Winter adults only ?

Winter, une artiste issue de la nouvelle génération de shoegaze, a annoncé la sortie de son nouvel album, « Adult Romantix », prévue pour le 22 août via son nouveau label Winspear. Cet elpee, inspiré par des textes de la période romantique comme…

logo_musiczine

Denver ou DNVR ?

DNVR est l'étoile montante de la scène soul française, fusionnant les grooves sensuels des années 60, l’âme vibrante de la Motown, et l’improvisation subtile du jazz. Formé de sept musiciens passionnés, le groupe (qui se prononce Denver) propose une musique à…

La vérité selon RORI

Après avoir marqué les esprits en assurant la première partie de Lana Del Rey, au…

Trouver des articles

Suivez-nous !

Facebook Instagram Myspace Myspace

Fil de navigation

concours_200

Se connecter

Nos partenaires

Nos partenaires

Dernier concert - festival

Janez Detd. - De Casino
The Young Gods
Nicolas Alsteen

Nicolas Alsteen

mardi, 06 novembre 2018 16:54

Une soirée passée en agréable compagnie

Kelly De Martino est passée partout : au cinéma, dans des boîtes de stylisme, à la radio, à la télévision, etc. Aujourd'hui, l'égérie Hollywoodienne est de passage au Botanique. Voilà donc une bonne occasion d'expérimenter son « Radar ».

Plutôt timide et réservée, Kelly De Martino débarque sur scène pieds nus. Une longue robe ténébreuse pour tout apparat, elle se pose craintivement derrière les touches de son piano, accompagnée de ses « garces » (ces gars), trois jeunes musiciens dévoués à ses mélopées romantiques. D'emblée, la belle Américaine se jette corps et âme dans « Bumblebees », premières ondes mélancoliques envoyées depuis les bases énamourées de son « Radar ». Ouvrir un concert par un single n'est guère chose aisée. Pourtant, Kelly De Martino s'en sort avec les éloges de son assistance, assise et attentive. Sur scène, les instruments grésillent, saturent et titillent la précision cristalline des compositions de son premier album. Mais ce soir, l'essentiel n'est pas là. L'ambiance semble diriger les ébats. La douceur des notes, la chaleur du timbre de Kelly et l'osmose du public enluminent l'atmosphère d'une aura tamisée, relaxante et mystérieusement accueillante. Les morceaux s'éparpillent dans l'air : « Please Don't Call Me », « Saddest Song », « New Orleans ». Les applaudissements se font entendre, Kelly les écoute et revient devant ses juges pour une entraînante reprise de Magnapop : « Open The Door ». Chaleureux, le public pousse Kelly De Martino à repousser ses propres limites, à tourner le dos à ses vieux démons anxieux et effarouchés. Pour preuve, la chanteuse réinterprète « Bumblebees » seule à la guitare. Apothéose exaltée d'une soirée passée en agréable compagnie…

 

vendredi, 06 avril 2007 05:00

Au plaisir de se revoir

Musique atmosphérique, voix planantes, claviers volants. Bienvenue dans l'univers d'Au Revoir Simone, trois New-yorkaises aux longues jambes, chantant sous les étoiles pour mieux faire danser les galaxies. Au-delà d'un charme naturel redoutable, les trois égéries revendiquent un goût prononcé pour les mélopées éthérées, petites harmonies flottant entre les chimères béates de Stereolab et l'électronique hypnotique de Broadcast. Annie, Erika et Heather voltigent ici : aux confins d'une voie lactée de synthétiseurs rêveurs. A l'occasion d'un passage sous les cieux bruxellois, Heather redescend sur notre planète. Le temps d'un entretien plutôt terre-à-terre. Bien le bonjour Au Revoir Simone...

 Aux premières heures de « Verses of Comfort, Assurance and Salvation », la presse s'est empressée de vous comparer à de nouvelles CocoRosie. Votre univers s'éloigne pourtant des folk cabrioles des sœurs Casady. Comment avez-vous vécu ce rapprochement ?

 Heather D'Angelo : Pour être franche, je n'aime pas la musique de CocoRosie. La comparaison me semblait donc malvenue. Nos goûts sont davantage à chercher dans les discographies de Stereolab et de Björk. Annie adore Electrelane. Elle estime ce groupe captivant, vraiment ahurissant. Pour nous éloigner, encore un peu plus, de CocoRosie, j'ajouterai qu'Erika se gave d'albums de Broadcast. En fait, nos influences sont tellement différentes de celles de CocoRosie qu'une association entre nos deux univers ne tient pas la route.

 Selon une rumeur persistante, Annie et Erika se seraient rencontrées dans un train. C'est là, dit la légende, qu'elles ont eu l'idée de lancer les bases de votre formation. Concevez-vous votre musique comme le prolongement de cette rencontre : un projet spontané, rapide, traversant villes et villages de façon éphémère ?

 H. : Cette rencontre a été romancée par de nombreux médias. Qui a véhiculé cette rumeur ? C'est dingue... Bref. En réalité, Annie et Erika sont des amies de longue date. Il y a déjà longtemps qu'elles partageaient un amour commun pour les claviers. Au début, le projet ressemblait davantage à un divertissement : on jouait quelques morceaux sur nos claviers en dégustant du thé. C'était surtout l'occasion de se voir entre copines. Ensuite, nous avons décidé de passer à la vitesse supérieure en fondant officiellement le groupe.

 Aujourd'hui, il faut bien admettre que le prénom Simone ne figure plus au top de la mode. 'Appelleriez-vous votre fille Simone ?' A cette question, beaucoup riposterait d'une réponse cinglante : 'Et pourquoi pas Gertrude ?' Bref, votre projet, plutôt hype, est en train de redorer le blason d'un prénom en voie de fossilisation...

 H. : C'est drôle, en effet ! (rires) En fait, notre nom de scène puise son origine dans un film de Tim Burton : « Pee-wee's Big Adventure ». Nous sommes vraiment des fans de Pee-Wee. A un moment, dans le film (il faut absolument le voir !), le personnage de Simone, joué par Diane Salinger, dit 'Au revoir Pee-Wee !' Et, d'un accent américain bien trempé, Pee-Wee répond : 'Au We Woir Si-Mo-Ne'. Imaginez un Américain essayant de parler en français. Et vous comprendrez pourquoi ce passage est si amusant !

 Comment êtes-vous passées de votre salon de thé, spécialisé dans l'art du synthé, à une signature sur le label indépendant 'Moshi Moshi Records' ?

 H. : Un de nos amis a lancé un super blog dédié aux Mp3's. Il est très fort... Il a dégoté de nombreuses découvertes sur la toile. Il a proposé « Through the Backyards » en téléchargement sur son site. Le patron de Moshi Moshi est tombé sur cette chanson en surfant sur le web et nous a contactés. A ce moment-là, nous étions déjà signées sur un petit label japonais, baptisé 'Rallye Record'. Ce label est uniquement implanté en Asie. C'est pourquoi nous sommes également présentes de ce côté-là de la planète. Mais, paradoxalement, nous n'avions aucun label pour le reste du monde. En Europe, la Suède nous accordait beaucoup d'attention. Dans une certaine mesure, nous avions l'impression que les Suédois et les Japonais se ressemblaient. Dans ces deux pays, les gens ont l'esprit large et semblent apprécier le côté pop de la musique électronique. Là-bas, le public laisse volontiers tomber les œillères.

 La chanson « Through the Backyards » a été utilisée pour la bande originale de la série « Grey's Anatomy ». Considérez-vous que ce show télévisé a constitué la clef de voûte de votre succès ?

 H. : Non, certainement pas. Par contre, la série a certainement contribué à élargir notre base de fans, essentiellement d'un point de vue démographique. Aux Etats-Unis, cette série est suivie par de nombreux trentenaires, des gens actifs, impliqués dans la vie professionnelle. Pour ma part, je ne connaissais même pas la série... Cependant, mes parents ont trouvé ce concept génial... Leur fille posait sa voix sur une des chansons de leur série du moment : rendez-vous compte !

 Outre cette expérience télévisuelle, votre musique a également touché le nerf sensible de David Lynch. Aujourd'hui, ce n'est plus un secret : le réalisateur demeure un de vos plus fervents admirateurs... Comment a-t-il découvert Au Revoir Simone ? David Lynch serait-il, lui aussi, fan de « Grey's Anatomy » ?

 H. : Non ! (rires). Notre rencontre s'est déroulée de façon... disons... romancée ! En janvier dernier, nous avons participé à une présentation chez 'Barnes & Noble', une des plus grandes librairies américaines, sur Union Square, à Manhattan. Chaque année, elle organise de nombreux événements. Pour notre part, nous avons participé à une manifestation baptisée 'Upstairs at the Square'. Son organisatrice s'appelle Katherine Lanpher, une journaliste, qui a toujours rêvé d'associer les musiciens aux écrivains. Ce projet peut sembler étrange. Mais, en réalité, il est vraiment excitant. Cette fois, elle décidait d'inviter David Lynch pour annoncer la sortie de son nouveau livre : « Catching the Big Fish ». En réalité, c'était notre idée d'associer la musique d'Au Revoir Simone avec le bouquin de David Lynch. Nous ressentons une connivence latente entre notre musique et son univers. Nous lui avons donc envoyé notre album. Et il a accepté l'idée. Son livre est très intéressant. Il s'agit d'une véritable source d'inspiration artistique. Après ce concert chez 'Barnes & Noble', il est devenu fan de notre univers. C'était, d'une certaine façon, le monde à l'envers ! Il a commencé à parler de nous dans ses interviews, lors de conférences de presse... C'est complètement fou !

 Un de nos chroniqueurs s'est un jour posé la question de savoir si la musique d'Au Revoir Simone n'était pas 'un truc de filles fait par des filles pour des filles'. Peut-on classer votre musique dans le dossier 'suffragettes musicales, spécialisées dans les rêveries féministes' ?

 H. : Nous sommes un groupe de filles, composant de la musique pour d'autres filles ? C'est intéressant... Je ne sais pas. Une chose est certaine : nous sommes un groupe de filles ! Cependant, je pense qu'en concert, notre audience se compose aussi bien de filles que de garçons. Peut-être plus de garçons encore... (rires) De manière générale, notre public est mixte. Cependant, au Japon, notre assistance est essentiellement composée de filles. Et là, je ne m'explique pas...

 Récemment, vous avez accompli une tournée en compagnie de We Are Scientists...

