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Denver ou DNVR ?

DNVR est l'étoile montante de la scène soul française, fusionnant les grooves sensuels des années 60, l’âme vibrante de la Motown, et l’improvisation subtile du jazz. Formé de sept musiciens passionnés, le groupe (qui se prononce Denver) propose une musique à…

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Kreator - 25/03/2026
dEUS - 19/03/2026

LaSemo 2026 : dimanche 12 juillet

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Ce dimanche referme la 19e édition de LaSemo, qui attire sur ses plaines plusieurs dizaines de milliers de festivaliers.

Dans l’ensemble, l’affiche étaait moins intéressante que lors des éditions précédentes : les organisateurs ont concentré leurs moyens sur quelques têtes d’affiche internationales, au détriment des découvertes. Un choix économique, donc, qui pèse sur l’équilibre artistique.

Votre serviteur rejoint d’abord la guinguette pour assister à la prestation de Rau Ze.

Né en 2022 de la complicité entre Rose Perron (voix) et Félix Paul (claviers, réalisation), le duo s’impose en quelques années comme l’une des révélations les plus solides du paysage québécois.

Lauréat des Francouvertes dès sa première année d’existence, Rau_Ze décroche en 2024 le Félix de l’Album R&B/Soul de l’année pour son premier opus, « Virer nos vies », avant d’être nommé Révélation Radio-Canada 2024-2025.

Sa signature auprès du label parisien WLab (Wagram Music) en 2025 accélère son implantation européenne, grâce notamment à des passages remarqués au Paléo Festival, au Festival Avec le Temps et au Luzern Festival. LaSemo prolonge ainsi une trajectoire déjà bien engagée sur le Vieux Continent, pour une première apparition belge du duo.

Sur les planches, la majorité des titres proviennent de ce premier disque, paru il y a deux ans. La voix de Rose Perron et les nappes de claviers de Félix Paul dessinent une musique douce et enveloppante, à la croisée de la soul et du jazz.

Entre « Sumerset », « Virer nos vies » et « Pas la peine », le duo installe un groove délicat et invite à une écoute attentive.

Le set touche à sa fin lorsque votre serviteur gagne la prairie pour écouter Xavier Rudd, figure majeure du folk-roots.

Multi-instrumentiste originaire de Torquay, dans le Victoria, en Australie, Xavier Rudd se forge depuis le début des années 2000 une réputation d’homme-orchestre marqué par la culture aborigène : didgeridoo (parfois trois à la fois, en respiration circulaire), guitare Weissenborn slide, banjo, harmonica, percussions… Révélé par « To Let » (2002), il bâtit une discographie dense et engagée — « Solace », « Food in the Belly », « White Moth », « Dark Shades of Blue », « Koonyum Sun » au sein de Xavier Rudd & The United Nations, « Spirit Bird » (son plus grand succès), « Nanna », « Storm Boy », jusqu’à « Jan Juc Moon » en 2022. Sa musique, ancrée dans un folk-roots teinté de reggae et de blues, relaie aussi un message constant en faveur des peuples et cultures aborigènes.

Après une pause discographique, il revient sur les planches dans un format resserré et exigeant : seul aux commandes, il agence en direct boucles, instruments et paysages sonores, rejoint depuis 2025 par la multi-instrumentiste Lisa Purmodh. LaSemo s’inscrit dans sa tournée européenne 2026, qui le mène ensuite aux Vieilles Charrues une semaine plus tard.

Xavier Rudd impressionne par sa précision. Un homme, un podium, une pile d’instruments qui se répondent en boucle : le musicien occupe une place singulière dans le paysage musical mondial grâce à une pratique poussée très loin, celle du live looping.

Sur le podium, il combine en temps réel guitare, synthétiseurs, didgeridoo et percussions diverses. Chaque son est capté, bouclé, puis superposé, jusqu’à former sous les yeux de la foule une architecture musicale complète — sans overdub, sans studio, sans filet.

Sa musique, essentiellement instrumentale et improvisée, navigue entre ambient, world et méditation sonore. Ce choix artistique forge une identité immédiatement reconnaissable, entre rituel et expérimentation.

La maîtrise technique de Xavier Rudd reste impressionnante. Mais au-delà de la prouesse, son approche touche autant à la contemplation qu’à une forme de soin sonore, loin de l’énergie festive habituelle des festivals.

Enfin, le dernier concert suivi par votre hôte lors de cette ultime journée est celui de l’increvable Puggy, trio belge réunissant le chanteur-guitariste Matthew Irons, le bassiste Romain Descampe et le batteur Egil ‘Ziggy’ Franzén.

Fondée en 2005 à Bruxelles, la formation explore une pop-rock acoustique traversée de légères influences latines.

Irons est loin d'être un inconnu : il s’est notamment investi comme coach dans le télécrochet The Voice Belgique.

« The Way We Thought It Was », composition tirée du nouvel opus, ouvre le concert. Pendant que Matt cisèle les riffs, Romain malmène ses cordes, tandis que le troisième larron pilonne fûts et cymbales, raide comme un piquet. L’ensemble sonne énergique, rock et direct.

La tension monte, la fosse réagit, et la sueur perle vite sur le front des musiciens lorsque « Never Give Up » embraye. « I Do » baigne dans une atmosphère ample, renforcée par des claviers largement syncopés.

Puis « Something Good », extrait de « Are We There Yet – After Sunset », prend le relais et confirme la maturité acquise par le combo depuis ses débuts. Plus structuré, « Change the Colors » libère des sonorités pop-rock dansantes, héritées de l’identité première de la formation, ici dans une version acoustique qui nuance le morceau.

Matt reprend ensuite ses six cordes électriques pour « On My Mind », composition aigre-douce qui lui permet de grimper allègrement dans les aigus.

Mais les vieux titres conservent leur pouvoir. Après quelques pitreries, les musiciens changent de registre : Matt reprend la gratte semi-acoustique et entame une ballade délicate, dans une configuration résolument atmosphérique. « How I Needed You » berce l’auditoire.

Pour maintenir le cap et retenir l’attention des festivaliers, désormais plus nombreux, « Last Day on Earth » laisse les percussions décoller, tandis que la basse encaisse une série d’assauts. Le morceau frappe par ses riffs singuliers et son solo tonitruant, parfaitement tenu par Irons lors du bridge.

Un moment suspendu : la frontière entre l’estrade et la plaine s’estompe au profit d’un élan collectif.

Le set approche doucement de son terme. « When You Know » constitue l’un des piliers d’un show solide, pacouru par de belles progressions au clavier et un solo de batterie nerveux. La foule répond présente, tandis que le trio entretient une énergie fédératrice.

L'édition s'achève ici pour votre serviteur, l'affiche ne présentant plus guère d'intérêt.

Cette édition restera marquée par des températures caniculaires et un line-up recentré sur quelques valeurs sûres.

Que réserve la 20ème  édition ?

(Organisation : LaSemo)

LaSemo 2026 : samedi 11 juillet

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La chaleur écrase encore davantage le site que la veille. Par endroits, une fine pluie semble pourtant tomber du ciel. En y regardant mieux, elle provient des grands ventilateurs-brumisateurs installés un peu partout pour rafraîchir les festivaliers… et, pourquoi pas, les idées.

Il faut donc du courage, et sans doute une pointe d’inconscience, pour passer une journée entière sous un soleil de plomb. Le parc d’Enghien offre heureusement de larges zones arborées. Sans cette ombre bienvenue, tenir le rythme relèverait de l’exploit.

À son arrivée sur le site, votre serviteur rejoint la Prairie, l’espace le moins ombragé du festival, où Sam Sauvage ouvre les festivités de l’après-midi. Mieux vaut s’armer contre la canicule.

Révélé par les clips publiés sur Instagram, Sam Sauvage cultive une allure de dandy qui rappelle parfois Pierre de Maere, accueilli ici même lors de la précédente édition du LaSemo.

