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Dominique A

Reflet du monde lointain

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Les morceaux qui figurent sur « Reflet du monde lointain » sont probablement des titres écartés du tracklist de « Monde réel », le précédent album de Dominique A. Il recèle 8 pistes dont une intro symphonique de 35 secondes, baptisée « Le dénouement », et un morceau instrumental de 2 minutes (« Le retournement ») tramé sur une boucle électronique minimaliste. Une boucle qu’on retrouve sur « Chaque enfant dans son monde » et « La plaine ».

Les compos les plus intéressantes figurent en première partie du long playing. D’abord l’énigmatique « Les vagues et les regrets ». Impliquant aussi bien la flûte, la basse que la batterie, les arrangements sont soignés. Une plage tout au long de laquelle le spectre de Thiéfaine plane. Des arrangements qui deviennent à nouveau symphoniques sur « La fadeur et l’intensité », après avoir goûté aux synthés aquatiques.  Et enfin « Les yeux dans le soleil » qui bénéficie d’une jolie mélodie.  

Enfin, l’opus s’achève par le dépouillé « Maison d’ambre », une chanson dispensée en mode piano/voix.

Et hormis les deux instrumentaux, ces compos véhiculent des textes remarquablement poétiques…

 

Dominique A

Vie étrange

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« Vie étrange » ne serait pas un nouvel album (NDR : quoique !) de Dominique A, mais un ‘carnet de bord musical’ né de son imagination, en plein confinement. D’abord, ce disque inclut les 4 plage de son Ep (« Le silence »), une adaptation de « L’éclaircie », compo signée Philippe Pascal (Marc Seberg, Marquis de Sade), disparu en septembre 2019, et seulement 5 inédits. Dont l’hommage qu’il rend à Christophe, sur le titre maître (‘Quelle vie étrange / Plus de mots bleus / No more’).

Première constatation, pour cet elpee, le Nantais en est revenu à une forme lo fi. Celle de ses débuts. Sur les premiers morceaux, sa voix est aussi fragile et confidentielle que celle de…  Christophe… Minimaliste, la boîte à rythmes imprime le tempo de la plupart des compos. Les claviers sont, en général, atmosphériques. Cathédralesques sur « Papiers froissés », ils frémissent littéralement tout au long de « A la même place ». Un peu de sèche, le plus souvent en picking, mais 2 lignes de gratte sur le morceau final « Sols d’automne ». Et puis une structure électronique et des dissonances martiales inspirées de Coil pour « Rien qu’en amour ». Deux plages qui tout en demeurant dépouillées, sortent quelque peu d’une certaine ligne de conduite instrumentale dictée sur cet LP. Quant aux textes, ils épousent les incertitudes de l’époque chaotique et anxiogène que nous vivons actuellement à travers des chansons poétiques qu’il interprète avec une sensibilité, une profondeur et une élégance qui touchent le cœur et l’âme…

Dominique A

La fragilité

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Publier deux albums en un an est devenu un exercice de style si rare qui mérite d’être doublement souligné !

Si d’aucuns pourraient arguer qu’il s’agit de la résultante d’un syndrome narcissique, force est de constater que "La fragilité" emprunte un chemin de traverse diamétralement opposé au précédent opus, sorti quelques mois plus tôt.

Paru en mars dernier, "Toute latitude" revenait aux fondamentaux, notamment grâce à l’utilisation de séquences rythmiques métronomiques embrassant ci et là une mélodie sculptée dans la new wave tout en adoptant un tempo imprimé par la Tanzbär (NDR : boîte à rythmes fabriquée outre-Rhin).

Ici, l’exercice de style est différent, mais ne dénature en rien le caractère stylistique de son auteur.

Le quinqua épouse une courbe davantage feutrée, plus fine et intimiste dans laquelle il s’interroge de manière introspective sur des sujets qui l’obsèdent comme la fugacité de la vie, la ruralité ou encore la guerre ("Le ruban"). 

C’est une constante, il est inconcevable d’appréhender les textes passivement. Ils s’étudient, se vivent et s’enivrent intensément. Mais la magie finit par opérer. C’est la toute grande force de cet artiste à la plume experte…

On épinglera l’hommage à Leonard Cohen, "La poésie", en plage d’ouverture. Une plage écrite, deux jours après sa mort, seulement…

Fragile, ne signifie pas nécessairement triste… Même si certaines compos flirtent avec l’amertume, la rondeur y est absolue notamment grâce à l’utilisation d’une sèche aux cordes en nylon, dépoussiérée pour l’occasion.

Si la trame des compos est exclusivement acoustique, elle invite cependant des guitares électriques, ainsi que quelques rythmiques ; ce qui ne nuit en rien la cohérence de l’ensemble.

En bref, l’artiste poursuit son travail et nous offre un cru instantané, mais d’une sincérité à toute épreuve dans la parfaite lignée de ce qu’il a entamé depuis le début de sa carrière.

Qui en doutait encore ?

