Richard Chalk a pris une excellente initiative en nous restituant ce témoignage datant de trente donnes années. A cet égard, on peut le remercier. Bocce Boogie est au départ la réunion entre un des plus authentiques harmonicistes de blues, Big Walter, et du chanteur/guitariste John ‘Guitar Johnny’ Nicholas. Pour la circonstance, ils avaient reçu la collaboration de Sugar Ray & the Blue Tones, Sugar Ray Norcia, le drummer Ted Harvey, le bassiste Mudcat Ward et le pianiste Little Anthony Giarossi. Et surtout du guitariste Ronnie ‘Youngblood’ Earl. Alias Big Walter Horton, Walter ‘Shakey’ Horton était originaire du Mississippi. Né en 1917, il est disparu en 81. Un tout grand dont le jeu émouvant, poignant et plein de relief lui avait permis de jouer en compagnie de légendes comme Muddy Waters (il a remplacé Junior Wells, fin 1952), Willie Dixon, Jimmie Rogers, Otis Spann, Sunnyland Slim, Otis Rush, Buddy Guy, Johnny Shines, Tampa Red et Robert Nighthawk. Mais aussi des bluesmen blancs comme Charlie Musselwhite, Paul Butterfield, Johnny Winter ou des groupes tels que Fleetwood Mac, Chicken Shack, etc. Dès 1973, il se produit aux côtés de Johnny Nicholas ; notamment dans le cadre du festival ‘Ann Arbor Jazz & Blues’. Et en 1997/78, le tandem décide d’enregistrer pour le label Blind Pig.
Septembre 1978, nous sommes au Bocce Club, à Woonsocket (Rhode Island). Au menu du blues et du boogie. Et l’entrée en matière émarge déjà au boogie. Un "Everyday I have the blues" au cours duquel Sugar Ray et ses Blue Tones assurent. La voix de Ray Norcia est talonnée par les accords limpides et étincelants de Mr Earl. Pas étonnant qu’il allait ensuite remplacer Duke Robillard au sein des Roomful of Blues. Big Walter fait son entrée. Tout au long du très offensif "Walter's boogie", il brille de mille feux. Horton se charge des vocaux sur le lent et dépouillé "Trouble in mind" ainsi que le notoire "My babe", un morceau imprimé sur un tempo très soutenu. Guitar Johnny empoigne le micro pour attaquer "Cold chills", un shuffle très ‘Chicago’. Puis l’indolent "That's why I'm cryin'" de Magic Sam. Sugar Ray se consacre à l'harmonica chromatique. Un des meilleurs moments de cet opus. On a ensuite droit à deux plages instrumentales. Tout d’abord le très percutant titre maître. Et ensuite une nouvelle version du classique "La Cucaracha", proposée par Horton. Ma foi fort classique. Long blues lent, "Sweet back angel" est issu de la plume de Robert Nighthawk. Horton est au chant, Earl à la slide. Le vieil harmoniciste noir est la star du show. Il continue à chanter "Baby please don't go", son blues lent "Hard hearted woman" et un excellent "Little bitty girl", un autre blues mais imprimé sur un rythme plus enlevé ; une compo qui sonne le réveil de Little Anthony aux ivoires et accorde un billet de sortie à Ronnie Earl. Horton termine par "Don't get around much anymore" avant de laisser l’équipe achever le concert. Johnny Nicholas chante le remuant "Tell me why". Sortie instrumentale dominée par la guitare, "Breakin' with the Earl" met en exergue le talent de Ronnie Earl Horvath. La qualité du son n’est évidemment pas hi-fi, mais cette œuvre est un véritable document!