La terre fissurée de Daffo

À seulement 20 ans, Daffo, artiste indie-rock basée à Brooklyn, transforme le tumulte intérieur en chansons brutes et poétiques, d’une étrange beauté. Entre l’énergie DIY et des arrangements délicats, sa musique oscille entre fragilité et intensité. Révélée…

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Ozark Henry connaît la musique Parker…

C'est vrai, l'attente a été terriblement longue ! « Us », son dernier album studio, date de 2017. Dans le monde éphémère de la musique pop, où les stars vont et viennent, c'est une éternité ! Mais il faut parfois savoir être patient, et en livrant « Light »,…

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mardi, 27 juin 2006 05:00

Rat des villes et rat des champs

Quatre longues années se sont écoulées depuis la parution de l'initial « Music Drama ». Ce premier album, enregistré entre Liège et le Nebraska, tournait les projecteurs en direction du trio, titillant les tympans des rockeurs les plus réticents. En 2006, My Little Cheap Dictaphone reprend du service. « Small Town Boy », leur nouveau disque, dévoile leur cheminement artistique. Entre folk et rock, la pop du trio a gagné en maturité. Les excursions initiatiques ont leurs bons côtés. My Little Cheap aussi...

Qu'évoque « Small Town Boy », le titre de votre nouvel album ?

Un « Small Town Boy » représente l'homme dans toute sa diversité. Il s'agit d'un campagnard aimant se balader en ville. Cet intitulé nous représente bien : nous apprécions autant la vie urbaine – sorties, concerts, cafés – que la vie de reclus propre aux campagnards. Le côté festif d'une ville nous attire. Mais nous rejetons ses côtés stressants. « Small Town Boy » est également un compromis entre le passé et la modernité, entre la technologie et la tradition.

Vos chansons comportent-elles des touches autobiographiques ?

En fait, nous touchons essentiellement à l'autobiographie. Quelques textes de cet album ont été écrits en collaboration avec une écrivaine norvégienne. C'est une de nos meilleures amies. En ce sens, elle nous connaît bien et, à travers ses textes, elle touche à notre personnalité. Encore une fois, c'est très autobiographique !

L'introduction d' « At the Other End Of Love » peut faire penser à « Float On » de Modest Mouse. Est-ce une influence, une source d'inspiration pour « The Other End Of Love » ?

Pas vraiment... Nous recherchions davantage un côté urgent, une sorte de locomotive sonore. Cette chanson évoque une histoire d'amour tragique : la fin d'une romance. C'est l'opposition entre le côté dramatique de la chanson et le côté frappant de la grosse caisse qui donne ici l'impulsion.

« Upside Down » est votre premier single. La partie banjo de cette chanson renvoie à l'univers des Thrills mais sans le côté Beach Boys. C'est plus forestier. On se trouve davantage du côté de Sparkelhorse... Pensez-vous parfois aux influences que les méchants journalistes risquent de vous coller aux basques ?

Parfois, nous y songeons. Mais ces rapprochements sont souvent forts subjectifs... Tout dépend de l'expérience musicale du journaliste. Bon, ici, tu évoques les Thrills et Sparklehorse. Ce sont des groupes que nous apprécions. Mais cette chanson n'est pas un single pour ces valeurs référentielles. Nous abordons plutôt « Upside Down » comme l'ouverture de la saison printanière, une sorte d'hymne à la joie.

Sur votre nouvel album, la chanson « Travel » s'emploie aux réjouissances. Considérez-vous que la musique soit le meilleur moyen de voyager ?

La musique participe à tous les voyages : humains et artistiques. Nous baignons continuellement dans la musique. D'un côté, nous en jouons et de l'autre, nous en écoutons. C'est aussi ce qui nous permet de vivre. « Travel » évoque les voyages engendrés par la musique, les rencontres faites à ces occasions. Nous voulions parler des gens aperçus une fois en cours de route, toutes ces personnes qu'il faut laisser derrière nous lorsque le voyage nous mène à l'étape suivante. Cette chanson parle également de la peur de l'avenir. En effet, que se passera-t-il une fois que nous serons grisés de ces pérégrinations ? Aujourd'hui, nous sommes musiciens, nous vivons de notre passion. Mais que se passera-t-il dans dix ans ? Là, nous sommes contents de voyager. Mais si un jour nous ressentions un désir de stabilité dans nos vies... que se passera-t-il ?

Vous avez évoqué les rencontres éphémères, toutes ces relations d'un jour, d'un soir. Comment ressentez-vous ces rapports humains momentanés ?

Il convient de distinguer deux choses. D'une part, les gens qui sympathisent par pure envie de discuter lors de la soirée et, d'autre part, il y a des personnes avec lesquelles nous ressentons une certaine affinité. Celles-là, nous essayons de ne pas les perdre de vue...

N'en avez-vous pas assez que les gens viennent vous trouver en vous garantissant que votre concert était génial ?

Au contraire, c'est plutôt encourageant ! Le gros problème, c'est que je ne sais jamais quoi répondre. Quand un type arrive vers moi surexcité et me dit 'Ouah j'adore tout ce que tu fais et tout', je ne peux m'empêcher de lancer un pauvre 'merci'. Certaines personnes doivent penser que je suis un peu froid et renfermé. Mais en réalité, je ne sais vraiment pas quoi répondre lorsqu'on me dit des choses aussi gentilles.

Depuis votre premier album, il s'est passé beaucoup de choses, notamment une parenthèse Hollywood Porn Stars. En tout, il s'est écoulé quatre ans depuis « Music Drama ». Qu'est-ce qui a changé pour vous au cours de ces quatre années ?

Après le premier album, nous avons fait de nombreux concerts. Après deux ans, Red Boy a composé quelques titres plus rentre-dedans en compagnie d'Anthony Sinatra. Au départ, ces chansons ressemblaient davantage à une blague entre potes qu'à un projet déterminé. A ce moment là, nous avions déjà préparé de nouveaux morceaux pour My Little Cheap Dictaphone. Mais la blague en duo s'est rapidement transformée en Hollywood Porn Stars. Pendant deux ans, nous avons donc opté pour une pause. Pour My Little Cheap Dictaphone, le changement est surtout à chercher dans le retard engendré par ce deuxième projet. Car, on ne peut le nier, nous avons évolué : si nous avions enchaîné les deux albums de My Little Cheap Dictaphone, les compositions de « Small Town Boy » auraient été différent. Nous avons eu le temps de prendre du recul, d'apprendre et d'écouter de nouvelles choses. Tout cela enrichit forcément votre expérience.

Vous êtes fortement engagés et impliqués au sein du Collectif Jaune Orange. Pouvez-vous expliquer les fondements et l'esprit qui animent cette communauté d'artistes ?

A la base, Jaune Orange est un collectif composé de plusieurs groupes. Le but était de créer une plateforme susceptible de les représenter. Lorsqu'un groupe du collectif a de bons échos du public, il peut ainsi soutenir les autres formations, les pousser vers le haut. Ici, les groupes travaillent pour eux. C'est donc une association composée des bonnes volontés des groupes. Il s'agit avant tout d'une histoire de copains, une aventure où l'argent n'a que peu d'importance. Parfois, nous organisons des concerts avec le Collectif. Les fonds récoltés à ces occasions nous permettent de financer d'autres activités. C'est aussi simple que cela.

Vous sentez-vous plutôt « Sacrés Belges » ou « Massacrés Belges » ?

Il y a de bonnes choses dans chaque camp, mais aussi de mauvaises. Nous nous sentons aussi proches de groupes présents sur la compilation « Sacrés Belges » que sur celle des « Massacrés Belges ». Ainsi, par exemple, un des instigateurs du label indépendant « Matamore » est aussi un des initiateurs du Collectif Jaune Orange ! Nous aimons aussi le label Top 5. Aujourd'hui, c'est peut-être mal vu d'affirmer une telle chose mais tant pis : nous nous sentons aussi proches des deux structures ! Nous sommes convaincus que chacun peut trouver sa place...

En plus de vous voir sur scène, le public vous croise régulièrement dans les salles de concerts. Quelles sont vos dernières découvertes musicales ?

Pour l'instant nous écoutons beaucoup Josh Ritter, un singer songwriter américain. Nous avons aussi beaucoup apprécié le dernier album d'Arcade Fire : un compromis parfait entre la scène indépendante et le grand public. Dernièrement, nous avons vu Venus en concert... Les sonorités de leur dernier album sont vraiment très chouettes. Nous pourrions encore citer Calexico, Bruce Springsteen, Architecture In Helsinki, Art Brut, Flaming Lips, Spinto Band, Okkervil River, etc. On s'intéresse vraiment à toutes les nouvelles sorties.

 

 

mardi, 24 octobre 2006 05:00

Un train d'enfer

Drôle d'histoire : quatre garçons se rencontrent dans un train. Ils sympathisent, refont le monde et énumèrent leurs goûts musicaux. Pendant ce temps, la locomotive file à toute allure, traversant les paysages, chevauchant villes et prairies. A ce moment-là, les quatre garçons ne le savent pas encore, mais leurs échappées sonores seront à l'image de cette rencontre : spontanée, diversifiée et tortueuse. Généralement associé à la grande famille du post-rock, Tomàn n'adhère pourtant à aucun cadre réel. Sa musique s'égare dans des strates atmosphériques allant de la musique contemporaine à l'avant-garde. Un morceau de Tomàn ressemble à une commode. Chaque tiroir recèle son lot d'ingénieuses mélodies. A l'arrivée en gare, tous les tiroirs sont ouverts. Inutile de ranger.

