Le supergroupe belge Wolvennest frappe fort en cette fin d'année 2025 ! La meute infernale est de retour pour un double album intitulé “Procession”. Une bombe de psyché/doom, sortie sur Consouling Sounds. Au programme : guitares massives, thérémines hypnotiques, atmosphères oppressantes, riffs hyper-mélodiques, le tout enveloppé par la voix envoûtante de Shazzula. Le 3 décembre dernier, WLVNNST a célébré ce nouveau release au cours d'un concert hallucinant, accordé au Botanique, à Bruxelles. Une cérémonie d'une puissance ahurissante, qui a emmené les fans dans un sombre voyage alchimique à la recherche de la lumière.
En octobre dernier, Musiczine a eu le privilège de rencontrer Shazzula, la grande prêtresse préposée au chant et au thérémine, flanquée de Corvus von Burtle, guitariste et compositeur. Les autres membres du collectif étaient présents en esprit : Marc De Backer à la guitare solo, Michel Kirby à la guitare, Estéban Lebron-Ruiz, alias VaathV, à la basse et Bram Moerenhout à la batterie.
Le nouvel opus, “Procession”, est double. Ça veut dire que vous avez eu plus de liberté pour construire des longs morceaux ?
Corvus von Burtle : Oui, mais je crois de toute façon que c'est la nature du groupe de sortir des doubles albums. La plupart de nos LP sont des doubles. “The Dark Path to the Light”, paru il y a 2 ans, était unique, car nous étions particulièrement éreintés, avant même de l'enregistrer. Pour une question de survie, on s'est, entre guillemets, contentés d'un simple. On a dû faire des choix assez difficiles, comme raccourcir certaines chansons. On s'est rendu compte que le format double était plus naturel, pour nous. On a besoin de place pour enregistrer de longues compos, car ça offre plus de liberté à tout le monde.
Peut-on affirmer, que sur les disques, figure deux morceaux un peu plus accessibles ?
Corvus : Oui, clairement. La première chanson, “Another Nail”, est très accessible. Elle dure quatre minutes, ce qui, pour nous, est très court. Et puis “The Shadow On Your Side”, une compo qui, pour plaisanter, nous avons qualifiée d'’occult pop’ (rires).
C'est vrai qu'elle est plus rapide, et le rythme est un 4/4 'four to the floor'.
Corvus : Oui, c'est clairement volontaire. Les guitares ne sont pas pop, mais la structure de la chanson lorgne vraiment vers la pop.
Idem pour “Décharné” ?
Corvus : Oui ! En plus, dans “Décharné”, il y a quelque chose d'assez accrocheur dans le chant, surtout dans le refrain.
(fredonnant) ‘Loin de Toi, j'ai le Coeur Décharné’...
Corvus : Le refrain, c'était l'idée de Kirby (NDR : Michel Kirby). J'avais écrit la chanson, mais sans refrain. Et c'est Kirby qui a eu l'idée de l’inclure. Il a déclaré : ‘Ça créera un lien avec les autres chansons’. Et, avec le recul, il avait totalement raison. Dans “Damnation”, il y a aussi un petit côté pop. D'une façon générale, et c'est ce qui est bien chez Wolvennest, quand l'un de nous apporte une démo, on est trois guitaristes-compositeurs ; ce qui veut dire que l’un d’entre eux va toujours apporter une idée destinée à modifier ou enrichir le morceau, voire, parfois, le transformer complètement.
Parce qu'au départ, c’est toi qui composais ?
Corvus : Au début, pour le premier album, réalisé avec Der Blutarsch, c'était principalement Kirby qui s’en chargeait. Puis on a évolué vers un système à 3 compositeurs. Mais, pour le dernier disque, Marc a indiqué : ‘Je vous laisse les clés’. Il s'est concentré sur ses riffs et ses solos. Mais, de toute façon, même lorsque j’apporte une compo, je veille toujours à laisser de la place pour les autres. Je suis ouvert à des changements qui peuvent être radicaux.
As-tu un exemple où le changement est radical par rapport à la démo ?
Corvus : Parfois, c'est tout le rythme de la batterie qui change. Il y a des parties qui sont coupées ou des éléments qui sont rajoutés. Par exemple, “The Shadow On Your Side” a pas mal évolué. Kirby osé des choses que je n'aurais pas tentées. A nouveau, en prenant du recul, il a fait grandir la chanson. Ma version était encore plus accrocheuse. Lui, il a ajouté une partie mélodique qui est beaucoup plus dans l'esprit du Wolvennest 'classique'. Contrairement à l'album précédent, où on était tous sur la défensive, là, on a accepté de prendre le meilleur de chacun. Au niveau humain, c’est vraiment un album de retrouvailles.
