au 9 août. Gageons que son organisation, arrivée aujourd'hui à pleine maturité, associée à la diversité de sa programmation, lui offre encore de belles années et une longue vie.

(Organisation : Ronquières Festival)

Photos Vincent Dufrane ici

 

 

 

 

 

 

 

Lokerse feesten 2025 : ‘Punk day’ – lundi 4 août

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Organisé à Lokeren, en Flandre Orientale, le Lokerse Feesten souffle ses 50 bougies cette année. On aurait donc pu s’attendre à une affiche bien plus alléchante pour marquer le coup ; mais elle ne propose pas de noms ronflants. En outre, la programmation de dimanche, jour de clôture, n’attirera pas beaucoup de Francophones, puisqu’elle proposera Clouseau, de Mens, et Noordkaap, comme têtes d’affiches. Mais finalement l’essentiel n’a-t-il pas été préservé en conservant cette convivialité tout au long de ce demi-siècle. D’ailleurs, la kermesse et la fête battent toujours leur plein au centre-ville. En longeant le canal depuis la gare, on rejoint rapidement le site du festival, judicieusement baptisé Grote Kaai. Et puis, ne boudons pas, non plus, notre plaisir, car contrairement aux autres grands festivals, le line up résolument rock a été, en grande partie, préservé. Et notamment le ‘Metal day’, fixé le mardi, et le ‘Punk day’, le lundi. C’est ce dernier jour que votre serviteur a suivi.

Sur la grande scène, la soirée débute par une légende du punk, The Undertones. Un quintet qui célèbre également son cinquantenaire. Ainsi de 1975, année de sa naissance, à 1983, de sa séparation, il a été très actif. Puis, son leader, Feargal Sharkey, a quitté le band, pour faire carrière dans l’industrie des médias. Après un long hiatus, le groupe s’est reformé en compagnie d ‘un nouveau chanteur, Paul McLoone, début 2000. Le combo a alors gravé deux elpee, en 2003 et 2007.

Malgré quelques singles comme « Teenage kick » ou « My perfect cousin », dont les compos sont hantées par les Buzzcocks, le quintet nord-irlandais n’a guère convaincu. Un set plutôt fade. Les applaudissements sont polis, et les allers-retours entre les bars et le site sont nombreux.

C’est la troisième fois et année quasi-consécutive que The Damned se produit aux Lokerse Feesten. Ça fait un peu ‘réchauffé’. De nouvelles têtes auraient été bienvenues. Et pourquoi pas une bonne surprise ? C’est un peu comme si on assistait à la parade militaire du 21 juillet ! Heureusement, les deux membres originels du groupe, Dave Vanian, aux allures toujours vampiriques, et le déjanté Captain Sensible, vont encore assurer le taf. Et occuper le devant de la scène. Entre punk et post-punk (voire new-wave) les tubes s’enchaînent. Depuis « Love song » en ouverture à « Neat, neat, neat » en passant par « New rose ». Et c’est largement moins monotone que le set des Undertones. Car certaines compos lorgnent vers le psychédélisme West Coast comme cette reprise du Jefferson Airplane, « White Rabbit », interprétée en fin de parcours. Un concert qui s’est avéré agréable à suivre.

Mais le point culminant de cette soirée viendra d’Iggy Pop. Malgré ses 78 piges, il est toujours bien actif. Déjà présent, à l’affiche de Werchter, il y a un mois, et après quelques dates aux USA, l’Iguane est déjà de retour en Belgique. Sa discographie est impressionnante. Il a enregistré 19 albums solos au cours des cinq dernières décennies. Dont l’excellent « Every Loser » - sur lequel figure le single « Frenzy » - paru en 2023, qui succédait à « Free », en 2019, un opus plus intimiste, jazzy et poétique. Et bien entendu le chef d’œuvre (NDR : n’ayons pas peur des superlatifs à la Marc Ysaye) « Post pop depression », en 2016, qui avait bénéficié de la collaboration efficiente de Queens Of The Stone Age. Malgré la pluie qui commence à tomber (NDR : il faut s’y faire, pendant les festivals, au cours de ces dernières semaines voire années).

L’accueil du public est enthousiaste. Les tubes des Stooges, « TV eye » et « Raw power », ouvrent le bal. Malgré la petite brise, l’Iguane a déjà laissé tomber sa veste et affiche encore son torse nu et sénile. Enchaînés, « The Passenger » et « Lust for life » donnent vite des allures de best-of au set de ce soir. A mi-parcours, « I wanna be your dog » donne l’occasion au presqu’octogénaire – il est né en 1947 – de descendre (difficilement) les marches du podium qui donnent accès à la place. Après quelques accolades et chœurs échangés avec les spectateurs, il remonte sur les planches et s’y couche. Mais il se redresse très rapidement et s’assied pour interpréter certains morceaux. Des compos qui sont bien revisitées d’ailleurs, enrichies par deux cuivres postés côté gauche de la scène. Et par les interventions du guitariste des Yeah Yeah Yeahs, Nick Zinner. Il est facilement reconnaissable à sa tenue sombre et sa chevelure… aussi imposante que ses riffs. Une belle touche d’originalité est apportée à travers le choix du morceau final, le « Punk rocker » des Teddybears (NDR : où Iggy ne faisait qu’un featuring à la base). Mais dont les paroles (‘I'm listening to the music with no fear. Caus’ I am a punk rocker, yes I am’) nous rappellent que, oui, Iggy reste une légende vivante (NDR : pour longtemps encore, espérons-le) du punk.

Et si Iggy Pop ne déçoit jamais en ‘live’, la dernière mouture des Sex Pistols suscite d’inévitables inquiétudes. Plus de line-up originel comme lors de son passage au Grote Kaai, en 2008. John Lydon, à la suite de ses différents avec ses comparses (NDR : une situation récurrente, vu son caractère), a préféré partir en tournée avec PIL (NDR : qui avait transité, en juin dernier, par Leuven et Lille). Frank Carter (ex-Rattlesnakes) prend le relais au chant et opère une entrée sobre sur le podium. Se plantant même sur le côté et adoptant presque une position de Namasté, pour mettre en lumière les musicos initiaux. Pourtant c’est bien ce nouveau chanteur, rouquin lui aussi, qui injecte le plus d’énergie dans le show. Les trois musiciens restent souvent, proches de l’un l’autre. Et n’interagissant pas avec le public. Les lumières mauves et jaunes, couleurs des fonds d’écran, rappellent la pochette de l’unique long playing, « Nevermind the bollocks ». Des anciens et récents concerts (essentiellement accordés au Royal Albert Hall de Londres) sont projetés sur un écran. Mais évidemment. Johnny Rotten n’y apparaît pas.

Après « Holidays in the sun » en ouverture, les titres défilent, dont « Seventeen », « Pretty vacant » ou encore « Bodies ». C’est alors que Carter surgit, tour à tour de chaque côté de l’auditoire. S’y installant même pour y chanter. Ce qui déclenche des circle pits et autres pogos autour de lui. Il ne ménage pas ses efforts ; cependant, on se demande comment le groupe parviendra à remplir les 1h30 du ‘timing’. Les réponses arrivent, mais ne sont guère réjouissantes. Pour y parvenir, la formation tire en longueur la présentation des musicos, mais aussi les morceaux, en les encombrant de solos interminables.

Alors, méritaient-ils une telle ovation ? La question mérite d’être posée. Ce ne sont pas les Stones, quand même, et leurs accords sont plutôt simplistes. Les versions étirées de morceaux punks qui, à l’origine, ne duraient que 2’30’’ ont de quoi irriter. Tout comme cette reprise de « My way » au cours de laquelle Glen Matlock et Steve Jones jouent assis. Coïncidence, mais cette adaptation a déclenché de nouvelles averses.

Nonobstant un « Anarchy in the UK » de bonne facture, qui a clôturé le set, on ne peut pas dire que la prestation ait été transcendante.

D’ailleurs la foule était bien moins nombreuse que pour le show d’Iggy Pop, et pas mal de festivaliers sont partis avant la fin du concert des Sex Pistols.

Le reportage photos consacré à l'édition 2025 des Lokerse Feesten et réalisé par Wiim Herbaut est disponible

(Organisation Lokerse feesten)

Les Gens d’Ere 2025 : dimanche 27 juillet

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Il s’agit déjà de la dernière journée de festival. Celle-ci risque d’être compliquée sur le plan météorologique, car des averses orageuses sont annoncées.

Pourtant, les festivaliers risquent d’être nombreux. Et pour cause, Pascal Obispo constitue la tête d’affiche.

Lorsque votre serviteur foule la plaine, Fredz se produit déjà sous le chapiteau. Son accent ne laisse planer aucun doute, il vient du Canada, du Québec très exactement.

Il justifie le choix de son pseudo car sur scène, il n’est pas totalement Frédéric. Le ‘z’ complète son côté artiste. C’est un jeunot, il n’a que 23 ans !

Sa musique navigue aux confluents du rap français (Nekfeu, Alpha Wann), de la pop, de la trap et de la soul. Le style se distingue par une écriture introspective et mélodique.

Il débute la musique à domicile à 15 ans, entre guitare et beatmaking. Son premier Ep, « Dans ma tête » (2019), est suivi d’une mixtape « Pas d’épines, pas de roses », parue la même année.

Son opus, « Demain il fera beau », a été nominé aux Felix Awards 2024 (Album ‘rap’ de l’année) et aux Juno 2025 (Album francophone de l’année).

Son single, « Le stade », a dépassé les 21 millions d’écoutes et est devenu ‘single d’or’ au Canada.

Ses chansons touchent au quotidien et baignent souvent dans un spleen profond, comme sur « Ce soir – J’suis dans ma tête ».

Le public semble réceptif aux frasques du jeune homme, notamment lorsqu’il interpelle un Monsieur au premier rang et lui demande son nom. Il s’appelle Thomas. Tout de go, le chanteur annonce alors à son public que le concert sera dédié à tout le monde… sauf à Thomas.

Il met son succès sur le dos de chansons avec ‘3 accords’. Il le démontre en chatonnant cette comptine faussement légère.

Malgré son jeune âge, Fredz maîtrise les codes de la musique, des textes et de l’émotion, à l’instar de titres comme « Allo la lune » et « Dans les soirées ».

Force est de constater qu’au-delà de la musique, c’est l’ambiance qui a marqué la prestation, déclenchant l’enthousiasme au sein de l’auditoire, entre chants, battements de mains et sourires partagés.

Fredz est parvenu à créer un moment de connexion sincère, non seulement avec ses fans, mais aussi ceux qui le découvraient. Accompagné d’une équipe solide sur les planches, il a livré un spectacle sans temps mort, qui a capté l’attention du début à la fin, jusqu’aux derniers… accords.

Sur la grande scène, Léon attend sagement que le public se déplace en masse, pour un set inédit, puisque c’est la première fois qu’il se produit en solo.

Le type a déjà bien bourlingué. Il s’agit même de l’un des membres de Delta, un groupe belge de pop-rock bien connu, réunissant Benoît Leclercq et de Julien Joris.

En outre, Léon a collaboré avec des artistes comme Typh Barrow, Mustii, Florent Pagny, Yannick Noah et Arcadian.

Benoît se présente donc sans son comparse. L’estrade est parsemée d’instruments divers. Pourtant aucun musicien n’est annoncé, pour le soutenir. Ce qui laisse penser que le gars va devoir se charger de se coltiner la panoplie d’instruments en occupant tout l’espace sonore.

Il est venu défendre son premier Ep, intitulé « Aïe », tout fraichement sorti, qu’il a composé, enregistré et produit dans son propre studio à Bruxelles.

Le jeune homme semble assumer pleinement sa posture. Il enchaîne une série de titres issus de ce support. « Basique » et « Ça va pas durer » marinent au sein d’une atmosphère douce et mélodique. Mais, ne vous trompez pas, l’artiste sait aussi se montrer plus énergique en proposant, également, des titres chargés d’intensité.

Léon cisèle finement sa plume. Il explore, à travers ses textes, des émotions profondes, des blessures intérieures, entre pop, chanson et musique électronique contemporaine.

Afin de satisfaire les fans de la première heure, des chansons moins récentes sont également insérées dans sa setlist, comme une exploration intimiste d’un jeune chanteur cherchant sa voie.

Nonobstant une prestation relativement tendre, Léon est parvenu à susciter l’attention des plus curieux.

Le temps est de plus en plus menaçant. Il est temps de se mettre à l’abri. Et tant qu’à faire, y assister au concert de RORI.

Après avoir marqué les esprits en assurant la première partie de Lana Del Rey, au festival Rock en Seine, devant 40 000 spectateurs, RORI poursuit son ascension. Cet été, elle s'invite sur les scènes de plusieurs festivals dont Les Francos à Esch/Alzette, Les Gens d’Ere et Les Solidarités à Namur.

Nouvel espoir de la scène musicale belge, RORI s’impose grâce à un univers atypique, puissant et résolument moderne.

Portée par un style pop-rock instinctif et percutant, la jeune dame capture les tourments et les espoirs d’une jeunesse en quête de repères, devenant ainsi une voix authentique et inspirante. A travers des textes sincères et engagés, elle transforme ses émotions en hymnes générationnels, oscillant entre fragilité et intensité.

Les spectateurs les plus fervents auront remarqué qu’il ne s’agit pas d’une novice, puisqu’elle a milité aux côtés de Valentin Vincent – chez Beffroi, décédé à l’aube de sa vie.

La petite maîtrise les codes du marketing en faisant de la couleur rouge, une identité et sa marque de fabrique. On retrouve ainsi cette teinte sur le micro et son pied. C’est également celle qui domine le light show. Et puis celle qui a été choisie pour l’inscription sur la peau de résonnance de la grosse caisse.

Toujours flanquée de ses fidèles serviteurs, l’ex-The Subs, Hadrien Lavogez, préposé à la guitare, et Martin, caché derrière les fûts (NDR c’est aussi le batteur de Ykons), la demoiselle entame son tour de chant par « Ma Place », dont le phrasé, les sonorités pop et les appuis rythmiques sont très communicatifs.

Le band livre une forme de pop/rock chanfreiné, qui lui va comme un gant. Les fans de la première heure s’y perdront, l’artiste ayant jusqu’à présent chantourné dans la langue de Shakespeare.

Vêtue d’un crop-top de couleur noire, la jeune fille laisse apparaître un corps filiforme. Elle connait bien ce festival pour s’y être déjà produite dans le passé.

Capable de vous retourner de solides punchlines, l’ingénue est devenue une figure de proue de la scène musicale noir-jaune-rouge, pour l’avoir écumée depuis quelques années.

Aujourd’hui, elle s’affranchit des préjugés pour servir un répertoire cuisiné à la sauce pop acidulée, devant un public que l’on dit souvent élitiste. Mais « Ma place », met tout le monde d’accord. Les riffs de guitare, les frappes syncopées et la voix portante de RORI, font de ces ingrédients, une recette qui incarne une nouvelle génération d’artistes qui ramène le rock alternatif sur le devant de la scène pop, imposant son style avec une authenticité et une force indéniables.

Sur le percutant autant que ravageur « Vampire », la jeune dame vampirise complètement son auditoire. Un titre dont les sonorités résonnent encore aujourd’hui dans la tête de votre serviteur. Et donne le « Vertige » à son cœur, tout au long de cette compo livrée avec justesse et émotion.

Caractérisé par son phrasé haché, ses sonorités pop et ses appuis rythmiques, la musique de RORI, artiste manifestement charismatique et communicative, rallie rapidement la foule à sa cause et s'inscrit dans l'air du temps.

Malgré ce « Soleil » brûlant, les corps se dénudent. Force est de constater que cette situation suscite la « Jalousie ».

Alors que Rori embrasse différents styles, depuis la pop au rock en passant même par le funk, ses chansons abordent des sujets personnels et très intimes à l’instar de « Loser ». Alors qu’hier, ces thèmes la rongeaient, aujourd’hui elle semble les cultiver et en tirer parti.

Spasmodique, « Miroir » véhicule des accents nostalgiques. A moins que le rétroviseur ne soit un moyen de regarder le passé afin d’affronter l’avenir.

Touchante et la sensibilité à fleur de peau, Camille Gemoets (à l’état civil) a accordé un concert d’une intensité rare, dévoilant, un peu plus encore, le contenu de ses émotions.

Justement, « Docteur » vient doucement clôturer la fin d’un set très enrichissant. Une chanson ultra médiatisée dont les spectateurs semblent connaître les paroles du refrain et qui met exergue, ce sentiment de différence.

RORI a tout d’une grande : la musicalité, la justesse, l’émotion et ce désir de faire le bien à l’aide de textes dans lesquels le mélomane lambda s’y retrouve.

Amir est programmé sur la main stage. L’artiste avait été boycotté lors d’un festival précédent, organisé par un pair qui reprochait ainsi au chanteur franco-israélien d’être trop proche du Tsahal (l’armée israélienne pour laquelle il a servi) et du gouvernement Netanyaho.

A Ere, il semble avoir été épargné par ces frasques idéologiques. Mais, étrangement, au moment de son tour de chant, d’importantes trombes d’eau se sont abattues sur le site, contraignant les festivaliers à se mettre à l’abri. Y compris votre serviteur, trempé jusqu’aux os.

Le peuple attendra patiemment Cali pour les 20 ans de « L’Amour Parfait ». ‘Parfois on garde le meilleur pour la fin’. C’est par ces mots de Joe Strummer que Cali définit son album anniversaire.

Eh oui, vingt ans plus tôt, Cali présentait sa définition de l’amour parfait, un album qui s’est vendu à plus de 500 000 exemplaires et dont certaines chansons sont restées dans les mémoires.

En 20 ans, il a gravé 12 albums studio et accordé des milliers de concerts. 20 ans d’amour pour un public, et pour des artistes que Cali a eu la chance de côtoyer, d’admirer et d’aimer, dont certains constituent d’ailleurs, une influence majeure pour le chanteur.

La réputation suit l’artiste, inviter Cali dans un festival, c’est comme investir dans l’immobilier, cela reste une valeur sûre !

La pluie est tellement dense que l’estrade est inondée ; et ce malgré l’évacuation réalisée par des préposés, raclettes à la main. Ni une, ni deux, Cali accourt sur l’estrade et fait mine d’attraper les gouttes d’eau. Parfois en vain, mais souvent avec succès, il faut l’avouer.

« Elle m'a dit » donne le ton de ce qui sera un cocktail de fougue et de sincérité. Ce morceau met en lumière le choc émotionnel ressenti lorsqu'une relation s'effondre sans crier gare.

Le chanteur/amuseur ne cessera de faire le pitre durant le live et ce pour le plus grand bonheur des fans ébahis ! Serait-il dopé à une quelconque substance psychotrope ?  Grimaces, gestes amicaux, regards insistants accompagnent le gai luron lors de la seconde compo, tout aussi tonitruante, largement connue auprès du grand public : « C’est quand le bonheur ».

Pour cette tournée, il est accompagné d’artistes importants à ses yeux. Et la surprise est de taille ! A commencer par Noé Preszow, un auteur-compositeur-interprète et musicien belge venu le rejoindre pour un délire collectif.

La chanson à peine achevée, le troubadour de la chanson française commence à manifester une envie irrésistible de jouer avec le public. Et ce qui devait arriver, arriva. L'homme taillé comme un gringalet se hisse sur le frontstage, prend un élan, et s’abandonne au crowdsurfing pour entamer une danse du diable perché dans les airs. C'est un passage obligé chez lui et ce soir ne fera pas exception à cette règle, qui semble-t-il, est immuable ! Le tout sans perdre de souffle ! Pas mal pour un gars qui a la cinquantaine passée... Heureusement pour celles et ceux qui l'ont soutenu, le casse-cou doit à peine peser cinquante kilos, tout habillé !

Repoussant ensuite les principes des règles de sécurité, l'artiste dynamise un peu plus le spectacle et invite toute la presse à monter sur le podium devant un parterre de quelques milliers de personnes, pour immortaliser le souvenir d’une photo de famille puissance mille.

Sa réputation de personnage complètement déjanté est largement méritée.

Enfilant les tubes, le Toulousain, expose et s'expose à travers le prisme de sa vie, ses amours, ses attentes et ses envies. Et ce n’est pas « Elle m’a dit » qui va retenir les ardeurs des uns et des autres, lorsqu’on sait que le fanfaron se caresse la langue pour mieux se caresser le sexe, le tout sous les yeux ébahis des parents accompagnés de leurs chères têtes blondes. Proche de l’ignominie, Cali pose ensuite sa gratte sur le sol, s’y couche et fait mine de lui faire l’amour. C’est chic !

Preszow ne sera évidemment pas l’unique invité. Le suivant, Antoine Delie, un (autre) jeune Belge, affiche des allures d’intello. Ils forment à eux deux, un joli duo chic et choc.

Cali est connu pour être un artiste engagé qui traite souvent de sujets sociaux, politiques et des valeurs comme la liberté d’expression dans ses chansons et ses prises de parole.

Aujourd’hui, il sera notamment question de Paul Watson, officier de marine, militant écologiste et antispéciste canado-américain, détenu pour ses engagements. Ou encore des enfants qui décèdent chaque jour lors des conflits ou encore de Gaza.

Sur des musiques simples, mais accrocheuses, Cali a pris le parti de choisir ses mots avec une grande délicatesse afin de décrire intelligemment et sincèrement les maux de la vie et la difficulté d’aimer aujourd’hui. Au fond, n’est-il pas préférable de ne pas aimer plutôt que ne plus aimer ? A méditer...

Afin de tenir en haleine un public particulièrement en effervescence, Cali invite une jeune artiste belge bien connue des francophones. Il s’agit de Charlotte Foret, aka Charles, une auteure-compositrice-interprète belge, originaire de Braine-le-Château. Ensemble, ils entament une danse endiablée sur fond de décibels.