 

Dominique A

Ce qui sépare

Il y a bien longtemps, dans les années 90, un type au teint livide chantait sa déprime sur fond de folk acariâtre : il s'appelait Polar, et portait un bonnet noir qui lui donnait des airs de cambrioleur à la petite semaine. Pas drôle, le mec, mais forcément touchant : ses deux premiers albums, « 1 » et « Bipolar », recelaient quelques perles à s'écouter toutes lumières éteintes, le doigt sur les tempes et la bouche crispée dans un rictus rageur. Depuis lors, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts de Genève, et l'on se demandait si Polar ne s'était pas noyé, lui aussi, tel un Buckley helvète. Dix ans plus tard, Polar refait pourtant surface et sort un quatrième album, « Jour Blanc », écrit en compagnie de Miossec. Qui pour le coup n'a pas l'air de s'être foulé le coude, tant les paroles s'avèrent naïves et dénuées de toute métaphore. Quand Polar monte sur scène, seul, sans bonnet, il nous balance donc ses nouvelles chansons, en français dans le texte, sans penser un instant à ses fans de la première heure. Et du Polar en français, c'est comme de la choucroute sans clou de girofle : ça passe mal. Chez lui, les 'roses sont des épines', à moins qu'il ne s'agisse d'un problème de liaison, mais en tout cas on ne peut s'empêcher de sourire. Etre ou avoir, peu importe, puisque les textes de ses autres chansons sont tout aussi à l'avenant : ni rimes, ni vigueur syllabique, Eric Linder devrait lire Flaubert. Heureusement que le mec est sympa : il nous raconte la genèse de quasi chacun de ses titres avant de les chanter, d'où la redondance, et l'ennui. Sympa, le mec : dommage qu'il se soit mis à la chanson française, et que d'un coup on croirait presque entendre Pascal Obispo chanter dans la montagne, au milieu des vaches violettes (cette voix, irritante à force de yodle démonstratifs). 'C'était mieux avant' ? Evidemment.

Peter Von Poehl, lui, peut se targuer d'avoir gravé un des meilleurs disques pop de l'année : l'excellent « Going to where the tea trees are », dont il interprétera 5 titres seul, à la guitare. On peut regretter l'absence de toute enluminure (synthés, cuivres, batterie, basse,…), mais présentées telles quelles, en toute simplicité, ses jolies mélodies gardent pourtant leur pouvoir d'attraction… Et quand le Suédois demande à l'assemblée de hululer en chœur sur « The Lottery », personne ne se fait prier et l'humeur monte doucement, jusqu'à envahir le parterre comme du sirop de liège. Même assis, le public réagit : il est conquis. Peter Von Poehl chante alors « The Story of the Impossible », la chanson-Mobistar, mais heureusement aucune sonnerie de GSM ne vient gâcher ce grand moment de poésie lo-fi. Avant de clôturer par « Going to where the tea trees are », Peter Von Poehl hasarde de sa voix cajoleuse quelques mots en français (il connaît bien la langue), plaisante à propos de Tricatel ; bref met tout le monde dans sa poche. Vivement la tête d'affiche en 'full live band' !

Mais les trentenaires dans la salle étaient surtout présents pour le concert de Dominique A, dont le dernier album avait déjà été présenté lors des dernières Nuits Botanique. 'Vous n'aviez pas envie d'aller voir Motörhead ?', ironise d'entrée de jeu notre homme en noir avant de balancer « Revoir les choses ». Pas d'« Overkill » en cover, mais la plupart des titres de « L'Horizon » joués pied au plancher, dans une ambiance glaciale qui en laissera plus d'un perplexe. C'est un Dominique A sec et rageur qui se présente à nous, le corps rigide et le regard frondeur : on n'est pas là pour rigoler, à moins d'aimer l'humour très pince-sans-rire du Français exilé à Bruxelles. « La Relève » et « Rouvrir » ne détendent pas l'atmosphère : il faut attendre « Le Camion », semblant de tube radiophonique, pour oser remuer les orteils en position assise. « La Mémoire Neuve » ranime de vieux souvenirs, mais la question semble être ailleurs : Dominique A aurait-il mal digéré son souper ? A part deux rappels où se succèdent enfin vieux tubes moins féroces (« Antonia » et « Le Courage des Oiseaux »), on ne peut s'empêcher de rester circonspect : il a fait froid pendant deux heures, et notre veste était consignée au vestiaire.

La setlist : Revoir les Choses, La Relève, Rouvrir, Le Camion, Bowling, Antaimoro, La Mémoire Neuve, La Pleureuse, Music-hall, Pour la Peau, Où Sont les Lions, Exit, L'Echo, Retour au Quartier Lointain, Le Commerce de l'Eau, L'Horizon, Tout Sera Comme Avant, Adieu Alma, Antonia, Rue des Marais, Le Courage des Oiseaux.

 

Dominique A

Toute latitude

Écrit par

La sortie d’un album de Dominique A constitue toujours un événement au sein dans la sphère musicale…

Se réinventer de manière systématique sans s’éloigner de l’essence même de cette culture qui l’habite depuis toujours et dont lui seul maîtrise la recette, telle pourrait être la préface d’un ouvrage consacré à cet artiste unique en son genre…

Si son dernier essai « Eléor » et son titre éponyme avaient permis aux médias les plus critiques de souligner une absence de risques et une pop trop léchée, « Toute latitude », premier des deux disques d’une année particulièrement prolifique (un second « La Fragilité », paraît en octobre), revient à des fondamentaux ; et notamment grâce au recours à la Tanzbär (NDR boîte à rythmes fabriquée outre-Rhin).

Le résultat révèle des morceaux très susceptibles d’embrasser une forme abrupte tout en lorgnant vers la new wave et ses séquences rythmiques métronomiques, mais aussi des chansons plus chaleureuses à la douceur des flammes d’hiver, à l’instar de la plage d’ouverture ou encore « Aujourd'hui n'existe plus »…

Si l’exercice de style dénote un vrai goût pour l’indépendance des diktats contemporains, le côté synthétique de certaines plages peut vite souffrir d’une linéarité non maîtrisée et glaciale (« Les deux côtés d’une ombre »).

