Un dixième album studio pour Idlewild

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La fuite d’Ellside

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mardi, 01 janvier 2008 01:00

Live at Montreux 1973 - Dvd

Ce coffret réunit 2 Dvd. Le premier immortalise un set live accordé à Montreux en 1973 ; et sous-titré "Boogie with Canned Heat – The Canned Heat story", le second constitue un documentaire consacré à l’histoire du combo mythique.

Nous sommes au cours de l'été 1973. Au Festival Jazz de Montreux. Pour une soirée ‘Blues’. Le rideau s'ouvre sur le Heat qui démarre en puissance par leur hymne "On the road again". Bob ‘The Bear’ Hite est à l'avant-plan. Il n'est pas trop enveloppé et semble en bonne forme. Il chante et balance ses interventions à l'harmonica. Autour de lui, on retrouve les inévitables Henry Vestine à la guitare et Fito de la Parra à la batterie. Sans oublier son frère, Richard Hite à la basse, James Shane à la guitare et Ed Beyer aux claviers. Le public est nombreux. Les vibrations sont bonnes et la prise de son impeccable. Henry égrène ses notes en guise d'introduction à un blues lent. The Bear s'approche du micro et introduit un grand parmi les grands : Mr Clarence ‘Gatemouth’ Brown. Il a l'air bien jeune. Il épaule sa guitare et se met à chanter d’un timbre chaleureux et rassurant, "Please Mr Nixon". Shane se réserve le premier solo de cordes tandis que Gatemouth glisse au violon. C’est le bonheur complet! Très éclectique, Brown embraie à l'harmonica. Il s’attarde sur cet instrument pour attaquer "Funky", un instrumental vigoureux auquel le public participe largement. A l’époque, Brown était très extraverti. Il se comporte en véritable leader du Heat et délivre ainsi son "About my Oo Poo Pa Doo", laissant même Sunflower s'éclater sur ses cordes, avant de reprendre la manœuvre. Pendant ce temps, Bear semble vivre dans un autre monde, se secouant la carcasse de la tête aux pieds! Clarence termine par "Worried life blues", un classique éblouissant au cours duquel Bob l’hirsute souffle passionnément dans son harmo alors que Brown parcourt son manche avec panache. Le Canned Heat reprend les rennes de son show. James Shane empoigne le micro pour interpréter le classique "Night time is the right time". Hite revient chanter le hit ( ?!?!?!) "Let's work together". Il est excité comme une puce et parvient à faire décoller Vestine. Beyer s’active au piano lorsque Bob chante "Rock and roll music", à la manière de Fats Domino. Shane attaque "Lookin' for my rainbow" de son bottleneck acoustique. Il y partage un duo en compagnie de Beyer. Le concert s’achève. The Bear saisit une Gibson Les Paul et se met à plaquer les accords immortalisés par John Lee Hooker. C’est le signe de départ d'une finale enflammée : "Shake 'n Boogie". La silhouette longiligne de Vestine émerge pour produire son boogie déjanté avant de laisser Fito, bien plus chevelu et barbu qu'aujourd'hui, s'éclater à son tour sur ses fûts!

Le Canned Heat story est découpé en tableaux successifs. Tout d'abord, un hélicoptère survole le site du festival de Woodstock. Nous sommes en 1969. Al ‘Blind owl’ Wilson ne porte pas de lunettes. Il joue de la slide. Le son est puissant. Il introduit le boogie. Larry Taylor est à la basse et, pour la première fois, les cordes sont dévolues à Harvey Mandel.

Le narrateur nous raconte les débuts du groupe à L.A, lorsque Mark Andes se consacrait à la basse et Frank Cook aux drums. Alfredo ‘Fito’ de la Parra va nous guider de sa voix pendant plus de deux heures pour retracer cette aventure extraordinaire. Un documentaire parsemé d'interviews (notamment celles de Skip Taylor, leur premier manager, et de Larry Taylor), de nombreuses photos et courts métrages.

Eponyme, le premier elpee est paru en avril 1967. Il salue le séjour de Larry ‘The Mole’ Taylor à la basse.

Les musiciens du groupe sont jetés en prison. A Denver, au Colorado. Motif : détention de marijuana. Al Bennett, le patron de Liberty, paie 10.000 dollars pour les libérer ; mais en échange, prend désormais 50% de leurs droits d'auteurs. Bennett avait fait la bonne affaire, puisqu’elle allait lui rapporter au moins 2 millions de dollars par la suite!

Fito débarque et remplace Cook avant l'enregistrement du second album : "Boogie with". Vêtu de son incroyable pochette psychédélique, cet elpee recèle le hit éternel "On the road again", un titre au cours duquel la voix aérienne de Wilson et l'harmo de Hite font merveille.

Août 69. C'est le festival de Woodstock. Suite aux disputes incessantes entre Taylor et l'imprévisible Vestine, un nouveau guitariste a été recruté. Ce n’est pas Michael Bloomfield. Il a pourtant été contacté, mais il a refusé l’offre. Harvey ‘The Snake’ Mandel reprend donc ce rôle. Woodstock c'est aussi un hymne célèbre : "Goin' up the country". 

"Future blues" est paru en 1970. Al Wilson y lance déjà un cri d’alarme pour la protection de l'environnement. Au passage, on y découvre de superbes extraits de l'émission "Beat club" diffusée sur la TV allemande. Lors de l’interprétation de "Let's work together", Mandel se révèle impérial. La voix de Bear est autoritaire. La slide de Wilson bouleversante. L'histoire de la réalisation de la pochette est épique. Les prises de vue ont été opérées dans le désert, pour recréer les paysages de la Lune. Les musiciens sont vêtus de combinaisons de cosmonaute. Ils plantent le drapeau américain… à l'envers. L’entreprise est couronnée de succès, mais Larry est fatigué. Il quitte le navire et emmène Mandel pour rejoindre le projet de John Mayal, ‘USA Union’.