Cali entame enfin « Je m’en vais » et accompagne la parole aux gestes. Une fois de plus, il s’élance dans le public, obligeant les festivaliers à le transporter vaillamment pour quelques mètres. Et très rapidement, dans le feu de l’action, c’est Arno, récemment décédé, qui entre dans le cœur et la tête de celles et ceux qui chantonnent en chœur un « Putain Putain » acidulé. Au fond, il est vrai que nous sommes tous des Européens.

Delie refait surface pour un « La vie quoi », hymne à la vie et à l’amour, issu d’un album de 2015, qui n’a pas pris une ride. C’est franchement percutant, incisif et jouissif.

Mais c’est auprès de Nicolas Michaux qu’il termine les présentations. Un artiste qui s’est fait connaître en drivant Eté 67, une formation qui a sévi de 1998 à 2002. Depuis, il a embrassé une carrière solo. Il a vécu quelques années à Bruxelles avant de rejoindre l’île de Samsø au Danemark pour des raisons familiales. Retour donc dans le plat pays le temps d’un concert.

« 1000 cœurs debout » clôt le set. Un moment qui permet au drummer de se lâcher comme jamais et d'extérioriser toute sa technique de frappe.

Une page se tourne, mais un livre entier s’est écrit ce soir…

Généreux, Cali a offert une fois de plus un moment de pure grâce. Ses compos font mouche et il continue de partager son amour avec un public toujours aussi réceptif.

Une chose est sûre, le champ du possible de Bruno Caliciuri, à l’état-civil, est illimité. Véritable touche-à-tout, il respecte ses engagements, tant dans l’univers du théâtre, de la poésie, de la littérature et, bien évidemment, de la musique. Un artiste, un vrai !

Le dernier concert de cette édition du ‘Les Gens d’Ere’ sera assuré par Pascal Obispo.

La foule est compacte. Pas étonnant, puisqu’il possède une notoriété certaine. Auteur-compositeur-interprète français, il connaît le succès dès 1992, grâce au titre, « Plus que tout au monde ».

Parallèlement à sa carrière de chanteur, il signe de nombreux succès pour d'autres artistes, tels que Florent Pagny, Johnny Hallyday, Garou, Zazie, Marc Lavoine, Natasha St-Pier, Patricia Kaas, mais aussi la comédie musicale ‘Les Dix Commandements’. En tant qu'interprète, Pascal Obispo a vendu plus de cinq millions d'albums et en tant que compositeur quatorze millions.

Obispo a également mis sa popularité au profit d'œuvres humanitaires, et tout particulièrement au service des Restos du Cœur et de la lutte contre le SIDA.

Lorsqu’il se présente sur scène, il est habillé tout de blanc. Une bien belle idée, lorsqu’on constate l’état boueux du site, laissé par les pluies diluviennes qui ne cessent de tomber depuis quelques heures.

Il s’agit de sa dernière date en Belgique. Autant dire que la plaine est… pleine à craquer.

Entre moments au piano ou debout devant le public, guitare en bandoulière, alternant ballades et morceaux pop/rock, Obispo enchaîne les chansons. Celles de son répertoire, mais aussi composées pour les autres.

Mais c’est par un « Jamais » qu’il entame son show. Une aubaine, lorsqu’on sait qu’il va brasser 30 années d’une carrière riche et intense.

Ses chansons sont souvent ponctuées d’anecdotes et de souvenirs, l’artiste se remémorant les moments les plus marquants de sa carrière ou de ses rencontres.

Un concert au cours duquel il ne s’accorde aucun répit. Ses compos couvrent le temps d’une époque, à l’instar de « L’importance, c’est d’aimer », « Sa raison d’être » ou encore « Savoir aimer ».

L’artiste est soutenu par une kyrielle de musiciens. Des instrumentistes conventionnels, mais aussi des préposés aux cuivres et percussions. Ce qui donne davantage d’amplitude aux morceaux.

Pourtant, malgré une volonté certaine de bien faire et l’engouement du public, le concert peine à décoller, l’artiste se murant trop souvent dans des discours autocentrés.

Le live de ce soir constituera donc un best-of des chansons les plus populaires, depuis « Millésime » à « Un jour, une femme », en passant par « 1980 ». Des titres impérissables.

Le festival ferme boutique à deux heures du matin pour les plus courageux. Votre serviteur l’est moins.

Une fois encore, le festival ‘Les Gens d’Er’ a livré des concerts d’une qualité exceptionnelle. Tout y était : la joie, la bonne humeur, une musique de qualité et surtout une équipe entièrement composée de bénévoles largement récompensée par les sourires du public.

Vivement l’année prochaine !

(Organisation Les Gens d’Ere)

Les Gens d’Ere 2025 : samedi 26 juillet

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Avant-dernière journée de festival. La chaleur est étouffante et le ciel est chargé de gros nuages orageux, de quoi craindre le pire !

Que cela ne refroidisse pas la joie et la bonne humeur des quelques impatients qui se sont pressés dès l’ouverture des portiques.

Votre serviteur arrive en début d’après-midi, la journée risque donc d’être longue. Autant qu’elle soit riche de découvertes !

C’est Coline BLF qui s’y colle ! Elle est accompagnée de ses quatre mousquetaires ! Exception faite, qu’à défaut d’épées, ils ont pour seules armes toute une panoplie d’instruments, basse, guitare, clavier et batterie.

Elle est originaire de Namur. L’univers musical au sein duquel elle baigne, oscille entre bedroom pop et French pop.

Chantant seule dans sa chambre depuis son plus jeune âge, accompagnée de sa gratte, ce n'est qu'à ses 18 ans qu'elle dévoile son goût pour le chant. Après une année passée en Californie, Coline se lance et travaille sur un premier Ep, « Blue Nostalgia », qui verra le jour en septembre 2022.

Elle entame son set en regardant droit dans les yeux votre serviteur pour lui balancer un je t’aime « A la folie », une compo au cours de laquelle ‘l’amour toujours’ est roi sur fond d’un flow down tempo.

Petite par l’âge, mais grande par la taille, elle se produit devant un parterre plutôt maigre, ce qui n’est pas sans rappeler que, généralement, le peuple ne se soucie guère des artistes émergents. Dommage parce que cette jeune fille possède dans la voix un grain virginal assez surprenant.

Elle aime les textes engagés. Que ce soient sur « Les poissons », Jours heureux » ou encore « Sunrise », la gonzesse s’interroge sur le monde et le devenir de la planète.

En quête de réponses existentielles, elle s’interroge à travers « Sunlight », sur toutes ces choses que l’on n’apprend pas à l’école. Une compo écrite lorsqu’elle avait 21 ans.

Sous le regard stupéfait des spectateurs, elle s’empare d’un drapeau palestinien, proclamant un ‘cessez-le-feu’ immédiat. Et quoi de mieux qu’un « Où on va », ersatz d’idéal idéologique, sociétal et politique pour s’en convaincre. Et tout cas, on peut affirmer que cette fille en a dans le…

Sa musique vintage et solaire est d'abord influencée par King Krule, Clairo et Mac Demarco, mais aussi par de nombreux artistes francophones tels que Lewis Of Man ou encore Claire Laffut. Et ce n’est pas « Cheveux argentés » qui démentira cette impression, une compo subtilement sautillante dédiée à sa mère, relative à la sénescence et à la honte qu’elle peut provoquer chez un individu ainsi que les dégradations causées par le temps sur le corps d’une femme.

Et puis, ses propos se transforment aussi en véritable plaidoyer à l’égard de l’inaction des politiques, tout au long de ce « Feu », bouillonnant de colère et caractérisé par son refrain entêtant, au cours duquel elle clame ‘Soyons heureux avec que le monde brûle’, véritable hymne repris en chœur par l’auditoire.

Parfois doux ou teinté d’une pointe de rock, l’univers de Coline BLF est protéiforme, passant à de jolies ballades aux textes plus rompus.

Loin des enjeux qu’elle défend, la belle sait se montrer davantage solaire lors de morceaux aux sonorités eighties, comme cette « Luna », personnage fictif qui invite le peuple à se déhancher. Une compo qui projette dans les esprits, l’image de la boule à facettes qui inonde le dancefloor de ses lumières…

Figure emblématique de la nouvelle chanson française, Coline BLF s’est montrée digne, sincère et hautement humaine transformant ses textes en combats contre un monde qu’elle dépeint avec hargne, mais dont elle ignore encore tout.

Direction ‘Babord’, où KOWARI est prête à en découdre sous le chapiteau.

C’est un projet au patronyme étrange drivé par le violoniste Damien Chierici (Dan San, Yew) et le pianiste Louan Kempenaers (Piano Club, Aucklane, au sein duquel il se consacre à la basse), tous deux issus de la scène pop/rock belge.

Si Kowari est un petit mammifère à la queue en plumeau, comme dans ‘Le Roi Lion’, le nom de scène évoque plutôt le totem scout d’une amie commune.

Bien qu’à la base, le projet était destiné à la musique de film, très vite on lui suggère le ‘live’, l’univers du duo s’y prêtant admirablement bien.

Tout en s’appuyant sur sa formation classique dans la structure des chansons, KOWARi propose une expression sonore qui navigue entre néo-classique et ambiant, Chierici se chargeant d’y apporter de la douceur alors que Louan la sublime de ses sonorités électroniques.

Une musique dont l’approche, la culture et l’instrumentation n’est pas sans rappeler celle du duo berlinois Two Lanes.

Cette formation s’inscrit au cœur de cette nouvelle génération d’artistes repoussant les frontières entre l’organique et l’électronique avec un souci de la précision et du show poussés à son extrême.

Secondé par un light show absolument délicieux, les deux comparses livrent un set nourri à l’instinct et l’expérimentation, grâce aux synthés et autres loops. Sans oublier les cut-offs sur les instruments. Bref, une panoplie technologique qui leur permet de s’exprimer cinématographiquement.

Sensorielle, profonde et altruiste, la musique de Kowari, entre passages calmes et envolées diaboliques, explore de grands espaces recouverts de sable chaud propices à la sensualité. Des chansons qui se vivent plus qu’elles ne s’écoutent.

Un groupe qui peut surprendre dans un festival où le line-up se veut plutôt populaire et accessible, mais ses élans sauvages et ses air(e)(e)s de liberté s’intègrent plutôt bien dans un tel environnement…

Autre endroit, autre style ! Cette fois, c’est au tour d’Elia Rose de grimper sur les planches !

Elle connaît bien la région. De son véritable nom Elia Fragione, cette auteure-compositrice-interprète est originaire de Tournai. Elle propose une pop éclatante, influencée par les années 80, à la fois funky, électro et très colorée à l’instar de « Gin Tonic ».

Elia est Issue d’une famille de musiciens : son père est un pianiste-chanteur italien et sa mère une chanteuse anglaise. Elle monte sur scène dès l’âge de 3 ans dans le piano-bar familial ‘Les Trois Pommes’ d’Orange. À 15 ans, elle est finaliste de l’émission ‘Pour la Gloire’, diffusée par la RTBF, au cours de laquelle, elle interprète une chanson de Vanessa Paradis. Plus tard, elle participe à ‘The Voice Belgique’ (2011 puis 2013), coachée par Natasha St-Pier.

Elia nous plonge au sein d’un univers pop électro vintage, très inspiré des années 80 (synthés, rythmes dansants, refrains catchy).

Elle enfile, à maintes reprises, une tête de licorne colorée. Un humour second degré et une auto-dérision qu’on retrouve sur « Colors ».

Parfaitement à l’aise tant à la basse qu’au un keytar (clavier-guitare), elle rallie un public particulièrement réceptif à ses frasques, à l’instar du succulent « Criminal », issu de « Album I Love It », caractérisé par son gimmick radiophonique.

Et pour couronner la fête, plusieurs danseuses s’invitent, le tout dans une ambiance foutraque.

Le show est visuellement intéressant, l’investissement personnel est à souligner, mais dans sa globalité, le set manque cruellement de constance et de cohérence.

Retour au chapiteau. Un artiste étrange s’y produit. I s’agit de Julien Granel. Lorsqu’il débaque, on dirait, à s’y méprendre, un clown tout droit sorti d’un cirque. Accoutrement bariolé, cheveux bicolores, lunettes trop grandes et moustache à la Magnum.

Auteur-compositeur‑interprète et producteur, Granel est réputé pour ses performances scéniques hautes en couleur. Son ascension sur la scène musicale francophone a été rapide.

Paru en 2019 et sculpté dans un électro‑funk-pop, son Ep, « Bagarre Bagarre », lui a permis de se faire remarquer. Tout comme ses multiples collaborations, et notamment celle opérée en compagnie de Léna Situations, pour « A la folie ».

Paru en 2022, son elpee « Cooleur » reçoit un accueil favorable de la part du public et des médias.

A l’aide de – notamment – son synthé OB‑6 analogique, soutenu par un Ableton Push, Julien Granel mise surtout sur l’improvisation et l’interactivité lors d’un show extrêmement énergique et visuel.

Le public ne s’y trompe pas, car avec Juju, c’est la fête. Invasives, mêlant fraîcheur, sophistication orchestrale et groove les compos tournoient dans les ‘portugaises’.

Bref, Granel est un artiste qui fait la fête visuelle autant qu’auditive. Une forme de kaléidoscope à l’esthétique flamboyante, entre mode colorée et ambiance kitsch assumée.

Juste le temps de rincer le gosier et votre serviteur est de planton face à la main stage pour y découvrir le set de Joseph Kamel.

Auteur-compositeur-interprète franco-égyptien, il grandit dans un univers musical riche, entre la France et l’Égypte.

À 8 ans, il commence la musique au Caire, apprenant le piano et l’oud, instrument traditionnel. Il s’installe en Normandie (Caen) à l’âge de 13 ans, découvre la guitare et la MAO, puis commence à écrire et composer ses propres titres.

Ses influences oscillent de la musique orientale traditionnelle à la pop urbaine, en passant par le slam, dans un style plutôt susceptible de rappeler Grand Corps Malade ou Ben Mazué.

Il se révèle auprès du grand public, en 2021, lors de l’émission ‘The Artist’ (France 2), en interprétant « Dis‑moi », un titre qui viralise ensuite les plateformes. L’année suivante, il assure la première partie de Julien Doré lors de ses tournées dans les Zéniths.

Doté d’une voix profonde, expressive et vibrante il est capable de transmettre émotion et authenticité, à l’instar de « Ton regard », une chanson écrite pour sa fille encore à naître et à… concevoir.

Kamel maîtrise sans aucun doute les codes du genre. Ce qui lui permet de s’attirer la sympathie du public. Ses interventions sont ponctuées de réflexions à l’humour tranchant, notamment lorsqu’il s’étonne qu’il fasse chaud en Belgique. Une première dit-il avec conviction.

L’artiste s’épanche sans fard sur sa vie personnelle et ses collaborations artistiques, notamment celle réalisée auprès de Mentissa pour « Tu vis », lors d’une alchimie vocale entre douceur et puissance, portée par une sincérité touchante. Mais, comme le binôme n’est pas présent, c’est le public qui se charge de pousser les petits cris.

Sans foi, ni loi, l’artiste-humoriste regarde dans le rétroviseur de sa vie, tout au long de « Miroir ». Le spectre de Garou rôde.

Le public est attentif lorsque Granel raconte que dans sa ville natale, un petit garçon écoutait en boucle le premier album de Julien Doré. Et lorsque ce garçonnet a pu lui parler pour lui prier de chanter avec lui, Sieur Doré de lui promettre qu’un jour son vœu s’exaucerait. Kamel ne tient en haleine le public que quelques minutes, avant d’avouer qu’en fait, ce petit garçon était un… copain de classe. Ce qui déclenche l’hilarité au sein de l’auditoire, qui, un instant, avait cru à ce conte moderne.

Il poursuit sa prestation en faisant croire que Julien Doré attend sagement en backstage afin de l’accompagner sur un titre. Un leurre évidemment. Mas pour l’artiste, un public émerveillé durant quinze secondes est un public envahi de bonheur. Et comme une surprise n’arrive jamais seule, il récompense le public, en interprétant « Beau ».

Il évoque aussi régulièrement sa famille, ses racines et sa double culture, et rend un hommage intime à ce frère cadet sur « Petit frère ». Et comme le public semble rempli de tristesse en apprenant que cette chanson était la dernière, il promet qu’elle va durer… deux heures. Ce n’est plus de l’interaction qui s’installe entre la foule et l’artiste, mais une communion. Peut-être solennelle.

A peine dix minutes plus tard, le chapiteau est prêt à accueillir Puggy, un groupe belge réunissant le chanteur/guitariste Matthew Irons, le bassiste Romain Descampe et le batteur Egil ‘Ziggy’ Franzén.

Fondé en 2005, à Bruxelles, la formation propose une musique, fruit d’un mélange entre pop et rock acoustique, et le tout est teinté de légères mais remarquables influences latines.

Irons est loin d’être un inconnu. Il était membre du jury dans le télécrochet, ‘The Voice’, sous sa version belge.

Le chanteur est assez classieux, il porte une petite veste bleue et un t-shirt blanc, impeccablement repassés.

« The way we thought it was », une toute nouvelle compo, ouvre les hostilités. Il s’agit d’un extrait du futur long playing. De quoi mettre forcément l’eau à la bouche. Alors que Matt cisèle les riffs, Romain frappe ses cordes avec acharnement, tandis que le troisième larron tambourine aussi fort qu’il le peut sur les nombreux fûts et cymbales dressés devant son corps raide comme un piquet. C’est énergique, c’est rock et c’est fun.

La furie gronde, le public s’exalte et très vite la sueur apparaît sur le front des musiciens alors que « Never give up » embraie. « I do » baigne au sein d’une atmosphère emphatique, impression amplifiée par les ivoires largement syncopés.

Irons troque sa gratte électrique pour une semi-acoustique. C’est alors que « Simultaneously » prend son envol. Une compo aigre-douce qui permet au chanteur de monter allègrement dans les aigus, tandis que le batteur s’amuse à jouer à contre-temps. Mais c’est encore dans les vieilles marmites qu’on fait les meilleures soupes. Et pour cause, « To wind the world », une compo acidulée qui remonte à 2013, rallie tous les suffrages.

Plus structuré, « Change The Colors » libère des sonorités pop/rock dansantes, réminiscences de l’identité primaire du band.

Après avoir fait le pitre, les zicos changent de registre. Matt reprend son rôle de préposé à la gratte semi-acoustique et entame une seconde ballade dans une configuration atmosphérique. On se sent alors bercé par ce « How I Needed You ».

Afin de garder le cap et l’attention des festivaliers (qui se sont soudainement pressés), « Last Day On Earth » permet aux percus de décoller, alors que les cordes de la basse sont mises à rude épreuve. Un morceau percutant, aux riffs singuliers et au solo tonitruant parfaitement maîtrisé par Irons lors du bridge.

Un moment solennel ! La frontière entre l’estrade et la plaine disparaît au profit d’une communion où Dieu n’a d’égard que pour lui-même.

Le set prend doucement des allures de fin. « When You Know » constitue la pierre angulaire d’un show solide comme un bloc de béton. Un titre qui se distingue par de belles progressions au clavier et un solo de batterie étourdissant. La foule se montre particulièrement réceptive au show et la formation se fend d’une attitude fédératrice.

« Numbers » et « On my mind » sont magistralement interprétés. Un set que les festivaliers de cette édition du ‘Les Gens d’Ere’ ne sont pas prêts d’’oublier.

Alors qu’il fait nuit noire, Hoshi est dans les starting-blocks. Elle a enfilé de grosses godasses et des chaussettes à damiers noirs et blancs, afin, sans doute, de signaler le début du tour de chauffe.

Avant d’entamer sa carrière solo, Mathilde Gerner, à l’état-civil, a effectué ses premiers pas au sein du groupe amateur TransyStory, formé en septembre 2011. Passionnée par la culture japonaise, elle a d’abord choisi pour nom de scène Hoshi Hideko, puis simplement Hoshi, qui signifie ‘étoile’ en japonais.

Ses musiciens entrent en scène, lentement, tour à tour. Et dans cette bande, il n’y pas que des inconnus. A commencer par Lola Frichet à la basse (Pogo Car Crash Control), Charlène Juarez aux claviers (Brigitte) et Enzo Gabert à la batterie (Skip The Use). Et c’est Lucie, un joli bout de femme, qui se réserve la guitare… d’un vert éclatant.

« Mauvais rêve », titre phare, retrace les étapes d’une vie que l’on comprend difficile, rejetée de tous et du système.

Hoshi impose un style musical bien à elle. Des textes simples, mais touchants, une musique entraînante et une aura exceptionnelle. Sans oublier cette voix haut-perchée et quelque peu nasillarde qui peut perturber les non-initiés. Pas étonnant donc qu’elle soit devenue l’une des révélations de la chanson française de ces dernières années.

Très vite, elle embraie par « Papillon », une compo aussi légère que les ailes d’un insecte holométabole auquel il appartient.

« Puis, t’as dansé avec moi », très vite, s’épanche sur la cruauté extrême dont elle a été victime à travers son appel au manifeste, « Amour censure », hymne à la tolérance et à la sincérité des sentiments amoureux.

Hoshi, elle-même victime d'agression homophobe, a écrit cette chanson en réaction à une certaine libération de la parole discriminatoire, notamment après la ‘manif pour tous’. Une composition qui malheureusement a encore des raisons d'exister auprès des ‘biens pensants’. Et pour contrer toute cette haine, rien de tel qu’un gros fuck à tous ces enculés dont elle n’a plus peur aujourd’hui, dit-elle, tout en agitant un drapeau arc-en-ciel, symbole du mouvement LGBT+.

