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DIRK.

Prêt à s’exporter…

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Si Bruges est souvent considérée comme la Venise du Nord, ce n’est pas pour autant cette caractéristique qui a attisé la curiosité de votre serviteur ce soir, mais plutôt le lieu emblématique de la jeunesse flandrienne dans lequel va se dérouler une joute… musicale, puisqu’elle met en scène Wallons sous la bannière d’Eosine et Flamands sous celle de DIRK.. Si la musique adoucit les mœurs, elle semble aussi rapprocher les communautés, car si les premiers sont issus de Liège, les seconds sont originaires de Gand.

Quasi-main dans la main, les deux formations se sont donné rendez-vous au sud de la ville, au Cactus Muziekcentrum, un endroit iconoclaste à deux pas de la gare. D’une capacité de 700 places, cette salle de concert est idéale pour y faire de belles découvertes. Et ce sera le cas lors de cette soirée.

Eosine a la lourde tâche d’assurer le supporting act. Ce qui, autant le dire, ne sera pas facile, car venu en masse, le public aborde t-shirts et calicots à l’effigie de DIRK., dont l’univers sonore est différent. Doux euphémisme… Il va donc falloir la jouer fine et convaincre... (lire le compte-rednu )

Le temps aux uns de débarrasser le plancher et aux autres d’installer le matos (sans oublier le public de se rincer le gosier), place à DIRK., un groupe de garage/rock alternatif dirigé par Jelle Denturck…

Quatre garçons de grande taille ! Denturck, chaussé de lunettes dont les verres sont aussi gros que des culs de bouteille, se charge de la basse et du chant. Deux guitaristes le soutiennent ainsi qu’un batteur.

Si au sud de la Belgique, le quartet est considéré comme un OVNI, de l’autre côté de la frontière linguistique, il fait l’unanimité. DIRK. est même l’un des groupes indie les plus programmés dans cette région.

En 2018, la formation avait gravé un premier elpee, déjà prometteur, intitulé « album ». Paru en 2020, le deuxième, « Cracks in Common Sense », est particulièrement bien accueilli par la critique et le public, en Flandre. Quelques compos (« Artline », « Hit ») s’y transforment en véritables hymnes. Et sorti l’an dernier, « Idiot Paradize » recèle aussi quelques sublimes pépites dont on devrait entendre parler, y compris de ce côté de la frontière linguistique.

Le set débute par « Waste » un morceau (d)étonnant issu du premier opus. Complètement déjanté, Jelle frappe les cordes de sa basse avec véhémence, soutenu par les guitaristes solistes et rythmiques. Le quatrième larron, camouflé derrière les fûts, ne tarde pas à venir en aide aux potos. Une compo qui n’est pas avare en énergie. Elle est suivie par l’excellent « Sick ‘n tired », qui évolue dans une veine similaire.

 « Are you awake » prend le relais, une (bonne) chanson qui figure sur le troisième support. Elle permet d’évaluer le processus d’évolution du combo. Le son rugueux et dirty des débuts a laissé place à une expression sonore davantage chirurgicale, sans toutefois renier les fondamentaux du band.

Libérant une belle dose d’intensité, « Idiot Paradise » campe dans les portugaises et excelle par sa fausse simplicité. Une chanson explosive, riche en riffs de guitare, tandis que la session rythmique martèle les tympans et laisse des traces indélébiles dans le ciboulot.

Si l’agressivité des guitares relie DIRK. à Fugazi, son ingéniosité transversale évoque Pavement voire les Pixies, une pointe de Weezer s’invitant de temps à autre dans l’ensemble. Des sonorités robustes et saturées giclent des grattes, tout au long d’un « Hide », qui ne cache rien…

Ce band est lui aussi taillé pour la scène. Très à l’aise, les membres affichent une technique impeccable et maîtrisent parfaitement leur sujet. On se rend compte qu’ils ont déjà bien bourlingué et écumé les quatre coins de la Belgique flandrienne.

La complicité qui les lie au public est sincère et chaleureuse, à l’instar de cette gonzesse qui interrompt le set pour abreuver le chanteur d’une bonne pinte, sous les cris hilares d’un public… chaud boulette.

Mélodiquement planant et s’autorisant des envolées lyriques, « Alarms » confirme tout le potentiel d’une formation qui mériterait de trouver écho sur la scène internationale.

Avec ses riffs abrasifs, son côté percutant, son énergie et sa volonté de bien faire les choses tout en apportant du bonheur au public, DIRK. affiche une personnalité bien singulière marquant les esprits… y compris ceux des plus sceptiques...

Encore une fierté noir-jaune-rouge.

(Organisation : Cactus Club)

 

 

DIRK.

Cracks in common sense

Écrit par

Fondé en 2014, DIRK. a décroché la médaille bronze lors de l'édition 2016 du Humo's Rock Rally. Deux années plus tard, son premier elpee, baptisé simplement « Album », a reçu un excellent accueil au Nord de la Belgique. Le combo y est d’ailleurs devenu particulièrement populaire, d’autant plus qu’il s’est forgé une solide réputation sur les planches.

« Cracks in common sense » constitue son second opus, un disque qui libère une belle énergie. Les compos sont davantage mélodieuses et les harmonies vocales soignées, même si le chanteur possède une voix versatile.

Au bout de plusieurs écoutes, des tas de références apparaissent et disparaissent aussi rapidement qu’elles ne sont apparues. Dans le désordre on pourrait citer Smashing Pumpkins, Muse, Nada Surf, Car Seat Headred et même Supergrass. Mais celles qui semblent les plus manifestes sont à chercher du côté de Weezer et des Pixies.

Plage qui ouvre cet LP, « Priceless » emprunte un riff grunge dans son intro, avant d’accélérer le tempo, sans pour autant dégrader la jolie mélodie. Baroque, « Golly » change régulièrement de rythme, et déjantées, les guitares se libèrent en fin de parcours. Des grattes qui peuvent aussi se révéler frénétiques ou chatoyantes. A l’instar de « Small life », déchiré entre cordes grondantes et tintinnabulantes, dans l’esprit de Rolling Blackouts Coastal Fever. Il arrive à Denturck de pousser ses cordes vocales dans le rouge, un peu à la manière de Frank Black, et notamment sur « Artline ».

A première écoute, « Cracks in common sense » semble tirer dans toute les directions. Ainsi sur « Pastime », il passe allègrement du rythme 4/4 au 7/4. Et une ballade minimaliste comme « Mother », qui clôt cet elpee, est totalement l’antithèse du reste de cet LP. Mais au fil des écoutes, on se rend compte que finalement, les morceaux forment un puzzle cohérent.

On n’en oubliera pas les textes habilement teintés d’humour et d’autodérision, qui traitent de solitude, de perte, de tourment et de doute…

Bref, un album qui tient la route et qui mériterait un accueil favorable du côté de la Wallifornie…