Taylor parti, Vestine revient et Tony de la Barreda se charge de la basse. Canned Heat et John Lee Hooker célèbrent alors leur première collaboration sur "Hooker 'n Heat". Le roi du Boogie considérait Wilson comme l’harmoniciste le plus brillant de l'époque. Pourtant, ce dernier était de plus en plus déprimé. Et il a fini par se suicider. C'était le 3 septembre 1970. Ce qui n’a pas empêché l’aventure du Heat de se poursuivre. Jusqu' aujourd'hui encore! La suite de cette histoire sur le Dvd…

 

Depuis quelques semaines, la discographie du boogie band de Los Angeles a été fort bousculée. Elle s’est enrichie de quelques nouveautés sous la forme de Cd et Dvd, mais également de toute une série de rééditions dont certaines présentent un intérêt évident pour les nombreux fans du Heat. Paru chez SPV, ce double album bénéficie d’un luxueux digipack cartonné. Il réunit "Human condition", paru à l'origine en 1978, et "I used to be mad! But now I'm back crazy", un elpee signé Henry Sunflower Vestine. Peu connu, ce dernier avait été concocté en 1981. A Auckland, en Nouvelle Zélande. Quelques mois à peine après le décès tragique de Bob Hite.

Mais revenons d'abord en 1977. Nous sommes dans les studios Takoma à L.A. Bob the Bear incarnait alors le leader incontestable du Heat. Il se réserve le chant et harmonica. Il est soutenu par son frère Richard, à la basse, Fito de la Parra aux drums ainsi que de ses nouveaux guitaristes, Chris Morgan et Mark Skyer. Ce n'était pas la meilleure époque du combo. Mais si cet opus n’est pas inoubliable, il n'est pas non plus dénué d'intérêt. Il rendait d'abord un hommage au regretté Alan ‘Blind Owl’ Wilson qui avait composé la plage éponyme, aux lyrics largement autobiographiques. Il avait d'ailleurs enregistré cette plage fin juillet 70, quatre semaines seulement avant son suicide. Boogie clean, "Human condition" épingle des échanges de cordes à bon niveau! Blues rock, "Strut my stuff" bénéficie du concours des Chamber Brothers. Aux vocaux. "Hot money" est chanté par Mark Skyer. Bob produit de jolies phrases à l’harmonica, sur cette plage construite sur un riff emprunté au R&B. Hite chante "House of blue lights", un boogie de bonne facture caractérisé par une sortie de guitare très offensive. "Just got to be there" est cosigné par Harvey Mandel. On peut y reconnaître son jeu aérien. "You just got to rock"… émarge au rock'n'roll. Dieu merci ! "She's looking good" baigne dans le blues rock décontracté. Repris en chœur par les Chamber Brothers, devant une excellente slide, "Open up your back door" recèle un refrain contagieux. On a droit à deux bonus tracks. Deux titres enregistrés live. En Australie. En 1985. Tout d’abord "Kings of the boogie". Un morceau issu de l’opus "Live in Australia", auquel ont participé Mike Halby, Ricky Kellog et Ernie Rodriguez. Et ensuite "Refried hockey boogie". Un instrumental de plus de 23' qui bénéficie du concours de Walter Trout.

Bob Hite n’est plus de ce monde. La formation est quand même partie aux Antipodes. Nous sommes en 1981, en plein cœur de la tournée. L'idée de faire enregistrer Vestine commence à germer ; et le Heat au complet se retrouve dans les studios Mascot d'Auckland. Le disque s’ouvre par une version déjantée de "Dust my broom". Ricky Kellog chante et joue agressivement de l’harmonica devant un Vestine ébahi, moulinant à l'infini le riff d'Elmore James. "Searching for my baby" émarge à la soul. Un choix surprenant chez Vestine. L’elpee recèle plusieurs plages instrumentales. Elles témoignent de la bonne forme affichée par Sunflower à l'époque. On a ainsi droit à "Sunflower blues", "Loquismo, la cover du "The stumble" de Freddie King et bien entendu le mouvementé "LSD boogie". Se son timbre uniforme, Ernie Rodriguez chante trois classiques. L’inévitable "On the road again", le dynamique "Let's work together" et "Johnny B Goode". Sur ce dernier, Ricky Kellogg découpe son solo d’harmonica au rasoir. La voix de Mike ‘The mouth’ Halby est ravagée tout au long de "Ninety nine and a half", un excellent R&B exécuté bien dans l'esprit du Heat. Il se réserve également les parties vocales pour "High school dance", une autre surprise soul quasi doowop, et "Kings of the boogie". Ricky ‘Cherry Red’ Kellogg, un ancien du Elvin Bishop Band, interprète l’excellent blues lent "I need a hundred dollars". Son timbre est éraillé mais coloré. Son harmo produit un son étrange. Si cet album ne brille pas par son originalité, il tient bien la route. Et si Vestine était encore en vie, il n’aurait pas à rougir de cette œuvre…

 

mardi, 25 décembre 2007 21:45

Christmas album

Canned Heat s’est plié à la tradition en éditant, un elpee consacré à Noël. Bien que paru en novembre, ce disque est bien un « Christmas album » ! Donc à se procurer dans le cadre des fêtes de fin d'année. Un cadeau à offrir aux nombreux fans du premier boogie band de notre globe. Néanmoins, il faut reconnaître qu’il n'en est pas à son coup d'essai. L'histoire méritait donc d'être racontée. Le line up actuel a donc mis en boîte sept plages, alors que les histoires du père Noël de naguère, refont surface au même moment.