Son grain de voix particulier est mis en exergue sur « Neige sur le sable », une compo issue de « Cœur parapluie », installant l’Amour au cœur des débats. 

Elle empoigne ensuite sa sèche, comme à ses débuts, pour y jouer « Manège à trois », lorsqu’en rue, elle essayait d’accrocher du regard les passants, sans parvenir à ses fins. Sauf sa mère et son père, dit-elle, entre rage et désespoir.

Douée pour les métaphores et autres figures de style, elle poursuit sur un ton nettement plus rock sur un « Femme à la mer », hymne à la boisson-trahison où on l’entend chanter avec exaltation que plus elle boit, plus elle croit…

Généreuse et humaine, on la sent fusionnelle au sein de son band. Une belle complicité la lie avec sa bassiste. Et les puristes auront remarqué l’inscription gravée sur l’instrument, ‘One woman on stage’.

Celle dont le physique a été quelque malmené par le journaliste-chroniqueur Fabien Lecoeuvre, entame un « Je partirai », chanson percutante qui parle du désir de partir loin d'un monde qui ne l'aime pas, la juge et la blesse. Bref, un exutoire où elle exprime sa souffrance, son incompréhension et son besoin de liberté. Elle veut rester éternelle dans les mémoires, comme une étoile ou une comète. Gageons qu’elle y parvienne.

Le set s’achève doucement. Après avoir interprété « Ta manière », elle scande au public un « Réveille-toi » mémorable avec au centre des débats la petite aiguille qui défile…

Que l’on aime ou pas cette artiste, elle détient la recette du succès ! Un brin de folie, beaucoup d'amour et une énergie communicative.

Il est près de 23 heures, lorsque votre serviteur, dans un sursaut de vitalité emprunte le chemin du Chapiteau pour y voir et écouter Henri PFR.

Si, dès l’âge de six ans, il poursuit durant neuf longues années une formation classique de piano et étudie le solfège, c'est véritablement vers l’âge de quatorze que le jeune Henri commence à s'orienter vers la musique électronique.

Surnommé ‘le petit prince des platines’, il s’est imposé comme la nouvelle sensation de la scène électro made in Belgium.

Mais pas seulement, puisque ses titres l'ont amené à s'ouvrir vers l'international. Aujourd'hui, il se transporte au gré des festivals ; depuis Tomorrowland, où il revient chaque année, en passant par l'Ultra Music, Lollapalooza et même Electroland, à Disneyland.

Aux ‘Les Gens d'Ere’, le DJ tient ses promesses. Un show dynamique et sans concession où la seule constante est la flexibilité de son matériel.

Si le genre ne séduit a priori pas votre serviteur, il est important de s'ouvrir à toute forme de culture musicale.

Entre ‘beatmatching’, ‘drop’ ou encore ‘cue’ (des termes propres à ce genre musical), survitaminé, celui qui se produit au-delà de nos frontières, se livre…

Les compos s'enchaînent à en donner le tournis, au sein d’un décor riche en prouesses pyrotechniques.

Aucun doute, Mister Peiffer était le ‘King’ ce soir, en s'imposant non pas comme nouvelle sensation, mais en talent confirmé.

Une première journée faite de belles découvertes. Le dernier jour du festival s’annonce plus délicat sur l’autel météorologique.

Quoiqu’il en soit, Pascal Obispo devrait attirer la foule, que le temps soit clément ou pas !

(Organisation : Les Gens d’Ere)

Les Gens d’Ere 2025 : vendredi 25 juillet

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Et pourtant ce festival est né d’une envie de faire de la musique, un lieu de concentration de joie et de bonne humeur ! Enfin, ça c’était avant, parce que Les Gens d’Ere jouissent aujourd’hui d’une renommée internationale et les formations qui veulent s’y produire sont légion.

Pour cette année, du ‘Belge’, évidemment, mais aussi des artistes issus de la planète dont, notamment, Obispo et Mel C. (une fille des Spice Girls, groupe de pop anglais formé en 1994, à Londres, et constitué à l'origine de cinq chanteuses et danseuses : Victoria Beckham, Melanie Chisholm, Melanie Brown, Geri Halliwell et Emma Bunton).

Au cours des dernières semaines, il a beaucoup été question des modèles économiques des festivals, notamment celui de Ronquières qui a invité Will Smith en guest, obligeant les organisateurs à ajouter 1 million d’euros à un budget déjà serré de 4,5 millions d’euros. A Ere, le modèle fonctionne à merveille, grâce notamment aux 500 bénévoles qui font office de capitaine, car, il faut bien le dire, le paquebot est de taille !

L’esprit de camaraderie, lui, n’a pas changé d’un iota depuis l’origine du festival ! Exit les trucs pompeux, la simplicité EST la règle ! Même le stand VIP fait les frais de cette culture ; il est réduit à sa plus simple expression ! Celui qui veut s’y restaurer ne trouvera ni caviar, ni champagne, mais de la bière et une bonne grasse frite ! Et celui qui n’est pas content ‘qu’il aille se faire voir !

Bref, Les Gens d’Ere est le festival par excellence où l’on s’y sent comme chez soi, entouré d’une équipe de gens, vrais, passionnés et souriants.

La configuration du site est identique aux années précédentes. Prix du ticket fortement accessible, parking gratuit et restauration pour toutes les bourses. La seule différence par rapport aux années précédentes, c’est l’existence d’une petite scène supplémentaire dispensant de la musique électronique aux plus jeunes. Sans oublier ‘Le Chapito’ et le ‘Plein Ere’ logiquement outdoor, les deux endroits principaux où les artistes se produisent, situés à une encablure l’une de l’autre, ce qui permet de s’y rendre en quelques pas seulement.

Les organisateurs ont flairé le bon filon en organisant les festivités en cette fin juillet. D’autant plus que le temps est de la partie, même si la veille quelques averses orageuses sont tombées, sans aucune conséquence directe en matière d’accessibilité et de mobilité.

Se déroulant sur quatre jours maintenant (rentabilité oblige), le jeudi fait la part belle à un groupe de covers qui sévit beaucoup dans la région : Zénith. Trop peu pour votre serviteur !

Priorité donc aux vendredi, samedi et dimanche !

Et comme mise en bouche, place à Lemon Straw. Le groupe, drivé par le charismatique Gianni Sabia, a l’honneur de se produire sur la main stage.

Le gars, longs cheveux huileux, poils sur la face, est plus en forme que jamais. Quoique les traits un peu tirés tout de même. C’est ça aussi la vie d’artiste : se produire aux quatre coins du plat pays (en Belgique) ou de la planète, le plus souvent dans un Berlingo, pour les néophytes, et un tour-bus pour les plus notoires.

L'origine du patronyme est relativement iconoclaste. Lemon Straw pourrait se traduire par une paille et un citron. Celle-là même que Gianni servait quand il vivait à New York et travaillait dans un bar pour subsister. C'est aussi là-bas qu'il a vécu ses premières expériences scéniques en chantant des reprises dans le métro ou en rue.

Ce soir, il est accompagné par Grégory Chainis (basse), Boris Lori (Steel) et Jean (batterie). L’habituel préposé de service aux fûts, Martin, est empêché pour raisons médicales.

Sabia a failli voir ses rêves se briser en 2017, à la suite du départ du claviériste Xavier Bouillon (qui avait lui-même déjà remplacé feu Renaud Lhoest). S'ensuit une période de doutes et de remises en question. L’idée d’un projet solo a même traversé l’esprit du frontman.

L'arrivée de Chanis (on a pu le voir au sein de plusieurs groupes qui sévissent dans la région) et de Martin (Minga Wash, Feel) a vraiment permis au combo de prendre un nouvel élan et d'insuffler une nouvelle énergie aux musicos.

Boris est coiffé d’une casquette. Il est assis, guitare steel sur les genoux. Parfois, il cale un harmonica entre les lèvres.

C'est par « Jump » que le band ouvre le set. Un titre issu d'un dernier LP éponyme, paru cette année. Une compo qui permettra au leader, posté derrière son clavier, d'explorer toute l'ampleur de ses vocalises chaudes et puissantes. Un outil qui représente le prolongement de son âme.

Hanté par une carrière professionnelle à l'usine dont il se sait à jamais éloigné, le Belgo-italien se déchaîne. Lorsqu’il se positionne, gratte sèche en bandoulière, il frappe ses cordes hargneusement et avec énormément de conviction. Entre folk, rock, blues et pop, sa musique reste sans doute le meilleur exutoire pour oublier les affres du passé.

Issu de « Jump », « Home » s'immisce alors dans les ‘portugaises’ des aficionados.

Lemon Straw nous réserve « Straw ». Issu de « Jump », ce single imparable constitue un virage important dans le parcours du combo. Surtout, quand on se remémore le premier essai (plutôt réussi), « See You On The Other Side ». En tout cas, une prise de risque qui n'a pas désarçonné les fans de la première heure.

« Mistery train » prend le relais. Boris tient la lap steel sur les genoux (NDR : une guitare que l’on tient à l’horizontale en utilisant un bottleneck pour former des accords sur le manche). Le versant rock et rageur de cette compo vient renforcer un peu plus encore cette atmosphère électrique.

Mais là où Lemon Straw brille le plus, c’est lorsque les compos trempent dans le spleen. A l’instar de « Home », un morceau que Gianni a composé seul dans sa chambre lorsqu’il avait 15 ans, entre la frustration de ne pas trouver d’inspiration et la générosité que lui procure la musique.

Le set touche doucement à sa fin. « Don’t Look Up », référence à la comédie dramatique américaine écrite et réalisée par Adam McKay, booste littéralement Gianni. Harmonica en bouche, il livre une démonstration haute en couleurs. Chapeau bas M’sieur.

Un set taillé dans le rock !

On regrettera l’absence de titres plus gracieux comme « See you on the other side », le titre éponyme du premier LP, qui raconte une histoire sur l’amitié. Une ballade douce-amère écrite pour l'arrangeur et multi-instrumentiste bruxellois Renaud Lhoest (Yann Tiersen, Pierre Rapsat, Dominique A), parti trop tôt (en 2014) des suites d'une longue maladie dont il souffrait depuis longtemps.

Son âme planait quand même quelque part aujourd'hui aux Gens d'Ere. De là où il est, il est peut-être fier du chemin parcouru par son pote de longue date.

Adieu l’ami !

Petit détour sous la tente pour y (re)découvrir Poulycroc. Le groupe pardi, pas l’espèce de fricadelle que l’on mange à toutes les sauces !

Il s’agit d’une belle bande franchouillards, ventres bedonnants, totalement sculptés dans l’esprit folklorique belgo-belge qui caractérise ce beau pays.

En chemin, il a déjà croisé quelques pointures ; et en particulier des noms qui font partie intégrante du folklore musical belge : Le Grand Jojo, Les Gauff’ Au Suc’, Urban Trad, Lou & The Hollywood Bananas (Lou Deprijck)  ,.. ou de la scène ska et punk : La Ruda, Les Cameleons, Babylon Circus, etc.

Les joyeux lurons adaptent une série de morceaux qui trouveraient facilement leur place lors de la ducasse à Bouboule, à l’instar de « A la queuleuleu » ou « La tactique du gendarme ». C’est sympa, vivant et fun, mais ça ne vole pas très haut, il faut bien l’avouer.

Poulycroc a mis un point d’honneur à poursuivre son aventure et à propager son folklore, sa manière festive de voir la vie, son goût immodéré pour le divertissement, sans oublier les styles musicaux qu’il apprécie. Mais surtout, et c’est l’essentiel, sa bonne humeur générale.

Mais, l’absurdité n’étant pas une option chez votre serviteur, il file tout droit au stand food, pour y manger… une fricadelle sauce mayo !

Le monde s’est pressé à l’extérieur pour y voir et écouter la formation liégeoise, Ykons.

Elle est une fidèle au festival. Il s’agit de son quatrième passage.

Chaque concert a connu ses contrariétés. Le premier s’est déroulé sous une chaleur caniculaire. Le second sous des torrents d’eau. Le troisième a essuyé quelques couacs techniques au niveau des liaisons entre les tables de retour et les tables de façade. Quelle surprise nous réserve le concert de ce soir ?

Ykons promet un set impeccable en tout cas !

Alors que le batteur assure derrière les fûts durant de longues secondes, le claviériste le soutient rapidement, puis le guitariste et enfin le bassiste embraient, alors que le chanteur est perché tout en haut d’une estrade plantée au milieu du podium. « Red light » ouvre alors les hostilités ! Et tout au long de cette compo, l’idiome du groupe s’illumine… en couleur rouge, évidemment !

Le line impliquait, à l’origine, Renaud, Yann, Patrick, David et Ben. Mais, le drummer originel a quitté le bateau. Il a, depuis, été remplacé par un petit jeune d’à peine 30 berges. Un certain Louis…

Né sur les cendres de Can D, le band emprunte un chemin initiatique, dès 2019. Le succès progresse lentement. Ykons grave un premier elpee, « Reflected », qui lui permet de se forger une solide réputation et par conséquent de disposer d’un répertoire substantiel pour les festivals. La suite ? Un beau succès critique et d’estime !

Le vif et entraînant « State of mine » permet à Renaud de jauger la forme du public. Il est chaud-boulette. En effervescence il s’emballe déjà, et les muscles, jusque-là statiques, sont pris de mouvements saccadés au gré de cette rythmique pourtant un brin indolente. Et s’il s’agissait du syndrome Gille de la Tourette ?

Le combo embraie par le notoire « Sequoia Trees », un message adressé à l’être humain et à sa responsabilité à l’égard de tout ce qui l’entoure. Et de rappeler également que c’est ce titre qui a permis au band d’acquérir une véritable aura au royaume du moules/frites.

Et si « Sequoia Tree » a propulsé le combo dans les charts, cette chanson a aussi servi d’emblème au personnel hospitalier lors de la pandémie, dans une nouvelle version acoustique, accompagné d'un clip tourné au sein du CHR de Verviers.

C'est techniquement époustouflant, humainement enrichissant et musicalement céleste. Un combo qui signe le retour à de la bonne musique comme sur ce « Open eyes », nourri à l’indie pop et coloré de touches électro.

Un mouvement de foule s’organise, jeunes et moins jeunes jumpent solennellement dans une ambiance bon-enfant lorsque survient l’inévitable « Have a great crash ».

Pour « Cloud nine », debout face aux ‘floortoms’ posés sur l’estrade, le frontman et un de ses comparses prennent le pouvoir en martelant avec force et conviction les peaux, pendant que la guitare post-pop aérienne et légère s’envole et que la basse vrombit dans les frontaux en transperçant les corps plantés devant les barrières.

Et « By the storm » prouve une fois encore qu’entre show diabolique, sueur, adrénaline et surprises, qu’Ykons détient toutes les cartes pour emmener avec lui les plus fidèles, dans un tourbillon insensé. Sa seule limite étant l'imagination !

Grâce à des effets de guitare aériens, il y a chez Ykons une filiation lointaine avec Coldplay (groupe de pop/rock britannique originaire de Londres en Angleterre, formé en 1997, et drivé Chris Martin), tant en termes de compositions que de l’approche sonore.

Le set touche à sa fin. Le personnel s’affaire derrière les coulisses pour installer une estrade. Renaud s’excuse auprès du public de devoir raccourcir le set d’une chanson. Mais surprise, c’est pour y découvrir deux jeunes artistes, Bastien et Quentin, fondateurs de Calumny.

Apportant une touche pop à leurs productions, ils enchainent les singles et les festivals jusqu'en 2021. En 2023, Calumny frappe encore los de la sortie de son tout premier elpee, « Hatch ». Mais ici, ce sera pour revisiter « Sequoia Trees » vs disco et boules à facettes. Pas mal, mais ça ne casse pas la baraque, non plus…

« Run little one » clôture un set décidément explosif, entraînant et hautement humain, mais au cours duquel on n’a eu guère de répit.

La suite du menu est amplement moins intéressante. Entre Mister Cover et Mel C., le cœur de votre serviteur balance. Direction le parking, la route du retour est longue et parfois semée d’embûches…

(Organisation : Les Gens d’Ere)

Dour festival 2025 : vendredi 18 juillet

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Il fait très chaud en ce vendredi. Cette seconde journée de festival risque cependant d’être non seulement riche, sur le plan de la découverte, mais aussi intense sur le plan physique.

Lorsque votre serviteur foule la plaine, elle est encore relativement clairsemée, les festivaliers accusant déjà la fatigue des deux jours précédents.

Il en faut du courage et de l’énergie à revendre pour couvrir un festival comme celui-ci dans son intégralité, car, pour la plupart, les scènes sont distantes de plusieurs centaines de mètres l’une de l’autre. Un kilomètre à pied, ça use, ça use, deux kilomètres à pied, ça use les souliers…

Si lors de certaines éditions, les détracteurs les plus virulents stigmatisaient la propreté du site, cette année absolument aucun déchet ne traîne sur sol. Les poubelles sont en nombre et bien réparties et largement présentes ; en outre, l’équipe de bénévoles accomplit un travail formidable, soulignons-le. On peine à croire que des dizaines de milliers de personnes passent quotidiennement ici…

Direction la main stage, toute proche de l’une des entrées du festival. Par chance, c’est Last Train qui s’y colle.

Il s’agit d’un groupe de rock français, originaire d’Altkirch, en Alsace. Il s’est formé en 2007, alors que Jean-Noël Scherrer (chanteur et guitariste), Julien Peultier (guitare.), Timothée Gerard (basse) et Antoine Baschung (batteur) sont encore au collège.

En 2015, la formation sort son leur premier Ep, puis en 2017, son premier album.

Last Train vient tout juste de graver un nouvel opus, simplement intitulé « III ».

Scherrer monte sur planches, accompagné de ses joyeux drilles. « Home » y est balancé à la figure au public, peu nombreux, mais curieux. Dès les premières notes, un constat s’impose : la musique de Last Train est le fruit d’un savant mélange de volume, de consistance, de précision et d’émotion, sans oublier cette dose de créativité qui fait la différence.

Les guitares rugissent de plaisir, la rythmique frénétique de Baschung apporte de la densité au morceau et Gerard fait gronder sa basse de ses grosses cordes. Une belle entrée en matière.

Le ton est donné. Très vite, les chansons filent à la vitesse éclair, à l’instar de « The Plan » ou encore « Way Out », des morceaux caractérisés par cette énergie que le band dispense depuis ses débuts.

Les compos sont denses et saturées. On est bien en présence d’un des groupes de rock les plus percutants et les plus prometteurs de la scène française contemporaine.

Scherrer impose sa voix rauque et ses riffs tranchants. Ses acolytes jouent de leur instrument de manière impétueuse, quasi-autistique.

« On Our Knees » pourrait constituer l’effervescence même du set, tant la dramaturgie sonore est au centre des débats.

Le public est vissé au sol, comme hypnotisé, le quartet livrant un concert sans concession, crasseux et sans fioriture, seul le son se révélant la valeur dominante.

Mais c’est sans conteste « The Big Picture », compo hybride naviguant entre ballade plaintive et rock assumé, qui marque les esprits grâce à ses ritournelles immersives.

Comme souvent lorsqu’une formation brille, le set est forcément de trop courte durée. Last Train pourrait très vite devenir le successeur de Noir Désir et pourquoi pas des Strokes.

Entre sueur, bruit et émotion, le dernier train a livré ce qui se fait de mieux dans le milieu.

Votre serviteur se laisser guider par la foule la plus jeune (et la plus vive) vers La Petite Maison dans la Prairie. A défaut d’y voir Charles Ingalls, personnage fictif de la série, ce sera Wallace Cleaver qui est annoncé. Et lui est bien réel.

Le gars milite dans l’univers du rap, un courant que fuit souvent votre serviteur. Et quitte à critiquer une ligne artistique, autant le faire objectivement.

Bonnet sur la caboche et lunettes rondes vissées sur le nez lui conférant un côté intellectuel, le lascar a en tout cas le souci du détail. L’estrade est en effet joliment enrichie d’un fauteuil, de plantes vertes, d’ustensiles divers et variés. Il y a même une porte blanche qui trône au milieu de l’estrade. Où mène-t-elle ? L’endroit a des allures de cabinet d’un psy.

Une batterie et un clavier y ont également été casés au beau milieu. Preuve que cette disposition n’a rien de médical.

Le chapiteau est bien rempli. Il faut dire qu’à cette heure, le soleil castagne sec. Et si les gens étaient ici davantage pour s’abriter que pour l’artiste ?

Très en verve, il distille un flow de mots que seuls les maîtres du genre ont le secret. S’il n’échappe pas aux écueils du style, sa musique épouse une direction intéressante, des pointes électro venant se mêler intelligemment aux samples. Certaines compos présentent aussi des aspects intéressants dans la manière d’aborder les thématiques, même si elles ne sont pas, il faut bien le dire, toujours très subtiles.

Le rappeur est loin d’être un idiot. De son vrai nom Léo Gond, il est originaire de Saint-Laurent-Nouan, dans le Loir-et-Cher. En 2023, le jeune homme a soutenu une thèse et obtiendra d’ailleurs un doctorat en droit (spécialité : droit des contrats spéciaux). Ce qui explique, sans doute, l’angle artistique et la manière de construire ses chansons.

Entre douceur et brutalité, Wallace se raconte à travers les histoires de son quotidien, aidé par un préposé au backing vocal.

Il émeut lorsqu’il est soutenu par un batteur et un pianiste et tout particulièrement sur « Pleurer pour nous », une belle compo engagée sur fond d’introspection. On comprend vite que celui qui se livre est un écorché vif qui (s’)exprime pour se libérer, sans être plaintif pour autant.

WC livre un set intelligemment structuré, épuré et d’une précision efficace, ses chansons regorgeant de véritables punchlines.