Le gaillard innove toutefois aussi en utilisant la technique complexe du ‘spoken word’ (« Se décentrer »), exercice auquel il s’était déjà essayé en 1990 (« Fossette ») ; ce qui apporte une touche un peu plus percutante et incisive à la narration presque incantatoire des mots prononcés par l’artiste...

Bref, Dominique Ané, à l’état civil, flirte davantage avec l’écrin que la plume, dans un ouvrage qui balaye un genre assez large tout en berçant l’auditeur d’histoires tantôt touchantes et minimalistes parvenant à transformer une banalité en tragédie (« La mort des oiseaux »), voire militantes et percutantes lorsqu’il dénonce l'urbanisation à outrance (« Le reflet »)… le tout modestement, mais allègrement…

Dominique A

Puissance ‘A’!

Dominique A vient donc de publier un nouvel album. Baptisé « Toute latitude », il a été enregistré en compagnie d’un groupe et fait la part belle au rock électrique et électronique. Et l’auteur-compositeur-interprète a prévu d’en graver un second, à l’automne prochain. Réalisé en solo, il proposera des mélodies plus acoustiques et intimistes. Et s’intitulera « La fragilité ». ‘Toute latitude’, c’est également le nom du périple qui transitait par l’Aéronef de Lille, ce jeudi 12 avril.  

Ce soir, Dominique est entouré d’un quatuor réunissant Jeff Hallam à la basse (NDR : filiforme, il tient sa basse très haut, parfois comme une arme, quand il ne fait pas corps avec elle ; et puis parfois, il se sert d’une petite console électronique) ainsi que Thomas Poli aux claviers, machines et guitares (NDR : dont une pedal steel). Tous deux avaient déjà participé au sessions de l’elpee et la tournée de « Vers les lueurs », paru en 2012. Sans oublier Sacha Toorop, complice de longue date, et Etienne Bonhomme, longtemps collaborateur de Claire Dit Terzi, aux batteries, ce dernier, se concentrant plus régulièrement sur ses drum pads.

La salle est comble lorsque le quintet grimpe sur le podium. Dominique semble surpris par le monde qui peuple l’Aéronef, ce soir. Et il le signale d’emblée. Un public multigénérationnel et particulièrement chaud. Le set s’ouvre par « Cycle », titre qui ouvre le nouvel opus, et embraie par « La mort d’un oiseau », une plage qui reflète son indignation face aux sévices qu’on inflige aux animaux, sa stupéfaction vis-à-vis de l’idée du mal, sa colère face à un monde qu’il n’aime pas et qui se complaît dans l’apathie ambiante. Des thèmes qu’il défend tout au long de son dernier long playing. Le son est puissant. Parfois très. Et pour de nombreux titres, l’intensité se développe en crescendo. Le natif de Provins (NDR : c’est en Seine-et-Marne) alterne registre chanté et déclamatoire. A l’instar de « Les deux côtés d’une ombre », une compo angoissante et obsessionnelle, entraîné au cœur d’une mécanique industrielle infernale, au cours de laquelle il se déhanche. La fusion entre organique et électronique est parfaitement équilibrée. Et le robotique « Va t’en » en et une autre démonstration. Régulièrement, Thomas se sert de la pedal steel pour libérer des sonorités gémissantes. Le light show est caractérisé par des rectangles –aussi bien concrets que virtuels– placés au-dessus des musiciens, qui reflètent des rayons lasers. Et le tout est parfois déchiré par des lumières stroboscopiques. Mais la scène est plongée dans le rouge, tout au long du très électrique « Aujourd’hui n’existe plus » et bleu pendant « Vers le bleu » (NDR : of course !). « Se décentrer » nous rappelle que la terre n’est pas le centre de l’univers et l’Europe, pas le centre de la terre. Frémissant et caractérisé par le vocal overdubbé, « Le reflet » prélude sans doute le climat du prochain opus, « La fragilité ». « Toute latitude » et « Le sens » sont chargés de swing, ce dernier est en outre, souligné de chœurs. Atmosphérique, « L’océan » communique l’impression vibratoire de l’eau. La voix nous porte pendant le puissant « Rendez nous la lumière ». Hypnotique, envoûtant même, « Corps de ferme à l’abandon » est riche en texte, et dans son imaginaire, on se projette l’idée de la ferme à l’abandon et du château. « Lorsque nous vivions ensemble » évoque la vie rangée, qui s’arrête… à la maternité. Lorsque Thomas empoigne sa guitare, les compositions deviennent, très souvent plus rock et les éclats d’électricité foisonnent. Et c’est la tendre ballade « Eléor » qui clôt le set.

Premier rappel ! Qui s’ouvre par le très beau et romantique « Au revoir mon amour » et embraie par le musclé « Immortels », au cours duquel les deux drummers libèrent toute leur énergie. Dansant, « Le twenty-two bar » ressemble à un paso doble au rythme accéléré. Et « Le courage des oiseaux » a été traduit en titre électro dansant, un peu dans l’esprit de Visage. Mais la foule en réclame davantage.