Du côté francophone de la frontière linguistique, le public ne connaît pas encore Tomàn. Pouvez-vous retracer l'histoire du groupe, ses premiers pas dans la musique ? 

Deux d'entre nous (Bram et Wouter) se sont rencontrés à l'Université de Gand. Lode est le frère de Wouter. Pour compléter le quatuor, il ne manque que Jens. Nous l'avons rencontré dans le train. Nous parlions de musique. Jens est arrivé et a rejoint notre discussion. Il nous parlait de Joy Division, de la musique alternative. Cette rencontre nous a permis de parfaire notre éducation musicale. Jens nous a vraiment ouvert les yeux... Grâce à lui, Tomàn a évolué.

Votre musique est souvent comparée aux groupes de post-rock 'intelligents'. Nous pensons notamment aux Ecossais de Mogwai, aux Américains d'Explosions In The Sky ou encore, aux Canadiens de Godspeed You! Black Emperor. Qu'en pensez-vous ?

Ces groupes sont certainement des influences. Cependant, nous essayons d'échapper à ces comparaisons. A nos yeux, le post-rock est aujourd'hui coincé dans une impasse. Le genre n'évolue plus. Et, dans quelques années, il sera peut-être amené à disparaître. Tomàn souhaite découvrir de nouveaux horizons, esquisser des perspectives d'évolution. D'ailleurs, notre dernier album (« Perhaps We Should Have Smoked The Salmon First ») est moins rentre-dedans que le précédent (« Catching A Grizzly Bear, Lesson One »). Désormais, nos compositions sont plus fouillées, gagnant ainsi en profondeur et en mélancolie. Notre objectif, c'est de grandir.

Quel est le mode de fonctionnement privilégié par Tomàn ?

Le 'Do It Yourself'! Nous concevons notre musique de façon très artisanale. Nous sommes des perfectionnistes, nous cherchons à tout réaliser de nos propres mains. Cela ne présente que des avantages. Aussi, c'est Wouter qui a produit notre dernier album. La mise en place du site Internet est une conception maison. Nous concevons également nos affiches, nos t-shirts et trouvons des dates de concert.

Vos albums sont signés chez Zeal Records. Concrètement, que vous apporte cette structure ?

Une liberté totale ! Cette structure nous apporte aussi énormément de visibilité, grâce à un super travail de promotion. En fait, nous ne pouvions pas rêver mieux. Le label rencontre parfaitement notre mode de fonctionnement. Dans la mesure où notre travail est très artisanal, Zeal Records nous apporte l'encadrement dont nous avons besoin.

Votre premier album s'intitulait « Catching A Grizzly Bear, Lesson One ». Dans les notes du livret qui accompagnent votre nouveau disque, on trouve encore des anecdotes sur les grizzlys. D'où vous vient cette passion pour les ours ?

Le grizzly est gros et fort. En même temps, il s'agit d'un animal tellement vulnérable... Notre deuxième album fait référence au saumon, la nourriture favorite du grizzly. On retrouve donc un lien entre nos deux albums. En fait, nous n'étions pas enchantés par la qualité sonore de « Catching A Grizzly Bear, Lesson One », notre premier. C'est pour cette raison qu'on retrouve « Perhaps » dans l'intitulé de notre nouveau disque. Il s'agit d'un clin d'œil, d'une référence au précédent. En filigrane, on retrouve une interrogation : 'peut-être' aurions-nous dû le concevoir autrement ? Le saumon aurait dû venir avant son prédateur ! Le son de notre premier opus n'était pas satisfaisant... A nos yeux, ce deuxième essai est le premier véritablement abouti. En ce sens, les titres des deux s'inscrivent dans une certaine logique. Les nouvelles chansons ont été enregistrées dans un studio et Wouter s'est occupé du mixage. Cette fois, nous sommes vraiment satisfaits ! On ne rejette pas du tout notre premier, très bon d'ailleurs.

Du coup, dans le livret du nouvel album, vous étalez quelques amusantes anecdotes sur les différentes sortes de saumon. Doit-on y chercher une signification ?

Ces petites présentations animalières ont une signification pour nous. Mais nous préférons que le public se forge sa propre conception des choses. Chacun est libre d'interpréter nos petits saumons ! Pour la prochaine fois, on pense déjà aux albatros... (Rires)

Autre curiosité du livret : vos noms apparaissent par ordre de taille. Les musiciens de Tomàn apparaissent ainsi du plus grand au plus petit. Pourquoi ?

C'était une blague du moment... Nous sommes incapables de dire qui, de nous tous, est le plus important dans le groupe. Tomàn est un quatuor où chacun participe pleinement à l'aventure ! 

Le nouvel album vient juste de sortir. Comment le public réagit-il à l'écoute des nouvelles chansons ?

L'accueil du public est formidable ! Dans un premier temps, nous avons décidé de presser mille exemplaires de « Perhaps We Should Have Smoked The Salmon First ». Mais après trois semaines, il ne restait plus un seul disque de ce premier pressage... En moins d'un mois, c'est assez incroyable... Bientôt l'Ultratop ? (Rires)

Sur « Perhaps We Should Have Smoked The Salmon First », Tomàn ne change pas ses bonnes habitudes. Chaque morceau recèle d'une multitude d'astuces mélodiques. ? Quel est l'apport de chacun dans ce processus créatif ?

En réalité, nous sommes incapables de composer une chanson au sens restrictif du terme. Chez Tomàn, chacun pose sa pierre à l'édifice. L'un vient avec une mélodie, l'autre impose un rythme et, petit à petit, le morceau se construit. Nous enregistrons nos prises, les écoutons attentivement. Ensuite, nous conservons uniquement le meilleur, l'essentiel.  

Vos nouvelles compositions sont plus posées. Cette fois, votre univers gagne en profondeur et en mélancolie. Sur le disque, la batterie se veut plus discrète que par le passé. Est-ce une démarche volontaire de votre part ? 

Nous éprouvons énormément de plaisir à jouer une musique mélancolique. Encore une fois, nous voulions évoluer, grandir. Mais tous les ajustements que l'on peut entendre sur le nouvel album sont opérés de manière inconsciente. Tomàn doit encore mûrir. Et cela passe par une évolution de notre univers musical.

mardi, 24 octobre 2006 05:00

Bain de jouvence

Le nom de Minerale flotte dans l'air depuis quelques années. Dès lors, les rumeurs s'épanchaient comme l'eau coule sous les ponts. D'ici ou d'ailleurs, tout a été entendu. Certains évoquaient de lointains échos empruntés au Pink Floyd, d'autres parlaient davantage de Pavement. Aujourd'hui, les choses se précisent. « Shrines », le premier album de la formation bruxelloise, laisse entrevoir ses harmonies étincelantes. D'emblée, les chansons s'imposent, l'évidence mélodique s'applique. Aucun doute : Minerale, ça coule de source...

Flash-back. Pouvez-vous revenir sur votre rencontre, vos premiers concerts et sur tous ces moments qui ont jalonné votre carrière ?

Notre premier concert officiel s'est déroulé à la Rotonde du Botanique. C'était en 2004. Avant cette première date, nous avions passé de longues et palpitantes années à jouer entre nous. On s'appelait tous les dimanches, on répétait. Comme ça, juste pour nous amuser. Un jour, on s'est rendu compte qu'on tenait de très bonnes choses. Nous avons donc décidé de souder les électrons fédérateurs de bonnes idées et de lancer Minerale. Après avoir enregistré deux démos, nous avons été sollicités pour jouer de nombreux concerts. Après une participation au Concours Circuit (lauréat du prix du public), le public a eu l'occasion de nous applaudir au Verdur Rock, en première partie d'Archive, au festival de Dour ou, encore, au Canada, où nous avons déjà eu la chance de jouer.

Pourquoi l'album sort-il seulement aujourd'hui ? Vu le nombre d'années d'expérience et le curriculum vitae, certaines formations se seraient empressées d'enregistrer un album. Mais pas vous...

Nous bossons sur notre album depuis moins d'un an. Nous sommes entrés en studio en janvier 2006. Depuis, nous n'étions pas apparus sur scène. C'était un choix délibéré. Nous voulions vraiment mettre toute notre énergie dans la réalisation de cet album. Nous y avons travaillé sept jours sur sept. Nous ne voulions en aucun cas nous griller en sortant un album de piètre facture. Le but était de produire un album à écouter de A à Z, un disque à écouter comme on parcourt un roman. Toutes les chansons de notre album se tiennent grâce à la mise en place d'un univers cohérent, puissant.

Aujourd'hui, « Shrines », votre premier album, est dans les bacs. Pourquoi avoir choisi le nom d'une de vos chansons comme intitulé du disque ?

A l'origine, on ne voulait pas de titre pour notre album. Finalement, notre choix s'est porté sur « Shrines ». Il s'explique surtout par le sens de ce mot. « Shrines » signifie mausolées, voire recueils de choses anciennes. Et puis, au lieu d'inventer un titre sortant de nulle part, nous avons opté pour le titre d'une de nos chansons. On se retrouvait bien à travers la signification de ce mot. En effet, nous jouons ensemble depuis plus de quatre ans. Et ce titre prend tout son sens quand on sait que nos chansons ont été rassemblées au fil des années. De ce point de vue, notre disque est donc bien une sorte de mausolée.

