La nation fantôme de The Besnard Lakes…

Le septième opus de Besnard Lakes, « The Besnard Lakes Are the Ghost Nation », paraîtra ce 10 octobre, confirmant ainsi son statut de l'un des groupes les plus constants de ces 20 dernières années, dont la vision et la qualité sont difficilement égalables…

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L’heure personnelle de Lucie Valentine

L'artiste belge Lucie Valentine dévoile « Minuit Moins Toi », le titre phare de son nouvel Ep éponyme. Une chanson touchante, lumineuse, qui célèbre le moment de bascule : celui où la douleur laisse place à la paix après une séparation. Née d’un atelier…

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mardi, 30 octobre 2007 20:15

Internal riot

Lorsqu’on parle de mouvement punk, les puristes parlent de Clash, Crass ou encore Sham 69. Les plus jeunes se réfèrent davantage à Green Day, Offspring ou plus récemment Beatsteaks. Subhumans appartient indéniablement à la première catégorie. Leur premier album, « The day that country died », remonte d’ailleurs à 1983. Et puis leurs cinq elpees sont parus sur leur propre label, Bluurg. Un signe distinctif de cette époque. Et comme beaucoup de groupes issus de cette scène, leur carrière a été prolifique mais brève. Elle s’est ainsi concentrée entre 83 et 86. Avant un premier come-back en 98, ponctué par l’album « Unfinished Business ». Sans oublier les deux ‘live’ parus en 2003 et en 2004. Histoire de garder la flamme allumée. Tout d’abord un audio : « Live in a dive » (Sick of it all avait également choisi un même titre pour un de ses albums) et puis un Dvd : « All gone live ». Bref, il y a presque dix ans que la bande de Wiltshire (UK) n’avait plus rien sorti. Et la parution de cet « Internal riot » a donc suscité ma curiosité.

Autant l’écrire tout de suite, ce come-back est plutôt réussi. La voix du leader Dick est toujours aussi punk/crade et encore plus usée par le poids des années. Les morceaux s’enchaînent bon train. A leur écoute on se met à agiter les avant-bras et les genoux ; et l’auditeur averti se sent prêt à rentrer dans un pogo rituel. Heureusement les morceaux tournent souvent autour des traditionnels 2 minutes 30, sans quoi, on aurait vite fait de défoncer les murs. Et les Subhumans ont ce petit plus qui évite de tomber dans la lassitude ‘ramonesque’. Ainsi ils parviennent à briser ce timing sur « Never-ending war song », une plage de plus de 9 minutes. Sur « Won’t ask you again », la basse et les solos de guitare nous entraînent dans un rock plus garage. « Too fat, too thin » dérive vers un ska/reggae pas désagréable ni stéréotypé. Tout au long des 13 titres, la dominante reste anarcho-punk et on ne peut s’empêcher de penser à Crass ou encore à Conflict. Encore que certains morceaux concèdent quelques traces qui vont au-delà des 80’s et de la période 77-79. Une petite pointe de dérision dans le chant n’est ainsi d’ailleurs pas sans rappeler Frank Zappa.

Les textes évoluent parfaitement dans l’esprit du style. A l’instar du titre d’ouverture « This year’s war ». Jugez plutôt : ‘The people in breadlines are still paying for the landmines. Are being cursed for nothing worse than living on the pipelines’. Même si vous n’êtes pas un accro du genre punk, je vous recommande cet « Internal riot », car les véritables références intègres en la matière deviennent plutôt rares… A acheter les yeux fermés !

mardi, 30 octobre 2007 19:55

The modern tribe

Ne vous fiez pas à la pochette dont les couleurs psychédéliques et kaléidoscopiques évoquent inévitablement certains vieux groupes issus des 70’s et de la fin des 60’s. Signé Chez 4AD, « The Moderne tribe » évolue plutôt dans un registre new-wave, et plus précisément inspiré par Siouxsie. Mais Celebration lorgne d’abord vers les Yeah Yeah Yeahs (en compagnie desquels ils ont tourné), le timbre vocal de leur chanteuse, Katrina Ford, rappelant celui de Karine O. Heureusement, la formation évite le piège de la copie conforme, un petit côté ‘funky’ évitant à Celebration de s’engouffrer dans un registre de revivalisme 80’s, trop souvent exploité ces temps-ci par les innombrables suiveurs d’Interpol, National ou autres Editors.

La voix de Katrina est un atout indéniable. Ses inflexions sont susceptibles d’épouser celles de Sinead O’connor (sur le titre très doux « Heartbrak »). Le groove plus dansant libéré par « Pony » et « Fly the fly » réverbère des accents empruntés à Rapture, alors que « Hand off my gold » baigne dans un climat digne du music-hall. Bref, les variations de style ne manquent pas sur cet opus : elles sont intrigantes, parfois impressionnantes et surtout déroutantes ; mais peuvent devenir lassantes lorsqu’on écoute la plaque d’une seule traite. Pourtant, plusieurs auditions sont nécessaires avant de pouvoir bien s’en imprégner. Et je dois avouer avoir jeté l’ancre (ou l’encre, si vous préférez), à plusieurs reprises, en rédigeant cette chronique. Enregistré sous la houlette de David Sitek (TV On The Radio), le trio a également reçu le concours de tous les autres musiciens du groupe de NYC, mais également de Nick Zinner des Yeah Yeah Yeahs. 4AD semble avoir mis la gomme pour la sortie de ce « Modern tribe », puisqu’il a fait l’objet de toute une série de remixes impliquant notamment le guitariste des YYY. Une bonne ouverture d’esprit et une bonne dose de patience vous seront cependant nécessaires pour apprécier cette œuvre à sa juste valeur.

lundi, 15 octobre 2007 21:25

Sur nos forces motrices

‘Enfin un disque live de Dominique A qui ressemble à un best of’ titre le communiqué de presse ; et manifestement, on ne peut démentir. A l’instar de Bénabar ou Miossec, Dominique A possédait et possède toujours le talent pour réussir. Mais il a trop injustement été snobé par le grand public, échouant même au port, lors de l’arrivée de la nouvelle vague de ‘chanson française’. Puisse ses « Forces motrices » l’aider à parvenir (enfin) à prendre de l’envergure…

Après plus de 15 ans de carrière, ponctuée par pas moins de 8 albums studio, on peut affirmer que le Français a déjà bien roulé sa bosse. Il est cependant déjà loin le temps du premier opus minimaliste, « La Fossette ». Et que dire de sa progression sur scène, après avoir assisté à un de ses premiers concerts accordés en Belgique, lors d’une soirée d’étudiants montois, dans une salle pourrie (l’Alhambra pour ne pas la citer). C’était en 1992 !