Lors du deuxième rappel, elle est en délire. Le combo nous réserve alors encore « Le convoi ». L’entame est minimaliste, mais à l’instar de nombreuses compositions interprétées ce soir, elle monte progressivement en intensité… avant l’explosion finale. Dominique A remercie le public qui applaudit encore quelques minutes à tout rompre. Deux heures dix d’un concert puissant et de qualité. De quoi rassasier l’auditoire présent ce soir.

En première partie, on a eu droit à Powerdove, le projet d’Annie Lewandowski pour lequel elle est aujourd’hui soutenue par Chad Popple aux percussions et à la batterie et le multi-instrumentiste (banjo, concertina, cuivres rafistolés, percus artisanales et tutti quanti) Thomas Bonvalet. Expérimentale, la musique de ce trio est à la fois percussive et atmosphérique, la voix de l’Américaine, qui se sert également d’une sorte de keytar, est particulièrement éthérée. Lorsqu’il ne frappe pas sur ses cymbales ou les bois de ses fûts, parfois quand même sur les peaux, Chad tripote des cordes à l’intérieur d’une sorte de barbecue qui répercute des sonorités proche du marimba. Le résultat est sans doute original, mais manque cruellement de punch.

(Organisation : l’Aéronef) 

Setlist

1) Cycle
2) La mort d'un oiseau
3) Pour la peau
4) Les Deux Côtés d’une ombre
5) Vers le bleu
6) Va t'en
7) Le sens
8) Aujourd’hui n’existe plus
9) Le Reflet
10) Se décentrer
11) L'Océan
12) Toute Latitude
13) Rendez-nous la lumière
14) Le commerce de l'eau
15) Lorsque nous vivions ensemble
16) Exit
17) Cap Farvel
18) Corps de ferme à l’abandon
19) Le métier de faussaire
20) Éléor

Encore:

21) Au revoir mon amour
22) Immortels
23) Le Twenty-Two Bar
24) Le courage des oiseaux

Encore 2:

25) Le convoi

Dominique A

Plus que parfait !

Écrit par

Le Festival au Carré accueillait, ce dimanche 5 juillet, une figure de proue de la nouvelle chanson française.
Si l’artiste n’a jamais vraiment bénéficié d’un tapage médiatique, contrairement à bon nombre de ses pairs, il a déjà pourtant écumé bien des scènes en plus de vingt années de parcours ! Il fait partie de ces hommes plus soucieux de leur crédibilité que de leur portefeuille, même s’il lui arrive, de temps à autre de flirter, plus ou moins consciemment, avec un objectif mercantile. C’est malheureusement le prix à payer si on veut plaire à une large frange de la population. Il faut parfois accepter de vendre son âme à Dieu ! (NDLR : au diable ?)
Le chanteur charismatique a foulé les planches montoises pour, durant deux bonnes heures de bonheur, balayer l’ensemble d’une carrière riche, tout en épinglant les titres de son dernier écrin de beauté intitulé « Eléor ».
L’arène, plutôt mélomane, réunit des badauds, rarement en deçà de la quarantaine, signe du caractère plutôt élitiste du spectacle.
Nous étions donc loin d’un public composé de groupies venues voir un boys band !
Dominique A est un artisan à part entière de la langue de Molière ! Il la connaît, la croque, la tord comme pour en tirer le meilleur jus tel le vigneron, pour en faire son vin. Et comme celui-ci, il se bonifie au fil du temps.

Dire que parallèlement, d’autres s’emploient à l’anglais jugeant le français fade est d’une absolue ringardise. A tort bien sûr !

Chantournés et façonnés d’une façon dont lui seul a le secret, les mots sont choisis avec justesse ! Tantôt poétiques, tantôt plus incisifs et torturés, ils semblent tout droit sortis d’un chapeau pour incruster ses textes. Ils prennent un sens particulier dans chacune des chansons, donnant parfois lieu à une narration ou l’imaginaire est roi.

On écoute attentivement et la première pensée qui vous traverse l’esprit, c’est un cousinage éloigné avec Jean-Louis Murat, Miossec ou encore Benjamin Biolay.

Votre serviteur est bluffé par la prestation musicale de ce soir. Tout est plus que parfait : le son, la lumière et les arrangements. Et le tout est servi par une interprétation magistrale particulièrement soignée, exigeante et délicate !

Jonglant entre morceaux électriques et tempos plus lents, la setlist réunit pas moins de vingt-neuf morceaux. Elle est d’une cohérence à couper le souffle.

Du côté des musiciens, le jeu est d’une habilité déconcertante ! Chacun est dans son élément ! Le bassiste est le plus enjoué de tous ! La manière dont il se tortille en dit long sur son état euphorique. Une attitude proche de l’extase même !

Entre histoires fantasmées et somptueuses, le concert ressemble à un melting-pot de flottements naturels mélodiques et esthétiques placé au sein d’une parenthèse inattendue !

Dominique A fait ce qu’il aime! Il y ajoute beaucoup de véhémence même ! Ca se voit et ça se sent ! Il assume complètement cette identité hors du commun. Il fait fi de tout ce courant trop facilement dans l’air du temps. Comme pour éviter des lendemains fiévreux !

Après nous avoir gratifié d’un florilège de (quasi)tubes, le groupe s’est offert le luxe de revenir à deux reprises pour un total de huit titres. C’est dire sa générosité !

Quelle soirée !