 H. : Dans un premier temps, nous nous sommes lancées dans un long périple à travers les Etats-Unis. Ensuite, les musiciens de We Are Scientists nous ont proposé de les accompagner en Europe pendant cinq semaines. C'était vraiment une longue tournée...

 Une tournée plutôt festive... Sur 'You Tube', on peut voir une vidéo, filmée à l'arrache, de votre tournée en compagnie de We Are Scientists... On vous surprend, dans le tour bus, chantant et dansant sur le « Young Folks » de Peter Bjorn & John...

 H. : (Rires) Pendant cette tournée, c'était la première fois que nous écoutions ce morceau de Peter John & Bjorn... Et je ne peux pas expliquer l'effet que nous a procuré ce titre... Mais nous étions véritablement obsédées par cette chanson. Dans le tour bus, nous passions ce morceau en boucle, en dansant et en reprenant les paroles en chœur. C'était un rituel. Quand nous sortions après un concert, on s'empressait d'aller trouver le DJ pour lui réclamer « Young folks ». Ce sont d'excellents souvenirs. En fait, en tournée, la vie n'est pas toujours très rose... Parfois, tu te sens fatiguée, un peu dépressive, loin de ton foyer, de ta famille, de tes amis. Sans compter le stress et la pression de jouer chaque soir, de respecter les horaires, de trouver les clubs, etc. Bref. Cette chanson a constitué une formidable échappatoire pour nous. Elle nous rendait heureuse. En 2006, « Young folks » a été ma chanson préférée. Sans aucun doute.

 A l'écoute du nouvel album, on est assez touché par le charme mélancolique qui en émane. Etes-vous des personnalités éplorées par nature ?

 H. : Nous sommes certainement atteintes d'une certaine mélancolie... Bon, entendons-nous bien : Au Revoir Simone n'est pas un trio de suicidaires ou de demi-folles dramatiques ! D'ailleurs, en général, dans la vie, nous sommes des filles heureuses. Mais, peut-être, sommes-nous mélancoliques des choses heureuses de la vie, des événements extraordinaires qui la façonnent. D'ailleurs, pour être précise, je pense que, dans notre cas, il s'agit davantage de nostalgie que de mélancolie. 

 Pensez-vous que notre époque soit propice à la nostalgie ? Et donc, en un sens, propice à la musique d'Au Revoir Simone ?

 H. : Aujourd'hui, le monde tourne un peu à l'envers... Chaque génération a sans doute posé cette réflexion, un jour. Mais là, je le pense sincèrement. Les choses changent, le monde évolue et tout empire. Spécialement aux Etats-Unis. Une fois de plus, nous sommes impliqués dans une guerre, la société débloque complètement... C'est vraiment une drôle d'époque.

 Quelle est, à vos yeux, la principale différence entre « Verses of Comfort, Assurance and Salvation » et « The Bird of Music » ?

 H. : « Verses of Comfort, Assurance and Salvation » doit davantage être perçu comme une collection de chansons. Chacune peut être conçue comme une unité élémentaire. Après ce premier album, les choses se sont décantées. Nous avons alors commencé à bosser sur l'image du groupe, son identité. Depuis ce premier enregistrement, nous avons parcouru un bout de chemin ensemble... Pour « The Bird of Music », la musique d'Au Revoir Simone est devenue une version synthétisée de nos trois personnalités. En commençant à jouer ensemble, nous n'attendions rien, nous n'espérions rien... Ce qui explique le côté indépendant des chansons du premier album. Pour le deuxième, toutes nos compositions ont été pensées en fonction de ce disque. Nous savions qu'elles allaient se retrouver sur un album. Cette fois, on peut réellement le comprendre dans sa globalité. Je crois qu'il s'agit là de la plus grande différence entre ces deux enregistrements.

lundi, 05 novembre 2018 17:49

Héros malgré lui

Le regard sombre et sérieux, une belle moustache et une barbe en option, voilà Benjy Ferree, l'incontournable révélation de ce début d'année. Intitulé « Leaving The Nest », son premier album est une pure merveille. De Creedence Clearwater Revival aux Kinks, en passant par les Beatles et Sufjan Stevens, les références se bousculent au portillon de ces dix chansons écrites, pensées et chantées par cet artisan de la mélodie rustique. Barman le jour, chanteur la nuit, Benjy vit à Washington D.C., la capitale fédérale des Etats-Unis. Loin des clichés bureaucratiques de sa ville, il signe le plus beau rayon de soleil de cet hiver.

Ici, en Belgique, le public ne te connaît pas encore. Peux-tu revenir sur ton histoire, ton rapport à la musique ?

J'ai toujours été confronté à la musique. Mes parents chantaient à l'église dans une chorale de gospel. Par la suite, j'ai grandi à Washington D.C. L'endroit grouille de musique. C'est là, notamment que j'ai découvert The Bad Brains et Fugazi, des formations qui ont fondamentalement changé mon existence. La musique m'a toujours enveloppé. J'ai appris à jouer différents instruments : la batterie, la basse et la guitare. Mais je n'ai jamais intégré un groupe. Par la suite, j'ai déménagé à Los Angeles. Deux mois après mon arrivée en Californie, j'ai commencé à écrire des chansons... Je n'avais rien de mieux à faire. Une année, j'ai décidé d'écrire une chanson pour mon frère et de lui offrir pour Noël. A l'époque, je n'avais pas assez d'argent pour lui donner un vrai cadeau... Je suis donc revenu à Washington D.C. pour les fêtes de fin d'année et je lui ai offert une chanson. Il l'a adorée ! Quatre années plus tard, je suis rentré à Washington, commençant à romancer ma version des faits, des choses.

Ta musique n'évoque pas spécialement ce côté citadin. Ton son demeure très artisanal, l'aisance mélodique laisse souffler un vent de liberté qui semble contredire le climat oppressant des grandes villes...

C'est étrange... Et, en même temps, pas vraiment. J'écoute Fugazi à longueur de journée. Pourtant, ma musique reste très éloignée des assauts bruitistes de Fugazi. D'ailleurs, le batteur de Fugazi, Brendan Canty, m'a beaucoup aidé pour enregistrer mon disque. A ses côtés, j'étais un peu comme son petit frère. Il m'a conseillé, aidé à enregistrer, à donner du sens à mon travail. Bref, elle ne sonne pas du tout comme la leur. Mais il est incontestable que leur musique m'a inspiré. Ce raisonnement peut également s'appliquer à Washington. L'atmosphère de mon album ne laisse pas transparaître l'ambiance de la ville. N'empêche, Washington m'a sans doute inspiré car, chaque jour, je suis exposé à son quotidien. Contrairement aux idées reçues, Washington est une petite ville. Cependant, je ne suis pas toujours capable d'expliquer mes agissements, mon mode de fonctionnement. Bien souvent, j'agis par instinct.

En parcourant le site Internet du 'Washington Post', nous avons appris que tu détestais te prêter aux jeux des interviews. Pourquoi nous en accorder une aujourd'hui ?

Là, il faut comprendre... Je suis musicien, pas millionnaire. Quand je ne chante pas, mon portefeuille ne se remplit pas. Donc, je dois travailler, comme tout le monde. Je tiens un bar dans lequel je bosse au quotidien. Un jour, un de mes clients m'interpelle et me demande de répondre à quelques questions dans le cadre d'une interview pour le Washington Post. J'ai répondu : 'Personnellement, je ne vous connais pas. Alors, vous prenez une bière ou un plat ?' Quand je travaille, je déteste parler de ma musique. Ce n'est pas l'endroit. Là, c'est différent : je suis en Belgique pour parler de mon disque, l'endroit est super, il fait beau. Que demander de plus ? D'ailleurs, je n'ai pas beaucoup de temps pour visiter. Mais dès que je reviens, je prends du temps. J'adore Tintin et son chien... Comment s'appelle-t-il encore ? Tontong ?

Tu es signé sur 'Domino', un des plus célèbres labels indépendants. Comment y es-tu atterri ?

Un de mes amis, aux Etats-Unis, travaille pour un magazine distribué à travers tout le pays. Un jour, il a écouté ma maquette et m'a demandé pour la sortir en disque. Il m'a dit qu'il allait créer un label et éditer l'album à 1000 exemplaires. Il croyait en ma musique. Il a donc sorti mon cd et m'a payé pour cette transaction. Je trouvais ça génial : un gars honnête, tenant sa promesse, sans essayer de me berner, juste pour la musique. Peu après, il a téléphoné à des connaissances pour essayer de trouver un plus grand label. A ce moment là, je ne voulais plus en changer. Je souhaitais seulement être signé sur le sien, rien d'autre. Finalement, il a réussi à me convaincre, en me disant que c'était une excellente structure qui laissait une grande liberté aux artistes. Par ailleurs, je ne connaissais pas Domino. Les groupes comme Franz Ferdinand ou Arctic Monkeys ne me disent rien. En fait, c'est simple : je me tape de l'argent, de la célébrité ! Certaines personnes souhaitent de tout c?ur côtoyer la célébrité, pas moi. Si elle arrive, ce sera un accident. Je n'ai jamais cherché à signer un contrat chez cette firme de disques. C'est un concours de circonstance. Le mot 'célébrité' me rend malade : il me fait penser aux tabloïds, à la bourgeoisie. Je ne veux pas faire partie de ce monde...

Dernièrement, tu as accordé des concerts en compagnie d'Archie Bronson Outfit. Vos styles sont assez différents. Ils jouent davantage dans une catégorie pop-rock Alors que, pour ta part, la musique passe par le prisme du folk et de la poésie. Comment le public réagit-il face à ces différences ?

Je ne sais pas comment les gens vivent ces différences. Par contre, je sais comment je les vis, la façon dont je les ressens. Archie Bronson Outfit est devenu mon groupe préféré. Je n'avais jamais eu l'occasion de tourner en leur compagnie. Et, pour revenir à la question précédente, beaucoup de gens me demandent souvent ce que cette signature sur le label « Domino » a changé. Ma réponse demeure identique : Archie Bronson Outfit a changé ma vie. Ce groupe, c'est l'avenir du rock. Et, personnellement, je n'avais jamais eu l'occasion de tourner en compagnie de l'avenir du rock'n'roll. Depuis cette tournée, j'ai l'impression de vivre un rêve éveillé.

Si on présente ta musique comme une rencontre entre Les Beatles, les Kinks et Devendra Banhart, es-tu satisfait ?

