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Ykons

Il faut instaurer des quotas…

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Alors que la Ville de Soignies met traditionnellement à l’honneur le dernier samedi du mois d’août en organisant son festival gratuit et pluridisciplinaire ‘Août en Eclat ‘, le centre historique de la cité millénaire fondée au VIIème siècle par Vincent Madelgaire (Saint Vincent) accueillait ce 7juin, veille de la Pentecôte, une salve d’artistes de renom, tels que Mentissa, Ykons, DJ Daddy K et l'Orchestre Zénith.

Côté pile, une festivité bon enfant, mais côté face, une météo capricieuse et des trombes d’eau à décourager les plus téméraires, alors que le soleil a laissé apparaître ses plus beaux rayons durant quelques semaines consécutives. Quel dommage !

Avant qu'Ykons ne grimpe sur scène, son leader emblématique Renaud Godart a accordé, pour Musiczine, une interview passionnante, humaniste et jouissive. Des superlatifs qui s’accordent bien au dernier né, « Cloud Nine », un disque qui regorge d’accords pop, qui ne sont pas sans rappeler les heures de gloire de Coldplay et Imagine Dragons.

Un entretien serein où l’on alterne le chaud et le froid en traitant de sujets d’actualité. Il sera question de musique et de quête de dépassement de soi. Sans oublier la médiocrité et la dangerosité des réseaux sociaux, Tribunal du Peuple contemporain, où les bien-pensants et pseudo-philosophes, s’épanchent courageusement de manière totalement anonyme derrière un clavier, portant ici et là, des accusations et jugements éhontés sur ce jeune malheureux garçon de 11 ans, prénommé Fabian, percuté par un véhicule de police dans le parc Elisabeth alors que la vie commençait juste à lui tendre les bras. Il n’avait que 11 ans…

Après avoir connu un succès presque inattendu en gravant « Sequoia Tree » et un premier album en 2019, baptisé « Reflectied », vous avez sorti un nouvel elpee, « Cloud Nine », qui fait la part belle à une production nettement plus aboutie. Le produit est digne des plus grands professionnels. Pourtant, vous avez tous un travail alimentaire. Pourquoi, en Belgique, l’artiste éprouve toutes les difficultés du monde à vivre de sa passion ?

C’est une vaste question ! Il y a 2 axes de réponse. En ce qui me concerne, je n'éprouverais aucune difficulté à vivre de ma passion. Nous avons fait le choix de ne pas prendre de statut d'artiste. Nous étions pourtant dans les critères pour l’adopter. Nous n’avons pas voulu lâcher notre métier. J’insiste sur le fait que ce choix ne se résume pas purement au côté financier. Il est aussi physique, inscrit dans nos tripes. Je souhaitais rester dans le monde de l’enseignement. Cette manière de procéder nous permet d’avoir davantage de liberté. La pression de devoir rentrer de l’argent dans un projet musical se fait moins sentir. Cela nous permet également de nous investir, non seulement dans la production des chansons, mais aussi dans le show. Nous nous sommes entourés d’une ASBL professionnelle et d’une maison d’édition. Les quatre musiciens autour du projet et originaires du plateau de Herve ne sont pas des professionnels en tant que tels. Le seul à revêtir ce qualificatif est Louis, le préposé à la batterie, notre musicien additionnel. Très franchement, nous n’avons aucune amertume par rapport à cette situation. Je pourrais un jour arrêter mon métier de professeur, mais je ne suis pas convaincu que je franchirai le pas. La musique est un milieu où il faut prendre les souvenirs et le bon temps tant qu’il est possible de le faire. Nous avons de la chance et nous en sommes tous conscients.

Le second axe sur lequel j’insisterais est plutôt géographique. La Belgique est un pays excessivement compliqué en termes de défense des artistes, vu son petit territoire, d’une part, mais aussi parce qu’il est partagé entre deux cultures différentes. Les Francophones défendent énormément la francophonie, surtout de la France d’ailleurs. Ykons a pris le parti de chanter dans la langue de Shakespeare et les radios Wallonie-Bruxelles sont moins enclines à passer des artistes anglophones. Pour y parvenir, la solution serait d’imposer des quotas comme au Québec, par exemple. Nous y avons des amis qui restent convaincus que si nous devions nous exporter, nous serions considérés comme professionnels de la chanson. Là-bas, les quotas sont fixés à 30% d’artistes québécois sur les radios locales.

Le nouveau long playing est construit autour de Julien Joris et Benoît Leclercq, le duo pop Delta. Un choix plutôt iconoclaste sachant que la signature Ykons est assez éloignée de la chanson française qui a propulsé Delta sur le devant de la scène. Quelles sont les raisons de ce choix ?

A chaque nouvelle sortie, nous travaillons jusqu’à atteindre la perfection. Depuis maintenant trois albums, nous avons des producteurs spécifiques afin d’obtenir la couleur que nous recherchons. Pour cet opus, nous avons réalisé un test avec Delta, comme auprès d’autres producteurs d’ailleurs, et cela s’est très rapidement avéré d’une fluidité exceptionnelle.

Le groupe s’est dissout aujourd’hui, chacun menant sa barque de manière individuelle. Le binôme a eu cette faculté de se mettre au service de la formation et de sa direction. Je pense que tous deux possèdent encore cette capacité. Les influences d'Ykons et de Delta convergent. Ils sont très anglophones dans ce qu’ils écoutent. Ce qui nous a donc beaucoup aidé. Il faut savoir que lorsque nous arrivons en studio, on amène toujours ce que l’on appelle dans le jargon, un titre de direction. Ce qui permet de se fixer une ligne artistique. Cette collaboration a été formidable, nous parlions le même langage musical. L’album a été bouclé en moins de 10 mois, ce qui est assez rapide, sachant que nous ne nous voyions qu’une seule fois semaine, voire deux fois par mois lorsque nous le pouvions. Un bonheur absolu que de travailler en compagnie de Ben et Jul.

Souvent les artistes construisent leurs chansons à partir d’une colonne vertébrale, d’une thématique centrale. Ici, les sujets touchent au quotidien…

Nous voulions que cet album soit construit autour des sentiments et ce qui fait que nous sommes des êtres humains.