Des retrouvailles 'post-Covid' ?
Corvus : Oui, parce le précédent avait été difficile, au niveau émotionnel. Cette fois-ci, on a fait table rase. Il est comme une renaissance. On y ressent l'énergie d'un premier album.
Vous auriez pu l'appeler “Rebirth” (rires) !
Corvus : On aurait pu, en effet !
Mais il s'intitule “Procession”. Pourquoi ? Parce que c'est la procession de la fin du monde ?
Corvus : Exactement.
En tout cas, la fin de l'humanité ?
Corvus : Ou de la démocratie, on verra.
Penchons-nous, maintenant, sur des morceaux que j'appelle les deux 'magnum opus' de l'elpee ou plutôt 'magna opera', au pluriel...
Corvus : Respectons les langues mortes (rires) !
D'abord, le morceau sur lequel figure, en 'special guest', la chanteuse polonaise Hekte Zaren.
Corvus : C'est “Tarantism” !
Un titre complètement dingue. Et pas uniquement grâce à Hekte Zaren. L'ambiance générale est fascinante. Et ‘tarantism’ est un mot qui évoque une espèce de danse folle C’est exact ?
Corvus : Oui ! Au Moyen-Âge, il s’est produit un événement assez étrange : des gens se sont mis à danser de façon frénétique, sans discontinuer. Ce sont des faits qui sont documentés. Ils étaient pris dans un délire collectif.
Ou dans un abus de substances, parce la cause pourrait être la consommation de champignons.
Corvus : Certains sont morts d'épuisement dans cette histoire. J'espère qu'ils sont partis à la fin d'un beau 'trip' offert par Dame Nature ! En fait, la chanson est partie d'une idée de Kirby. Il s'était filmé chez lui, torse nu, en plein été, en train de marteler quelques notes répétitives à la guitare acoustique.
On l'imagine bien en train de faire ça (rires) !
Corvus : A fond ! En fait, j'interviens très peu, voire pas du tout, sur ce morceau. Et c'est une de mes préférées. J'aime aussi, parfois, être extérieur à une chanson. Ça fait du bien. Déhà, notre producteur, s’est immiscé pour salir un peu le son. Il a ajouté une guitare avec un gros effet 'Fuzz', agressif, pour durcir l'ambiance. Ensuite, on a envoyé la compo à notre amie Hechtel Zaren, en lui disant : ‘Tu fais ce que tu veux’. Parce que c'est quelqu'un qui a un caractère très affirmé. Elle n'aime pas qu'on lui donne des ordres. Elle nous a envoyé ses pistes de chant assez rapidement. Et elle y prouve qu'elle est vraiment une très bonne chanteuse, voire la meilleure chanteuse de black métal.
A-t-elle une formation lyrique ?
Corvus : Bonne question. Je suppose ou alors elle est vraiment très douée naturellement.
Quel est le nom de son groupe ?
Corvus : Adaestuo. Ils sont responsables du meilleur concert de black metal auquel j’ai pu assister. C'était en 2019, aux Ateliers Claus, à Bruxelles. Un spectacle organisé par ‘A Thousand Lost Civilizations’. C'est le seul pour lequel il y a unanimité au sein de Wolvennest. On a tous adoré. Il s'était véritablement passé quelque chose de spécial dans cette salle quand ils ont joué. L'ambiance était glaciale et sulfureuse. C'était vraiment un moment magique.
Et le deuxième magnum opus, c'est “Famadihana”. Également un des morceaux les plus remarquables de l'opus. Le thème est lié aux rituels funéraires, si j'ai bien compris. En Inde ? Ou à Madagascar ?
Corvus : A Madagascar. Mais pas mal de cultures déterrent les morts.
Ils les déterrent pour les rhabiller ?
Corvus : En Inde, ils les rhabillent. À Madagascar, ils les déterrent et ils les portent sur eux ! Aujourd’hui, c'est interdit. Mais ça ne va pas les empêcher de le faire. Si c'est leur culture, ils ont bien raison. Le problème ou la solution, c'est selon, c'est susceptible de provoquer des épidémies. Des cas de micro-épidémies de peste se sont déclarés, à cause de cette tradition. Le cas s’est produit en Mongolie, également. Dans cette chanson, on est parti du principe que ça causerait une purification de la race humaine...
Et la chanson a été composés en grande partie par qui ?