Très objectivement, un concert dont on ne se sort pas indemne, le gaillard se questionnant sur l’amour dans « Est-ce que je l’aime ? », une compo issue de l’album « Baiser ». Tout est dit…

Le bonhomme deviendrait-il le porte-drapeau d’un rap propre, sans animosité envers les femmes et les keufs (NDR : traduisez agents de police) ?

Le public dourois semble se satisfaire ce qui reste un live d’une qualité certaine.

Wallace se retire doucement… sans Gromit !

Affaire à suivre…

Après avoir déambulé de scène en scène, retour à la Petite maison dans la prairie. Au loin, on entend des sonorités de world music.

Fulu Miziki s’y produit. Il s’agit d’une formation née dans le quartier de Ngwaka, véritable labyrinthe de rues dans Kinshasa, capitale de la RDC.

Elle pratique une nouvelle musique, baptisée ‘Twerkanda’, une sorte d’afro disco-house, post soukous explosive, jouée uniquement à l’aide d’instruments fabriqués dans des matériaux que les musiciens ont eux-mêmes recyclés et assemblés.

Le concert est vraiment très intéressant. Les musicos s’investissent, la musicalité est légère, festive et pleine de sens. Le live est relativement rempli de toutes ces effluves qui sentent bon l’Afrique.

Les festivaliers qui se sont pressés à cet endroit sont essentiellement là pour danser au gré de ces sons venus d’ailleurs. Les autres préfèreront investir d’autres lieux. Et d’autres ambiances.

Justement La Femme s’apprête à livrer son set sur la main stage.

Quand on évoque l’étrange patronyme, on pense immédiatement à une icône plantureuse aux formes généreuses. Et pourtant, à l’origine, le projet était réduit à deux hommes, Sacha Got et Marlon Magnée.

Après avoir goûté à différents styles, la jeune fille est passée de l’adolescence à l’âge adulte. On pourrait même ajouter, en deux temps trois mouvements ! Elle a non seulement grandi (le line up recèle des gars et des filles, aujourd’hui), mais elle a surtout gagné en maturité. Surtout depuis la publication de son premier essai, « Psycho Tropical Berlin ». Ce qui lui a valu une récompense aux Victoires de la musique, dans la catégorie ‘album révélation de l’année’.

Depuis, on peut dire que le combo est sur le velours. Il a gravé un nouveau format. Qui s’intitule « Rock Machine », sorti l’année dernière.

Le concert est attendu pas une fan base. A l’heure dite, le set commence. Verdict ? Un condensé de compos décomplexées, insouciantes, délurées et fêtardes qui bouleversent les codes figés de la chanson française. Antithèses d’un Dominique A ou d’un Miossec, elles lorgnent plutôt vers Philippe Katerine !

Des chansons qui baignent au sein d’une forme de cold wave synthétique. Un brin rétro, elles sont saupoudrées, ci et là, d’un zeste de punk spasmodique…

Le mélomane lambda aurait tendance à se laisser bercer par une absurdité rafraîchissante où se mêle vrai/faux second degré. Le plus averti devrait y déceler en filigrane un message plus profond, davantage psychanalytique.

La prestation est tonitruante et envoie valser au placard cette sinistrose ambiante qui nous dévore au fil d’une actualité guerrière et politique bien trop présente. Ici, on est à Dour. Ça rime avec troubadour !

Cette gonzesse à six têtes est certes désinvolte, mais possède le don de plonger les aficionados dans une dimension propice à la schizophrénie.

Les thématiques abordées parlent du quotidien avec une légèreté frémissante, mais sans langue de bois. On y parle de tout et de rien à la fois. Les festivaliers sont après tout ici pour passer du bon temps et non pour philosopher.

Sur son dernier opus, La Femme revient à ses premiers amours new-wave de « Psycho Tropical Berlin (Machine) » qu’il fusionne avec un son rock anglo-saxon des années 80/90. Cet LP rend un hommage au rock, à son efficacité et à son intemporalité. La Femme fait du rock à l’aide de machines.

La Femme continue de développer un univers intemporel et multidimensionnel en se servant de son propre son et sa propre esthétique. Et ça fait mouche auprès du public.

Sur des titres comme « Ciao Paris » ou encore « Sacatela », derrière cette Femme mystérique, se cache une vraie musicalité. Comme quoi, la culture musicale a encore des chaumières à visiter !

Durant près d’une heure, La Femme s’est livrée, prostituée comme jamais, pour dévoiler un corps d’une beauté et d’une exceptionnalité rare. Un concert digne de ce nom !

Le temps de se désaltérer que la Last Arena accueille maintenant SDM, de son vrai nom Leonard Saddam.

Un rappeur lui aussi. Votre serviteur hésite. Mais puisque Mister Wallace avait réussi à arrondir les angles, autant prêter une oreille attentive à ce garçon.

Il se plante au milieu du podium, tel un shérif devant le bandit. Physiquement, il en jette. Black, bâti comme un bœuf, chaîne autour du coup, le gaillard a des allures de bad boy.

Après avoir aligné toute une série de chansons, un constat s’opère, ça ne vole pas bien haut. Très vite, le live devient d’un ennui sidéral, parsemé (trop souvent) de sons de kermesse. Quant à l’approche lexicale du gars, ponctuée de ‘frérot’ et de ‘ouais’ toutes les quatre secondes, elle est du même acabit.

Bref, écouter du SDM, c’est comme manger une tartiflette en pleine canicule. C’est indigeste !

Retour au Garage, lieu des découvertes inattendues et subtiles. Enfin, presque, Gustaf évoluant loin des codes du politiquement correct.

Il s’agit d’un groupe d’art punk de Brooklyn. Ils sont cinq sur scène. Un seul mec. Le veinard !

Lydia Gammill se pointe, godasses à franges de couleur verte. Elle ne passe pas inaperçue.

Très vite « Statue » annonce une suite d’accords tonitruants. C’est bruitiste à volonté !

Lydia captive. Par sa beauté évidemment, mais aussi et surtout par sa présence scénique. Lorsqu’elle se positionne en tant que femme, il est angélique. En tant qu’artiste, elle est démoniaque. Une Dr Jekyll et Miss Hyde a elle toute seule.

Pendant « What Does It Mean », « Starting + Staring », mais surtout « The Motions, le band nous gratifie de belles envolées forgées dans une énergie post punk expressive et rythmée. Le public, enjoué, s’en délecte.

Mais le plus surprenant reste l’attitude de Tarra Thiessen postée à droite du podium. Vêtue de rouge, elle est particulièrement sexy. Mais ce qui fait la beauté du set, c’est qu’elle dynamise le set à l’aide d’instruments spontanés (cornichons, poulet en caoutchouc, vibras lap) et joue avec un filtre ‘audio drag’ glissé dans sa voix, qui emprunte une dimension tantôt démoniaque tantôt comique.

Les chansons s’enchaînent sans temps mort sur fond de fantaisie, de légèreté et de profondeur.

Très rarement, un concert n’avait livré une telle intensité, le second degré constituant le fil rouge d’un moment qui restera ancré dans la mémoire des Dourois.

Et ce n’est certainement pas « Liquid Frown » qui démentira cette impression.

Après avoir déambulé au gré des différentes scènes, votre serviteur se rend une nouvelle fois au Garage, un endroit qu’il commence à connaître comme sa poche.

Ici, c’est Lambrini Girls qui est programmé. Trois gonzesses, démontrant ainsi que la parité est de plus en plus réelle dans l’univers rock indé du 21ème siècle.  

Il s’agit d’un groupe britannique formé à Brighton en 2019–2020, fondé par Phoebe Lunny (chant, guitare) et Lilly Macieira-Boşgelmez (basse).

Après avoir gravé son premier single en 2021 et signé chez Big Scary Monsters en novembre 2022, le groupe sort, en mai 2023, l'Ep « You're Welcome », qui reçoit un accueil critique positif de la part de la presse musicale. Le band défraie ensuite la chronique en se défendant contre les militants anti-transgenres. Paru en 2025, son premier elpee, « Who Let the Dogs Out », atteint la 16ème place des ‘UK Albums Charts’.

Son patronyme s’inspire de Lambrini, une marque de cidre de poire.

Autant le dire, ici aussi, on est loin des normes du genre. C’est brutal et sans filtre. Exagérément même !

Alors que « Big Dick Energy » ouvre les hostilités, très vite la chanteuse saute par-dessus les barrières de sécurité (au grand dam des agents censés maintenir le calme) et se mêle au public lui assénant une série de directives à suivre scrupuleusement, sans quoi les conséquences risquent de jouer en sa défaveur. Et pour n’allez pas le croire, mais le peuple suit. Ce que femme veut…

« God's Country » et « Company Culture », aux contours punk/noise/noir, embraient.

A vrai dire, pratiquement chaque chanson est ponctuée d’une intervention de Phoebe, qui ne peut s’empêcher d’en faire des tonnes afin de capter l’attention d’un auditoire pourtant très réceptif à ses frasques.

Globalement, le trio puise ses influences chez Bikini Kill, Amyl & The Sniffers et Idles ; et le résultat n’est pas avare de rythmes percutants, d’intensité et d’énergie tranchante.

Un des points fort des filles est sans conteste cette volonté d’impliquer la foule dans le show. Et puis cette approche tout autant politique que féministe.

Et ce qui devait arriver, arriva. Très vite, de nombreux pogos (NDR : danse énergique apparue dans les années 1970, notamment dans le milieu punk, caractérisée par des sauts désordonnés, souvent accompagnés de bousculades entre les danseurs) sont déclenchés par les plus... déjantés.

Une chouette découverte, hors du temps. C’est ça le Dour festival !

Ce concert signera le clap de fin d’une journée particulière, faite de découvertes utiles et futiles.

Le lendemain s’annonce tout aussi intéressant, sans doute un peu plus pop.

(Organisation : Dour festival)

Dour festival 2025 : dimanche 20 juillet

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La pluie s’est invitée (une nouvelle fois) à Dour ! Mais aucune inquiétude, l’or bleu a formidablement percolé et la boue n’a pu rendre le site impraticable.

Et puis, il en faut plus pour entamer la joie et la bonne humeur de celles et ceux qui souhaitent profiter un maximum des derniers décibels. Car, oui, la seule certitude qui règne dans cette région située à l'extrémité Ouest du sillon Sambre-et-Meuse est que le fête sera digne de ce nom, peu importe le courant musical qui l’emporte.

Ce dimanche sonne le glas d’une édition qui aura marqué par son côté hétérogène, sa complexité, sa bonne humeur et sa programmation musicale d’un autre monde. Pas un adieu, juste un au revoir, les dates de la prochaine édition étant déjà annoncées.

D’un pas avancé, votre serviteur déboule sur la plaine comme un cochonnet sur un terrain de pétanque. Au loin des cris stridents se font entendre. Un festivalier serait-il en train d’agoniser ? De dégueuler ? Loin de là, un agitateur quelque peu éméché lance un ‘Dourreeeuuhhhhhhhh’ comme si on égorgeait un goret.

Turquoise a donné rendez-vous au ‘Garage’, lieu de rassemblement des vieux briscards amateurs de rock.

Drôle de nom pour un groupe ? La gonzesse qui drive le band aurait-elle la tignasse bleuâtre ?

Même pas ! Il faut entendre derrière ce patronyme, la fraîcheur, la pureté, et le renouveau, souvent associé à des environnements naturels comme la mer ou le ciel. Une couleur qui symbolise également la protection, la force, et l'équilibre émotionnel. Ça en jette !

Les trois musicos qui accompagnent la jeune dame enfourchent leur instrument tel le cycliste au Tour de France. Mais ici, pas de sprint, juste de l’endurance !

Le set débute par « Le bruit », réminiscence des années 80. Ça sent la VHS et la cassette audio pourrie. Mais c’est d’une puissance ventrale rarement entendue.

Impatiente de jouer devant un parterre aussi enjoué, la formation enfile les morceaux à la vitesse de l’éclair, se donnant à peine le temps de respirer entre deux compos.

 « Tumulte » ou encore « Les yeux verts », expriment la quintessence d’une rage chantournée en français. Une aubaine, l’essentiel du parterre étant constitué de francophones.

Et si la demoiselle qui se plante en milieu du podium a un visage de poupon, elle déborde d’une énergie post-punk sous ses airs faussement gentils. Ça sautille et ça virevolte, comme une sauterelle.

La basse est incisive. Sur « Paranoïa », on y perçoit l’effervescence d’un Peter Hook (bassiste et fondateur du groupe cold wave Joy Division). Même la guitare et ses riffs incestueux renvoient aux bons vieux sons de New Order, quand le groupe était au sommet de sa gloire. Ce n’est pas le fruit du hasard. Même si le combo est trop jeune pour avoir été biberonné à l’eighties, il y a le son et l’intention. Un manifeste au retour d’un passé pas encore révolu.

« Les yeux verts » particulièrement. Ce morceau ne fait pas dans le détail, son synthé généreux lui communiquant de faux airs à la Cure.

Et si le quatuor s’était encore montré clément, il faut maintenant montrer des dents acérées. Ni une, ni deux, « Miroir » et ses accents ravageurs et crasseux prennent le dessus, dépassant tout entendement.

Le quatuor n’a maintenant plus rien à prouver, le public s’étant rallié à sa juste cause dans un méli-mélo bruitiste et bestial.

Une prestation des plus intéressantes. Un groupe dont on entendra encore parler prochainement.

Et hop, direction ‘La Petite Maison dans la Prairie’ pour y écouter et voir Jan Maarschalk Lemmens, qui emprunte depuis environ dix ans le nom de Glints sur les planches.

Ancien enfant de chœur à l’Opera Ballet Vlaanderen, il a radicalement changé de registre pour développer un style rap hybride, mêlant hip hop, grime, indie pop et éléments électroniques.

Il se présente seul, habillé d’un training bleu. Tout laisse à penser qu’il va enfiler des baskets et entamer son petit jogging matinal.

Après une intro destinée à faire monter la pression, « Bugatti » permet au bonhomme de montrer toute l’étendue de son organe vocal. De manière à remplir l’espace, il fait les cents pas d’un bout à l’autre de l’estrade.

Au milieu trône une petite boîte blanche posée sur un pupitre. Il s’agit d’un sampler lui permettant de lancer l’instrumentalisation de ses compos. « Fear », « Get U What U Want » et « All Blue Hair » s’enchaînent dans un tumulte grandissant.

Rien à dire, Glints propose un univers singulier à l’énergie redoutable ! Et comparer l’artiste a un chanteur de rap pourrait s’avérer relativement réducteur et constituer une injure profonde. De sa verve raffinée, ce gars possède un talent inné pour le flow.

Reconnu pour son accent britannique distinct (hérité de sa famille habitant au Royaume-Uni), il fusionne avec une facilité déconcertante, chœurs, éléments d’opéra et beats incisifs. Cela s'entend clairement dans l’épique « Roma », un hit accrocheur issu de son deuxième album, 'The dark ! » paru en 2023.

Même si le style minimaliste surprend, on peut dire que Glints a le son de la formule hypnotique.

Tantôt sans fard « Minimum Wage », tantôt en véritable meneur de foule, Glints est un nom qui, assurément, restera marqué dans les annales de Dour.

Mais un des moments clé reste sa version très personnelle de « Acid », avec sa rythmique acidulée, son flow acéré et son prisme new beat rappelant les beaux jours des prémices de la musique électronique.

Glints s’en tire pas mal.

Stella Rose a giflé votre serviteur. Pas physiquement bien évidemment. Juste une baffe artistique.

Un nom qui ne vous dit rien ? Pourtant, vous connaissez son père qui n’est autre que Dave Gahan, chanteur emblématique de Depeche Mode, groupe britannique de musique électronique et de rock alternatif, associé à la new wave. Si Jennifer Sklias-Gahan, sa mère, a moins d’écho auprès du public, elle n’est reste pas moins une actrice, productrice et scénariste de renom.

La chanteuse est accompagnée d’un bassiste et d’un batteur. Une version minimaliste dans l’apparat, mais maximaliste dans le son.

Elle se charge de la sixcordes électrique. Chétive, elle est fringuée d’un chemisier blanc qui lui donne de faux airs de Sainte-Nitouche. Mais souvent, les apparences sont trompeuses...

Le set s’ouvre par le très corrosif « Hollybaby », titre éponyme d’un album récent. Le trio ne ménage pas ses efforts pour que les décibels s’agitent dans les ‘portugaises’ du peuple qui s’est déplacé pour voir ce personnage iconoclaste.

Miss Gahan utilise une technique de positionnement de la guitare bien personnelle. Elle la tient généralement de manière que le corps de l’instrument soit positionné entre ses jambes, la corne reposant sur sa jambe gauche, plutôt que sur la jambe droite comme c'est la tradition. Cette posture lui permet de maintenir une posture droite et d'atteindre facilement les cases graves, en évitant la tension dans le bras.

Alors que les premiers acouphènes apparaissent, très vite, « MS. 45 » (NDR : titre d’un film sanglant signé Abel Ferrara), est balancé au public, afin de faire durer la souffrance. Il s’agit d’une compo noire et abrasive relevée par une rythmique syncopée et qui accorde à Stella toute la crédibilité qu’elle mérite.

Naviguant entre Nick Cave pour son côté énigmatique et PJ Harvey pour son style, sa musique mêle rock alternatif des 90’s, punk, indus des eighties, post punk et blues. Sa voix est puissante et expressive. Bref, la Rose maîtrise les arcanes du genre. Nul doute que très vite, elle pourra se détacher de l’ombre du paternel et s’assumer comme une grande.

Sa dégaine colle parfaitement à l’univers cathartique qu’elle embrasse.

Le morceau « Drugstore Romeo » possède quelque chose de théâtral voire de dramaturgique. Tout y est impressionnant : le refrain, la voix haute perchée ou encore ces coups de gratte qui ne tarissent pas. Etrangement aussi, la compo recèle des relents à la Texas, le combo écossais drivé par la chanteuse Sharleen Spiteri.

Après un premier opus envoûtant, « Eyes of Glass », gravé en 2023, la chanteuse revient plus en forme que jamais et se livre sans pudeur dans « Maid », « Beautiful Twentysomethings » ou encore « Faithful ».

La belle termine son trop court show par « Angel », en guise de révérence. Mi-ange, mi-démon, Stella Rose détient toutes les cartes pour s’affranchir et se faire un… prénom dans l’univers de la musique.

Cap, ensuite, sur le ‘Garage’ pour le set de GRLWood.

C’est à nouveau un band féminin. Une quasi-constante depuis le début de ce festival. Alors qu’à l’origine, il était formé par Rej Forester (chant, guitare) et Karen Ledford (batterie, backing vocals), il a depuis été secoué par des affaires de mœurs, Ledford accusant Forester de viol, la question du consentement étant au centre des débats.

Si Karen a quitté le groupe, une nouvelle préposée à la batterie a pris sa place en la personne de Mia Morris.

GRLwood nous vient de Louisville (Kentucky, États-Unis). Le côté minimaliste de la formation n’est pas trop dérangeant, l’une et l’autre insufflant une énergie débordante dans la manière d’aborder la musique et de la restituer.

Elles mêlent habilement une multitude d’influences multiples, dégainant au riot gun des compos brutes et expressives, à l’instar de « Bisexual » ou encore « Nice guy », laissant peu de doute quant à l’orientation sexuelle des gonzesses. De la musique de mâles dans le corps de femmes !

Les guitares saturées, la batterie puissante et le chant rageur rappellent les influences punk, à l’instar de « Clean ».

GRLWood livre une prestation crue, imagée, sans fausse pudeur ni concession qui ravit les plus sceptiques.

A une encâblure, Dry Cleaning s’apprête à faire le ménage au sein de la ‘Petite Maison dans la Prairie’.

Le style est relativement éloigné du précédent. Tant l’énergie vorace de la chanteuse constituait le fil rouge de GRLWood, ici, c’est la nonchalance qui domine.

Dry Cleaning est une formation anglaise, unique dans le paysage post‑punk contemporain, impliquant Florence Shaw (spoken word), Tom Dowse (guitare, claviers, loops), Lewis Maynard (basse), et Nick Buxton (batterie, claviers, saxophone).

Le drummer s’est installé dans un cube ouvert constitué de plexis. Une image qui renvoie aux précautions prises durant la période Covid. Un peu touchy quand même…

Rapidement, « Leafy » ouvre les hostilités, suivi par « Gary Ashby » et « Don't Press Me », des titres post‑punk bruyants sur lequel Florence déclame. L’approche de la narration lyrique de la chanteuse surprend, compte tenu de la ligne mélodique des musicos. Mais, ça passe étrangement…

Alors que ses comparses se démènent comme de beaux diables, Florence, stoïque et presque passive, récite ses textes sans sourciller, ni exprimer la moindre émotion, si ce n’est quelques rares sourires détachés. Mais l'alchimie qui se dégage de cette formule unique est sincère et vraie et c’est finalement l’essentiel.

Alors que « Strong Feelings » et « Her Hippo font forte impression, certaines compos sont davantage plus nerveuses et incisives que d’autres, comme « Hot penny day » au cours de laquelle la basse de Maynard et la guitare de Dowse surpassent allègrement la voix de Shaw, comme s’il s’agissait du jeu du chat et de la souris.

Mais au fond, c’est le spleen qui règne en maître, chacune des impulsions sonores servant, avant tout, à sortir le public d’une léthargie bien normale après cinq longs jours de festival.

A l’issue d’un set d’une heure émaillé de titres plus curieux les uns que les autres, et notamment « Half Pint », « Evil Evil Idiot » ou encore « No Decent Shoes for Rain”, on a l’impression que Dry Cleaning s’est livré à un nettoyage à sec sur nos cerveaux, devenus parfaitement propres…

Curieux, efficace et soigné !

