Tout est fini pour Sprints…

Le groupe de Dublin, Sprints, sortira son deuxième album, « All That Is Over », le 26 septembre. Bien reçu par la critique, son premier long playing, « Letter To Self » (2024), a marqué le groupe comme une force majeure dans le paysage alternatif et a été…

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Bénabar les regarde danser…

Bénabar est de retour et nous propose un nouveau single intitulé « Elles dansent », un titre fondamentalement pop, joyeux et émouvant, qui raconte une histoire de famille ou d’amis dans laquelle chacun pourrait se reconnaître : un moment de joie et de liberté…

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Mademoiselle K

Chloroforme (single)

Écrit par

Il y 5 ans que l’on avait plus entendu parler de Mademoiselle K. Il nous propose aujourd’hui son nouveau single, « Chloroforme ».

Fidèle à lui-même, sur ce morceau rock aéré au texte écorché, il libère une belle énergie. Ce qui fait du bien.

Il y a du bruit dans cette valse rock aussi bien comme Katerine Gierak le souhaite dans le texte que lorsque les sonorités de gratte se distordent entre moments plus doux…  

La piste s’ouvre par des sonorités de guitares saturées et une basse pour redescendre tout de suite à une voix et des claquements de doigts, de manière épurée, suivis d’une batterie et d’un synthé. C’est ce jeu entre le calme et la tempête durant toute la plage qui lui communique sa saveur. Sans oublier les chœurs qui viennent appuyer ses refrains.

Via son texte, Katerine se demande clairement si elle va pouvoir continuer à faire de la musique, sa carrière, son envie, plutôt que de terminer dans un taudis. Un appel à l’aide réussi car les fans l’ont bien soutenue dans sa demande d’aide à la création de l’album via la plateforme de crowdfunding Ulule. SI vous aussi vous souhaitez la soutenir c’est par ici

L’album ne sera disponible qu’en précommande via ce site. Contreparties sympas proposées. Attention, il ne reste plus beaucoup de temps pour participer !

Pour voir son beau clip en bord de mer c’est

En tous cas, on est heureux de son retour réussi et on lui souhaite une belle et longue vie musicale !

Méthode Chanson

 

Adem

Love And Other Planets

Alors que le premier album d’Adem, « Homesongs », sentait le disque fait maison, « Love… » surprend d’entrée de jeu par son aspect davantage fouillé. Un xylophone, des chœurs, une guitare plus charnue, et même de la batterie, aux détours de certaines chansons : même si Adem continue à chanter sur le fil, il ne le fait plus sans filet. Sans doute que le succès de « Homesongs » a ragaillardi un peu notre homme, qui doit se sentir un peu moins seul. On passera les détails de l’album-concept (les étoiles, la galaxie, cfr l’interview), pour s’attarder sur le son, moins fragile. Et qui a pris de l’altitude. Comprenez de l’amplitude. Dommage qu’Adem soit avant tout un producteur, et pas un authentique chanteur : une faiblesse notamment décelable sur la chanson-titre (un comble), qui laisse comme un goût amer. A force de jouer au songwriter dépité qui geint dans son home-studio, Adem finit par agacer. Une déception : on s’est peut-être emballé un peu vite.

Adem

L'oreille de l'orfèvre.

Il y a deux ans sortait « Homesongs » d'Adem, les histoires domestiques d'un Anglais habitué aux bruits lancinants du frigo, et de son 'autoharpe' achetée aux puces. Aujourd'hui c'est à plus grande échelle que notre homme compte émouvoir le quidam, même si la recette n'a pas changé d'un poil. Une voix, une guitare, du bidouillage en mode veille pour ne pas réveiller le voisinage : Adem est le gendre idéal. Rencontre, bis.

J'ai lu sur ton site que tu considères « Love And Other Planets » comme un album-concept sur l'espace, la chose cosmique…

Oui, tout à fait. A l'instar de « Homesongs », c'est de nouveau un disque conceptuel : je l'ai remarqué après avoir écrit 4/5 titres, qui parlaient tous de la même chose. Au début je pensais que c'était juste de la parano, mais il faut croire que j'avais envie d'en parler ; alors j'ai décidé d'explorer davantage ce thème… Et je me suis rendu compte que c'était déjà présent sur « Homesongs », dans « These Are Your Friends » par exemple, où je parle d'espace. Faut croire que c'est quelque chose qui trottait dans ma tête depuis un bon bout de temps, donc…

Et tu sais pourquoi ?