Setlist

Cap Farvel
Nouvelles Vagues
Le sens
Une autre vie
Revenir au monde
Revenir au monde
Celle qui …
Le détour
Semana santa
Passer nous voir
Rendez-nous la lumière
Au revoir mon amour
Par le Canada
Central Otago
Immortels
Music hall
Ce geste absent
Rouvrir
Vers le bleu
L’océan
Eléore
Convoi

1er rappel :

Marina Tsvétaeva
Retour au calme
Retrouvailles
Le courage des oiseaux

2ème rappel :
La fin du monde
La peau
L’horizon
Oklahoma

(Organisation Mons 2015)

Voir aussi notre section photos ici

Dominique A

No photo !

Écrit par

C'est le sac léger, que votre serviteur débarque ce samedi 25 mai à l'Aéronef, légèreté toute légitime car l'équipement du rédacteur est assurément bien plus confortable que celui du photographe. Sans bousculade et parmi une majorité de quadras, c'est dans sa version intime que je découvre la salle qui ce soir accueille Dominique Ané.

Il est 20h15 quand débute la session de Thomas Suel, un ch’ti gars du Nord qui nous invite à découvrir son univers poético-social, flanqué de Christian Pruvost à la trompette et Jérémie Ternoy au Fender Rhodes.

Très rapidement je suis distrait par les odeurs suaves du resto-bar. Aussi, malgré le slam endiablé de Thomas, je décroche quelques secondes plus tard. Cette technique vocale ne retenant définitivement pas mon attention.

A peine ai-je terminé de composer mon menu imaginaire et très olfactif, que débute le set du meilleur interprète français de l'année 2013, élu récemment aux Victoires de la Musique.

Tout de noir vêtu, Dominique A, en maître de cérémonie, monte sur l’estrade. Il est accompagné de Thomas Poli, guitariste aux pédales multiples et préposé au synthétiseur analogique, du bassiste Jeff Hallam, équipé d'une contrebasse imposante, sans doute tout droit sortie du conservatoire le plus proche, du batteur Sébastien Buffet et du claviériste David Euverte, ces deux derniers s’installant un peu plus en retrait.

Dominique A ouvre le menu par " Pleine des Sables", extrait de l'album "Vers les Lueurs". Il est armé de sa Fender Telecaster et ne la quittera pas de la soirée.

La gestuelle et la démarche digne d'une diva de notre ‘MC’ en impose immédiatement. Le set va puiser dans toutes les périodes de sa discographie.

Aucun temps mort entre les morceaux et, malgré les demandes incessantes du public afin d’interpréter "Le sens" ou le "Twenty-two bar", l'artiste ne cède pas aux sollicitations et impose son répertoire de manière très élégante et subtile. Un certain respect professoral s'instaure entre le public et l'artiste, et les revendications sont vite oubliées, laissant place aux applaudissements.

En élève attentif, même si une certaine lassitude débarque après la première heure, je me concentre sur la prestation. Que ce soit les morceaux les plus puissants ou le plus tendres, voire les nombreux premiers titres revisités pour cette soirée. C'est Thomas Poli aux fourneaux de l'electro qui efface toutes sonorités désuètes, à l’instar du célèbre "Courage des Oiseaux", définitivement plus rock et contemporain sans les synthétiseurs. L'attitude scénique de Thomas me fait, par ailleurs, souvent penser à Jonny Greenwood de Radiohead.

Dominique A va dispenser un concert irréprochable tant d'un point de vue technique vocale que guitaristique, au détriment somme toute d'une certaine émotion, que je déplore ne pas avoir assez ressentie. 

Heureusement, Jeff Hallam, en sous-chef averti, épiçait soigneusement le tout, pour démontrer que l'émotion était bien présente lors de ce ‘live’, mais que le professionnalisme et le perfectionnisme prenaient le dessus avant tout.

Intimiste et agréable, ce festin de roi cuisiné aux petits oignons par un top chef et son équipe, m’a donné l'envie de replonger dans les premiers albums de cet artiste incontournable…

Photographiquement vôtre…

 

Dominique A

Vers les lueurs

Écrit par

En 1966, les Beatles enregistraient le célèbre « Eleanor Rigby » en compagnie d’un quatuor à cordes. Un type de collaboration qui allait ouvrir de nouveaux horizons à de multiples groupes ou artistes, pop, rock ou autres. Par contre, le concours d’un quintet d’instruments à vent, c’est plus rare. Dominique A s’est donc servi de cette formule, pour concocter son 10ème opus. Enfin, pas seulement, puisqu’il a toujours reçu le soutien de son fidèle backing band. Enfin, il ne faut pas négliger le rôle des arrangements réalisés, par son vieux complice, David Euverte, ainsi que la présence plus significative du piano.

Dans l’univers de la ‘bonne’ chanson française, depuis le décès de Bashung, il n’existe plus guère de valeur confirmée vivante. H-F Thiefaine, Jean-Louis Murat et Dominique A sont certainement les derniers des Mohicans. La nouvelle scène existe pourtant ; elle est même en plein ébullition au sein de l’Hexagone ; mais les médias ‘populaires’ ignorent la plupart des artistes qui y militent. Demandez donc à un auditeur lambda qui n’écoute que des stations de radios françaises à ‘grande audience’, s’il connaît les trois fleurons susvisés ou même s’il en a déjà entendu parler. Serait-ce parce que ce trio puise une partie de son inspiration musicale, dans la pop et le rock ? La question mérite d’être posée. Ou alors parce que le système continue ou se contente de protéger le vase clos et lucratif des ‘variétés’, outre Quiévrain ? C’est plus que probable…