Avant la sortie officielle de l'album, le single « Eyes Eyes » tournait déjà en radio. Quelle était votre réaction en attendant votre morceau pour la première fois sur les ondes ?

Parfois, c'est encore un sentiment absurde. Le plus fou, c'était d'entendre ce morceau à des moments inattendus. On se disait : 'C'est nous qui passons à la radio là ?' C'est un peu absurde. D'un autre côté, grâce à ces passages en radio, quand nous jouons « Eyes Eyes » en concert, les gens chantent le refrain. Nous ne connaissions pas cet engouement avant de passer sur les ondes. On adore ça : c'est une sensation super jouissive !

Vos chansons franchissent sans mal la frontière linguistique de notre pays. Aussi, le titre « Millionaire » est-il diffusé sur les radios néerlandophones. Considérez-vous cette popularité comme un accomplissement ?

Un accomplissement, en quelque sorte... En fait, nous avons la chance de disposer d'un management néerlandophone. Nous cherchons vraiment à gommer les barrières linguistiques. Elles n'ont pas de sens ! Nous sommes Bruxellois et Belges avant tout. Nous allons tout faire pour jouer des dates en Flandre. Nos chansons passent en radio côté néerlandophone. Tant mieux ! Cette situation va permettre à certaines personnes de comprendre que les limitations territoriales n'ont pas de raison d'être. Notre album ne sonne pas bruxellois ou francophone. Notre musique se veut internationale. En résonnant de la sorte, il n'y a aucune raison pour que notre disque ne marche pas en Flandre.

Votre album s'ouvre au son d'un coup de tonnerre et d'une averse fracassante. Doit-on y trouver un message, une métaphore ?

On est Belge ou on ne l'est pas ! (Rires) Nous vivons en Belgique : il y pleut nonante pourcent du temps. Quand on joue de la musique, neuf fois sur dix, c'est sous la pluie. La première chanson s'intitule « In The Water ». La pluie et l'orage illustrent très bien ses paroles. La fin du morceau rappelle d'ailleurs le « Riders On The Storm » des Doors. Mais ce n'est en aucun cas un clin d'œil au groupe de Jim Morrison...

Vous êtes signés sur le label 62 TV. Sur votre album, la chanson « Razor Blade » lorgne même du côté de Girls In Hawaïï. S'agit-il d'un label de rêve pour Minerale ?

Nous adorons Girls In Hawaïï. Et il est certain que la ligne du refrain de « Razor Blade » évoque quelque peu l'univers des Girls In Hawaïï. Nous voulions vraiment rejoindre l'écurie 62 TV. Inconsciemment, cette envie s'explique très certainement par la présence des Girls In Hawaïï sur le label.

mardi, 11 juillet 2006 05:00

Les réjouissances mélancoliques

Cheveux noirs, teint pâle, regard songeur, Lauren Hoffman tient la déprime en otage. Normal. A 17 ans, elle s'était fait voler la vedette par la jeune Fiona Apple. Depuis, son monde s'est renversé. Aujourd'hui, elle cherche à le retrouver. Et tous les chemins sont bons pour se refaire une santé. Le moral de Lauren au beau fixe, nous profitons d'une éclaircie dans ce regard noir pour lui poser quelques questions sur sa carrière, sur « Choreography », son dernier album. L'art d'écrire la danse se chante ici. A l'ombre des jours heureux.

Tu as commencé la musique très jeune, à l'âge de 17 ans. Quelles sont les principales difficultés rencontrées par un artiste qui commence aussi jeune ?

Pour moi, la plus grosse difficulté résidait essentiellement dans ma propre approche des choses. A l'époque, je me cherchais vraiment. Ma personnalité peinait à éclore. Parallèlement, il y avait de plus en plus de personnes qui me prêtaient attention. Cette confrontation entre la quête de ma personnalité et la sollicitude du public ne m'a pas été très favorable. Cependant, avec du recul, je pense que la clef de cette situation est davantage à chercher dans un manque de maturité.

A cet âge-là, est-ce que l'on se lance dans la musique de son plein gré ? Etait-ce ta seule volonté ?

Je dois reconnaître que mon père m'a beaucoup soutenue. A l'époque, il travaillait dans l'industrie musicale. Mais ce n'était en aucun cas son choix. La décision finale m'est revenue. Choisir d'embrasser une carrière de chanteuse n'est pas évident... surtout à 17 ans. Cependant, on peut dire que mon entourage m'a encouragée à écrire des chansons, à jouer de la musique.

Dans tes différentes biographies, on peut lire que tu étais une grande amie de Jeff Buckley. De quelle nature était votre relation ?

Une connexion très puissante existait entre nos deux personnalités. Certaines analogies de l'existence nous ont réunis. Je ne venait de nulle part et me retrouvais finalement signée sur un gros label (NDR : Virgin Records). Pour sa part, il était quasiment inconnu. Puis, soudainement, il a accédé au rang de star incontournable. Chaque fois que nous nous sommes vus, l'entente était parfaite. Mais il était si souvent sur la route... Notre relation n'en était pas moins solide. C'était mental, presque spirituel... A sa mort, une part de moi a également disparu...

Depuis 1997, tu n'as composé que trois albums : « Megiddo » en 1997, « From the Blue House » en 1999 et, sept ans plus tard, nous découvrons enfin « Choreography ». Comment expliques-tu ton retour après une absence aussi longue ?

Personnellement, je n'ai pas vraiment d'explication. C'est l'ordre naturel des choses. Et puis, quand on y pense, trois albums en dix ans, c'est exactement le même cheminement que celui de Fiona Apple. Alors quoi ? En quoi ce temps d'attente entre mes disques serait-il trop long ? Je peux vous affirmer qu'il ne s'agit pas d'une stratégie commerciale ! Après mon deuxième album, j'ai vécu une année complète de dépression nerveuse. Après cet épisode tragique, j'ai passé deux années à l'université. Suite  à ce passage studieux, j'ai pris mon temps pour réfléchir, envisager des perspectives d'avenir. Pendant deux ans, j'ai composé, écrit de nouvelles chansons et cherché les meilleures façons d'aborder et de penser ma musique. Je me suis alors concentrée sur l'enregistrement de « Choreography ». Pendant un an, j'ai enregistré, réenregistré pour, enfin, arriver au résultat final. Après cela, j'ai démarché auprès de différents labels... Et nous y voilà : sept ans d'absence !

Ton nouvel album s'intitule donc « Choreography ». Quel est son sens profond ? Est-ce un clin d'œil à ces sept ans d'absence ?

La signification du titre de mon nouvel album n'a pas de lien direct avec cette absence prolongée. « Choreography » a un sens un peu obscur, difficilement saisissable à premier abord. Une des raisons d'être de ce titre repose dans sa prononciation : « Choreography », ça sonne comme « Pornography », mon album préféré de Cure. Plus largement, il s'agit d'un hommage à mon passage à l'université. Là-bas, j'ai étudié la danse, les chorégraphies et toutes ces choses qui m'ont donné l'envie de poursuivre et d'enregistrer ce nouvel album, d'être une artiste au sens noble du terme. Pour moi, « Choreography » est un mouvement dans l'espace. Je considère que c'est la même chose pour mes chansons. En appelant ce disque « Choreography », je révèle donc une part substantielle de mon univers musical.

Ton album est signé chez Fargo, un label parisien. Comment expliquer cette signature sur un label français ?

Ils ont toujours apprécié mon travail. Et, pour ma part, je suis toujours heureuse de venir présenter mes chansons en Europe. En ce sens, on peut affirmer que cette décision est naturelle. J'avais déjà entendu parler du label auparavant. Lors de précédents voyages en France, certaines personnes me disaient qu'il s'agissait d'un excellent label. Alors, quand ils sont venus me trouver en me demandant de signer mon disque chez eux... Je n'ai pas hésité !

Ton nouvel album s'ouvre sur « Broken ». Pourquoi as-tu choisi cette chanson d'ouverture comme single ? L'entrée en matière commence ainsi par un tube. Est-ce un choix conscient ?

En réalité, ce n'est pas un single ! Cette chanson est très populaire sur ma page My Space. Pour l'instant, je peine à faire sortir mon disque aux Etats-Unis. L'album vient de paraître en Europe par l'entremise de Fargo. Donc, aux Etats-Unis, il n'y a pas d'album et par conséquent, aucun single. Ici, en Europe, je ne pense pas qu'ils vont sortir un single en particulier. Mais, au final, cette décision revient au label. Les gens qui y travaillent savent ce que les gens aiment.

La plupart de tes chansons sont empreintes d'une mélancolie tenace. As-tu l'impression d'être mélancolique ?