Le chanteur grimpe sur les planches d’un pas hésitant, le regard perdu, le corps volontairement désarticulé. Auteur-compositeur-interprète, il navigue aisément entre chanson française et pop contemporaine, comme l’illustre « Le Chant des sirènes ».

Cheveux ébouriffés, silhouette de savant fou, le jeune artiste entraîne vite la foule dans un univers décalé et instable, où résonne notamment « Les gens dansent (j’adore) ».

Entre liberté, désillusions amoureuses et jeunesse désinvolte, Sam Sauvage poursuit son introspection par « J’suis pas bo », morceau qui évoque, dans son propos, « Allô maman bobo » d’Alain Souchon. Il enchaîne ensuite par « Je ne t’aime plus », récit poétique qui confirme son goût pour une écriture sensible et imagée.

À la ville, Hugo Brebion manie les mots finement. Sa plume romantique s’appuie sur des textes à la fausse candeur qui séduisent rapidement l’auditoire.

Derrière une allure fragile, une démarche maladroite et une présence volontairement décalée, Sam Sauvage maîtrise son personnage. Au fil du concert, il entraîne les festivaliers dans un univers burlesque et théâtral, où l’excès reste sous contrôle.

L’eau accompagne décidément cette journée caniculaire. Cette fois, direction la Guinguette, nichée au cœur des bois, pour assister au concert de Julie Rains.

Contrairement aux éditions précédentes, la Guinguette adopte cette année un décor plus épuré. Les vieilles caisses en bois et les vinyles disséminés sur l’estrade disparaissent au profit d’une scénographie plus sobre.

L’auditoire répond présent. Il y a foule dans cet écrin boisé, sans doute l’un des espaces les plus agréables du festival en cette après-midi brûlante. Les bières fraîches et les glaces deviennent d’ailleurs les vedettes du moment.

Julie Rains, de son vrai nom Julie Rens, est chanteuse, compositrice et multi-instrumentiste bruxelloise. Elle se révèle d’abord au sein de Juicy, le duo formé auprès de Sasha Vovk, où jazz contemporain, soul, R&B et humour s’entremêlent jusqu’à imposer le projet sur le paysage francophone belge. Depuis, elle poursuit une trajectoire solo sous le nom de Julie Rains et développe un univers plus introspectif, teinté de pop électronique.

Épaulée par un seul musicien, l’artiste façonne en direct un paysage sonore nourri de machines électroniques. Le tandem construit un répertoire où se croisent pop alternative, electronica, ambient, soul, jazz contemporain et influences world.

Cette prestation lui permet de défendre son premier EP, « Lentement ».

Malheureusement, des titres comme « Tu mens » ou « T’as perdu » peinent à rallier la foule. Plusieurs éléments peuvent expliquer cette réserve : des compositions parfois répétitives, une interprétation peu contrastée et une approche sonore bruitiste qui finit par créer une distance.

Même « Doucement », proposé dans une formule piano-voix plus intimiste, ne décolle pas vraiment.

Julie Rains reste une artiste dont on apprécie surtout la démarche novatrice et la recherche esthétique, davantage que la profondeur émotionnelle des compositions.

Après une vingtaine de minutes, retour vers la Prairie pour le concert de Mentissa.

Originaire de Belgique, la chanteuse s’installe en France afin d’y développer sa carrière. Le contraste par rapport à la prestation précédente saute aux oreilles. Là où Julie Rains privilégie les expérimentations électroniques, Mentissa propose une pop chaleureuse, élégante et immédiatement accessible. C’est aussi l’intérêt d’un festival : passer d’un univers à l’autre, multiplier les découvertes et varier les plaisirs.

Vêtue d’une étonnante tenue à froufrous qui souligne son tempérament pétillant, la chanteuse s’entoure de musiciens aguerris.

Un auditoire plutôt jeune lui réserve un accueil enthousiaste. Mentissa reste liée à son parcours remarqué dans la dixième saison de The Voice France, où elle révèle toute l’étendue de son talent. Ironie du destin, elle devient ensuite coach de l’émission dans sa version belge, une belle étape dans son parcours.

Mentissa ne se cache pas derrière un personnage. Elle évoque ses doutes, ses complexes et ses aspirations. Sa voix claire sert notamment « Balance », où elle revient sur son rapport au corps, les injonctions esthétiques et les sacrifices consentis pour répondre à certains standards de beauté.

Revenue jouer sur ses terres, elle défend son nouvel opus, « Enfants difficiles ». Son précédent disque lui avait permis de collaborer auprès de plusieurs auteurs reconnus, parmi lesquels Vincha — fidèle partenaire de Ben Mazué —, Yannick Noah et Claudio Capéo.

Entre pop contemporaine et chanson française, Mentissa livre une prestation solide et maîtrisée. Une mélancolie discrète traverse le concert, renforcée par les interventions du violoncelle qui apportent profondeur et émotion à l’ensemble.

En injectant beaucoup d’humour, elle joue ensuite les entremetteuses et invite les célibataires présents à trouver l’âme sœur pendant « Close to You ». L’atmosphère gagne encore en douceur lors de « Parce que c’est toi », interprété en version piano-voix auprès d’Alex au clavier.

Lorsque résonnent les premières notes de « Et bam », chanson écrite et composée par Vianney, Mentissa touche une foule déjà acquise à sa cause. Sa voix, capable de nuances délicates, confirme la maturité artistique d’une chanteuse encore jeune.

« Désolée » clôture un concert assez classique dans sa construction, mais très agréable. Peu à peu, les festivaliers jusque-là statiques se laissent gagner par le refrain et accompagnent l’artiste dans une ambiance chaleureuse.

La soirée réserve encore une dernière surprise. Mentissa revient sur les planches en compagnie de son petit frère pour interpréter « Enfants difficiles », morceau qui donne son nom à l’opus et à la tournée. La conclusion se veut intime et symbolique.

Retour à la Guinguette pour retrouver Bernard Minet, figure familière de toute une génération. Révélé au sein des Musclés, il marque aussi les années Club Dorothée grâce à une multitude de génériques de dessins animés devenus cultes.

À 72 ans, le chanteur continue de faire vivre ce patrimoine télévisuel sur les planches. Aux côtés du Bernard Minet Metal Band, projet lancé en 2020, il revisite ses grands succès dans des versions rock et metal. Cette formule lui permet aussi de se produire régulièrement lors de conventions dédiées à la pop culture.

Artistiquement, la proposition ne brille pas par sa subtilité. Mais ce n’est manifestement pas ce que la foule vient chercher. Les tubes de toute une époque touchent instantanément les aficionados, quelle que soit leur génération. Les plus anciens replongent dans leurs souvenirs d’enfance, tandis que les plus jeunes découvrent, souvent amusés, ces refrains emblématiques.

L’ambiance reste bon enfant. On chante, on rit, on retrouve le temps de quelques morceaux l’insouciance des mercredis après-midi devant Club Dorothée. La force de Bernard Minet tient sans doute là : offrir, le temps d’un concert, une parenthèse régressive où le plaisir l’emporte sur le reste.

Il y a des concerts qu’on attend longtemps sans trop y croire. Celui de Vanessa Paradis, samedi soir au parc d’Enghien, appartient à cette catégorie. Seule date belge de son année 2026, inscrite dans la programmation XXL de cette 19e édition du LaSemo, la chanteuse retrouve une foule venue de plusieurs générations pour l’un des rendez-vous les plus attendus du festival.

Dès les premières notes de « Trésor », le ton s’installe : pas d’artifice ni de démonstration de force, mais une élégance naturelle qui accompagne l’artiste depuis près de quarante ans.

Longiligne, la chevelure en mouvement, elle occupe l’estrade par une grâce féline, ce mélange de retenue et d’abandon qui nourrit sa singularité. À 53 ans, la voix a peut-être perdu un peu de son mordant d’antan, parfois légèrement voilée, mais elle conserve cette proximité rare, cette capacité à transformer une plaine bondée en espace presque intime.