Votre serviteur avait un jour écrit que Dominique A était l’héritier naturel de Léo Ferré. A cause de sa voix. Et puis de la poésie de ses textes. Poésie qui peut se révéler autant visionnaire, intimiste qu’engagée. Esotérique aussi. La lumière c’est aussi le thème central de son œuvre. Il l’a d’ailleurs intitulée « Vers les lueurs ». Et la plupart des titres de cet opus s’y réfèrent. L’être humain est en recherche perpétuelle de lumière. Il est angoissé quand elle manque (« Parfois j’entends des cris »). La lumière, c’est la vie, l’espoir (« Quelques lumières ») et l’amour. La vie après la mort, aussi. Un sujet que le natif de Provins n’aborde cependant pas. Par contre, il nous réserve des prophéties apocalyptiques. «  La possession » tout d’abord. Description d’un ‘Déluge’ moderne. « Le convoi » ensuite. Une plage de 10’ qui nous conduit vers une très hypothétique ‘Terre promise’. Très hypothétique, car elle évoque plus que probablement la déportation des juifs, vers les camps d'extermination, au cours de la seconde guerre mondiale…

La rencontre entre les instruments à vent (flûte, clarinette, basson, hautbois, cor anglais, saxophone), basiques, et les ivoires est plutôt réussie. Parfois l’aspect rock est plus présent. A l’instar de « Close West », dont l’intensité électrique peut évoquer Noir Désir. Mais en général, l’instrumentation est parfaitement équilibrée…

Au plus j’écoute cet elpee, au plus je l’apprécie, mais aussi au plus je lui découvre des vertus cachées. Je ne suis pourtant pas encore parvenu à toutes les décrypter. Ce sera un travail de longue haleine ! Mais il était essentiel de rédiger cette chronique, Dominique A se produisant au Cirque Royal, ce vendredi 11 mai 2012, en compagnie de l’ensemble de cette nouvelle équipe, dans le cadre des Nuits Botanique…

Dominique A

4 rappels et puis dodo…

Écrit par

La salle Jean Noté était aux deux-tiers remplie pour accueillir Dominique A. A vue de nez, il devait donc y avoir plus ou moins 600 spectateurs. Une belle performance lorsqu’on sait qu’une semaine plus tôt, la Maison de la Culture de Tournai n’avait alors enregistré que 250 préventes. Mais ce manque d’intérêt est incompréhensible, surtout quand on sait que la plupart des concerts accordés par le natif de Provins (NDR : c’est en Seine et Marne), dans le Nord de la France, affiche sold out ! Comme quoi, il ne suffit pas de chanter en français pour remplir une salle dans la cité des Cinq Clochers. A cet égard, cette situation me permet allègrement de battre en brèche les arguments fallacieux justifiés par certains mélomanes et journalistes locaux, lorsqu’ils ne veulent pas se rendre à un spectacle. En fait, ces censeurs imitent la foule en ne se déplaçant que lorsque l’artiste jouit d’une popularité certaine ou est matraqué sur les ondes radiophoniques formatées (NDR : les deux conditions étant souvent liées). La langue de Shakespeare, ce n’est qu’un prétexte ! Bref, on ne va pas refaire le monde, mais il est bon, de temps à autre, de remettre les pendules à l’heure…

En première partie, l’ex-leader de Venus, Marc Huyghens était venu présenter son nouveau projet : Joy. Un trio au sein duquel milite une percussionniste (Françoise Vidick, son épouse), également vocaliste (NDR : très beau timbre !) et une violoncelliste (Anja Naucler, de nationalité suédoise). Bref, on retrouve chez Joy, cet esprit ‘classique’ qui hantait déjà l’ex-formation du Gantois. Le trio rôde son show depuis plus de six mois et il faut reconnaître qu’il est parfaitement au point. La texture musicale est très soignée, ténébreuse (NDR : drôle d’idée de choisir Joy pour patronyme), contemplative, minimaliste. Un univers sonore parfois déchiré par les accords de la six cordes de Marc ou du violoncelle (NDR : les deux musiciens ont recours aux pédales de distorsion), et subtilement martelés de rythmes celtiques et circonstanciellement tribaux. La voix de Marc me fait parfois penser à celle de Mark Chadwick, le leader des Levellers. Et quand elle se conjugue en crescendo avec celle de son épouse, c’est absolument superbe. Quant aux envolées lyriques, parfaitement en harmonie, elles lorgnent plutôt du côté de Muse. Le seul problème c’est que l’ensemble est tellement bien huilé, qu’il manque de relief. Le climat mélancolique, à la limite mélodramatique, accentuant cette impression. Le set aurait même pu s’étaler sur un seul et long morceau, dans l’esprit prog si cher au 70’s. Pas encore d’album pour Joy, mais quelques démos à découvrir sur leur MySpace.

La dernière fois que j’ai assisté à un concert de Dominique A, c’était en 2002, dans le cadre des Nuits Botanique. Faut dire que jusqu’alors, j’étais quelque peu indifférent à sa musique. Or, lors de ce spectacle, j’avais eu une excellente surprise. Seul au milieu d'une multitude de pédales, ce véritable homme-orchestre avait montré une facette de son talent que je ne lui connaissais pas. En outre, son timbre vocal était devenu bien plus mûr qu’à ses débuts. Superbe il m’avait même fait penser celui de Léo Ferré. Enfin, paru l’an dernier, son dernier elpee, « La musique », m’avait beaucoup plu. Raison pour laquelle je m’étais décidé à me rendre à la Maison de la Culture de Tournai, pour assister à son show.