Je ne sais pas, c'est une question qui m'a toujours interpellée ! (rires) Et puis après « Homesongs », qui est un disque composé d'un point de vue très personnel, j'avais envie d'emprunter dans d'autres directions, d'expérimenter de nouvelles perspectives. Sur cet album-ci le point de vue est quasi démiurge, comme un regard jeté sur la Terre à partir de l'univers, même si j'y parle toujours d'amour… Sauf qu'ici je voulais insister sur le fait qu'on est tous pris dans un mouvement bien plus massif qu'on ne l'imagine, et qu'en même temps de petits détails peuvent changer le cours de nos existences. Peu importe le contexte global dans lequel on baigne, une poignée de mains peut avoir autant de conséquences sur nous que deux galaxies qui entrent en collision !

N'est-ce pas flippant, en tant que terrien, de se savoir si minuscule ?

C'est clair, mais cette peur de l'immense nous encourage aussi à nous serrer les coudes. Parce que rester seul fout forcément la trouille. Mais nous ne sommes pas seuls dans ce monde : nous sommes tous là les uns pour les autres.

Et ce titre, « Love And Other Planets » : signifie-t-il aussi que l'amour est une planète à part entière, qu'il nous faut explorer ?

Oui, bien sûr. Cela signifie, entre autres, que l'amour est comme un astre que tu peux regarder à l'aide d'un télescope : tu sais qu'il existe, mais tu ne peux pas l'atteindre. Ou que c'est mécanique, comme une planète : ses mouvements s'avèrent régulés, répondent à certaines lois, comme celle de la gravité. 

Euh, et les hommes sont issus de Mars et les femmes de Vénus ?

(rires) Ouais, je connais le bouquin (NDR : signé John Gray) mais je l'ai jamais lu ! En fait je pense que les hommes et les femmes viennent de la planète Terre, et peu importe qui habite Mars et Vénus ! On a déjà assez de problèmes à résoudre ici-bas… 

As-tu produit ce disque de la même manière que son prédécesseur ?

Sur « Homesongs » les silences étaient très importants. Ici je ne voulais pas reproduire la même chose, mais au contraire pondre un disque plus dense, avec plein de choses qui se passent en même temps… Quand tu écoutes « Homesongs » encore et encore, ça roule, ça tient en place. Ce que je voulais pour « Love And Other Planets », c'est qu'à chaque écoute l'auditeur découvre de nouveaux détails : il y a bien plus d'instruments et d'arrangements sur celui-ci, et tout s'y trouve pour une raison précise. Ecoute-le donc au casque ! 

Il t'a demandé plus de boulot, je suppose, surtout au mixage.

C'est sûr. Mais j'ai beaucoup appris depuis « Homesongs », en tant que songwriter, que performer, que chanteur et que producteur. Et c'est ce que j'ai voulu prouver sur ce disque. Pour « Homesongs » j'ai vraiment cravaché comme un dingue pour arriver à ce que je souhaitais. Pour chanter correctement. Et il n'était pas question que je lâche la pression au moment d'envisager son successeur. Je ne me suis pas dit : 'Oh, maintenant je sais chanter, c'est bon' : j'ai vraiment bossé dur. Ce que j'ai tenté de réaliser, c'est un disque très touffu et travaillé, mais facile d'écoute, qui sonne de manière très naturelle... 

Et que tu as enregistré une nouvelle fois tout seul, ou presque ?

Oui, chez moi, comme pour « Homesongs ». Avec cette fois l'envie d'avoir un son plus massif, plus ouvert, capable de suggérer l'univers, l'immensité qui nous entoure. Il y a davantage de tension qui sous-tend l'écriture, parce que mes textes parlent d'espoir, du potentiel en chacun de nous, de ce qui peut nous arriver. Ou pas. C'est l'un des thèmes de l'album. J'y parle aussi d'amour, d'humanité, mais pas forcément dans le bon sens du terme : l'espoir peut s'avérer un sentiment très pathétique… Il ne sert à rien, par exemple, d'espérer quand la situation est sans espoir. C'est le sujet du dernier titre de l'album (NFR : « Human Beings Gather Round ») : la fin du monde arrive, mais il reste des hommes qui espèrent être sauvés, alors qu'ils vont y passer comme tout le monde… (un ange passe) Mais ça n'a rien de cynique. Il reste de l'espoir. Je crois en l'être humain. 