« Marilyn & John » et « Divine idylle » embrasent rapidement la fosse : votre serviteur observe une marée de smartphones se lever à l’unisson, tandis que les refrains repris en chœur témoignent de l’attachement de l’auditoire à l’artiste.

« Les initiales des anges » enchaîne, introduite par quelques mots pudiques autour d’un souvenir personnel. La plaine se tait alors, suspendue à sa voix.

La setlist, pensée comme une traversée de carrière, alterne habilement les tempos. « Ces mots simples » et « Sunday Mondays » apaisent le rythme avant que « Commando » ne relance l’énergie rock, servi par une formation très soudée — sept ou huit complices visiblement heureux de jouer ensemble, auxquels Vanessa Paradis rend hommage à plusieurs reprises au fil de la soirée. « Élégie » et « Pourtant » suivent dans la même élégance discrète, avant que « Dès que j’t’vois » ne remette la foule en mouvement.

Le concert prend ensuite des accents plus intimes grâce à « Les épines du cœur » et « Just as Long as You Are There », où la chanteuse retrouve ce grain de voix anglophone hérité de ses collaborations new-yorkaises.

« Il y a » et « Love Song » prolongent cette parenthèse feutrée avant l’un des temps forts de la soirée : « Joe le taxi ». Le tube, immanquable sans devenir lassant, ressurgit dans une version dansante qui transforme instantanément la Prairie en dancefloor à ciel ouvert.

L’ombre de Serge Gainsbourg plane naturellement sur la fin du set, par « Mi amor », puis « Dis-lui toi que je t’aime » et « Tandem », rappelant combien la rencontre entre le songwriter et la toute jeune Vanessa Paradis a marqué la chanson française.

Le concert se referme sur « Bouquet final », titre phare du nouvel opus « Le retour des beaux jours ». Clin d’œil du programmateur ou hasard de setlist, l’expression sonne en tout cas comme un adieu bien trouvé.

Après plus d’une heure sur les planches, Vanessa Paradis quitte la Prairie sous les applaudissements nourris d’une foule conquise, laissant place à Nile Rodgers & Chic pour la suite de la soirée disco-funk.

Ce passage au LaSemo confirme qu’au-delà des modes et des générations, Vanessa Paradis conserve l’art de transformer un rendez-vous populaire en moment suspendu.

(Organisation LaSemo)

LaSemo 2026 : vendredi 10 juillet

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Le festival LaSemo ne ressemble à aucun autre. Pour son dix-neuvième anniversaire, le rendez-vous du Parc d’Enghien affronte une équation délicate : un contexte économique qui pèse sur le portefeuille des Belges et une météo caniculaire qui éprouve autant l’organisation que les festivaliers.

Malgré la chaleur et les contraintes budgétaires, l’esprit du festival demeure intact, solidement inscrit dans cet écrin de verdure fort de quatre siècles d’histoire.

L’expérience LaSemo tient d’abord de l’immersion. Le festival cultive une approche globale où la musique n’est qu’un chemin parmi d’autres vers la convivialité. Espaces de bien-être, conférences, cabaret et fameuse ‘papoterie’ composent un microcosme accueillant.

La dimension écologique, souvent réduite ailleurs à un argument marketing, structure ici l’événement. Le recyclage intégral des ressources et les toilettes sèches rappellent que l’art de la fête gagne à s’inscrire dans une sobriété concrète.

C’est dans ce cadre, orchestré par l’inclassable Jean-Jean — moustache british et humour pince-sans-rire en guise de signature — que la programmation démarre.

Lorsque votre serviteur prend place parmi les badauds, Gaël Faye investit le podium de la prairie, à une encablure du château.

Seule date belge de l’artiste, le concert s’impose vite comme un moment à part, où littérature et rap dialoguent sans se trahir.

Après deux premiers disques solos et deux EP restés relativement discrets, il publie « Lundi méchant » en 2020. Son nom résonne plus largement en 2022 grâce à sa participation à l’EP « Éphémère » aux côtés de Grand Corps Malade et Ben Mazué.

Entre « Petit Pays » — auréolé du Goncourt des lycéens — et « Seuls et Vaincus », extrait de « Lundi Méchant », on retrouve ce qui fonde la réputation scénique de Gaël Faye : une manière très personnelle de tordre le verbe et de faire claquer la langue sans sacrifier le sens.

Sa plume, saluée par la critique littéraire comme par l’auditoire des salles de concert, circule entre l’intime et le politique : l’enfance heureuse à Bujumbura, la guerre qui emporte tout, l’exil à Versailles, puis cette question qui traverse son œuvre : comment bâtir une humanité commune après la déchirure ?

Sur les planches, le rappeur devient conteur, soutenu par des musiciens qui accompagnent ses variations de flow : tantôt conversationnel, presque intime, tantôt plus tranchant sur les textes rageurs.

Le passage en piano-voix constitue le temps fort, une option audacieuse que son entourage lui avait pourtant déconseillée. À tort…

Cette mise à nu révèle la force de ses compositions et dépasse la frontière entre amateurs de rap et lecteurs de son œuvre littéraire.

En clôture, les chœurs soulignent son statut : celui d’une voix singulière, capable de transformer la mélancolie en élan lumineux.

La soirée bascule ensuite dans un tout autre registre lorsque Julien Doré rejoint à son tour le podium de la prairie.

La plaine affiche complet. Il faut dire que le gaillard à la chevelure… dorée s’est révélé il y a quinze ans lors du casting de Nouvelle Star, en France, où il interprétait « Excellent », une composition signée Sharko.

Cette reprise permet alors à David Bartholomé et à ses acolytes de toucher une nouvelle audience ; elle connaît même un succès « culte », relayé ensuite par de nombreux joueurs de ukulélé sur internet. « I Need Someone » suivra la même trajectoire.

Depuis, Doré surprend régulièrement par des disques iconoclastes, des clips peuplés d’animaux et des messages percutants sur les réseaux sociaux.

Doré signe une entrée fracassante depuis les coulisses. Vêtu de blanc, il se présente devant une foule fidèle tandis que l’hymne belge « Chef, un p’tit verre on a soif » retentit durant de longues minutes.

Face au défi posé par le match Belgique-Espagne, l’artiste privilégie un pragmatisme efficace et amusant : en avançant son concert d’une heure, il transforme une contrainte logistique en moment de communion.

Dès l’ouverture sur « Le Lac », le ton est donné : une introspection sensible, mêlée à une célébration de la nature et du féminin. La suite du set aligne les tubes — « Kiss Me Forever », « Coco Câline » ou encore « Les limites » — tandis que les paroles s’affichent sur écran géant, façon karaoké. Chaque membre de son équipe bénéficie aussi d’une présentation amusante.

Chez Doré, le sérieux reste poreux. La reprise des « Démons de minuit » et l’invitation lancée à quelques festivaliers de rejoindre son canapé installé sur l’estrade pour suivre le match installent un climat de proximité.

Fidèle à son goût du mélange, l’artiste alterne moments de précision musicale et instants de pur délire, jusqu’aux apparitions de ses pandas et diplodocus fétiches.

Le live, puissant et énergique, conserve une sincérité teintée d’introspection. Juju reste égal à lui-même : lorsqu’on force le cours des événements, on les abîme.

Très second degré et proche d’un auditoire qui le suit depuis les débuts, l’artiste semble moins jouer un rôle qu’habiter pleinement son univers.

Habitué aux fantaisies visuelles et aux créatures qui peuplent ses clips, Doré invite ici ses compagnons les plus improbables : diplodocus affectueux et pandas fétiches.

Même si le spectacle flirte parfois avec le surdimensionné, Doré livre une prestation surprenante, généreuse, loufoque et surréaliste, où l’ampleur du dispositif n’efface jamais le dialogue constant noué avec la fosse.

Au terme de cette journée, le rappel sur la comptine « Ah les crocodiles » résume l’ADN de LaSemo : ne jamais se prendre trop au sérieux tout en défendant une réelle exigence artistique.