A l’époque, Dominique A était seul derrière sa boîte à rythmes, devant un parterre de fans (dont votre serviteur) clairsemé, mais dégageait déjà une aura incontestable. C’est qu’il a fait du chemin depuis. Et son dernier opus, « L’horizon », pour lequel il s’est entouré de musiciens aussi talentueux que complices de la vie de tous les jours, en est une nouvelle démonstration. Mais venons-en à ce nouvel album. Il réunit des titres issus de pas moins de quatre concerts enregistrés à la Rochelle, Angoulême et Rosporden. La touche finale (mix et master) a été réalisée dans notre bonne vieille capitale dont il est tombé sous le charme. Autre caractéristique, Dominique A aime placer la barre bien haute. Il a donc préféré attendre que ses musiciens de pointe atteignent la cohérence parfaite pour réaliser son projet. Cette maîtrise se ressent dès le titre d’ouverture « L’Amour», une plage remise au goût du jour. Et se confirme sur « Le Courage des oiseaux », souvent repris, notamment de façon énergique par nos René Binamé. D’ailleurs cette version ‘live’ n’est pas très loin de celle de nos punks belges. L’artiste est exigeant et intègre. Il ajoute d’ailleurs, dans son communiqué, qu’‘une version live doit optimiser ou surpasser la version originale ; et que si un artiste n’a rien à ajouter à un morceau, ce n’est pas la peine de le reprendre sur scène’. Les titres s’enchaînent et les ambiances se déchaînent. Pour « La Peau », la clarinette et le saxo entraînent l’auditeur dans une atmosphère brumeuse, voire ténébreuse, avant de le faire remonter à la surface. L’intonation du chant passe d’un style Gainsbourg sur « Exit » à celui d’un Léo Ferré sur « Marina Tsvetaeva », un inédit tout comme pour « Revoir les choses ». Les aficionados les plus fidèles n’ont donc pas été oubliés, puisque outre ces bonnes surprises, l’elpee recèle quelques raretés dont « Empty white blues » ou « Le Commerce de l’eau ».

L’horizon de Dominique A est donc très large mais aussi profond. Sa musique est toujours un peu mélancolique, pour ne pas dire nostalgique. Mais là où un Miossec finit par nous lasser sur ses amours manqués, son frère de sang n’a pas son pareil pour continuer à capter notre attention. Et l’auditeur ne s’ennuie jamais à l’écoute de ce live, qui peut très bien s’apprécier d’une seule traite. Durant une heure et treize minutes, vous pouvez rester confortablement assis et vous plonger dans l’ambiance de ce live, à acheter les yeux fermés.

mardi, 02 octobre 2007 21:16

Dog problems

Vous êtes à la recherche du chaînon manquant supposé relier Belle and Sebastian, The Thrills et Arcade Fire ? Ne vous cassez plus la tête, The Format est la pièce manquante de ce puzzle. Habillé d’une pochette cartonnée assez élégante (des chiens, découpés soigneusement et superposés), leur « Dog problems » donne franchement l’envie d’être découvert.

Pourtant l’entrée en la matière est plutôt laborieuse. A cause de la compo intitulée « Matches » et puis de l’interminable « I’m actual ». Après ce début loupé, la plaque prend un virage à 180°. « Time bomb » opère ainsi un savant mélange entre percussions, violoncelle et autres cuivres. Savoureux ! « She doesn’t get it » se révèle encore plus pop et abordable. Un single potentiel. A cause de sa durée (3’50) et de son refrain contagieux. Et au plus on avance dans le disque, au plus on rencontre de bonnes surprises. « Pick me up » et ses guitares plus tranchées évoquent Superchunk (NDR : curieux, le quatuor issu de Chapel Hill avait sorti un album intitulé « Come pick me up » en 1999). Le titre maître épouse un ton franchement cabaret. On se rend alors compte que ce groupe a le don de passer d’un style à l’autre, tout en continuant à maîtriser son sujet. Et les cinq dernières plages en sont la plus belle illustration. Les références des formations susvisées prennent tout leur sens et au final on se demande si on ne vient pas de faire une découverte. Une chose est sûre, ce quintet issu de l’Arizona gagne à être connu et découvert en live.

mardi, 28 août 2007 19:46

A beautiful lie

Il n’est pas nécessaire de solliciter une boule de cristal pour prédire un avenir glorieux à ce cd. Outre une production de poids, cet opus bénéficie de l’omniprésence, à l’écriture des textes et au chant, de Jared Leto. L’acteur américain, vu notamment dans « Panic room », « American Psycho » ou encore « Alexandre ». Et pour nos lectrices, sachez qu’il est aussi connu pour ses talents de séducteur. Il a ainsi vécu une idylle auprès de Cameron Diaz et de Scarlet Johannson. A des époques différentes, bien sûr. Excusez du peu ! Enfin, je ne m’attarderai pas sur le côté ‘people’ du personnage car ce n’est pas le genre de la maison. D’autres médias s’en chargent au détriment du profil artistique et de l’analyse du contenu.