Corvus : J’ai amené la démo. Kirby a ensuite modifié la structure. Il a un peu raccourci la chanson, me semble-t-il, parce qu'on passe directement du couplet au refrain. Et Marc aussi a ajouté un très beau solo.
On peut souligner le travail de Marc sur l'ensemble de l'album. Ses mélodies à la guitare sont superbes. Et le son de son instrument tranche pas mal avec le côté black metal, vu que c'est plutôt un son pur, un son 'rock'. Il parvient à se créer une place au niveau des fréquences pour dessiner des arabesques qui nous emmènent très loin...
Shazzula : J'aimerais bien intervenir au sujet de Hekte Zaren. Quand elle envoie des messages vocaux sur les réseaux, elle chante. C'est assez dingue. Elle part à chaque fois dans un délire complet, mais heureuse. Heureuse et dark en même temps. Franchement, je la kiffe. Elle est terrible, cette fille.
Abordons maintenant le rayonnement international de la formation. On constate qu’il se développe bien. Vous avez joué au Roadburn, au Hellfest et dans pas mal de festivals. Comment envisagez-vous l'évolution du groupe ?
Corvus : On s'est toujours exportés, depuis le début. Dans le style de musique qu'on pratique, si tu te limites à la Belgique, tu es mort.
D'abord, vous avez été signés par Ván Records, en Allemagne.
Corvus : Oui. C'était un bon choix, à l'époque, parce que les sorties de ce label correspondaient à ce qu'on proposait. Ils ont eu du flair pour trouver le bon groupe au bon moment. Ce qui nous a permis de jouer en Autriche, Allemagne, Lituanie, Islande, Angleterre, France, Pologne, Roumanie, République tchèque. En Wallonie, ça ne sert pas à grand-chose parce que, culturellement, ce n'est pas une région axée sur le métal. La Flandre comprend mieux ce style.
Et maintenant, vous êtes justement sur un label flamand : Consouling Sounds... Et vous n'avez pas une agence de booking ?
Corvus : Non, on n'a plus d'agence de booking. C'est plus simple, on n'a pas besoin d'intermédiaire. On dispose des adresse e-mail, tout simplement. En plus, on ne cherche pas à décrocher cent dates par an. Ça dévaluerait la musique.
Et, en plus, vous avez tous un boulot.
Corvus : Et on milite dans d'autres groupes aussi.
Votre but n'est pas de devenir un supergroupe qui se produit dans tous les festivals black metal du monde.
Corvus : C'est une question de choix. Certains cherchent à en faire leur métier. Dès lors, ils acceptent des compromis. En gros, ils deviennent des petites putes. Ils ne travaillent plus pour eux, mais pour un label ou une agence de booking. Leur musique devient automatiquement dénaturée. Et ils le savent. C'est un sacrifice qu'ils acceptent de faire.
Ils vendent leur âme.
Corvus : J'essaie de ne pas trop juger, même si j'ai prononcé le mot ‘pute’. À la limite, j'ai plus de respect pour une pute que pour des musiciens qui vendent complètement leur âme. Nous, notre objectif, c'est de réaliser des albums de qualité, qu'on pourra encore écouter avec fierté dans 10 ou 20 ans.
Avoir des occupations et un métier stable vous donne plus de liberté pour créer la musique que vous voulez vraiment faire.
Corvus : Il n'y a pas de secret. On enregistre quand on veut. On dispose de notre ‘Home Studio’. Ce qui explique pourquoi on n'a pas besoin de budget, non plus, pour enregistrer. Et on n’est pas obligés de se taper des centaines de concerts pour rembourser les frais liés à la production des disques.
On rappelle en passant le nom des autres membres du groupe. A côté de vous, on a déjà parlé de Marc, alias Mongolito, mais qui maintenant signe sous son véritable nom, Marc de Baker.
Shazzula : On n'oublie pas la basse et la batterie, qui constituent, quand même, des éléments capitaux. A la batterie, c'est Bram.
Corvus : Bram Moerenhout.
Et à la basse, un petit nouveau. Esteban ?
Corvus : Oui. Parce que, notre ancien bassiste, qui était présent depuis le début de notre histoire, John, était au bout du rouleau, tant physiquement que mentalement. Et Esteban, c'est un gars que l'on connaissait sans vraiment le connaître. Il assistait à nos concerts.
C'était un fan ?
Oui, un fan, mais un fan critique aussi. Ça, c'est chouette. S'il n'aime pas quelque chose, il le dit. Il a du caractère. En plus, il est jeune. Il a 33 ans et il y a des années qu'il milite au sein de formations et qu'il organise des concerts. Et c'est un bassiste très doué. Il se sert uniquement de ses doigts. Il refuse d'utiliser un onglet. Il joue même de la guitare. Et c'est aussi un bon chanteur.
