Né à Baton Rouge, Tab est un Louisianais pure souche. Il vient de fêter ses 39 ans. C'est dans le club de Tabby Thomas - le Tabby's Blues Box - qu'il a fait ses armes dans l'exercice du blues. Parti à la Nouvelle Orléans, il est remarqué par Barbara Becker, alors manager de Dr John. Il participe à un projet du label Justice Records, "Strike a deep chord : Blues guitars for the Homeless", en concédant une de ses compos, "Nice and warm". C’est également le titre de son premier elpee, paru en 1992. Dans la foulée, il commet "What I live for" en 94, "Standing on the bank" en 95, "Live Swampland jam" en 97 (NDR : tous chez Justice) et puis, "These blues are all mine" en 99, sur Vanguard. La même année, il signe chez Telarc. Il y commettra plusieurs elpees, dont "Homesick for the road", un disque pour lequel il avait reçu le concours de deux autres guitaristes, Kenny Neal et Debbie Davies. Le présent album est une collection réunissant des extraits des cinq premiers opus. L’emploi du temps de Tab est assez chargé, puisqu’il accorde près de 250 concerts par an. Et le succès est au diapason. Enfin, au cours des dernières années, il a souvent travaillé en compagnie de Jimmy Thackery.
"Voodoo on the bayou" ouvre le disque en force. Très offensive, la guitare lâche des accords secs et métalliques. A ses débuts, le jeune Tab évoluait manifestement dans un registre proche du regretté Stevie Ray Vaughan. C’est d’ailleurs à la même époque qu’il est disparu. L'opus affiche les différentes facettes de ce jeune Louisianais ; mais il est incontestablement au sommet de son art dans l’exercice du blues lent. Le plus souvent, il établit, en toute simplicité, un dialogue entre sa voix assez autoritaire et sa guitare. Six cordes qui envahissent le moindre espace libre. Une méthode qui nous vaut quelques bien belles plages. A l’instar de "Nice and warm", superbement introduit par l'orgue Hammond B3 ou encore "Drownin' on dry land", deux titres issus du premier elpee. Sa voix est brûlante. "What I live for" en est la plus belle démonstration. Une compo toute en sensibilité, à fleur de peau. Une sensation accentuée par l'orgue de Reese Wynans et la guitare rythmique de Derek O'Brien. "Cherry tree blues" et "These blues are all mine" constituent autant de perles aux accents dramatiques. Tout bluesman issu de l'un des états du sud profond des Etats-Unis ne peut rester insensible au blues traditionnel du delta. Tab n’échappe pas à la bonne règle. En particulier sur "Somehow", fragment au cours duquel ses cordes acoustiques accompagnent sa solitude. Lors du "Mother Earth" de Memphis Slim, également. Ou encore le "Rainy day blues" de Willie Nelson. Le célèbre countyman est d’ailleurs de la partie. Pour un duo magique. Dépouillé à l’extrême, ce petit bijou baigne au sein d’une atmosphère gorgée de feeling et tout en subtilité. Splendide, "Standing on the bank" évolue dans un style très proche de John Lee Hooker. En dispensant ses notes parcimonieusement. Il est chez lui à Baton Rouge. A moins que ce ne soit à Houma. Une chose est sûre, sa solution sonore stagne dans l’atmosphère paresseuse et suffocante des bayous. La musique plus spécifiquement louisianaise n’a pas été oubliée. A l’instar de la cover sémillante du classique de Hank Williams, de "Jambalaya", parcouru par le piano sautillant de Marc Adams ou encore de "Crawfishin". L’œuvre recèle deux titres enregistrés ‘live’, dont le "Hot tamale baby" de Clifton Chenier. Chubby Carrier se réserve l’accordéon sur ce fragment plus direct, sans la moindre fioriture. Et les accords de guitare dispensés sur cette plage entretiennent cette instantanéité. Ce qui ne l’empêche pas, pour la circonstance, de manifester énormément de panache. Si ce recueil est d’excellente facture, il ne faut pas pour autant en oublier sa production actuelle. Edité chez Telarc, son dernier album, "Brother to the blues", ne date d’ailleurs que de cette année. En outre, cet opus a bénéficié du concours de Billy Joe Shaver, Louisiana Leroux et du violoniste cajun, Waylon Thibodeaux.