L'hommage au père Noël démarre par un boogie rock'n'roll : "Deck the halls". La voix râpeuse de Robert Lucas ne manque pas de charme. Il souffle aussi dans l'harmonica, tandis qu'un piano boogie déferle en arrière-plan. Le non-voyant Jay Spell y siège. Un retour, puisqu’il a joué chez le Heat trente ans plus tôt, aux côtés de Hollywood Fats. L’amusant "The Christmas song" date de 1968. C’est le témoignage le plus ancien. Les voix déshumanisées des Chipmunks et celle bien plus chaleureuse de Bob Hite embraient sur un Christmas boogie, dynamisé par les cordes de Vestine. La face B de ce single, est une ballade bluesy. Le Bear chante ce "Christmas blues". C'est la grande époque. Bob souffle timidement dans l'harmonica. Henry est très inspiré sur les cordes. Larry Taylor et Fito assurent la rythmique. Le même Fito est aussi annoncé au piano! Cinq plages du Heat contemporain ont été sélectionnées. "Santa Claus is coming to town", tout d’abord, dont les arrangements sont signés Barry Levenson. Une plage séduisante, très swing. Imprimé sur un mid tempo, "I won't be home for Christmas" est chanté par le bassiste Greg Kage. La démarche est nonchalante, décontractée. Ce qui est plutôt rare. Spell aux ivoires et Levenson aux cordes y prennent leur pied. "Christmas boogie" est une des meilleures plages. Signée Levenson elle est chantée par Lucas ; sans aucun doute la voix du Heat actuel. Pendant ce temps, Alfredo se divertit en cognant les fûts avec un même discernement. Jay Spell est invité à chanter "Santa Claus is back in town". Il est meilleur pianiste que chanteur ; pourtant l'ambiance est bonne. D’ailleurs les solistes décrochent leur billet de sortie. Récréation : les rois du boogie se paient un "Jingle bells" plutôt sympa. Pas trop confiant au chant, Robert est soutenu par les voix douces de Sharon et Kathleen. Heureusement, il se révèle plus persuasif à l'harmo. Je le préfère quand même lors de l’interprétation d’un autre traditionnel : "Boogie boy (Little drummer boy)". Le Heat de la grande époque s’attaque à une autre version de "Christmas blues". Le traitement de ce slow blues tourne au max du ralenti. Pour la circonstance, Dr John signe une très belle ouverture au piano. Bob Hite chante devant l'harmo de Blind Owl (NDR : une intervention belle à pleurer !) Sunflower dispense ses notes avec une retenue édifiante. Ils avaient tout compris du blues les gars de L.A. En bonus, on a droit à une troisième version de "Christmas Blues". Rythmée, elle a été enregistrée live. En 1998. A Washington D.C. Eric Clapton se réserve la guitare alors que l'incroyable John Popper (de Blues Traveler) souffle comme un extra-terrestre. Joyeux Noël!

mardi, 25 décembre 2007 21:44

Underground

Lorsque Thomas Ruf rencontre Bobby Rush, on imagine qu’il a le nez creux. Ce dernier dispose d'une session d'enregistrement de Luther Allison, opérée aux studios Wonderful, à Chicago. Elle date 1958. Toute la famille Allison est fort intéressée par le projet et décide de le financer. Luther n’est alors âgé de 18 ans. Soit onze années avant la sortie de son premier elpee officiel, "Love me Mama", un disque paru chez Delmark. Mais finalement, c’était trop beau pour être vrai et Ruf a, semble-t-il, été abusé. C’est ce qu’en ont déduit les spécialistes. En effet, le choix du répertoire et la sonorité de ces sessions étaient sans équivoque : ces enregistrements remontaient à 67/68, au plus tôt. A l'époque, la mode était au R&B et à la soul. Or le contrat d'Allison pour Delmark n'allait pas être prolongé ; et il allait signer pour Tamla Motown. Une écurie pour laquelle il allait graver deux elpees sur le célèbre label de Detroit : "Bad news are coming" en 1973 et "Luther's blues" l'année suivante. Le tracklisting d’« Underground » épingle trois morceaux du premier et autant du second. Des enregistrements qui fourniront la matière première à un bootleg, commis en 1971. La boucle est bouclée.

C'est bien le band de Bobby Rush qui est présent : Rush à la basse, Bobby King à la guitare rythmique, Sammy Logan à l'orgue et Robert Plunkett à la batterie. La mise en forme de ces bandes est assez sommaire. Rush en est le responsable. Le contenu de cette session prélude cependant un grand bluesman : Luther Allison. Un chanteur à la voix remarquable, même s'il ne possède pas encore la puissance affichée plus tard. En outre, il se révèle un guitariste redoutable et très personnel. Pour ses deux albums réservés à Tamla Motown, il avait repris respectivement "The stumble " et "San-Ho-Zay"  de Freddie King. Sur ce nouvel elpee, il s’attaque à "Hideaway". Il y manifeste beaucoup d’assurance. En consultant les notes de la pochette, on apprend que King n'avait enregistré ce titre qu'en 1960! Armé d’une slide quelque peu hésitante, Luther se réserve le chant lors de son adaptation du classique "Don't start me talking" de Sonny Boy Williamson. Le tempo est nonchalant et légèrement funky. La voix déjà bien assurée. "Drivin' wheel" campe un blues nonchalant. La slide est déjà plus tranchée. Luther chante "Cut you loose". Le bluesman est ici déjà bien affirmé. Le vocal autoritaire et le jeu de guitare très caractéristique. Point fort de cet opus, cette plage issue de la plume de Ricky Allen, n’est parue qu’en 1962. "Easy baby" est une compo notoire au son chaleureux. Une des meilleures chansons de Magic Sam, le roi du Chicago Westside. Blues au rythme quasi rock, "Take my love" déménage plutôt bien. Luther achève l’opus par le célèbre "Rock me baby". Il le chante remarquablement. Cet elpee ne reflète manifestement pas la sonorité des sixties, et quelques titres se limitent à des démos qui serviront quelques années plus tard, pour Tamla. Thomas Ruf, homme intègre, a rapidement admis l'erreur et placé sur son site, les commentaires de Rien Wisse, le responsable du magazine blues hollandais Block. Il confesse que les premières séances concédées par Luther s’étaient bien déroulées aux studios Wonderful, et dataient du 8 mars 1967. C’est sans doute la vérité pour cette (très courte) œuvre