Alors que les orages commencent à menacer, votre serviteur décide de rester à l’abri en assistant à la prestation de King Hannah.

Il s’agit d’un duo anglais originaire de Liverpool, réunissant Hannah Merrick et Craig Whittle. La paire a gravé deux long playings. Un premier, « I'm Not Sorry, I Was Just Being Me », en 2022 et un second « Big Swimmer » en 2024.

Merrick est vêtue d’une longue robe rouge lui conférant un air de diva. Elle prodigue une musique à l’image de son physique. Il y a de la douceur, de l’espièglerie et une petite touche de fun. Un savant mélange qui… (dé)tonne !

Porté par la voix déclamatoire de Hannah et la guitare saturée de son comparse, « Somewhere Near El Paso » constitue une entrée en matière idéale. Un morceau vaporeux, atmosphérique et chargé de spleen bon marché qui fédère auprès des couples, ceux-ci se rapprochant amoureusement à chaque accord pour se rouler des galoches.

Et ce n’est sûrement pas « Milk Boy (I Love You) », malgré ses sursauts électriques, qui viendra contrecarrer cette ambiance chaudement partagée à la Cigarettes After Sex…

Alors que d’aucuns imaginaient le genre obsolète, force est de constater qu’il séduit plus que jamais, l’instrumentation éthérée permettant au corps et à l’esprit de s’autoriser un lâcher-prise poétique (!?!).

Les compos défilent : « Suddenly, Your Hand », « New York », « Let's Do Nothing » alors que le temps s’est arrêté, la petite aiguille demeurant figée sur ce spectacle magique.

Les riffs s’entrechoquent tandis que la voix est lascive. Aucun doute, il y a quelque chose de très sensuel voire de sexuel, dans la musique de King Hannah.

« Leftovers » s’avance sur la pointe des pieds, sans éveiller de soupçons. Puis le lyrisme et l’instrumentation ne font qu’un à l’image d’un couple uni face aux affres de la vie.

Clôturant le concert, la ritournelle douce-amère « Big Swimmer » est responsable d’un véritable choc émotionnel. Un rayon de soleil parmi les gros nuages qui attendent votre serviteur à l’extérieur comme s’ils s’apprêtaient à se venger de tout le bonheur jusqu’à présent accumulé.

Il est passé 23 heures. Bon nombre de festivaliers s’apprêtent à quitter ce champ de bataille incontrôlable.

Il est maintenant temps de saluer une dernière fois cette vaste plaine et ce public complètement barge. Ne garder que les bons souvenirs et oublier les mauvais, telle est la devise de ce festival basé sur la curiosité.

Les plus résistants et insatiables sont restés dans un brouhaha burlesque, la musique électronique ayant décidé de jouer les trouble-fêtes encore de nombreuses heures durant.

Et puis, résonne aussi au loin, ce Dourreeuuuuhhhhhh véritable cri guerrier distinct, les festivaliers à Dour se constituant en tribus pour se motiver avant d'aller au combat et aller au-delà de ses limites.

(Organisation : Dour festival)

 

 

 

 

 

 

 

 

Dour festival 2025 : samedi 19 juillet

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‘On n’a plus 20 ans’. Cet adage n’a jamais reçu autant d’écho en ce samedi, avant-dernier jour d’un festival qui aura marqué par sa diversité.

Cette journée est traditionnellement plus ‘accessible’, le line-up des jours précédents se focalisant essentiellement sur la découverte, bonne ou mauvaise d’ailleurs.

Le soleil peine à montrer ses rayons. Les plus précautionneux ont scruté leur appli météo et ils ont pu constater qu’on annonce de la flotte. Mais ne dit-on pas que la météo est douroise ?

Comme la plupart des scènes sont couvertes, les permanentes des donzelles ne devraient donc pas trop souffrir.

Au moment où votre serviteur foule la plaine, YoussefSwatts vient d’entamer son set. Originaire de Tournai, c’est un rappeur dans l’âme, auteur et manager d’artistes belgo-algériens, connu pour son style introspectif, poétique, ancré dans le hip‑hop à l’ancienne, parce qu’il reste très digne dans ses propos en dispersant ici et là des messages remplis de bon sens.

Il a déjà bien bourlingué. Il compte plusieurs albums à son actif (dont un fraîchement tombé dans les bacs), des collaborations avec des artistes belges et français notoires tels qu’Oxmo Puccino (« Le poids des mots ») ou Demi Portion (« Maintenant ou jamais ») et a assuré le supporting act des concerts de IAM, en 2022, mais aussi de Bigflo et Oli, notamment en 2023. Une chance, le duo est aussi attendu en début de soirée sur ce même podium.

Swatt’s a très vite été popularisé lorsqu’il a remporté le concours organisé par l’émission française de rap, ‘Nouvelle Ecole’, d’autant plus qu’en apothéose, la finale a été diffusée sur Netflix.

L’histoire de cet artiste s’apparente à un véritable conte de fées. Âgé de seulement 14 ans, il sort un premier Ep, « L’Amorce », qui lui permettra d’être repéré par le phénomène belge, Scylla. Prolifique, il a déjà gravé « Vers l’infini et au-delà » en 2017, « Poussières d’espoir » en 2020, « Pour que les étoiles brillent », en 2022 et enfin « Chute libre » cette année.

Son histoire est belle et constitue une référence aux relations qu’il entretient depuis toujours avec sa fan base. Sa victoire n’est pas seulement sienne, mais celle de toute une équipe.

Alors que votre serviteur n’épouse pas nécessairement le genre, la musique du gars est différente, essentiellement pour deux raisons. Premièrement, il se produit en groupe, phénomène plutôt rare dans le style, les artistes se contentant souvent de recevoir le concours d’un DJ, derrière les platines pour l’enveloppe musicale. Ensuite, et surtout, son écriture n’est pas vindicative à l’instar d’autres de ses congénères. Et pas davantage d’insultes vis-à-vis des ‘keufs’ (Trad : les agents de police) et des ‘meufs’ (Trad : les femmes) qui ne sont pas toutes des putes. Ah bon ?

Youssef est soutenu par quatre musicos chargés d’appuyer ses propos tentaculaires (basse, guitare, clavier et batterie). Le parterre est plutôt timide, les festivaliers éprouvant des difficultés à se remettre des guindailles vécues les jours précédents.

Maîtrisant les codes du hip-hop grâce à des compositions enivrantes et chaloupées, l’artiste se livre entre lyrisme poétique et introspection maladive. Maniant une plume taillée comme du silex, il regarde dans le rétroviseur de sa vie avec humilité. Des compos touchantes et une expression sonore légère sur fond grave ainsi que des thématiques qui traitent de la vie, la mort ou la résilience.

Il se rappelle que jadis, il était lui-même festivalier à Dour et campeur. Et de ses propres aveux, le camping ‘D’ ne semble pas lui manquer. Et en guise de pied de nez à cette situation qu’il a éprouvée, à cette époque, il s’est offert le luxe de louer un teepee, afin de s’assurer davantage de confort.

Il rappelle s’être alors présenté devant un public alors qu’il n’avait pas la popularité qu’on lui connaît aujourd’hui. D’OVNI à artiste confirmé, il se remémore le temps passé, avec un brin de nostalgie. Généreux à souhait, afin de remercier celles et ceux qui le suivent depuis ses débuts, il offre une toute nouvelle compo « Je t’en veux », une ballade aigre-douce dans laquelle il exprime sa haine.

Après avoir servi ses titres les plus connus (mais pas nécessairement les plus joyeux, comme il aime le reconnaître), le set touche doucement à sa fin. Il lui reste exactement 5 minutes. Mais n’ayant pas d’autres matières à offrir sur sa setlist, il propose au public de lui dicter la prochaine compo. Espiègle, le public dourois joue le jeu, le chanteur troubadour s’exécutant forcément dans une belle communion.

Couronné de succès d’estime et critique, Swatt’s est devenu une figure de proue dans le paysage noir-jaune-rouge et attise la curiosité, tout en proposant une prestation éblouissante, où scintille une « Etoile filante ».

Et parlant d’étoile, il est temps de filer à l’anglaise pour y assister au concert d’Uwase, une artiste belge en devenir. Une chose est sûre, son univers suscite la curiosité.

Votre serviteur a déjà assisté à l’une de ses prestations, mais dans une dynamique différente, nettement plus familiale. Il est donc impatient de découvrir sa prestation dans un contexte différent.

Originaire de Bruxelles et bien qu'encore nouvelle sur la scène indie pop belge, elle s'est déjà distinguée par sa maîtrise de la production et de l'écriture, construisant un univers musical intimiste qui reflète ses pensées et émotions les plus profondes. C’est cette singularité qui a attiré l’attention de Jasper Segers (Sylvie Kreusch, Jaguar Jaguar), avec qui elle a coopéré pour produire son nouvel Ep.

Avant l’été, Uwase a dévoilé un premier aperçu de cette collaboration à travers le single « Chorus Baby », suivi de « Fine », à l’avant-goût prometteur.

Elles sont trois sur scène. Des blacks. Une préposée au chant, une à la batterie et la troisième à la basse.

Elles sont relativement jeunes, la trentaine à tout casser. Il va donc falloir jouer des coudes et bousculer les codes, afin d’assurer une crédibilité artistique auprès d’un public qui n’est pas forcément venu pour les découvrir. C’est ça aussi la force et la faiblesse des festivals, métisser le plus grand nombre pour satisfaire la franche la plus large. Et face à un auditoire qui peut se révéler impitoyable dans ses réactions Ainsi, BB Brunes, De la Soul ou Patrick Juvet en ont fait les frais. Dour est un laboratoire au sein duquel il est parfois préférable de ne pas s’exposer.

Le set débute par le percutant « Pls Don’t Take It Away » qui confirme le style dans lequel s’inscrit l’artiste. Un univers sonore empreint de sensibilité, une forme de dreampop mélancolique traversée d’instants groovy. Et ce n’est pas « Gone » ou « Other side » qui iront à l’encontre de cette constatation. 

La jeune fille a acquis une certaine assurance. Ce qui semble logique.

Poursuivant son concert intelligemment, elle alterne chansons douces et languissantes et compos un peu plus énergiques, tout en se frottant au blues et la soul, à l’instar de « Perfect Blue », qui fait mouche auprès de l’auditoire.

Le public qui ne s’est pas pressé en masse, semble tout de même réceptif à l’univers musical de cette belle et jeune artiste.

« Pedestal » sert de référence. Même les plus sourcilleux reconnaissent immédiatement le refrain de cette chanson largement diffusée sur les ondes radiophoniques.

Une autre artiste belge à se produire à une encablure d’ici est Sylvie Kreusch. En novembre, elle soufflera ses 34 bougies et pourtant elle a déjà bourlingué.

Originaire d'Anvers, Kreusch est âgée de seize ans lorsqu'elle fonde son premier groupe, Soldier's Heart, en compagnie d’amis d’enfance. Elle mène en parallèle de la musique une carrière dans le mannequinat. Pas étonnant au vu de son physique attrayant.

Elle s’est entourée d’une bande de musiciens pour servir un set qui risque de faire mouche. Pas mal de néerlandophones se sont donnés rendez-vous.

Tout de bleu vêtue, on pourrait la confondre avec la Schtroumpfette.

Le concert s’ouvre par « Ding Dong », une compo au cours de laquelle l’artiste joue de la mélodie en l’amenant là où l’on ne se doute pas qu’elle puisse aller, cette mélodie restant le plus important à ses yeux, au-delà des mots.

Il y a quelque chose de très organique dans la manière dont le live est construit, avec tous les musiciens, les chœurs, les percussions. C’est théâtral et ça incite à danser. La magie opère immédiatement, naturel donc qu’« Hocus Pocus » embraie.

« Let it all burn » met tout le monde d’accord. Au-delà de l’élégance du projet, de l’intelligence d’écriture et d’une voix au timbre atypique, la prestation de Sylvie est digne d’une messe envoûtante.

Mais, c’est encore lorsqu’elle s’exprime seule en piano-voix ou armée d’une sèche, qu’elle se sublime entre douceur et détermination.

Au cours de son spectacle, elle interagit énormément avec son public, comme lorsqu’elle s’amuse à l’aide d’un parapluie sur lequel figure un motif de pastèque. Original !

Elle est venue défendre son dernier né, « Comic Trip », une exploration audacieuse de l'identité et de l'indépendance.

Puisant ses influences dans la country et la pop expérimentale, ses chansons soufflent le chaud et le froid. Femme moderne, elle refuse de se conformer aux normes, laissant ses imperfections et sa vulnérabilité s'exprimer avec sincérité.

D’une durée approximative d’une heure, SK s’impose majestueusement en femme du monde, attentive à ce qui l’entoure et soucieuse de faire le bien.

Le ciel se couvre méchamment, des gros nuages surplombent le site, alors que Big Flo et Oli doivent y donner un concert sur la main stage, la seule non couverte.

Le décor est impressionnant. Une structure avec de part et d’autre des escaliers qui mènent vers une plate-forme destinée, semble-t-il, aux musiciens. Petit clin du jour, à côté de l’idiome ‘Big Flo et Oli’, est affiché en grandes lettres ‘Dour festival’. Une pensée émue, qui fait mouche !

La plaine est pleine à craquer.

Originaires de Toulouse, ces deux-là ont acquis une célébrité certaine bien malgré eux en devenant également jurés dans une célèbre émission de télécrochet sur la chaîne nationale. Ils ont même remis le couvert dans l’hexagone, ce qui leur a également permis d’y recueillir une reconnaissance certaine.

Selon leurs dires, ils sont heureux de se produire à Dour, le plus grand festival d’Europe.

Le premier disque des frangins, « La Cour des grands », gravé en 2015, est certifié disque d'or moins de quatre mois après sa sortie, puis de platine en France. Le second format « La Vraie Vie », devient disque d’Or après seulement trois semaines d’existence. Leur dernier né, date un peu, puisqu’il est paru en 2022 (« Les autres c’est nous »).

Bien que les goûts musicaux de votre serviteur soient à mille lieues de ce que propose le duo, il faut admettre qu’il va livrer un bon concert. A bien des égards !

D’abord, le rap qu’il prodigue est authentique, loin des clichés du genre, même si leur accoutrement, lui, suit la tendance…

Après une intro permettant à toute l’équipe de sortir d’un pas décidé depuis la grande porte au centre du décor, le show commence par « Papa » qui rend un hommage vibrant au ‘padré’ sur fond de musique latine.

La paire ne fragilise pas les faits sociétaux, mais les renforce par un positivisme élancé. Elle ne cherche ni à provoquer, ni à critiquer. La verve est plutôt à considérer comme une diction philosophique vue à travers le prisme du quotidien.

L’humour aussi alimente le show, « Pour un pote » proposé entre « Aujourd’hui » et « Demain », des morceaux où ils se racontent, leur enfance ainsi que leurs expériences récentes, abordent le sujet de leur renommée nouvelle. Des textes qui fédèrent auprès du plus grand nombre.

Les deux zigotos sont biberonnés à la musique et à la pratique des instruments depuis leur tendre enfance, n’hésitant d’ailleurs pas à mettre la main à la pâte, l’un à la trompette et l’autre à la batterie.

Les titres s’enchainent : « Je suis », « Comme d’hab », « Sur la lune », alors qu’une pluie diluvienne s’invite elle aussi. Mais, cela n’altère en rien la bonne humeur de tous.

L’amour fraternel qui lie le duo n’est pas feint, la complicité est belle à voir.

Le live durera une heure durant laquelle Florian ‘Bigflo’ et Olivio ‘Oli’ Ordonez ont transformé la plaine du festival de Dour en une célébration du rap francophone, les deux frères interagissant fortement avec la foule, la faisant vibrer au rythme de leurs succès, sans ménagement.

On peut dire que les Toulousains ont livré un set d’une grande ferveur, alors que ce n’était pas gagné d’avance !

Une sacrée jolie surprise !

Il faut attendre maintenant trois heures pour assister au concert de Parcels.

A l’heure prévue, les musiciens chevelus, moustachus comme feu Frank Zappa, vêtus de chemises venues d’un autre temps et de pantalons à pattes d’eph’, débarquent. Malgré la cascade de poils, ils ont des visages de poupon. Ils s’installent sur l’Autel. Seraient-ce les descendants des Beatles ? Pas du tout, les membres de Parcels (NDR : un patronyme qui s’inspire du nom d’un café/pâtisserie au sein duquel les musicos ont effectué leurs premiers pas), sont australiens.

Rappelez-vous, la formation avait fait, il y a quelque temps déjà, la une des médias en dévoilant « Overnight », un morceau réalisé sous la houlette du duo français Daft Punk.

Centenaire à eux cinq, Noah Hill (basse), Patrick Hetherington (clavier), Louie Swain (clavier), Anatole ‘Toto’ Serret (batterie) et Jules Crommelin (guitare), se sont rencontrés au lycée de Byron Bay, la ville sise la plus à l’Est du continent australien.

Entourés de parents encourageant l’expression artistique, ils sont parvenus à unir leur différente culture musicale pour former un savant mélange de pop, funk, et electronica.

Etablis à Berlin, ils sont vite repérés par label parisien Kitsuné (NDR : celui qui a découvert Two Door Cinema Club, Klaxons ou encore Hot Chip).

Aujourd’hui, le combo jouit d’une renommée internationale et sillonne les festivals et concerts, nous offrant régulièrement de nouvelles surprises sonores, bien que son dernier album date de 2018. Toutefois, la sortie d’un nouveau single pourrait bien présager celle d’un long playing…

Après une intro en guise de teaser, le groupe sert un « Overnight » qui, justement, ne manque pas de piment. Sourires béats, ils prennent manifestement leur pied. Le bonheur est communicatif, le public est complètement subjugué.

Grâce à des titres comme « Safeandsound » ou encore « Somethinggreater », les gaillards possèdent une maîtrise absolue de leur art ! On frôle la perfection harmonique ! C’est d’une justesse et d’une finesse sans pareil ! Les guitares délicatement pincées et le groove finement mené. On peut aisément parler de génie mélodique !

Toujours transportées par des cordes enjouées, les chansons se distinguent par leur simplicité et leur efficacité. Mais, sans contexte, c’est encore « Tieduprightnow » qui éveille auprès du public une joie onirique.

En permanente oscillation entre le rock et le funk des 60’ et 70’s, en passant les Beach Boys aux Bee Gees, Parcels a su trouver un équilibre en réinventant ce passé musical. Par ailleurs, l’influence de la musique contemporaine, de ses sons électroniques dans une vision pop et moderne sert de contrepoids aux sonorités surannées, mêlant plusieurs esthétiques musicales entre passé et présent.

Multi-instrumentistes et chanteurs, chacun des membres évolue autour d’un univers contrasté d’ombre et de lumière où le groove en est le maître.

Après plus d’une heure d’un ‘live’ surprenant, les superlatifs ne manquent pas ! Tout simplement impressionnant... à faire pâlir les plus grands !

Parcels a réconcilié votre serviteur avec la vie !

Il est minuit lorsque le set s’achève. Il est temps de reposer ses lombaires. La route est longue et parfois semée d’embûches…

Le festival de Dour tire doucement sa révérence. Demain clôturera une édition qui aura marqué les esprits par son esprit de tolérance, sa diversité et son empreinte musicale.

(Organisation : Dour Festival)

 

Dour festival 2025 : jeudi 17 juillet

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Si en 1989, date de la première édition limitée à sa scène unique, qui avait notamment programmé Bernard Lavilliers en tête d’affiche, Dour était un festival, les choses ont drôlement évolué depuis, puisque les festivités se déroulent maintenant sur 5 jours, au cours desquels 230 artistes sont répartis sur 7 scènes. Sans oublier évidemment les 6 campings. Bref, d’un improbable festival artisanal, une machine industrielle s’est imposée aujourd’hui.

Le décor est à l’image de la Belgique ! Surréaliste ! Le site est entouré d’éoliennes gigantesques.

Le festival de Dour traîne, depuis ses origines, une mauvaise réputation : drogue, viols, décès, etc. A tort, évidemment, les services de police et de sécurité veillent au grain. Il n’y pas plus de problèmes ici qu’il n’en existe ailleurs. Ce n’est d’ailleurs pas l’évènement qui crée le problème, mais les individus, tout simplement.

Dour est synonyme de découvertes. A vrai dire, il y a peu de têtes d’affiche connues, surtout ces jeudi et vendredi. Le festival mise avant tout sur un concept unique en son genre, le concept se résumant à flâner entre les différents podiums, s’imprégner de ce qui existe en matière musicale, mais surtout de garder de bons souvenirs, dans la joie et la bonne humeur.

Outre ‘The Last Arena’, la plus grande scène qui peut accueillir 20 000 âmes, ‘De Balzaal’ consacrée à la musique électronique, la ‘Boombox’, qui fait la part belle au hip-hop, à la musique soul, au r’n’b et au swing, il reste ‘La Petite Maison dans la Prairie’ destinée aux fans de musique indie. Sans oublier le ’Garage’, scène mythique pour les amateurs de rock et de rock and roll. On a fait le tour du propriétaire. Enfin, presque, puisque de nombreux endroits proposent encore et encore du son aux potentiels insatisfaits.

Hormis la main stage, toutes les autres sont couvertes. Si la météo est agréable ce jeudi, elle risque de changer les prochains jours, notamment ces samedi et dimanche. Dour, victime d’un acharnement météorologique ? On pourrait le penser. Si certaines années, les pompiers ont dressé leurs lances pour arroser le public, à d’autres, ils sont intervenus pour empêcher la formation de torrents de boue.