C'est naturel d'être heureux et malheureux de façon équivalente. En fait, il existe des choses merveilleuses dans les moments les plus tristes de l'existence. C'est très paradoxal, mais parfois, je ressens une joie profonde d'être malheureuse. Cela me permet de découvrir des émotions profondes, très intenses.

mardi, 01 août 2006 05:00

Une place pour l'amour

Caractérisé par le timbre envoûtant de la séduisante Delphine Bouhy, Adrian Bouldt revient sur le devant de la scène. Avec « Places For Love », son deuxième album, la formation liégeoise se positionne davantage encore dans le sillon d'An Pierlé et d'Hooverphonic. La pop aérienne d'Adrian Bouldt évolue désormais sous d'autres cieux. Là où les coups de foudre menacent l'auditeur...    

Votre nouvel album s'intitule « Places For Love ». C'est également le titre d'une chanson de ce disque. Pourquoi ce choix? Avez-vous la sensation qu'elle résume l'esprit de ce deuxième cd ?

Cette décision a été prise un peu par hasard. Et finalement assez tardivement dans le processus de production. C'était à la fin de l'enregistrement. Ce choix nous est apparu comme quelque chose de fort logique. Nous étions convaincus qu'il conférait une chouette image aux différents titres de l'album. Sur « Place For Love », de nombreuses chansons parlent d'amour. Ce qui nous permet également d'aborder certains thèmes plus 'difficiles' avec davantage de légèreté. Ces 'endroits pour l'amour' constituent donc une sorte de contrepoids aux chansons les plus 'dures' de ce nouveau disque.  

Vous l'avez souligné, vos chansons évoquent souvent l'amour. Peut-on affirmer qu'il s'agit là de votre thème de prédilection ?

L'amour demeure un sujet central dans les relations humaines. On le retrouve aussi au cœur de nombreuses disciplines artistiques. L'amour est un sujet central dans tous les arts et pas seulement dans la musique. Ici, ce thème est développé à travers les textes de Delphine, notre chanteuse. Souvent, elle tend à mettre cette émotion en exergue. Mais ce n'est pas notre seul centre d'intérêt...

Dans votre processus créatif, les textes sont à mettre à l'actif de Delphine Bouhy. Pour le reste, comment fonctionnez-vous ?

Chacun apporte ses idées. Celles-ci font l'objet d'un dialogue permanent. Nous répétons régulièrement en nous basant sur ces différents points de vue. Ce qui explique pourquoi nous avons de nombreuses chansons en chantier. Enormément de choses sont ainsi abandonnées en cours de route. C'est toujours très délicat de laisser des idées de côté. Nous avons aujourd'hui deux albums et plein de chansons dans nos tiroirs. Chez Adrian Bouldt, le processus créatif est commun. Lorsque tous les membres du groupe sont satisfaits du travail accompli sur une composition, nous la conservons.

Par rapport à votre premier album (« Presents », 2003), un changement s'est opéré chez Adrian Bouldt. Que ce soit au niveau des arrangements ou de la finition du disque, vous marquez un pas en avant. Comment expliquez-vous cette évolution ? 

C'est une partie intégrante de l'évolution du groupe. Pour le premier album, nous avons davantage travaillé en vase clos. Nous avions bénéficié des studios de la Soundstation, à Liège sur une très longue période. Ce qui explique pourquoi l'enregistrement a nécessité huit mois. En ce sens, le premier album a tendance à partir dans tous les sens... Mais nous ne le  renierons jamais ! C'était une expérience très forte. Pour « Places For Love », nous souhaitions réaliser quelque chose de plus 'carré', en nous concentrant davantage sur la production. Nous voulions changer de direction et placer nos priorités autrement. Nous avons également cherché à dialoguer avec quelqu'un d'extérieur au groupe. Lors du premier album, nous avions beaucoup moins de recul par rapport à notre musique.

Pour produire ce nouvel album, vous avez donc fait appel à Rudy Coclet. Ce dernier a travaillé avec Arno, Mud Flow ou encore Sharko. Sa collaboration a-t-elle changé votre approche créative ?  

On ne peut pas affirmer qu'il ait changé notre vision des choses. Mais sa présence a certainement influencé notre approche musicale. C'est quelqu'un qui a beaucoup d'expérience. Pendant la conception du disque, il sentait des choses que nous ne ressentions pas forcément. De plus, il dispose d'un certain recul par rapport à notre répertoire. Et ça, c'était essentiel. En sa compagnie, nous avons énormément appris dans le cadre des travaux en studio. Et le rapport humain était extraordinaire. 

Vous avez eu recours à une multitude d'instruments pour concocter ce disque : Wurlitzer, banjo, kazoo, violon, etc. Est-ce la nouvelle marque de fabrique d'Adrian Bouldt ?

Nous avions déjà réalisé des arrangements à l'aide de nombreux instruments sur « Presents ». Mais à l'époque, nous osions moins qu'aujourd'hui. De façon générale, la manière de fonctionner reste la même. Si l'orchestration du disque s'entend davantage sur « Places For Love », c'est en grande partie grâce à la contribution de Rudy Coclet. Il nous a vraiment donné une direction à suivre. 

Certains vous comparent à d'autres artistes belges comme An Pierlé ou Hooverphonic. Comment percevez-vous ces différentes filiations ?

C'est assez étrange au début. On ne s'y attend pas forcément... En évoquant notre musique, les auditeurs parlent également de Björk ou de Lamb. En fait, ces analogies nous font plaisir. Généralement nous aimons les artistes auxquels nous sommes comparés. Dans certains cas, on peut même parler d'influence... Mais nous écoutons tellement de groupes que les comparaisons sont souvent inattendues...

En tant que groupe de musique contemporain, accordez-vous une importance particulière à Internet et aux nouvelles technologies ?

Aujourd'hui, il est impossible d'ignorer le réseau Internet. Nous disposons bien évidemment d'un site Internet. Par ailleurs, nous essayons de tirer profit du potentiel d'une plate forme sur le site Myspace.com. A l'époque du premier album, l'information se limitait vraiment à notre propre site. Maintenant, nous essayons de créer des liens, de nous rapprocher d'autres communautés d'artistes. Internet constitue par ailleurs une intarissable source de découvertes...

 

samedi, 11 février 2006 04:00

Baxter s party

Dans la série fils de… Voici que se profile la progéniture d'une célèbre expression paternelle : " Sex & Drugs & Rock & Roll ". Baxter est le fils de Ian, illustre punk poliomyélitique. Pas de mystère sur le sujet. Reste à décliner l'allocution. Sexe ? Indéniablement, le fils à papa est sexy. " Mais là, je ne me suis plus changé depuis trois jours ", annonce-t-il atténué par une chaleur pesante. Nous étions en plein été, au cœur d'un parc bruxellois, forcément royal. Echappé d'une fête de mariage bien arrosée, Baxter a égaré ses bagages. Toujours déguisé en invité de la mariée, le garçon aborde une barbe naissante et essouffle son inimitable accent cockney sous la canicule ambiante. 'Ma chemise est bousillée par les tâches de vin. En plus, elle pue ! Heureusement que l'attaché de presse m'a filé ce superbe t-shirt (NDR : estampillé du sceau de Sons and Daughters).' Sexy mais dépravé. Drugs ? Pour les accrocs, ce sera difficile : la réponse se fait attendre. Rock'n'Roll ? En 2005, " Floor Show ", son deuxième album, propose une acceptation raffinée de la discipline : une quintessence du rock. Bienvenue pour le spectacle.

Difficile de se trimbaler avec une telle consanguinité, non ?

Avec " Floor Show ", je signe mon second album. Il s'agit donc du deuxième tour de piste de cette question. C'est étrange, car au fil des interviews, je me suis rendu compte que ces interrogations relatives à mon passé familial se sont instituées : c'est devenu une tradition ! Je ne décèle pourtant pas d'importance fondamentale à parler de mon père. En fait, c'est très frustrant de recouvrir le même sujet. Ma tête s'habitue à ressasser la même histoire et ces annales en deviennent familières. Mais malgré ça, je comprends que les gens s'interrogent : il est très difficile d'éviter la question, cette curiosité.

Au risque d'enfoncer le clou, dans vos souvenirs d'enfance, quelle était la principale différence entre votre mère et votre père, mis à part l'aspect biologique ?

Evidemment, l'aspect biologique ! (Rires) Mais le vrai contraste entre mes parents se situe certainement au niveau artistique. Ma mère était presque dingue : une artiste, entièrement vouée à la peinture. Mon père, lui, était davantage tourné vers le bruit, la musique. C'est une différence essentielle. Mais ensemble, ils essayaient d'adopter une politique commune. Et cela pouvait fonctionner, car le rythme de vie de ces deux disciplines est finalement assez similaire.

Quelle est, à tes yeux, la principale différence entre " Len Parrot's Memorial Lift " et ton nouvel album ?

Cette fois, j'ai essayé d'évoluer vers un album aux contours plus pop. Je ne sais pas si c'était nécessairement un but en soi. Mais je pense avoir écouté tellement de musique pop que, soudainement, cela ma balancé dans la tranchée. Pourtant, cette pratique m'a toujours effrayé. Quand je composais une chanson résolument pop, je me sentais obligé de la détruire par le son, de la rendre sinistre. A l'origine, je me suis concentré sur l'écriture de véritables 'pop songs'. Au final, cet objectif se retrouve seulement en filigrane de mes chansons. Pour écrire une grande chanson pop, il faut être très malin. Et arriver à écrire une telle chanson n'est pas quelque chose de naturel, c'est une bénédiction ! Je ne connais pas grand monde capable de percer le mystère de la pop. Mais certains peuvent y parvenir, parfois de façon somptueuse.