Mais venons-en à cet opus. Dès la plage d’ouverture, « Attack » le groupe nous balance un tube formaté sur mesure, une plage dont la durée oscille autour de 3 minutes 30. Le troisième titre n’est autre que « The Kill », une compo diffusée sur toutes les ondes FM. Et le single « From Yesterday » devrait connaître le même sort. Si ces compos sont accrocheuses, les mélodies ne sont guère originales. Et pour cause, elles évoluent à la croisée des chemins de formations yankees comme Funeral For A Friend, Nickelback ou encore Linkin Park. Honnêtement, je préfère l’acteur Jared Leto. Il tourne d’ailleurs pour l’instant « Mr Nobody », en compagnie de notre Jaco Van Dormael national. Un film à gros budget. Le plus onéreux du cinéma belge d’ailleurs. Reste aussi à voir ce que donnera en live, la défense de cet opus. Mais là aussi il faudra s’attendre à la grosse artillerie plutôt qu’aux petites salles intimistes. Une preuve ? A la rentrée, 30 Seconds To Mars est programmé dans la prestigieuse ‘Brixton Academy’ de Londres…

Pour cette dernière journée des 33èmes Lokerse Feesten, les organisateurs avaient choisi l’éclectisme en programmant à la même affiche le folk irlandais des Pogues, le grunge US des Lemonheads et le punk batave des Heideroosjes.

Chez les Pogues il faut s’attendre à toutes les surprises. Parfois aussi bonnes que les sensations d’une bonne Guinness portée aux lèvres dans la chaleur moite d’un pub irlandais. Mais souvent aussi mauvaises que les dépressions centrées au-dessus de l’île verte. Ainsi, la dernière fois qu’ils se sont produits au complet en Belgique, c’était en 1991… au Pukkelpop. Probablement la pire prestation accordée par leur chanteur Shane MacGowan. Quelques mois plus tard, son propre groupe n’hésitait d’ailleurs pas à le virer. Les fans se souviendront longtemps de ce show, au cours duquel les musiciens n’avaient de cesse de fusiller du regard un MacGowan imbibé d’alcool et sous l’emprise de substances illicites. Soutenu par son pied de micro, c’est à peine s’il pouvait encore fredonner l’une ou l’autre bribe de chanson. Le combo a ensuite poursuivi sa route sans son chanteur/compositeur. Plusieurs années de suite. Et circonstanciellement, Joe Strummer est venu leur prêter main forte. Comme lors d’un festival gantois auquel votre serviteur avait assisté. De son côté, Shane avait tenté péniblement de continuer en solo. Puis flanqué d’un nouveau groupe : The Popes. Sous cette formule il s’était produit au Vooruit en 1996, lors du Schwung festival à Roulers en 1998, mais avait annulé également à deux reprises : au festival folk de Dranouter (où les Pogues auraient pu être plus logiquement programmés cette année) et lors des Nuits de l’entrepôt du Luxembourg. Il est dès lors tout à fait compréhensible que la présence des Pogues (réunis) sur notre sol belge reste un événement attendu mais en même temps très hypothétique. Hypothétique, d’autant plus que la bande de joyeux lurons irlandais sont programmés à 23h45. Ce qui leur laisse beaucoup de temps pour déguster notre bonne bière nationale en coulisses… Alors viendra (et dans quel état ?), viendra pas ? Jamais deux sans trois ! Après les deux forfaits déclarés par Shane MacGowan, à la dernière minute… D’autre part, c’est la 13ème fois que j’assiste à un de leurs sets, ce soir. Ce chiffre devait bien me porter chance…

Sur le coup de 23h45, on a de quoi être rassuré : le band débarque et son chanteur suit, titubant à peine. Dès le début du show, il est évident que toute la troupe, y compris son leadeur, est en grande forme ! Le show débute par les traditionnels « Streams of Whiskey » et « If I should fall from grace with god ». De quoi faire bouger la foule. Mais aussi fredonner en chœur les « Broad majestic Shannon » et autre « Pair of brown eyes » qui s’ensuivent. Preuve de sa vitalité, Shane MacGowan ne s’assied jamais sur le tabouret sis derrière lui, si ce n’est pour y déposer son précieux breuvage ; et il ne quitte la scène que pour céder le relais à Spider Stacey pour « Tuesday morning » ou Terry Woods dans « Young ned of the hill ». Les pogos et autres farandoles s’enchaînent, entraînant jeunes et moins jeunes, Wallons et Flamands, fans belges et venus parfois de loin… Après une bonne heure de concert, et un « Sick bed of Cuchulainn » au cours duquel l’ambiance monte encore d’un cran, le band prend congé du public. Sans trop y croire, celui-ci réclame pourtant un rappel. Les Pogues sont dans un bon jour. Et ils vont même se montrer très généreux à l’égard de l’assistance en leur réservant un bon lot de surprises. Les musiciens changent tous de rôle. Shane passe au backing vocal, et c’est le batteur Andrew Ranken qui se réserve le micro pour interpréter « Star of the county down ». Deux titres plus tard, chacun y met du cœur sur un « Fiesta » clôturant définitivement un des meilleurs concerts accordé par The Pogues à ce jour. (NDR : avis unanimement partagé sur les forums de ses fans).

Les spectateurs de Lokeren, et son cadre bucolique, n’ont rien eu à envier ce soir à la Brixton Academy et aux précédentes réunions de Noël ou de Saint-Patrick. Et les nombreux aficionados venus d’outre-Manche garderont un tout bon souvenir de leur mini-trip en Belgique, d’autant plus que le show en Suède deux jours auparavant avait été qualifié d’exécrable. En outre, la prochaine date prévue dans un festival folk anglais était déjà pressentie comme annulée. Quand je vous disais qu’avec The Pogues il fallait s’attendre à tout ! Les absents de Lokeren ont manqué ce qui risque, à chaque fois, d’être la dernière bonne occasion (vu l’état de santé de Shane Mac Gowan) de revoir le groupe de référence de punk/folk irlandais.