Si depuis quelques années, la musique électronique, le hip hop et le rap étaient devenus la clé de voute du festival, le line-up est quelque peu revenu à ses fondamentaux depuis peu, puisque sous l’impulsion de vieux briscards, de temps à autre, des ensembles ‘guitare-basse-batterie’ ont à nouveau voix au chapitre.

Les festivités ont commencé la veille. Seules quelques scènes ont décidé de laisse tomber le rideau afin d’y servir de la musique… électronique aux plus fervents. Une mise en bouche en quelque sorte, puisque le repas et le dessert risquent d’être riches eux aussi.

Autant le dire, la journée du jeudi ne s’annonce pas spectaculaire pour autant ! Dour est par excellence un lieu de compromission à toute épreuve !

Question people, ici, on voit de tout. Tout et son contraire d’ailleurs. Inutile de vous mettre en quête de famille en emmenant un bambin. Au DMF, on ne badine pas avec les looks les plus exubérants : crêtes colorées et gonzesses à moitié à poils déambulent aux côtés de gars déguisés, tantôt en panthère, tantôt en ours. Bref, une style faunistique propre à cette région du centre. Mais toujours dans le respect, précisons-le.

Il faut s’y faire, les badauds vocifèrent ‘Douuuurreeeeehhhhhh’ à n’en plus finir. Un signe distinctif dialectal quel seuls les initiés comprennent.

Comme le système économique est au centre de toutes les préoccupations, les stands de boissons et de bouffe fleurissent comme des pâquerettes sur les pelouses. Le constat est sans appel, les prix deviennent excessifs. Il faut débourser au minimum entre 4€ et 5€ pour une boisson. Même chose pour la nourriture. Et que dire des parkings à trente balles ?

Votre serviteur, tel un explorateur, arrive sur le site, aux alentours de 16h30. Lovelace se produit sur la main stage.

Une sacrée belle expérience pour celle qui vient seulement de goûter aux joies des festivals. En effet, ingénue, elle avoue partager ce genre d’expérience depuis seulement 4 ans.

Elle nous vient de Bruxelles et appartient à la nouvelle scène pop alternative.

La demoiselle est fort sexy. Habillée d’un petit short et d’un corset, elle fait des envieux. Des jalouses également !

Un grand drapeau noir sur lequel est imprimé de grandes calligraphies trône en toile de fond, histoire qu’on se souvienne de cette artiste.

Elle n’est accompagnée que d’un guitariste, le reste de l’enveloppe musicale étant créée par des samples. C’est un peu dommage.

Le parterre est assez clairsemé, l’artiste ayant sans doute encore un peu de mal à se faire un nom alors que sa musique tourne pourtant en boucle sur les ondes radios, grâce à une collaboration avec Saule sur « Petite Gueule », un titre plein d’entrain.

Elle se plait dans une pop sucrée à décortiquer son existence (encore jeune), alternant murmures et envolées vocales.

A tendre l’oreille, sa tessiture vocale est proche de celle de Billie Eilish (NDR : une auteure-compositrice-interprète et actrice américaine) lorsqu’elle scande au public, les yeux dans les yeux ‘Ça te dirait bien qu’on s’aime’, un refrain tout droit issu de « Corps », une jolie balade émouvante. S’agit-il d’une invitation ?

Trop gentillette et manquant de relief, tant dans l’univers que de l’approche musicale, la musique de Lovelace souffre probablement d’absence d’aspérités pour ce genre de festival, raison pour laquelle elle peine à fédérer.

Trop de love et de mélancolie, tue l’expression musicale en quelque sorte…

Au ‘Garage’, se positionne les membres de Dog Race, un groupe dont la musique a adopté une configuration rock.

Les quatre membres sont prêts à en découvre. Le personnage qui drive la formation est une gonzesse, tout aussi sexy que la précédente.

Lunettes noires vissées sur la caboche, elle est vêtue d’un petit short et de collants noirs, de quoi affrioler même les plus fidèles compagnons.

Il y a peu de monde à cette heure, les festivaliers préférant prendre un maximum de plaisir en soirée.

Même si les patronymes riment, Dog Race est l’antithèse de Lovelace. Ici, c’est de l’énergie à l’état pur, des guitares cinglantes, une atmosphère tour à tour joyeuse ou claustrophobique et onirique.

Cette course de chien est venue présenter le dernier Ep, « Return The Day », un disque faussement mélancolique aux allures foutraques.

Dès la première compo, un constat s’impose : des guitares abrasives, une basse pénétrante et une rythmique implacable. La musique de Dog Race aurait pu naître d’une rencontre entre le profil grave voire gothique de Joy Division et les envolées pop lyriques d'Arcade Fire.

Le chant spectral de la jeune dame trahit parfois des intonations à la Sheryl Crow, lorsqu’elle vocifère ce qui semble être, a priori, des cris guerriers.

Des morceaux comme « The leader » ou encore « It’s The Squeeze » naviguent quelque part entre post-punk inclassable et new wave contemporaine.

Une musique particulièrement vivante à l’image de la vocaliste qui en fait des tonnes afin d’amuser son public.

Direction ‘La Petite maison dans la prairie’, un endroit situé à une encâblure de la précédente scène. L’endroit est parfaitement reconnaissable, grâce à ses couleurs vives et son inscription visible des kilomètres à la ronde.

C’est Nilüfer Yanya qui s’y colle, une autrice-compositrice-interprète britannique.

Son nom est étrange, tout comme ses origines. Elle est née à Londres, en 1995, d'un père turc et d'une mère d'origines irlandaise et barbadienne.

Elle débute en publiant des démos sur Soundcloud dès 2014, refusant un projet produit par un membre de One Direction pour rester indépendante dans sa création.

Son premier elpee, produit chez ATO Records, a reçu un accueil critique très favorable. Il fusionne indie rock, soul, jazz, grunge et trip hop, tout en laissant libre cours à son imagination introspective.

Ils sont cinq sur les planches. Mais c’est elle qui drive le band. Elle est très sexy. Décidément, un des éléments marquants lors de cette première journée de festival pour votre serviteur.

Le style est assurément différent une fois encore. Alors que les ‘portugaises’ de votre serviteur souffrent d’acouphènes, le style de Nilüfer Yanya pourrait y remédier.

Ici, pas d’exagération ni dans la forme, ni dans le fond, juste une musique douce et amère, épanouie, relativement épurée, explorant les tensions émotionnelles à travers des guitares semi-nerveuses, des interventions de saxophone et d’électronique dispensés avec une précision chirurgicale, et des paroles qui traitent des anxiétés contemporaines.

Une des particularités du band est de mêler acoustique et électrique afin d’obtenir un son gracieux, propre et glamour, laissant entrevoir de belles envolées sauvages grâce au saxophone joué magistralement par la dame plantée à gauche (qui se consacre également aux ivoires).

Si le set manque cruellement d’énergie, cette situation est largement compensée par la créativité artistique dont on se laisse bercer au gré des compositions, issues notamment du dernier album en date, « My Method Actor » (septembre 2024) ainsi que de l’Ep récemment tombé dans les bacs, « Dancing Shoes ».

Yanga brasse les genres et les sons, de manière presque poétique, voire cinématographique.

Son expression sonore est souvent comparée à celle de Siouxsie and the Banshees. Notamment à cause des riffs de guitare subtils ; et puis de ces sonorités inventives, surprenantes, mais ô combien intéressantes. Et le tout baigne au sein d’‘un univers feutré.

Une ouverture sur le monde de demain, un univers immersif qui sort des sentiers battus et une curiosité belle à entendre. C’est ça l’esprit du festival de Dour.

Retour au ‘Garage’, non pas pour y faire réparer sa bagnole, mais pour y assister au set de Marcel. Le déjanté de service. Enfin, plutôt LES déjantés de service, Marcel ne se cantonnant pas à une seule personne.

Ce sont des (presque) voisins, ils viennent d’Arlon.

Sur l’estrade, trône une inscription rappelant l’idiome de la formation, fabriquée dans une matière qui, à s’y méprendre, ressemble à de la frigolite.

Formé en 2021, ce groupe belge propose une musique hybride, entre post-punk, garage bruitiste et indie rock, tout en affichant une identité visuelle et sonore à la fois décalée et percutante. On est une nouvelle fois loin du style précédent. On a intérêt à se protéger correctement les feuilles de choux, si on ne veut pas, à nouveau, martyriser ses tympans.

A l’heure prévue, des cloches sonnent, comme dans une cour de récréation. Des bruits fusent en backstage. On entend crier froidement ‘Dourrreehhhhh’ repris (évidemment) en masse par le public qui s’est pressé massivement devant le podium.

Les premiers riffs de guitare ne laissent planer aucun doute. La musique immersive de Marcel est un savant mélange, presque improbable, entre celles de Dead Kennedys, Talk Talk, Nina Hagen, Jacques Dutronc, ; et le tout est ponctué de textes poético-horrifiques et d’instruments singuliers (kazoo, darbouka, sifflets).

Le style néo garage rappelle les heures de l’énergie Punk (is not dead), essentiellement dispensée par les Sex Pistols, connus pour être des pionniers dans le genre.

Derrière son micro, Amaury Louis remplit l’espace scénique à lui seul. Dynamique et espiègle, il livre une prestation de manière brute et sans équivoque.

Le combo est venu présenter son dernier né, « Ô  Fornaiz », un opus tout au long duquel instrumentation et bonne humeur font bon ménage.

Que ce soient sur des titres comme « Basho Basho Basho », « Six Seconds » ou encore « The Digger », Maxime d’Hondt (guitare), Benjamin d’Hondt (basse) et Ulysse Wautier (batterie) prodiguent un son qui oscille entre violence percussive, humour absurde et ruptures rythmiques constantes, tout en conservant une cohésion post‑punk extrêmement marquée d’un bout à l’autre du set.

Les titres s’enchaînent de manière irrévérencieuse. Le public est excité voire exalté.

A l’issue de ce concert, votre serviteur déambule de scène en scène pour y encaisser, la plupart du temps, des beats électroniques. Facile et pas cher…

On y croise une majorité de jeunes, en général torses-nus, en quête d’ambiance. La nuit risque d’être longue pour eux…

Le précepte ‘Sex and drugs and rock and roll’ serait-il en train de disparaître ?

La question mérite d’être posée.

A demain !

(Organisation : Dour Festival)

LaSemo 2025 : dimanche 13 juillet

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Clap de fin pour cette dix-huitième édition du LaSemo.

Un festival qui, bien que devenu grand, a gardé son âme d’enfant.

Une majorité qui signe un tournant dans l’histoire aussi, les organisateurs ayant obtenu l’accord de la Ville pour occuper le Parc d’Enghien durant encore au moins trois années, laissant entrevoir de belles surprises à venir.

De grands noms de la chanson française pop sont annoncés. Ce qui explique pourquoi il y a du monde, très tôt dans l’après-midi. Bien plus que lors des deux jours précédents.

Il fait très doux, les badauds déambulent à travers les nombreuses allées ombragées largement réparties sur le site.

Lorsqu’à 16 heures, votre serviteur arrive manu militari, deux artistes se produisent quasi en même temps, Vendredi sur Mer, côté prairie, et Coline BLF, côté guinguette. Le choix se portera vers l’endroit le plus rafraîchissant. Va donc pour la seconde option.

Comme de juste, de nombreux spectateurs ont envahi l’espace. Il fait noir de monde et se frayer un chemin n’est pas une sinécure.

La petite effarouchée se produit devant un parterre, davantage attiré par la soif que par l’artiste, avouons-le ! Mais, surprise, la demoiselle assure. Et son assurance a de quoi faire rougir les plus téméraires, alors qu’elle affiche à peine un quart de siècle.

Elle est originaire de Namur. L’univers musical aussi sein duquel elle baigne, oscille entre Bedroom pop et French pop.

Chantant seule dans sa chambre depuis son plus jeune âge, armée de sa guitare, ce n'est qu'à ses 18 ans qu'elle dévoile son goût pour le chant. Après une année passée en Californie, Coline se lance et travaille sur un premier Ep, « Blue Nostalgia », qui verra le jour en septembre 2022.

Sa musique vintage et solaire est d'abord influencée par King Krule, Clairo et Mac Demarco, mais aussi par de nombreux artistes francophones tels que Lewis Of Man ou encore Claire Laffut.

Ses compos sont parfaitement engagées. Elle s’interroge sur le monde et le devenir de la planète. Ses textes adoptent des opinions idéologiques, sociétaux et politiques. Elle ne mâche pas ses mots lorsqu’il s’agit de balancer du lourd, comme sur cette « Drôle d’Histoire », une compo subtilement chargée de mélancolie.

Parfois doux ou teinté d’une pointe rock, l’univers de Coline BLF sent bon l’été et l’herbe fraîche (celle que l’on sous nos pieds, pas celle que l’on fume). Quand il ne se transforme pas en véritable plaidoyer à l’égard de l’inaction des politiques, tout au long de ce « Feu », bouillonnant de colère et caractérisé par son refrain entêtant, au cours duquel elle clame ‘Soyons heureux avec que le monde brûle’, véritable hymne repris en chœur par l’auditoire.

Coline BLF appartient à cette catégorie rare d’artistes qui se servent de la musique comme son champ de bataille pour mener des combats, tout en promouvant un mode de vie épanoui et en phase avec les enjeux de notre époque.

Mais, elle sait aussi lâcher prise en dispensant des compos aux sonorités eighties, à l’instar de « Luna », personnage fictif qui invite le peuple à se déhancher.

Bref, Coline BLF est assurément une artiste au sens noble du terme qui mérite amplement que l’on s’y intéresse.

La scène du Château est à une encâblure d’ici. Et pourtant, il faut aller vite, le concert de Santa risque d’être pris d’assaut.

Inutile de préciser que l’icône de Hyphen Hyphen est attendue de pied ferme !

A moins d’avoir passé ces deux dernières années sur une île déserte, personne n’a pu échapper au succès fulgurant (presque inattendu) de Samantha Cotta (NDR : c’est son vrai nom !). Et confidence pour confidence, en solo, la demoiselle est impressionnante.

A 18 heures 30’ pétantes, des écrans de fumée envahissent la scène. Impossible de distinguer quoi que ce soit. S’ensuit presque immédiatement un décompte qui semble s’éterniser. Et lorsque ce ‘fog’ se dissipe, il laisse entrevoir une Santa, haute perchée, la tête en bas, pour descendre peu à peu, aidée de filins métalliques, entre des colonnes de feu qui jaillissent. Quelle richesse dans le souci du détail !

Après nous avoir bercé de sa douce ballade en mode piano-voix sur « Popcorn salé », une compo écrite dans l’urgence, presque par égarement, qui paraîtra sous l’impulsion et les encouragements de ses comparses Laura Christin, alias Line (basse, percussions), et Romain Adamo, aka Adam (guitare, synthé), la jeune dame s’émancipe et grave un premier album sobrement intitulé « Recommence-moi ».

Alors que la pop anglophone constituait jusqu’à présent sa ligne directrice, notamment au travers d’HH, la Niçoise prend un virage à 180 degrés en réalisant un très réussi premier essai solo, chanté dans la langue de Voltaire.

Toute de noire vêtue, elle est chaussée de grandes bottes qui lui confèrent un air très glamour. Soutenue par un batteur au drumming corrosif et une bassiste qui n’est autre que sa meilleure amie – Line, elle entame son tour de chant par un spectaculaire « Chanter le monde », une compo aux couleurs vives qui émeut par sa richesse sonore.

Vivant depuis peu de temps dans le plat pays, elle dit aimer se retrouver parmi les siens.

Multi-instrumentiste, elle alterne, au gré des compositions, piano et guitare, ses deux instruments de prédilection, qui viennent soutenir sa voix puissante. Qu’elle met parfaitement en exergue sur « Eva », une magnifique chanson qui s’impose sur fond d’appel à la résilience. Des cris d’amour fusent. Comme elle ne parvient pas à cerner leur origine, elle les rend, mais en plus fort encore.

Et comme le temps presse, elle lance, tout de go, sa gratte au crew (mot qui se traduit en français par ‘équipage’, ‘équipe’ ou ‘bande’, selon le contexte) posté à sa gauche. Le gars la rattrape in extremis à la grande surprise de tous et … surtout de l’artiste elle-même. Un risque démesuré…

Un concert ponctué de surprises ! Et tout d’abord lorsque, posée devant ce piano noir, elle entame « Les larmes ne coulent pas », qui a bénéficié, lors des sessions d’enregistrement, de la complicité de Christophe Willem, un artiste devenu aujourd’hui son ami. Il s’invite le temps d’une chanson, entre simplicité et fausse grandiloquence, lors d’un duo uni par des larmes amères. Mais n’y a-t-il pas larmes plus amères que celles qui ne coulent pas ? Quoiqu’il en soit, elle finit ce titre, le sourire et le regard sereins, debout sur les retours posés à front de scène.

Elle compte se jeter aujourd’hui à corps perdu dans un univers où règnent l’intime, la retenue et la douceur.

Pour ce faire, rien de tel que dénoncer « La différence », sorte de manifeste sur le bien vivre ensemble avec, en filigrane, cet espoir latent de tolérance, d’insouciance et de communion. Pour marquer le coup, elle enfile un drapeau dont les couleurs se réfèrent à l’arc-en-ciel, emblème de l'homosexualité. Le drapeau arc-en-ciel, créé par Gilbert Baker en 1978, est devenu un symbole international de la communauté LGBTQIA+. Il représente la diversité des orientations sexuelles et des identités de genre au sein de cette communauté. Chaque couleur du drapeau a une signification spécifique, comme le rouge pour la vie, le vert pour la nature, et le violet pour l'esprit.

Fidèle à son style unique et son spectre lyrique hors du commun, Santa se regarde ensuite dans le miroir avec introspection durant sa séance de « Popcorn salé » et le désir de recommencer son histoire, à l’instar d’une césure sur le temps. Entre ambition, espièglerie et qualité rare, l’artiste s’était essayée au métier de cascadeuse en interprétant ce premier titre, perchée à plus de 40 mètres de haut ! C'était à Bruxelles, sur la place de la Bourse. Un « Popcorn salé » à son apogée, en quelque sorte !

Et pour rappeler cette spectaculaire ascension, elle n’a rien trouvé de mieux que de jouer du piano en lévitation, grâce à un système de treuil, sous les yeux ébahis des spectateurs qui ont rarement vu un show rythmé digne de ce nom. C’est moins spectaculaire que dans la capitale, mais quand même…

L’émotion est grande. Elle en même oublie les paroles. Et pour se convaincre d’avoir encore toute sa tête, elle embraie dans un mashup, en associant le « Paradis blanc » de Michel Berger et Désenchantée de « Mylène Farmer ». Pour un résultat plus que convaincant !

Elle s’éclipse alors le temps de quelques secondes pour revêtir une cape de vampire. Assoiffée de sang, elle souffle le chaud et le froid lors d’un « Je brûle » qui n’est pas sans rappeler certaines sonorités pop/rock contemporaines qui ont fait les beaux jours de Hyphen Hyphen.

Et puis, dans une parfaite communion, les milliers de festivaliers se transforment en chorale parfaitement synchronisée, pendant « Dis-moi oui », une toute nouvelle compo annonciatrice, sans doute, d’un futur nouvel album. Un magnifique teaser !

Le set touche doucement à sa fin. Alors qu’elle s’apprête à s’éclipser pour une séance de ‘hugs’, des câlins posés délicatement à une poignée de chanceux, elle est vite portée par le public qui l’emmène, comme feuille portée par le vent, jusqu’à la régie, pour un « « Recommence-moi » tonitruant. Et en guise de ‘Happy end’ des canons propulsent des dizaines de milliers de confettis, rappelant les joyeusetés des festivités du carnaval.

Durant près d’une heure trente, Santa a une nouvelle fois démontré qu’elle méritait amplement la distinction du public et de la presse.

Dans l’univers de la chanson française, la jeune peut être assurément considérée comme une grande artiste. Et en livrant un concert d’une telle intensité et générosité, elle a emmené le public dans un tourbillon émotionnel et onirique d’une intensité rare.

MC Solar se produit à 22 heures 30’. Dans l’attente, il faut tuer le temps. Direction donc vers la scène de la prairie pour y découvrir Acid Arab.

Il s’agit d’un groupe français de musique électronique formé en 2012 par deux DJs, Guido Minisky et Hervé Carvalho, immédiatement rejoints par Pierrot Casanova et Nicolas Borne, puis par le claviériste Kenzi Bourras.

La formation est considérée comme pionnière de l'électro-orientale en France.

Vu son goût pour la musique électronique, votre serviteur préfère se nourrir, plutôt que de mourir… d’ennui.

La fin de soirée approche, la nuit a tiré son drap de lit pour s’endormir au côté d’un prodige de la chanson française, en la personne de MC Solaar.

C’est d’un pas résolu qu’il débarque sur l’estrade. Le podium est relativement épuré, une étoile géante trônant en fond de toile.

Vingt-six ans après avoir gravé « Bouge de là », la musique de Claude Honoré M'Barali n’a pas pris une ride et sa verve pointue et naturelle est demeurée intacte.

Son « Intronisation », plage titulaire d’un succulent elpee intitulé « Géopolitique » et dans lequel on entend une dame s’écrier ‘Mc Solar’, laisse entrevoir une musique solaire et positive où on apprend que ‘tout a commencé là-bas, dans la ville qu'on appelle ‘Maisons-Alfort/En jean, en short ou en djellabah’...

Alors qu’à « A dix de mes disciples » laisse dubitatif, « Qui sème le vent récolte le tempo » relève le tout. Ce titre issu du premier LP, paru en 1991, rappelle combien le flow transgresse le poids des âges…

Son obsession… textuelle laisse transposer des suggestions profondes et légères à la fois. Un véritable travail d’orfèvre pour ce… chercheur de phrases.

