La carrière des Cash Box Kings est exemplaire. Pourtant, s’ils commencent à se forger une solide réputation sur le Vieux Continent, c’est surtout en arpentant les routes américaines qu’ils ont acquis leur expérience. Multiracial, ce groupe est établi à Chicago, un des vecteurs de la musique urbaine issue des années 40 et 50, mais également cité traditionnelle du Delta des années 20 et 30.
Le line up de base des Kings implique Joe Nosek (chant et harmonica), Oscar Wilson (chant), Kenny ‘Beedy Eyes’ Smith, fils du légendaire Willie ‘Big Eyes’ Smith (NDR : ce drummer a longtemps milité au sein du Muddy Waters Band), et enfin le Joel Paterson (NDR : un guitariste qui participe à de nombreux projets musicaux). Ils ont publié plusieurs albums, pour la plupart d’excellente facture, et notamment "Live! At the King Club" en 2002, "Black knight fallin'" en 2003, "The royal treatment" en 2006, "Cuttin' heads at the Cuda Café" en 2009 et "I 94 Blues" en 2010. Sans oublier "Holler and stomp", un elpee qui marquait leurs débuts pour le label californien Blind Pig. C’était en 2011.
Les Kings ont décidé d’élargir davantage leur spectre musical et d’exploiter d'autres styles. Et plus seulement ceux inspirés par le Delta du Mississippi, la Louisiane et bien entendu Chicago. Pour atteindre son objectif, la band a reçu le concours de collaborateurs de calibre…
La slide de Joel Paterson ouvre "Blues fallin' down on me", un titre que le combo estime avoir concocté dans un style proche des Rolling Stones de l'époque Mick Taylor. Et le résultat est excellent. Joe chante et joue de l'harmonica. Les sonorités de l’orgue dispensées par Barrelhouse Chuck sont pourries. Elles rappellent bien les 70’s. Et cette impression revient sur l’indolent "My Tinai". Les CBK explorent également un autre filon qu’ils ont baptisé blues-a-billy, un terme puisé au sein des studios Sun de Memphis, sis entre le blues et le country rockabilly. "Black Toppin'" en est une parfaite illustration, une plage chantée par Oscar et soulignée par les percussions équestres de Buddy Eyes. Le timbre de Joe est nonchalant sur "Trying really hard", une piste paradoxalement remuante. Le saxophone de Jerry Devivo et les cordes insatiables de Joel entretiennent ce style jump. Il revient naturellement à Oscar de driver son "Oscar's jump", une piste tout en swing. La reprise du "Money, marbles & chalk" de Jimmy Rogers opère un retour dans le Chicago Southside, un morceau auquel participe Bill Flynn, un gratteur aussi subtil que notoire. L’elpee recèle deux covers de ‘classiques’. Tout d’abord le "Too late" de Willie Dixon, caractérisée par les interventions de Nosek à l'harmo ; et puis du traditionnel "Walking blues", au cours de laquelle, Paterson nous accorde une leçon de bottleneck. Plus rock, "I don't wanna fight" nous entraîne au cœur des bayous louisianais, une piste brillamment balisée par les ivoires de Barrelhouse Chuck. Oscar nous réserve une version bouleversante mais particulièrement dépouillée du "Tomcat blues" de Jerry West. Très expressive, sa voix nous remue les tripes. Le nerveux "Hot Biscuit boy" trempe toujours dans l'atmosphère moite des marais louisianais. Oscar, Joe et Joel conjuguent leurs talents pour délivrer ce superbe titre, imprimé sur un tempo proche de Jimmy Reed. Gimme some that" lorgne une dernière fois vers le blues-a-billy, une piste illuminée par les interventions habiles de la slide. De toute bonne facture, ce long playing s’achève par le "Run run run" de Lou Reed, un titre issu du premier album du Velvet Underground. Un boogie sans concession, mais étrange, qui met en exergue le talent et la créativité de Paterson…