En live tu joues quasi en sourdine, sans trop d'amplification. S'agit-il d'un choix mûrement réfléchi ?  

Oui, mais rien ne dit que mon prochain album ne sera pas électrique ! J'aime laisser toutes les pistes ouvertes… Pareil pour ce disque, même s'il est clair que je ne voulais pas de sons qui émanent d'instruments amplifiés. Je n'ai pas fini mon exploration de la chose intimiste. 

La musique acoustique symbolise-t-elle pour toi le genre suprême pour traduire une certaine idée de l'intime, de l'intérieur, du profond ?

Peut-être… Mais j'ai récemment écouté le « Master & Everyone » de Bonnie Prince Billy, et c'est le même genre d'émotion, avec une basse et une guitare électriques ! Je ne sais pas… Moi je préfère ce qui n'est pas amplifié, c'est ainsi. Et les instruments que j'utilise, l'autoharpe, le glockenspiel, le clavecin, vont dans ce sens. Je pense que beaucoup de musiciens qui jouent de la musique intimiste le font avec des instruments acoustiques parce qu'ils y sont habitués, point barre. Mais s'ils se mettaient tout d'un coup à la guitare électrique, ça marcherait toujours, j'en suis sûr ! 

Tu sais de toute façon de quoi tu parles : tu jouais dans Fridge ! Rien à dire à ce sujet ?

On y travaille. On espère sortir un nouveau disque début 2007. C'est très excitant parce qu'on se connaît depuis qu'on a 12 ans (NDR : Sam Jeffers, Kieran Hebden et lui), mais ces dernières années on n'a pas eu le temps de se voir, et le fait de relancer la machine va nous permettre d'y remédier. C'est vraiment cool. Et c'est une bonne excuse pour reprendre contact ! 

C'est amusant : on parle de musique acoustique, et ton pote Four Tet (Kieran Hebden) vient de sortir un disque en compagnie de Steve Reid (« The Exchange Session ») sur lequel on trouve un morceau intitulé « Electricity And Drum Will Change Your Mind »…

Oui c'est vrai, et d'ailleurs j'aime beaucoup ! Il y a plein de trucs hyper électriques qui me touchent, de la musique de laptop qui me fait fondre en larmes… L'important n'est pas l'instrument, mais la sensibilité avec laquelle on en joue ! 

Que pensent Kieran et Sam de ta musique ?

Ils me soutiennent depuis le début, et ils l'aiment beaucoup. Kieran m'aide au mixage, parce que je suis sourd d'une oreille. 

Vraiment ?!?

Oui ! Je n'entends rien de l'oreille gauche, donc la stéréo… Je ne sais pas ce que c'est ! C'est pourquoi lors du mixage de mes disques, j'ai fait appel à Kieran ; car il est très difficile pour moi d'appréhender le son en tant qu'espace, les balances… 

S'agit-il d'un accident ?!?

Non, c'est congénital. Le nerf relié au cerveau ne fonctionne pas comme il devrait… Il y a de la friture sur la ligne, si je puis dire ! Mon oreille fonctionne, mais l'information n'atteint pas le cerveau. 

Penses-tu que ta carrière de musicien, ton amour de la musique, en est la conséquence ?

Je ne sais pas… Il y avait bien un piano à la maison, mon père était pianiste… Mais  je pense que ma passion pour la musique vient surtout de ma rencontre avec des gens comme Sam et Kieran, à l'adolescence… Ils m'ont beaucoup inspiré, et vice-versa : on traînait tout le temps ensemble à écouter des disques, à s'exciter les uns les autres à propos de tel ou tel artiste qu'on venait de découvrir, ce genre… 

Donc, tu entends, si je puis dire, en mono ?

Si on veut, oui, mais c'est même encore pire puisque quand j'écoute de la musique au casque, je n'entends que d'un côté ! Je ne reçois que la moitié de l'information, en somme.