Pas vraiment. Evidement, je ne peux pas renier les Beatles. Tous les gosses normalement constitués devraient aimer les Beatles ! Tout comme, on apprécie Bob Marley et les Ramones. Ces groupes sont inévitables. Mais je n'ai jamais essayé de sonner comme les Beatles. Je n'ai jamais entendu une seule chanson de Devendra Banhart. Je possède deux albums des Kinks. Mais je ne les connais pas comme je connais les Beatles. Depuis mon plus jeune âge, je suis attiré par la musique de T-Rex. Cette musique m'inspire vraiment. De mon côté, je ne perçois pas ces influences. Mais si les gens les perçoivent, c'est bien. D'autres personnes dénicheront peut-être d'autres ressemblances. Je n'ai aucun problème avec ça... Par ailleurs, j'aime d'autres choses, complètement différentes. Des trucs comme Jay-Z ou Beyoncé balancent hyper bien ! Néanmoins, ma plus grande influence reste la musique de film. Quand je compose une chanson, je la perçois toujours comme la bande-son d'une pellicule imaginaire.

Sur ton album, tu reprends « A Little At A time », une chanson de Johnny Cash. Pourquoi as-tu choisi de réinterpréter une de ses chansons ?

A mes yeux, Johnny Cash est un saint. Il demeure certainement un des symboles positifs des Etats-Unis. C'était un homme honnête. L'Angleterre a eu John Lennon, les Etats-Unis ont eu droit à Johnny Cash. La chose la plus incroyable, c'est que tout le monde aimerait être Johnny Cash. Il s'est toujours efforcé de produire le meilleur de façon intègre. Parfois, il a échoué. Mais il a toujours essayé. Aujourd'hui, plus personne ne chante comme lui. Pour moi, Johnny Cash est un héro, un modèle d'accomplissement.

mardi, 29 juin 2021 22:09

Résonances magnétiques

Cette année, pour danser, inutile de solliciter les charts anglais. L'attraction du moment sévit à Courtrai. Un nom à retenir ? Goose : quatre potes empoignant les meilleures recettes du big beat, de la house et de la techno pour en retirer une substance énergétique à couper le souffle. Signé sur le prestigieux label anglais Skint Records (mère patrie de Fatboy Slim), Goose réunit une collection de tubes remuants, attachants, à coincer précieusement entre les productions de Mr Oizo et des Dewaele Brothers. Au programme : un son saturé, des riffs à terrasser des fans d'AC/DC et une transe discoïde garantie. Bienvenue de l'autre côté de la frontière en compagnie du chanteur de la formation, Mickael Karkousse...

Pouvez-vous retracer le parcours de Goose, vos premiers pas en musique ? Avez-vous toujours opté pour les sonorités électroniques ?

Aujourd'hui, Goose existe depuis près de six ans. En 2002, nous avons eu la chance de remporter le concours 'Humo's Rock Rally'. Cette victoire a considérablement accéléré notre carrière. Mais plutôt que d'enregistrer un album au lendemain de ce concours, on s'est réorienté, en répétant, en composant de nouveaux morceaux. En 2003, un premier single, intitulé « Audience », est passé en radio, essentiellement sur les ondes de Studio Brussel. L'année suivante, le titre « Good Times » nous a propulsé sur le devant de la scène. Ces deux chansons ont été mixées par Teo Miller. Pour nous, c'était très important de travailler ensemble. Son expérience est saisissante : il a collaboré avec une palette éclectique d'artistes internationaux comme Placebo, James, Happy Mondays, Blur ou Das Pop. Cette coopération constituait notre première expérience en studio. A partir de là, Goose a complètement modifié sa façon de travailler. Auparavant, les répétitions constituaient notre principale matrice de création. Mais, après cette première expérience, nous nous sommes scindés pour composer de nouveaux morceaux. Cela présente de nombreux avantages. Le plus important réside certainement dans la polyvalence des musiciens. Aussi, notre batteur est-il également un très bon guitariste. En travaillant de la sorte, Goose a beaucoup évolué. De répétitions classiques d'un groupe de rock typique, nous avons glissé vers des sortes d'ateliers d'expérimentations sonores où chacun apportait sa propre touche créative. Dave, notre guitariste, a commencé à s'intéresser aux synthétiseurs, à chercher dans les sonorités électroniques afin d'y trouver des boucles dont l'impact serait aussi puissant qu'un bon riff de guitare. Nous voulions composer un album très populaire, proche des gens. Il n'y a rien de plus triste que des gens qui s'ennuient lors d'un concert.

Considérez-vous votre victoire au 'Humo's Rock Rally' comme un déclencheur ?

D'une certaine façon, ce succès nous a aidés. Mais cela nous a surtout permis d'évoluer, de réfléchir sur la direction à prendre. Cette victoire au 'Humo's Rock Rally' constituait, en réalité, le signe de notre imperfection. Dans cette optique, on peut considérer que le concours a simplement mis en avant nos qualités. Nous en avons pris conscience. Mais nous souhaitions avancer, travailler et proposer un véritable projet au public.

Vous êtes aujourd'hui signés sur le label anglais 'Skint Records', fort connu pour avoir signé Fatboy Slim à l'époque. Comment êtes-vous arrivés sur ce label ? C'est étrange pour un groupe belge...

Dès le début, nous avons réalisé que notre musique pouvait être écoutée au-delà des frontières du pays. Nous voulions donc trouver un label international. On se disait : 'Qui n'essaie rien, n'a rien !' Pourtant, dans un premier temps, nous avons envoyé des démos aux grandes maisons de disques installées en Belgique. Et, bien souvent, les réactions n'étaient pas spécialement encourageantes... Bref, Dave, notre guitariste, est parti plusieurs mois en tournée avec Soulwax. Au Japon, il a croisé un des représentants du label 'Skint Records'. Quelques semaines plus tard, il le rencontrait à nouveau lors d'un concert en Angleterre. Cette fois, il n'a pas laissé passer sa chance : il lui a donné notre démo. Une semaine plus tard, le label 'Skint Records' venait nous rendre visite à Courtrai !

De nombreux observateurs vous rapprochent de Soulwax Nite Versions et, plus généralement, des frères Dewaele. Comment vivez-vous cette assimilation ?

C'est une bonne chose. A nos yeux, Soulwax est un groupe de grande qualité. Si les gens décident de nous rapprocher de Soulwax, il n'y a pas de problème : implicitement, cela implique simplement que nous jouons de la musique de qualité ! Blague à part, on se sent également proche de Soulwax au niveau de la motivation musicale et des intentions à l'égard du public. Et enfin, ce sont nos meilleurs conseillers. Pour nous, les tournées mondiales, c'est un peu l'inconnu. Dès que nous sommes inquiets, que nous éprouvons des doutes, nous pouvons toujours nous tourner vers Soulwax. Ils sont toujours là pour nous rassurer...

Depuis les festivals d'été, tout s'accélère. Vous jouez dans de grandes salles, votre musique s'exporte. Les Japonais, par exemple, raffolent de votre musique. Ne craignez-vous pas d'être surexposés ?

Pour l'instant, nous gérons cette situation. Nous essayons de ne pas trop jouer en Belgique de façon, justement, à ne pas se trouver surexposé. Là, nous allons commencer une tournée en Angleterre. Nous passerons également par la France, les Pays-Bas, l'Allemagne et le Japon.

A l'écoute de votre album, un constat s'impose : vous alliez aisément les beats électroniques aux riffs des guitares... Comment définiriez-vous le son de Goose ?

Nous ne sommes pas obnubilés par les musiques anglo-saxonnes... En fait, le son de Goose est typiquement belge, fondamentalement européen. Géographiquement, la Belgique constitue indéniablement un carrefour des cultures. Aussi, nous adorons les projets français comme Daft Punk, Air, Phoenix ou Para One. On apprécie aussi des artistes comme Digitalism et Boys Noize. D'une certaine façon, on peut dire que notre son nous ressemble : il est très contemporain ! Notre musique demeure le fruit d'une maturation personnelle. Nous avons bien essayé de collaborer avec d'autres personnes, extérieures au groupe. Mais cela s'est révélé infructueux. On s'est vite rendu compte qu'elles transposaient leur propre vision de notre musique sur le groupe. Malheureusement, il ne s'agissait pas du tout de notre vision des choses... La production et le mixage de l'album ont donc été réalisés par nos soins.

Comment travaillez-vous au niveau de la composition ? Quelle importance accordez-vous aux paroles de vos chansons ?

Au niveau de la composition, c'est très variable. Dans certains cas, nous partons sur des bases instrumentales, tout en essayant de dégager des mélodies vocales. A d'autres moments, nous percevons la globalité d'un morceau. Les paroles de nos chansons n'évoquent rien de sérieux. Il s'agit davantage d'une mélodie agréable à chanter. L'essentiel n'est donc pas à chercher du côté des paroles. Nous cherchons davantage à imaginer des slogans à travers de petites histoires conçues comme des bandes-annonces.

Pour illustrer la pochette de votre album, vous avez travaillé sur un concept de transparence pour le moins original. Où avez-vous déniché cette idée ?

Notre pochette n'est pas inspirée par un autre album. Pour ce premier disque, nous voulions vraiment marquer les esprits. Derrière ce livret qui se dévoile en transparence, notre volonté est d'inviter les gens à se pencher sur le côté personnel de notre musique, de notre univers. Du début à la fin, « Bring It On » devait être irréprochable. Et, en ce sens, il nous a été très difficile de déléguer les tâches liées, de près ou de loin, à la présentation de l'album. Si bien que, pour les 5.000 premiers exemplaires de « Bring It On », nous avons apposé les autocollants nous-mêmes ! Cette démarche méticuleuse nous a demandé une semaine complète... Nous voulions une illustration simple mais efficace. Cela explique aussi le choix des couleurs : il s'agit du code informatique RGB (Red, Green, Blue). En informatique, le rouge, le vert et le bleu permettent de déterminer toutes les fonctions paramétrables. Et puis, sur le dancefloor, ce sont également les couleurs prédominantes. Enfin, ces colorations possèdent aussi une connotation très rétro. Ce visuel constitue donc un ensemble pensé de façon méthodique.

Visiblement, toutes les étapes de votre démarche artistique sont très soignées. Cela vous prend donc énormément de temps... Faudra-t-il attendre aussi longtemps pour écouter votre prochain album ?