A t’entendre, on sent le travail d’introspection du gars qui traverse la quarantaine…

Exactement, c'est parfaitement ça ! A quarante ans, tu te rends compte qu'il y a des choses à côté desquelles tu es passé et si tu le pouvais, tu agirais différemment. Et à contrario, il y a des choses sur lesquelles tu as bien fait de mordre dedans, de pleurer à chaudes larmes ou encore, de dire aux gens un ‘je t’aime’, au bon moment. Ce sont des phases que nous avons tous explorées. Nous avons connu des séparations, pire encore des deuils dans nos familles. Mais aussi, de très beaux événements. Nos émotions ont donc été à la fois très diverses et antinomiques. Il fallait que nous puissions les exorciser à travers des chansons. Je pense notamment à « The Last Call », une compo dans laquelle on dit au revoir aux personnes que l’on a aimées et que l’on a perdues, que ce soit sur le plan amical ou amoureux. C’est un disque porteur d’espoir aussi, à l’instar de titres comme « New State of Mine » ou encore « Open Eyes » qui plébiscitent l’amitié sur ce qu’elle a de plus beau.

« The Last Call » justement est un plaidoyer pour ‘faire tomber les masques’ et (re)devenir soi-même. Avoir une opinion ou un talent expose énormément aujourd’hui. Il en faut du courage pour cesser de se fondre dans la vindicte bien-pensante et (re)devenir singulier ?

Cette chanson incite à se regarder tel que l’on est, peu importe comment les autres vous perçoivent. Il faut y voir une notion plus large, de l’humiliation des enfants au sein des établissements scolaires au danger des réseaux sociaux. Ce sont des thématiques qui résonnent en nous différemment, une fois devenu parents.

« New State of Mind » évoque le regard que l’on porte autour de soi. Quel est ton sentiment personnel sur le sujet ? Comment perçois-tu le monde qui t’entoure ?

Très franchement, je suis anxieux, inquiet et désabusé à la fois, de la déshumanisation du monde actuel. Et la direction prise par la société mondiale me fait excessivement peur. On finit par ne plus être humain et on pense uniquement en termes de sécurité et de bien-être individuel. On réfléchit à court terme, on consomme de manière frénétique et on crache son venin à tire-larigot. Il y a à peine quelques jours encore, un gamin de 11 ans est mort pour avoir circulé sur une trottinette. Et une frange de la population se demande encore aujourd’hui si le geste de ce garçon était ou non fondé. Non, je suis désolé, un gamin ne doit pas mourir pas à 11 ans, peu importe la raison, peu importe le pourquoi.

Les réseaux sociaux et médias finissent par nous faire porter des œillères. Ça me fait vraiment flipper. J’ai moi-même des enfants et je crains de perdre ce côté humain. Très honnêtement, je ne crois pas qu’on l’on aurait eu ce genre de considération, il y a encore seulement quinze ans d’ici. On se serait probablement offusqué. Aujourd’hui, on finit par faire croire que ce garçon est fautif parce qu’il ne s’est pas arrêté en voyant arriver la voiture de la police. Mais, c’est juste un gamin, putain. Il a pris peur à la vue des uniformes. Qui n’a pas fait de conneries étant plus jeunes ? Je trafiquais ma mobylette, sans que mes parents ne le sachent. Ce n’était pas leur faute, uniquement la mienne. Je suis désolé, mais on ne meurt pas pour ça ! Je le redis haut et fort on ne meurt pas pour ça ! Et je n'arrive pas à comprendre comment certains peuvent encore essayer de placer cet événement dans un contexte. Il n’y a pas de contexte ! Un gosse est mort, point barre !

Je suis d’accord avec toi, les réseaux sociaux sont maintenant devenus le Tribunal du Peuple. Tu abordes cette thématique dans « Dirty Lies ». Pourtant, si un groupe souhaite devenir médiatiquement plus présent, il doit notamment utiliser ces canaux. Comment abordes-tu cette nouvelle politique face au danger qu’elle représente ?

La critique ne nous effraie pas. Nous ne sommes pas des vedettes, juste des mecs qui aiment faire de la musique. Si certains nous suivent et aiment notre production, pour d’autres, nous sommes d’illustres inconnus. Notre statut actuel nous convient donc parfaitement. Pour ce qui concerne les réseaux sociaux en particulier, nous avons décidé de n’être que ce que nous sommes en vrai. Si des gens s’amusent à critiquer nos choix, je n’en ai rien à secouer. Libre à chacun de faire ce qu’il veut. Les gens n’apprécient pas ma casquette où mon corps parce que je réfute la culture du ‘body summer’, je m’en fous. Et si la critique ne touche pas un choix précis, ça me touche encore moins. Si tu ne nous aimes pas, crache ton venin, on ne te prendra pas en considération. On ne s’intéressera qu’aux personnes qui nous veulent du bien. Enfin, pour ceux qui portent des critiques sur notre travail tout en nous souhaitant du bien, nous les écouterons. Il faut être attentif aux messages qu’ils nous transmettent.

On sent chez vous une certaine filiation avec le meilleur des hymnes pop rock anglo-saxons. De qui Ykons pourrait être est le digne successeur ?

Je ne pense pas que l’on puisse se targuer d’être le digne successeur de qui que ce soit. Nous n’avons pas le feu sacré pour, de toute façon. On ne réinvente pas la musique et nous n’avons d’ailleurs pas cette prétention. Cependant, nous avons toujours mis un point d’honneur à donner le meilleur de nous-mêmes. Tu sais, je ne suis pas anglophone. Mais j’ai fait tout ce qui était possible pour m’améliorer. Nous voulions que les gens aient la sensation que nous ne sommes pas un groupe belge. Parmi les groupes qui nous fascinent, je citerais Coldplay, Imagine Dragons ou encore The Boxer Rebellion. On cherche à aller aussi loin que possible dans le travail du son, des textes et des valeurs véhiculées. C’est la culture du groupe.

Demain 8 juin, vous vous produirez au sein de l’hémicycle du Cirque Royal de Bruxelles, une sacrée consécration. On est loin de vos premières répétitions. Quel regard portes-tu sur ton parcours et celui d'Ykons ?