Mister Claude n’échappe pas à cette règle immuable. Il est également, lui aussi, une « Victime de la mode », comme sans doute les milliers de festivaliers amusés par la facétie de cette poésie urbaine. Dans un foutraque indéterminable, il scande haut et fort à un type « Bouge de là ». Pas une invective, mais une superbe chanson datant des débuts des années 90. Et afin de faire durer le plaisir, après une césure qui tombe à pic, la seconde partie du morceau mythique est jetée aux plus fervents.

Sa musique et la qualité littéraire de ses proses sont le fruit d'inspirations diverses, allant de Serge Gainsbourg – à qui il rendra hommage à travers « Nouveau western » et son sample mythique de Bonnie and Clyde - et aux musiques africaines (ivoiriennes, maliennes, tchadiennes), en passant par les classiques noirs américains (jazz et rap US).

MC Solar est un vrai « Dingue » et son « Da Vinci Claude », titres-phares, ravivent pas mal de souvenirs au sein de l’auditoire…

Alors que Bambi Cruz, de son vrai nom Gabriel Hoareau et par ailleurs rappeur lui aussi, « Ouvre les yeux », la douce et belle « Caroline » vient susurrer dans nos oreilles de jolis refrains pour le meilleur, pas pour le pire.

Le public semble ravi. Cependant « Solar pleure ». Des larmes de joie plus que d’amertume, sans doute. Car l’artiste n’a rien perdu de ces années. Sa plume est intacte, sa verve est plus tenance que jamais et ses textes sont d’une intensité rare.

Le spectacle s’achève, laissant des étoiles dans les yeux. On peut dire que ce soir, MC Solar était… solaire !

Après quatre jours de folie, de spectacles, de concerts d'anthologie et de détente, le festival familial et durable situé dans le parc d’Enghien se clôture ce dimanche soir.

Une édition marquée par un joli succès à tous niveaux. Une fois de plus, le LaSemo a tenu toutes ses promesses.

Gageons que l’édition 2026 sera, quant à elle, au minima aussi intéressante et riche que cette année. Les paris sont ouverts et les premières places déjà disponibles…

(Organisation LaSemo)

LaSemo 2025 : samedi 12 juillet

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Le soleil brille de mille feux en ce samedi, troisième journée du LaSemo, les festivités ayant débuté dès ce jeudi.

Le site est propre, les festivaliers de la veille ont eu à cœur de le conserver comme tel pour les suivants, mais également pour celles et ceux qui reviennent sur les lieux.

Si les activités se veulent familiales, le line up du jour risque de décevoir les plus jeunes, la direction artistique, bien que pop, est davantage élitiste que la veille. Et pour cause, Mika est en tête d’affiche. Enfin, le site semble aussi un peu plus aéré que la veille.

Les quelques précautions d’usage remplies, comme la fouille obligatoire avant de pénétrer à l’entrée du périmètre, votre serviteur arrive ‘franc battant’ aux alentours de 16 heures 30.

Le soleil est encore fort généreux ce jour. Toutefois, les températures sont davantage agréables que caniculaires. Excellente initiative, les organisateurs ont disposé ici et là des points d’eau, histoire d’étancher sa soif.

Warhaus est prêt à en découdre sur la scène du Château.

Warhaus, c'est le patronyme du projet solo de Maarten Devolder, un compositeur, chanteur et multi-instrumentiste, mais également un auteur-compositeur-interprète et producteur belge. Excusez du peu !

Il a entamé sa carrière en 2010, à 22 ans, au sein du groupe Balthazar. Ce n’est qu’en 2015, qu’il s’est également lancé en solitaire.

Après avoir sorti « We Fucked A Flame Into Being » (2016) - inspiré d'une citation du roman ‘Lady Chatterley's Lover’ (‘L'amant de Lady Chatterley’) de D.H. Lawrence, « Warhaus » (2017) et « Ha ha heartbreak » (2022), Marteen et son backing group sont venus défendre leur dernier né, « Karaoke Moon ».

Alors que ses musiciens sont déjà installés sur l’estrade, Maarten avance d’un pas décidé.

Il est habillé de manière classieuse, tout en blanc. Comma le décor de la scène où trône d’ailleurs un énorme rond blanc suspendu (NDR : Jean-Jean - qui rempile (une fois de plus) cette année afin de donner de la joie et de la bonne humeur - le compare à une pastille géante pour la gorge).

Très vite, Devolder empoigne une trompette et le batteur d’un trombone pour attaquer « I’m Not Him ». Le ton est donné.

Sur « Popcorn » ou encore « Jim Morrison. », des compos chargées de spleen et de sensualité, le leader chante à la manière d’un crooner à la voix grave. Le spectre de Nike Cave se met à planer. Et ce sont ceux de Leonard Cohen, Tom Waits voire Lou Reed qui rôdent tout au long de « Zero One Code » ou encore « Where The Names Are Real », des morceaux qui ne manquent pas de charme.

Warhaus crée la surprise auprès des mélomanes. Les yeux écarquillés, le sourire aux lèvres, les spectateurs sont littéralement médusés par la douceur et l’enveloppe musicale d’une forme de jazz langoureux qui baignerait au sein d’une ambiance ‘gainsbourgienne’.

Sur des compos à l’atmosphère feutrée, la formation explore étrangement l’ombre et la lumière de l’âme humaine, les textes de la formation évoquant, de temps à autre, l’Amour et ses affres, comme sur ce langoureux « Loves A Stranger ».

Grâce à des arrangements particulièrement soignés, l’impression de climat ouaté et empreint de nostalgie est accentuée. Une atmosphère qui sied bien à l’esprit du LaSemo.

De son timbre caverneux au phrasé nonchalant, Devoldere livre des chansons profondes et sombres, partagées entre l’amour ou la haine, avec une telle empathie, que l’aspect émotionnel dépasse le spectacle. Une communion s’établit alors avec l’auditoire.

Warhaus est à l’image d’un encéphalogramme, dispensant tantôt des morceaux doux et amers, tantôt plus électriques, à l’instar de « Beaches », stimulé par une ligne de basse grondante. La tension devient palpable et le concert entre dans sa phase la plus intense.

C’est alors que Marteen annonce à la foule qu’il va interpréter une chanson en français. Il s’empare d’une grosse caisse en bois, descend dans la fosse, comme un lion prêt à dévorer une antilope, grimpe sur le caisson, et de la main droite saisit une télécommande pour allumer un vieux téléviseur avec tube cathodique placé sur le côté de scène. C’est alors qu’il entame façon karaoké, sur fond d’une bande-son, un tube de Christophe paru en 1979, « Aline ». Foi de festivalier, jamais une chanson n’avait fédéré autant de spectateurs (NDR : des milliers !) s’épanchant sur une chanson pratiquement disparue de la circulation.

Le set prend doucement fin. Sur « Mad world ». Maarten se détache du personnage statique qu’il incarnait en début de parcours pour se lâcher en virevoltant.

Et en apothéose, « Open Window » clôture le show.

Les musicos saluent chaleureusement le public, alors que l’orgue de barbarie boucle leur sortie. A défaut d’adieu, un au revoir, qui, espérons-le, sera de courte durée.

D’un bout à l’autre de la prestation, un constat : l’instrumentation du band est riche. Trompette, trombone, clavier, violon, guitare électrique et sèche, batterie ainsi que flûte. En outre, chaque musicien est un virtuose…

Direction la Guinguette pour y découvrir Uwase, une artiste talentueuse et polyvalente, originaire de Bruxelles.

Bien qu'encore nouvelle sur la scène indie pop belge, elle s'est déjà distinguée par sa maîtrise de la production et de l'écriture, construisant un univers musical intimiste qui reflète ses pensées et émotions les plus profondes. C’est cette singularité qui a attiré l’attention de Jasper Segers (Sylvie Kreusch, Jaguar Jaguar), avec qui elle a collaboré pour coproduire son nouvel Ep.

Avant l’été, Uwase a dévoilé un premier aperçu de cette coopération à travers le single "Chorus Baby", suivi de "Fine", à l’avant-goût prometteur.

Elles sont trois sur scène. Des blacks. Une préposée au chant, une à la batterie et la troisième à la basse.

Elles sont relativement jeunes, la trentaine à tout casser. Il va donc falloir jouer des coudes et bousculer les codes, afin d’assurer une crédibilité artistique auprès d’un public qui n’est pas forcément venu pour les découvrir. C’est ça aussi la force et la faiblesse des festivals, métisser le plus grand nombre pour satisfaire la franche la plus large.

Après quelques couacs techniques ayant entraîné environ quinze minutes de retard, « Pls Don’t Take It Away » confirme le style dans lequel s’inscrit l’artiste. Un univers sonore empreint de sensibilité, une forme de dreampop mélancolique traversée d’instants groovy.

« Surprise », « Rover » ou encore « On My Cloud » mettent en exergue l’organe vocal de la demoiselle qui respire l’authenticité, mais manque encore d’assurance.

Poursuivant son concert intelligemment, elle alterne chansons douces et languissantes et compos un peu plus énergiques, tout en se frottant au blues et la soul, à l’instar de « Perfect Blue », qui fait mouche auprès de l’auditoire.

La connivence entre les musiciens est belle à voir, au vu des regards complices qu’ils s’échangent fréquemment.

Débordant d’énergie, la dame embraie par « Pedestal, un morceau d’une puissance équivalente à la droite décochée par un boxeur dans les gencives de son adversaire. Une chanson à laquelle elle accorde une certaine importance. Elle y raconte le moment où elle s’est retrouvée à courir après quelqu'un, presque à mendier d'être aimée et prise en charge. Un hymne qui doit parler à la plupart d’entre nous et qui l’a catapultée en tête des charts.

Durant environ quarante-cinq minutes, la formation aura livré un set rempli d’humanité, de douceur, de paix.

Un concert simple et sobre, mais d’une puissance artistique étonnante. Bref, de l’extase et le paradis à portée de main.

Retour à la scène du Château pour le tant attendu Ghinzu. Le peuple s’est déplacé en masse. Il faut dire que le groupe assure seulement deux concerts cet été, dont un ce soir.

Chaussé de lunettes fumées, John Stargasm grimpe sur le podium. Il a pris un sacré coup de vieux, ventre légèrement bedonnant et cheveux grisonnants. Il est suivi par une bande de joyeux drilles. En l’occurrence le bassiste Mika ‘Nagazaki’ Hasson, le guitariste Greg Remy, le drummer Antoine Michel et le claviériste/guitariste Jean Montevideo, également préposé aux backing vocaux.

Le batteur est installé en retrait, de manière surélevée, comme souvent dans cette configuration live.

Le bassiste a opté pour une position à l’extrême gauche (NDR : la position sur le podium, pas l’orientation politique). Lunettes de soleil vissées sur le nez (lui aussi), il porte un costume ‘classique’ de couleur noire. Il ressemble à Kévin Bacon, un acteur, producteur, réalisateur et compositeur américain notoire pour son film musical ‘Footloose’ ou encore pour avoir endossé le rôle de méchant dans une kyrielle de longs métrages, dont ‘Sleepers’ et ‘Hollow Man’.

Le look du sixcordiste ne passe pas inaperçu, non plus ! Il porte de longs cheveux. De dos on pourrait le confondre, soit avec Jésus Christ, soit avec une belle demoiselle. Une illusion ! Car lorsqu’il se retourne, c’est sûr, on est effectivement bien en présence d’un mec.

Le set débute par « Wowa », un nouveau morceau qui annonce la sortie d’un quatrième long playing studio. En tout cas, une compo toute droite tirée de l’univers énergisant de la bande à Stargasm.

Mais c’est encore « Cold Love », issu de « Mirror Mirror », aux riffs de guitare tranchants et à la rythmique schizophrénique, qui recueille tous les suffrages au sein de la foule. L’ambiance en est déjà à son paroxysme alors que le concert vient de commencer.

Très inspirés, « Jet Sex », « Cockpit Inferno » ou encore « Dragon » maintiennent la pression.

Le set ne manque certainement pas d’énergie. Punk dans la démarche, des titres emblématiques tels que « Do You Read Me ? » ou « The Dragster Wave » ne sont pas oubliés.

Alors que le sixcordiste a habituellement tendance à en remettre une couche, il parait bien calme ce soir, ne (s’)accordant que l’une ou l’autre rare pitrerie. Presque aussi sage qu’un enfant de chœur. On le surprendra cependant, couché sur le sol, tout en triturant ses cordes.

La tension monte d’un cran lorsque le quintet interprète le trépident « 21st Century Crooners », le frontman se laissant aller à quelques pas de danse osés. Il semble en transe parfois, les yeux révulsés et la langue pendante. A ce moment, le guitariste posté à droite de la scène, fou furieux, s’empare de sa gratte et la torture afin d’en faire jaillir un son crasseux, dense et intense. C’est jubilatoire et sans vergogne.

John accuse visiblement le coup de ses fantaisies lunaires. Le front dégoulinant, il prend place devant le clavier Roland placé à front de scène et dès les premières notes, on comprend rapidement qu’il s’agit de « Blow », plage d’ouverture de l’elpee éponyme. Rien d’étonnant puisque le combo vient de célébrer le vingtième anniversaire de sa sortie. Toujours aussi punchy, cette compo conserve une place de choix dans le répertoire de la formation.

Le concert prend fin. Reste à savourer ce qui constituera un dessert de choix. En l’occurrence « Mine », un titre explosif pour lequel Stargasm s’empare de la basse de son acolyte, lui-même se chargeant désormais des six cordes électriques. Un cross-musical en quelque sorte qui prouve, une nouvelle fois, que les artistes, souvent, sont de vrais virtuoses.

La fin est digne de l’apocalypse, les musiciens se livrent à fond pour marquer de leur empreinte une prestation qui restera dans les annales. Après plusieurs minutes d’exaltation, le chanteur finit par balancer, sous le regard médusé de l’auditoire, l’instrument de son comparse. C’est spectaculaire, mais honteux, lorsqu’on connait le prix d’un tel instrument. Et elle a dû morfler sec…

Le public, quant à lui, peu habitué à de telles frasques, est sorti ravi. Et c’est finalement, ce qui compte le plus.

Malgré le poids des années, Stargasm n’a ni perdu de sa verve, ni de son énergie. Plaisir intense, satisfaction immense : et si Stargasm avait cette faculté de provoquer des orgasmes ?

Votre serviteur déambule ici et là, en quête de bonheur musical. Les scènes proposent désormais un style convenant peu à votre vieux serviteur qui préfère soigner ses lombaires, plutôt que d’encore le faire souffrir…

A demain !

(Organisation : LaSemo)

LaSemo 2025 : vendredi 11 juillet

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Il faut se rendre à l’évidence, le modèle économique des festivals tel que nous le connaissons aujourd’hui atteint un niveau de saturation critique. Les raisons sont multiples : le cachet des artistes, le nombre de ces événements, les mesures de sécurité importantes à mettre en œuvre, les conditions climatiques aléatoires – qui ont un impact direct sur les ventes de dernière minute – et sans aucun doute les dommages causés par les crises sanitaires.

Et si le LaSemo vivait ses dernières heures comme bon nombre de ses confrères ? Si la question a été évoquée lors d’une récente conférence entre les responsables des plus grands festivals belges, cette fin (inéluctable) n’a pas (encore) été décidée. Selon l’adage, qui vivra, verra…

En tous cas, il semble désormais opportun de définir une vision globale sur le long terme. Et si l’une des solutions était de promouvoir plus simplement des artistes émergents ? Sur ce point, le LaSemo fait office de figure de proue ; car si l’affiche programme des artistes confirmés, elle laisse une large place à celles et ceux, en devenir…

Le site a été réorganisé afin d’aérer l’espace, passant de 4 à 10 hectares. Si la scène du Château n’a pas bougé d’un pouce, comme figée par le temps, une autre, d’une envergure identique et identifiée comme ‘La scène de la prairie’, a été échafaudée sur une parcelle décentrée. Une configuration déjà présente l’année dernière. Seul bémol, le passage d’une scène à l’autre devient parfois un exercice fastidieux.

LaSemo a la particularité de proposer des spectacles culturels riches, conviviaux et bienveillants. Un festival à taille humaine comme il en existe peu aujourd’hui.

Les food-trucks, nombreux, permettent aux festivaliers de se restaurer correctement ; mais l’objectif avoué est de disposer d’emplacements où sustenter sans forcément assister à un concert. Il y a même un stand qui permet d’acheter des fruits.

Le festival a de nouveau invité petits et grands à faire la fête. Si de nombreux concerts sont programmés, les bambins ont également de quoi faire. Il y a même pléthore de représentations qui leur sont destinées.

Une des spécificités majeures de ce rendez-vous annuel est son caractère durable. Entendez par là toilettes sèches, décors en palettes et ballots de foin disséminés un peu partout, afin de se reposer un peu entre deux escapades. Bref, un endroit hors de tout et… surtout du temps.

Même Jean-Jean, l’habituel géant givré de service chargé d’introniser avec humour, décadence et légèreté les artistes, est à nouveau de la partie. Que demander de plus ?

Et une surprise en cachant une autre, la talentueuse, préposée au langage des signes persiste et… signe.

Si en 2024, l’accès au site avait connu quelques couacs, cette année, le plan de circulation a été revu afin d’éviter tant que possible l’engorgement de la ville d’Enghien, en disséminant les parkings.

Lorsque votre serviteur pointe le bout de son nez, aux alentours de 17 heures, Charles est celle qui va proposer son set. Vu le patronyme, on s’attend à découvrir un papy, moustache à la Freddie Mercury, ventre bedonnant et cheveux grisonnants.

Pas du tout ! Il s’agit d’une jeune dame en pleine fleur de l’âge !

Charles (référence à son papy dont elle vouait une admiration sans faille) est vêtue d’une jupe assez courte, d’un long T-Shirt et chaussée de grandes bottes noires, lui conférant un petit air d’écolière effarouchée.

Ses cheveux coiffés en chignon, on dirait à s’y méprendre la Princesse Leia, personnage fictif de la saga Star Wars.

Pas intimidée pour un sou, elle se présente en conquérante devant les centaines de badauds qui se sont pressés pour découvrir cette ancienne candidate de The Voice. Cocorico, c’est une artiste ‘noir-jaune-rouge’, puisqu’elle crèche à Braine-le-Château.

Elle explore un univers qui lui est propre et ne ressemble à aucun autre. Des chansons pop, sensuelles, qui observent la courbe de son existence. Des titres qui racontent ce qu'elle vit ou qu'elle observe dans son entourage. Vu son jeune âge, cette conception risque évidemment d'évoluer rapidement.

Après un premier Ep et un premier album, tous deux remarqués, deux disques dont le son fascinant nous plonge au sein d’univers dark-pop alternatif, Charles revient avec une esthétique punk et pourpre pour présenter un projet audacieux, au cours duquel, elle raconte ses histoires captivantes en français.

Son nouvel Ep, baptisé « Sabotage », s’érige comme le récit initiatique chaotique et formateur d’une nouvelle femme forte, nourrie par les expériences et les mélodrames de sa petite vingtaine. Il lui permet d’enfin éclater sa bulle pour la faire sauter à nos visages et à nos cœurs.

La grande nouveauté de ce disque procède au recours, aussi bien la langue de Molière que de Shakespeare. Un défi fou et laborieux, mais surtout un exercice formateur pour celle qui a toujours douté de ses capacités dans sa langue maternelle.

Pour Charles, le choix de l’idiome a toujours été purement affinitaire, et l’introduction du français sur « Sabotage » découle surtout d’une envie d’explorer d’autres horizons.

Elle entame donc son tour de chant par un « Never Fair », figurant sur l’elpee « Until We Meet », afin de mettre tout le monde d’accord sur son potentiel.

Loin du mythe selon lequel on traduit plus facilement ses secrets dans une langue étrangère, Charles affronte ses vices et ses histoires avec la même hargne, en français. En témoigne ce texte fort sur les abus de la drogue, « Le Marbre ». Une compo qui désarçonne un peu les fans de la première heure.

Mais, très vite, les craintes se dissipent dès « Without You » qui constitue le moment solennel de cette après-midi. Prise d’émotion, elle avouera avoir écrit cette chanson pour une personne présente dans l’assemblée aujourd’hui.

Son set durera une heure. 60 minutes de bonheur, de plénitude, d’introspection et de délice.

Autre style, autre lieu en compagnie de Feu ! Chatterton sur la scène du Château. Il s’agit d’un groupe français de pop/rock, originaire de Paris. Le patronyme du band est né de la juxtaposition de l'expression Feu ! et de Chatterton, en hommage au poète Thomas Chatterton.

Le quintet est composé d’Arthur Teboul (chant), d’Antoine Wilson (basse), de Clément Doumic (guitares & claviers), de Raphaël de Pressigny (batterie) et de Sébastien Wolf (guitares & claviers).

C’est la seule date belge de la formation. Autant dire que la plaine est particulièrement bondée pour ceux dont la prose poétique est hors du commun.

Le combo est réputé pour ses prestations jouissives, solaires et impeccables. Et ce n’est pas « Compagnons », un titre figurant que le long playing « Parais d’Argile », paru en 2021, qui va déroger à la règle. Les guitares sont cinglantes et lancinantes. Arthur Teboul n’est pas en reste. Sur les planches, il affiche une présence charismatique et théâtrale.

Feu ! livrera un répertoire de titres riches et solides, résumé d’une carrière d’une intensité forte entre rock/pop et poésie engagée, tels que « Allons voir » ou encore « Mille Vagues » dédié à tous ceux qui ont perdu quelqu’un. Une compo qui laisse beaucoup de place aux guitares électriques et à la basse, les autres musiciens se sont alors effacés le temps d’une seule chanson, pour enfin revenir en force sur « Libre ».

