Lorsque après avoir vécu une véritable explosion, début des 70’s, le blues anglais commence à s’essouffler, il se retire dans les pubs. Ce qui va lui permettre encore de vivre de beaux jours. Notamment du côté de Southend, près de l'embouchure de la Tamise, et principalement grâce à Dr Feelgood, une formation alors drivée par le chanteur/harmoniciste Lee Brillaux et le guitariste Wilko Johnson. Quelques années plus, l'explosion punk va ramener ce blues sur le devant de la scène, grâce à des pubs bands énergiques, comme Nine Below Zero ou encore Count Bishops.
Garage, la musique de The Trap nous replonge au beau milieu de cette époque. Ce quintet est pourtant suisse… le line up réunit le chanteur Nico Cennamo, le bassiste Yannis Friederich, le drummer Fred Michaud ainsi que les guitaristes Dominguez et Olivier Bene. En 2011, il avait gravé un premier Ep 4 titres. Le combo signe l’intégralité de son répertoire, et c’est de la pure dynamite.
Tout au long d’"All night long", morceau qui ouvre la plaque, les guitares sont bien en rythme. Cesar Dominguez souffle comme un possédé dans son harmo alors que la voix furieuse de Nico rappelle le regretté Lee Brillaux. Excellent, "Lonely road" est victime d’une attaque punk énergique. L'harmo est totalement déchaîné! La rage au ventre, Nico éructe ses vocaux sur "Bound to love", une plage garage cinq étoiles, au cours de laquelle Dominguez s'envole enfin sur ses cordes. L'instant d'après, il récupère sa musique à bouche pour nous délivrer un nouveau brûlot, "Pay no mind". Un nouveau cri de rage plus tard, il se met à martyriser son harmo pour exécuter "That girl", une plage très agressive. Les guitares sont inépuisables tout au long de "You wanna rock", une solide tranche de rock'n'roll. Des riffs bien alignés préludent une intervention vocale bien punk sur "Not a sound". Inlassablement, The Trap relance la machine à rythme. L'harmo de César et la voix puissante et offensive de Nico balisent "All the things". A cet instant, Cennamo me rappelle quelque part le chanteur du groupe australien Count Bishop, un ensemble remarquable qui a sévi à la fin des seventies. "Crazy" tourne au même régime. La basse ronflante de Yannis galvanise "Got the means", une piste aux guitares totalement débridées. Cesar a retrouvé son souffle pour attaquer "Lose my mind". On imagine alors un Status Quo qui aurait subi une cure de rajeunissement ou sous l’emprise de quelconques produits énergétiques. "Rock'n'roll" is not dead. Et le combo helvète le démontre. Le long playing s’achève par "Save your love", un titre au cours duquel la formation s’est autorisée un petit coup de Diddley Beat. Excellent !