The Verve a donc vécu une formation, deux reformations et trois séparations. Pas mal pour un groupe qui était né en 1990. En 2000, son chanteur, Richard Ashcroft avait déjà embrassé une carrière solo. Enregistrant l’album « Alone with everybody », la même année et « Human conditions », deux ans plus tard. Mais en 2006, lorsqu’il publie « Keys to the world », on se rend compte que le natif de Wigan commence à s’intéresser de plus en plus à la soul. Et en fondant RPA & The United Nations of Sound, en compagnie du guitariste Steve Wyreman et du bassiste Dwayn Wright, c’est à nouveau dans ce style qu’il a décidé de creuser. Pas seulement, mais en règle générale. Pour concocter ce premier opus, il a également fait appel au producteur de hip-hop chicagolais No I.D. (alias Dion Wilson). Pas étonnant dès lors de déceler quelques traces de hip hop, dans la solution sonore, et puis surtout la présence d’un soundsystem sophistiqué. Pas vraiment une bonne idée. Notamment lors du recours à la boîte à rythmes. Paradoxalement, hormis sur l’excellent « Beatitudes », un morceau dansant, au flow soutenu et au groove hypnotique, abordé dans l’esprit de Beck, les autres compos du genre passent mal la rampe. A l’instar d’« America », sorte de sous-Ian Brown ou de « Glory », plage au cours de laquelle cette fameuse beat box rame à contre-courant.
Examinons donc, cependant, ce qu’il faut retenir de cet elpee. Un hit potentiel : « Royal Highness ». Un funk rock soutenu de chœurs falsetto, comme chez Prince. Problème, le riff de base pompé chez le « Sweet Jane » de Lou Reed, pourrait à nouveau causer des soucis à Ashcroft (NDR : comme s’il n’en avait déjà pas rencontré assez, en gravant son « Bitter Sweet Symphony », auquel il avait emprunté à « The last time » des Stones). Et plusieurs titres trempent dans la soul. Une soul soutenue par une imposante section de cordes. Elle est d’ailleurs très présente, tout au long de l’opus. Comme à la belle époque de Barry White. Tant pour les morceaux mid tempo que les ballades. Et ma foi, dans ce domaine, il ne se débrouille pas trop mal. Mais pourquoi donc cherche-t-il parfois à vocaliser dans un autre registre que le sien ? Passe encore quand il calque ses inflexions sur celles de Dylan voire de Springsteen, mais lorsque sur « Life can be so beautiful », il se fend d’un falsetto à la Bee Gees, époque « Saturday night fever », on a vraiment envie de se tordre de rire. En finale, il s’abandonne dans une autre ballade. Empathique. Un peu comme à l’époque des Hollies. Si on fait abstraction de cette foutue boîte à rythmes, bien sûr. Ah oui, j’allais oublier, il y a aussi le guitariste, qui se prend quelquefois pour Jimi Hendrix, en laissant dégouliner, suivant son inspiration, des soli plus vraiment dans l’air du temps. Etonnant, le tracklisting recèle quand même un blues ! Très Delta, fin des 50’s. Il s’intitule « How deep is your man ». La trame est irrésistible, mais le refrain ne décolle jamais, pire il s’englue. Dommage ! En publiant un elpee de la sorte, on a l’impression que Richard Ashcroft ne sait plus à quel Saint se vouer pour retrouver une certaine crédibilité. Qu’il en revienne à des choses plus simples. Il possède un talent de mélodiste exceptionnel. Et une voix remarquable, digne de Neil Diamond. Il n’a donc pas besoin d’artifices. Une raison pour laquelle on ne vous recommandera certainement pas cet album…

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