La Belgique s’incline finalement 2-1 face à l’Espagne, ce vendredi à Los Angeles, en quart de finale de la Coupe du monde 2026, et manque ainsi la demi-finale contre la France.

Le malheur des uns nourrit parfois le soulagement des autres… Doré se retire, sourire aux lèvres, tandis que la Belgique ne retrouvera pas la France en demi-finales de la Coupe du monde 2026.

(Organisation : LaSemo)

 

Burning Spear

Malgré ses 81 balais, Burning Spear rallume la flamme du reggae/roots à l’Ancienne Belgique.

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La Ballroom de l’Ancienne Belgique célèbre le reggae roots ce soir. Burning Spear, figure majeure du genre et disciple revendiqué de l’héritage jamaïcain, revient à Bruxelles à 81 ans, toujours alerte, entouré de neuf musiciens parfaitement soudés. La salle affiche complet et rassemble un auditoire multigénérationnel, où les rastas se mêlent aux amateurs de longue date comme aux curieux venus découvrir une légende vivante.

Winston Rodney, alias Burning Spear, débute sa carrière dans les années 1960 en Jamaïque, sur les conseils de Bob Marley, avant d’enregistrer son premier single, « Door Peep », en 1969 sur le label Studio One. Profondément ancré dans la foi rastafari et les idéaux panafricains de Marcus Garvey, il forge un reggae hypnotique et militant, traversé de rythmiques puissantes, de cuivres et de percussions. Son opus « Marcus Garvey » (1975), devenu un classique du genre, a célébré son cinquantième anniversaire en 2025. Burning Spear compte deux Grammy Awards, remportés pour « Calling Rastafari » (2000) et « Jah Is Real » (2009), ainsi que plus de douze nominations. Son dernier disque studio, « No Destroyer », sorti en 2023, a été nommé aux Grammy Awards 2024 dans la catégorie Best Reggae Album.

L’influence de Burning Spear sur le reggae reste considérable. Son héritage musical rappelle l’autonomie et l’autodétermination de la diaspora africaine. Après plus de six décennies de carrière, son message conserve toute sa force et son chant garde cette intensité immédiatement reconnaissable. Winston Rodney attribue le lancement de son parcours musical à une rencontre décisive auprès de Bob Marley. Tous deux vivaient dans la paroisse de St. Ann, en Jamaïque. Comme le raconte Burning Spear : ‘Bob se rendait à sa ferme. Il avançait auprès d’un âne, quelques seaux, une fourche, une machette et des plantes. Nous avons simplement discuté d’homme à homme, et je lui ai dit que j’aimerais me lancer dans le monde de la musique. Bob m’a répondu : “D’accord, passe au Studio One.” ‘. C’est là que Burning Spear enregistre ses deux premiers elpees cultes, « Burning Spear » et « Rocking Time ».

Son retour constitue donc un événement pour le reggae en Belgique. Sa dernière prestation à l’AB remontait à 1992 : trente-quatre ans d’attente avant de revoir cette voix majeure, dont les chansons continuent de défendre la paix, la justice et l’amour.

La première partie revient aux Roots Warriors, formation liégeoise active depuis 1983.

Le combo réunit B Dread aux drums, Ioanis au chant, Raph au mix, Sarahyan et Hugo aux claviers, Seb à la basse, Sam au saxophone et Serge à la trompette. Dès les premières mesures, les Liégeois installent un climat roots solide, nourri de riddims jamaïcains, de lignes de basse rondes et d’une pulsation souple qui met rapidement la fosse en mouvement. Les claviers dessinent un tapis chaleureux, les cuivres répondent par touches nettes et le mix injecte de discrètes secousses dub sans brouiller l’ensemble. Ioanis guide le set d’une voix posée, efficace, qui privilégie la ferveur collective plutôt que l’effet facile. Les reprises de classiques jamaïcains trouvent leur place auprès de compositions originales plus engagées, et le band évite l’exercice de style nostalgique : il joue sur l’intensité, respire ensemble et garde le tempo vivant. Les dreads se balancent, les premiers rangs répondent, les refrains circulent, tandis que la section rythmique prépare idéalement l’arrivée de Burning Spear. Cette entrée en matière ne cherche pas à voler la lumière ; elle chauffe patiemment la salle, rappelle l’ancrage liégeois du roots en Belgique et offre un set généreux, cohérent, traversé de vibrations dub profondes.

Votre serviteur découvrait cette formation et la surprise s’avère heureuse : une première partie solide, chaleureuse et parfaitement calibrée pour ouvrir la soirée (page ‘Artistes’ ici).

Setlist : « Promise Land-Satta », « True Rasta », « Slave Driver », « Jogging », « Police And Thieves », « Fade Away », « Caution », « Fisherman », « Israelites », « Jehosaphat », « Melt Away », « Johnny Big Mouth ».

Place ensuite à Burning Spear et à son backing group. 

Les huit musiciens prennent place sur les planches. À gauche, un solide trio de cuivres — trompette, trombone à coulisse et saxophone — s’installe en fond de plateau. Au centre, le claviériste se poste derrière ses instruments, tandis qu’à droite, un impressionnant batteur domine l’estrade. Devant lui, le bassiste, parfaitement synchronisé auprès de son complice de la section rythmique, s’aligne près du guitariste rythmique. À leurs côtés, le second guitariste, Cecil Ordonez, impose rapidement une ambiance brûlante et fait monter la température au fil des morceaux. Burning Spear arrive en dernier. Il court, danse, bondit et traverse l’espace d’un pas incroyablement vif, comme si les années n’avaient pas prise sur lui. Dès les premières notes, Winston Rodney embrase la Ballroom et galvanise la foule, qui se lève et vibre au rythme de sa musique. Sa voix puissante, alliée à un jeu de percussions inspiré, touche l’auditoire et déclenche une ovation après chaque morceau.

La formation impressionne par sa cohésion. Cecil Ordonez s’impose toutefois comme l’un des grands favoris de la salle : ses pas de danse nerveux et son énergie communicative électrisent le concert du début à la fin.

La section de cuivres, emmenée par le tromboniste Micah Robinson, le saxophoniste Clyde Cummings et le trompettiste James Smith, entretient un groove irrésistible et révèle son aisance lors de solos précis.

Face à une Ballroom comble et vibrante, le chanteur jamaïcain livre une performance spirituelle et militante, soutenue par des cuivres efficaces et des rythmiques hypnotiques. Il célèbre plus de six décennies de carrière sans relâcher l’intensité.

Ce concert s’inscrit dans le cadre du ‘Continuation Of The Marcus Garvey Self Reliance Tourr’, et confirme qu’à près de 81 ans, sa voix, sa présence sur le podium et son message d’autodétermination demeurent bien vivants.

La setlist accorde naturellement une large place aux classiques, tout en intégrant plusieurs titres issus de son projet collaboratif « Call On Me » (Burning Spear and Friends), paru au printemps 2026. Les fans saluent une véritable communion auprès de l’artiste, notamment pendant les morceaux emblématiques qui nourrissent sa légende depuis les grandes heures du mythique Studio One.

Le concert restera comme un moment fort pour l’un des derniers grands témoins vivants du reggae roots. L’ambiance circule entre les musiciens, la star jamaïcaine et une foule conquise. Burning Spear tient 96 minutes sans faiblir : respect pour l’artiste et pour ses musicos, solides jusqu’au bout.

Setlist : « Happy Day », « She's Mine », « Columbus », « Tumble Down », « Driver », « Identity », « Great Men », « The Youth », « Nyah Keith », « The Sun », « Old Marcus », « Garvey », « Man In The Hills ».

(Organisation : GreenHouse Talent)

 

 

Mons au Carré 2026 : vendredi 3 juillet

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Troisième jour de festival, troisième immersion. Direction l’Arsonic, ancienne caserne montoise transformée en Maison de l’Écoute.