Nous avons toujours rêvé de jouer en acoustique au milieu du public. Nous attendions juste le moment idéal pour nous faire plaisir. Et demain, ce sera chose faite ! Confidence pour confidence, je vais préparer une surprise, y compris pour les membres du groupe. Gratte en main, je vais retracer, au travers d’une chanson, toutes les étapes importantes depuis la formation en 2009, date clé où l’envie de faire de la musique s’est fait sentir. Les moments magiques, mais aussi compliqués, seront passés en revue. Au Cirque Royal, point d’orgue de cette belle histoire.

La botte secrète d'Ykons reste la scène. Les concerts sont toujours énergiques, théâtralisés, stylisés.  Est-ce que cet opus a-t-il été taillé spécifiquement pour le live ?

Avant de s’intituler Ykons, nous avions enregistré un album où nous utilisions nos chansons live et les enregistrions telles quelles. Nous avons été très déçus du résultat. Que pouvions-nous apporter de plus en live, compte tenu du fait qu’il s’agissait déjà de version ‘concert’ ?

Nous devions apprendre de nos erreurs. Aujourd’hui, les morceaux sont écrits de manière à pouvoir les adapter au mieux pour le live. L’idée est que l’auditeur puisse trouver cette sensation de plénitude lorsqu’il est seul chez lui dans son canapé à écouter Spotify. Et lorsque nous nous produisons en concert, l’auditeur doit pouvoir venir écouter autre chose qu’un disque. Il faut du spectacle. Les groupes qui nous ont marqué ont travaillé de cette manière. Personnellement, je ne vais pas assister à un concert pour entendre à l’identique ce qui sur trouve sur le disque et dans des conditions d’écoute plus difficiles. J’aime lorsque l’artiste prend des risques. Il s’agit de la culture que nous nous efforçons de suivre depuis « Reflected », notre premier album studio.

Je me souviens spécifiquement du set lors du festival ‘Les Gens d’Ere’ en 2024, contrarié par des problèmes techniques auxquels artistes, techniciens et public ont dû faire face. Pourtant, ce concert d’Ykons restera, à mon sens, l’un des meilleurs, la fluidité s’avérant, de plus en plus, une des forces vives du groupe. Quels souvenirs en gardes-tu ?

C’est un peu technique. Il y a des liaisons entre les tables de retour et les tables de façade. On utilise une RJ45. Les tables utilisées sur le site supportaient une RJ45 de 90 mètres. Et là, on a utilisé une RJ45 de 100 mètres avec un raccord de 20 mètres. Il y avait donc au total 120 mètres, soit 30 mètres de trop. Conséquence, il y avait des pertes de sons dans la façade. Personnellement, j’aime ce genre de défi.

Confidence pour confidence, je ne vous ai pas trouvé particulièrement stressé par la situation…

Il m’en faut beaucoup pour m’ébranler. Ce comportement doit venir de mon passé de DJ que j’ai exercé durant des années. Je devais aller au contact du public. Lors de ce concert, il était de mon devoir de faire vivre au public un aussi bon moment que celui que je vivais. C'était une expérience sympa en tout cas.

La Ville de Soignies a la particularité d’offrir un festival gratuit fin août baptisé ‘Août en Eclat’ qui dépend essentiellement des subsides alloués au Centre culturel notamment. Qu’on le veuille ou non, la culture est politique. Pourtant, les artistes dénoncent depuis toujours les injustices, les abus de pouvoir et les dérives d’un système dont il profite. Comment réconcilier les attentes du monde culturel au sens large et celles du politique ?

Le politique doit comprendre que les artistes ont besoin d'exister, notamment par la défense dans les médias en général et en radio en particulier. Il faudrait davantage de visibilité sur les médias de grande envergure comme la RTBF, là où on devient forcément bankable (qui rapporte de l'argent). Les organisateurs éprouvent aujourd’hui toutes les difficultés du monde à mettre sur pied quoi que ce soit. Certains festivals font faillite parce qu’ils proposent notamment des artistes français aux cachets mirobolants, les artistes belges sont pourtant moins onéreux. Nous avons réalisé un record aux Francofolies de Spa l’année dernière. Nous avons joué devant un parterre de plus de 20 000 festivaliers. Pascal Obispo et Patrick Bruel, qui ont suivi, en ont drainé près de la moitié seulement. Notre cachet était pourtant 10 fois moindre que ces deux artistes, ce qui est tout à fait normal. Nous n’avons pas la même carrière que ces monstres sacrés de la chanson française. Mais peu importe, nous étions dans l’arène d’un festival qui nous a vu grandir. On a fait un ‘game’ de fou et les gens en ont pris plein la tronche, c’est ce qui compte le plus. On a prouvé ce jour-là que les petits Belges pouvaient sortir du lot. Dire que le pays regorge de talents qui restent souvent dans l’ombre, la politique se résumant à programmer uniquement les artistes issus des majors. Je reste convaincu que pour contrer ce phénomène, il faut instaurer des quotas.

Si « Sequoia Tree » vous a propulsé dans les charts, cette chanson a aussi servi d’emblème au personnel hospitalier lors de la pandémie, dans une nouvelle version acoustique, accompagné d'un clip tourné au sein du CHR de Verviers. Alors que la situation du secteur hospitalier n’a pas évolué d’un iota depuis, voire s’est dégradée, l’engouement à leur encontre a cessé tant au niveau de la population que vis-à-vis des artistes engagés. Comment expliquer cette défection ?

Tu es vachement bien renseigné ! Je ne crois pas qu’il s’agisse d’un désintérêt. Les gens baignent dans des tracas au quotidien. Tout le monde est aujourd’hui acculé. Durant les 30 glorieuses, la plupart des travailleurs étaient pénards en assurant leur petit boulot.