Pour la circonstance, Dominique est soutenu par 3 musiciens. Tout d’abord un drummer qui double également (NDR : probablement ?) à la boîte à rythmes et un claviériste. Plutôt appliqués et impassibles. Et puis un guitariste/claviériste/bidouilleur assez étourdissant. Il est jeune, brillant et se multiplie pour assurer ses différentes tâches. Ce soir, c’est un peu lui l’homme-orchestre. Et quand on peut s’appuyer sur un tel musicien, on peut dérouler. Et c’est ce qui s’est produit ce soir. Dominique est au sommet de sa forme. Cold wave, new wave, valse, tango, paso doble, ballades, noisy, rock, tout y passe. “Hasta- que el cuerpo aguante”, “Immortels”, “Le bruit blanc de l’été”, « Sur nos forces motrices » ainsi que l’inévitable et remarquable “Le courage des oiseaux” sont passés en revue. On a même droit à une nouvelle chanson dont les accords de gratte scintillants, déchiquetés, semblent empruntés à Kitchens of Distinction. Le light show est sobre, mais efficace. Un éclairage essentiellement placé à l’arrière de la scène, projetant des ombres chinoises. Des lumières parfois stroboscopiques, qui traversent également des panneaux tournants, toujours en arrière-plan. Des images d’OMD, Ultravox, Noir Désir et même Bashung traversent mon esprit. Dominique est généreux. Il frappe du pied, secoue la tête (NDR : raison de son regard oblique ?) Et puis, il émane une telle force, une telle beauté et une telle sérénité de ses textes qu’on en est complètement retournés. Le public est conquis, mais gourmand. Il en veut encore et toujours. Et Dominique lui accorde quatre rappels. Dont le dernier, sous forme de slow, histoire de calmer un peu l’enthousiasme, ajoutant : ‘C’est la dernière, et puis Dodo !) Je regarde ma montre, il est 11h45 ! Il doit avoir joué plus de deux heures. Impressionnant !

(Organisation Maison de la Culture de Tournai)

 

Dominique A

La musique

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Si mes calculs sont exacts, Dominique A en serait à son neuvième album solo. En tenant compte de son elpee « Le disque sourd », paru confidentiellement en 1991 ; et bien sûr, sans ses compiles et son ‘live’. Bref, première constatation, le Nantais a voulu en revenir à une forme plus épurée. Celle de ses débuts. Pas pour rien que cet opus a été enregistré chez lui. Au menu : boîtes à rythmes, machines, synthés, piano et un zeste de guitare. Sans oublier les arrangements simples, mais percutants. Et puis cette très belle voix, dont le timbre me fait souvent penser à Léo Ferré. Quant aux mélodies, elles sont superbes, souvent bouleversantes, mises en valeur par des textes incisifs. Le décor est planté.

Venons-en au contenu. Partagé en 12 plages, « La musique » regorge de chansons magnifiques, empreintes d’esthétisme, au cours desquelles Dominique joue sur les contrastes. Depuis le langoureux « Le sens » qu’il chuchote à la première personne du singulier au tango « La fin d’un monde », en passant par le déchirant « Immortels », un morceau qui à l’origine était destiné à l’elpee « Bleu pétrole » de Bashung, « Nanortalik » et ses synthés accrocheurs, dispensés à la manière d’O.M.D., le ténébreux « Qui es tu ? », caractérisé par son refrain glacial, le superbe « Hasta (Que el cuerpo aguante) », qui aurait pu figurer au répertoire de Noir Désir (NDR : pensez à « Le vent l’emportera »), le titre maître dont la sophistication orientale et sinueuse évoque David Sylvian, malgré les accès de claviers ‘vintage’, le menaçant « Je suis parti avec toi », traversé de martèlements rythmiques, l’imparable « Le bruit blanc de l’été », souligné par un Bontempi à la Grandaddy, le visionnaire et contemplatif « Des étendues » (NDR : un clin d’œil à Gainsbourg ?), le synthétiquement latino « Les garçons perdus », éclaboussé de parcimonieuses traces d’électricité ‘crépitantes’ et enfin l’énigmatique et lyrique « Hôtel congress », sorte de synthèse de l’univers sonore de l’Artiste, avec un grand A.

 

Dominique A

Sur nos forces motrices

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‘Enfin un disque live de Dominique A qui ressemble à un best of’ titre le communiqué de presse ; et manifestement, on ne peut démentir. A l’instar de Bénabar ou Miossec, Dominique A possédait et possède toujours le talent pour réussir. Mais il a trop injustement été snobé par le grand public, échouant même au port, lors de l’arrivée de la nouvelle vague de ‘chanson française’. Puisse ses « Forces motrices » l’aider à parvenir (enfin) à prendre de l’envergure…

Après plus de 15 ans de carrière, ponctuée par pas moins de 8 albums studio, on peut affirmer que le Français a déjà bien roulé sa bosse. Il est cependant déjà loin le temps du premier opus minimaliste, « La Fossette ». Et que dire de sa progression sur scène, après avoir assisté à un de ses premiers concerts accordés en Belgique, lors d’une soirée d’étudiants montois, dans une salle pourrie (l’Alhambra pour ne pas la citer). C’était en 1992 !

