Sherman est originaire de Beaux Bridge, un patelin sis non loin de Lafayette, en Louisiane. Il a passé sa jeunesse à Houston, au Texas. Contaminé par le virus du blues, il tâte très tôt de la guitare et se retrouve, dès la fin des 60s, derrière Bobby "Blue" Bland et Junior Parker. Il monte alors son groupe : le Crosstown Blues Band, en compagnie duquel il commet deux albums pour le label Lunar. Quelque temps plus tard, on le retrouve au sein du backing band de Clifton Chenier, le roi du zydeco, à la guitare. Cette aventure durera cinq ans. Une aventure au cours de laquelle il tournera inlassablement en Europe et aux Etats-Unis. Paul Simon en personne l'invite pour participer à la confection de son album "Graceland". En 1986. Le célèbre producteur britannique, Mike Vernon, le repère et le pousse à enregistrer son premier elpee sur son label Code Blue : "I'm the man". En 1993. Trois ans plus tard, il concocte "Here and now", toujours chez le même label, désormais distribué par Atlantic. En 98, il édite "Going back home", chez Audioquest. Il s’agit de son dernier elpee studio à ce jour. Un opus pour lequel il avait reçu le concours de deux musiciens de Little Feat : le pianiste Bill Payne et le batteur Richie Haywayd. Depuis, il n’a pratiquement plus jamais quitté la route. Et n’a donc plus beaucoup de temps à passer en studio. Ultime solution : immortaliser ses prestations ‘live’. L’occasion s’est présentée en mai 2005, aux Pays-Bas. Lors du Kwadendamme Blues Festival cher à Pete Kempe des Juke Joints. "Guitar man Live" vient donc de paraître chez Crosscut. Pour la circonstance, il a reçu le concours du Blues Move, soit Julian Grudgings aux claviers, John Moloney à la basse et Mike Hellier aux drums. Cette équipe nous sert un cocktail subtil et personnel dérivé du cajun louisianais et du blues groove texan, baptisé "Loutex".
Le concert s’ouvre dans le pur R&B par "Out of sight out of mind", une composition signée Chris Youlden qui figurait sur son album solo "Mattico", un disque paru en 1993. Longtemps chanteur de Savoy Brown, ce musicien demeure un des fleurons du british blues boom des sixties. La voix de Sherman est chaleureuse, puissante, taillée pour ce genre de répertoire. Il la pousse avec une facilité déconcertante. L’orgue Korg de Julian occupe une place prépondérante dans le décor sonore. Sherman passe à la vitesse supérieure en attaquant son "Long way from home". Canalisé par les courtes phrases de la Fender Stratocaster, ce blues rock galope. Les vocaux de Sherman éclatent avant que les cordes sortent d'une réserve à peine contenue. Plus rien ne peut désormais l'arrêter. Albert Collins hante son esprit ; tout en ayant le souci de ne pas tomber dans le fac-similé. Shouter affûté, il implore "Shake rattle, roll". La puissance de feu est constante. Elle dévaste tout sur son passage. Survolté, Sherman fait suer tout les Blues Move en imprimant un tempo funky sur son "Guitar man". Plus personne dans l'assistance zélandaise ne tient en place. C'est le moment choisi pour détendre l'atmosphère et concéder du smokin' blues bien texan, même si la version ralentie du "Dust my broom" de Robert Johnson est pratiquement méconnaissable! Le musicien est possédé par sa musique. Il ne fait plus qu’un avec sa guitare. La voix et les cordes ne peuvent plus de détacher. Il libère nerveusement des flots de notes bien senties. Toute la sensibilité de l'artiste imprègne ce blues chaleureux. Le rythme refait surface pour le "Home of the blues" de Colin James. Tout au long de ce R&B assez funky, Sherman racle les mots au fond de sa gorge. Il n’est pas loin d'un Robert Cray, mais la voix est plus grave, moins lisse. Il manifeste énormément de vécu dans sa démarche. Robertson semble possédé pour exécuter la version du "Linda Lu" de Ray Sharpe, à la manière du maître de la Telecaster, Albert Collins. Une cover qui vire rapidement à une orgie de guitare. Slow blues, "Make it rain" constitue uns des meilleurs morceaux du concert. La voix de Robertson est à la fois bouleversante, puissante et poignante. Il se consacre exclusivement au chant, délaissant délibérément ses cordes. L'orgue Hammond assure la partie instrumentale. Le concert s’achève par une très longue version de "Tin pan alley", une compo imprimée sur un mid tempo. Il s’y fait encore une fois shouter, répondant à coups de phrases acérées.