Les ouvriers possédaient une maison, une voiture et partaient en vacances. La donne est très différente maintenant. Il y a aujourd’hui une sorte de repli. On oublie que les gens sont là et qu’ils exercent un travail de fou. La solidarité s’est manifestée essentiellement lors des deux premières vagues de la pandémie COVID. Quand la troisième vague est arrivée, on sentait déjà que ça partait en sucette. Et puis, lors de la quatrième, le mode open-bar était activé, personne n’en pouvait plus. Je crois que le peuple a développé cette capacité d’oubli. Je suis concerné à titre personnel, mon épouse étant infirmière. Lorsque nous étions tous chez nous, nous n’avions que cette problématique pour centre d’intérêt. Depuis, la vie a repris son petit bonhomme de chemin, chacun devant gérer des dizaines de problèmes différents. Les gens s’énervent, crient, s’engueulent, mais j’ai l’impression que cette énergie n’est pas toujours dirigée à bon escient. L’humain est ainsi fait. Si je devais faire un constat, je dirais que nous devenons de moins en moins humains et de plus en plus égoïstes. Je ne suis pas certain que l’on puisse encore se battre les uns pour les autres. Ça me désole. Vraiment.

Vous êtes originaires du pays de Herve, une ville francophone de Belgique située en Région wallonne, dans la province de Liège. La Ville de Liège s’est portée candidate au Réseau des Villes Créatives de l’UNESCO, dans le domaine de la musique. Soutenue par plusieurs acteurs culturels, cette démarche fait suite aux travaux du GRE-Liège et à la feuille de route ‘Liège, cap 2030 !’ qui identifie l'opportunité de référencer positivement la cité en obtenant des labels de reconnaissance dans des domaines d'excellence. Quel est ton propos sur la question ?

Je trouve cette démarche extraordinaire ! Enfin ! La culture est omniprésente en Belgique, mais la Ville de Liège jouit d’un vivier important. Et j’insiste sur la sémantique, la culture ne s’arrêtant pas à la musique. Nous avons cette possibilité de travailler en collaboration avec des artistes incroyables, qu'ils soient plasticiens, dans le monde du théâtre, dans le monde des marionnettes, de l'animation, de la création ou encore du graphisme. C’est hallucinant. On n’a même pas besoin de sortir de notre patelin pour dénicher des partenaires. A titre anecdotique, on a tourné nos premiers clips dans les fagnes avec des mecs qui venaient de notre village. Lorsque la chanson « Redlight », a été traduite en vidéo, certains l’ont diffusée en Suède car ils imaginaient qu’il s’agissait d’un clip suédois. Nous avons collaboré avec Noir Artist ou encore Harry Fayt, qui jouissent d’une aura internationale. La Ville de Liège n’a pas à rougir de son ouverture sur le monde. Il existe une appétence de la culture inscrite à même le sol. Je crois que le côté ramassé et industriel y est pour quelque chose. Les gens sont dans le gris et pour sortir de cette grisaille, ils sont obligés de ramener de la couleur. Tu sais que même Benoit Poelvoorde, pourtant namurois, disait à propos de Liège : ‘Tu arrives à Liège, après un quart d'heure, t’as 4 copains’.

Le peuple est connu pour être sympa. Mais évidemment, il y a quelques cons, sinon ce serait vraiment ‘the place to be’. Et nous sommes d’autant plus fiers que nous sommes originaires du plateau de Herve, un endroit qui compte plus de vaches que d'habitants. Il y a une lumière un peu différente.

Un long playing est en préparation et devrait voir le jour fin 2026. En exclusivité, pourrais-tu m’en toucher un mot ?

Incroyable, d’où détiens-tu cette information ? Tes renseignements sont exacts ! Depuis la sortie de « Cloud Nine », nous n’avons jamais cessé d’écrire. Dès qu’on le pouvait, nous nous réunissions à quatre, autour d’instruments. Et on s’est vite rendu compte, il y a environ deux mois, que nous avions suffisamment de matière que pour sortir un nouvel album. Il aura une couleur encore particulière. On va tester des styles différents. C’est la première fois que nous nous permettons ce genre d’écart par rapport à la ligne de conduite originelle d’Ykons. Nous avons déjà contacté d’autres artistes, dont Ozya. Nous avons un excellent feeling, nous sommes devenus amoureux l’un de l’autre en quelque sorte. Après l’Eurovision, elle sera connue mondialement. Nous sommes aussi en contact avec Saule pour une compo en français. J’ignore encore quelle sera la couleur finale de l’album et s’il y aura une ou plusieurs chansons en français, mais nous mettons un point d’orgue à ce qu’il garde les sonorité d’Ykons. Quoi qu’il en soit, ce ne sera que du bonheur. On va pouvoir retourner en studio calmement et prendre le temps. Nous disposons de 27 chansons. Certaines sont parfois dans un état très épuré guitare-voix. Et si à ce stade, si elle est accrocheuse, c’est qu’elle a du potentiel.

Mais, dis-moi, avec autant de matière première, vous pourriez vous permettre de sortir un double disque ?

Oui, on pourrait. Mais pour concrétiser un tel projet, il faudrait des finances et comme nous en parlions justement quelques minutes plus tôt, nous sommes en Belgique, il faut rester pragmatique.

 

 

Lemon Straw

Quel est le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles aux artistes ?

Écrit par

Originaire de Frameries, près de Mons, Giani Sabia a travaillé cinq ans en usine avant de tout quitter pour s'installer en Angleterre, puis aux États-Unis. C'est là qu'il a commencé à composer et à écrire ses premières chansons. De retour en Belgique, il a fondé le groupe Lemon Straw (NDR : le patronyme se réfère à la paille (straw) qu’il servait aux clients à Londres & Lemon, petit clin d’œil à Lennon (John Lennon)). Giani travaillait pour une femme à New York juste à côté d’où il vivait etá où il a été Assassiné. A son retour, avec Boris Iori et Renaud Lhoes le groupe sort son premier Ep autoproduit, en 2007, et a préféré prendre son temps pour composer et se produire sur de petites scènes en Belgique francophone. Depuis, Lemon Straw a sorti quatre albums studio, dont le dernier, « Jump », est paru en Février 2025.

Avant son concert accordé au Zik-Zak d’Ittre, Giani a accordé une interview à Musiczine.

Quel est le line up du groupe aujourd’hui ?