Dans cet écrin architectural, pensé pour l’écoute, deux formations rappellent que la puissance musicale tient parfois à peu de chose : une voix, un instrument, une présence juste.

L’Arsonic ne ressemble à aucun autre lieu. Par sa vocation d’espace dédié aux expérimentations sonores et aux installations artistiques, la salle propose une expérience d’écoute très particulière.

Son architecture, autour d’une jauge modulable de 280 places et de gradins qui se font face, oblige toutefois les artistes à penser leur placement. Chaque positionnement devient alors un choix scénographique.

Moon on Earth relève ce défi de manière radicale : les musiciens tournent le dos à une partie des spectateurs installés sur le petit gradin.

Formation emblématique du folk-rock montois, Moon on Earth signe ici son retour après douze ans de silence discographique. Mené par Julien Crête, également figure du paysage médiatique local et vice-président du Club de la Presse Hainaut-Mons, le combo montre que dix-sept années d’existence n’ont pas altéré sa cohésion.

Aux côtés de Johanne Lovera (chant, xylophone), Charlotte Danhier (violoncelle), Hugo Simoens (accordéon) et Nicolas Sanna (guitare), la formation livre un set de vingt minutes, bref mais dense.

Dans cette configuration dépouillée, les harmonies vocales se déploient avec douceur sur des titres tels que Over Me ou Great Song.

Le choix de jouer de dos peut dérouter une partie de l’auditoire, mais il recentre l’attention sur l’intime et sur le son. La salle reste suspendue à ces notes qui résonnent dans l’Arsonic avec une grande netteté.

Après le départ de Moon on Earth, le centre de l’arène accueille un piano Yamaha, placé de manière à offrir cette fois une perspective équilibrée à l’ensemble de l’auditoire.

C’est là que s’installent An Pierlé et Koen Gisen, partenaires à la ville comme sur les planches depuis 1997.

Dès les premières minutes, An Pierlé fixe le cadre : le concert prend la forme d’une traversée de leur parcours, une rétrospective épurée où chaque chanson se débarrasse de ses arrangements studio pour retrouver son élan initial.

Piano, voix et saxophone : une formule minimale, mais d’une efficacité immédiate. Sur des titres comme Mud Stories (2013), la chanteuse habite pleinement le morceau, martèle le clavier d’une conviction fébrile tandis que ses talons marquent le rythme sur le parquet.

Tout au long de la soirée, l’artiste privilégie la proximité, ponctuant le set d’anecdotes sur sa trajectoire de femme et de musicienne. Elle évoque les coulisses du métier, notamment ses négociations mouvementées auprès de son ancienne maison de disques, ou encore la difficulté des relations de longue durée, tout en lançant un regard complice vers Koen Gisen. Pour prolonger cet échange, elle invite la foule à participer à un rituel de partage : chacun peut consigner ses ressentis dans un carnet dédié, et le concert prend ainsi une dimension collective.

L’émotion s’intensifie lorsque des couples montent sur le podium pour une danse lente et sensuelle, qui modifie peu à peu l’atmosphère du lieu.

Koen Gisen, fidèle à sa discrétion, reste en retrait et accompagne le jeu de sa partenaire sans chercher à s’imposer. Leur collaboration, amorcée dès le deuxième disque de l’artiste, trouve ici de nouveaux reliefs, notamment dans une version ample et hypnotique de Sing Song Sally, tirée de l’opus Helium Sunset.

La surprise vient d’une incursion dans le répertoire francophone par une interprétation sensible d’Avec le temps, de Léo Ferré. L’auditoire reprend le refrain en chœur dans une atmosphère recueillie. Cet hommage, dans le prolongement de ses reprises passées — on pense à Il est 5 heures, Paris s’éveille — confirme son aisance à s’approprier les classiques.

En explorant son répertoire plus récent, notamment Imaginary Summer, extrait de Wiga Waga (2021), An Pierlé relie les époques et transforme les souvenirs liés à sa grand-mère en matière poétique.

Pendant une heure vingt, le duo construit une parenthèse intense, où la simplicité permet d’aller au plus près des chansons.

À l’Arsonic, musique, mots et images se croisent et invitent à écouter autrement : soi-même, les autres, le temps qui passe.

La musique d’An Pierlé ne se contente pas d’adoucir les mœurs : elle réapprend à habiter le silence.

(Organisation : Sumons)

Mons au Carré 2026 : mercredi 1er juillet 2026

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Girls In Hawaii ne s’était plus produit depuis plusieurs années, à l’exception de la tournée célébrant les vingt ans de son premier opus, « From Here to There », en 2023, qui avait rempli quatre soirs l’Ancienne Belgique. Né au début des années 2000, Girls In Hawaii s’est imposé au fil du temps parmi les repères de l’indie rock européen. De « From Here To There » (2003) à « Everest » (2013), en passant par « Plan Your Escape » (2008), la formation a bâti un univers musical qui accompagne toute une génération d’auditeurs.

Cette date montoise lance une nouvelle tournée européenne, précédée d’une semaine de résidence et de répétitions au Manège de Mons. Elle accompagne la sortie annoncée d’« Eldorado », attendu en septembre. La première partie revient à Alice George Perez, artiste située entre folk contemporain et art-pop. La chaleur est telle, ce soir-là, que même les spectateurs les plus motivés patientent dehors avant l’arrivée des musiciens sur les planches, histoire de préserver leurs forces.

Un quart d’heure avant l’horaire prévu — la projection du match sur écran géant impose de composer par le calendrier sportif — Antoine Wielemans, Lionel Vancauwenberghe et leurs musiciens gagnent les planches et ouvrent le bal par « Is It Happening Right Now », un titre inédit extrait du prochain disque. Le morceau oppose matières organiques et textures synthétiques, invite à lever les yeux vers le ciel et à savourer l’instant présent. L’accueil se révèle chaleureux. Très vite, « Eldorado », lui aussi inédit, dévoile une écriture plus rythmée, plus brute, presque conceptuelle, qui déroute agréablement une partie de l’auditoire.

Le souvenir de Denis Wielemans, ancien batteur du combo disparu dans un accident de la route en 2010, demeure présent lors des concerts de Girls In Hawaii. « Misses », extrait d’« Everest », lui adresse un hommage sobre et sensible. Ce disque, né dans un contexte de deuil et de reconstruction, reste sans doute l’un des plus accomplis de leur parcours. L’atmosphère gagne peu à peu en tension. Sur l’entraînant « Found The Ground », le batteur imprime sa cadence à la charley, à la ride, à la caisse claire et à la grosse caisse, tandis que la voix légèrement éraillée du chanteur prend tout son relief.

« Not Dead » suit, titre qui retrouve une place de choix dans le nouveau tour de chant de la formation. La précision instrumentale, constante tout au long du set, se confirme sur « Who’s To Blame » et « Not Your Fault », deux nouvelles compositions où rythmique syncopée et chœurs dessinent un ensemble aux couleurs nettes. Plus de deux décennies après ses débuts, le quintette conserve une réelle force de proposition.

Quelques minutes plus tard, l’incontournable « Switzerland », où l’électro et le piano servent la mélodie, ravive l’élan du band. « Rorschach », tout en guitares saturées, clôt ensuite cette première partie de set dans une tension maîtrisée. La formation quitte les planches pour mieux y revenir presque aussitôt, par « Changes Will Be Lost », « Goddess » — dernier inédit de la setlist — puis « Monkey », extrait de « Nocturne », paru en 2017.

« This Farm Will End Up In Fire », morceau doux-amer à la mélancolie enveloppante, installe un moment de sérénité collective, chaque musicien reprenant en chœur son refrain entêtant. « Flavor », caractérisé par son intro de basse répétitive, referme finalement les débats dans une dernière montée en intensité.

Girls In Hawaii signe un retour solide, sans renier vingt ans de répertoire, et confirme sa place parmi les formations majeures de l’indé-pop belge.