Là, il est évident que le processus créatif s'accélérera. Pour l'instant, l'album vient juste de sortir. La question ne se pose donc pas encore. Mais dans les prochains mois, nous devrons nous résoudre à arrêter la tournée pour entrer en studio.

mercredi, 24 janvier 2007 20:58

La toile de Pénélope

En musique, le succès semble connaître ses frontières. En Belgique, par exemple, une bénédiction flamande n'entraîne pas forcément une prière wallonne. L'inverse tend également à se vérifier. Alors, quand on augmente les distances, le grand écart prend des proportions inattendues. Pour preuve, aux Etats-Unis, The Shins est devenu le groupe le plus vendeur de son label 'Sub Pop' depuis... Nirvana. En Europe pourtant, The Shins côtoie péniblement les rayons 'inconnus au bataillon'. A l'heure de « Wincing the night away », leur nouvel album, James Mercer, mentor de cette précieuse entité, nous parle de rock, de punk, de cinéma et du travail qui attend encore son groupe en Europe. Faudra-t-il tout recommencer ?

The Shins se présente au public comme un groupe américain. Cependant, vos références musicales sont très britanniques. Comment expliquez-vous cette situation ?

L'explication est à chercher du côté de mon parcours scolaire. J'ai obtenu mon graduat en Angleterre. Le soir, après l'école, j'écoutais de la musique. A l'époque, impossible de ne pas succomber à la scène new-wave. Le mouvement venait de surgir, les Smiths étaient partout. Et puis, chaque jour était l'occasion d'une nouvelle découverte : House of Love, Echo and The Bunnymen, The Cure, My Bloody Valentine, etc. C'était incroyable. Cela dit, je connais beaucoup de groupes américains qui sonnent plus anglais que nous.

Votre musique puise ses racines dans le courant psychédélique de la fin des années 60. Concevez-vous votre musique comme un produit de cette période ?

Dans un certain sens, j'aurai tendance à répondre par l'affirmative. Néanmoins, la musique s'est profilée comme une suite d'enchaînements logiques et ce, depuis le début des temps. Par rapport à notre musique, nous essayons d'être honnêtes, d'écrire de belles mélodies. Pour revenir à cette époque révolue, je dois reconnaître mon admiration pour The Beatles, The Zombies et The Monks.

La légende raconte que tu as appris à jouer de la guitare en reprenant le « God Save The Queen » des Sex Pistols. Info ou intox ?

Cette information est exacte. De là à dire que j'étais punk, il y a un fossé que je ne franchirai pas. Je n'ai jamais eu de crête sur la tête. Mais j'adore l'univers punk rock. Des trucs comme Black Flag, The Damned ou les Sex Pistols m'ont toujours attiré...

En Belgique, peu de gens connaissent The Shins. Quel regard portez-vous sur votre notoriété aux Etats-Unis ?

Aux Etats-Unis, The Shins jouit d'une certaine célébrité. Nous sommes souvent cités dans le haut du panier des groupes communément appelé 'indie band' (NDR : rock indépendant). C'est étrange d'être ici, de devoir tout recommencer à zéro. Mais, au final, c'est assez excitant comme démarche. Aux Etats-Unis, nous avons écoulé des millions d'exemplaires de « Chutes Too Narrow », notre album précédent. Après, il est très difficile de se situer par rapport à d'autres groupes. Prenons Yo La Tengo, par exemple. Ils sont très respectés par les journalistes. Plus que nous, sans aucun doute. Mais aujourd'hui, notre base de fans est bien plus large que celle de Yo La Tengo.

Le succès rencontré par The Shins après la sortie de « Chutes Too Narrow » a-t-il changé votre vie ?

Un peu plus encore... Mais en fait, tout a commencé par « Oh, Inverted World », notre premier album. Voilà encore quelque chose d'étrange : à l'époque, notre premier disque n'a pas été distribué en Europe... En 2004, peu avant la sortie de notre deuxième album, nous avons été contactés par Zack Braff. Celui-ci souhaitait utiliser quelques unes de nos chansons pour illustrer son nouveau film : « Garden State », avec Natalie Portman et Peter Sarsgaard. Deux chansons de notre premier cd venaient se greffer à d'excellents passages du film... Celui-ci a rencontré un énorme succès ! Il a été sélectionné au Festival de Sundance, a remporté le titre de meilleur film aux « Independent Spirit Awards » et, surtout, « Garden State » a empoché un « Grammy Award » pour la meilleure musique de film. A partir de là, notre carrière a pris une autre tournure aux Etats-Unis...

A l'origine, tu accompagnais Martin Crandall, ton bassiste, et le batteur Jesse Sandoval dans un autre groupe, baptisé Flake. Aujourd'hui, vous jouez tous les trois au sein de The Shins. Pourquoi avoir changé de nom en cours de route ?

Quand je jouais dans Flake, je souhaitais avoir un projet musical que je pouvais réellement contrôler. C'est la principale raison qui explique l'apparition d'un projet annexe, baptisé The Shins. Après avoir composé quelques chansons, j'ai demandé à Jesse et Marty de m'aider à la tâche... Mais, petit à petit, The Shins devenait plus important à mes yeux. J'y travaillais tous les jours et, sincèrement, le résultat me semblait bien meilleur que chez Flake... J'ai donc décidé de quitter le groupe et de me concentrer uniquement sur The Shins. Flake jouait de la power-pop, un peu comme Weezer... J'avais besoin d'autres choses : des mélodies, une pop consistante, etc.

Ecouter The Shins, fermer les yeux : nous voilà déguisés en hippies, éclatés dans une camionnette en pleine tournée. A bien y regarder, vous êtes des rejetons des sixties perdus en plein 21ème siècle. Votre musique véhicule énormément d'images. Mais qu'en est-il en réalité ?

En tournée, on s'amuse beaucoup. Mais les clichés associés à la culture pop ne font pas partie de notre réalité. Bien sûr, toutes les excuses pour boire un verre sont toujours bonnes à prendre. Mais nous sommes loin d'être de nouveaux hippies : pas de drogue, pas de fête communautaire et autres exubérances pacifiques. De toute façon, nous sommes certainement trop cyniques pour être des hippies... (rires)

En parlant de hippies, une de vos nouvelles chansons s'intitule « Red Rabbits ». Doit-on y chercher une référence au « White Rabbit » du Jefferson Airplane ?

En fait, ce n'est pas du tout un clin d'?il au Jefferson Airplane... On ne m'avait pas encore évoqué ce rapprochement. En cherchant, on pourrait y trouver un lien. Mais, à la base, ce n'est pas du tout voulu. Notre chanson évoque la fin d'une relation d'amitié. C'est l'histoire de deux individus dont les personnalités évoluent avec le temps et fissent par devenir incompatibles. Ce sont des textes très personnels. Et là, nous sommes relativement éloignés du trip hallucinatoire du Jefferson Airplane ! (rires)

« Wincing the night away », votre nouvel album, se recentre sur des sonorités pop. Vos deux disques précédents s'éparpillaient davantage. Comment expliquez-vous ce recadrage ?

Je voulais faire grandir le projet. Nous ressentions le besoin de changer de direction. Aujourd'hui, nous sommes plus à l'aise pour en parler. D'une certaine façon, nous avons l'impression d'être parvenus à intégrer les sonorités du passé, à les transcender par le prisme de la modernité. En écrivant de nouvelles chansons, j'essaie toujours d'éviter l'écueil de la redite. C'est important : la répétition suscite trop souvent l'ennui.

En chantant « Australia », vous dégagez une bonne humeur communicative sur votre nouvel album. Associez-vous l'Australie à d'inoubliables souvenirs ?

Nous avons effectivement passés d'excellents moments en Australie. La chanson s'intitule « Australia » pour la simple et bonne raison que ce morceau a été composé en Australie... La mélodie est agréable, elle rend heureux. Mais, au fond, c'est très paradoxal car, cette chanson évoque une femme horrible, vraiment méchante avec laquelle j'ai travaillé pendant des années. A elle seule, elle cumulait les pires attributs de l'humanité : la laideur, le racisme, etc. (rires) A l'époque, je travaillais dans une usine d'exploitation de miroirs... Un job très excitant... Bref, c'est un peu comme une production des Monty Python : un sujet très sombre traité de façon légère...

mardi, 01 août 2006 05:00

Les détours d'un petit retour

Une sentence en forme d'épitaphe, six musiciens, une obstination poétique politiquement correcte, Tout est Joli/All is pretty marque son 'petit retour'. Au cœur des retrouvailles, « Ritournelles », deuxième album de haute volée. Entre anglais et français, Moïse et Epicure, Randy Newman et Leonard Cohen, la formation esquisse les contours d'un album en dents de scie. Inoffensif mais diablement jouissif. Rencontre. 

Votre nouvel album s'intitule « Ritournelles ». Ce titre évoque un morceau symphonique. Comment interprétez-vous ces « Ritournelles » ?

Un jour, je parcourais l'œuvre du philosophe français Gilles Deleuze. Dans un de ses écrits, il donnait une définition de la musique, soulignant au passage que ses fondations reposaient sur la ritournelle. Dans toutes les musiques, on retrouve des ritournelles. Cette explication de Gilles Deleuze m'a semblé extrêmement limpide. Et puis, le mot ritournelle trouve son origine dans le vocable italien : 'ritornello'. Autrement dit 'le petit retour'. Ce qui correspond bien à l'idée globale du disque et de sa pochette. La couverture ressemble à de l'art brut. En réalité, il s'agit du diagramme chinois du changement. Cette illustration remonte donc à une époque très lointaine.    

Le nom du groupe découle-t-il de la célèbre citation d'Andy Warhol ?

Il y a plus d'une quinzaine d'années, je suis allé voir une rétrospective d'Andy Warhol à Cologne. Je ne suis pas vraiment un grand admirateur de l'artiste mais en visitant cette exposition, je suis tombé nez à nez avec un mur blanc sur lequel il était écrit 'All is pretty'. C'est un des plus beaux aphorismes qui puisse exister. 

Votre approche de la musique semble très religieuse. Est-ce votre volonté de départ de toucher à toutes les religions à travers vos chansons ?

En fait, nous ne sommes pas du tout religieux. Néanmoins, je considère que tout l'ancien testament et la mort de Moïse constituent une véritable splendeur. C'est de la très grande littérature. Et si nous évoquions la naissance du rock'n'roll ? Le rock découle du blues, directement inspiré du gospel. On retrouve donc une dimension très chrétienne à travers le rock. Pour preuve, Skip James, maître absolu du blues américain, connaissait l'ancien testament par cœur. Et tous les amateurs de rock ayant élu Elvis comme monarque doivent savoir qu'il était un éblouissant chanteur de gospel. Aujourd'hui, il est de bon ton de diaboliser les religions. Et bien, au fond, c'est un peu idiot...

Votre musique est un peu à l'image de votre patronyme. Vous chantez aussi bien en anglais qu'en français. Pourquoi abordez-vous ces deux langues sans pouvoir trancher entre Tout est Joli et All is pretty ?