Set List : “Streams of whiskey”, “If i should fall from grace with god”, “Broad majestic shannon”, “Turkish song of the damned”, “Young ned of the hill”, “A pair of brown eyes”, “Boys from the county hell”, “Tuesday morning”, “Kitty”, “Sayonara”, “Repeal of the licensing laws”, “Sunnyside of the street”, “Body of an american”, “Lullaby of London”, “Dirty old town”, “Bottle of smoke”, “Sick bed of Cuchulainn”

Encore : “Star of the county down”, “Sally MacLenane”, “Rainy night in Soho”, “Fiesta”

Plus tôt en soirée, ce sont aussi des survivants que l’on n’attendait plus : Evan Dando et ses Lemonheads ont foulé les planches flandriennes. Après avoir connu une période de gloire fin des années 80 et début des années 90, ponctuée par la sortie de l’incontournable album « It's a shame about ray », le groupe avait fini par s’éteindre vers 1996. Faut dire qu’il avait longtemps surfé sur la vague grunge. Evan Dando de son côté avait entrepris une carrière en solitaire. Dix ans et quelques changements de line up plus tard, Dando a reformé son band pour graver un opus sobrement intitulé « The Lemonheads ». Sur scène, le combo arbore (consomme) un look (style) grunge. Comme à ses débuts. Les influences de Nirvana et même de Dinosaur Jr (Jay Mascis a d’ailleurs collaboré à la confection de leur dernier opus) sont très palpables tout au long du set. Si sur disque les guitares laissent parfois la place à l’acoustique et aux ballades pop-folk, ce soir, à Lokeren, le ton est définitivement noisy/grunge voir punk. Epinglant quelques tubes comme « Into my arms » ou « It's a shame about ray », mais interprétés sous une forme plus que sauvage, les Lemonheads parviennent à capter l’attention de leur public… jusqu’à une certaine heure... Car visiblement, Evan Dando a sympathisé avec les Pogues en coulisses, et semble avoir abusé de l’apéro en leur compagnie. Et autant l’ancienne bassiste responsable des backing vocals, Juliana Hatfield, était agréable à regarder et à entendre jouer, autant son remplaçant chante manifestement faux. Au fil du temps, le show devient de plus en plus brouillon. Etait-ce voulu ou pas, une chose est sûre, cette détérioration du son a gâché ce qui aurait pu être un bon concert. Evan Dando a pourtant voulu revenir sur le podium en solo ; mais les organisateurs l’en ont empêché. Une situation plutôt fâcheuse lorsqu’on tente un come-back et que cette tentative se solde par un cuisant échec…

En tout début de soirée, la prestation de Heideroosjes ne m’a pas particulièrement bottée. La formation jouit d’une réputation qui va bien au-delà de leurs Pays-Bas et du Nord de la Belgique. Une preuve ? Ils sont signés par le célèbre label yankee Epitaph aux côtés de grosses pointures du genre comme Nofx, Bad Religion ou Millencollin. L’écoute de quelques titres suffit pour comprendre que leur punk navigue encore très loin de celui pratiqué par leurs compagnons de label. Et il manque surtout de finesse. A l’instar du vocaliste qui pense avoir trouvé la bonne punk-attitude en rotant entre chaque morceau… Heureusement, si lors de certains festivals, le public est obligé d’attendre (im)patiemment la suite des événements, Lokeren offre de multiples alternatives. De nombreuses festivités connexes sont organisées au cœur de la ville. Et si vous voulez vous éloigner quelque peu des décibels, il vous est loisible de visiter la ville, de vous promener le long du canal (Durme), de fréquenter ses pubs, sa foire ou encore d’assister à d’autres concerts gratuits sis à quelques pas du site. De quoi se reposer quelque peu les oreilles, avant de revenir vous plonger dans le vif du sujet, frais et dispos…

De Heideroosjes + The Lemonheads + The Pogues

Organisation : VZW Lokerse Feesten, Lokeren

lundi, 11 juin 2007 23:18

T’as vu

‘T’as vu, ce CD est chroniqué sur musiczine ?(!)’ pourrait s’exclamer les plus irréductibles rockeurs fidèles à notre site. D’autres réflexions fuseraient bien comme ‘Mais que peut bien foutre la chronique d’un tel CD sur notre site ?’ Je vous avoue d’ailleurs que je me pose encore la question tout en rédigeant cette chronique… Peut-être faut-il y voir une opportunité de casser cette étiquette d’élitiste que l’on colle, trop souvent et à tort, à notre website, telle une sangsue que l’ont doit arracher par des moyens douloureux ? Car oui, se farcir 19 titres d’un artiste que je n’apprécie pas particulièrement et ne trouve pas vraiment drôle, demande un effort d’impartialité.

Mais je vous avouerai que ma motivation est également ailleurs : mon filleul (âgé de 8 ans…) est un grand fan de Fatal Bazooka, et c’était donc l’occasion de partager la découverte de ce CD avec lui. Son enthousiasme est d’ailleurs contagieux, et me pousse à écouter cet opus en toute objectivité.

Le design de la pochette, aussi soigné que les clips vidéos, incite également à aller plus loin (tout comme, pour les midinettes, le physique d’un Michaël Youn torse nu et transformé pour l’occasion en chippendale). Ben oui, ce côté visuel fait vendre, et c’est sans doute pourquoi un DVD est livré en bonus (avec 2 clips vidéo et une sorte de making-of).

Et la musique dans tout ça ? Il y a bien le tube aussi débile que populaire « Fous ta cagoule », que la caricature de Diam’s « Mauvaise foi nocturne » auquel participe Pascal Obispo. Ainsi que l’un ou l’autre titre dont la durée, proche des 3’30, pourrait le muer en single potentiel : « Chienne de vie » et « Parle à ma main ». Pour le reste… une intro plutôt originale sous forme d’émission radio et un bonus track (auto-) caricaturant la Bretagne et d’autres artistes de chanson française. Un second degré présent dans la plupart de titres, dont les MC, et beaucoup de grossièretés sur des titres qui parlent d’eux-mêmes : « Sale connasse » et « C’est une pute ».