 

mardi, 25 décembre 2007 21:42

Under the radar

Agé de 54 ans, Doug est chanteur/harmoniciste. Originaire de Floride, il s’est établi en Allemagne depuis quelques années. Ses Blue Jays sont tous issus du Vieux Continent : la Batave Jasper Mortier se consacre à la basse et les Allemands Christoph 'Jimmy' Reiter ainsi que Andre Werkmeister se réservent respectivement la guitare et à la batterie. Le line up est identique à celui qui avait participé au précédent opus, "Jackpot", un disque paru fin 2004 sur le même label!

Le titre maître ouvre les hostilités. La mélodie trace son chemin à travers le pays des marécages louisianais. Doug y promène sa voix paresseuse. Soutenu par son compatriote Kai Strauss (un autre Teuton qui épaule un souffleur américain chez les Bluescasters de Memo Gonzales), Jimmy imprime bien les accords rythmiques destinés à forger ce style. L'harmonica du leader peut alors prendre la route en solitaire avant de laisser les guitaristes puiser leur inspiration dans cette atmosphère lourde et suffocante des marais du sud. Rock allègre et paresseux, "If it’s love" déménage en douceur et délicatesse. Kai Strauss continue à épauler Reiter. Doug donne tout ce qu'il a dans les poumons. Il passe à l'instrument chromatique pour "Temptation", une ballade dont les accents exotiques sont empruntés aux Caraïbes. Mo Fuhrhop siège derrière l'orgue. Mr Jay brille tout au long de cette mélodie délicate. "Show me the way to love you" va à la rencontre du Texas Blues. Les accords rythmiques de Reiter sont proches de Jimmie Vaughan. Le talentueux Christian Rannenberg a pris place aux ivoires et assiste à un solo incisif sur les cordes, parcimonieux mais vigoureux,  talonné par Jay accroché à son harmo chromatique. Malgré son titre, "Without love" est une bien jolie chanson d'amour. Empreinte de tristesse et d'émotion. Doug y injecte toute sa sensibilité qu’il met entièrement au service de son blues. "Don't want your love no more" opère un changement de style. Caractérisé par la présence des saxophones de Gorson Beadle et de Tino Barker, ce blues swingue. Une plage qui sent bon la Louisiane. Une fois de plus, Reiter se met dans la peau de Guitar Slim! Les cuivres s’attardent lors du très séduisant "Losing hand" de Little Milton. On se croirait dans un club de Beale street à Memphis. Christophe dispense ses notes à la BB King. Sax Gordon souffle puissamment dans son sax ténor. Le swing de la West Coast illumine la cover du "Love grows old" de Lowell Fulson. Rannenberg imprime le tempo très boogie. Remarquablement soutenu par sa section rythmique, Reiter continue à jouer dans un registre parcimonieux. "Poor me" est un blues lent classique. La voix de Doug colle bien à ce style. Pour la circonstance, il signe un de ses meilleurs soli. Mr Jay aime le dilettantisme. Louisianais, bien sûr. Et il le prouve une nouvelle fois tout au long du très zydeco "It's easy whan you know how" de Lonesome Sundown…

 

mardi, 18 décembre 2007 22:47

Tear Chicago down

Le KABB nous vient du côté de Champaigne, dans l'Illinois. Nous ne sommes pas trop loin de l'Indiana, bien au sud de Chicago. Cette formation avait commis un album très prometteur en 2006 : "Put it in the Alley". Les musiciens sont jeunes. Ils ont presque tous la trentaine. Le line up n’a pas changé. Andrew Duncanson, chanteur/guitariste à la voix si caractéristique est toujours au poste. Il est soutenu par le guitariste Josh Stimmel, l’harmoniciste Joe Asselin (originaire du Maine), le drummer Ed O'Hara et le bassiste Chris Breen. Le seul vétéran de l’équipe, puisqu’il affiche plus de 50 ans. Le quintet signe les onze chansons de ce second opus, une œuvre produite par le génial Nick Moss. Manifestement l'originalité de Kilborn Alley procède du timbre vocal d’Andrew, son chanteur. Il est bouleversant, particulier, ténébreux et très personnel. Mais aussi susceptible de rappeler celui d'Eric Burdon. En outre, Duncanson vit sa musique. Le groupe puise ses influences majeures dans le blues urbain. En particulier celui de Chicago. C'est-à-dire cher à la génération des Muddy Waters, Howlin' Wolf, Otis Rush et autre Magic Sam. Tout en y injectant un chouia de ‘Southern fried soul’, dans l’esprit de Johnny Taylor, Denis Lasalle ou encore Tyrone Davis. Kate Moss a réalisé la pochette du CD. Illustrée par la porte d'entrée d'un vieil immeuble vétuste de Maxwell Street, on ne peut pas dire qu’elle soit très accueillante (NDR : mais existe-t-il encore ?)