Boris se charge de la lap steel et de l’harmonica, Grégory Chainis de la basse et Martin Moreau de la batterie. J’écris, compose et me consacre à la guitare et au piano.

La formation actuelle existe depuis maintenant sept ans. Il y a eu des portes qui se sont ouvertes ou fermées, des coups de gueule, des changements de musiciens, mais globalement, le line-up est stable depuis 2018 et l’énergie qui circule entre notre nous est très cool. Voilà un peu pour l'équipe.

Le quatrième opus est considéré, en général, comme celui de la maturité. C’est le cas de « Jump », paru en Février. Tu confirmes ?

Oui, c’est vrai qu’on dit souvent du quatrième album, c’est celui de la maturité… Mais perso je crois que chaque album est un peu celui de la maturité, parce que tu évolues tout le temps. Chaque année, tu prends de l’âge, tu vois les choses différemment, tu t’assagis - enfin normalement - et tu te remets en question.

Je ne dirais pas que « Jump », c’est ‘l’album de la maturité’, mais plutôt qu’il fait un pas dans cette direction. Disons qu’il est moins immature. Je ne prétends pas être super mature aujourd’hui, mais j’apprends tous les jours. 

Il symbolise ce processus : sortir de sa zone de confort, faire des choix, renoncer à certaines choses, aller vers l’inconnu… Se mettre un peu en danger, mais avec l’idée d’évoluer, de passer à une autre étape.

Chaque chanson raconte une petite histoire. Tu en avais causé lors de ton showcase, à Silly, chez Charles. Peux-tu nous en dire davantage ?

Ouais, écoute, tu veux que j'en choisisse une en particulier ? « Mystery train » évoque la fin d'une ancienne relation. Il y a toujours une victime quand l’un des deux part. Si vous n’êtes pas d’accord tous les deux, l’autre se sent toujours comme victime. Tu peux avoir l’impression que, même si tu expliques tes arguments, ce n’est pas réciproque. Et puis un jour, tu rencontres quelqu’un de totalement différent, qui t’ouvre au monde d’une autre manière.

Au début, tu ne comprends pas trop ce qu’elle te dit, parce que tu sors de ta zone de confort. Mais plus le temps passe - et c’est ça qu’on retrouve dans cette chanson - plus tu te rends compte que tu es dans un wagon où tu rencontres des gens qui changent complètement ta destination.

Le trajet que tu avais prévu au départ, le billet que tu avais acheté pour aller quelque part, et bien tu réalises que ce n’est pas du tout là que tu vas finir. Et ce qui est beau, c’est ça : c’est la richesse de ces rencontres, de ces personnes plus ouvertes que toi, qui te transforment. C’est un des thèmes abordés dans les paroles…

Une autre évoque le film ‘Dont Look up’ avec Leonardo Di Caprio au sujet d’une comète qui va détruire la terre, C’est tellement intéressant que j’ai eu envie d’écrire. 

Et qu’est-ce que je pourrais dire d’autre ? Alors, j’ai aussi écrit « Home », en hommage à la musique, pour ce qu’elle nous apporte en tant que musiciens, pour l’émotion qu’elle nous procure.

« Broken Window », c’est une chanson sur le temps, sur l’importance du temps. Elle m’a été inspirée par un pote qui possède une Rolex, mais qui n’a jamais le temps. Donc je me suis dit : à quoi bon avoir une Rolex si tu n’as jamais le temps ?

Quelle est l’influence des Beatles sur ta musique ?

Les Beatles, à la base, sont dans mon ADN. Mais pour la musique, je suis incapable d’expliquer pourquoi tel groupe ou artiste m’a influencé. Parce que tout se mélange, même inconsciemment. J’adore Led Zeppelin. Je ne suis pas un grand guitariste, mais il m’a beaucoup marqué. Les Beatles, c’est le groupe que je respecte le plus. J’aime beaucoup The Police, aussi. Les formations britanniques, en général, dont Radiohead et Oasis. J’apprécie beaucoup la touche mélodique ‘oasisienne’. La pop et le folk, en général. Et puis Fontaine DC, Mais aussi ces bands et ces artistes qui affichaient un côté kitsch, au cours des 80s, comme Rick Astley ou a-ah. C’est un peu varié.

Qu’est-ce que tu écoutes aujourd’hui ?

Pour l’instant, un peu Elton John, le Smile de Thom Yorke. L’album est super ! IDLES également. C’est Greg qui m’en a parlé. Et bien sûr, Fontaine DC. Je découvre aussi des artistes, parfois, à la télévision, parce qu’il n’y a pas forcément tout le monde (NDR : sur les plateformes) mais j’écoute en tout cas, enfin j’essaie d’écouter. J’ai mes phases : il y a des moments où je n’écoute pas de musique, et puis des moments où j’écoute plein de trucs. J’ai des amis qui me conseillent aussi.

As-tu l’intention de tourner à l’étranger ? Et notamment en Europe ?

Perso, j’aimerais bien, parce qu’on est bien écouté en Europe, même aux States, en streaming, sur Spotify. Mais après, c’est toujours le même problème : tu peux te produire en Europe, dans un club, devant une centaine de personnes, ce qui est déjà cool. Mais il faut que ce soit rentable, et que tu fasses plusieurs dates à la suite. Tu peux monter sur scène devant 100 spectateurs, mais ce n’est pas toujours très rentable pour l’organisateur aussi. 

Les subsides en Wallonie, c’est vraiment la mort. C’est zéro. Hormis la WBI, un organisme international qui fait bien son job, franchement, quel est le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles aux artistes pop ? Je cherche encore. 

À l'heure actuelle, est-ce que tu vis entièrement ta musique ?

Oui, depuis 4 ans, J’en vis, et comme je suis producteur, auteur, compositeur, j’ai des droits : le droit de producteur, mes droits d’édition… On n’est plus hébergés par un label aujourd’hui. Donc j’ai un peu toutes les casquettes, mais j’ai aussi pris les risques. En outre, j’ai un statut d’artiste.

Ouais, ce n’est pas évident. Je trouve que le statut d’artiste a été correctement établi. 

Giani le Borain de Frameries qui s’est expatrié aux États-Unis… Pas déçu de ton séjour ? Tu as tout quitté pour essayer autre chose ? 