Grâce à des arrangements soigneusement calibrés, capables de passer de l’énergie brute à une émotion feutrée, Feu ! Chaterton est assurément LA grande surprise de ce jour.

« Monde Nouveau » apporte soudainement beaucoup de fraîcheur. Sa dimension en live est une performance particulièrement habitée et portée par la voix charismatique du chanteur, belle à voir et écouter…

Le set tire doucement à sa fin. Depuis plus d’une heure, le groupe navigue aisément entre ambiances rock et jazz, traversées de spoken word et de touches électro, offrant un show multidimensionnel et jubilatoire. « La Malinche », morceau identitaire, qui alternera à de nombreuses reprises, moments de césures et de reprises, comme pour faire durer le plaisir encore longtemps, n’échappe pas à cette règle immuable qui fait que Feu ! Chaterton est décidément bien bouillant dans une une mise en scène maîtrisée, entre intensité rock et poésie lumineuse.

Alternant énergie brute, puissance vocale, émotion et passages introspectifs, les comparses de Chaterton ont assuré un concert d’une énergie folle, porteur d’une communion forte entre le groupe et la foule.

Néanmoins, certains regretteront que le set ait été interrompu de manière abrupte, empêchant l’ultime final, la jolie reprise de Nino Ferrer, « Le Sud », pourtant jouée lors de certaines prestations live…

Direction la Guinguette, l’endroit le plus atypique du site. Sans doute aussi l’espace qui se prête le mieux à l’esprit et à la culture de ce festival unique en son genre.

La scène est constituée de palettes de bois. De vieux vinyles ont été cloués sur le pourtour du site, afin de feindre un espace cosy.

Le podium bénéficie d’un bel espace naturellement ombragé car il se situe au milieu d'arbres. Et au vu de la chaleur encore bien tenance, inutile de dire que l’endroit est prisé…

The Haze s’y produit. Il s’agit d’un duo réunissant Stéphanie Bertrand et Maximilian De Vos. Le style brasse de la pop-house, une forme de r&b chaloupé, aux beats groovy et hypnotiques, et le tout est parcouru par des interventions de flûte.  Bref, une solution sonore prête à vous exploser à la figure.

Tandis que Miss Bertrand apporte une touche soul/jazz au chant et à la flûte, Mister De Vos se charge des arrangements house downtempo bien calibrés.

Le duo est intéressant, mais cadre peu avec les goûts de votre serviteur.

Après une pause dinatoire bien méritée, direction la scène du Château pour y assister au show de Mika.

Devenu populaire depuis sa participation à The Voice, en 2014, l’artiste n’a cessé d’attiser la curiosité auprès des plus jeunes.

Des milliers de spectateurs se sont pressés en front stage. Il y fait noir de monde. Il faut dire qu’il s’agit de la seule date belge du trublion.

Epuré, le podium paraît gigantesque. Seuls trônent quelques instruments ; notamment des guitares posées ci et là et une batterie légèrement surélevée sur la gauche.

Alors qu’il est 22 heures, Mika débarque. Tel un Phoenix, il a enfilé un costume à ailes de couleur bleue. Et dès les premières notes de « We Are Golden / Origin of Love », il libère une énergie folle. Le public, dès ce début, est conquis et participe immédiatement à la fête.

Le chanteur est particulièrement communicatif. Le lien entre l'artiste et son public est palpable, notamment lorsqu’il aborde « Lollipop » et « Relax (Take It Easy) », deux de ses standards les plus notoires.

Mika offre un spectacle digne de ce nom, employant de gros moyens sur la scénographie, jouant entre tableaux lumineux et projections.

Proposant une setlist de titres plus foutraques les uns que les autres, Mika alterne tubes classiques (« Lollipop », « Grace Kelly », « Love Today ») et nouvelles compositions en français (« C’est la vie », « Jane Birkin », à qui il rend hommage, « Underwater », « Good Guys »), en leur insufflant une belle dose d’émotion. Une sensibilité à fleur de peau qu’il manifeste aussi bien lors des morceaux électriques qu’acoustiques, à l’instar de ces instants piano/voix.

« C’est la vie », une des rares chansons en français du set, provoque une belle communion entre la foule et l’artiste, et tout particulièrement lorsqu’il déclare qu’il s’agit d’une chanson qui appartient à la Belgique.

Flamboyant et théâtral, le show, bénéficiant d’une scénographie à couper le souffle, peut cependant se révéler kitsch et stéréotypé, pour les esprits chagrins, mais en vérité généreux, Mika nous a réservé un spectacle endiablé et jouissif.

Il est minuit lorsque les réjouissances se terminent. La plupart des festivaliers regagnent leur véhicule, tandis qu’une poignée d’insatiables préfèrent poursuivre leur parcours vers l’une ou l’autre bar encore ouvert.

Une nouvelle édition qui tient ses promesses...

A demain !

(Organisation : LaSemo)

 

Festival au Carré 2025 : vendredi 4 juillet 2025

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Alors qu’elle avait été sacrée Capitale Européenne de la Culture en 2015, la Ville de Mons n’a pas perdu pour autant depuis de son éclat lorsqu’il s’agit de promouvoir la culture au sens large du terme.

Et comme chaque année depuis 1989, à la douceur de l’été, le ‘Festival au carré’ tient ses promesses en matière de réjouissance post Doudou.

En ce début juillet, les rayons du soleil sont plutôt généreux, de quoi vaguer au gré des nombreuses activités proposées. Les badauds déambulent ici et là à la recherche du bonheur absolu.

Et pour être tout à fait transparent, il ne faut pas marcher des kilomètres pour trouver de quoi se satisfaire, les échoppes et autres stands en tout genre se révélant nombreux : fanfare loufoque sur la Grand-Place, acrobates voltigeurs·euses dans les parcs, promenade musicale dans les rues, grands noms de la musique, du théâtre ou de la danse dans les salles et guinguette familiale et artistique au Jardin du Mayeur.

C’est à ce dernier endroit que votre serviteur file tout droit, un site notoire, un peu iconoclaste, sis à deux pas de la Grand Place.

C’est tout simplement féérique. De nombreux arbres plantés dans les années 30 s’imposent comme Maîtres des lieux afin d’y apporter un brin d’ombre providentielle. A moins qu’ils ne soient là pour veiller au grain étant eux-mêmes témoins, parfois depuis plusieurs décennies, des vicissitudes du temps. En tout cas, quel que soit le prisme choisi, entouré de bancs métalliques, l’endroit est propice à la détente et à la réflexion.

Il est environs 19 heures, lorsqu’un groupe étrangement baptisé Wazofou (prononcez oiseau fou) grimpe sur un podium flanqué en fond de parcelle, l’autre, au milieu, étant destiné à la ‘jam’ qui va suivre.

Celui qui drive ce projet n’est autre que Kevin Cools, ancien chanteur des groupes Niitch et Feel, une figure emblématique montoise puisque, non seulement c’est une des chevilles ouvrières du festival, mais il a également pris le relais de Mario Guccio chez Machiavel, à la suite de son décès, en 2018. Et pour la petite histoire, la voix et la personnalité de Cools avaient déjà tapé dans l’oreille de Guccio qui disait de lui qu’il était son ‘fils spirituel’.

Wazofou est né sur les cendres d’un trio fondé en 2014. À l’époque, Kévin avait créé le groupe Feel, en compagnie de Martin Moreau et François Hantson. Grâce à des compos certifiées dans la langue de Shakespeare, et au sommet d’une gloire naissante, la formation s’était même produite dans le cadre du Ronquières Festival. Après une longue séparation, le besoin et l’envie de se replonger dans la musique s’est à nouveau manifesté pour le plus grand bonheur de tous.

Il est accompagné de trois acolytes, un batteur, un bassiste et un autre guitariste. A noter que le drummer originel, Martin Moreau (par ailleurs préposé aux fûts chez Lemon Straw), s’est cassé le bras quelque temps auparavant. Il a donc dû déclarer forfait. La formation l’a remplacé au pied levé par un certain Théo. Et de souligner qu’en seulement trois répétitions, il a assuré une prestation du feu de Dieu.

Si le côté (pop)rock est toujours bien présent, le chant s’exprime en langue française. Parfois, même, en dialecte, le chanteur avouant lui-même parfois ne pas comprendre ses textes, à l’instar de « Le niliste », une compo écrite en 40 minutes seulement mais qui se distingue par une belle et longue intro au piano.

Wazofou, c’est de l'énergie 100% rock à l’état pur, qui navigue quelque part entre projet bien pensé, énergie délurée et esprit rebelle à peine refoulé.

Cools est à la voix ce qu’est le chirurgien au bistouri, un instrument parfaitement maîtrisé. Il y a évidemment l’enveloppe musicale, le plus souvent pétillante et joyeuse, mais également et surtout la personnalité de ce trublion de la (nouvelle) chanson française qui en fait des tonnes afin d’amuser le public, comme sur ce « Tout va bien » et cet orgue en filigrane. Une chanson dans laquelle groupe et public dansent en parfaite osmose.

Il y aura aussi des moments plus calmes et solennels, à l’instar de « Exister », une ballade aigre-douce aux relents poisseux ou encore « Terre », permettant à Cools de montrer toute la puissance de ses vocalises dans les aigus.

Le set n’a duré qu’une petite heure. Suffisant pour les uns, se satisfaisant d’une exploration musicale sans fond. Quant aux autres, gangrenés par la frustration d’un sentiment d’inachevé, il faudra là aussi malheureusement s’en contenter.

« C’est la vie » prend alors le relais d’une fin annoncée, une chanson qui permet aux guitaristes de belles envolées d’accords et de gammes en tous genres.

On retiendra aussi la spectaculaire reprise de « Requiem pour un con » du regretté Gainsbourg. Un moment de grâce, le chanteur s’affranchissant ouvertement d’insultes (second degré) à l’égard d’un public médusé. Mais pour la bonne cause évidemment !

Incarnant un groupe local complètement déjanté, Wazofou tient les promesses d’un rapace avide de sens et d’espace…

(Organisation : Surmars)

 

Hellfest 2025 : du jeudi 19 au dimanche 23 juin

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Un bilan s'impose après quatre jours passés au Hellfest, un festival qui a bien mérité son nom cette année ! Entre la programmation enflammée et une chaleur digne des enfers, l'édition 2025 a été mémorable.

Le festival a subi une véritable métamorphose. L'entrée a été entièrement repensée et accueille désormais les festivaliers sous une arche gigantesque, défendue par la désormais célèbre Gardienne des enfers. Cette imposante machine donne le ton dès l'arrivée.

Parmi les autres nouveautés notables, on découvre le restaurant ‘Hellcity’, parfait pour une pause gourmande loin du tumulte des scènes.

Nouvelle zone nichée près du Metal Corner, la Purple House abrite une scène à 360° en forme de cage.

L'ancien emplacement de la gardienne a laissé place aux anciens très appréciés brasiers, parfait pour s'isoler de la foule des main stages ou pour se réchauffer si toutefois on en ressentait le besoin lors des températures caniculaires.

Heureusement, l'organisation est parvenue à gérer cette chaleur extrême en proposant des aménagements bienvenus : arrosage des festivaliers, gourdes autorisées, et points d'eau en libre accès, même si on en aurait apprécié quelques-uns de plus pour fluidifier les files d'attente.

Jour 1 : Le festival démarre en force. La Valley vibre grâce au doom des Suisses de Tar Pond, du stoner de Slomosa, et surtout du noise rock de Chat Pile, qui nous offre un set incroyable d’une quinzaine de morceaux. L'occasion de parfaire sa culture cinématographique grâce aux suggestions du chanteur qu'il partage entre chaque titre.

La journée est également marquée par les performances énergiques de Soft Play (anciennement Slaves) et de Jinjer, qui bénéficie de la technique incomparable de ses musiciens et la voix impressionnante de Tatiana Shmayluk. Impossible de ne pas mentionner Sunn O))), dont les décibels sont les seuls à grimper plus haut que le mercure du thermomètre par cette chaleur caniculaire, et Orange Goblin, les légendes du stoner qui, depuis 1994, n'ont rien perdu de leur superbe. 

Jour 2 : Cette deuxième journée est dominée par la Valley. Wormsand ouvre le bal, suivi par Crippled Black Phoenix. Un des moments forts est incontestablement le concert de Pentagram, dont les expressions de l'iconique Bobby Liebling continuent de fasciner. Mais le clou du spectacle demeure Hermano, le ‘very special guest’ mené par le légendaire John Garcia.

Petite incartade à la Warzone pour assister au concert des Sex Pistols, qui se distingue par l'énergie débordante de Frank Carter. Si la rencontre des deux semble une bonne idée, l'alchimie tant espérée s’est révélée laborieuse.

Jour 3 : Le hardcore est à l'honneur en compagnie de Pest Control, Spy, Nasty, et Terror. Mais le black metal n'est pas en reste, à travers les prestations des Sibériens de Grima et des étoiles montantes Agriculture.

La soirée atteint alors son apogée et on va se prendre deux claques mémorables. La première grâce à Deafheaven, qui confirme tout le potentiel de son dernier album "Lonely People with Power", en livrant une performance irréprochable. Ensuite, Russian Circles, les maîtres du post-metal, auteurs un set parfait, comme d’habitude.

La journée s'achève par le très attendu Turnstile, porté par son nouvel opus, "Never Enough".

Jour 4 : Déjà le dernier jour ! La dernière ligne droite commence pour nous sur la Warzone pour y accueillir le punk hardcore de Gouge Away suivi, sur la Temple, par l’expérimental Aluk Todolo. La journée est aussi marquée par l'ambiance potache de Gutalax, dont les aficionados, vêtus de combinaisons blanches, sont armés de brosses de toilettes badigeonnées de chocolat.

Les indétrônables Walls of Jericho dispensent un des meilleurs sets de l'édition sur la Warzone, prouvant qu'ils n'ont rien perdu de leur énergie depuis leur dernier elpee, paru en 2016. En face, sur la Valley, Jerry Cantrell et Greg Puciato nous offrent un concert tout aussi qualitatif.

Mais le véritable rouleau compresseur de cette édition n’est autre que Knocked Loose. Pendant qu'une partie des festivaliers regarde et écoute Linkin Park, la formation américaine a tout simplement imposé sa suprématie sur la Warzone. Enchaînant sans répit "Blinding Faith", "Don't Reach for Me" et "Mistakes Like Fractures", elle a instantanément conquis le public. Le set s'est achevé sur "Everything is Quiet Now", mettant un point final grandiose à cette édition.

Lorsque les dernières notes sont jouées, le décor fait jaillir ses dernières flammes tandis que la foule se disperse vers le camping et les dernières navettes avant que le Hellfest n'éteigne ses dernières lumières. Le festival est déjà terminé et il ne nous reste plus qu'à attendre l'édition de l'année prochaine.

Rendez-vous du 18 au 21 juin 2026. Le prochain Hellfest affiche déjà sold out pour ses pass 4 jours mais les plus chanceux pourront peut-être encore mettre la main sur des pass 1 jour. Gardez l'œil ouvert pour ne pas manquer leur mise en vente !

Que vous souhaitiez faire un rattrapage ou revivre une partie du festival, n'oubliez pas que bon nombre des concerts de cette année restent visionnables sur Arte Concert (voir ici)

Et pour les photos, c’est

(Organisation Hellfest)

 

 

Tough Enough festival 2024 : samedi 30 novembre

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La première édition du Tough Festival se déroulait ces vendredi 29 et samedi 30 novembre au Botanique, à Bruxelles. Trois salles accueillent cet événement : l’Orangerie, la Rotonde et le Museum. Au menu, de l’americana, du psychédélisme, du surf, du garage rock ou punk, soit des styles qui entretiennent un lien unique, de près ou de loin, avec le blues…

Et comme on est au Bota, à côté de formations et artistes confirmés, une large place est réservée à la scène émergente, c’est-à-dire celles et ceux qui innovent et explorent. Depuis que Frédéric Marchal est devenu directeur général au Botanique, il y a du changement dans la programmation. On y retrouve ainsi la griffe qu’il avait apposée au Centre Culturel René Magritte de Lessines, au Boogie Town et au Roots And Roses de Lessines…

Trois artistes ou groupes sont programmés par salle et se produisent en même temps. Il faut donc opérer des choix. Donc impossible d’assister à l’intégralité des concerts.

Dehors, il fait un froid de canard, et comme le festival se déroule dans la ‘Maison des courant d’air’, on est littéralement frigorifiés… Ce qui contraste avec la bonne saison, lorsque le soleil illumine de ses rayons, le jardin et les serres…

Tupenny Bunters ouvre les hostilités à l’Orangerie, un duo réunissant les multi-instrumentistes Dave et Fi Dulake. Le projet est né en 2012, la même année que leur mariage. Gérant un pub musical notoire de Southend, baptisé The Railway Hotel, le couple, dont le patronyme s’inspire des prostituées de l’époque ‘Régence’, a gravé deux elpees (en vinyle), à ce jour, « A Tuppenny Upright », en 2015 et « The Tuppenny Hangover », en 2022.

La setlist est constituée de titres brefs et déchirants imprimés sur un tempo endiablé, parfois même frénétique. Une forme de garage pop 60’s qui aurait rencontré de la new wave trashy des 70’s. Les mélodies sont entraînantes. Le concert est emballant voire festif.

C'est la posture puissante de Fi, lorsqu’elle est derrière les claviers, qui focalise l’attention. Elle râle alors ou hurle manière maniaque, mais toujours mélodieuse. D’ailleurs, en général, sa voix est plutôt emphatique. Les musicos intervertissent leurs instruments (drums/ivoires), en fonction des morceaux. Très classe !

Direction Museum pour découvrir Karma Sheen. Fondé en 2014, ce combo d’origine pakistanaise s’est établi à Londres.

Sa musique fusionne le classique hindoustani, le rock fuzzy ‘hendrixien’ des 60’s et le lyrisme d'inspiration soufie, profondément enraciné dans l'héritage culturel. La musique traditionnelle pakistanaise moderne se base sur des sonorités vieilles de 600 ans.

Dirigé par Sameer Khan, qui en perpétue l’héritage, ce collectif de multi-instrumentistes a pour objectif d'amener la tradition intemporelle vers de nouveaux horizons. Karma Sheen symbolise le renouveau intrépide du rock psychédélique. Le préposé à la cithare est plutôt doué. C‘est également lui qui se sert du thérémine d’un geste précis de la main qu’il éloigne ou rapproche. Ces deux instruments combinés aux deux sixcordes, à la basse et aux drums produisent une solution sonore étrangement hypnotique. Une sorte de psychédélisme désorientant et fluide qui tourbillonne dans votre tête avant de glisser vers votre moelle épinière en rêvant d’une vie meilleure.

Devant la Rotonde, pas mal de monde attend de pouvoir y pénétrer pour assister au set de The Glücks. Le duo ostendais n‘était pas annoncé au programme. Pratiquant du garage punk sauvage, Il bien évolué et parvient à canaliser son énergie débridée, tout en laissant intactes la rage et la puissance. En outre, il laisse davantage de place à l’excellente voix de Tina Ghillebert. Néanmoins, le volume sonore est excessif et génère des désagréables infrabasses. Votre serviteur préfère s’éclipser et n’est pas étonné que la foule lui emboîte le pas. Pourtant, il avait eu le loisir d’assister à un excellent set du band, lors de l’édition 2023 du Roots & Roses.

Habibi (‘mon amour’ en arabe) s’apprête à grimper sur les planches de l’Orangerie. Fondé à Brooklyn, en 2011, ce quintet féminin combine le son des girl-groups des 60’s au punk new-yorkais et à la pop psyché du Moyen-Orient. Sur son troisième long playing, « Dreamachine », il s’est brillamment renouvelé en incorporant de nouvelles sonorités post-punk et disco vintage. Diaphanes et atmosphériques, les harmonies vocales auraient pu naître d’une rencontre entre ESG et les Shangri-Las. La lead vocaliste est cependant peu communicative. Heureusement, au fil du concert, elle se lâche et la prestation devient de plus en plus fun…

Sextuor gantois, A Murder In Mississipi a gravé son troisième album, « Rêverie », début novembre. Et il va nous en réserver, ce soir, de larges extraits. Sa roots music intègre des tas de styles musicaux, de l’americana au blues, en passant par la country, le folk irlandais, le bluegrass, la polka, le gospel et on en passe…

Les membres du groupe partagent une passion pour la musique et mettent en commun leurs expériences personnelles pour créer un large éventail de sonorités à travers leurs propres compos, créant ainsi leur propre style mais avec une touche contemporaine.

La formation ouvre le bal par le très puissant « Black Train », extrait du nouvel opus. Un vrai délice ! Violon, guitare, banjo, contrebasse et claviers, mais également douces harmonies aux mélodies entraînantes, transportent un public nombreux et très attentif, dans les plaines ouvertes de l'Amérique du Nord. En outre, tous les musicos collaborent aux vocaux. Coups de cœur à « Mary Lou », « Midnight Roller », « Black Cats » Dance In the Barn », « Banjer City », au cours duquel, une clarinettiste invitée participe, et « Medicine Man ».

Votre serviteur a pris froid et soupçonne avoir chopé une bronchite. Il préfère rejoindre ses pénates, bien au chaud…

Pokey LaFarge + Chuck Prophet + A Murder In Mississippi + The Dad Horse Experience + Dead Chic + PowerSolo + DRUUGG + Karma Sheen + Tupenny Bunters + Habibi + Tuff Guac + The Sha-La-Lee’s + Jim Jones All Stars + Siena Root + High Jinks Delegation + Everyone Is Guilty + Warm Exit + THE TAILSPINS.

(Organisation : Botanique)

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