Et sinon, comment s'est passé ta rencontre avec Vashti Bunyan ? Tu as collaboré à son deuxième album, « Lookaftering », sorti l'année dernière…

En fait je la connaissais depuis un certain temps déjà, mais quand elle a découvert qu'elle était devenue la nouvelle icône de la coolitude et qu'elle allait devoir donner un gros concert à Londres, elle a eu un peu peur. C'était son premier spectacle en 45 ans, à peu de choses près, et elle m'a demandé de l'accompagner sur scène, avec Kieran. Quand on s'est rencontrés elle était très timide, et vraiment apeurée. Elle est venue chez moi, on a discuté. Elle nous a raconté son histoire, c'était incroyable ! Je me rappelle qu'elle ne voulait pas quoique ce soit ; puis à la fin de la soirée elle a quand même changé d'avis, et c'était grandiose : imagine, Vashti Bunyan qui chante dans ta cuisine ! Depuis lors on est devenus amis, on discute beaucoup de l'industrie du disque, parce qu'elle n'a pas beaucoup d'expérience en la matière. Quand elle m'a demandé si je voulais jouer sur son disque, j'ai accepté directement, évidemment ! Ce qu'elle a fait avec Max Richter (NDR : à la prod) est vraiment brillant, d'autant qu'il y a plein de stars qui ont participé, Devendra Banhart, Joanna Newsom,… Ils sont arrivés malgré tout à garder le contrôle et à faire sonner le disque comme un disque de Vashti Bunyan. 

De là, la discussion prend des allures de débats à la Nick Hornby… Où il est question de Grizzly Bear, d'Alice in Chains, de Jeff Buckley (sa cover de « Mojo Pin », sur l'album-tribute « Dream Brother – The Songs of Tim & Jeff Buckley »), de Hot Chip (« Leur premier album est bon aussi »), de The Verve, de musique sérielle, de Quickspace Supersport, de Stereolab, de Nirvana, de l'Elysian Quartet, d'Alexis Murdoch (« Un songwriter à suivre ! ») et de ses disques d'île déserte. Il y en à quatre, et ce sera le mot de la fin :

« Blue » de Joni Mitchell, « Music For 18 Musicians » de Steve Reich, « A Love Supreme » de John Coltrane et « Gish » des Smashing Pumpkins ! 

Adem

Histoires domestiques

Derrière ses petites lunettes, Adem Ilhan n'a l'air de rien, et pourtant il vient de sortir un bon disque, « Homesongs », 10 comptines de l'intime qu'il a écrites tout seul. La solitude, le souffle au milieu du silence, et cette croyance en l'homme, même s'il est minuscule au milieu du cosmos : Adem parle de ces petites choses qui bouleversent nos vies, mais sans frimer comme Philippe Delerm. Rencontre.

Le titre que tu as choisi pour ton album, « Homesongs », reflète-t-il une envie de te mettre à nu ? C'est comme un journal intime.

C'était clairement une décision de ma part de vouloir offrir quelque chose de très intime et de très personnel. Quand j'ai commencé à écrire des chansons, j'ai rapidement remarqué qu'elles tournaient toutes autour de certains thèmes : pas la maison, le lieu d'existence à proprement parler, mais plutôt la famille, les amis, les gens qui te sont proches, et que tu quittes ou que tu retrouves. Au fur et à mesure que l'album prenait forme, j'ai décidé de creuser ces thématiques. 

Etait-il important pour toi d'enregistrer un disque aussi introspectif ? On est très loin de Fridge, d'un point de vue musical.

Exact, c'est un disque très introspectif… Mais au départ, c'était un accident ! J'étais occupé de flâner dans une brocante, et je suis tombé sur cet instrument incroyable… Je m'amusais à frapper ces cordes avec un stylo, et le son qui en sortait était vraiment magique, d'un apaisement total ! J'ai alors commencé à écrire des morceaux en utilisant ces sonorités comme colonne vertébrale, et il en est sorti une première version de « Statued », le morceau d'ouverture de l'album. C'est à ce moment-là que je me suis dit : ce disque sera constitué de chansons ! Tout était basé sur ce son, et je voulais m'y tenir, parce que ça donnait aux morceaux une couleur très rassurante, intimiste. Je voulais que l'auditeur ait l'impression d'être assis à mes côtés. 

Quel est cet instrument ?

C'est une 'autoharpe' (http://en.wikipedia.org/wiki/Autoharp), en fait une sorte de cithare qui donne un son très aérien, naturellement magique ! Dès que je l'ai essayée, je me suis dit : 'Wow ! C'est charmant !'

Magique, romantique, dépressif ?