"I'm spent" ouvre l’elpee. Mais ce titre ne donne pas le ton à l’ensemble. La slide lance le rythme et nous entraîne rapidement au cœur de l’atmosphère lourde du Delta. Le rythme galope. Le chant de Duncan est puissant. Joe Asselin et remarquable à l’harmonica. Il est même déchaîné. Ses courtes phrases sont acérées, tranchantes, agressives. Son souffle nous prend à la gorge. Chant blues imprimé sur un tempo lent, "Christmas in County" est coloré par l'orgue Hammond de l'ami Gerry Hundt. Duncan chante, la voix empreinte d’émotion. Elle traduit une immense peine. Son cœur saigne. Les lyrics décrivent la solitude qui ronge un détenu, dans sa prison, un jour de Noël, loin de sa famille. La guitare est très dense et mélodieuse. L'harmonica accentue ce sentiment de désespoir. Duncanson éclate en sanglots. Blues rapide et tonique, "Fire and fire" semble sortir tout droit du Westside de Chicago. La voix est proche de celle de Luther Allison. Asselin restitue le climat sonore d’un Junior Wells à ses débuts. "Crazier things" vire vers le Southside cher à Muddy Waters. Le son des studios Chess est ici reproduit. Assis dans un coin du studio, Gerry Hundt dispense un solo à la fois saisissant et sublime sur sa mandoline électrique. Il est immédiatement talonné par les cordes de Stimmel, tandis que Joe, les poumons gonflés à blocs, se libère. "Come home soul" change de style. Une ballade soul hydratée par l’orgue Hammond. La voix de Duncan est délicieuse. En fermant les yeux, il n’est pas difficile de voir se profiler l’ombre de Luther Allison. Le solo de Nick Moss est saturé d'émotion. Le thème de cette compo traite de la situation délicate des soldats américains en Irak. "Redneck in a soul band" épouse une sorte de country blues frénétique. L'harmonica est omniprésent, mais dans un registre réminiscent de Sonny Terry. Le morceau est très participatif. "It's a pity" est un blues lent, dépouillé. La voix d’Andrew y transpire son vécu. Il sort aussi de sa réserve sur les cordes de sa Stratocaster. Asselin est à nouveau bouleversant dans sa manière de faire vivre son instrument. Le titre maître est une invitation à se déhancher sur la piste de danse. Duncan et Abraham Johnson se partagent un duo aux vocaux. Johanson est un vocaliste noir, mais surtout l’ami de Duncan. Le sax de Dave Fauble appuie la rythmique très soul. "The weight on you" replonge dans la soul dansante. La voix est à nouveau en état de grâce. A l’instar d’un Sam Cooke soudain doté d'un timbre puissant et rocailleux. L'orgue Hammond opère son come-back. Savoureux ! "Lay down" prend la direction de Chicago. Mordante, la rythmique est terriblement proche du "Mellow down easy". La section rythmique accomplit un sacré boulot pour lancer Asselin à la poursuite de Junior Wells. Une formule reconduite sur "She don't know". Un dernier rappel nous est accordé sous la forme d’un bonus track. C’est-à-dire une version différente de "Redneck in a soul band" ; mais pour la circonstance, dans le style de Chicago exécuté à haut régime. Excellent!   

mardi, 18 décembre 2007 22:32

Moment of truth

Tinsley Ellis figure parmi le nombre limité d'artistes blancs qui opèrent sur le célèbre label de Bruce Iglauer. « Moment of truth » constitue déjà son huitième opus pour Alligator, si on compte la réédition de "Cool on it", commise en compagnie des Heartfixers.

Dès les premières mesures de "Say too much", on se rend compte que la guitare au son puissant, réverbéré, est toujours bien présente. Tinsley interprète passionnément ce blues rock imprimé sur un mid tempo. Il vit chaque note qu'il produit, pinçant ses cordes avec une certaine agressivité. La photo figurant au dos de la pochette en est une belle illustration. Rock’n roll très direct, "Somebody" démontre la parfaite complémentarité entre le chant et la guitare chez Tinsley. Ce tout indissociable est soutenu par une section rythmique déterminée. Elle réunit Jeff Burch aux percussions et un certain ‘The Evil One’ à la basse. Ellis injecte une foule d’effets dans ses cordes tout au long de l’indolent "Get to the bottom". Le côté tragique de cette plage, construite sur un riff R&B très présent et coloré par l'orgue Hammond de Kevin McKendree, est ici accentué. "You're gonna thank me" est une ballade très mélodique comme les apprécie Ellis. Et avouons qu’il s’y montre à la hauteur. Ce qui lui permet de concocter un petit bijou de solo sur sa Gibson Les Paul. Il monte doucement, mais perceptiblement en puissance pour le plus grand bonheur de nos oreilles. "Tell the truth" emprunte un profil semblable ; cependant, la voix féminine de Michelle Malone répond ici au chant du leader. Cet album semble refléter une paix intérieure, un certain intimisme ; une impression limitée, bien entendu par les effets de guitare. Car Tinsley adore tirer le maximum de ses artifices sonores ; mais sans jamais susciter l’ennui. En outre, son souci mélodique est omniprésent. Son solo est même empreint d’une grande tendresse sur "Too much of everything". Ellis tolère la présence d'un second guitariste sur la moitié des plages. En l’occurrence Mike Lowry. Il ne met guère le nez à la fenêtre, mais soutient discrètement et efficacement son leader. Ellis déborde de vitalité et d'émotion sur "Bringin' home the bacon". "Freeway soul" est une des meilleures compositions de cet opus. Face à l’orgue, sa voix manifeste beaucoup de vécu. "I take what I want" est une composition signée Issac Hayes/Dave Porter (NDR : ils ont beaucoup bossé pour le label Stax). Une bonne dose de funk est inoculée dans cette version remuante. Blues très lent et majestueux, "Sleep on it" porte des accents dramatiques. Un morceau bouleversant susceptible d'arracher, au passage, l’une ou l’autre larme. L'artiste vit ses chansons, c'est indéniable! Plage séduisante, "Stare at the sun" s’ouvre sous une forme acoustique, avant de se convertir intégralement à la fée électricité. Pour la circonstance, Tinsley a enfin sorti son bottleneck. Initiative judicieuse car son jeu de slide reste lyrique et apporte enfin de la fraîcheur et de la variété. Ellis termine d’ailleurs cet opus par un titre intégralement ‘unplugged’ : "Shadow of doubt". Une cover de Gary Nicholson. Il la chante avec cette passion qui semble le hanter en permanence.

