Athlete? Ce nom vient nous titiller le plexus. Où les avions-nous déjà rencontrés? En été, au cours d'une des épreuves officielles des JO d'Athènes? Non, trop facile. Pourtant, nous les avons déjà vus. Et ce titre d'album, alors? Parfois, la mémoire nous abandonne. Ce n'est pas toujours facile de se souvenir : il y a tellement de disques en ces temps modernes où le "Tourist" est roi. Véritable phénomène de mode dans nos sociétés capitalistes, le tourisme régulera bientôt l'économie planétaire. Il s'agit là d'un drôle de constat… Bon, un peu de concentration… Un par un, les souvenirs réapparaissent : une première partie de Supergrass, des guitares urgentes, une attitude posée et des chansons plutôt bien troussées. La prestation d'Athlete méritait que l'on se penche sur "Vehicles and Animals", première réalisation discographique du quatuor. C'était pétillant et sympathique comme une rencontre musclée entre Travis et Doves. Malheureusement, ce premier disque ne connaîtra pas le succès escompté par ses concepteurs. Alors, Athlete s'est remis au travail et signe "Tourist" en guise de récidive. Les véhicules sont rentrés au garage, les animaux gambadent dans les bois: Athlete vient de changer son fusil d'épaule. Impeccablement posée, la voix de Joel Pott s'inspire du timbre emphatique de Guy Garvey, chanteur émérite d'Elbow. Pour preuve, l'ouvreuse "Chances" installe "Tourist" sur le siège de "Cast Of Thousands". Elbow demeure une source d'inspiration efficace mais question succès, c'est pas génial. Alors quoi? Pourquoi ne pas s'essayer à un décalque de Coldplay? L'idée semble bonne et "Wires" se présente comme le hit ultime, l'uppercut qui pourrait détrôner Chris Martin de son minuscule tabouret. Athlete chante l'amour (que peut-on chanter d'autre?) et parfois, se perd au plus profond de ses pulsions sentimentales : émois, déclarations solennelles et arrangements pompeux participent à amoindrir le poids la performance. Néanmoins, la réponse d'Athlete demeure une vengeance contenue, une démonstration d'aisance. Une certitude se dégage : le quatuor britannique maîtrisait déjà sa pop à l'époque de "Vehicles and Animals". Il se targue aujourd'hui de la dispenser à la masse de consommateurs potentiels que nous sommes. A force d'abnégation, Athlete a donc réussi son coup… Cette chronique touche à son terme et ses derniers mots sont dédiés aux nouvelles formes de censures. C'est un fait : les moments sombres de l'humanité ont clairsemé notre vocable de connotations involontaires. Evitons d'évoquer le 11 septembre (désormais, c'est le 12 septembre moins un), les holocaustes (c'est quoi ce mot ?) et l'ensemble des exécrables annales de notre histoire. Allez zou, oubliées! ‘Tous ces trucs n'ont jamais existé!’ Alors, lorsque qu'un journaliste choisit de titrer un bel article sur Athlete par ‘Le triomphe de la volonté’ (titre d'un long métrage de Léni Riefenstahl, une des ‘réalisatrices’ les plus controversées de l’histoire du cinéma), personne ne s'étonne que l'intitulé du papier soit modifié (censuré?). C'est une logique contemporaine : vivre heureux et insouciant. Tout ce charabia pour vous expliquer qu'il faut absolument éviter d'associer les mots ‘triomphe’ et ‘volonté’. La combinaison fait très mauvaise impression! Pourtant, la volonté d'Athlete n'est pas la moindre de ses qualités…