(Organisation : Sumons)

Mons au carré 2026 : jeudi 2 juillet

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Au lendemain d’un Girls In Hawaii à guichets fermés, le duo bruxellois COLT — désormais quintette — livre au Théâtre le Manège l’une des dernières dates d’une tournée longue de trois ans, entre électro-pop lumineuse et rock urbain.

COLT n’est pas une découverte pour l’auditoire belge : la formation repose sur Coline Debry et Antoine Jorissen, deux amis bruxellois de longue date.

Longtemps actif en binôme autour d’une électro-pop ciselée, le projet élargit depuis son line-up et s’aventure aujourd’hui vers un registre plus rock, sans abandonner sa fibre électronique sur certains titres. Deux musiciennes assurent claviers et basse ; un musicien tient la batterie.

Sur les planches, Coline adopte une tenue sobre. Antoine, lui, arbore un kimono d’aïkido — discipline qu’il pratique et dans laquelle il détient la ceinture marron — personnalisé par sa partenaire.

« Premier », plage d’ouverture de leur dernier opus, Saveur Cœur Abîmé, paru l’an dernier, lance le concert. Le morceau condense une série de premières fois vécues depuis l’adolescence.

Après « Lionnes », le set se poursuit par « Petite Féline ». Les Bruxellois dégagent une énergie solide malgré la chaleur étouffante. Coline signale d’ailleurs que ces températures provoquent souvent des saignements de nez chez Antoine, au grand dam des premiers rangs, puis riposte en invitant la fosse à observer les chaussettes bariolées de flammes de son complice.

Aux claviers, Antoine accompagne chaque coup de grosse caisse d’un balancement du buste. Cette présence physique souligne la complicité évidente entre les deux musiciens : regards, sourires, réflexes communs, dialogue musical constant.

Coline Debry et Antoine Jorissen se connaissent depuis la crèche ; leurs parents gardent, eux aussi, le contact. À l’adolescence, les deux amis découvrent une passion commune pour la musique, qui les mène naturellement à fonder COLT.

Depuis, le duo gagne en visibilité : les festivals s’enchaînent jusqu’à New York, tandis que leurs clips faits maison, largement relayés sur TikTok et Instagram, diffusent leur univers bien au-delà des salles de concert.

Le grain chaud de la voix de Coline installe d’emblée une couleur singulière. Antoine se concentre davantage sur la production, les synthés et les effets. Ensemble, ils élaborent un mélange d’électro, de pop, d’indie et de folk, une palette qui fait dialoguer des registres pourtant éloignés.

La musique de COLT conserve un élan positif, solaire, tandis que les textes révèlent souvent une mélancolie discrète, parfois une tristesse plus nette, à l’image de « Compte à rebours », composition qui regarde vers la fin du monde.

Coline profite de ce moment pour inviter l’auditoire à penser aux peuples vivant dans la crainte, notamment en Palestine ou au Yémen, avant d’enchaîner logiquement par « Chaos ».

Elle traverse ensuite la foule pour rejoindre la régie son. La pénombre s’installe, le silence dure quelques secondes, puis « ODIO » surgit, chanté en lyrique dans la langue de Verdi. Antoine, sous un faisceau bleu, s’installe au piano. L’instant suspend le temps.

Visiblement heureuse de retrouver le podium, Coline enchaîne par « Désolée », puis « Demi-mot », titre écrit après le décès rapproché des grands-parents de la chanteuse. La chanson avance comme une déclaration d’amour et de résilience. « Fleuve » referme cette prestation sur une intensité intacte.

Ce soir-là, COLT captive un auditoire éclectique par une fusion personnelle d’électro-pop et de rock urbain.

On retient surtout la diversité, la maturité et la sincérité d’un duo encore capable de déplacer ses lignes.

(Organisation : Sumons)

Eole Music Experience 2026 : dimanche 28 juin

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Un violent orage avait frappé la région la veille et laissé de nombreux dégâts derrière lui. Le domaine du Chant d’Éole semble pourtant épargné : les vignes restent intactes, tout comme le podium.

Dans ce décor préservé, la dernière journée du festival rassemble plusieurs artistes de premier plan, parmi lesquels Pia, Bastian Baker et Stephan Eicher, venu présenter son projet parallèle aux côtés de son fidèle batteur Simon Baumann, alias Osomo.

Un duo face aux machines

Peu après 20 h 30, les deux musiciens prennent place sans un mot. Devant eux, une batterie minimaliste et un impressionnant arsenal de machines : MPC, Elektron Rytm et effets analogiques soigneusement sélectionnés dans ce que Stephan Eicher qualifie volontiers de « musée personnel ».

L’ouverture surgit d’emblée par « Eisbaer », hymne intemporel de Grauzone, formation fondée par son frère Martin Eicher, à laquelle Stephan participe au début des années 1980. Plus de quarante ans après sa sortie, le morceau conserve son pouvoir de fascination et provoque aussitôt la réaction de la foule.

Un laboratoire électro

À 65 ans, Stephan Eicher multiplie encore les expériences artistiques. Tandis qu’il défend son dix-huitième opus, Poussière d’or, et poursuit la tournée de son spectacle Seul en scène, mis en scène par François Gremaud, il explore auprès d’Osomo un territoire plus inattendu : une électronique organique nourrie de racines new wave.

Né presque par hasard d’un court intermède électro conçu pour son spectacle théâtral, le projet se transforme rapidement en véritable duo après une invitation des fondateurs du mythique club lausannois Dolce Vita. Cette collaboration donne naissance à une formule pensée avant tout pour les clubs, où l’énergie du dancefloor prime sur le confort des salles traditionnelles.

Sur les planches, cette philosophie prend tout son sens. L’espace reste volontairement dépouillé, entièrement dévolu aux machines et aux textures électroniques. Les morceaux s’enchaînent, de « Noise Boys » à « Toutes les filles du Limmatquai », dans un alliage assumé d’électro, de new wave, d’italo-disco et de post-punk. Plutôt que de céder à la nostalgie, le duo revisite son héritage en le confrontant aux possibilités des technologies actuelles.

Cette approche singularise le projet. Là où de nombreuses productions contemporaines privilégient une perfection presque clinique, Eicher et Baumann revendiquent le goût du risque, de l’accident et de l’imprévu. Le concert prend ainsi des allures de laboratoire sonore : les classiques y côtoient des titres plus confidentiels du répertoire d’Eicher, comme « Combien de temps », extrait de Silence (1987), ou « Two People In A Room », issu de I Tell This Night (1985).

Retour à la chanson

La seconde moitié du concert modifie progressivement l’atmosphère. Stephan Eicher abandonne un instant les machines pour retrouver la guitare. Le climat gagne en intimité lorsque surgit « Tu ne me dois rien », extrait d’Engelberg (1991), rehaussé par les mots de Philippe Djian. L’émotion s’installe sans rompre le fil conducteur du spectacle.

Puis vient un ultime clin d’œil. Guitare électrique en main, Eicher livre un faux rappel particulièrement énergique par « Déjeuner en paix ». Ce classique de 1991, immense succès populaire, retrouve ici une vigueur nouvelle, comme si l’artiste réconciliait les deux facettes de son univers : l’expérimentation électronique de ses débuts et la chanson qui l’a imposé auprès du grand public.

Une liberté intacte

En un peu plus d’une heure, Stephan Eicher et Osomo ont démontré que revisiter son passé n’oblige pas à le figer. Leur proposition écarte le simple exercice nostalgique pour privilégier l’invention permanente. Après plus de quatre décennies de carrière, le musicien bernois conserve ainsi une liberté rare dans le paysage francophone.

Lorsque les dernières notes s’évanouissent, les spectateurs quittent progressivement le site. Les vignes du Chant d’Éole poursuivent leur œuvre, tandis que les échos du concert se dissipent dans la nuit. Il reste cette impression persistante d’avoir assisté à un moment singulier. Pour « Combien de temps » ?