Il est vrai que ces chansons sont un peu déprimantes, mais j'espère qu'elles distillent également un sentiment d'espoir ! Il faut garder l'espoir, c'est ça le truc : peu importe si les choses vont mal, il y a toujours un endroit où retrouver sa famille, ses amis, les personnes que tu aimes. Voilà le concept : il existe un endroit dans lequel chacun d'entre nous peut se sentir bien… Mais il est clair que tout n'est pas rose, on ne peut pas le nier. La plupart des titres de « Homesongs » s'inspirent d'évènements qui sont arrivés à des potes ou à moi, et qui ne sont pas forcément folichons. En faire des chansons permet de se dire qu'aujourd'hui tout va bien, qu'avec le recul ce n'était pas si grave. 

Te trouvais-tu dans un état d'esprit particulier au moment d'enregistrer ce disque ?

Clairement, mais ça ne se situe pas forcément au niveau émotionnel. J'ai tout enregistré pendant la nuit, à la lumière des bougies, chez moi, dans le silence le plus complet, où le moindre murmure résonnait comme un cri. Je me suis plongé dans un état particulier. Ce qui donne une atmosphère si intimiste au disque. 

Etait-il impossible pour toi de le concevoir en mode diurne ?

J'étais obligé, à cause des voisins du dessus, et parce que j'habite juste à côté d'une usine. Il y a tellement de bruits en journée qu'il est impossible d'enregistrer ! Mais au fur et à mesure, enregistrer la nuit s'est imposé de façon naturelle : ça collait bien avec l'émotion que je voulais rendre sur le disque. 

Tu as tout fait tout seul ? Ca sent la solitude.

Ouais ! J'ai tout enregistré moi-même, et c'était assez bizarre comme expérience parce que j'ai l'habitude de bosser avec plein de gens… Mais pour une fois c'était très excitant de pouvoir faire ce que j'avais envie, d'expérimenter, de laisser aller sans retenue mon imagination. Il m'est bien sûr arrivé de demander à mes proches ce qu'ils en pensaient, mais au moment de l'écriture et de l'enregistrement, il n'y avait personne d'autre que moi ! Et ça se sent à l'écoute du disque, comme tu dis…

C'est dans ce sens (l'expérimentation) que tu t'es mis à chanter ?

Il m'a fallu pas mal de temps avant que je ne me considère comme un chanteur à part entière. C'est seulement maintenant que je peux le dire sans rougir ! Ca fait du bien d'être seul face à soi-même, en toute liberté, et d'essayer des trucs. C'est ainsi que tout a commencé : j'ai pris une guitare, en chipotant deux-trois paroles, une mélodie, et puis soudain, tes idées se mettent en place ! Et le reste suit. Lorsque plein de monde t'entoure, c'est plus difficile, parce que tu ne sais pas forcément quoi dire… Dès que j'ai composé la base de « Statued », je sentais qu'il manquait quelque chose, mais je ne savais pas quoi : je suis avant tout un producteur. J'ai alors eu l'idée de rajouter ma voix, et ça a fonctionné ! Les gens autour de moi ont commencé à réagir, estimant que c'était une bonne idée, donc j'ai poursuivi dans cette voie… Ce qui m'a donné confiance en moi.

Ta première idée était donc de continuer à créer de la musique instrumentale ?

Je compose de la musique en solo depuis des années, mais jusqu'ici je n'avais jamais ressenti la nécessité de la rendre publique. J'ai toujours tâtonné pour savoir ce que j'avais vraiment envie de faire : j'ai écrit chez moi beaucoup de tracks techno, ambient, mais je n'y mettais pas mon cœur. Ici c'est différent, j'y crois vraiment, et ça fonctionne.

Tu as comme point commun avec ton pote Kieran Hebden (Four Tet, et donc Fridge) de te servir des bruits du quotidien pour enrichir ta palette musicale. Y a-t-il dans ton écriture une place laissée aux accidents ?