Mais comment y parvenir ? Pour toi, que doit apporter une chanson pop au public ?

Elle doit transfigurer un caractère, une émotion personnelle et doit être guidée par des paroles qui créent un sens pour l'auditeur. Ce processus doit se faire sans effort. Le public ne peut le comprendre. Il doit juste tomber amoureux des mots qui sortent de la bouche du chanteur. C'est le pouvoir de la mélodie. La relation entre l'auteur d'une chanson pop et son auditoire ? Ce n'est ni une considération ni une expérience : c'est de la confiance, un accomplissement qui ne nécessite aucun effort. A 18 ans, Bob Dylan écrivait déjà des chansons majestueuses. La naissance d'une chanson pop revêt une dimension magique, presque spirituelle.

Ton album parle de gens étranges, drogués. Tes personnages sont complètement déboussolés. Où vas-tu puiser cette inspiration ?

Dans mon isolement le plus profond. Parfois, l'environnement londonien peut devenir très consistant. Certaines personnes ont un mode de vie tellement fou : les gens prennent des drogues, se demandent où ils sont, qui ils sont. Je crois que toutes les grandes villes européennes consomment des drogues. Mais particulièrement à Londres…

Serais-tu amateur de substances psychotiques ?

Evidemment. Il m'arrive parfois d'en prendre. Mais je ne cherche pas à mettre ma vie en danger. Je trouve cette conception là aberrante !

A l'écoute d'une chanson comme " Cocaine man ", on ne peut s'empêcher d'évoquer leur univers… Est-ce que tu aimes la musique du Velvet Undergound ?

J'aime ce groupe... Le rapprochement entre " Cocaine man " et " I'm Waiting for the Man " est possible. J'adore cette chanson. Mais en écrivant " Cocaine Man ", je n'avais aucune intention de m'en inspirer. En fait, chaque artiste a ses propres influences. Quand il commence à composer, à écrire des chansons, il essaie toujours de reproduire le travail d'un autre. Et ceux qui affirment le contraire sont des menteurs ! Cette chanson du Velvet Underground m'a beaucoup marqué, elle me rend heureux. Alors oui, je suis enchanté que vous rapprochiez une de mes chansons du répertoire du Velvet…

A l'écoute de ton disque, on a la sensation que tes chansons baignent dans une brume épaisse. Toutes les émotions traversent ce brouillard sur la pointe des pieds. Avec du recul, n'as-tu jamais songé à écrire des hymnes rock'n'roll écervelés ?

Ah… En fait, tout le temps ! J'ai toujours envie d'écrire des chansons hyper rock'n'roll. Quand tu composes, tu rêves d'évasion. Pour ma part, je devrai me lancer dans un nouveau 'side project' pour me concentrer davantage sur des chansons fortes, simples. Je pense que " Floor Show " est déjà plus rock'n'roll que " Len Parrot's Memorial Lift ". Derrière chacune de mes chansons, il y a un squelette rock'n'roll. Ensuite, c'est plus délicat, car je dois tout réaliser avec une guitare, une voix, etc. Ce n'est pas forcément évident. Souvent, tu as besoin de confiance, d'une attention extérieure pour te concentrer et réaliser ce type de chansons. Mais j'aimerai pouvoir simplifier les choses, les rendre très directes, composer une œuvre 'urgente'.

Tes chansons orneraient parfaitement l'univers cinématographique d'un film de Sofia Coppola (Virgin Suicides, Lost In Translation). T'intéresses-tu au cinéma ?

J'adore cette atmosphère, j'aimerai beaucoup participer à une telle expérience. Malheureusement, je n'ai pas l'impression d'être suffisamment populaire pour faire ce genre de choses... En fait, je n'attends qu'une seule chose : que quelqu'un vienne frapper à ma porte en me demandant de plancher sur son film !

Baxter, si tout devait s'arrêter à cet instant, quels souvenirs conserverais-tu de ta carrière musicale ?

Je recherche les moments clefs de ma carrière, ce n'est pas simple… D'ailleurs, cette question n'a rien de drôle ! Si ma carrière s'arrêtait là, je ne me vois vraiment pas m'établir, me poser derrière un bureau… Je ferai tout pour que ça change, j'en voudrai davantage : toujours plus.

La pochette du nouvel album est très sexy. Etait-ce un rêve d'habiller ton disque d'une femme nue ?

J'aime cette image. Ce n'était pas dans mes rêves, non ! Je perçois davantage cette pochette comme un message artistique. Elle ne montre rien : elle est très saine. Ici, personne ne peut pointer du doigt une vision pornographique… Ce serait complètement ridicule. C'est simplement une peinture et elle n'a rien de décadent.

Et pourquoi pas une bonne photo porno ?

Et bien… (Rires) J'aime la peinture, la beauté des courbes et tout ce qu'une fresque peut dégager. Ce que je veux dire, c'est que je ne recherchais pas forcément le besoin d'afficher une femme nue sur mon disque. Par contre, je ressentais le besoin de l'illustrer d'une œuvre que je trouve belle. Le but de cette pochette s'est donc d'afficher un beau dessin, une peinture originale. Ni plus ni moins. Derrière cette image, il n'y a rien de provocant. Sérieusement, vous trouvez ça choquant ? Cette peinture, c'est mon choix, je l'assume.

Et les autres décisions artistiques te reviennent-elles ? Le choix des singles, par exemple ?

Déjà pour la pochette, les gens de mon label (Rough Trade) aimaient l'idée, la controverse que ce dessin pouvait drainer. J'ai disposé de toute la latitude nécessaire pour réaliser ce deuxième album. En fait, Rough Trade correspond parfaitement à l'idée que je me fais d'une maison de disque. C'est vraiment là que je veux être. Ces gens sont des professionnels, ils ne cherchent jamais à interférer dans ton travail. Pour le choix du single " Lisa Said ", par exemple, nous en avons discuté et pris une décision de commun accord : rien n'est imposé. " Lisa Said ", une chanson étrange… elle ne me semble pas vraiment achevée. En fait, si je l'apprécie, c'est que je la trouve très frustrante. Le second single du disque sera " Francesca's Party ". J'adore également " Dirty Water ", le titre qui clôture le disque. Mais ce ne sera pas un single. Cette chanson est trop barrée !

Dans une de tes chansons, tu parles des " Young Gods ". Est-ce une référence au groupe, aux prémices de la musique industrielle ?

Franchement, pas du tout ! C'est un titre qui évoque l'homme, seul face à ses responsabilités. Un humain qui appose un regard critique sur sa personne, acceptant de reconnaître qu'il n'est plus aussi jeune qu'il ne le prétend. Ce titre est assez particulier. En fait, cette histoire est autobiographique. Vous savez quand on devient parent, la vie n'est plus du tout la même, l'angle devient tout à fait différent. En grandissant, j'ai continué de traîner mes rêves d'enfants. Mais ces rêves n'existent pas vraiment. En règle générale, je constate que les gens n'acceptent pas le changement, n'acceptent pas de regarder les choses en face. Souvent, ils préfèrent fuir une réalité qui leur échappe. " Young Gods " parle donc du changement, d'une prise de conscience, du sens des responsabilités.

Maintenant que tu as le sens des responsabilités, quels sont tes projets d'avenir ?

Sans déconner, j'aimerai vraiment travailler sur la bande originale d'un film. Et puis, enregistrer un très bon album dans les plus courts délais, ce ne serait pas mal non plus. Peut-être que les mélomanes apprécieront déjà " Floor Show ". Mais je veux vraiment parvenir à créer une musique qui dépasse toutes les espérances, un album meilleur encore. Très rapidement. Je veux accélérer le processus.

mardi, 12 septembre 2006 05:00

Electron libre

Comme tous les genres, la musique électronique évolue. Elle cherche sa voie, entre samples et beats frénétiques. Astucieuse ou vigoureuse, elle tend toujours à imposer son rythme. En France, au début des années 90, la mode électro convoitait les artistes assimilés à la « French touch », mouvement musical abstrait au sein duquel cohabitaient des artistes aux influences éloignées (Air, Daft Punk, Cassius, Stardust, Laurent Garnier, etc.). Quelques années plus tard, le passage au nouveau millénaire a amorcé un renouveau. Désormais la « French Touch » semble bien loin. La boule à facettes a tourné, l'électronique s'est décomplexée, modernisée. Enfant de cette nouvelle vague, Jackson Fourgeaud déconstruit les sons pour mieux les danser. Auteur d'un premier album (« Smash ») revigorant, l'esthète parisien s'est laissé accoster par Warp Records, le plus prestigieux des labels électroniques. Jackson & His Computer Band entraient ainsi dans la transe. Japon, Etats-Unis, Europe, le chemin des dance-floors s'ouvrait à lui, mais non sans mal : Jackson pose son computer et s'explique...  

Comment arrive-t-on à la musique électronique ? Est-ce un ras-le-bol des guitares ou un flux naturel ?