mardi, 18 décembre 2007 22:25

Since way back

Gerry relève de l’équipe des Flip Tops de Nick Moss. Ce jeune musicien possède de nombreuses cordes à son arc. Il ne se contente pas des rôles de chanteur, compositeur, guitariste, mandoliniste, harmoniciste, bassiste et claviériste ; mais il se réserve les commandes du studio, enregistre, mixe et produit. Excusez du peu! Gerry est originaire du Wisconsin. Il compte à peine 30 ans. Il a vécu à Denver, dans le Colorado. A cette époque, il avait participé à l’aventure des Clamdaddys et apporté sa collaboration au chanteur/guitariste John Alex Mason, en compagnie duquel il a enregistré un elpee en 2002, "Mason & Hundt". Il a aussi assuré les parties d'harmonica sur les deux albums du prometteur guitariste Easy Bill Towber et son Big Beat. Depuis, il s'est fixé à Chicago et milite au sein des Flip Tops, où il a remplacé à la basse, Miss Kate Moss, qui a décidé de se consacrer à l'éducation de sa fille, Sadie Mae. Dès qu'il en a l’opportunité, Gerry se consacre à la mandoline qu’il met au service du blues. Pas de doute, il a bien écouté Johnny Young et Yank Rachell. Tout au long de son premier opus solo, il s’abandonne à ce seul instrument qui s'inscrit dans le renouveau de la mandoline blues, une vocation que partagent Billy Flynn et Richie Del Grosso. Les Flip Tops l’ont cependant rejoint lors des sessions d’enregistrement : Moss est à la basse, Willie Oshawny au piano, Bob Carter aux percussions, l'ami Bill Lupkin à l'harmonica et Josh Stimmel du Kilborn Alley Blues Band aux cordes.

"Since way back" démarre à plein régime. La mandoline est talonnée par la guitare de Josh Stimmel. Le son est dense, cru, primaire. La section rythmique soutient les cordes de la mandoline. "Ready to go" emprunte le même rythme. Du pur Chicago blues. Tout est bien à sa place. Le piano d'Oshawny meuble tous les espaces. Stimmel est très inspiré et Gerry chante d'une voix très mâle. Les huit cordes de la mandoline s'épanouissent au cœur d’une tonalité assez métallique tout en subissant une attaque très abrupte. "Bad water" est un blues lent très dépouillé. Le chanteur y narre la tragédie de membres de la famille du batteur, empoisonnés par l'eau toxique de leur source! L’esprit de Muddy Waters est ici bien présent. Lupkin s’y révèle assez bouleversant. Instrumental, "The Union meetin'" swingue par ses échanges opérés entre la mandoline et le piano. "Hard road" est un shuffle royal. Très Chicago. Le grand Jimmy Rogers n’est pas loin. Les musiciens évoluent à un très haut niveau. Bill suit la voix de Gerry à la trace, de son harmo, pendant que Piano Willie attaque ses touches d'ivoire, à la manière du légendaire Otis Spann! Hundt avale une solide lampée de spirit pour défier son "Whiskey makes me mean". Son énergie est décuplée. Moss abat un énorme boulot sur sa basse. Les deux seules reprises n'ont rien de surprenant. Tout d’abord le "Burning fire" d'Otis Spann. Une plage saturée d’émotion, au cours de laquelle piano et mandoline sont à l'unisson. Le remuant "You're the one" de Jimmy Rogers, ensuite. Lupkin s’y révèle insatiable. La formation reste très ancrée dans le Chicago southside des années 50. Proche du son immortalisé par les frères Chess. A l’instar de "Trying hard", un des sommets de l'album. Bill prépare la sortie de la mandoline. D'abord agonisante, elle reprend vie puis vigueur et sa ténacité est redoutable."The Lakewood bump" est un instrumental allègre qui permet aux acteurs de se libérer en toute décontraction. Caractérisé par ses échanges et joutes entre tous les solistes "Here in Chicago" porte bien son titre. L’elpee s’achève par un bonus track : "End of the day blues". Cette compo consacre un duo à fleur de peau entre les doubles cordes de la mandoline de Hundt et le piano de l'ami Barrelhouse Chuck, un musicien talentueux ; et pour cause, c’est un élève de Sunnyland Slim, Lafayette Leake et Little Brother Montgomery. Je vous recommande vivement cet album !