Organisation : Eole Music Experience

Live is Live 2026 : dimanche 28 juin

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Après une première édition organisée en 2022 sur la plage de Zeebruges (NDR : un écho au défunt Beach Festival des années 90), Live is Live a posé ses valises à Anvers, sur le site du Middenvijver. Deux éditions suivent en 2023 et 2024, avant une pause en 2025, assortie de la promesse d’un retour. Les affiches précédentes ont accueilli The National à deux reprises, Editors, The War on Drugs, dEUS ou encore Grace Jones, sans toutefois atteindre le sold-out.

Cette édition ne l’atteindra pas davantage, même si l’on espère que le festival poursuivra sa route. En cause, sans doute, des tarifs élevés : 125 euros l’entrée, davantage encore pour l’accès au front stage. Chaque soir mise sur une tête d’affiche censée attirer la foule — Robbie Williams le samedi, Nick Cave aujourd’hui, Iron Maiden le lundi — tandis que le reste du programme paraît moins fédérateur. D’autant que le festival se concentre sur une seule scène : cinq à sept formations se succèdent au fil de la journée.

Pourtant, ce dimanche avait de quoi susciter l’engouement. Après l’annonce de Nick Cave & The Bad Seeds dès octobre 2025, l’organisation clamait que l’Australien choisirait lui-même le reste de l’affiche. De quoi provoquer une première ruée vers les tickets (NDR : votre serviteur compris). Fin février 2026, la question se pose toutefois : qui a réellement tranché ?

Les Belges de Das Pop ouvrent la journée, Beth Orton propose un folk un peu désuet, et Benjamin Clementine repasse par notre plat pays, où on peut le voir presque chaque année (NDR : en 2025, il était à l’AB puis au Gent Jazz), souvent dans un cadre mieux adapté à son registre. S’ajoutent encore, ces dernières semaines, les annulations de Lykke Li, pourtant deuxième nom de l’affiche, puis d’Anna von Hausswolff.

Entre ce remaniement, la canicule, les embouteillages et un parking éloigné dont les navettes se repèrent difficilement (NDR : on vous épargne les détails), notre arrivée se décale vers 17 h.

Eefje de Visser entame alors son set. La Néerlandaise est active sur la scène musicale depuis une bonne vingtaine d’années et bénéficie d’un solide relais sur les télévisions nordiques, ce qui explique sa récente participation au festival Best Kept Secret. Elle reste pourtant presque inconnue du côté francophone. Sur les planches, elle apparaît en chemisier rouge, ouvert sur un haut de maillot décolleté, et en training : une allure qui évoque Mel C, jusque dans certaines chorégraphies. Malheureusement, quelques compositions empruntent aussi cette voie. Deux choristes plus jeunes, vêtues de noir, l’épaulent (NDR : on a chaud pour elles, même si d’énormes ventilateurs tournent à proximité). L’une des deux claviéristes adopte le même style et rejoint parfois les chœurs, ce qui multiplie les couches vocales. L’ensemble rappelle alors un girls band. À droite, en hauteur, un batteur et un guitariste bidouilleur de consoles complètent la formation. La set list oscille entre dream pop de chez Wish et morceaux nettement moins indie, le tout dans la langue de Vondel. Pas vraiment de quoi séduire ceux venus pour les têtes d’affiche. Les applaudissements restent mitigés au salut final ; seules les premières rangées clairsemées acclament franchement.

Les artifices disparaissent pour l’artiste suivant. Le décor redevient sobre, à l’image de l’arrivée de Johnny Marr. À sa droite, son claviériste, également second guitariste, s’installe tandis que le batteur prend place en retrait. Le bassiste se positionne près de lui, côté gauche. Le Mancunien salue brièvement l’auditoire, visiblement plus mature et plus réceptif que lors du set précédent, puis gagne rapidement le centre du podium, guitare en main et micro devant lui. Il ouvre par deux titres phares de son dernier elpee, « Look Out Live! », paru en 2025 : « Armatopia » puis « Generate! Generate! ». Toujours sobre dans sa communication, mais souriant, il lance : ‘Thank you guys, nice to see you and be back’, avant d’attaquer l’une des nombreuses reprises de sa formation culte, The Smiths : « This Charming Man », qui commence à faire danser la foule. Ensuite, Johnny enlève quelques couches, parcourt l’avant et les côtés de l’estrade, sourit largement et esquisse même de petits pas de danse. Il présente « Spin » comme ‘my brand new single, I hope you would like it’. Effectivement, ce nouveau titre tient la route. Les compositions des Smiths qui suivent fonctionnent tout autant, dont l’inévitable « How Soon Is Now ? », son démarrage en riffs et son solo de guitare en pleine relance. On se serait en revanche passé de « The Passenger » d’Iggy Pop : non que l’interprétation démérite, mais elle donne à la fin des airs de cover band. Le set se referme toutefois sur un beau moment au coucher du soleil, lorsque « There Is a Light That Never Goes Out » est repris en chœur par une partie de l’audience. Johnny Marr ne possède pas le timbre de Morrissey, l’ancien chanteur des Smiths — cela s’entend surtout sur ce dernier morceau, où l’émotion perd en intensité —, mais il compense par sa sympathie et ses riffs nerveux. L’ambiance grimpe nettement avant le plat de résistance.

On apprend, un peu tard, qu’une deuxième scène s’est ouverte. Baptisée Forest Stage, elle mérite son nom : elle se niche sur le côté droit du site, à l’ombre des grands arbres. Aucune mention du line-up ne figure sur le site officiel, nouvelle lacune organisationnelle. Dommage, car les Australiens de Floodlight s’y sont produits avant Johnny Marr, devant un auditoire clairsemé, trop peu de festivaliers ayant reçu l’information à temps. Lorsque nous y jetons un œil, c’est Gala Dragot, autre parfaite inconnue des francophones, qui occupe les lieux. Elle s’est révélée via The Voice Kids au nord de la Belgique, puis au fil d’autres prestations sur VTM. Seule au clavier, elle laisse sa voix envelopper ce petit morceau de plaine, dans une veine proche de Geike Arnaert.

La foule se dirige déjà vers la grande scène pour Nick Cave & The Bad Seeds. On prend alors conscience que la barre des 30 000 personnes est franchie. Le front stage, vendu 50 % plus cher, ne se remplit jamais totalement, tandis que la masse s’accumule juste derrière. Mieux vaut être près et prêt : le set démarre en force, quelques minutes en avance. « Get Ready for Love » s’enchaîne aussitôt sur « From Her to Eternity ». Autant le préciser d’emblée : la playlist ne connaîtra pas de temps mort.

Comme à son habitude, le vétéran australien passe près de 80 % du concert hors du podium, au contact des premiers rangs. Une passerelle surélevée relie l’espace de sécurité au front stage, et il s’autorise, de temps à autre, quelques incursions en crowdsurfing au-dessus de la fosse. Au milieu du set, « Bright Horses » marque un sommet. Le titre, chargé d’émotion, évoque la perte d’un être cher, et le cheminement du deuil. Il renvoie au décès tragique de son fils Arthur, survenu en 2015 dans le sud de l’Angleterre. Cette tension atteint son paroxysme lorsqu’il se conclut au piano.

Nick Cave retrouve ce piano face à Jane Ramus, l’une de ses choristes soul, chargée de remplacer PJ Harvey sur le duo « Henry Lee ». Suit « Mercy Seat », qui monte en puissance et voit une nouvelle fois Warren Ellis malmener son violon. Juste derrière, Nick bondit littéralement sur le refrain de « Papa Won’t Leave You, Henry » ; les premiers rangs l’accompagnent, chœurs compris. La première partie se termine par un « Hollywood » plus calme, presque gospel. Le band ne quitte pas longtemps les planches et revient rapidement pour un long rappel. « I have to concentrate about playing harmonica », lance alors le leader sur une courte intro de « City of Refuge », moment qu’il choisit pour saluer un jeune ado juché sur les épaules de son père et rester près de lui. Sur « Weeping Song », l’absence de Blixa Bargeld se ressent encore : le morceau, comme d’autres ce soir, perd une partie de sa rugosité post-punk. L’invitation à taper des mains casse d’ailleurs un peu le charme initial. En clôture, « Wide Lovely Eyes » ravive l’impression de grande messe, avant un « Into My Arms » qui prend des accents de cérémonie funéraire. Nick Cave assure encore, comme toujours en live. Reste que certaines compositions s’étirent ce soir, lestées par les chœurs gospel et des dialogues plus calibrés. L’ensemble sonne donc moins rock que lors d’autres rendez-vous.