En résumé, beaucoup de gros mots, de l’humour bien lourd et en dessous de la ceinture à l’image de la personnalité du leader Michaël Youn, le tout sur fond de beats simplistes et répétitifs, et de hip-hop revisité. Les ados adoreront et fredonneront ces refrains taillés sur mesure, les autres procèderont, plus que probablement, au classement vertical de cette plaque…
 

Pour voir la vidéo de « C’est une pute » :

http://www.wat.tv/video/fatal-bazooka-c-est-pute-jsgf_j9zz_.html

 

 
 
mardi, 17 avril 2007 04:00

Big City

Après nous avoir délivré un opus convaincant (« A song about a girls »), Zita Swoon nous propose un album tout à fait captivant. Pourtant, à l’issue de l’écoute des trois premières plages de « Big city », dont le single « I feel alive in the city », on se dit qu’il n’y a rien de neuf sous le soleil. Caressé par les chœurs des charmantes métisses, le ton reste résolument jazzyfiant. Les thèmes abordés par les lyrics sont constants : les amours (heureux et malheureux), la famille, les femmes, les rêves ou les illusions. Mais Zita Swoon ne tombe jamais dans la facilité. Il ose même une reprise du « Series of Dreams » de Bob Dylan. Opération délicate, mais parfaitement réussie. La voix de Stef Kamil Carlens passe toujours aussi bien la rampe. Que ce soit dans la langue de Shakespeare que celle de Molière. Lorsqu’il chante en français, ses origines néerlandophones transparaissent inévitablement ; mais son accent flandrien apportent ce petit plus à son timbre légèrement cassé. Pour concocter ce disque, Zita Swoon a reçu le concours de Miossec. Il ne s’est pas contenté d’être fan ou spectateur, mais a participé activement aux sessions d’enregistrement. C’est manifeste pour « Humble », compo sur laquelle on ressent la griffe du Breton. Ou encore tout au long de « Ose aimer ». On a même parfois l’impression que Stef mime le chant de Miossec. Cette œuvre aborde le thème des grandes villes. Et on ne peut s’empêcher de penser à « Paris » de Daniel Darc, à l’écoute de « L’opaque paradis ». Il y brosse d’une manière semblable façon un portrait guère reluisant de la ville lumière (‘Paris…mais qu’est-ce que je fais ci ?...tu m’appelles et puis tu m’oublies’).

Bref, à aucun moment on ne se lasse d’écouter ce digne successeur de « A song about a girl » et « A band in a box », ses précédents elpees. Sorti ce 30 mars, « Big city » ne devrait pas passer inaperçu, et pourrait même devenir l’album de la consécration pour Zita Swoon…

 

 

 

 

mardi, 17 avril 2007 04:00

Living with the living

Autant l’écrire tout de suite, cet album ne convainc pas d’entrée de jeu et l’inspiration manque quelque peu pour en réaliser une chronique. Le ton est en effet bien loin des mélodies ‘pop’ de 3 minutes qui accrochent instantanément par leur petit refrain. Heureusement, après trois titres, la patience et la curiosité sont rapidement récompensées. « Why do you love ? » nous plonge (enfin) au sein d’un univers passionnant. Celui de Ted Léo. Au guidon d’une Harley le long de la route 66. Dans ce contexte typiquement ricain, on se sent alors pousser des ailes. Et nous permet d’aborder la suite au cœur d’un périple qui oscille entre rock US bien trempé, bon vieux rock 70’s, rythm’n’blues, de folk irlandais -comme sur « A bottle of buckie », balayé par un whistle ou encore reggae (« The unwanted things »). Mais toujours en balisant le tout sur un tempo punk/rock engagé. Sans oublier d’y inclure l’un ou l’autre riff de guitare étincelant. Parfois on pense à Kings of Leon voire à Paul Weller (les ballades !). Les lyrics sont inévitablement engagés. Politiquement. A gauche, mais surtout anti-Bush. Sans l’indiquer explicitement. A l’instar de « The world stops turning ».

Bref, Ted Leo est demeuré fidèle à sa ligne de conduite. Mais sa philosophie s’adresse essentiellement à ses aficionados. En particulier ceux qui vivent sur la côte Est des USA. Vingt ans qu’il milite pour les mêmes idées. Même quand il sévissait chez les groupes de hardcore Animal Crakers, et Citizen's Arrest. Et apparemment, il n’a toujours pas envie de s’extraire de cette zone crépusculaire de l’underground. Ce qui n’empêche pas cette œuvre de s’avérer plutôt agréable à écouter… 

 

 

samedi, 16 juillet 2005 03:00

Dour Festival 2005 : samedi 16 juillet

La foule est moins dense que la veille. Le public semble encore plus dispersé et éclectique que les jours précédents... Parfois, lorsqu'on s'écarte des scènes, on se demande si on participe encore à un festival rock ou si on traverse les allées d'une grande foire. Mais Dour, c'est ça aussi ! Celles et ceux qui n'ont plus participé à ce type de manifestation depuis des lustres seraient sans doute très surpris de son évolution… Bref, en se faufilant entre stands de sponsors, échoppes de magasins et en évitant les corps étendus de jeunes 'cuves psycho-narcotiques', on atteint finalement le but ultime: The Last Arena.

Là-bas, les Anglais de Help She Can't Swim pulvérisent la plaine à grands coups de riffs et de cris stridents. Coïncidence qui ne trompe pas: la plaine de la Machine à Feu n'a jamais aussi bien porté son nom. Les guitares virevoltent et la voix de Leesey Francis, la chanteuse, extermine les moindres temps morts du concert. Les hits s'enchaînent et se déchaînent: "Fermez La Bouche" (ce titre !), "My Own Private Disco" ou "What Would Morrisey Say ?" alimentent la tension vitale de cette décharge en règle. Un set puissant pour un quintet à tenir à l'œil.