L'esthétique de la musique électronique m'a séduit. Quand ce style musical est apparu, nous n'avions aucun repère. Elle ne ressemblait à rien de connu. C'était une musique de fin du monde, en quelque sorte. Le fait d'être confronté à une musique où les balises n'étaient pas établies me plaisait. Déjà, elle ne me renvoyait pas à mes parents, à leurs goûts personnels. En ce sens, elle constituait une véritable mouvance générationnelle. Il s'agissait d'une véritable remise en question. Je suis né en 1979. Mais jusqu'au déclic 'électronique', je rejetais catégoriquement tous les sons issus d'une boîte à rythmes. Adolescent, je vibrais aux sons des seventies : les Rolling Stones, Pink Floyd, Jimmy Hendrix étaient mes modèles d'alors. A l'époque, le mot 'machine' était synonyme de 'mauvais'. Le jour où je me suis aperçu que l'essence de la musique n'était pas la virtuosité, j'ai changé mon fusil d'épaule. Ma conception des choses devait ainsi changer. J'ai donc rencontré des gens obnubilés par les musiques électroniques. En entendant leurs 'morceaux' pour la première fois, j'ai rigolé, commençant à les mépriser et leur soutenir qu'en moins d'une journée, je leur composerais un titre techno d'anthologie. A la maison, ma mère possédait un petit synthétiseur. Je me suis acharné dessus comme un forcené, fier d'apporter à mes nouveaux amis le fruit d'une journée de dur labeur. On l'a écouté ensemble. Après cette écoute, je suis devenu la risée de mes potes. Ça ne ressemblait à rien. Fâché, je suis rentré chez moi, bien décidé à m'y remettre... A partir de cet instant, j'ai commencé à travailler plus sérieusement, prenant soin de ne louper aucune 'rave party'.

Et comment débarque-t-on chez Warp Records ? Chose plutôt rare, d'ailleurs, pour un artiste français. Quel est le secret pour se faire une place au soleil de l'un des labels les plus influents dans la musique électronique ?

Le label est venu me chercher ! Vous voulez connaître l'histoire ? Au départ, un journaliste anglais a rédigé un article à mon sujet. Ensuite, il a mentionné mon nom auprès des représentants du label... Quelques jours plus tard, je devais recevoir un coup de téléphone et une proposition émanant de chez Warp. Je suis conscient d'être hébergé sur un label de grande qualité. Et force est d'admettre que de nombreux artistes signés chez eux ont eu une influence considérable sur ma musique.

Serais-tu tenté de colporter ta musique par le seul biais d'Internet ?

Je ne pense pas. L'objet physique me plaît : c'est une sorte de totem. Tout le processus de création est immatériel. Mais au final, c'est un objet qui fixe le résultat de ton travail. Ce principe est important. Ensuite, on peut mettre en avant toute une esthétique, une imagerie associée au format album. Par contre, il ne faut pas nier l'impact d'Internet. Le public peut, pour la première fois, établir un lien direct avec l'artiste. Il n'y a plus d'obstacle, plus de logistique entre les musiciens et les mélomanes. Là, c'est clairement une avancée...  De plus, cette évolution met en exergue le point fort de l'industrie du disque : les artistes. Jusqu'à maintenant, les artistes étaient planqués. Grâce aux nouvelles technologies, ils redeviennent les vrais protagonistes de l'industrie musicale. Aujourd'hui, tu peux même dialoguer avec les artistes grâce aux ordinateurs. Internet contribue ainsi à détruire certaines idées reçues. Vu le développement du réseau de l'information, rien n'est acquis : on n'est pas fatalement un musicien alternatif (underground) ou un artiste mainstream. Internet participe à brouiller les frontières. Sur le web, le génie se retrouve partout. Aussi bien dans une musique de stade que dans une musique complexe.

Ton premier album est sorti au milieu de l'année. Mais, auparavant, tu avais déjà lâché quelques singles. Pendant ce temps, le disque tardait à paraître. Comment expliques-tu ces longs délais d'attente ?

Je ne pense pas que je sois quelqu'un de 'désordonné' par nature. Cependant, quelque chose me poussait à évoluer à contre-courant, à défier les codes, les systèmes en place. En appréhendant les événements de cette façon, je me suis retrouvé livré à moi-même. Et un artiste lié à lui-même rencontre de nombreuses difficultés : des impératifs de temps, d'argent, d'organisation, etc. Du coup, mon disque a été livré dans le chaos le plus total. Je ne dormais plus depuis près d'une semaine, sans parvenir à achever cet album. Un de mes amis me payait un studio. Au bout d'un moment, il en a eu assez. Il m'a viré... Essentiellement pour une question de budget. Alors, je me suis promené, mon ordi sous le bras, à la recherche d'amplis : une véritable galère. C'est à moment-là que la maison de disques m'est à nouveau tombée dessus. Elle me pressait vraiment. J'ai encore essayé de les mener en bateau. Mais, après plus de deux ans de bobards, ce n'est plus passé. La maison de disques m'a donc annoncé la date définitive du mastering de l'album...

Et maintenant que l'album est disponible chez les disquaires, es-tu satisfait du résultat ? 

Je suis fier de la réaction des gens par rapport à ce disque. Je sais aussi que je ne pouvais pas en faire davantage. Ou peut-être que si. Mais alors, j'allais finir par me jeter dans la Seine. J'étais en train de devenir fou... Pour mon deuxième album, je ne veux plus me mettre dans ces états. C'est vraiment nul. Avec du recul, je considère cet affreux périple comme une fuite des responsabilités. Je refuse d'être ce mec là toute ma vie ! Dans ma carrière, ce premier album constituera sans doute une étape importante. Pour revenir au disque, j'espère qu'il existe plusieurs niveaux de lecture, que les gens écoutant l'album vivent la musique de façon différente. En espérant, aussi, que certaines personnes apprécient ce disque sans savoir pourquoi.

Quelles sont les étapes nécessaires dans ton processus créatif ?

C'est toujours une question d'équilibre et de contraintes. Peu à peu, j'ai cherché à enlever les contraintes. Il convient alors de trouver le juste équilibre entre ce qu'on a envie de faire et ce qu'on est capable de faire. Il est très difficile de trouver ce juste milieu. Au bout du compte, tout le monde a envie de se mettre devant un ordinateur et de mixer la somme de ses influences musicales. Mais en réalité, c'est moins drôle : après avoir samplé à souhait, on obtient un nouveau morceau. Et on se pose une question essentielle : est-ce qu'il me ressemble ? La mise en forme de mon premier album a été périlleuse : je m'endettais, je perdais mes potes, je ne me faisais plus confiance, etc. Aujourd'hui, tout est rentré dans l'ordre... Ou presque !

La légende raconte que tu as été mannequin... la pochette de ton album est très stylisée. Considères-tu que la musique électronique s'associe forcément à une certaine forme vestimentaire ?

Ah, cette légende ! A 18 ans, j'ai été mannequin pendant 6 mois. Après cet épisode, les gens ont pensé qu'il s'agissait de mon métier. Mais je n'ai jamais été mannequin professionnel. Pour la pochette, c'est une autre histoire. J'écoute énormément de musique, j'adore de nombreux artistes. En règle générale, je me tape de savoir comment s'habille le chanteur d'une chanson que j'apprécie. Par contre, il est incroyable de pouvoir s'identifier à la musique. C'est un phénomène très puissant. Il est certain que j'aimerai trouver un style vestimentaire qui colle à ma musique. Mais aujourd'hui, je n'ai pas l'impression de l'avoir trouvé. Quand la musique te donne envie de changer ta façon de vivre, de t'habiller, c'est qu'elle dégage un truc énorme. J'aime l'implication totale dans la musique.

Ta maman vient poser sa voix sur deux titres de l'album (« Utopia » et « Fast Life »). Alors, comment demande-t-on à sa mère de participer à un projet électro ?

Un jour, elle est venue manger à la maison. J'étais occupé de bosser sur « Utopia ». A la base, je souhaitais inviter une chorale pour chanter sur ce morceau. Je voulais y apporter un beat christique, un relent ecclésiastique, quelque chose de sacré. Dans les années 80, ma mère était chanteuse. Profitant de sa présence, je lui ai demandé de chanter, un peu comme dans une chorale. Et si c'était à refaire ? Je retourne directement dans les bras de ma mère !

mardi, 26 septembre 2006 05:00

Les ingrédients d'une potion magique

Ils sont deux. Dan Auerbach pose sa voix derrière le micro et martyrise sa guitare. A ses côtés, Patrick Carney frappe ses fûts avec l'énergie du désespoir. Et, en substance, les Black Keys réinventent le blues par le prisme d'un rock'n'roll primaire et sauvage. En duo, ils font plus de raffut qu'une armée de Panzers mal huilée. Sous ces apparences abruptes, ces deux musiciens libèrent pourtant une musique simple, pure, délivrée de toutes contraintes techniques. Le nouvel album des Black Keys s'intitule « Magic Potion ». Même les druides en redemandent...   

Quand on opère une comparaison entre vos précédents albums et « Magic Potion », on a l'impression qu'un changement s'est opéré sur le son...

C'est difficile à dire. Notre objectif n'était pas de trouver un son différent. Comme toujours, c'est un flux naturel. Il n'y a que nous deux : la batterie de Patrick contre ma guitare. Fidèles à nos habitudes, nous nous sommes installés dans la cave. Nous y avons répété et travaillé pour aboutir à ces nouvelles chansons

D'un point de vue artistique, est-ce contraignant de jouer à deux sur disque et sur scène ?