mardi, 11 décembre 2007 21:41

Hard pill to swallow

Originaire de Fort Wayne, dans l'Indiana, Bill réside depuis une quarantaine d'années à Chicago. En y débarquant, il fréquente les clubs de blues implantés dans les ghettos des quartiers ‘Southside’ et ‘Westside’. Il sympathise avec les Aces, le groupe qui avait accompagné Little Walter et Junior Wells. On le retrouve donc dans une aventure impliquant les frères Dave et Louis Myers, Fred Below, le mandoliniste Johnny Young et le pianiste blanc Bob Riedy. Il rencontre ensuite le légendaire Jimmy Rogers et participe aux sessions de son elpee "Gold tailed bird". Un disque paru en 1972. Son premier véritable opus ne date que de 1999. Un live immortalisé dans sa ville natale de l'Indiana : "Live at the Hot Spot". Une œuvre pour laquelle il reçoit le concours du Chicago Blues Coalition. Ainsi que de Barrelhouse Chuck au piano et Billy Flynn aux cordes. Au cours des dernières années, il s’est lié d’amitié à Nick Moss ; ce qui lui a permis d'enregistrer pour Blue Bella. Dont un "Where I come from", paru en 2006.

« Hard pill to swallow » succède donc à ‘D’où je viens’, une ‘Pilule difficile à avaler’ habillée par une très jolie pochette créée par Kate Moss. Elle illustre un flacon contenant un harmonica. Pour enregistrer cet opus, Bill s'est enfermé dans les studios ‘Rancho de Rhythm’ à Elgin, chez Nick Moss. Il est épaulé par son frère Steve à la basse, Mark Fornek aux drums et Tim Wire aux claviers. Moss se réserve la guitare, le mixage et la production. Les 14 plages ont été composées par Lupkin.

Dès les premières secondes de "Think it over baby", ça déménage. Tous les doigts de pieds frétillent à l'écoute de ce morceau particulièrement remuant. Les musiciens manifestent une cohésion remarquable. Le talentueux Gerry Hundt a emporté sa mandoline électrique. Elle confère à l’expression sonore une belle touche d’originalité. Lupkin affiche une forme étincelante. Il se montre très agressif dans l’attaque de son harmonica. La lecture de son instrument est très claire. Il jouit également d’une bonne voix ; dans un style assez laidback. C'est-à-dire indolent, mais stimulant. Une excitation ouatée qu’il réitère sur "Funny way to show you love me". Sa palette de tonalités lui a permis de côtoyer des grands maîtres, comme Little Walter et Big Walter Horton. Nick Moss en profite pour dispenser un solo parcimonieux, comme il affectionne. "Bad luck" opère un changement de rythme et de style. La douceur est passée à l’aigre. Bill a glissé vers l’instrument chromatique. Il chante d'une voix saturée d'amertume. Il me rappelle ici manifestement le grand Rod Piazza. Cette excellente compo constitue un très grand moment de blues! Mais ce que j’apprécie tout particulièrement sur cet elpee, c’est la sonorité d'ensemble. Tout fonctionne à merveille dans ce petit studio d'Elgin. Sur "Fine little thing", Lupkin parvient à recréer le son de ce Chicago blues qui nous a toujours fait rêver. Les esprits de Jimmy Rogers et de Little Walter y sont tellement présents ; mais sous une forme tellement naturelle, qu’on en est complètement bouleversés. "I'll be over you someday" en revient au tempo lent. La mélodie emprunte probablement à "It hurts me too". Moss joue comme un dieu. Le spectre du géant Freddie King nous traverse l’esprit. La complicité entre les intervenants est traduite par une communion de leurs sensibilités. Et que c'est beau à écouter. "Elgin bounce" est un instrumental qui remet au goût du jour le son des Aces. Le soupçon de swing et de groove permet de restituer le génie de l'harmoniciste leader, alors poussé dans ses derniers retranchements par le piano de Wire et l'intarissable Nick aux cordes. La classe! L'esprit de Johnny Young refait surface lorsque Hundt reprend sa mandoline. En l’occurrence sur "See that little girl", un morceau que Lupkin chante avec beaucoup de conviction. Sculpté dans le funk, "Blues again today" nous invite à danser. Un peu comme autrefois, au cœur des petits clubs enfumés de la cité des vents. "You're gonna be sorry" évolue sur un tempo digne de Jimmy Reed. La paresse des swamps louisianais nous envoûte. "Hook, line and sinker" adopte les rythmes chers à Howlin' Wolf. Bill se consacre à l'harmo chromatique et un impressionnant Moss parvient à recréer les climats chers à Henry Vestine. "Where you goin'" est le long blues lent que l'on espérait. Bill souffle rageusement comme un Walter Horton soutenu par Sunnyland Slim (NDR : pour la circonstance, Tim Wire s’y subsitue). Musicien versatile, Gerry Hundt accorde une remarquable intervention aux cordes. Ce superbe album s’achève comme il a commencé ; c'est-à-dire par le titre maître, dans une version de Chicago blues rythmé, mais dans un style très Rogers.

 

mardi, 11 décembre 2007 21:36

Play it til' tomorrow

Le premier album de Nick, "First offense", date de 1999. Depuis il a commis cinq autres opus. Moss a même fait fort ; puisqu’il est parvenu à sortir, le même jour, quatre elpees pour son label Blue Bella. Quatre disques pour lesquels il a participé. Aussi bien comme musicien que comme producteur. Flanqué des Flip Tops, formation qu'il dirige depuis quelques années, il a concocté un double cd. Un ensemble qu’il dirige depuis avec beaucoup de cœur, de compétence et de réussite. Pour la circonstance, il est donc soutenu par le pianiste Willie Oshawny, le batteur Bob "Cartello" Carter et son homme à tout faire, Gerry ‘The utility man’ Hundt. Sans oublier sa douce compagne Kate. Elle se réserve sporadiquement la basse ; mais a quand même réalisé la luxueuse pochette qui habille la double plaque.