Quelques mètres plus loin, c'est l'effervescence. En compagnie de son fidèle batteur, l'étrange Scout Niblett rabote la Petite Maison dans la Prairie. Le couple est une version renversée du duo rouge et blanc de Detroit. C'est un style particulier: Scout Niblett est fringuée comme une caissière Carrefour signalant la route à des chauffards paumés en plein Alabama. On sent la fougue Albini traverser les titres surpuissants de ces White Stripes du pauvre. Pourtant, le compte en banque du mélomane s'enrichit: "Fuck Treasure Island", "Valvoline" et "Good To Me", tombent dans son escarcelle pour ne plus jamais en ressortir. Un pur moment de découverte!

Sous la Club Circuit Marquee, Modey Lemon se chauffe à l'ancienne. Derrière son micro, Phil Boyd éructe la panade rock'n'roll favorite de son trio. Venus défendre "The Curious City", leur dernier opus, les Américains dévoilent une rage sirupeuse qu'on ne leur connaissait pas. Les gaillards sortent leur rock du garage et l'envoient promener sur les chantiers du grunge et du punk. A ce titre, "In the cemetery" et "Trapped rabbits" résonnent encore comme d'indéniables réussites.

Sur le coup de 16h50, Daniel Darc débarque sur la Red Frequency Stage. L'ancien leader des Taxi Girl reste une curiosité à lui seul. Il se déhanche continuellement. Son chant est aussi saccadé que celui de Miossec, lorsqu'il n'est pas très proche d'un Gainsbourg des mauvais jours. Cet homme est un écorché. D'ailleurs, il ne faut pas longtemps pour s'apercevoir que la vie de Darc a cramé par les deux bouts. Sa gueule de névrosé tatoué est à peine masquée par des lunettes noires. Dans la rue, on le prendrait facilement pour un chanteur SDF qui fait la manche. En découvrant son show, on a la conviction qu'il vit dans son propre monde. Il nous raconte - entre autres - ses mésaventures avec la police belge (sa détention pour consommation (abusive?) de cocaïne) à une certaine époque de sa vie. L'impression globale est pitoyable voire pathétique… Et pourtant, la magie opère. Soutenu par d'excellents musiciens, Daniel Darc déballe une sensibilité rare dès les premiers titres de son set. Ressassant souvent les mêmes thèmes : le suicide ou la perte de (ses ?) repères. Toujours sur le fil du rasoir, Darc dégage un 'je ne sais quoi' qui ne laisse pas indifférent. S'il était un peu plus respectueux de son entourage (il s'énerve un peu trop souvent sur son pied de micro, allant jusqu'à le briser), il pourrait rejoindre, bien malgré lui, la vague des artistes étiquetés 'nouvelle chanson française'. On aimerait le revoir en meilleure forme…

Sur la scène principale, une accalmie (toute relative) règne par rapport à la journée du vendredi : le métal lourd de la veille cédait le relais à du hardcore… On regrettera néanmoins que des groupes du même style se produisent au cours d'une tranche horaire identique. Dilemme donc pour choisir entre l'école française (ETHS et Watcha) et la new-yorkaise (25 Ta Life et Murphys' Law). Si ce sont principalement les ados qui se déchaînent sur les sets vitaminés mais sans surprise d'ETHS et Watcha, c'est finalement sous la chaleur étouffante de la Popbitch Tent que les vrais amateurs de hardcore se sont donné rendez-vous. Après une époque de gloire vécue au début des 90's, le hardcore new-yorkais semble être un peu passé de mode. Mais bon, le public de Dour n'est pas aussi pointu que celui du Graspop. Ainsi, sous le chapiteau, on ne dénombre qu'une centaine de personnes. Mais l'ambiance est bonne et l'esprit vraiment underground. Malgré l'accumulation des concerts (ne se contentant pas des grands festivals, ces formations jouent un peu partout lors de leurs tournées européennes: même dans des salles plus étriquées), les artistes américains sont loin de se la jouer "grandes stars" et ne se prennent pas la tête. Aussi les New-yorkais ne font-ils pas la fête en backstage, se mêlant généreusement à la foule ou dressant carrément un stand improvisé d'autoproduction sous le chapiteau.

Il est malheureusement un peu trop tard pour admirer les irréprochables 25 Ta Life. Autour du charismatique Rick Healey (encore un tatoué de partout), un gros turn-over s'est opéré dans le line-up (NDR : Oups… A force de côtoyer des Américains, on finit pas y perdre son langage) du collectif. Sur scène, tout porte à croire que c'est encore ce bon vieux Rick qui tire son groupe vers le haut.