Ouais, au départ, c’était surtout pour rencontrer un nouveau monde, apprendre la langue. En même temps, c’est l’histoire de ma vie, c’est ce qui m’inspire : essayer toujours d’avancer, de changer les choses, de découvrir de nouveaux univers, d’évoluer pour, un jour, arriver à être vraiment soi-même, à s’accomplir pleinement.

Mais c’est vrai qu’à l’époque, je m’étais fixé le défi de partir avec 1 700 euros. Trois mois. À New York, tu ne tiens pas un mois, mais je m’étais dit que je devais tenter l’expérience. Et j’ai presque réussi.

TVOD

Un show rock’n’roll, bordélique, énergique et rafraîchissant…

Écrit par

La copieuse tournée de TVOD transitait, ce mercredi 11 juin, par le club de l’Aéronef.

TVOD (pour Television Overdose et pas pour la vidéo transactionnelle à la demande) est une formation new-yorkaise, issue de Brooklyn, très exactement, dont le premier opus, « Party time », est paru en mai dernier. Il fait suite à deux mini-elpees, « Daisy », gravé en 2020, et « Victory Garden », en 2021.

Fusionnant les influences post-punk, dance punk et krautrock, non seulement la formation bouscule les genres, mais elle s’est forgé une fameuse réputation pour ses concerts incroyablement imprévisibles où personne ne sait trop ce qui va se passer, y compris le groupe.

Le sextuor grimpe sur les planches dont deux blacks : une claviériste (aux cheveux roses/orangés) et un guitariste à la longue chevelure coiffée en rasta. Le line up compte également un second sixcordiste, un drummer (planté en retrait), une bassiste, et le chanteur Tyler Wright (il a enfilé un vieux t-shirt déformé par le temps et les lessives, on suppose) qui dès le premier morceau, « Clorox », ne tient pas en place. Dynamisé par les mélodies nerveuses, survolté, anarchique, le set entre alors dans une forme de chaos, mais sans pour autant perdre le fil.

Serge Zbrizher tient sa guitare très haut, quand il ne la brandit pas vers le plafond ou la foule, comme une arme, tout en déménageant sur toute la largeur de l’estrade, alors que son compère, Denim Casimir, se distingue surtout par sa technique et son feeling.

Une forme de paso doble berce « Boo » tandis que le single, « Car wreck » libère un bon groove, entretenu par la ligne de basse hypnotique et le drumming solide.

Pendant « Alcohol », Tyler sort une drôle de bouteille et en boit une lampée au goulot.

« Mud » trahit des réminiscences empruntées aux B-52’s. Wright mime des gestes de boxeur sur un ring. Sa voix mi-parlée, mi-chantée me fait penser à celle de James Cox (Crows). Régulièrement, il se cache le visage en soulevant son t-shirt, un peu comme un footballeur pro qui vient de manquer la conversion d’un penalty ou une occasion en or. Avant d’attaquer « Poppies », il se lâche sur le président des States : ‘Fuck Trump’. ‘Fuck the IUSA’. Depuis son élection, la plupart des groupes et artistes indés américains ressentent une aversion profonde pour leur dictateur.

Il y a un bon bout de temps que dans la fosse, les premiers rangs s’agitent. Très concentrée sur son instrument, la bassiste a du retard à l’allumage, mais finit par se mettre au diapason des autres musicos, en remuant la tête et le corps.

En se tortillant et assurant les backing vocaux (rôle partagé avec le batteur, Mem Pahl), Jenna Mark, de son clavier, diffuse des sonorités vintages et spectrales. Et elle passe au lead vocal sur « Ex-Boyfriend Beat ».

Au cours de « PIT », les spectateurs répondent aux slogans prononcés par les musicos. Tout comme sur « Party time », le titre maître du nouvel album, une compo au cours de laquelle les guitares se révèlent joyeusement discordantes.

Le rappel est accordé très rapidement et s’ouvre par « Alien », avant de s’achever sur « Mantis ». Tyler lance son fil de micro au-dessus d’une barre de support du light show, rattache le microphone, et après avoir réussi son troisième essai, recommence à chanter…

Après un show aussi rock’n’roll, bordélique, énergique et rafraîchissant, il est évident que TVOD est prêt à enflammer les grands festivals. Il doit, peut-être, encore mieux canaliser son énergie. Mais votre serviteur et votre photographe partagent un même point de vue. Ils ont l’impression d’avoir assisté à la naissance d’un futur grand groupe de scène… (photos Ludovic Vandenweghe, ici)

Setlist

Clorox
Pool House
Bend
Car Wreck
Alcohol
MUD
Super Spy
Uniform
Poppies
Ex-Boyfriend Beat
PIT
Goldfish
Wet Brain
Party Time
Alien

Rappel

Wells Fargo Bank Account
Mantis

The 113 assurait le supporting act. Issu de Leeds, ce quatuor constitue une bonne surprise pour une première partie. Plus classique, son post punk est fédéré par le tempo new wave, syncopé, imprimé par le drummer. La musique est ténébreuse et viscérale. Malgré un accent local typique bien prononcé, Frank, le chanteur/guitariste, possède une bonne voix aux intonations hip hop. Lui et le second sixcordiste assènent des riffs impeccables et bien tranchants, alors que cotonneuse, la ligne de basse s’avère rapidement hypnotique.  Le band n’a pas encore sorti d’album, mais suivant la formule usuelle, il est à suivre de très près… (page ‘Artistes’  et photos Ludovic Vandenweghe ici

(Organisation : Aéronef, Lille)

 

Badvril

In Heaven

Deuxième elpee de Badvril, « In heaven » fait suite à « I am god », paru en 2024. Une chose est sûre, les titres de ces albums possèdent des références religieuses. Et sur le dernier, il y a même des plages baptisées « Hell » et « Possessed ». Ce qui explique, peut-être pourquoi, il serait le premier groupe shoegaze à se produire dans une prison fédérale.

Tant sur le plan sonore qu'esthétique, la formation cherche à générer une personnalité qui est fidèle au créateur-chanteur et guitariste principal, Becket Schroeder.