Shazzula : Il développe également d'autres projets musicaux.
Corvus : Il a aussi beaucoup enregistré en compagnie de Déhà. Ce qui explique pourquoi c’est le premier nom qui nous est venu à l’esprit lorsqu’on a dû dégoter un remplaçant, en urgence. On savait aussi qu'au niveau humain, ça allait 'matcher'. Il s'y connaît en doom, en stoner, en ambient, en black metal. Et quand on lui a proposé de nous rejoindre, il a dit 'oui' directement, et avec enthousiasme.
Quelque part, il redonne du sang neuf à votre collectif ?
Corvus : Oui, il nous a réveillés, clairement, parce que pour lui, tout est important. Ce n'est pas qu'on était blasé après 10 ans, mais on avait pris des habitudes, c'est normal. Et il y a une lassitude qui s'était installée.
Shazzula : Et comme il connaissait déjà bien le groupe et les morceaux, il s'est intégré très facilement. Dès la première répétition, il était déjà parfaitement en place. C'est un truc que je n'avais jamais vu auparavant.
Et donc toi, Sharon, qu'est-ce que tu as pensé du nouvel elpee ? Est-ce que ta contribution a évolué par rapport aux précédents ?
Shazzula : Il y a toujours une évolution. Cet album-là, pour moi, a été comme un renouveau parce que j'en avais un peu marre... Je le dis franchement, j'en avais un peu assez de jouer toujours les mêmes compos. Donc, je suis très contente de ce nouvel album, qui regorge de titres qui 'pètent'. Et même le morceau en français (NDR : “Décharné”) me plaît beaucoup, même si normalement, je ne suis pas trop branchée musique française.
En outre, c'est un morceau qui est le plus en vue. C'est carrément un 'hit'.
Shazzula : Oui, c'est une introduction à l'album. Le message principal est carrément 'antireligion', avec les croix renversées.
Et où en sont tes activités de réalisatrice de documentaires ?
Shazzula : Je n'ai pas pu terminer la trilogie “The Spirits Trilogy”, à cause d’un problème de budget. Mais ce n'est pas grave ; je suis encore jeune. J'ai encore toute la vie pour la terminer.
Tu avais achevé le thème consacré à la Mongolie, si je me souviens bien ?
Shazzula : La Mongolie et l'Islande. Il me reste le Mexique et l'Ecosse à faire. Mais bon, ce n'est pas le sujet... (rires)
C'est aussi un sujet qui m'intéresse...
Shazzula : Tu avais même participé à un de mes tournages (rires).
Oui, c'est exact ! Mais je vois un lien entre tout ça. Dans tes documentaires, tu parles de chamanisme et perso, j’estime que Wolvennest est très chamanique.
Shazzula : Oui, je vois ce que tu veux dire.
Tu mets la musique à fond dans ton casque. Tu prends n'importe quoi avant. Et tu pars dans un 'trip', carrément... un trip chamanique. Pas uniquement psychédélique. C'est un trip qui va dans tes tripes...
Shazzula : Ah oui, c'est pas mal, ça.
Dans le sens où tu en ressors différent. Ce n'est pas uniquement de la musique, c'est aussi du 'healing', comme une purification, une guérison.
Shazzula : Oui, il y a des gens qui me donnent leur ressenti et ça va souvent dans ce sens-là. D'une façon générale, je pense que tous nos albums sont des trips. Dans celui-ci, il y a même des parties qui sont dansantes, figure-toi. J'adore cette nouvelle énergie.
Corvus : J'ai remarqué que Sharon s'est beaucoup amusée pendant les sessions d’enregistrements.
Shazzula : Ces nouveaux morceaux m'ont communiqué de la joie. Et je pense que ce sont vraiment des hits. Perso, c'est ainsi que je le ressens et je m'amuse beaucoup à les interpréter sur scène. Et je vois bien que les gens s'amusent aussi. Ce que j'aime bien dans le dernier album, c'est Hekte Zaren. Elle a vraiment une aura particulière.
Corvus : On l'avait invitée à venir jouer au Botanique pour le 'release' mais cela n'a pas pu se réaliser.
C'est dommage, j'aurais adoré la voir chanter. Merci à vous deux pour cette interview !
Corvus : Elle sera présente lors à pour notre concert en Pologne mais on espère bien pouvoir l'inviter bientôt dans nos régions...
Pour écouter la version audio de cette conversation, rendez-vous sur les pages de l'émission de radio WAVES :
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(Crédit photo : Void Revelations)