Notre intérêt pour le taoïsme a certainement eu un impact important sur ce concept. Cette discipline conseille, en effet, à ses adeptes de ne pas choisir ou, tout du moins, d'éviter de choisir. D'un point de vue moral, on peut considérer cette perspective comme une forme de lâcheté. Mais ce n'est pas le cas. Sur « Ritournelles », le recours à la langue française est très précis. Cependant, je pense que pour certains types de musiques, l'anglais est plus approprié. Il existe une musicalité anglo-saxonne propre à l'anglais. Certaines musiques anglo-saxonnes n'ont d'ailleurs pas d'équivalent en français...  

Vos sources d'inspirations sont-elles d'ordre poétique ?

Notre inspiration est à la fois musicale et littéraire. Il y a tellement de musique dans les livres qu'on en arrive parfois à une sorte de confusion. Nous nous inspirons évidement de ce que nous lisons et entendons. A travers ce disque, l'auditeur peut également déceler un aspect non négligeable de notre musique : son côté politique. En écoutant «  La fin du Mal », on retrouve d'ailleurs cette appétence. En général, en musique, lorsque le narrateur évoque son récit à la première personne du singulier, ce n'est pas lui qui parle. C'est un principe ironique traditionnellement utilisé pour évoquer une histoire, un concept, une idée. Dans « La fin du Mal », le 'nous' relève de ce principe, faisant ainsi une allusion évidente au communisme. C'est donc un point de vue ironique.  

En ce sens, considérez-vous la fin du communisme comme une des plus belles victoires de l'humanité ?

Indéniablement, la fin de cette idéologie politique a engendré la fin d'un totalitarisme extrêmement criminel. Le nazisme et le fascisme sont deux formes d'exploitation du peuple dont les réputations ne sont plus à faire : c'est absolument monstrueux. Une question se trame derrière cette réflexion : 'Qui attendait quelque chose du nazisme ?' A l'époque, les autorités allemandes avaient jeté de la poudre aux yeux du peuple. Mais le reste du monde avait décelé les contours de cette vaste supercherie. Pour le communisme, c'est une autre paire de manche ! En effet, le communisme a représenté un sérieux espoir dans de nombreux pays. C'est ça que je trouve terrible... J'ai tendance à considérer qu'il existe une sorte d'amnésie autour de la notion de communisme. De nombreuses personnes affirment que cette idéologie véhicule de bonnes choses... De bonnes choses ? En Chine, il ne faut pas oublier que ces bonnes choses ont engendré 70 millions de morts. Si on appelle ça de bonnes choses... Pour revenir à la chanson intitulée « La fin du Mal », j'espère que les auditeurs ne la taxeront pas d'anticommunisme primaire. Car il faut bien se le dire : il n'existe pas d'anticommunisme primaire...

Dans votre discographie, « Ritournelles » est votre deuxième album. Votre premier disque a été enregistré voilà plus de sept ans. Comment expliquez-vous cette absence prolongée ?

Nous sommes revenus un dimanche... (rires) Après le premier album, nous avons rencontré des difficultés pour enregistrer un nouvel album. Nous avions besoin de réfléchir, de faire une pause. Elle aurait pu être définitive. Mais, finalement, nous nous sommes retrouvés autour d'un concert. C'était dans une salle appelée « Le Phoenix ». Et ne dit-on pas que l'animal renaît toujours de ses cendres ?  C'est donc dans cette salle que nous avons rencontré le manager du label Soundstation. Il nous a permis d'enregistrer « Ritournelles », notre 'petit retour' discographique…

mardi, 07 novembre 2006 04:00

Réaction chimique

Rien n'est simple : la vie est compliquée, le monde imparfait. Oui, c'est vrai. Dans un monde parfait, les albums de Sharko se vendraient à la pelle. Le nom du groupe à peine susurré, les fans s'évanouiraient. Oui, c'est vrai. Dans un monde parfait, les trois Bruxellois se paieraient les scalps de Placebo et de Shakira. C'est comme ça. Malheureusement, la terre tourne à l'envers. Et à l'heure de la sortie de « Molecule », le nouvel album de Sharko, l'énorme potentiel du groupe de David Bartholomé demeure encore insoupçonné par les nombreux fans d'un rock puissant et racé. Une fois encore, les nouveaux morceaux de Sharko affichent l'envergure de leur ambition. Au fait, il n'est jamais trop tard pour changer le monde, changer de vie...

En s'attardant sur votre discographie, on constate que la mise en œuvre de ce nouvel album vous a demandé plus de temps que d'habitude : trois ans. Il s'agit du laps de temps le plus important entre deux disques de Sharko. Comment expliquez-vous ce constat ?

Cette période a été très difficile. Elle correspond à une remise en question totale, à une envie de tout arrêter... Nous vivions une impasse artistique : impossible d'écrire de bonnes chansons. Celles écrites à l'époque étaient inutiles, vaines, vides de sens. Les morceaux composés pendant cette période étaient comme 'des mobylettes sans essence'. Parfois, on retrouvait l'amorce de bonnes idées. Quelques unes se retrouvent d'ailleurs aujourd'hui dans « Molecule ».

Quel est, selon vous, l'événement qui a marqué le début de cette période de doute ?

Nous sommes rentrés d'une tournée en France. Ensuite, nous devions bosser sur notre nouvel album dont la sortie était prévue pour septembre 2005. Mais dès le début du processus d'écriture, le cœur n'y était pas. Aucune sensation : rien ne venait, rien ne sortait...

Comment êtes-vous retombés sur vos pattes ?

Le premier déclic repose certainement sur cette volonté d'arrêter le projet, d'en finir avec Sharko. Le choc a vraiment été terrible pour les autres membres du groupe. Une fois cette déclaration passée, la deuxième étape thérapeutique est à mettre à l'actif des nombreux messages d'encouragement envoyés par Teuk et Julien, mes deux musiciens et amis. Ils insistaient : 'On a peut-être pas tout donné ! Il reste encore de nombreuses choses à écrire, etc.' Aujourd'hui, je n'ai pas encore décelé l'origine de ce ras-le-bol. C'était sans doute lié à un contexte général, à des problèmes personnels. Tout cela demeure très complexe...

Aujourd'hui, tout est rentré dans l'ordre. Le nouvel album est là. Il s'intitule « Molecule » et a été mis en forme par Dimitri Tikovoi, une grosse pointure en matière de production. Son nom est souvent rapproché des œuvres de Placebo, Archive, Goldfrapp ou, encore, Shakira. Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Nous connaissions Dimitri grâce à son travail de production sur le projet Trash Palace. Nous l'avions approché quatre ans plus tôt. Depuis, il a produit des artistes de dimension internationale. Après avoir composé les chansons du nouvel album, nous recherchions un producteur. Nous avons alors songé à le contacter... Mais il était injoignable et certainement trop cher pour nos moyens... Mais coup de bol : on avait conservé son adresse personnelle ! Dès lors, on lui a envoyé notre démo fin mai. Trois jours après l'avoir reçu, il nous a contactés, nous posant pas mal de questions. Après cet interrogatoire téléphonique, il nous a confié : 'Je suis disponible dès le trois juillet, est-ce que vous êtes prêts ?' Force était d'admettre que nous n'étions pas encore tout à fait au point... Finalement, s'il a accepté de travailler avec nous, en passant au-delà de notre maigre apport financier, c'est en grande partie en raison de la souplesse de notre musique. En arrivant, la première question qu'il nous a posée était : 'Etes-vous déterminé à vous laisser diriger ?' Notre réponse était spontanée : 'Si on fait venir un mec de Londres, ce n'est certainement pas pour lui donner des ordres !'

Après cette rencontre et cette collaboration, considérez-vous son apport comme majeur dans le compte rendu final de « Molecule » ?

Le résultat final est très éloigné de la démo envoyée dans sa boîte aux lettres ! Essentiellement au niveau de la profondeur des sons et du discours...

La pochette du nouvel album bouleverse la conception esthétique de votre discographie. Pour la première fois, ce sont vos visages qui illustrent votre album ? Est-ce une volonté de se mettre davantage en avant ?

On s'est réunis pour écouter l'album et discuter de sa pochette. Nous ne voulions pas entrer dans un plan graphique à la Franz Ferdinand. Nous cherchions quelque chose de simple, spontané, radical, sombre : une image correspondant parfaitement à l'esprit de ce nouveau disque. La première idée venue était celle d'une photographie de nous trois, en noir et blanc. Il n'existe rien de plus franc et radical.

Sur « Molecule », deux chansons se référent au concept de 'Bug' : « Love is a Bug » et « Bug ». Eprouvez-vous une fascination pour cette notion ?

La double signification de ce mot est captivante. 'Bug' peut se traduire par 'petit insecte' : une coccinelle, par exemple. Mais il peut aussi s'agir d'un 'dérèglement'. Sur la première chanson de l'album, nous voulions retrouver un son très puissant, évoquant une attaque d'abeilles. On a beaucoup joué là-dessus. Par ailleurs, les paroles de la chanson parlent d'un gars dévoré par les problèmes. A la fin, il prend conscience qu'il est quand même quelqu'un de bien... Ça vous rappelle quelqu'un ?

Le premier single de l'album s'intitule « Motels ». Pourquoi avez-vous opté pour ce titre pour lancer le disque ?

En réalité, nous ne l'avons pas choisi ! Le patron de notre label souhaitait que « Motels » soit ce premier single. C'est un bon titre... Alors, pourquoi pas ? Personnellement, j'aurai davantage misé sur « Trip », un morceau agressif, immédiat, très court. Dans un monde idéal, mon choix se serait porté sur cette chanson. Mais on ne fait pas toujours ce qu'on veut... Par ailleurs, nous accordons une entière confiance aux décisions de notre label.

Les nouvelles chansons touchent essentiellement au thème de l'amour. On pense à « Sweet Protection », « I Need Someone ». Pensez-vous qu'il s'agisse d'un thème inépuisable dans l'univers de Sharko ?

Nos textes se référent aux relations. Qu'elles soient amoureuses ou humaines. Nous aimons mettre en parallèle la relation avec 'soi-même' et essayer de projeter cette vision vers une relation extérieure. C'est également une relation avec l'intimité.

Pour votre retour à la scène, vous avez joué deux dates. La première s'est déroulée au Cirque Royal, la seconde à La Cigale, à Paris. Comment le public réagit-il à l'écoute de vos nouveaux morceaux ?