Douces et brumeuses, les harmonies vocales flottent au-dessus de l’instrumentation guidée par les guitares tour à tour oniriques, frénétiques, savoureusement discordantes, en couches ou encore sinusoïdales, mais alors dans l’esprit de My Bloody Valentine.

Extrait de ce long playing, « Bitter » est en écoute ici

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Moonpool

Nothing Sacred (Ep)

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Entre 2017 et 2024, cette formation répondait au patronyme The Sickly Hecks et pratiquait du garage rock.

En optant pour Moonpool, elle a aussi changé de style, puisque sur son premier Ep, « Nothing Sacred », les 5 pistes révèlent un vaste éventail d’influences qui oscillent du grunge des années 90 au shoegaze, en passant par le punk.

Percutants ils se distinguent par des guitares floues, carillonnantes ou crépitantes, des synthés lourds et des voix mélancoliques.

Issu de cet Ep, « Autumn » est en écoute 

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High Colorful Minds

High Colorful Minds (Ep)

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High Colorful Minds était à l'origine le projet personnel de Florian Godier, multi-instrumentiste et concepteur de jeux. Il est ensuite rejoint par John Harding, le bassiste de Pretty Inside.

Proposant trois plages, le premier Ep du duo bordelais est éponyme.

Il recèle trois pages diamétralement différentes, mais dont le titre d’ouverture, « Take It All » est largement inspiré de l'indie rock, avec guitare, basse et voix mais enrichi d’’électronique dont des synthés, des boîtes à rythmes et des loopers. Car sa musique se veut dansante tout en conservant des accents introspectifs et parfois mélancoliques.

Quant aux textes de ses chansons, ils sont principalement liés à la peur de vivre dans un monde déshumanisé. L'autoritarisme, la violence physique et mentale, la haine et la résignation face à ce qui peut sembler immuable sont souvent au cœur des paroles.

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Mei Semones

Animaru

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Agée de 24 ans, Mei Semones est une auteure-compositrice-interprète et guitariste étable à Brooklyn. « Animaru » constitue son premier elpee. Il fait suite à son Ep, « Kabutomushi », paru en 2024.

« Animaru », c’est la prononciation japonaise du mot animal. Mais il reflète également l'incarnation de la profonde confiance de Mei dans ses instincts.

En outre, ses textes traitent de l’amour non romantique : amour de la vie, amour de la famille, amour de la musique et de sa guitare.

Elle chante en anglais et en japonais, reflétant son identité interculturelle.

Son mélange unique et rafraîchissant d'indie, de bossa nova et de jazz trouve son équilibre entre tension et relâchement.

Souvent, au sein d'un même morceau, il y a des interventions de gratte acoustique épurées, des vocalises limpides, des vagues orchestrales de cordes et des rythmes de guitare complexes.

Et tout en demeurant agréable à l’écoute, cet opus est bien plus élaboré qu’il n’y paraît.

Le premier single, « Dumb Feeling » est disponible sous forme de clip ici et celui consacré à l’autre single « I can do what I want »,

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Marcel et son Orchestre

C'est pas à vous qu'ça m'arriverait

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Après 12 ans d'attente, Marcel et son Orchestre ont gravé un nouvel elpee intitulé « C’est pas à vous qu'ça m'arriverait ». Très actifs dans les années 2000, les membres de de la formation originaire de Boulogne-sur-Mer, usés par le rythme effréné des tournées, se sont imposés un break en 2012.

Le groupe, à l’humour décapant, toujours la cervelle en ébullition, plus imprévisible et insaisissable que jamais, incarne incontestablement le représentant le plus digne que la région Nord-Pas-de-Calais.

Une étiquette malgré tout réductrice, tant les carnavaleux n’hésitent pas à s’aventurer dans de multiples directions sans jamais perdre de vue leur faculté à électriser leur auditoire pour l’inviter à danser. Une équipe de joyeux lurons, donc, pour qui une technique hors du commun n’est pas forcément une fin en soi. Il est d’ailleurs difficile d’imaginer ce qui pourrait freiner Marcel et Son Orchestre dans sa vertigineuse quête d’absolu. Mieux vaut écouter ce nouvel elpee une première fois et en conclure que l’on n’a pas fini d’en faire le tour en prenant le temps d’y réfléchir. Dans un style où l’innovation n’est pas une évidence, les Nordistes confirment leur identité tout en étant capables d’y apporter quelques touches d’originalité qui les empêchent de tourner en rond. Enfin bref, la bande à Marcel n’est pas morte !

L’opus s’ouvre par un total déjanté « Stigmatisez-Moi ». Avec eux, une seule promesse : du fun, du son et une furieuse envie de chanter à tue-tête. La fête se poursuit par « Maudit Karma », un autre morceau festif teinté de sonorités ska et reggae, qui sent bon le soleil et le sable chaud de Kingston, où ils taclent le sourire carnassier d’une Marine érigée en épouvantail utile d’un macronisme dérouté. On enchaîne par le festif et afrobeat « Autocentré », un son venu d’Angola, un kuduro bien persuasif, copieusement balisé par un ensemble cuivré très intéressant.

En mode vintage french rhythm’n’blues à la Nino Ferrer, « L’Empathie » et « Bertrand, Pas Rassurant » persistent dans cette éloquence dénonciatrice. Le rocksteady « Le Dégoût » et ses claviers façon Tyrone Downie (NDR : le Jamaïcain qui a joué en compagnie de Marley atteste que le style festif issu de Kingston coule toujours dans les veines des Marcels).

En outre, c’est ludique, enrichi d’excellentes références, de citations, de Bashung à La Reine des neiges ; comme un blind-test pour grands érudits de la chanson, à l’instar de « L’Empathie ».

Évidemment, le collectif dégage toujours cette ambiance tonitruante, entre ska, punk, afrobeat et rock insulaire. Franck, le meneur de l’équipe, est intarissable sur les riches heures des années 70/80… Branchez-lui Stranglers, Fela Kuti ou Talking Heads, et il s’emballe. Un air d’Acadie souffle sur « Dans ma Boudinette », un cajun pur jus. Introduit par quelques cris de mouettes, le funky rap en ch’ti « V’là l’Dégât » pastiche le Sugarhill Gang et Kool & The Gang, sur un flow de cuivres arrangés aux petits oignons.

