Peu connu de notre côté du Rhin, le projet solo de Konstantin Gropper est discrètement –mais unanimement– salué par la presse européenne depuis la sortie de son 1er album, « Rest Now, Weary Head! You Will Get Well Soon », produit par le label berlinois City Slang. Ses premiers Ep prometteurs offraient déjà une orchestration finement articulée digne d’un confirmé (notamment le superbe « Listen! Those lost at sea sing a song on Christmas day »). Et pourtant, l’auteur-interprète déclare ne pas se retrouver dans les étiquettes élogieuses que lui ont rapidement collées les médias: un diplômé brillant et contemplatif de la fameuse Popakademie de Mannheim ; un rédempteur musical. De sa formation classique, il retient la faculté, présente dès ses débuts, à combiner ingénieusement des instruments aux timbres les plus divers (du piano, au vibraphone, en passant par la guitare, les cordes et allant jusqu’aux cuivres manouches et l’accordéon musette).
Si, pour son premier opus, Gropper a enregistré toutes les parties en solo, le multi instrumentiste s’est vu assisté par non moins de sept musiciens de même gabarit –qu’on retrouvera également sur scène– pour concocter son dernier elpee. Cette pluralité profite sûrement à l’opus, qui acquiert en outre sa tonalité ‘spacieuse’ par son enregistrement ‘live’ dans une grande salle d’un vieux studio pour orchestres classiques à Heidelberg, réverbération et harmonisation qui ne seront pas sans rappeler Arcade Fire (« We Are Ghosts ») ou encore la mélancolie ‘BlondeRedheadienne’ (« Aureate »).
Le titre de l’album (NDR : cet opus s’est déjà niché à la 11ème place dans les charts allemands) a été choisi en hommage à Eric Satie, et annonce également le contenu, déclaré comme étant un ‘album sur le stoïcisme’ ou en terme de philosophie de comptoir, l’art de la maîtrise de soi, de ses vexations. Gropper a en effet conçu ce disque au fil de ses recherches et de ses lectures sur le sujet, calquant certaines citations au gré de son inspiration. Il explique que chaque piste dépeint une idée, soit tirée d’un chapitre de la philosophie antique (« Seneca’s Silence », « Angry Young Man » inspiré par l’Iliade), de la pensée moderne (« Nausea »), de questions fondamentales (« We Are Free »), idéologiques (les allusions marxistes dans « We are Ghosts ») ou encore existentielles (« That Love »). Les lyrics sont cependant empreints d’ironie grinçante –et mystique– et se terminent humblement par « We are the Roman Empire » où l’espoir, malheureusement, retombe… Le léger chevrotement de la voix suggère Bowie (« A Burial At Sea ») et certaines intonations lorgnent dangereusement vers les Doves (NDR : dans la lenteur) voire encore John Stargasm (« 5 Steps / 7 Swords »), ainsi qu’un grave Chris Martin de l’époque « Parachutes » (« Red Nose Day »).
« Vexations » a été écrit, enregistré et mixé en quelques mois, alors que le compositeur avait mis 23 ans à peaufiner son premier volume. L’elpee séduit par moments (« Seneca’s Silence », « We Are Ghosts », « 5 Steps / 7 Swords »), notamment par les grands noms auxquels on le référencie facilement (une touche de Pixies, un fond de Starsailor), mais il déçoit légèrement à certains endroits par son manque de profondeur –réflexion étrangement paradoxale lorsque l’on considère les enjeux qui s’y cachent. Les longues plages lancinantes rappellent la musique de film et l’on ne s’étonnera pas que Grobber a contribué à la BO du dernier Wim Wenders, « Palermo Shooting ». Malheureusement, cet excès de lyrisme vaporeux et les interruptions soudaines dans le discours nuisent parfois à son homogénéité, nous enduisent de lassitude ou nous coupent dans notre élan ; les montées n’aboutissent pas toujours (« A Voice in the Louvre »), telle une blague qui se prend un vent, et sont un peu trop sages pour convaincre. Konstantin Gropper incarne pourtant l’Espoir de l’indie allemand et le succès flambant du concert accordé à la Volksbühne, le vendredi dernier, prouve que le public berlinois l’a déjà intronisé.
Enfin, cet opus est peut-être simplement à déguster dans certaines dispositions (un jeudi soir fatigué devant la table de repassage), mais peut-être est-ce l’impertinente lenteur de la ‘coolitude’ qui constitue la noblesse du futur…

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