Le public semble heureux de nous retrouver sur scène. A Paris, c'était une sensation extraordinaire : nous étions fiers d'être Belges... Cela peut sembler un peu idiot. Mais nous avons ressenti quelque chose de très puissant. Devant le public du Cirque Royal, l'émotion était intense. On revenait de loin... Avant de monter sur scène, nous ressentions une terrible montée d'adrénaline. Le silence régnait, nous échangions des regards et, soudain, le concert a commencé...

Sharko est de plus en plus présent sur la toile. Pour de nombreux artistes, Internet constitue désormais un important moyen de diffusion. Votre implication sur un site comme MySpace en témoigne. Que pensez-vous de cette évolution ?

C'est dans l'air du temps, on ne peut plus s'en passer... D'ici cinq ou dix ans, le support disque risque de disparaître. Pour de nombreux artistes, Internet va alors devenir le seul média de diffusion et de promotion. Certes, il y aura toujours des gens pour défendre la cause des cd's. Mais il faut se faire une raison : l'industrie ne nous demandera pas notre avis. A-t-elle demandé l'avis des gens lorsqu'elle a décidé de débarquer le disque vinyle ? Combien de collectionneurs de vinyles se sont retrouvés dans l'impossibilité de lire leur disque parce qu'ils ne pouvaient plus se procurer le tourne-disque nécessaire à leur bonheur ? Les gens ont été obligés de passer aux cd's. Et pensez-vous que quelqu'un nous demandera notre avis le jour où la FNAC fermera ses portes ? Dans quelques années, il est évident que les 'petits artistes' ne jouiront plus du luxe d'un support plastique...  Paradoxalement, les gens n'ont jamais autant écouté de musique qu'aujourd'hui. Les sites d'échange, les plates-formes MySpace, les blogs, les pages personnelles : la musique est partout !

 

lundi, 20 mars 2006 04:00

Sur la branche du bonheur

L'hiver se prolonge, se tire en longueur. Dehors, les manteaux en peau d'hermine croisent les bonnets en laine. Ce ballet coquet ne suffit pas à réchauffer nos cœurs. Ni nos humeurs. Pas le temps de se lamenter. L'heure c'est l'heure. Et, en plein cœur de Bruxelles, nous poussons les portes battantes d'un café capital, où on nous assure qu'ici, 'l'échec est un jeu'. Le concept est intriguant. Plus intéressant encore, l'endroit est l'antre d'une rencontre éphémère, volatile en compagnie d'Emily Loizeau. Plutôt terre-à-terre, la jeune femme aime pourtant prendre l'air, s'envoler dans son imaginaire. Loin là-bas, à « L'Autre Bout du Monde », elle chante son premier album. Un disque déroutant, séduisant. Ne reste plus qu'à laisser le charme agir. Et taire les noms d'oiseaux. Ils sont bien mieux dehors.

Emily, peux-tu nous parler de toi, des expériences qui t'ont menées à « L'Autre Bout du Monde » ?

Pour me présenter : j'ai 31 ans et aucun complexe. C'est un bel âge. Depuis mes cinq ans, la musique rythme ma vie. Je me dirigeais alors vers une carrière de pianiste classique. Jusqu'à l'âge de 19-20 ans à peu près. Ensuite, j'ai bifurqué vers des études de philo et vers le théâtre. Puis je suis partie à Londres pour y fréquenter une école de théâtre. De retour en France, j'ai travaillé sur deux spectacles comme assistante à la mise en scène. La musique classique a donc représenté une grande partie de ma vie. Mais l'envie d'en faire mon métier s'est peu à peu dissipée.

Comment expliques-tu ce genre de 'rêves évaporés' ?

C'est souvent le cas pour les choses que l'on commence dès le plus jeune âge. Est-ce que c'est ça que j'ai envie de faire ? Est-ce moi qui ai choisi cette vie ? Est-ce que cela s'est fait tout seul ? De ce point de vue, le théâtre a constitué une étape intermédiaire intéressante. En y travaillant, je suis revenue à la musique. Et ce n'était pas un choix ! Au départ, j'écrivais quelques chansons pour moi. À Londres, j'étais privée de mon piano. J'avais acheté un accordéon et m'amusais à écrire quelques chansons. En ce sens, il s'agissait peut-être d'un manque. Mais au fond, il n'y avait aucun objectif professionnel. De fil en aiguille, à force de petits concerts et de nouvelles chansons, j'ai réalisé que je souhaitais vraiment chanter, faire de la musique. L'idée du disque est ainsi apparue…

Cette idée s'est-elle concrétisée rapidement ?

Pas vraiment. En fait, je suis quelqu'un d'assez perfectionniste. Mais je désirais vraiment sortir un bon premier album. C'était important pour moi ! Je ne suis pas fâchée d'avoir attendu. Mes premières compositions ont presque cinq ans. Mais avec du recul, je suis heureuse d'avoir pris le temps. Il faut toujours se laisser le temps d'évoluer. À l'époque j'étais jeune dans le métier, je ne voulais pas me presser. Mais en observant autour de moi, je me suis rendue compte que mon cas était un peu à part : dans la spontanéité, certaines personnes sont, en effet, capables de sortir quelque chose de très abouti. Bon, ce n'était pas mon cas… J'éprouvais le besoin de creuser, un désir d'exprimer clairement mes sentiments, ma personnalité. Ce qui demande pas mal de réflexion. Je suis assez méfiante à l'égard de la vitesse, de la rapidité. Car, même si on connaît des éclairs de génie et qu'ils engendrent une impression de finition, le fond est-il suffisamment solide sous ces propos spontanés ?

Finalement, « L'Autre Bout du Monde », ton premier album, est atterri sur le label Fargo. Comment cela s'est-il passé ?

C'est une belle histoire. Pour le coup, je commençais à me sentir prête à sortir un disque. Je savais exactement comment mon album devait sonner, je ne pouvais plus attendre ! Mais comme j'aime prendre mon temps, j'ai pris un an à démarcher de maison de disque en maisons de disques. Je ne suis donc pas atterrie chez Fargo par hasard. J'ai eu la chance de rencontrer l'équipe des Franco'folies, dont le patron Jean-Louis Foulquier, qui m'a beaucoup soutenue. Elle m'a permis de participer à des concours dont celui de la fondation 'La Poste'. J'ai eu l'opportunité de remporter ce prix, financièrement appréciable. Et j'ai évolué vers davantage de professionnalisme en réalisant un mini album autoproduit. Il n'a jamais été commercialisé. Je m'en suis juste servie pour démarcher auprès des maisons de disques. Mais au fil du temps, j'en ai eu assez de tous ces démarchages. Cependant, j'ai beaucoup appris durant cette période. Une expérience qui a forgé mon caractère. Certains me disaient d'attendre encore. Mais je n'en pouvais plus. D'autres d'écrire encore. Mais mon disque était prêt ! Il était grand temps que la situation évolue. Alors, je me suis lancée. J'ai enregistré mon disque pour, ensuite, essayer de le vendre à un label…

Et c'est de cette façon que tu es arrivée chez Fargo…

Et non ! L'histoire n'est pas encore terminée : cette année-là, j'ai eu la chance de découvrir Andrew Bird sur scène. J'ai complètement flashé sur sa musique. C'était une claque énorme. À partir de cet instant, c'est devenu une obsession : je voulais qu'Andrew joue sur mon disque. Alors, je me suis réveillée un matin en me disant : « Bon maintenant, c'est fini ! On se prend en main. J'enregistre ce disque et téléphone à Andrew Bird ». Alors, j'ai téléphoné chez Fargo. J'ai pu parler à Michel Pampelune, le directeur du label. A ma grande surprise, il m'a confié qu'il aimerait recevoir un de mes disques, juste pour écouter, se faire une idée. Depuis, on ne s'est pas quittés. Et je suis la première signature française du label.

Le label est établi à Paris. Le plus souvent, les signatures sont américaines. Ta présence chez Fargo est donc riche d'enjeux. Ressens-tu une certaine pression à cet égard ?

Aucune. Au contraire, je trouve cela très stimulant et encourageant. Je considère qu'ils sont autant importants pour moi que je suis importante pour eux. Je crois que j'aurais eu beaucoup de mal en me retrouvant sur une grande maison de disque. Bien sûr, me retrouver dans une grande maison de disques aurait pu être bénéfique. Mais le fait d'être 'une artiste' parmi tant d'autres m'effrayait un peu. Je ne voulais pas être-le-projet-du-moment. Etre rapidement écartée si les chiffres ne suivaient pas. Il ne faut pas s'en cacher : c'est de cette façon que les choses fonctionnent. Chez Fargo, je parle au patron tous les deux jours, on élabore un vrai boulot d'équipe. Ici, on est tous dans le même bateau et cette implication a quelque chose de très artisanal.

Selon toi, ce rapport humain sera-t-il une solution à préconiser pour permettre au disque de sortir de la crise ?

Tout le monde soutient que le monde du disque traverse une période difficile. Une époque qui génère la crainte de voir disparaître le disque, où les gens se retrouvent au chômage, où les musiciens et les chanteurs se font virer, etc. En même temps, notre époque se caractérise par un foisonnement de créations. C'est une situation paradoxale. Qui crée une morosité palpable dans certains réseaux. Et puis, d'autres réagissent à contre-courant. Aujourd'hui, la logique a changé. Les artistes ne cherchent plus absolument à être le prochain single radio. L'originalité marque la différence. Cette affirmation se vérifie de plus en plus. Chez Fargo, nous cherchons à construire quelque chose de solide, de différent. Et pas à bâtir un succès en claquant des doigts.

Ton disque transpire de féminité. Est-ce important pour toi d'exprimer ce côté féminin ?

La féminité qui se dégage du disque, c'est une partie de moi, pas du tout calculée. Je suis ainsi faite. Le côté féminin passe par certaines chansons comme « Jalouse », « Je ne sais pas choisir », « Boby Chéri ». Après, on passe à autre chose. L'enfance et la mort constituent, à mes yeux, les piliers du disque. Le rêve, le cauchemar et la mort sont des thématiques qui m'attirent énormément.