Pour le retour de Murphy's Law, quelques fans s'étaient donnés rendez-vous. Mais au début du concert, on a l'impression qu'il y a autant de monde devant le podium qu'en backstage. Tant leurs copains de 25 Ta Life que d'autres musiciens aficionados du genre se regroupent sur les côtés de la scène pour participer à la grande fête. Car si vous ne les connaissez pas, ne vous fiez pas à leur nom (la célèbre loi du capitaine Murphy envisage toujours une issue pessimiste), ni à celui de leur dernier opus (« The party's over »). La fête n'est, en effet, jamais finie chez eux. Nos quatre gais lurons gagnent donc la scène. Le line-up des Murphy's a également changé au fil des décennies, mais le frontman original Jimmy 'G' Gestapo répond toujours présent. Il est même bien entouré. Et en particulier par l'ex- Demonspeed Sal Villaneuva. Look de catcheur, il aurait pu incarner le vengeur masqué. Il ne faut pas plus de deux titres pour que Jimmy fasse monter l'ambiance. Face à une telle animation, des tas de curieux viennent se mêler aux fans. Le public s'embrase au simple contact de l'énergie communicative des sympathiques New-Yorkais. Une spirale délirante fait rapidement de ce concert un grand moment festif et convivial. La scène est sans doute trop petite pour le chanteur déjanté qui bondit dans le public dès le troisième morceau, électrisant davantage la foule. Le groupe invite alors le public à créer le traditionnel 'circle'. (NDR : pour les non-initiés, cette invitation consiste à former un cercle au sein duquel les spectateurs courent et pogotent de plus en plus vite, sur un rythme tribal, cadencé par la musique). Et quand on vous dit que ces Américains savent faire la fête: ils ne sont pas avares de libations et ne tarissent pas d'éloges à propos de notre bière belge ('You have the best beer in the world'). Le groupe se montre généreux, distribuant ses canettes dans le public. Jimmy G s'amuse à les ouvrir de côté avec les dents (quelle mâchoire !) et asperge le public du breuvage. Musicalement, l'éclectisme est de rigueur : on passe du punk US made in NOFX au bon vieux hardcore à la Sick of it All, le tout épicé d'une pointe de ska et de reggae (de ce côté, le bassiste s'en donne d'ailleurs à cœur joie). C'est sûr Murphy's Law n'usurpe pas sa renommée légendaire de groupe de scène. La formation prend clairement du plaisir à jouer. Leur joie est communicative et entre littéralement en communion avec le public. Espérons qu'on puisse les revoir bientôt chez nous, dans un cadre plus adéquat.

Napalm Death leur succédait sous la Popbitch Tent. Les fans gardent certainement le mauvais souvenir de leur annulation 1998. Le dimanche 12 juillet très exactement, moment de gloire pour la France qui remportait la coupe du monde de football. Ce même jour, Immortal et Louise Attaque (dans un autre genre mais aussi en dernière minute) déclaraient forfait. La pluie et l'absence (prévue celle-là) de Rammstein avaient rendu la soirée vide et maussade. Cette année, Napalm Death n'a pas fait faux bond et était plus décidé que jamais à nous balancer sa purée sonore à la figure. A l'instar d'Anthrax, Napalm Death n'a guère de lien avec l'univers terroriste et demeure un des noms incontournables en matière de trash. Le groupe n'a pas non plus échappé à la loi des changements de line-up. Mais sur scène, son authenticité reste intacte.

Comme nombre de nos compatriotes à l'affiche, Jeronimo a recueilli un énorme succès. Aussi bien avant qu'après son show; et en particulier pour la séance de dédicaces (NDR : ce stand Humo est encore une nouveauté à Dour, une initiative que l'on retrouve depuis longtemps dans les festivals flandriens) au cours de laquelle les fans faisaient la file. Des compositions très personnelles, de belles chansons à texte et de longues balades bien agréables que l'on préfèrera revoir et écouter dans une ambiance plus nocturne (NDR : il n'est que 18h30). De plus, cette grande Red Frequency paraît tellement démesurée lorsque l'artiste chante en solo.

Et ce n'est pas en solo, ni en version DJ, mais bien entouré d'un authentique groupe rock qu'Alec Empire prend le relais sur la Last Arena. Ses allures et attitudes ne sont pas sans rappeler Iggy Pop. Plus jeune et torse nu, tel l'iguane du rock, Alec Empire s'exhibe véritablement, se dépense sans compter, avant de se lancer dans un slam et de prendre un petit bain de foule. Entouré d'une jolie claviériste (NDR : Cette dernière avait probablement oublié ses sous-vêtements au vestiaire. Un spectacle d'autant plus apprécié du côté de l'écran géant, sur le côté de la scène), il nous livrera un set solide ; nous remémorant parfois d'inoubliables instants passés en compagnie d'Atari Teenage Riot, son ancien groupe. On se rappelle d'ailleurs du gracieux concert offert par le bonhomme quelques années auparavant, sous une chaleur tout aussi étouffante.

Malheureusement, il a fallu se résoudre à quitter les lieux après un bon quart d'heure. Non que le style soit peu accessible mais parce qu'un zapping s'imposait. Le rendez-vous avec Mickey 3D est fixé. En fait, les préjugés ont la vie dure. C'est ainsi sans grande conviction et plutôt par curiosité que l'option se porte sur les Français. D'autant plus que les occasions seront rares d'aller les applaudir cette année. Pour preuve: Dour est la seule date belge prévue à ce jour par le trio. Les tubes simplets comme « Respire » ou « Yalil » trottent inévitablement dans toutes les têtes. Mais sur scène, le groupe semble vouloir casser cette image à tout prix. Résolument rock, dans l'attitude et dans le rythme, Mickey 3D surprend et impressionne. Finalement plus proche de Noir Désir que d'un piètre groupe de variété française. A l'instar du dernier album, « Matador », le collectif hexagonal ne prend pas une mauvaise direction. Même le mégatube « Respire » est joué de façon très rock, presque speedé. Et si « J'ai demandé à la lune » est repris dans une version toute aussi révoltée en rappel, c'est sans doute une façon pour Mickey de montrer qu'il est également un artiste à part entière (NDR : Un excellent parolier du moins. C'est lui qui a écrit les lyrics de cette chanson, popularisée par Indochine).

Dans la même lignée, Saian Supa Crew (NDR : après un premier passage annulé à Dour) manifeste également un certain talent (dans un registre rap/hip hop cette fois). Ici également, le tube « Angela » et son clip vidéo sont très présents dans les esprits. Mais sur scène c'est une autre histoire : accompagnés d'un DJ, les cinq rappeurs attirent la grande foule. Il manquait même de place sous le Dance Hall. Celui-ci débordait de monde jusqu'à plusieurs dizaines de mètres à l'extérieur du chapiteau… on n'avait plus vu un tel enthousiasme depuis le passage de…Kyo ! Bref, un peu comme pour Vive la Fête la veille, Mickey 3D et Saïan Supa Crew ont mérité un statut de 'têtes d'affiche' dans un festival qui n'en propose plus vraiment. La place est laissée aux surprises et aux découvertes et c'est tant mieux!

