Originaire du New Jersey, Walter Trout est âgé de 55 ans. Au cours de sa jeunesse, il se consacre à la trompette. Ce n’est qu’après avoir écouté l'album "The Paul Butterfield Blues Band", au sein duquel milite un certain Mike Bloomfield à la guitare, qu’il décide de passer à la six cordes. En 1973, il s’établit en Californie. Il y joue en compagnie de Finis Tasby, Lowell Fulsom, Percy Mayfield ou encore de l'organiste Deacon Jones ; mais surtout au sein des orchestres de John Lee Hooker et de Joe Tex. En 81, il rejoint Canned Heat. Il y restera trois bonnes années. Il transite par les Bluesbreakers de John Mayall aux côtés de Coco Montoya. Une expérience couronnée de succès. Enfin, en 1989, il fonde son Walter Trout Band, patronyme qu’il change rapidement en Free Radicals. Une aventure qui va lui permettre de récolter une notoriété internationale. Depuis, il a commis une multitude d’albums dont la plupart se sont bien vendus. Faut dire que le hard rockin' blues de Trout réunit un nombre impressionnant de fidèles aficionados. Produit par Jim Gaines, "Go the distance", son dernier album studio, était paru voici déjà cinq ans. Bien que proposant de nouvelles chansons, le "Relentless" de 2003 était un ‘live’. Et le "Deep Trout" de 2005 une compilation.
Il aura donc fallu 5 longues années pour voir Walter enregistrer un nouvel opus studio. Un nouvel elpee très blues pour lequel il a reçu le concours de vingt-cinq amis dont quelques artistes prestigieux. Sans oublier ses Radicals : Rick Knapp à la basse, Joseph Pafumi aux drums et Sammy Avila à l’orgue Hammond. Son premier invité n’est autre que John Mayall. Son boss des années 80 est au piano et à l'harmonica. Il donne également la réplique vocale sur le très inspiré "She takes more than she gives", un merveilleux blues lent digne des meilleurs moments des Bluesbreakers. Walter concède son meilleur solo de blues depuis bien longtemps. Plus de 8 minutes de bonheur! "Workin' overtime" a été enregistré au Canada. Jeff Healey et ses musiciens collaborent à ce blues rock au tempo lent ; mais dont l’intensité rappelle la quintessence du Cream, lorsque Clapton et Bruce étaient au sommet de leur art. Walter et Jeff conjuguent leurs guitares au sein d’un bain de décibels. Country blues proche du Delta, "Firehouse blues" ramène la sérénité. Walter cumule la guitare acoustique et l’harmonica. Réplique de Johnny Winter, Eric Sardinas se réserve le bottleneck et le chant. Autre bonne surprise : Walter et Coco Montoya sont à nouveau réunis pour "Who's listenin' in". Les deux guitaristes du Bluesbreakers des 80’s s’abandonnent dans une véritable orgie de cordes. Très habile, Junior Watson participe à un heureux intermède instrumental. Trout a bien de la peine à soutenir la différence. Evidemment, la plage est sculptée dans le jump, dont le maître incontesté reste Watson! La section rythmique est impressionnante : Johnny Ray Bartel (des Red Devils) à la basse et Bill Bateman (des Blasters) à la batterie. La présence de Guitar Shorty est une autre bonne nouvelle. Ce vétéran issu du nord ouest américain se consacre à la guitare et au chant sur "Wrapped around your finger", un blues rocker bien carré. Deacon Jones s’applique à l’orgue. Shorty est aussi balaise que Trout pour extraire des notes désespérées de ses cordes. Blues très roots, "A busy man" puise ses sources dans le Chicago Southside. Une compo signée James Harman. Walter et James se partagent le chant face au piano alerte de Rob Rio. La guitare devient envahissante. Dommage que Harman ne souffle pas davantage dans son harmonica. Aux ivoires, le bon vieux John vient insuffler un petit élan de boogie, à "The highway song", une chanson coécrite par Trout et Mayall. Très Chicago Westside "When will it ever change" évolue dans un registre assez proche d’un Magic Sam. Faut dire que le duelliste n’est autre que Bernard Allison, le fils d'un des rois du Westside. Il n’est donc pas étonnant d’y entendre un impressionnant flux de notes. La fin de l'album est bien moins intéressante. Sauvé par la voix de Finis Tasby et l'orgue de Deacon Jones, "Can't help falling apart" campe un blues rock lourd. Deacon est toujours au poste pour "After hours", un late night blues instrumental très atmosphérique. Blues rock lent parsemé d’accents dramatiques, "Clouds on the horizon" est caractérisé par moult joutes orgiaques sur les cordes. Le jeune Joe Bonamassa y participe allègrement. Cet opus s’achève par un instrumental rehaussé par la présence de Larry Keene (NDR : il est marié à la belle-sœur de Walter !), un DJ rock'n'roll qui a sévi sur les ondes au cours des années 60.