A l’âge de 20 ans, le prometteur Nick sévissait comme bassiste au sein du Jimmy Dawkins Band. Un an plus tard, il remplaçait Calvin ‘Fuzz’ Jones (un ancien partenaire de Muddy Waters) chez le Legendary Blues Band. Il tournera 3 ans en compagnie du Jimmy Rogers Band, avant de fonder ses Flip Tops. Ce nouveau projet est aussi le plus ambitieux. Le ‘Program one’ se consacre au blues électrique. Le ‘Program Two’ réunit des plages essentiellement acoustiques.

Le premier volume s’ouvre par "Late night saint". La guitare rythmique balise parfaitement cette compo. Elle est dévolue à l'invité d'honneur, Eddie Taylor Jr. Oui, oui, le fils du ‘bad boy’, gratteur officiel de Jimmy Reed. Ce riff récurrent devient même hypnotique. Le refrain est repris en chœur par l'ensemble des musiciens. Le son semble avoir été pris ‘live’ en studio. Le tempo est rapide. Nick chante d’un timbre rugueux son "You make me so angry". Eddie Jr est le premier à se libérer sur les cordes ; il est bientôt talonné suivi par Nick qui lâche tout ce qu'il a dans les tripes ; et lorsque le père Moss est lancé, il est difficile de l’arrêter. Le "Woman don't lie" de Luther ‘Snakeboy’ Johnson trempe bien dans le funk. La voix de Nick est convaincante, pendant que sa douce Kate se réserve les cordes rythmiques. Moss nous rappelle qu'il a régulièrement secondé le grand Jimmy Dawkins, dans le passé. Il se révèle ici aussi éclatant qu’excellent! Nick est très inspiré par le divin Dawkins. Faut dire qu’au sommet de son art, le natif de Tchula, dans le Mississippi, était sans aucun doute un des plus brillants guitaristes. Et il nous le démontre à nouveau tout au long du remarquable "Mistakes from the past". Saturées, ses cordes répondent au chant par des courtes phrases bien acérées. L’orgue de Willie nappe le tout lors de ce Chicago westside blues époustouflant. A couper le souffle ! "Bad avenue" est issu de la plume d’un autre habitué du quartier Ouest : Lefty Dizz. La version des Flip Tops est échevelée. Nick plaque sèchement les accords rythmiques. Il manifeste une agressivité inhabituelle. Sa voix est plus ténébreuse que jamais. C’est bien un blues du début de ce XXIème siècle. Moss libère ses cordes avec une violence inouïe, mais il parvient néanmoins à maîtriser son sujet. Son assurance mérite le respect. Il réussit même, au détour, à lancer un clin d'œil complice à Magic Sam Maghett. Du blues 5 étoiles ! "Lyin' for profit" est un shuffle puissant. Nick shoute ses vocaux. Implacable, la rythmique évolue dans un registre proche des Teardorps de Magic Slim. De ses cordes il nous retrace le who's who des gratteurs noirs issus des seventies. Nick Moss a manifestement tout misé sur ce « Program One ». "Woman's holler" est un Chicago blues inventif et respectueux. Piano Willie prend un billet de sortie, tandis que la section rythmique scelle en puissance les fondements de ce blues sans concession. Le "Rising wind" de Floyd Jones est un blues lent empreint d’une grande sensibilité. Nick manifeste toute sa versatilité à l'harmonica tandis que Taylor Jr assure les cordes. Blues décontracté, "My love is like a fire" est imprimé sur un mid tempo, proche de Jimmy Reed. Complice inspiré, le piano entretient une intimité déconcertante. Moss empoigne une dernière fois l'harmonica et souffle comme Big Walter sur "Peculiar feeling". Les musiciens nous donnent le tournis. Oshwny passe à la guitare et Hundt l'harmonica pour "Too many miles", une plage abordée dans l'esprit de Muddy Waters. Et enfin, Gerry se réserve les cordes et Willie glisse à la basse lors de l’instrumental "The rump bump", la finale secouée de ‘Program One’. Brillant!

Je ne m’épancherai pas trop sur ‘Programm two’, dont les compos sont quasi unplugged ; cependant, toutes ces plages évoluent à un excellent niveau. Depuis un "You've got the devil inside" à l'énergie débridée, au bien rythmé "I'll be straight on you", au cours duquel piano et harmo sont à la fête. Moss amplifie sa slide pour aborder "Another life is gone" et "Married woman blues", de vibrants hommages à Muddy Waters. Et "It's written in the bible" est de la même trempe. Dernière plage amplifiée, "Wild imagination" surprend par son jump bien frais. Le piano semble servir de ligne de conduite. Willie O'Shawny est le responsable de ces interventions empreintes d’émotion. Plusieurs plages sont consacrées à des duos intimistes. Tout d’abord l’instrumental "Fille r up". Moss à la sèche et Hundt à l’harmo s’y partagent l’espace sonore. Tout comme pour "Crazy mixed up baby '07". Mais respectivement à la guitare et à la mandoline. En outre, le tandem conjugue ses vocaux lors du gospel traditionnel "I shall not be moved". Enfin, Nick est soutenu par les ivoires de Barrelhouse Chuck pour "Got my mail today". Vu l’imagination de leurs créateurs, cette fresque de blues contemporain constitue un exercice de style passionnant. Un projet dédié à Muddy Doggers, le chien de la famille Moss qui a égayé leur vie durant ces huit dernières années.