Ce qui explique pourquoi ton disque saute aisément de la déprime à l'allégresse…

Exactement. Et puis, le disque a été écrit en quatre ans. A cet égard, j'ai beaucoup évolué dans mon écriture, dans ma manière de chanter. Mais je n'ai jamais eu envie de gommer ces différentes facettes de mes chansons. Mon écriture peut se révéler légère ou tragique. Plutôt que de gommer les différences, je pense qu'il convient de les accentuer. Il faut s'accrocher à ses différences. Etre soi-même, c'est la plus grande source de différence. En ce sens, les petites différences de mon album, c'est une grande part de moi. Cet album, dans son ensemble, c'est ma personnalité. On y retrouve mon obsession pour le cauchemar, la mort. Ce disque a, dans un certain sens, une fonction cathartique. J'ai dû essuyer un deuil en 1998, vivre des périodes difficiles, d'autres plus agréables. Tous ces éléments s'expriment sur le disque. « L'Autre Bout du Monde », c'est le besoin de survivre, de rire de ces choses, d'assumer ces angoisses. C'est aussi une manière de prendre de la distance par rapport aux problèmes personnels.

Tes chansons respirent la joie de vivre. Mais tout n'est pas rose. Est-ce facile pour toi de chanter l'amour et la mort, des sujets opposés par le sens ?

Dans « Je ne sais pas choisir », on retrouve ce contraste. Dans un premier temps, l'atmosphère est décalée et puis, la chanson s'achève par l'histoire d'un enfant qui exprime son désir de mourir tel jour. Et qui, finalement, se dit que cela peut attendre demain. Parler de la mort avec la distance de l'enfance, c'est naturel pour moi. Je pense que ce sont deux thèmes qui se rejoignent. Sortir de l'enfance, c'est se retrouver seul face à la mort. Mais tu dois toujours conserver une part d'enfance en toi, car c'est ce qui te sauve ! Parler de la mort sur un ton léger ne m'est pas étranger. Cela fait partie de moi.

A la fin de « Jasseron », on entend des bruits étranges. Qu'est-ce que c'est ?

Ce sont les bruits de ma rue, à Belleville, à Paris. Mais comme j'ai du double vitrage, aucun problème !

Le titre de ton album est aussi le titre d'une des chansons de l'album. Pourquoi ? Résume-t-elle ton disque ?

Le résumer ? Non, ce serait réducteur pour l'album. C'est la chanson dont je me sens la plus fière. Cette chanson me parle. Elle évoque un monde imaginaire, comme sur la carte qui accompagne le livret du disque. C'est une sorte de vieille carte du 16e siècle dont les pays imaginaires sont baptisés du nom des chansons. On va penser que je suis obsédée. Mais le thème du cauchemar est de nouveau d'actualité dans cette chanson. « L'autre bout du monde » parle d'un rêve où je rencontre quelqu'un qui est mort et qui m'a manqué. Et cette personne me soutient que je me suis trompée, qu'elle n'était pas décédée, qu'elle vivait juste à l'autre bout du monde. En règle générale, je me souviens très peu de mes rêves. Mais celui-là est récurrent. Ce rêve est à la fois magique et tragique. D'un côté, on se dit que c'est génial de retrouver cette personne en chair et en os. Et d'un autre côté, c'est horrible, puisqu'on se rend compte qu'on l'avait oubliée. Oublier une personne qui nous manque, c'est l'évocation d'une culpabilité énorme. Pour le reste, « L'Autre Bout du Monde », c'est un peu mon pays des merveilles !

mardi, 23 mai 2006 05:00

Plus d une corde à sa guitare...

Performeurs wallons, animateurs écossais, les nouveaux éphèbes du rock belge se situent très mal sur les cartographies sonores du pays. Alors, ils prônent la réforme. Sans remettre en cause les institutions, The Big HatBand fait sa révolution. Persuadé que le rock'n'roll peut changer les vies, ces quatre ' Boys In The Band' accélèrent la cadence et se lancent sur un chemin électrique, orageux. Un itinéraire dangereux, parcouru de quelques spectres tutélaires (The Libertines, The Ramones, The Jam) et d'insatiables revenants (Buzzcocks, Wire). Alors, ce nouveau Gang Of Four changera-t-il la donne ? Rien n'est moins sûr. Mais la guitare est dans leur camp...

Si vous nous racontiez votre rencontre ainsi que l'histoire internationale du groupe ? 

A l'origine, Diego (guitare) et moi (Arnaud : chant, guitare) fréquentions la même école secondaire. A Nivelles. Fatalement nous sommes rencontrés ? Nous étions alors âgés de 16 ans. Nous avons commencé à jouer en duo, sans aucune prétention. Puis, un ami nous a rejoint pour se charger de batterie. (NDR : aujourd'hui, c'est Andrew Bolton qui se réserve les fûts) ; et, enfin, Edgar (chant, guitare) est venu compléter le line up. En février 2003, on nous a proposé un premier concert. L'idée ne nous avait pas encore effleuré l'esprit... néanmoins, cette proposition nous a motivés. Les concerts se sont alors enchaînés et nous nous sommes inscrits à des concours. En général, nous avions de bons échos de nos prestations. Après avoir remporté le prix de la Province de Namur lors du 'Fields Rock Festival', nous avons eu la chance d'enregistrer notre première démo. Voilà où nous en sommes aujourd'hui.

Quelle sera la prochaine étape ?

La suite logique de nos aventures nous mènera sans doute à enregistrer un album. Mais pour l'instant, l'heure est au maxi. C'est déjà une certitude : il sera enregistré cet été. En principe, les choses devraient bouger puisque, aujourd'hui, certaines personnalités influentes du paysage musical nous accordent un peu d'attention.

Avez-vous l'impression que le groupe vient de s'ouvrir les portes d'une autre dimension, accédant ainsi à une nouvelle étape dans sa jeune histoire ? 

De toute façon, ce n'est pas ce qui était prévu au départ. Et vous savez pourquoi ? Parce que rien n'était planifié ! Parfois, nous organisions des répétitions, mais nous ne pensions jamais jouer en concert face à un public. Les choses se sont précipitées et, de concerts en concours, nous avons progressé. Pourtant, The Big HatBand n'a pas été programmé. Arnaud (chant, guitare) et Edgar (chant, basse) ne se connaissaient même pas avant la première répétition ! 

Il est relativement difficile de rapprocher The Big HatBand d'un autre groupe de la scène belge. Vous êtes obnubilés par les guitares punk estampillées 1977-1979. Pensez-vous changer votre guitare d'épaule?

Certainement pas ! Nous voulons être le premier groupe en Belgique à percer avec cette musique. Maintenant, on espère qu'une évolution pourra s'opérer et que The Big HatBand sera à la base de ce changement. Showstar, Girls In Hawaï, Flexa Lyndo... on en a marre de cette vague ! The Big HatBand propose autre chose, une alternative. Nous aimerions aussi profiter du peu de moyens mis en place en Communauté française pour nous mettre en évidence. A ce titre, des expériences comme la Fête de la Musique ou le Concours Circuit représentent énormément : nous avons tout à prouver ! 

Vous êtes francophones. Mais lorsque vous vous exprimez en anglais, vous ne rencontrez aucun problème d'accent. Quel est votre secret ? 

Notre secret, il s'appelle Edgar ! Il est Ecossais mais vit à Bruxelles depuis sept ans. Ce qui est drôle, c'est qu'Andrew, notre batteur, est aussi Ecossais. Nous sommes donc le premier groupe belgo-écossais de Belgique. Nous ne rencontrons pas les problèmes d'accent que peuvent éprouver d'autres groupes. Et pour tout dire, nous sommes davantage ancrés dans la culture anglo-saxonne. 

Pour vous, le rock'n'roll est-il un mode de vie ? 

On ne joue pas avec les clichés... Même si, d'un point de vue vestimentaire, on rejette les shorts ! Pour nous, les fringues participent indéniablement à l'imagerie rock. On revendique une certaine classe... ce qui ne veut pas dire qu'on s'habille mieux que les autres ! Pour être rock'n'roll, il suffit d'en jouer, de s'amuser. 

Qui se charge des compositions dans le groupe ? 

C'est Edgar qui gère cet aspect là des choses. Il compose toutes les parties instrumentales. Son frère – qui ne fait pas partie du groupe – se charge d'écrire les textes des chansons... 

Que pensez-vous d'Internet comme vecteur de diffusion musicale ? 

Nous essayons d'être le plus présent possible sur la toile. Aujourd'hui, Internet participe activement à l'évolution du bouche à oreille. Nous allons donc tout mettre en œuvre pour être davantage visible sur Internet. La mise à disposition de notre musique ne nous dérange pas. En règle générale, nous sommes même plutôt favorables au téléchargement. Il nous arrive souvent d'acheter des disques après avoir entendu un artiste via Internet. A partir de ce moment-là, on ne voit pas en quoi cette pratique peut nuire aux artistes téléchargés. Au contraire : on écoute leur chanson sur le web, on va voir les concerts et, généralement, on achète le disque ! De notre point de vue, Internet constitue un incroyable moyen de diffusion. Nous allons développer notre page sur www.myspace.com/thebighatband. Pour construire notre site officiel, nous envisageons l'engagement d'un webmaster. 

Que pensez-vous de l'implication de la presse belge dans la carrière des jeunes groupes issus de la Communauté française ? 

Nous avons joué au Botanique en première partie des Kooks. Et, lors des dernières Nuits du Botanique, nous étions à la même affiche que les Babyshambles de Pete Doherty. Lors de ces deux concerts, l'accueil du public était génial et ce, sans aucune médiatisation. On trouve regrettable qu'un journaliste du Soir se lance sur les traces de Pete Doherty pendant toute une journée sans nous accorder la moindre ligne dans son article. Nous étions une des découvertes belges de ce festival ? Nous sommes issus de la Communauté française. Alors, pourquoi ne pas parler du concert ? Pour notre part, on a vraiment l'impression que la presse belge délaisse complètement son rock national. Elle préfère aller voir ailleurs, ce qu'elle possède déjà à portée d'oreille. Et à mon avis, c'est une erreur. 

 

 

mardi, 18 avril 2006 05:00

Wild Wild Quest

Ils sont trois. Mais aujourd'hui, le triptyque se passera de Dorian, resté à la maison. Sur la capitale, il pleut des cordes. Un temps typiquement belge. Typiquement anglais aussi. Pour cette sortie bruxelloise, les Londoniens Sam Windett (voix, guitare) et Mark Cleveland (batterie) sont comme à la maison : entre une bière fraîche et une pluie glaciale. La barbe touffue et le poil soyeux, les deux musiciens semblent encore mal réveillés. Mais bien assez pour nous évoquer les dernières aventures d'Archie Bronson Outfit, leur groupe. Auteurs d'un deuxième album (« Derdang Derdang ») foudroyant, les Anglais se montrent pourtant modestes quand il s'agit de défendre leur empire…

Parlez-nous de votre rencontre, de vos premiers pas musicaux ?

