C’est une anecdote qui vaut son poids de grain. Après la sortie de leur nouvel elpee, enregistré au sein des studios Soma (Chicago) de John McEntire (Stereolab, Kaki King, The Ex, Wilco…), Norman Blake a avoué : ‘J'ai une gueule de bois terrible !’ Pas parce qu’il a forcé les mots ou essayé d’arrêter les sons coléreux qui frappent encore les murs du studio qu’il vient tout juste de quitter pour la réalisation du huitième opus de Teenage Fanclub ; mais parce qu’il est sorti boire un verre avec un ami, pour fêter la sortie de son nouvel elpee ; et qu’il est rentré tard la nuit dernière, après avoir bu du whiskey. ‘C'est une chose terrible !’, ajoute-t-il.
C’est, en effet, le 31 mars dernier qu’est paru le très attendu (NDR : par une poignée de fans nostalgiques avouons-le !) « Shadows », un disque publié chez PeMa en Europe (le label du groupe) et Merge en Amérique du Nord. Cinq années de mutisme où les pionniers de la scène indie pop glaswégienne se sont confortés dans l’inaction. Ayant commis l’un des grands opus de la pop britannique des années 1990 (NDR : « Bandwagonesque » avait été élu album de l'année par le magazine Spin devant des elpees tels que « Loveless » de « My Bloody Valentine, « Out of time » de « R.E.M. » ou encore « Nevermind » de « Nirvana »), le retour des Bellshill Beach Boys (NDR : Bellshill : ville natale du groupe située près de Glasgow) était forcément attendu par les critiques.
Ce dernier long playing été entièrement pensé et enregistré loin des rumeurs des villes ; les trois auteurs-compositeurs (Norman Blake, Gerard Love et Raymond McGinley) ayant décidé de se retirer dans les profondeurs des paysages ruraux du Nortfolk (Angleterre) pour tenter de rompre la remarquable linéarité et fidélité artistique qui leur collent à la peau et transmuer la substance volatile de l’intuition en réflexion tangible. Gerard Love a d’ailleurs décrit leur travail comme : ‘un de nos albums les plus travaillés et réfléchis’.
Si l’empreinte bucolique s’imprime incontestablement sur la plaque, celle-ci se griffe cependant de quelques aspérités. Ainsi, « Shadows » se démarque de l’esthétique estivale et du power pop propre au trio écossais par un supplément d’harmonies qui noircit les mélodies de nuages sombres. Mélodies souvent soulignées par les notes obscures du piano de Gorki (musicien invité sur l’album). Une musique qui s’inscrit dans le milieu qui a suscité sa création et épouse les formes d’une pop pastorale.
Rassurons tout de même les fidèles : pas de grande révolution dans le monde tranquille de Teenage Fanclub. Excepté ce léger supplément d’âme plus douloureux dans les lyrics et les compos que par le passé, TFC conserve sa marque de fabrique, ses mélodies en avant et ses rythmiques astucieusement basiques. Un album qui, finalement, préserverait la spontanéité de « Bandwagonesque » et aurait le poli et l’intelligence de « Grand Prix ».
Paru peu de temps après la mort prématurée du prince du power pop, Alex Chilton, « Shadows » pouvait difficilement surgir à un meilleur moment pour permettre au public de redécouvrir le genre.

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