Oui, tout à fait ! J'ai enregistré la plupart des chansons en une prise, pour donner cette impression de naturel, en gardant les erreurs, les aspérités… Même les oiseaux qui gazouillent et les camions qui passent ! Mais ce qui m'intéresse au niveau de la production, c'est de trouver le bon son. Au départ, ce n'est pas l'instrument qui prime, parce qu'il n'émet pas forcément le son que je recherche. Je peux par exemple le trouver en frappant une table avec un oreiller… Si j'utilise une guitare, j'imagine tout de suite le son qu'elle pourrait faire si je la plonge dans l'eau ou si je gratte les cordes. J'essaie de voir de quelle manière n'importe quel objet peut donner des sons qui sortent de l'ordinaire… Parce que tout objet est intéressant en soi, que ce soit une pièce de monnaie ou un jouet ! Une cuillère peut autant servir d'instrument de musique qu'une batterie. 

C'est quasi de la musique concrète !

Absolument ! Avec une sensibilité de songwriting… Tous ces sons que j'utilise doivent avant tout servir la chanson : c'est la grande différence. 

Tu travailles donc essentiellement à l'aide de collages ?

Je joue de tous les instruments, à part sur certains titres sur lesquels des amis m'ont secondé. Mais tout est live. Il n'y a pas de samples, même si j'ai tout enregistré sur ordinateur… En fait beaucoup de gens parlent de 'folktronica', et je dois dire que je ne suis pas d'accord ! C'est juste parce que j'utilise un ordinateur, mais bon je suis avant tout un producteur ! En vérité je passe plus de temps à bosser sur les détails que sur le songwriting : comment doit sonner tel accord, tel mot, tel souffle,… J'ai beaucoup chipoté sur ce genre de détails, mais s'ils sont là c'est pour servir avant tout la chanson ! C'est ce qui donne cette dimension intimiste au disque, même si cela reste très subliminal. Il y a beaucoup de choses qui se passent à l'arrière-plan, mais ça reste très subtil. 

N'y a-t-il pas là une légère contradiction ? Tu dis avoir laissé la place aux imperfections, mais en fin de compte tout est sous contrôle !

(Grand sourire.) Ouais, c'est un peu cynique, je suppose… Mais pour moi le travail de production n'est pas fort différent de celui de jouer de la guitare pendant des heures pour trouver la mélodie parfaite. Il y a toujours un peu de triche, comme le fait de calculer les blancs entre chaque titre. Rien n'est laissé au hasard ! Ces blancs, j'y ai réfléchi pendant longtemps, et je ne pense pas que la démarche soit fort différente de celle d'un chanteur qui refait dix fois la même prise vocale pour arriver à la 'juste émotion' ! Tout ça, c'est de la performance ! 

A part ça, as-tu été influencé par des songwriter folk ?

Oui, bien sûr. Rien que le fait d'être sur Domino m'a permis d'écouter plein d'artistes-maison du back catalogue, et je pense que ça s'entend. J'aime aussi les singers songwriters du début des années 70, comme Tim Buckley, Donovan, Nick Drake,… Mais j'écoute aussi Björk, Steve Reich, peu importe ! Comme j'écoute plein de trucs, tu peux retrouver dans ma musique des références à Joni Mitchell, mais aussi à Alice Coltrane, ce genre… Je n'ai pas essayé de copier qui que ce soit, mais plutôt de transmettre à l'auditeur les émotions que moi je peux ressentir quand j'écoute ces artistes. Comme une conjuration.

C'est marrant que tu cites Björk, parce que « Pillow » m'y fait penser, justement ! Et l'intonation que tu prends sur « There Will Always Be » aussi…

Oui, tout à fait ! En fait, sur « There Will Always Be », je chante comme elle : c'est une sorte d'hommage, parce que j'adore ce qu'elle fait. Elle sait vraiment bien s'entourer, et déborde d'idées. Quel courage d'oser faire un show avec pour seul instrument une harpe, ou des verres… Ca m'inspire ! C'est vraiment ce que j'ai envie de faire moi-même en live : que les spectateurs ne sachent pas à quoi s'attendre, que ce soit toujours une jolie surprise. 

Qu'est-ce qui t'inspire le plus ? L'amour, l'espoir, le désespoir, la mort ?

Ce qui m'arrive, ce qui se passe autour de moi, des histoires qu'on me raconte… Mais il s'agit davantage de détails, d'instantanés de vie, de petites expériences : rien de massif ni d'extraordinaire ! Tout le monde sait ce que rompre avec sa copine entraîne de la souffrance. Par exemple : ce sentiment de solitude, chacun peut l'appréhender… Je crois que tout le monde peut s'identifier à mes chansons parce qu'elles évoquent ce genre de thématiques à hauteur d'homme, et c'est ce qui est le plus important.