Mark : Nous sommes des amis d'enfance. Nous nous sommes rencontrés à l'école. Bref, on peut dire que nous avons grandi ensemble. A l'origine, nous habitions un patelin paumé. Près de Bath, dans l'ouest de l'Angleterre. Pour situer, ce n'est pas très loin de Bristol. Après l'école, on se faisait un peu chier. Alors, on s'est tourné vers la musique, en fondant ce groupe, juste avant de partir pour Londres et entrer à l'Université. Notre nom ? Vous connaissez Buffalo Bill ? Archie Bronson Outfit est à chercher de ce côté. Dans les plaines sauvages du « Wild West ». Nous aimons cet univers : sauvage…

Et « Derdang, Derdang » ? Est-ce un album de cow-boys ?

M. : L'intitulé de notre album signifie plusieurs choses. A première vue, cela ressemble à un non-sens. Et puis, c'est aussi une onomatopée, un enchaînement syllabiques qui résonne. Ecoute : « Derdang, Derdang » ! Encore : « Derdang, Derdang » ! C'est la batterie et la guitare. Et puis, si vous séparez les mots, on retrouve 'Der' de 'Derivative' et 'Dang' de 'Damnation'. Et si on enlève le 'D' du milieu, l'assemblage ressemble à 'Deranged'. En gros, cela ressemble à beaucoup de choses et, en même temps, à rien de vraiment précis. C'est un titre d'album dadaïste en quelque sorte.

Vous êtes signés chez Domino Records, la maison mère de Sons and Daughters, Franz Ferdinand, The Kills et autres Arctic Monkeys. Ne craignez vous pas que ces groupes ne vous fassent de l'ombre ?

Sam : Pour notre part, on trouve que c'est intéressant de se retrouver sur cette structure. C'est bon d'être sur ce label. Et tu sais pourquoi ? Parce qu'il est bon ! Nous avons eu l'occasion de rencontrer tous les groupes que tu mentionnes et de faire des concerts avec eux. C'est une chose fabuleuse que d'être assimilé à ces formations. Ils sont sensationnels. Par contre, je pense que le succès que connaît actuellement les Arctic Monkeys est un peu différent. C'est quelque chose d'énorme, un truc difficile à évaluer. Pour l'instant, nous sommes plus discrets. Pour le moment…

Comment êtes-vous atterris chez Domino ?

M. : Nous avons signé chez Domino suite à notre rencontre avec Laurence Bell, le patron de Domino Records. L'histoire de cette rencontre est assez chouette. Elle s'est produite près de chez nous. Un soir, on se baladait avec l'idée d'aller boire un verre. Au cours de cette promenade, on est passé devant un pub. A l'intérieur, c'était la fête. Le propriétaire du pub célébrait son anniversaire. A ce moment précis, nous ne savions pas encore que ce type était un copain de Laurence. Nous lui avons demandé si nous pouvions jouer quelques chansons pour son anniversaire. Le gars s'est montré vachement enthousiaste. Nous avons donc installé notre matériel et joué quelques chansons dans une ambiance délétère de fin de soirée. Après le concert, un mec est venu nous trouver pour parler du groupe, de nos ambitions, etc. Quelques semaines plus tard, le même gars revenait nous voir lors d'un de nos concerts. Ce jour-là, il s'est présenté : « Laurence Bell, Domino Records. Seriez-vous intéressés de signer chez Domino ? ». Tu m'étonnes ! Là, nous avons conclu un contrat pour trois albums…

Quelle est, selon vous, la principale différence entre « Fur » et « Derdang Derdang » ?

M. : Nous percevons une évolution entre ces deux albums. Mais nous n'avons pas cherché consciemment à la provoquer. Durant les six mois qui ont précédé l'enregistrement de « Derdang Derdang », j'ai commencé à écrire les chansons à la maison, à écouter pas mal de nouvelles choses, des musiques très différentes. Avec du recul, je perçois ce processus comme un mécanisme organique. Faust, Son House, des vieux groupes psychédéliques suédois, The Gun Club, etc. La gestation de ces découvertes a fait partie intégrante du processus de composition de « Derdang Derdang ». Cependant, je ne pense pas que nous ayons changé notre identité au pied de ces découvertes musicales. Tout simplement, elles ont fait partie de notre processus d'écriture.

Dans "Dead Funny", vous chantez: 'I'm a disco dancer and I wanna dance for you'. Est-ce ironique ou êtes vous réellement des gogo dancers cachés ?

M. : Nous aimons beaucoup danser. Mais dans cette chanson, il y a effectivement une grande part d'ironie. C'est parti d'une blague sur l'aspect sexuel de la chose. Mais bon, je ne prétends pas être un 'disco dancer'…

Sur « Derdang Derdang », une de vos chansons est intitulée Modern Lovers. Est-ce un clin d'œil au groupe de Jonathan Richman ?

M. : Pas vraiment. Toujours est-il que nous sommes de grands admirateurs des Modern Lovers. Pourtant, aucun titre de notre album ne se rapproche de l'univers des Modern Lovers. Notre chanson parle de la manière dont deux personnes s'engagent sur le chemin de l'amour. Mais qu'importe… Ce n'est en aucun cas une référence à Jonathan Richman et son groupe !

Peu importe vos références, vos préférences. Attardons nous sur vos connaissances musicales… le temps d'un petit blind test :

Devendra Banhart : « I Feel Just Like A Child » - Crippel Crow (2005)

M. : Quelle magnifique production ! Le son est génial, luxuriant… Mais c'est quoi ? Devendra Banhart ? J'en ai beaucoup entendu parler. Sincèrement, je n'avais jamais pris la peine d'écouter. On dirait de la musique de hippie. Mais faut reconnaître que ça sonne vachement bien…

S. : Moi non plus, je n'avais jamais entendu ça auparavant. Ben, ce n'est pas mon truc… Peut-être que cela nécessite plusieurs écoutes. Certains artistes me demandent davantage de temps pour pénétrer leur univers…

M. : N'empêche que le son est fabuleux. Même si ce type semble être un putain de hippie. Et que je déteste les hippies !

The Gun Club : « Sex Beat » - Fire Of Love (1981)

M. : Sans hésitation, c'est le Gun Club ! Nous adulons ce groupe. Cependant, « Fire Of Love » n'est pas mon album préféré. Je trouve que sur « Death Party » les intonations de Jeffrey Lee Pierce sont encore plus tranchantes. Sinon, sur « Fire Of Love », ma chanson favorite reste « Ghost On The Highway » : un putain de classique !

The Eighties Matchbox B-Line Disaster : « Psychosis Safari » - Hörse of the Dög (2002)

M. : Mhhhhmm, c'est bon…

S. : Le son déchire vraiment. Eighties Matchbox ?

M. : Je n'avais jamais entendu cette chanson. Mais il paraît que ces types sont des bêtes. Ils viennent de Brighton. Merde, faut que j'achète ce disque !

The Hives : « Two-Timing Touch And Broken Bones » - Tyrannosaurus Hives (2004)

M. : On dirait Iggy Pop. Mais ce n'est pas Iggy Pop…

S. : Evidemment ! Je sais, c'est… Putain, je l'ai sur le bout de la langue… Ce sont les Detroit Cobras ? Euh non,…

M. : Ce sont les Hives ! Cette chanson figure sur leur dernier album. J'ai le premier, « Barely Legal ». Personnellement, je n'oserai pas me déguiser comme un pingouin. Mais impossible de leur jeter la pierre : ces mecs ont l'air trop cool ! Tu peux dire ou écrire ce que tu veux. Mais ces types ont un sacré style vestimentaire… Quand ce disque est sorti, la presse les a balancé sur le compte du 'retour du rock'. Je n'apprécie pas ce mouvement. C'est beaucoup de rififi pour pas grand-chose. Cela dit, j'adore les White Stripes. Ces deux-là sont capables de pondre des chansons phénoménales, des tubes qui défient les lois du commerce. Si on se retrouve si bien dans la musique de Jack et Meg White, c'est peut-être parce que nous partageons certaines références communes : le blues et quelques albums mythiques…

Daft Punk : « Rock'n'Roll » - « Homework » (1996)

M. : Je trouve ça naze… Quand j'avais 16 ans ou 17 ans… Bref, quand j'étais plus jeune, j'écoutais parfois ce genre de trucs. Mais les goûts évoluent et je ne me retrouve plus vraiment à travers la musique électronique.

S. : Moi j'aime bien leur vidéo avec les dessins animés. Cette histoire hallucinée guidée par une trame de Manga japonais. C'était une bonne idée.

Wire : « Three Girl Rhumba » - Pink Flag (1978)

M. : Tata ta poum, tata ta poum… C'est Wire !

S. : Sur scène, on reprend parfois cette chanson…

M. : C'est d'ailleurs un des titres que nous avons joué le jour où nous avons rencontré Laurence Bell. En gros, c'est une porte d'entrée vers Domino…

LCD Soundsystem : « Tribulations » - LCD Soundsystem (2005)

M. : J'avais pensé reconnaître la voix. Mais, en fait, je ne vois pas de qui il s'agit… LCD Soundsystem ? C'est donc ça ! Je connaissais de nom. Ce sont des Américains, non ? Ce gars produit The Rapture. Là, je trouve que c'est un bon groupe…

Coldplay : « Yellow » - Parachutes (2000)

S. et M. : Coldplay !

M. : Je ne voudrais pas me justifier de reconnaître cette chanson aussi vite mais elle passe partout et tout le temps. En Angleterre, ils sont un peu comme Robbie Williams : partout ! C'est vraiment trop propre… Aujourd'hui, ils sont même parvenu à créer une vague de suiveurs. Je pense notamment à cet insupportable James Blunt. Toute cette musique nous paraît insignifiante.

The Stooges : « T.V. Eye » - Fun House (1970)

M. : Ah oui, nous sommes des fans inconditionnels ! J'ai vu Iggy et ses Stooges l'été dernier à l'occasion du Reading Festival. Ils étaient incroyables. Et, quand on y pense, leur influence sur la musique est énorme.

S. : On doit bien avouer qu'on est plus branchés sur des vieux trucs, genre Stooges, Wire ou Gun Club. Nous aimons également écouter de nouveaux groupes. Mais pas tous : seulement les meilleurs…

M. : Aujourd'hui, en Angleterre, si on veut écouter de la bonne musique, il faut absolument écouter Part Chimp ! Et il ne faudra jamais oublier Clinic. Et de garder un œil sur un nouveau groupe londonien excellent : Vincent Vincent And the Vilains.

Page 37 sur 42