Nous n'avons jamais perçu notre duo comme une contrainte. Sinon, nous aurions changé de métier ! Mais l'idée de s'entourer d'un troisième ou d'un quatrième musicien ne nous a jamais effleuré l'esprit. Le fait de travailler à deux nous permet de créer un son brutal, spontané.

Vos précédents albums étaient signés sur le label Fat Possum, antre du blues rock. Pour « Magic Potion », votre nouvel album, vous déménagez chez V2 Records.

Nous sommes très contents de travailler avec cette nouvelle équipe. Les choses sont plus simples à gérer. Nous arrivions en fin de contrat chez Fat Possum. En réalité, notre collaboration avec le label V2 n'est effective qu'en Europe. Aux Etats-Unis, c'est le label Nonesuch qui distribue notre disque.

Quelle serait votre définition exacte de « Magic Potion » ?

Cette potion magique est un nouveau départ pour notre humanité. A nos yeux, elle constitue un remède permettant d'annihiler les enfances malheureuses. La potion magique doit venir en aide aux enfants du monde entier, tous les jours, tout le temps. 

L'intitulé de votre nouvel album sous-entend-t-il que vous délivrez une sorte de potion magique musicale ?

Non, notre démarche n'est pas aussi prétentieuse... En réalité, « Magic Potion » trouve son origine dans les paroles d'une de nos nouvelles chansons. Elle est intitulée « Modern Times ».

Les paroles de « Modern Times » résument-elles votre propre conception des temps modernes ?

Oui, particulièrement les temps modernes de notre pays. Nous aimons les Etats-Unis. C'est notre patrie. Cependant, nous sommes convaincus que quelque chose est en train de nous échapper. Nous ne sommes plus d'accord avec l'Amérique actuelle. Sa politique n'a plus de sens. L'administration jette de la poudre aux yeux des électeurs et, dans leurs dos, elle défend des intérêts lucratifs, très éloignés des véritables besoins sociaux. Quand nous quittons le territoire américain, nous partons sur les routes pour jouer des concerts. On se produit partout dans le monde : en Asie, en Europe, etc. Et, loin de notre pays, on se rend compte qu'il ne ressemble pas du tout à notre terre natale, au pays que l'on voudrait aimer.  

Sur « Magic Potion », un de vos morceaux évoque un départ de Babylone (« Goodbye Babylon »). La vision de Babylone varie souvent dans les représentations collectives. Quel est le sens profond de Babylone pour les Black Keys ?

Nous ne défendons pas une vision unique de ce concept. Lors de l'écriture de « Goodbye Babylon », nous songions aux impacts néfastes de l'administration sur notre société. Aujourd'hui, l'Amérique peine à trouver une ligne de conduite crédible. Mais pour revenir à la notion de Babylone, il convient de souligner que ce nom possède différentes significations. Tout dépend de nos auditeurs. C'est à eux de lui donner un sens. Pour une partie du monde, Babylone représente le côté mercantile et déshumanisé d'une société occidentale pervertie. Pour d'autres personnes, cette ville antique symbolise la corruption et la décadence. Pour notre part, nous laissons une liberté d'interprétation à nos auditeurs. C'est mieux ainsi... 

Peut-on considérer « Magic Potion » comme le premier album politiquement engagé de votre carrière ?

« Magic Potion » n'est pas un album politique. Pour la bonne et simple raison que nous n'avions aucune visée politique en commençant à travailler sur ce disque. Les chansons sont venues naturellement, sans aucune arrière-pensée. En ce sens, il ne s'agit pas d'un album politique. 

Quelques semaines avant la sortie officielle de votre nouvel album, vous avez publié un hommage à Junior Kimbrough. Quels sont les mobiles de cette démarche ?

Nous respectons énormément ce monsieur. Nous sommes de grands fans de sa musique. Il est incontestablement un des piliers du blues. Nous nous intéressons à sa musique depuis longtemps. Un jour, nous écoutions ses chansons. On s'est regardé en se disant : 'Bien sûr, on doit rendre hommage à ces magnifiques compositions !' Junior Kimbrough nous a donné l'impulsion nécessaire pour créer, jouer de la musique.  

A la fin de cet hommage, intitulé « Chulahoma », l'auditeur a l'occasion de découvrir une plage sonore cachée. Il s'agit de la voix de la veuve de Junior Kimbrough.  Cette dernière vous félicite... Quelle a été votre réaction en écoutant ce message ?

Nous étions très fiers, vraiment excités. C'est un peu comme un aboutissement. Notre admiration pour Junior Kimbrough est grande. Alors, les compliments de son épouse, c'est quelque chose d'énorme. Ensuite, si nous avons décidé d'enregistrer cette intervention sur le disque, ce n'est pas pour nous prendre la grosse tête. Nous considérons simplement que ce message fait partie d'un ensemble, entièrement dédié à Junior Kimbrough.

Seriez-vous d'accord de dire que vous êtes les rénovateurs du blues ?

Nous ne sommes pas des rénovateurs conscients. Notre démarche ne consiste pas à réinsérer le blues dans un schéma contemporain. On se contente simplement de jouer la musique que nous sommes capables de jouer. D'ailleurs, je pense que notre musique relève davantage du rock'n'roll que du blues !

En juin dernier, vous avez ouvert les concerts de Radiohead sur leur tournée nord-américaine. Comment les fans de Radiohead ont-ils perçu votre musique ?

En entrant sur scène, on ne cherche pas à savoir si notre musique va plaire ou non au public. On se lance, on joue. Nous n'avons jamais eu peur de monter sur scène. Que ce soit devant dix personnes ou des milliers de fans en délire !

mardi, 21 novembre 2006 04:00

Reprendre du poil de la bête

Entre folk et pop, chorales et orchestrations symphoniques, l'ombre de ce gros nounours new-yorkais se dévoile. En provenance du district de Brooklyn, il y a quelques mois que les quatre musiciens de Grizzly Bear traversent le monde pour propager leur bonne nouvelle. Aussi, le samedi 11 novembre, l'équipée fait-elle étape à Bruxelles. Ce soir-là, comme toujours, le concert  du quatuor est magnifique. Encore une fois, on frôle le rêve éveillé. Mais dès le lendemain, le désenchantement supplante l'émerveillement. En cause, la réception d'un communiqué officiel du label hébergeant le groupe : 'Les Américains de Grizzly Bear ont été contraints d'annuler le restant de la tournée européenne. En effet, dans la nuit de samedi à dimanche des malfaiteurs ont dérobé l'entièreté de leur matériel entreposé dans leur véhicule, garé à quelques pas de leur hôtel bruxellois.' Dans ces conditions, il y a fort à parier qu'ils se souviendront longtemps de leur passage en Belgique. Pas pour de bonnes raisons, certes. Mais ils s'en souviendront. Aujourd'hui, Grizzly Bear doit retrouver des instruments et repartir de l'avant... Récit d'une rencontre antérieure à cette étrange péripétie.

Le grand public connaît encore mal Grizzly Bear. Pouvez-vous nous retracer votre histoire, vos premiers ébats musicaux ?

Trois ans auparavant, seul dans sa chambre, Edward a réalisé quelques enregistrements sur le logiciel Pro Tools. A l'origine, il se faisait plaisir, ne défendant aucune ambition mercantile. Ses chansons étaient pour lui, tout simplement. Une petite structure indépendante a finalement décidé du publier son travail. C'est à partir de ce moment que l'idée de former un groupe a commencé à germer dans son esprit. Nous sommes donc arrivés à ses côtés pour défendre ce premier album artisanal  (« Horn of Plenty ») sur scène. Mais, en concert, la texture sonore des chansons était fort différente. Nos représentations scéniques ont largement contribué à l'évolution du projet. Cette première tournée a donc engendré les bases d'une nouvelle direction artistique pour le groupe. A partir de là, chacun a contribué aux avancées du projet. Après avoir défendu ce premier album, nous avons entrepris l'enregistrement de « Yellow House » en commençant à travailler sur nos divers apports. En écoutant les deux albums, on peut aisément percevoir les deux facettes de la formation : le Grizzly Bear solo et le groupe Grizzly Bear.     

Sur scène, jouez-vous encore les morceaux de « Horn of Plenty », votre premier cd ?

Nous jouons toujours ces chansons sur scène. Mais, musicalement, on s'éloigne considérablement des versions proposées par ce premier album. A la base, ce disque était le projet personnel d’Edward. Finalement, c'est devenu sa principale obsession. Personne ne l'a vraiment poussé à former un groupe. Mais la volonté de donner vie à sa musique était très forte. Désormais, chez Grizzly Bear, chacun apporte son savoir-faire. Toutes les chansons d'Edward traitent de sujets intimes. Mais étrangement, ses textes nous parlent également. Chaque membre du groupe ressent ainsi une implication personnelle au niveau du message véhiculé par une chanson. 

Sur ce deuxième album, Grizzly Bear s'est mué en une belle chorale expérimentale. D'où vous vient cette sensibilité ?