A l’époque, Dominique A était seul derrière sa boîte à rythmes, devant un parterre de fans (dont votre serviteur) clairsemé, mais dégageait déjà une aura incontestable. C’est qu’il a fait du chemin depuis. Et son dernier opus, « L’horizon », pour lequel il s’est entouré de musiciens aussi talentueux que complices de la vie de tous les jours, en est une nouvelle démonstration. Mais venons-en à ce nouvel album. Il réunit des titres issus de pas moins de quatre concerts enregistrés à la Rochelle, Angoulême et Rosporden. La touche finale (mix et master) a été réalisée dans notre bonne vieille capitale dont il est tombé sous le charme. Autre caractéristique, Dominique A aime placer la barre bien haute. Il a donc préféré attendre que ses musiciens de pointe atteignent la cohérence parfaite pour réaliser son projet. Cette maîtrise se ressent dès le titre d’ouverture « L’Amour», une plage remise au goût du jour. Et se confirme sur « Le Courage des oiseaux », souvent repris, notamment de façon énergique par nos René Binamé. D’ailleurs cette version ‘live’ n’est pas très loin de celle de nos punks belges. L’artiste est exigeant et intègre. Il ajoute d’ailleurs, dans son communiqué, qu’‘une version live doit optimiser ou surpasser la version originale ; et que si un artiste n’a rien à ajouter à un morceau, ce n’est pas la peine de le reprendre sur scène’. Les titres s’enchaînent et les ambiances se déchaînent. Pour « La Peau », la clarinette et le saxo entraînent l’auditeur dans une atmosphère brumeuse, voire ténébreuse, avant de le faire remonter à la surface. L’intonation du chant passe d’un style Gainsbourg sur « Exit » à celui d’un Léo Ferré sur « Marina Tsvetaeva », un inédit tout comme pour « Revoir les choses ». Les aficionados les plus fidèles n’ont donc pas été oubliés, puisque outre ces bonnes surprises, l’elpee recèle quelques raretés dont « Empty white blues » ou « Le Commerce de l’eau ».

L’horizon de Dominique A est donc très large mais aussi profond. Sa musique est toujours un peu mélancolique, pour ne pas dire nostalgique. Mais là où un Miossec finit par nous lasser sur ses amours manqués, son frère de sang n’a pas son pareil pour continuer à capter notre attention. Et l’auditeur ne s’ennuie jamais à l’écoute de ce live, qui peut très bien s’apprécier d’une seule traite. Durant une heure et treize minutes, vous pouvez rester confortablement assis et vous plonger dans l’ambiance de ce live, à acheter les yeux fermés.

Dominique A

Tout sera comme avant

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Sauvé de justesse des crocodiles, le héros s’appelle Dominique A. Car il s’est fallu d’un cheveu sur la tête à Dominique pour que le 6ème album du Nantais soit rangé bêtement à côté des ces prédécesseurs, sans remords, ni regrets, car il a tourné, tourné et retourné dans ma platine avant de se laisser apprivoiser, de se dévoiler dans toute sa beauté. Car oui, voilà un bien bel album. Définitivement. D’une beauté tranquille, loin de la radicalité de “Remué” ou d’« Auguri » et sa flopée de ‘tubes’. “Tout sera comme avant”, comme une fatalité ? Les mêmes histoires répétées, mais aujourd’hui en négatif. En forme d’échos. “Le twenty two bar” et sa rencontre en forme de jeu, d’un cache-cache enfantin (La mémoire neuve”, 1995) ? “Elle parle à des gens qui ne sont pas là” et son froid constat. “Pères” (Remué, 1999) ? “Pendant que les enfants jouent”. Etc. Il est également amusant de comparer pochettes où l’ami Dominique apparaît clairement. “La fossette”, photo prise de profil; “La mémoire neuve” et “Auguri”, de face ; ainsi que le petit dernier de trois-quarts face. “Tout sera comme avant”, mais en diagonale, par les chemins de traverses. Un autre chemin. Remarquables également sont les titres des albums sonnant toujours comme charnière : “La mémoire neuve” et sa table rase; “Auguri” (souhait ou voeu en italien) et cette envie donc de quelque chose d’autre, de nouveau. “Remué” : ce qui est remué n’est plus à sa place comme avant. Et même si “Tout sera comme avant” laisse supposer malgré tout un après... La presse hexagonale s’est empressée de porter aux nues cet album. Enthousiasme un brin pressé si on prend un certain recul. Comme s’il fallait absolument aimer ce disque. Pour ma part, le verdict tombe quelques semaines plus tard : on peut effectivement aimer cet album. Enfin.

Dominique A

Auguri

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Quel peut être le lien entre PJ Harvey et Dalida ? Dominique A bien sûr ! Il reprend " Les enfants du Pirée " sur un album entièrement produit par John Parish, connu pour son étroite collaboration avec Polly Jean. Parish joue même de la basse et de la guitare sur la plupart des chansons d' " Auguri " (NDR : meilleurs vœux en italien, paraît-il !). Tant que nous en sommes aux références, signalons que Dominique A commet une autre reprise sur cet album : " Je t'ai tant aimée ", de la formation belge Polyphonic Size. Une interprétation magnifique de douceur. Cet album, déjà le 5e du Français, respire la sérénité. On s'y glisse d'autant plus facilement que le chant de Dominique A semble cette fois spontané, débarrassé de tout acharnement à dérouter ou impressionner l'auditeur. Qu'il choisisse la sensualité, la tension ou même le clin d'œil ironique (les chanteurs sont mes amis), il s'en sort chaque fois avec les honneurs. Un grand moment !