Festif, déjanté, schizonévrosé à souhait et délirant !

The Flying Bones

Who are the Flying Bones ?

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Issu de Rennes, The Flying Bones est a vécu deux périodes. L’une ‘garage-psyché-punk’ et l’autre, ‘math-fuzz’. Ce duo réunit Fabien Joffard (batterie/chant) et Thibault Talmont (guitare/chant).

Et sur son premier elpee, il est parvenu à compiler les meilleurs morceaux de ces deux phases.

On y retrouve donc la fougue spontanée du garage, la férocité sans concession du punk, les constructions alambiquées ou en looping du math rock, de motifs noise, des touches de folk et de lo-fi, mais aussi des envolées psychédéliques des seventies…

Parfois, sa musique rappelle des groupes comme Oh Sees ou Snapped Ankles.

Et chanté en français, le titre « Déception » fait un peu la synthèse de toutes ces références. C’est le morceau qui a été clippé ; et il est disponible

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Millie Hopes

Une artiste vraie, vulnérable et déjà singulière…

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Ce soir à l’AB Club, l’ambiance est presque à guichets fermés. Deux jeunes artistes en devenir, Lilly et Millie Hopes, vont y livrer des sets courts mais prometteurs, à l’instar de leur carrière encore au stade de ses prémices. Un format condensé — environ 20 minutes pour Lilly et 45 minutes pour Millie — qui laisse entrevoir un avenir musical des plus lumineux.

Anciennement connue sous le pseudonyme Noa Sans H, Noa De Sutter, alias Millie Hopes, s’impose comme l’une des voix les plus prometteuses de la scène pop belge. Originaire de la région de Charleroi, elle présente son tout premier Ep 4 titres, paru ce 23 mai 2025, sur scène. Sa pop aux influences indie et électro est marquée par une sincérité touchante et une maîtrise de l’écriture. En live, Millie Hopes offre une performance habitée, portée par une émotion brute et des mélodies envoûtantes. Un bel équilibre entre vulnérabilité et assurance artistique.

Originaire de Ronquières et désormais installée à Bruxelles, Lilly Michotte, aka Lilly, conjugue études de droit et passion musicale avec une étonnante maturité. Formée au chant, au piano et au solfège dès son plus jeune âge, elle se produit sur les planches depuis ses 12 ans et a déjà ouvert pour plusieurs artistes. Ce soir, elle monte seule sur l’estrade, sans musiciens, avec pour seul soutien des bandes instrumentales. Si l’on aurait aimé la voir entourée d’un vrai groupe, sa prestation n’en reste pas moins marquante. Chaussée de bottes noires et vêtue d’un short à pois, elle affiche une présence scénique nerveuse et captivante. Sa famille, installée au premier rang, l’applaudit non sans fierté. Le set démarre par « Don’t Kill My Vibe », une ballade en anglais aux accents feutrés, portée par une guitare douce bientôt rejointe par des claviers plus affirmés. « La Raison » embraie, une compo électro/pop à texte bien assumé qui évoque l’univers de Suzane. « Clôture », confirme à la fois son potentiel et sa sensibilité artistique. Un premier Ep est en préparation. Il devrait sortir prochainement. De son concert, on épinglera notamment « L’amour est + fort », dont les paroles, très intimistes, marquent les esprits. Un set court, mais convaincant. À revoir (page ‘Artistes’ ) !

Setlist : « Don’t Kill My Vibe », « La Raison », « Clôture », « L’amour est + fort », « Chrysalide «, « La Folle »

À seulement 25 ans, Millie Hopes s’offre un moment de vérité. Seule sur le podium, comme d’habitude, la jeune artiste belge présente résolument son tout premier Ep, « No Boy’s Club », dans le cadre de sa release party, à l’Ancienne Belgique. Ces quatre titres, intégralement interprétés en live, révèlent déjà une voix singulière, à la fois douce et puissante, portée par des textes d’une honnêteté désarmante. Millie a choisi le français pour s’exprimer — une langue qu’elle manie avec justesse, entre poésie et frontalité. Aucun artifice : un décor épuré, une simple caisse en bois pour seule scénographie, sur laquelle elle s’assied parfois entre deux morceaux. C’est dans ce dépouillement qu’elle brille le plus, mettant en avant ce qui compte vraiment : ses mots, ses mélodies, et cette émotion brute qui touche en plein cœur.

Vêtue d’une jupette noire plissée et d’un t-shirt blanc orné d’inscriptions, elle incarne une pop authentique, sincère, libre. Une esthétique assumée, à l’image de son projet : No Boy’s Club — un manifeste personnel autant qu’un espace d’expression, affranchi des regards et des codes imposés. Sur scène, Millie se livre.

Elle ouvre le bal par « Dans Ma Boucle », un morceau intime où elle explore ses émotions sans détour. Sa voix tremble à peine, mais sa présence est forte. Elle parle d’amour, de doutes, d’élan, avec une franchise rare. Le public, lui, découvre une artiste vraie, vulnérable et déjà singulière. Millie remercie les spectateurs pudiquement, les yeux brillants d’émotion. Ce soir, elle ne fait pas qu’interpréter des chansons : elle partage un bout d’elle-même. Et c’est peut-être cela, la promesse la plus précieuse de ses chansons.

Elle quitte la scène à deux reprises pour aller au contact d’un public attentif et présent. Finalement, « No Boys » déchaîne les corps, entraînant la foule dans une danse collective. Le set, bien que court (45 minutes), est d’une intensité remarquable. Par moments, le volume sonore frôle l’excès, mais on pardonnera facilement cette fougue juvénile.

Setlist : « Dans Ma Boucle », « A Tes Côtés », « Bonne Soirée », « Non », « Cheveux Blond Très Long », « M’Avouer », « Depuis Ton Départ », « J’ai Tout Gâché », « Miette », « A Travers Les Nuages », « Emmène-moi », « Pour De Faux », « No Boys »

Rappel : « No boys »

(Organisation : Intersection)

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