Quand Edward a commencé à travailler sur les bases du premier album, il expérimentait énormément. A la base, il est surtout un chanteur ou un vocaliste, c'est sans doute le terme le plus approprié... Il a grandi dans une famille au sein de laquelle la musique tenait une place essentielle. Pourtant, il n'a jamais vraiment étudié la musique. Mais il baignait dans un univers musical permanent. Alors voilà, on retrouve peut-être dans nos structures des couches sonores entendues chez les Beach Boys ou Van Dyke Parks. Nous avons toujours été fascinés par ce genre d'orchestration. Nous aimons enjoliver la pop. Grâce à la technique du 'multi-tracking', Grizzly Bear prend des allures d'orchestre. On cherche à accumuler les couches sonores : six ou sept parties de guitare, trois parties au piano, trois parties à la batterie, etc.

Chaque écoute de votre dernier album permet de déceler de nouvelles subtilités, des détails harmoniques passés inaperçus quelques minutes auparavant ? Est-ce la conséquence d'une approche musicale maniaque et méticuleuse ? 

Lors de la production de « Yellow House », nous avons accordé une importance démesurée à des questions de détail. Nous étions vraiment impliqués dans l'objet de notre création. Certaines personnes nous ont pris pour des fous, des détraqués. Nous étions réellement obsédés par le moindre détail touchant aux structures de nos chansons. Ce qui explique en grande partie le sentiment ressenti à l'écoute du disque. Cette recherche sur le son constitue certainement une des clefs de ce nouvel album.

Comment décririez-vous votre style musical ? Certains journalistes vous collent une étiquette de formation folk. Quelle est votre vision des choses ?

Pour définir notre musique, le terme 'pop orchestrale' peut convenir. Nous avons une assise tournée vers le jazz. D'ailleurs, notre batteur, Christopher Bear (NDR : aucun lien avec le Grizzly !), est un musicien talentueux dans le domaine du 'free jazz'. La musique de Gil Evans nous impressionne également. Dans ses compositions, les arrangements sont naturels. C'est une musique précise, complexe mais cela n'entache en rien son accessibilité, son côté humain. D'autres éléments viennent aussi enrichir le spectre musical de Grizzly Bear. Parlons donc de 'pop orchestrale' !

Vous êtes originaires de New York, de Brooklyn précisément. C'est une métropole cosmopolite, extrêmement vivante, toujours en mouvement. Pensez-vous que cette atmosphère particulière a des répercussions sur votre musique ?

Sans doute, oui... En même temps, c'est une influence abstraite, quelque chose de difficile à cerner. A New York, les habitants sont quotidiennement exposés à la culture, à la musique. A chaque instant, il y a une ouverture sur l'art, sur le monde, des choses à apprendre. A force de tourner à travers le monde, on commence à apprécier cette facette de New York. Cette multiculturalité est très rare, très difficile à trouver dans d'autres villes. 

Cependant, vous avez décidé d'enregistrer votre album en dehors de New York...

Le disque a été enregistré à Boston, dans la maison de la mère d'Edward. En fait, cette maison, c'est la 'Yellow House' de son enfance. Dans le livret qui accompagne le disque, on trouve des photos d'une vieille bicoque. Il s'agit d'une représentation. Ce n'est pas la maison en question. La 'Yellow House' était beaucoup plus belle ! Nous sommes restés là-bas pendant un mois. Notre budget était trop limité pour passer autant de temps en studio... Pour revenir sur la potentialité d'influences externes sur notre musique, il est certain que cette maison a généré une atmosphère particulière, jouant incontestablement sur les ambiances sonores du nouvel album.

 

mardi, 20 juin 2006 05:00

Séduction: mode d'emploi

Originaire des plaines de Pennsylvanie, Catherine Feeny revient en Belgique pour nous présenter « Hurricane Glass », son deuxième album. Cette fois, la charmante demoiselle dépasse les clichés associés à l'imagerie du folk. Désormais, Catherine Feeny n'est plus seul avec sa guitare. Accompagnée de ses musiciens, elle nous livre un disque fragile, à classer entre Norah Jones et Joni Mitchell. Attachée à la Belgique par d'inextricables liens, Catherine Feeny n'a donc pas terminé de séduire son auditoire... 

Quelles sont les principales différences entre ton premier album et « Hurricane Glass » ?

Il y a énormément de différences. Mon nouvel album jouit d'une production plus fouillée. Ces deux disques correspondent à deux expériences fondamentalement différentes. Sur mon nouvel album, il y a davantage de variations entre les chansons. Ainsi, nous avons opté pour l'utilisation de plusieurs instruments afin de créer des ambiances éclectiques. Mais si quelqu'un me demandait de choisir entre mon premier album et « Hurricane Glass », je me contenterai de lui répondre par cette question : « Quelqu'un vous a-t-il déjà demandé de choisir entre vos enfants ? ». Pour l'instant, j'accorde peut-être plus d'importance à « Hurricane Glass ». Pourquoi ? Essentiellement, parce qu'il s'agit d'un tout nouvel enregistrement : un disque dans lequel je me suis fortement impliquée et ce, à tous les niveaux de la prise de décisions. 

En prenant une tournure plus orchestrée, ton nouvel album s'éloigne des clichés associés à la musique folk. Etait-ce ta volonté de départ ?

Sur « Hurricane Glass », les chansons sont plus lyriques, moins orientées vers la musique folk. Quand j'ai composé mon premier album, il n'était pas impératif de réaliser un album folk. Au final, le disque s'est ancré dans la tradition de ce genre musical car, à l'époque, nous nous étions limités à des choses rudimentaires. La simplicité dans l'instrumentation et dans la production a dessiné les contours d'un enregistrement typiquement folk. Avec du recul, je dois admettre que les chansons du premier album sont moins contemporaines, l'orchestration est dépouillée. Je ne rejette pas les ambiances folks sur « Hurricane Glass ». Mais on y retrouve un côté plus moderne. Ce qui explique sans doute cette dissipation du folk... Pourtant, il est toujours bien présent.

Ton nouvel album a été mixé par Dave Way. Par le passé, il a travaillé avec Sheryl Crow, Fiona Apple, Macy Gray et Paul Mc Cartney. Cette collaboration a-t-elle changé ta propre façon de travailler ?

Pas dans ma façon de composer puisque le mixage des chansons intervient toujours dans les dernières étapes de la création discographique. Néanmoins, je pense que son apport a été essentiel dans la tenue définitive de certaines chansons. Dave Way a apporté un regard extérieur, une indubitable fraîcheur. C'est un expert du son. Et puis, c'est fascinant de le voir à l'œuvre. Quand d'autres professionnels essaient de vous faire converger vers un son déterminé, Dave Way ne modifie pas l'essence première de votre son. Il ne tente jamais de changer l'image associée à votre musique. Il a un sens incroyable du détail ! 

Tes chansons parlent des gens, évoquent les aléas des relations humaines. Pourquoi fais-tu de ces thèmes ton sujet de prédilection ?

J'ose espérer qu'en vieillissant, mes textes prendront une nouvelle tournure. Il faut pouvoir évoluer, c'est important. Mais les relations humaines sont interdépendantes de la vie. Et, en ce sens, je n'arrêterai jamais d'écrire sur les relations humaines. Elles présentent tant de facettes différentes qu'il me semble impossible d'épuiser cette thématique. Parler des gens, des liens qu'ils entretiennent entre eux, c'est une part non négligeable du quotidien de chacun. Ne pas en parler me paraît impossible...

Doit-on chercher une signification dans l'intitulé de « Hurricane Glass » ?

« Hurricane Glass » renvoie l'auditeur à quelque chose de très doux. Nous cherchions un titre marquant. Un « hurricane glass » est une sorte de verre à cocktail. Ce verre ne présente pas la même taille que les autres verres, il est très différent. Ce verre, c'est aussi notre carapace, l'obstacle qui protège notre cœur et nos rêves du monde extérieur. Il est très difficile de trouver un titre adéquat à son album. Ce choix doit faire l'objet de multiples discussions et de nombreuses propositions.

Tu es américaine. Pourtant, tu joues régulièrement en Belgique. Comment expliques-tu ce lien particulier avec notre pays ?

La Belgique a été le tout premier pays européen à accorder une attention particulière à ma musique. J'explique très difficilement l'engouement suscité par ma musique en Belgique. C'est assez particulier et symptomatique de la configuration de votre pays. Ma musique plaît essentiellement à la partie francophone du pays et ce, sans que je puisse vraiment expliquer pourquoi. En Wallonie, les gens semblent plus sensibles aux voix féminines. Vos radios passent mes chansons, les quotidiens nationaux me proposent des interviews. C'est un peu surréaliste... Aux Etats-Unis, ma musique ne touche qu'une minorité de mélomanes, essentiellement dans la région de Los Angeles. Dans mon cœur, la Belgique restera toujours le premier pays à être venu vers ma musique. C'est une relation très forte, toujours plus intense...

Ta musique se veut intimiste. Pourtant, tu ne joues pas que dans des petits clubs. Il t'arrive de jouer en plein air lors des festivals d'été. Quel est le lieu idéal pour la musique de Catherine Feeny ?

J'aime me produire dans les salles de concerts. Mais l'idée de focaliser l'attention des festivaliers ne me déplaît pas. Dans les deux cas, le partage de la musique est essentiel. A première vue, l'atmosphère de mes chansons se prête mieux à l'ambiance des petits clubs. Je me sens à l'aise quand je joue dans ces endroits. Mais cela ne veut pas dire que c'est mieux ! En jouant, j'essaie toujours de captiver mon auditoire et ce, aussi bien en salle qu'en plein air.

 

 

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