Organisation : Live Is Live (en collaboration avec FKP Scorpio)

Eole Music Experience 2026 : du 26 au 28 juin

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Fondé en 2010 par la famille Ewbank de Wespin, le Domaine du Chant d’Éole, à Quévy, près de Mons, s’impose aujourd’hui comme le plus vaste vignoble de Belgique, sur 54 hectares.

Si ses bulles jouissent d’une belle réputation, le festival organisé entre ses vignes commence lui aussi à trouver sa place.

Pour sa deuxième édition, l’Éole Music Experience réunit, du 26 au 28 juin, Stephan Eicher, Puggy, Mustii, Alice on the Roof, Bastian Baker, Doowy, Lemon Straw ou encore The Magician. La programmation vise une jauge limitée à 3 000 festivaliers sur l’ensemble du week-end, autour d’un podium unique, des restaurants du domaine et d’une offre œnotouristique assumée.

Les fortes chaleurs de cette fin juin contraignent votre serviteur à déclarer forfait pour la soirée d’ouverture du vendredi 26 juin. Dommage : Puggy y déploie son énergie devant une foule conquise, tandis qu’Alice on the Roof défend son nouvel opus et que Sennen Bay, projet anglophone du Montois Marc Pinilla (Suarez), complète l’affiche. The Magician clôture ensuite la soirée.

Le samedi affiche quelques degrés de moins que la veille, assez pour rendre l’air plus respirable. Contrairement à beaucoup de festivals, celui-ci ne s’étire pas jusqu’au bout de la nuit : les traces de la première soirée restent donc discrètes sur les visages.

Cette deuxième soirée tient ses promesses : l’électro-pop lumineuse de Doowy, le folk-rock écorché de Lemon Straw et le rock théâtral de Mustii se succèdent sur l’unique estrade du site, avant qu’un orage n’écourte la fête.

Le set de Doowy lance la soirée. Derrière ce patronyme, sans rapport avec le cuisiniste homonyme, on retrouve Thibaud Demey, ex-musicien de Lost Frequencies et de Mustii, entouré ici d’un clavier et d’une guitare électrique. Le projet possède déjà du métier et dégage une énergie mûrie au fil des concerts.

Après deux EP remarqués et des concerts complets à la Rotonde puis à l’Orangerie du Botanique en 2024, Doowy franchit un cap grâce à la sortie de son premier disque, annoncée dans la foulée d’un retour à l’Ancienne Belgique le 29 septembre 2026.

Révélé par une électro-pop solaire nourrie d’influences disco, l’artiste belge séduit par son énergie directe et son naturel. En noir, chaussé de Dr Martens, il cultive une allure de bad boy qui accroche les regards de l’auditoire.

La formation ouvre logiquement sur un registre électronique, avant de laisser les guitares soutenir des titres plus introspectifs, dont « Jouer seul », chanson lumineuse sur l’amour de soi, fraîchement sortie.

Le set, bien construit, alterne morceaux dansants et plages plus mélancoliques, fidèle à une écriture focalisée sur l’exploration des émotions.

Parmi les temps forts, « INSTAddict », nourri par les échanges auprès de la foule, questionne la place croissante des réseaux sociaux dans l’industrie musicale. « Mon étoile », dédié à la mère du frontman, disparue prématurément, apporte l’un des moments les plus intimes du set.

Au terme d’une heure de concert, Doowy imprime sa marque dans les vignes du Chant d’Éole.

Place ensuite à Gianni Sabia et à Lemon Straw. Originaire de Frameries, le chanteur a aiguisé ses premières armes scéniques à New York, où il interprétait des reprises dans le métro tout en travaillant dans un bar. Le nom du quatuor renvoie à la paille et au citron qu’il servait alors.

Ce soir, Grégory Chainis se consacre à la basse, Boris Lori la guitare steel et Martin la batterie. Le line-up traverse une zone de turbulences en 2017, lorsque le claviériste Xavier Bouillon — lui-même successeur de Renaud Lhoest — quitte le navire et pousse Sabia à envisager un temps une carrière solo. L’arrivée de Chainis et de Martin redonne depuis un nouvel élan au band.

La guitare steel, signature sonore de la formation, ouvre le bal sur « Game », titre qui met en valeur les vocalises chaudes et puissantes de Sabia. Le frontman, longtemps hanté par la crainte de finir sa carrière à l’usine, se livre par une intensité rageuse, entre folk, rock, blues et pop.

Très en forme, le combo enchaîne sur un convaincant « Angels Never Die », extrait de l’opus « Puzzle », dominé par la lap steel que Boris joue à l’horizontale au bottleneck (NDR : technique consistant à glisser un objet cylindrique sur les cordes pour former les accords).

Lemon Straw convainc surtout dans le registre du spleen, à l’instar de « Home », composé par Gianni à 15 ans dans sa chambre. Le set se referme sur « Leave Me Alone », morceau rock et incisif propulsé par la basse de Grégory.

La prestation, solide malgré une météo exigeante, rallie un auditoire réceptif. On regrette toutefois l’absence de « See You On The Other Side », titre éponyme du premier elpee, ballade écrite pour Renaud Lhoest, arrangeur et multi-instrumentiste bruxellois (Yann Tiersen, Pierre Rapsat, Dominique A), disparu en 2014 après une longue maladie.

Dernier rendez-vous de la soirée, et sans doute le plus attendu : Mustii. Dans une salopette pailletée qui évoque une boule à facettes, l’artiste belge confirme une trajectoire en mouvement, où les références rock et new-wave prennent peu à peu le dessus sur la pop, pour un résultat plus électrique et plus mordant.

Acteur, auteur, compositeur et interprète, Thomas Mustin maîtrise les codes des planches : prestations théâtralisées, gestes millimétrés, présence physique constante. Cette précision interroge toutefois : à force de chorégraphie et de dramaturgie, l’artiste laisse parfois peu de place à la spontanéité du moment.

« 21st Century Boy », dans un registre pop-électro plus aérien, met en valeur sa puissance vocale. Les références aux années 80 — Pet Shop Boys, Culture Club — rappellent aussi une identité queer pleinement assumée depuis son adhésion à la communauté LGBTQIA+.

Le concert bascule vers un climat plus intime lors de « It’s Happening Now », titre éponyme d’un deuxième disque remarqué, où Mustii évoque son oncle Michel, atteint de schizophrénie et décédé après une longue maladie. Les guitares dominent et confirment les aspérités du nouveau son du Belge.

« Feed Me », au tempo frénétique, et « The Maze », plus torturé, racontent le parcours sinueux de l’artiste. Ce dernier titre renvoie à l’échec de sa participation à l’Eurovision 2024, où il interprétait « Before The Party’s Over », repris ici en guise d’outro.

Entre post-punk, glam rock, pop et électro, Mustii passe d’un univers à l’autre sans se laisser enfermer dans un style. Ce concert, l’un des plus personnels de sa carrière, l’amène à évoquer ses zones d’ombre et ses excès sur la trame d’une fête qui semble ne jamais s’arrêter. Une prestation exigeante, tenue de bout en bout.

Alors que le ciel bleu domine toute la journée, les nuages s’amoncellent en fin de soirée. Des alertes météo annonçant de violents orages entraînent une sortie rapide du site, sans ternir le bilan positif de cette deuxième journée de festival.

(Organisation : Eole Music Experience)

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