 

Adem

Homesongs

Avec Kieran Hebden (Four Tet), Adem forme le groupe Fridge. Vu leurs antécédents respectifs, on s’attendait donc à ce que le premier album solo d’Adem lorgne clairement du côté de l’électro-folk le plus champêtre, plein de légers clicks et de pépiements synthétiques. Il n’en est rien : « Homesongs » est une belle collection de chansons folk intimistes, proche des disques de Nick Drake et de Tom Rapp. Une voix, une guitare, parfois un xylophone, un accordéon ou une harpe (les sublimes « There Will Always Be » et « Pillow » : Björk, où es-tu ?) : il n’en faut pas plus pour que nos sens chavirent devant tant de beauté, créée avec trois fois rien mais beaucoup d’émotions. Adem a composé ces dix titres chez lui à l’aide de son PC, et pourtant on croirait que le temps n’a sur eux aucune prise. C’est beau, tout simplement. Après Four Tet et le splendide « Rounds », Adem et son superbe « Homesongs » : mais que reste-il aux autres ?

Adem

Un minimalisme bouleversant...

Écrit par

Avant de fonder sa propre formation, Adem Ilhan a joué au sein du groupe post rock anglais Fridge aux côtés de Kieran Hebden et de Sam Jeffers. Auteur d'un excellent premier elpee (NDR : voir chronique), Adem est venu se produire en duo ; son partenaire se consacrant le plus souvent au xylophone et aux percussions minimalistes qu'à la guitare sèche. Minimalisme : le mot est lâché, pour définir la musique d'Adem. Mais un minimalisme chatoyant, enrichi par une panoplie d'instruments acoustiques particulièrement ample utilisés par Adem. Conventionnels (six cordes acoustique, banjo) ; mais aussi insolites dont une mini harpe à laquelle il va recourir en toute fin de set. Et toutes ces sonorités chatoyantes, délicates, pastorales, chaleureuses servent d'écrin à de petites perles mélodiques, berceuses hymniques que chantent nos deux compères avec un ensemble bouleversant. Même lors des deux nouvelles compositions. Point d'orgue ; le single « Everybody needs some help sometimes », que le public avait encore en tête à l'issue de leur prestation…

Il y a plus de dix ans qu'on attendait le passage de Red House Painters en Belgique. Et R.H.P. n'est toujours pas revenu. En fait Kozelek a fondé un nouveau projet : Sun Kil Moon. Responsable d'un elpee remarquable, au début de cette année (NDR : voir chronique), S.K.M. figurait, au départ, à l'affiche des Nuits du Botanique. Mais lorsqu'il a décliné l'invitation, on s'est dit qu'il allait encore nous faire faux bond. Bref, je dois avouer, que la veille même du concert, je n'étais pas vraiment sûr qu'il soit présent. Avant que la formation ne monte sur les planches, on se rend compte qu'il n'y aura pas de batteur. Et que les musiciens seront assis sur des tabourets de bar. Cinq en tout. Pour deux violonistes et trois guitaristes dont Kozelek qui change, pratiquement à chaque morceau, de gratte. Acoustique, électrique ou à douze cordes. Un Kozelek qui s'est coupé les cheveux. Mais dont le timbre vocal falsetto, légèrement reverb, touche toujours au sublime. Autour de lui, son backing band tisse la trame sonore. Tantôt en picking, tantôt en plaquant les accords, les deux guitaristes rivalisent de virtuosité. Et que dire des deux violonistes ? Un couple asiatique dont les interventions vous flanquent des frissons partout. Tout au long du concert, on semble submergé par un océan de mélancolie douce. Parfois aussi consumé par l'intensité et la luxuriance des instruments, un peu comme sur le 3ème album du Led Zeppelin. Ou alors bercé par des mélodies ensoleillées, presque méditerranéennes. Pas de covers. Pas de titres issus du répertoire de Red House Painters. Mais uniquement des chansons de Sun Kil Moon. En rappel, seuls les trois guitaristes reviennent sur scène, l'un d'entre eux se consacrant à la slide. Puis Marc termine en solo armé de sa 12 cordes. Pour trois titres. Enfin presque, puisque en fin du dernier, il se rend compte qu'il fait fausse route, plante sa guitare et se taille. Un final à l'image du personnage…