Présenter ce nouvel album du jeune Sean Costello aurait dû être un plaisir. Malheureusement, Sean est décédé la veille de son 29ème anniversaire. On l’a retrouvé seul dans sa chambre d'hôtel, à Atlanta. Il était né le 16 avril 1979 et était à l'aube d'une brillante carrière. Il avait tapé dans l'oreille de Delta Groove, le label blues le plus entreprenant de ce début du XXIème siècle. "We can get it together" est donc déjà une œuvre posthume. Sean était né à Philadelphie. Il avait ensuite émigré à Atlanta. En compagnie de toute sa famille. Il joue de la guitare depuis son plus jeune âge. En 96, alors qu'il n'a encore que 17 ans, il concocte son premier opus : "Call the cops". Il est alors engagé au sein du backing band de la chanteuse Susan Tedeschi. Son album suivant, "Cuttin' in", paraît en 2000. Et "Moanin' for molasses", deux ans plus tard. Les deux elpees chez Landslide. Un opus éponyme est encore édité en 2005 sur Tone Cool. « We can get it together » constitue donc son cinquième. Ce sera aussi son dernier! Au fil du temps, Sean était devenu un redoutable guitariste ; mais aussi et surtout un excellent vocaliste. Ainsi qu’un compositeur affûté. Quoique notoire au sein des milieux du blues, son potentiel lui avait permis de répondre aux sirènes de la soul music et du R&B. En outre, s'il citait volontiers Otis Rush, Freddie King et Robert Lockwood Jr, comme influences majeures, il se sentait aussi proche d'Otis Redding, Johnny Taylor et Otis Clay! Depuis deux ans, ses prestations scéniques bénéficiaient de la présence d'une section rythmique unique, composée d’Aaron Trubic à la basse et et Paul Campanella Jr aux drums. Ils sont bien entendu de la partie.
En ouverture, "Anytime you want" souligne son timbre rugueux, terriblement expressif, très souple. Il colle bien à ses accès de gratte. Il y dispense des accords plaqués, pour y asseoir une assise redoutable à ses vocaux. Cette voix est éclatante, mais déjà bien ravagée. Elle illumine le blues rocker tonique "Same old game". Imprimé sur un tempo proche du "Cocaïne" de JJ Cale, cette plage nécessite un volume maximum pour être appréciée à sa juste valeur. Et son pouvoir de pénétration est irrésistible. "Can't let go" nous dévoile sa facette soul blue. Proche, sans aucun doute, de son idole Johnny Taylor. "Told me a lie" est une petite merveille sculptée dans la pop presque parfaite. A cause des arrangements très ‘beatlenesques’ et de la production luxuriante. En outre, la richesse de l’instrumentation accentue l’opulence de l’expression sonore. Un sousaphone communique des effets de basse saisissants. Un accordéon et chœurs entrent en ligne de compte. Impressionnant! "Hard luck woman" carbure dans l’esprit du Costello le plus pur. Un hard rocker imprimé sur un mid tempo. L’échange opéré entre le chant et la guitare est permanent. Les arrangements assez complexes. D’ailleurs la production est le fruit de la collaboration entre les trois musiciens. A ses débuts, Costello a été influencé par Stevie Ray Vaughan. Le puissant et ravageur "How in the devil" en est la plus belle démonstration. Un shuffle frénétique, implacable et conquérant. Très texan aussi. Ballade indolente, "Have you no shame" bénéficie de la participation de Rich Iannucci à l’orgue Hammond. Les répliques vocales sont ici accordées par Donnie McCormick. Une fameuse dose d'intensité, mais également de sensualité émane de la conjugaison des vocaux entretenue entre les deux comparses. "Going home" baigne au sein d’un climat paisible. Dense, mais aussi palpitant. Le ton est gospel. Donc les harmonies vocales importantes. En particulier les chœurs masculins concédés par le Northside Men's Choir. L’orgue Hammond est toujours de la partie. La voix du leader sanglote… "All this time" baigne dans la musique soul. Mais bluesy. Un style qu’il apprécie tout particulièrement. L’amplitude des intonations de sa voix est un réel plaisir des oreilles. "Feel like I ain't got a home" émarge au southern rock. Le son puissant, bien gras et réverbéré de sa Gibson Les Paul correspond admirablement à ce style sudiste particulièrement sauvage. Pour achever l’elpee, il adapte "Little lies", un traditionnel enseigné par son ami Levon Helm (du Band). Une plage nonchalante, qu’il chante en s’accompagnant –et pour la seule fois– de sa slide. Il s’y montre convaincant tout en manifestant beaucoup de sensibilité. Un album d’excellente facture !