Paru pendant la période des vacances, l’excellent dernier album des Etasuniens d’Autolux est plutôt passé inaperçu. Un dix titres qui mérite pourtant un arrêt sur image.
Fondé en 2000 et rapidement signé en 2001, sous le label DMZ –petite écurie créée par T-Bone Burnett et les frères Coen– Autolux a dû attendre 2004 pour nous illuminer de son premier long playing, « Future Perfect ».
Malgré un accueil élogieux de la critique, le trio de Los Angeles doit encore patienter six longues années avant de pointer le nez sous la forme d’un deuxième opus. Une paresse créative (deux LP et un Ep en dix ans !), un caprice artistique, un défi à la perfection ? Peu importe. Le résultat est stupéfiant. Une pop lo-fi expérimentale subtilement éclectique qui conjugue les genres : dream-pop, shoegaze, krautrock, électronica, post-punk... « Transit Transit » se caméléonne habilement et superpose des nappes atmosphériques joliment souillées et simplement tortueuses. Une simplicité cachée d’un kaléidoscope aux facettes sonores plus brillantes les unes que les autres. Une diversité de sons dissemblables chantant à l’unisson. Véritable laboratoire musical, la galette allie le limpide et le brouillon, le chaos et l’harmonie. Un pur désordre coagulé d’un bricolage électro intelligemment organisé. Deux voix exsangues et désincarnées viennent porter le coup final. Une œuvre qui ne s’enlise pas dans la fréquente linéarité de la scène indie rock des années 80-90. Bien entendu, les comparaisons vont bon train : Blonde Redhead, Sonic Youth, Can, My Bloody Valentine, Swirlies, Pale Saints… Mais le groupe parvient à conserver une identité unique. Sans se couper de son passé, il innove.
Les plus belles expressions esthétiques ne suscitent-elles pas souvent de la tristesse ? Si tel est le cas, écoutez la première piste et vous tomberez rapidement sous le charme dépressif d’« Autolux ». Un nymphée d’où s’échappe un timbre plaintif qui imprimerait la voix d’un Thom Yorke sous Effexor, une séquence électro lugubre en boucle, des backing vocals venues des contrées les plus tristes d’Islande… D’emblée, « Transit Transit » s’évertue à assouvir vos pulsions les plus morbides.
Globalement, ce dernier long playing made in California explore des ambiances hautement atmosphériques. A grands coups de guitares noisy et de pédales de distorsion, « Census » et « Headless Sky », hybrides entre My Bloody Valentine et Ride, font écho aux grands remous bruyants des côtes du Pacifique.
Autre facette du groupe, les tendres ballades oniriques de « Spots », « The Boucing Wall » et « The Science Of Imaginary Solutions ». Lieux sonores où la caresses des deux voix mixtes (Eugene Goreshter et Carla Azar), le piano domestiqué, la batterie délicate tracent d’étranges voyages imaginaires. Puis, soudainement, changement de cap. La folie confuse ressurgit sur les mélodies alambiquées de « Audience No. 2 ». Un single complet sur lequel l’ancien Autolux rejoint le nouveau. Un tracklisting qui ne s’ennuie jamais. Qui ne vous ennuie jamais.
« Transit Transit », un sadisme sonore hypnotique chaudement recommandé.

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