D'emblée, sur « Night », c'est une vague de froid qui nous enveloppe. Le spectre (vocal) de Siouxsie voltige en circonvolutions et chasse les souffles d'âmes égarées. Les nappes de synthé comme un glaçage sur une montagne aux versants abruptes. La nuit et son cortège d'angoisses. Un beat sourd en suspens. Depuis son lit de marbre, Nika Roza Danilova vous salue. Enveloppée de ses noirs atours, la jeune femme (vingt et un an) se livre à nous sans ambages (« Trust me »).
Des sonorités datées mais servant judicieusement le propos. Résurgence gothique mise à part, cet album, qui fait plus écho au mal-être et obsessions d'un Edgar Allan Poe que d'un Emile Zola, porte en lui le charme et la magie d'un talent sombre et vénéneux. Tel un cygne blanc se détachant dans l'encre d'une nuit sans lune, la musique de Zola Jesus ondule nonchalamment, fièrement et avec une grâce certaine. Il y a des réminiscences de Lydia Lunch, de Dead Can Dance, et bien sûr des Banshees. Et surtout un goût de fiel cher au « Disintegration » de Cure.
« Stridulum » est un escalier en spirale, qui comme dans une œuvre de Maurits Cornelis Escher, descend ou monte à l'infini. Enfin, jusque la huitième marche. C’est-à-dire lorsqu’est entonnée la marche funèbre de « Sea Talk ». Avant qu’une faible et pâle lumière ne vacille, lors d’un « Lightsick », dernière plage battue par un souffle de désespoir poignant. Les notes sont martelées sur les touches d'un piano qu'on imagine abandonné pour l'éternité, au fond d'un caveau.
Là-bas se dessinent les contours d'une aube nouvelle. Par delà se dessine le futur de cette nouvelle prêtresse en devenir.
En concert le 12 septembre au Café Video de Gand.

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