A Dour, une part belle est faite aux revenants! Le reste de la soirée en atteste : Television, Young Gods et Front 242. Rien que ça ! Et décidément, un problème persiste cette année : la répartition des artistes sur les scènes en fonction du public ciblé.

Pendant que Saian Supa Crew faisait le plein au Dance Hall, Television n'attirait que quelques centaines (à peine) de spectateurs devant la scène principale. Installés au premier rang, les vrais fans pouvaient se compter sur les doigts d'une main. Peu de jeunes: logique, ce groupe mythique est né en 1975. A l'époque, de nombreux festivaliers n'étaient pas nés. Peu importe, Tom Verlaine et ses acolytes ont un classique à défendre: "Marquee Moon". Alors, jouera, ne jouera pas ? Dans la fosse, le respect a remplacé l'hystérie et le recueillement s'impose. Dans une ambiance clinique et rétrograde, les New-yorkais retracent l'histoire du rock. Si Television a réellement participé à l'épopée du punk, Tom Verlaine demeure sans aucun doute le moins bon guitariste de cette idéologie révolue. Ce mec est une véritable bête, un animal 'pince-sans-rire' et 'sans voix' mais un admirable guitariste quand même. Moins d'une heure après l'entame du concert, les premiers échos de "Marquee Moon" retentissent enfin. L'instant est fort, vibrant. On se rend à l'évidence: ce groupe a influencé ses pairs à jamais. Et soudain, c'est la fin. L'illusion perdue se retire en coulisses. Un dernier regard en direction de la maigre assistance en guise de remerciement, Tom Verlaine s'évapore dans l'obscurité. S'agissait-il d'un adieu à la Belgique ?

Pour leur part, les Young Gods avaient choisi Dour pour fêter leur 20ème anniversaire. En 1992, ils nous avaient accordé un concert époustouflant. A l'époque, la formation suisse partageait la tête d'affiche en compagnie des Négresses Vertes (NDR : depuis le décès d'Helno, le groupe n'est jamais parvenu à remonter la pente). L'excellent album "TV Sky" succédait alors à un autre chef d'œuvre "L'Eau rouge". Treize ans plus tard, la potion magique des jeunes dieux a toujours le même goût. Mais cette fois, elle est concoctée par un trio chant/batterie/synthé. En effet, les Young Gods sont surtout des divins du sampling. Il est toujours aussi troublant d'entendre ces riffs de guitare détonants (particulièrement sur le tube "Skinflower"), sans voir le moindre guitariste en action. Originaire de Genève, la formation parvient toujours à agrémenter son subtil mélange d'electro-noisy d'une touche industrielle ou de post-punk. Les Young Gods sont capables de se muer en ensemble philharmonique (on se souvient aussi de leur album hommage à Kurt Weill). Franz Treichler se démène toujours autant. Bénéficiant d'un joli 'light show', la prestation est unanimement appréciée. Aussi bien chez les connaisseurs postés aux premières loges que chez les curieux reculés. Comme le bon vin, les Young Gods ont bien vieilli. Reste à voir et surtout à écouter ce qu'ils nous proposeront à l'avenir. La sortie d'une compilation est annoncée. Mais elle ne présentera qu'un seul nouveau titre.

Un petit vent de douceur et de jeunesse n'est jamais désagréable à rencontrer. Dans la Petite maison dans la Prairie, le duo de charme Electrocute peut nous offrir ce rafraîchissement. Kitsch au premier coup d'œil, les deux chanteuses - vêtues de minishorts hyper racoleurs –relancent les deux choristes d'Abba (en plus sexy !) sur le dancing. A priori, les mélodies génèrent une 'nouvelle sensation' d'électro-clash réchauffé et superficiel. Mais force est de constater qu'Electrocute passe au-delà des clichés et nous séduit au fil de son répertoire. Les deux 'front-women' jouissent d'un physique identique et leur voix se complètent à merveille. Les divers instruments balancés ci et là forment une bonne alchimie. Au final elles nous livrent un mélange hybride, bien travaillé et pour le moins atypique. Les 70's dominent le set. Mais les deux beautés nous invitent à traverser un succédané d'époques alambiquées.

Dans un autre style, Front 242 nous propose de revisiter les 80's, une période plus actuelle que jamais. Une époque dans laquelle nous replongent d'ailleurs des groupes en vogue comme Interpol ou The Editors. Vers 1h30 du mat' (NDR: on s'habitue vite à ne plus avoir de retard dans les festivals. Toutefois, les Young Gods ont un peu débordé sur l'horaire), le groupe belge prend possession de la grande scène. Alors que l'écran vidéo, situé en arrière plan, nous plonge dans un kaléidoscope d'images électroniques, les deux premiers membres du groupe s'acharnent sur leurs boîtes à rythmes. Et puis, Jean-Luc déboule pour attaquer un "Body to body" entraînant. En fait, les Bruxellois ont opté pour la bonne recette: mener de front (NDR : elle était facile celle-là) l'alignement de leurs tubes légendaires, tout en conservant l'intensité de leur set. On a l'impression que les morceaux new-wave sont actualisés par une techno profondément ancrée dans le nouveau millénaire. Front 242 évite la facilité et l'impression de déjà-vu. Malgré la bonne ambiance et un show mené tambour battant par Jean-Luc et Richard, la fatigue commence à se faire sentir. 'On n'a plus 20 ans', ironise d'ailleurs un fan de la première heure. Ainsi, sur le coup de 2h30, l'heure de rentrer chez soi et de se reposer les tympans a sonné…

(Merci à Nicolas Alsteen)

 

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